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Original subtitles

NETFLIX PRÉSENTE

Elle est très belle.

Elle me plaît parce qu'elle capte toute mon essence.

Oui, tu es très naturel. C'est bien toi.

Le photographe est de Vanity Fair.

Tu es sorti dedans ?

Non, c'est un ami. J'aime l'avoir ici parce que…

elle me rappelle qui je suis.

Ce que j'aime.

Le monde de la beauté peut être superficiel.

C'est sûr.

C'est pour ça que j'aime me connecter avec la nature.

J'aime les personnes authentiques.

Les vraies femmes.

- On y va ? - Où ça ?

- Quel sale coup. - Oui, je me suis trompée.

- T'as vraiment merdé. - Arrête, j'ai mal à la tête.

Moi aussi, à la tête et à la chatte.

Ça devait faire longtemps qu'elle avait pas pris son pied.

Oui, j'espère qu'elle va pas tomber amoureuse.

- Il aura remarqué qu'il me dégoûtait ? - J'espère pas !

Il faudrait pas qu'il nous prenne en grippe. On vient d'arriver.

- Comment ça va ? - Bien.

Je me suis régalé.

Et toi ?

Ça t'a plu ?

Nous sommes parfaitement imparfaits.

Nous sommes uniques.

FÊTENT LEURS 50 ANS

NOUS VOULONS LE FÊTER AVEC VOUS

LIBRE

- On fait quoi pour le dîner ? - N'aie pas peur de t'exprimer.

- Cristina ? - Quoi ?

Qui que tu sois.

- Qu'est-ce que tu regardes ? - Une vidéo que ma sœur a faite.

- Parce que tu es unique. - C'est un gars ou une fille ?

Avant c'était une fille, et maintenant,

je sais pas.

Sois libre. Sois toi-même.

CINQUANTE ANS DE BEAUTÉ

- Tu vas la poster sans lui montrer ? - Oui, Álvaro s'en fiche.

Il regarde pas ce que je poste.

- Je sais pas. - Quoi ?

Ça n'a rien à voir avec notre image.

- Ou avec l'évènement. - Peu importe.

Mais tu peux pas faire une vidéo perso. Tu prends des risques et tu me mouilles.

- Cris, arrête ! - Paula, il y a des règles à respecter.

Les règles. Tu ressembles de plus en plus à papa.

Écoute, fais ce que tu veux.

Tu pourrais me soutenir un peu. Are you my sister or what ?

Tu crois que je fais quoi ?

Tu ne m'as même pas dit si ça t'avait plu.

Écoute. J'ai bien aimé. Ta vidéo est très sympa.

Mais tu n'en fais toujours qu'à ta tête !

Et ça marche pas comme ça. S'ils t'ont embauchée…

- OK, boomer. À demain. - Paula !

- Elle est jalouse. - Pas sûr. C'est peut-être de la merde.

- Elle est jalouse. - Pourquoi ma sœur serait jalouse ?

Parce qu'elle est mal. Tu vois pas qu'elle s'aime pas ?

Je devrais peut-être pas la poster.

Comment ça ? Pour que personne la voie ?

Baisse d'un ton. Tu me stresses.

Après tout ce qu'on a fait, Paula ? Tous ces montages ?

Je suis angoissée, elle me déstabilise.

- Paula. - Quoi ?

On n'a pas besoin de son approbation. On n'en a jamais eu besoin.

Ne te cache pas.

N'aie pas peur de t'exprimer.

Qui que tu sois.

Sois libre. Sois toi-même.

Qu'est-ce que tu as ?

- On devrait peut-être revoir Rosa. - Arrête !

On n'a pas besoin de psychologue. On va très bien.

Très bien. On est mignonnes. On fait bien notre travail.

Mario nous aime. Papa nous adore.

Bruna aboie beaucoup, c'est vrai. Mais quel chien n'aboie pas ?

Hein ? Quel chien n'aboie pas ?

Voilà qui est mieux. Quand tu souris.

- Qu'est-ce que tu fais ? - Ça ne te rappelle pas notre enfance ?

Si, notre enfance de merde.

Pourquoi tu chantes à 7 h comme un demeuré ?

Je me suis levé avec cette chanson dans la tête.

Habille-toi, on est en retard.

Super, les filles ! Génial ! On va mettre un nouveau morceau.

Plus de fitness et plus d'intensité. Vous aurez trois options au choix.

Première option : pieds joints, un pas en arrière, et je reviens.

Un grand pas en arrière, et je reviens. Gardez toujours le dos bien droit…

…pour maintenir nos jambes et nos fesses bien fermes. C'est parti !

Comment ça va ?

- Ça va ? - Oui, j'ai failli glisser avec…

Je sais, il faut faire attention, Ce sol est affreux.

Voyons. "Bienvenue au 50e anniversaire de Medina Cosmetics.

"Je suis fier de faire partie de cette famille."

Oui, je le lui dirai.

- Bonjour, María. - Bonjour, Álvaro.

- Bonjour Andrés. - Medina Cosmetics, bonjour.

Bonjour.

- Juanito ! Ça va ? - Bonjour.

C'est rare une si bonne ambiance au travail.

- Oui, mais ils t'adorent. - Oui, c'est vrai.

Encore un selfie ?

"Heureux pour l'anniversaire de ce soir."

Hashtag : Medina Cosmetics. Hashtag : 50 ans de beauté.

- Autre chose ? - Non, ça va.

Hashtag : élégance. Hashtag : style.

- Tu as soupiré ? - Non.

- Si. - Non.

- C'est quoi cette musique ? - Quoi ?

La musique.

TOU.TE.S

N'aie pas peur de t'exprimer.

- C'est quoi ça ? - La vidéo de Paula.

Qui que tu sois.

Sans triche, sans filtres.

Parce que tu es unique.

Sois libre. Sois toi-même.

- C'est super, Paula. - Merci.

C'est grâce à vous tous qui vous êtes exprimés sans complexes.

Vous êtes tous magnifiques !

Je suis gênée.

Pourquoi ? Non, ne sois pas gênée, Mari Carmen.

Dans le monde, il y a des cygnes, des dauphins,

des tigres du Bengale, oui.

Mais il y a aussi des animaux à la beauté différente.

Il y a des paresseux, super cute.

Il y a des lémuriens, des singes nasiques,

et même des cafards.

Ils sont beaux aussi.

Enfin, ce que veux dire, c'est qu'on est tous uniques.

