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(soufflement du vent)
(croassement)
(agitation du courant)
(pépiement des oiseaux)
- Simon?
Fais-le pas.
Fais-le pas, Simon!
- Tu trouves que j'ai pas assez de raisons?
C'est de la marde avec maman puis papa.
Tous mes profs m'haîssent, ça marche pas avec les filles,
j'ai perdu mon meilleur chum!
Puis je me fais traiter de bizarre.
- Mais ça durera pas, ça.
- Qu'est-ce que t'en sais? - Oh, je le sais!
T'as pas le droit d'abandonner!
- La question, c'est pas pourquoi j'ai fait ça,
mais pourquoi tu veux pascroire
que c'est pour ça que j'ai fait ça.
- Mais je comprends pas que personne t'ait vu venir!
Est-ce que c'est parce que tu cachais bien ton jeu?
Ou c'est juste que tout le monde a choisi de fermer les yeux?
- Ça change quoi rendu là?
- Je sais pas comment faire confiance aux autres
quand tout le monde te laisse tomber!
Papa est jamais revenu!
Puis toi non plus,
puis ça fait 27 ans que je t'attends comme une conne!
(pleurs)
Puis maman, elle a dit que ça irait bien,
mais elle y a jamais cru!
On dirait que s'il y avait une explication,
je pourrais avoir foi en quelque chose.
- La foi...
c'est croire sans avoir de preuves.
(soupir)
- SIMON!
- (Femme): Il est pas en mesure
de recevoir de la visite pour l'instant.
- Mais il est correct?
- Le médecin va venir vous parler.
Hé, où est-ce que vous allez? - Voir mon gars!
- Non, c'est pas comme ça que ça marche.
- Personne va m'empêcher d'être avec lui!
- Allez dans la salle d'attente!
- Vous me direz pas quoi faire! - Diane?
- Ah!
♪ ♪
Il a fait une tentative de suicide.
Je t'avais avertie, il est fragile!
Il estborderline!
Pas capable de dealer avec des émotions fortes!
- Oui, mais je lui ai juste donné des livres!
- Mais quels livres?
- Des... des bandes dessinées.
- Oh, tu lui as parlé de ton frère!
- Oui, mais jusque-là, ça allait bien.
- Ça va toujours bien jusqu'à ce que ça aille mal, oui!
- Vous êtes la mère de Jonathan? - Oui.
Qu'est-ce qui arrive?
- Les blessures sont superficielles.
- Ah! Je veux lui parler.
- Il est pas prêt à vous voir pour l'instant.
- S'il vous plaît! Il a besoin de moi.
- On va le laisser se reposer, puis après, on verra.
Hum?
Élise?
- Oui?
- Avez-vous un moment?
- Oui. - Suivez-moi.
Je m'excuse.
- Ah!
(brouhaha des conversations)
- Lorraine!
Je suis content de te revoir!
- Paraît qu'il faut t'appeler "monseigneur" astheure!
Ha! - Philippe.
Philippe.
(raclement de gorge)
- Tu sais, quand ils disent
que la douleur disparaît avec le temps...
c'est pas vrai.
- Ça va faire 27 ans demain.
- Il aurait 44 ans.
Des fois, j'imagine ce qu'il serait devenu.
- Il parlait souvent de voyages, de musique.
Moi, je l'imaginais plus suivre les traces de son père.
- Oh oui, c'est vrai.
Il était habile de ses mains.
En tout cas, il aurait des enfants.