- Tous. - On a tous quelque chose de spécial.

On a tous quelque chose de spécial.

Y compris toi.

Paula. C'est quoi tout ça ?

- Álvaro ! Tu as vu la vidéo ? - Oui.

Je l'ai postée, et on a eu plus de 10 000 likes,

et tout le monde partage.

- C'est amazing ! - Tu as posté ça ?

- Bonjour, Cristina. - Bonjour, Antonia.

Un journal ? Ce sont ceux du métro, mais celui-là est très bien.

Non merci.

J'ignore si ça vous intéresse, mais il y a un article sur la vie après la mort.

Et en réalité, la mort n'existe pas.

- Il fait quoi l'ascenseur ? - Rien, vous êtes pressée.

Et je trouve ça intéressant,

mais j'ignore ce que vous pensez de la mort.

Les gens n'aiment pas parler…

- Bien. - Elle a même pas dit au revoir, la garce.

- Tais-toi. - C'est ce qu'on mérite, Antonia ?

Le mépris, après toutes ces années ?

Ils croient quoi ? Ils te traitent comme une merde, et j'en suis pas une.

Je suis une concierge, pas une merde ! C'est différent.

- Ça suffit, laisse-moi. - Je la traînerais par les cheveux.

C'est une idiote. Et toi aussi. Parce que tu te laisses humilier.

Imbécile ! Bourrique !

Tu ne me dis rien ? Tu n'aimes pas ce que tu vois ?

- Bonjour, Cristina. - Bonjour.

- Bonjour, Cristina. - Bonjour.

N'aie pas peur !

Écoute-moi une minute.

Il faut qu'on parle.

- Bonjour. - Salut.

Où tu vas ? Arrête-toi !

Qui es-tu ?

Je suis toi.

Non, tu n'es pas moi. Qu'est-ce que tu as fait de mon reflet ?

Tu ne peux pas continuer à me cacher.

De quoi tu parles ?

Tu ne te souviens pas ?

Cristina ! Tu as vu ma montre ?

Cristina !

Cristina ! Où elle est ?

Cristina ! On va être en retard !

Tu n'es pas Cristina. Tu as toujours été Cristian.

Non.

Tu ne te souviens pas parce que tu as tenté de l'effacer.

Comme un tas d'autres choses.

- Mais il est toujours là. - Non.

- Je suis toujours là. - Non.

Pardon.

Écoute, à propos de cette vidéo,

pourquoi je suis le dernier au courant ?

Tu m'as dit de faire un post différent pour l'anniversaire.

Je pensais à l'événement. Et tu m'as fait une vidéo

avec tes amis bizarres et les freaks du bureau.

C'est pas des freaks, ils sont normaux comme toi et moi.

Non, pas comme moi.

Écoute, je pense que c'est bien que les employés se sentent reconnus…

On va remettre les choses dans le contexte.

On prépare un événement de luxe avec une top model.

Et tu m'as fait une vidéo avec Mari Carmen de la compta.

Et elle est adorable, mais à l'intérieur, et ça dans la vidéo, on ne le voit pas.

- Alors, on va la supprimer. - La supprimer ? Non.

Les gens en ont marre des mannequins au corps théoriquement parfait…

- Ne va pas par là. - C'est pas réel, c'est fake.

Et ça promeut le stéréotype hétéro patriarcal de la femme

basé sur des concepts machistes.

Arrête. Que veulent voir les gens ? Je vais te le dire.

Ils veulent voir du luxe, de la beauté. On va faire un exercice.

Imagine ton idéal, dans le futur. Il est comment ? Imagine-le. Tu le vois ?

Tu es grosse ? Non.

Cristina ! Ça va ? Tu pars en visite ?

- Oui. Au Corte Inglés. - Parfait.

Essaie de placer ce démaquillant qu'on n'arrive pas à vendre. Allez.

- Fonce ! - Oui.

- Je suis sûre que ça va marcher. - Écoute, fais un tuto maquillage.

Quand ta sœur me l'a montré, j'ai pensé : "C'est la fille qu'on cherche."

Tu as du talent pour ça. You got talent. Et tu es magnifique. Vraiment.

- Un café ? - Non.

Medina Cosmetics, bonjour.

Après avoir appliqué le fond de teint, la poudre et le correcteur,

je vais terminer avec les sourcils.

Et pour ça, je vais utiliser

cette ombre noire.

et ce pinceau.

Même si les maquilleurs me disent toujours que c'est nul,

que ça ne se fait pas avec du noir, mais du marron.

Moi, je trouve que le noir marche bien.

C'est parti.

On va pas se laisser atteindre par cette vieille bite.

Il est à la ramasse.

"Les cinquantenaires, c'est comme les produits défectueux,

"il faut les retirer du marché." C'était ton tweet.

- Et si c'est nous qu'ils retirent ? - "Et si c'est nous qu'ils retirent ?"

Pardon.

Ils ne nous vireront pas. Ils ont besoin de nous.

Mais sois plus maligne.

On n'est peut-être bonnes qu'à ça.

T'as pas vu les gens ? Comment ils nous regardaient,

et applaudissaient ?

Si. La lueur d'espoir dans leurs yeux. Super cute.

Pour qui on fait ça ?

- Pour… - Pour eux.

Pour eux.

Pour eux.

Paula ?

Paula ?

- Ça va ? - Oui, c'est rien.

- Je dois supprimer la vidéo. - Pourquoi ? Elle est super.

Je venais te le dire.

- Vraiment ? - Oui. C'est très beau, inspirant.

Je l'ai fait pour vous. Pour vous tous, toutes et tou.te.s.

Ça m'a donné une énergie particulière en la voyant.

Voilà ! Pourquoi ce serait pas beau d'être comme toi ?

Mou, chauve, pâle, et avec le poil noir ?

- Pourquoi on devrait complexer pour ça ? - Oui, pourquoi ?

Merci de me soutenir, Albertito.

- Tout ce que tu veux. - Tu peux apporter ça à mon bureau alors ?

- Bien sûr. - Je dois faire pipi.

Bon pipi alors !

- Pardon. - T'es trop chou.

Merci.

Voyons.

- Incroyable, ce resto. - Je ne le connais pas.

- J'y ai emmené un tas de nanas ! - Et pour les clients ?

- Ils adorent. - Je vais le noter.

- Dis-moi, Álvaro. - Oui ?

- C'est quoi cette vidéo ? - Rien, c'était Paula.

- Paula ? Ta stagiaire ? - La community manager.

- Ça m'aurait étonné que ce soit toi. - Je lui ai dit de la supprimer.

Non. On garde. La présidente a adoré.

Quoi ?

Elle dit que c'est frais, inclusif, que ça encourage la diversité.

- Elle a adoré le gros. - Ah ?

Elle trouve que c'est un super exemple pour notre nouvelle image.

- Et cetera. - Quelle nouvelle image ?

Cette cinglée veut tout changer.

- Comment ça, tout ? - Tout ! Elle veut tout changer.

Elle veut projeter la vidéo pendant le dîner

pour introduire la nouvelle ligne de communication.

- Quelle ligne ? - La ligne de la vidéo.

Mais j'ai déjà tout préparé. J'ai mon discours.

Je ne peux pas modifier pour ce soir…

Non, c'est pas pour ce soir. On se réunit à 15h30 avec elle,

et tu présentes la stratégie.

- Quelle stratégie ? - J'en sais rien.

J'y connais rien en gros et en travestis ! Vous avez posté la vidéo.

C'était pas moi, c'était Paula !

- La petite ? - Oui.

Paula, bien sûr. Alors, parle-lui, qu'elle te donne des idées.

Discutez, qu'elle t'explique sa vision de jeune, tout ça.

Ce serait plus facile que tu parles à Susana.

Je peux pas, tu la connais.

Quelle cinglée putain.

- Pardon ? - Quoi ?

- Tu l'as traitée de cinglée ? - Comme toi.

Attention, les temps sont durs. On marche sur des œufs.

- On doit être inclusifs. - Je le suis.

Je suis inclusif. Et toi ? On est inclusifs.

Allez, à 15h30 je veux ma stratégie.

- Demande-lui au moins du temps. - Je te fais confiance.

Mais…

Putain. Ça va être une catastrophe.

Bonjour les beautés ! Aujourd'hui, je vous montre mon make up préféré.

Mon make up préféré.

Celui que j'utilise presque tous les jours

et que tu pourras utiliser aussi.

Mon make up préféré.

Pour le jour, la nuit, pour aller à l'école, au travail.

Un, deux, trois, c'est parti pour la vidéo !

Quel porc.

Merde !

Une branlette au bureau ? Ils nous payent pour ça ? T'as pas honte ?

Et les mains ?

Paula, hein ? Je comprends pourquoi tu chantais. Tout s'explique.

Paula est un bon choix. Elle est sexy, elle a l'air propre.

Elle est agréable avec nous, contrairement aux autres filles.

Et reconnaissons-le, elle a dit que t'étais chou.

- Exactement, et je crois… - Tu as raison.

Pourquoi on pourrait pas être avec elle ?

Pourquoi ?

Parce qu'on devient chauves et qu'on a une beauté différente ?

Voilà. On est parfaitement imparfaits. Mais je crois que Paula…

Regarde-toi. Regarde-moi.

T'es un putain de thon.

- Quoi ? - J'ai peut-être pas été clair.

Tu es un putain de thon.

Les femmes sont dégoûtées en te serrant la main, alors imagine aller plus loin.

- C'est pas vrai. - Je dois te rappeler Aitana ?

- C'était il y a longtemps. - Et Lucía ? Gemma Hurtado ?

- Pour Gemma, j'étais un gamin. - Alberto, on avait 36 ans !

Paula est différente, elle n'est pas superficielle.

Elle s'intéresse à la beauté intérieure.

Et nous, on a un truc spécial.

On a quoi de spécial ?

- Eh bien… - Tito.

Arrête de fantasmer. On va bien. On est tranquilles.

Tu veux encore souffrir ?

On finit de se branler ?

- Alberto. - Aurore.

La machine à café est bloquée.

- Elle doit manquer d'eau. - Et tu peux l'arranger, s'il te plaît ?

Les gars de l'entretien vont finir au chômage.

- Un expresso au lait de soja, sans sucre. - Bien sûr.

Merci de me recevoir, Rosa.

- Je ne suis pas venue depuis des mois. - Un an.

- Un an ? - Oui.

Je pensais que je n'en avais plus besoin, que j'allais bien, mais…

Tu vois ? Tu ne vas pas si bien.

- Désolée d'avoir arrêté soudainement. - Pas de soucis. Raconte-moi.

- Ce matin… - Mais tu aurais pu appeler.

- J'étais occupée au travail… - Tu m'as envoyé un message sur WhatsApp.

Après avoir passé quatre ans à écouter tes problèmes. Sur WhatsApp ?

Mais je t'ai prévenue à l'avance. Et je t'ai payé la séance qu'il restait.

Ah, tu as payé ! Ça déculpabilise, bien sûr.

- Je suis désolée. - C'est pas grave. On oublie.

Alors, comment ça va avec ton mari asexuel ?

- Tu fantasmes toujours sur les femmes ? - Non, ça va bien avec Mario.

Mais aujourd'hui, des souvenirs d'enfance me sont revenus.

Des souvenirs d'enfance ? C'est original ! Ça n'arrive à personne.

En fait, je me suis souvenue que quand j'étais petite,

je ne…

Je ne me sentais pas comme…

C'est bizarre, on dirait que j'ai essayé de l'effacer de ma mémoire,

mais si j'y pense objectivement, ça explique plein de choses,

je sais pas, mes insécurités…

- Ça va ? - Non, je ne peux pas continuer.

- Pourquoi ? - Je t'ai prise en grippe.

Tu m'énervais déjà avant.

Avec ta vie médiocre, ton manque d'initiative.

- Ah, je… - Désolée, on va s'arrêter là.

Je ne te supporte pas.

Je te regarde et j'ai envie de te cracher au visage.

- D'accord. - Va t'en.

Parce que je pourrais te gifler.

Comme ça. En pleine face.

Je vois. D'accord.

Où tu vas ?

Ça fera soixante euros.

Oui, bien sûr.

Paula. Viens dans mon bureau.

- Vous allez me virer ? - Bon.

Ernesto était furax. "Qui a fait cette vidéo ? C'est quoi ce bordel ?"

et d'autres vulgarités que je t'épargnerai.

On peut prendre aucune initiative.

- Mais on va te garder. - Les gens médiocres comme toi avancent.

Quoi ?

Assieds-toi.

- Je l'ai convaincu de te garder. - Sérieux ?

C'était pas facile. Il adore virer les gens.

Il voulait un responsable. Et je l'ai freiné.

Parce que mon équipe, c'est ma famille. We are family, Paula.

- Merci ! - On se réunit à 15h30 avec la PDG.

- Moi aussi ? - Oui.

Je l'ai convaincue de te recevoir.

- Je sais pas quoi dire. - Rien. Laisse-moi parler.

D'ailleurs, j'ai quelques questions.

Ta vidéo explique quoi ? Comment tu vois la nouvelle com ?

Pourquoi il y a un gros ?

Je trouve que la communication de l'entreprise est clairement dépassée.

- Clairement ? - Oui, clairement dépassée.

Quoi d'autre ?

Elle s'adresse exclusivement aux femmes cisgenres hétérosexuelles

et elle est basée sur des normes de beauté qui ne reflètent pas les vraies personnes.

C'est pour ça qu'on doit miser sur une com plus inclusive,

qui tienne compte de tout le monde, car il y a plusieurs formes de beauté.

- C'est pour ça qu'hommes et femmes… - Et les personnes transgenres.

- Hommes, femmes, cisgenres, transgenres… - Et non binaires.

- Hommes, femmes, transgenres… - Et gender fluid.

- Tu te fous de moi ? - Paula a dit…

- C'est absurde ! - Paula est très au courant.

- On pourrait la laisser… - Tu veux qu'elle nous prenne le poste ?

Après tout ce que j'ai fait ? Je lui ai tout appris.

Je l'ai emmenée voir tous les clients. Il manquait plus qu'à l'emmener au bordel.

Elle m'a déjà remercié ? Jamais, pas une seule fois.

Elle n'a jamais liké mes selfies.

- Je vais y aller. - Moi, je like toutes… Quoi ?

- Je m'en vais. - Où ça ?

- Je sais pas. - De quoi tu parles ?

Je suis fatigué, Álvaro. C'est pas toi, c'est moi…

On parle toujours de la même chose. De toi, en gros.

- On ne parle jamais de… - De quoi tu veux parler ?

- Quand je te regarde, je suis lassé. - Quoi ?

Désolé, Álvaro.

Tu peux pas partir.

- Si, je peux. - Et comment ?

- Par la porte. - D'accord. Attends, Álvaro !

On va parler. De quoi ? De cinéma, des actualités ?

- C'est pas ça. - De politique internationale ?

Au revoir.

Attends ! Ne me fais pas ça aujourd'hui, j'ai besoin de ton soutien.

Et moi, j'ai besoin de quoi ?

De quoi tu aurais besoin ?

Au revoir, Álvaro.

Álvaro !

Álvaro, quand tu auras une minute, on devrait regarder les résultats…

Álvaro ?

- Álvaro ? - Oui ?

On devrait regarder les résultats annuels pour le rapport qu'on…

- Qu'est-ce qui se passe ? - Comment ça ?

- Tu n'as pas de… - Non.

- Pourquoi tu n'as pas… - Il est parti.

- Comment ça ? - Il s'est barré.

- Où ça ? - Je sais pas.

Mais comment il a pu…

On s'est séparés ! Voilà.

Bonjour, c'est Ángel Alferez. Bienvenue sur ma chaîne YouTube.

Je vais expliquer comment j'ai su que j'étais trans.

Je savais que l'image que j'avais de moi-même différait

de celle que les autres avaient de moi.

Je parlais de moi au masculin, je portais les habits de mon père.

J'étais très mal à l'aise avec mon corps.

Ça s'appelle la dysphorie. Tu ne t'identifies pas à ton corps.

Devant un miroir, tes seins te paraissent étrangers

et de trop.

Là, je porte un binder qui comprime les seins.

On dit "Binder", c'est un mot anglais.

C'est des hauts qui servent à dissimuler les seins en gros.

Je suis un garçon, mais je ne veux pas de pénis. Je suis très bien sans.

J'étais sûr de ne pas être une femme.

Et maintenant, je suis sûr de ne pas être un homme.

Une tomboy n'est pas forcément lesbienne.

Je suis trans non binaire.

…de mon copain, de ma copine. Je suis agenre.

Les gens, je suis un homme dans un corps de femme.

- Je suis qui moi ? - Je crois que c'est clair.

- Rien n'est clair. - Et si on parlait à Paula ?

- À Paula ? - Elle nous aidera.

C'est normal qu'un reflet disparaisse brusquement ?

- Non, c'est pas normal. - Non.

Tu sais quoi ? Rien à foutre.

- Pourquoi j'en aurais besoin ? - Pour…

Pour quoi ? Pour rien. Rien du tout.

Rien.

Pour rien.

Bonjour messieurs. Vous voulez un journal ?

Ce sont ceux du métro, mais celui-là est très bien.

- Non merci. - De rien. Prêts pour le grand événement ?

Cinquante ans déjà. Ça passe vite, mais c'est pas rien.

Cette entreprise a une sacrée ancienneté, c'est…

- Bien. - "Bien" quoi ?

Arrête de dire ça !

Ne recommence pas, s'il te plaît.

Ces gens me dégoûtent, tout m'écœure. Même toi.

Écoute. Commence par te calmer un peu. D'accord ?

- On devrait tous les brûler. - Tu es lourde avec le feu.

Souviens-toi de la perruche. Comme elle criait.

Ces petits cris.

Cette odeur de poulet brûlé.

Un ne suffisait pas, alors on en avait brûlé deux.

Et puis trois. Pour entendre plus de petits cris.

Tais-toi ! On ne brûlera personne, bordel !

Bonjour. Vous voulez un journal ?

C'est ceux du métro, mais celui-là est très bien.

Comment ça, tu veux suivre ta propre voie ? Quelle voie ?

J'ai toujours été très bien avec toi toutes ces années,

mais maintenant j'ai besoin d'être un peu seul.

De quoi tu parles ?

C'est possible, tu sais ? Álvaro l'a fait.

Qu'est-ce qui est possible ?

Il n'a plus de reflet.

- Quoi ? - Tu dois juste sortir par cette porte.

- Je ne peux pas faire ça, imbécile. - Si, tu peux. Essaye.

Je ne peux pas partir si tu restes.

Je ne peux pas partir comme si…

- Tu vois ? - Tu me chasses ?

Non. Je dis juste qu'on devrait faire une pause…

Après tout ce que j'ai fait pour toi ?

J'ai sacrifié mes meilleures années, et tu m'abandonnes comme un chien ?

Je te remercie, mais je crois que c'est mieux si…

Tu crois que c'est facile de supporter tes conneries ?

Arête alors !

D'accord. Tu veux que je m'en aille, pas de problème.

Mais c'est pour toujours, hein ? Ne viens pas pleurer après.

- Alberto, je pars. - D'accord.

Très bien.

Alberto !

- L'imprimante est bloquée. - Mince.

- Tu peux jeter un œil ? - Non.

Pourquoi ?

Parce que je m'en branle.

C'est pas mon boulot de la réparer. Tu vois pas ?

- Si, mais… - Je m'en tape de l'imprimante.

J'en ai rien à foutre de l'imprimante !

Ras le cul de l'imprimante !

Et mon bureau est là-bas. Je sais pas pourquoi je suis passé par là.

Non, l'imprimante marche pas. Je sais pas si tu es courant.

Et vous savez qui va la réparer ? Pas moi bordel de merde !

Ça fait longtemps que je cherche comment réformer cette maison.

Avec les recrutements, le packaging…

- Non ? - Si.

Mais c'est pas facile,

car mon père est parti, mais il est toujours présent pour moi.

Le changement doit être profond, ou la concurrence nous éliminera.

- Juan le sait. - Oui. Les chiffres ne mentent pas.

Les ventes chutent. Si nous n'agissons pas vite…

Alors, quand j'ai vu la vidéo, j'ai pensé :

"Sois libre, sois toi-même, sois…"

Je ne dirige pas cette maison pour rien. J'ai aussi mon mot à dire.

Bien sûr. Ta vision est indispensable…

Cette soirée clôturera le passé,

mais nous ouvrira aussi à l'avenir.

Et Álvaro, tu seras notre guide. Comment tu vois les choses ?

Eh bien, j'ai eu peu de temps pour me préparer, mais…

j'ai quelques notes.

Laissez-moi voir.

En gros, je crois qu'on doit parler aux gens.

On doit laisser le sexe de côté.

Enfin, pas le sexe, le genre.

Parce que le genre et le sexe, c'est pas pareil. Enfin, parfois si.

Parfois, ils coïncident, mais pas toujours.

Alors, quand il s'agira de parler aux gens,

il faudra parler aux gens.

Quel sexe ? Peu importe.

Le plus important, c'est le genre.

Le genre.

Et au final, ce qu'il faudrait dire, c'est :

Pourquoi ?

Ou pas.

Pour les gens…

Álvaro ?

Oui ?

- Continue. - Oui, bien sûr. Excusez-moi.

Les gens… Ce que… C'est basique.

C'est…

Paula, explique-nous.

- Moi ? - Oui, parle-nous de tes idées.

Vas-y, Paula.

D'accord. Pourquoi le maquillage s'adresse exclusivement aux femmes ?

Les hommes ne peuvent pas se maquiller ?

Les gays, par exemple.

- Pas seulement les gays. - Oui.

- N'importe qui. - Les intersexes.

Álvaro, excuse-moi. Tu peux laisser parler Paula ?

Oui, bien sûr.

Merci.

Moi, je crois en la liberté d'expression.

Je crois en la liberté tout court, et je pense…

- Pardon. Tu sais où est María ? - Non. Aux toilettes sûrement.

- Salut ! Pardon, je t'ai fait peur. - Un peu.

- Je t'attendais. Tu fais quoi ? - Ah bon ?

- Je sors des toilettes. - C'est bien d'y aller après le déjeuner.

- Oui. - C'était super hier soir, non ?

C'est un oui ou un non ? On recommence quand tu veux.

- D'accord, on verra. - Ce soir ?

Je ne peux pas.

- Pourquoi ? Après la fête. - Je me repose.

Tu te reposeras demain. Je te donne ta journée.

- Je ne peux pas. - D'accord. Et maintenant ?

- Non ! - Un quickie aux WC.

- Pourquoi ? Tu as adoré ! - Álvaro !

- Ça t'a plu ou pas ? - Álvaro !

- Tu me fais mal ! - Álvaro !

Au revoir, ma belle.

- Qu'est-ce que tu fous ? - Rien, j'étais là…

Tu veux être accusé de harcèlement ?

Elle était pas si difficile hier soir.

- Il s'est passé quoi ? - Rien. On est allés boire un verre et…

Álvaro, arrête de penser avec ta bite.

Je pense pas avec ma bite. C'est pas ma faute si je suis séduisant.

Mieux vaut que tu ne parles pas ce soir.

- Pardon ? - Álvaro. Je t'ai protégé plein de fois.

J'ai rattrapé beaucoup de tes conneries, mais j'arrête de me mouiller.

- Et c'est nouveau ce numéro avec Paula ? - Quel numéro ?

"Vas-y, Paula." Tu m'as pas laissé parler.

Tu disais rien !

- Tu m'as même pas laissé parler ! - Tu me cries dessus.

- Je te fais de l'ombre, c'est ça ? - Quoi ?

Je représente une menace. J'ai du charisme, les gens m'adorent.

- Álvaro, ils se moquent tous de toi. - Qui se moque de moi ?

Tout le monde. Juan, Ramón, même le gros se moque de toi.

La nouvelle, comment elle s'appelle ? Je les entends à la cafétéria.

Ils ont même un groupe WhatsApp pour parler de tes selfies.

- Parce qu'ils ont de l'humour… - Non, ils se foutent de ta gueule.

Comment ça s'appelle ? Le crétin, l'idiot ? Non, le sac à merde.

- Le sac à merde ? - Le sac à merde, Álvaro.

Sache qu'ils m'ont ajouté. Et je le mets souvent en silencieux.

Parce que je reconnais qu'ils sont cruels parfois.

Parfois j'écris "LOL". Le sac à merde.

Álvaro !

Le sac à merde.

Le maquillage se vend pour camoufler nos soi-disant défauts.

Pour que les femmes ressemblent à ces mannequins aux corps irréalistes

et cessent d'être elles-mêmes.

Le maquillage doit nous servir à nous exprimer librement,

peu importe comment on est. Parce qu'on est magnifiques !

Tu devrais parler ce soir, Paula.

Enfin, si tu veux.

- Tu veux ou pas ? - Oui. Sure.

Yeah !

J'arrive pas à croire que je vais faire un discours à la demande de la PDG.

Félicitations, Paula.

Je sais que tu trouves la vidéo simplette.

Non, c'est pas vrai.

- Tu n'avais pas l'air intéressée hier. - J'étais inquiète.

C'est pas grave, je te pardonne.

Je dois me concentrer sur le discours.

- Ça va, mes cheveux ? - Tu es magnifique.

Je pourrais aller chez le coiffeur, mais j'aurai sûrement pas le temps.

- Je pourrais aller chez Ariel à côté. - Ariel ?

Shit ! Ils ferment plus tôt à cause d'un anniversaire.

Ariel, c'est celui qui était une fille ? Il n'est ni l'un ni l'autre ?

- C'est une personne non binaire. - Voilà.

- C'est intéressant, non ? - Ariel ?

- Oui. Il, enfin elle… - Iel.

- Iel savait qu'iel était… - Iel a commencé une transition

pour devenir un homme, mais iel ne s'identifiait à aucun genre.

Mais iel s'est fait opérer ? On ne voit pas ses seins.

- Iel porte un binder ? - Comment tu sais ce que c'est ?

Disons qu'après avoir vu ta vidéo, je me suis informée.

Really ? My god !

Je change non seulement l'entreprise, mais aussi ma sœur ?

C'est pour ça que c'est important.

Il ne s'agit plus seulement d'évoluer professionnellement,

mais de sentir que je contribue à ouvrir les gens comme toi,

à encourager le respect des différences et toutes les libertés d'expression.

- Paula. - Ce que je viens de dire est trop cool.

Il faut que je l'écrive.

Paula, ce matin, quand je suis allé à la gym…

Comment je l'ai dit ?

Je sais pas.

Qu'est-ce qu'il y a ?

- Quoi ? - Qu'est-ce que tu as ?

Je sais pas. Un truc très bizarre, très…

C'est papa.

Papa ?

Quel hôpital ?

- Tu penses que je fais bien les choses ? - Quelles choses ?

Les choses. Je ne suis pas parfait, mais je fais les choses bien, non ?

Bien sûr. Qu'est-ce qui t'arrive, Álvaro ?

- On ne me laisse pas faire le discours. - Qui ça ?

Tu es un grand orateur. Parler en public t'a toujours réussi.

- Hein ? - Bien sûr !

Tu étais le meilleur aux pièces de l'école.

Peut-être pas le meilleur…

Le meilleur, le plus beau, les autres mères étaient jalouses.

- Parce que tu étais exceptionnel en tout. - Enfin…

Tu te démarquais partout, Álvaro.

Voilà pourquoi tu diriges l'une des plus grandes entreprises du monde.

Elle n'est pas si grande et je suis pas directeur.

Tu parles comme ton père.

Tu n'es pas comme lui, tu n'es pas un minable, tu ne l'as jamais été.

- Et tu ne le seras jamais. - Je ne suis pas comme lui.

- J'ai toujours été un gagnant, non ? - Bien sûr que oui.

J'ai toujours bien fait les choses.

- Où ils sont ? - Où tu vas ?

Je te fais un gin-tonic ?

J'étais populaire, je sortais avec un canon, je marquais des buts.

J'étais capitaine.

- Et tu avais une belle écriture. - Oui, j'avais une belle écriture.

J'avais de bonnes notes en sciences sociales…

Et en EPS. Quel bonheur de te voir sauter avec ces jolies jambes.

- Où ils sont ? Où ? - Qu'est-ce que tu cherches ?

Qu'est-ce que tu cherches ?

C'est pas ici. C'est de la merde ce meuble !

Peut-être que je sais où c'est. Tu cherches quoi ?

Vous n'auriez pas dû venir. Je vais très bien.

Très bien, je sais pas.

J'ai l'habitude de cette arythmie de merde.

Pourquoi tu es venue, Cristina ? Avec tout le travail que tu as.

Je peux pas rester longtemps non plus, j'ai du travail ce soir.

- Fais ce que tu as à faire. - Oui. Je vais faire un discours.

- Un discours ? - Oui.

- Toi ? - Oui, moi.

- C'est super. - Merci, papa.

Ça t'a réussi de travailler avec ta sœur.

C'est grâce à m…

Au début, tu voulais pas. Soi-disant que les horaires n'étaient pas pour toi.

- Je n'ai pas dit ça. - Quelque chose comme ca.

Une de ces expressions typiques de ta mère.

Mais chapeau ! Un discours.

Un discours sur quoi ?

J'ai fait une vidéo pour le 50e anniversaire…

- Comment tu as fait ? - Non, c'est pas moi.

- C'est ça. - Non.

- La PDG l'a vue… - Tu as bien fait de la pistonner.

- Elle m'a juste recommandée ! - Appelle-le comme tu veux.

- Ils ont vu que j'étais capable… - Super, chérie ! Tu trouves ta place.

Sans Cristina, tu passerais encore ton temps à faire la fête

- avec ces gouines et ces pédés. - Pardon ?

Les gays. On les appelle les gays si tu veux.

- Papa. - Écoute, Paula.

Tu n'as jamais été travailleuse.

Tu es comme ta mère pour ça.

- Arrête de me comparer à maman ! - Tu peux crier.

- C'est bon pour mon coeur. - J'y vais.

Non, Paula !

- Tu trouves ça normal ? - Elle est stressée !

- Elle a eu tout ce qu'elle voulait ! - Ne t'énerve pas.

Alors que toi…

tu n'as même pas eu la moitié et tu es heureuse.

Vous ne m'avez pas encore donné de petits-enfants.

Et tu es déjà âgée, mais la science a fait des progrès.

Peut-être que vous me ferez la surprise un jour.

LE PLUS BEAU

Langue : Passable. Sciences naturelles : Bien.

Sciences sociales : Passable. Mathématiques : Très insuffisant.

Tu penses vraiment que je fais tout bien ? Pas un seul très bien ?

- Ils t'avaient pris en grippe. - Tous les profs ?

Les gens ne supportent pas les gagnants.

Ils étaient jaloux parce qu'on avait de l'argent.

Tout le monde en avait ! C'était une école de bourges !

- Mais la plupart étaient ruinés. - Comme nous !

- Je n'étais le meilleur en rien. - Mais si !

J'étais nul !

C'est qui, qui ne te laisse pas faire le discours ?

- La PDG. - D'accord.

- Je vais appeler et régler ça vite fait. - Appeler qui ?

- C'était qui ? Je demande Pédège? - Maman.

On se boit un gin-tonic ?

On ne donnera jamais à papa ce qu'il veut.

Désolée, mais je n'ai pas le temps pour ça.

- Je dois trouver une robe pour ce soir. - Une robe ?

Désolée.

Cristian !

- Je ne peux pas changer ma vie d'un coup. - Qui a dit de faire ça d'un coup ?

- Je me suis habituée à vivre comme ça. - Quel argument de merde.

Je ne peux pas devenir quelqu'un d'autre.

Tu ne serais pas quelqu'un d'autre…

Je ne suis pas toi !

Tu ne peux plus m'enfermer.

- Je ne peux pas changer de vie. - Pourquoi ?

- À cause de tout. De Mario. - On ne l'a jamais aimé.

- Et les gens du bureau ? - On s'en fout !

- Mes copines de Zumba ? - On s'en tape !

- Papa ? - Ce sera peut-être un peu dur…

On le tuerait.

Donne-leur une chance de t'aimer pour ce que tu es.

Et à toi aussi.

Je suis désolée.

Non, tu peux pas nous faire ça.

C'est joli le jaune moutarde.

Ils ne l'auraient pas dans une couleur plus…

Je sais pas, qui nous ressemble plus ?

En vert d'eau.

Álvaro !

Salut, Álvaro. T'as pas eu le temps de rentrer non plus ?

Moi, je veux acheter un costume.

Et si je dois prendre le bus et revenir, j'arriverai même pas au dessert.

- Alors, je vais me préparer ici. - Qu'est-ce qui t'est arrivé ?

- Comment ça ? - Ton reflet.

- Ah ! Rien, je l'ai viré. - Comment ça ?

Oui, tu avais raison. On est mieux sans eux.

Pourquoi on aurait besoin d'eux ?

- Pour rien. - Non, j'avais tort.

- Comment ça ? - Regarde-toi.

Je peux pas.

Je sais même pas faire un nœud de cravate sans lui.

Regarde-toi dans le miroir et dis-moi ce que tu vois. Tu vois quoi ?

- Rien. - Exactement, rien.

Alors, tu peux être qui tu veux. N'importe qui.

Qui tu veux être, Álvaro ?

Incroyable.

J'adore celle-là.

- Elle coûte combien ? - Tu le savais, non ?

- Quoi ? - Pour Cristian.

Il y a eu un souci. Tu n'aurais pas dû le voir.

Mais il est retourné à sa place.

- Pourquoi ? - Comment ça ?

Tu te souviens de ce qu'on a subi petites ?

Non, bien sûr. Parce que j'ai tout arrangé.

Tu n'as rien arrangé. Tu l'as caché.

Pour te protéger.

- Mais on va mieux maintenant. - Grâce aux anxiolytiques.

D'accord, c'est pas une vie parfaite, mais ça existe ?

Je demande. Ça existe, une vie parfaite ?

On ne souffre pas au moins.

- D'accord. - Personne ne voudrait de Cristian.

Personne ne voudrait de nous.

Allez, on va payer la robe.

Et ce soir on boira un peu de vin, on le mérite bien.

Et même un demi-gin-tonic si tu veux. Mais pas plus, hein ?

Parce qu'après on déborde. Et on ne peut pas rentrer trop tard.

Sinon Bruna stresse, aboie, et les voisins se plaignent, à raison.

SALON DE COIFFURE

- Ariel ? - Oui et toi ?

- Cristina, la sœur de Paula. - Oui, pardon. Je te remettais pas.

C'est pas grave. On ne s'est vus qu'une ou deux fois.

- Oui. Vous travaillez ensemble, non ? - Oui.

- Tu as besoin de quelque chose ? - Non.

- Tu veux un verre ? - Oui.

Viens avec moi alors.

- Antonia ! Quoi de neuf ? Ça va ? - Très bien, regarde…

Moi, au top ! Je pars acheter un costume pour la fête.

Super ! Vous allez vous régaler.

Moi, je ne suis jamais allée à ce genre de soirée.

- Viens alors. - Moi ? Qu'est-ce que tu dis ?

- Tu es de la famille. - Non. C'est pas pareil.

- C'est exactement pareil. Allez, viens. - Que vont penser les gens…

Les gens, Antonia, qu'ils aillent se faire foutre.

Oui, mais…

Pardon. C'était un réflexe.

Pas de soucis, c'était une réaction spontanée et naturelle.

Parce que tu as commencé.

Je t'ai frappée plus doucement, mais c'est pas grave, c'était beau.

- Je t'ai fait mal ? - Non, ne t'en fais pas.

- Tu es un peu rouge. - Je pensais que c'était l'autre côté.

La douleur est relative.

Ce qui te fait mal, ne me fait peut-être rien, car j'ai besoin de plus.

J'y vais avant qu'ils ferment, Antonia. À plus tard.

C'est quoi ?

Salut. Moi, c'est Pol.

- Et toi ? - Salut, Pol.

Cris… Cristina.

Cristina ? Enchanté.

- De même. - Qu'est-ce qui t'amène, Cristina ?

Je suis venue

me faire couper les cheveux, mais comme vous faites la fête…

Je peux te les couper si tu veux.

Je te fais les pointes vite fait. Je bosse ici avec Ariel.

Génial.

Tu veux juste les arranger un peu, non ?

Je sais pas…

Maintenant que je suis là…

Et en voyant vos coiffures ici, je sais pas, peut-être…

- Celle-là ? - Ça ?

Non ?

C'est un changement radical, mais je te le fais.

D'accord, alors peut-être…

un truc plus classique ?

Comme la mienne ?

C'est toi ?

- Qu'est-ce que tu en penses ? - Comme tu veux, Cristina.

Tu dois être sûre de toi, parce que…

- Cristian. - Quoi ?

Je m'appelle…

Je m'appelle Cristian.

Salut, Cristian.

Moi, c'est Pol.

Salut, Pol.

Qu'est-ce que je te disais ? Tant de haine et de méchanceté.

Tu ne fais que me bourrer le crâne. Antonia, on ne peut pas vivre comme ça.

Ils sont sympas finalement.

Chacun avec ses défauts, mais ils sont gentils.

Tu sais quelle robe on va porter ?

- J'ai rien au nom d'Antonia ou de López. - Non ? Et la concierge ?

La concierge ? Non.

Je peux aller voir Alberto qui m'a invitée ?

Non, si vous n'êtes pas sur la liste, vous n'entrez pas.

Et si vous y alliez ? Il est dodu, pâle, très poilu…

Je ne peux pas bouger d'ici. Peut-être plus tard quand…

Je comprends, je fais comme vous, mais regardez ma tenue…

Écoutez. Si vous voulez, attendez au bar. À côté.

Sois libre. Sois toi-même.

Bien.

Merci. Merci beaucoup. Thank you !

Pardon, je suis un peu stressée, mais…

Tout d'abord, bonsoir. Good night.

J'ai beaucoup réfléchi à ce que je devais dire ici ce soir, et…

Je vais être honnête, je ne suis pas préparée !

Le vide existentiel, héritier du post-modernisme,

a soumis l'industrie cosmétique pendant de nombreuses années

à des normes de beauté irréelles, fausses.

Des images qui nous disent à quoi ressembler.

Qui exigent une perfection impossible, parce qu'on n'est pas parfaits.

Parce qu'on est différent.e.s.

Et que la vraie beauté se trouve ici.

Ici, dans le cœur.

Je crois qu'on devrait se débarrasser de nos complexes

et nous montrer tels quels.

Sans avoir peur d'exprimer qui nous sommes vraiment.

Sans avoir peur d'être nous-mêmes.

Merci.

C'est pour vous.

Alors Happy Birthday Medina Cosmetics ! Que la party commence !

Par ici, s'il vous plaît.

- On est très contents de toi. - Tu avais des doutes pourtant.

- Non. - À propos du gros.

Enfin, au début…

Il crevait l'écran !

- L'idée, c'était… - Il doutait de toi aussi.

Parce que tu es une femme, jeune.

Je n'ai jamais dit…

Tu as vu les réactions ? Ils étaient surexcités.

- Oui. On doit parier sur cette com. - Et sur Paula, notre étoile montante.

- Oui. - Merci beaucoup !

Merci du fond du cœur pour la confiance.

Brillant putain !

Paula, c'est super, quel travail fantastique.

C'est trop beau !

On est trop bien.

Tous les quatre, non ? Santé !

- Qu'est-ce qui se passe ? - Je suis au top, à fond !

- Qui t'a coupé les cheveux ? - Ça, c'est Pol.

- Tu pues l'alcool. - Oui, j'ai bu quelques bières.

- Et j'ai pris du MDMA. - Pourquoi il t'a drogué, ce con ?

Iel m'a droguée ! Regarde.

- C'est quoi ? - Un binder.

- Un binder ? - Noa me l'a prêté.

- Pourquoi ? - Paula. Tu vois pas ? Je suis libre.

Je suis moi-même.

- De quoi tu parles ? - Paula.

Je suis Cristian.

Moi, je suis Cristian.

Paula, je sais pas qui je suis. J'ai essayé d'être moi-même, mais…

Mais comme je sais pas qui je suis, je peux pas. Je suis qui ?

- Je ne sais pas. - Et si j'étais personne ? Rien ?

Aide-moi, Paula.

S'il te plaît.

Aide-moi, Paula.

Oui ? Bonsoir ? Un, deux. Vous m'entendez ?

Tout ça n'était pas prévu, mais c'est la soirée de la spontanéité.

Alors, merci les gars de m'accompagner. Paula, c'est pour toi.

Tu nous as appris à regarder dans nos cœurs,

et à faire ressortir le meilleur.

Si je devais…

Si je devais vivre sans tes caresses

Oh putain !

Je serais mélancolique

Je sais que je souffrirais

Je te suivrais jusqu'au bout du monde

Je ne peux pas vivre sans ta chaleur

Parce que sans toi Je ne sais pas qui je suis

Je ne me lasserai jamais de ton amour S'il te plaît, n'en doute jamais

Embrasse-moi, je t'aimerai

Je serais perdu sans toi

Rien ne changera mon amour pour toi

Tu sentiras toujours que je t'aime

Je ne veux pas que tu partes Je te veux comme ça tous les matins

Rien ne changera mon amour pour toi

Tu sentiras toujours que je t'aime

Je deviens aveugle Si je ne vois plus tes yeux

Rien ne changera mon amour pour toi

Paula. Je t'aime.

Et je crois que tu as aussi des sentiments pour moi, ton chou.

Ne dis rien.

Alberto, non.

Non !

Au feu !

Sois libre !

Sois toi-même !

Sois libre. Sois toi-même.

Paula !

- Qu'est-ce que tu as ? - Je sais pas.

INCENDIE À L'HÔTEL TRES REYES

Quel désastre. Heureusement que personne n'a été blessé.

Bref, tu sais que je t'ai toujours protégé, hein ?

Mais après ce qui s'est passé, on doit faire des changements.

Oui, j'imagine.

Paula, on va revoir ta position.

On veut changer, mais en prenant moins de risques.

Exactement. Comment tu changerais notre communication ?

Les cosmétiques ont été longtemps dominés par des images de beauté…

- Non, on a entendu ton discours hier. - Dis-nous quelque chose de concret.

D'accord, les changements n'ont pas besoin d'être si radicaux.

Je garderais les concepts de liberté et d'expression qui sont séduisants,

mais j'éliminerais tout ce qui est transgressif.

Pas de personnes en surpoids.

Pas de trans, ça pourrait être rejeté. Et c'est un marché minoritaire.

- On ne sait pas qui te remplacera. - Paula ?

C'est pas sûr.

Écoutez, entre nous.

Il s'agit de vendre du maquillage, pas de changer le monde.

- Tu vas bien ? - Oui.

Mieux que jamais.

Álvaro ! Qu'est-ce qui se passe ?

Pourquoi je suis là ? Qu'est-ce que je fous là ?

Álvaro !

- Tu ne peux pas me faire ça. - Je fais ce que tu voulais.

- Je sais pas si c'est ce que je voulais. - Mais si, mais tu n'osais pas.

- C'est pour ça qu'on a changé de place. - Mais je peux pas rester ici.

Je dois rester ici ?

- Ici ? - Moi aussi, j'ai le droit de sortir.

Même si on doit repartir de zéro.

- C'est bizarre, je ne veux pas… - Tu peux pas être aux commandes.

- Oui, mais… - Fais pas cette tête.

Je fais ça pour toi.

Courage.

Ça va bien se passer.

On verra.

Tout ira bien.

On procèdera par étape.

Tout ira bien.

Comment tu me trouves ?

Très beau.

Sous-titres : Géraldine Quinn

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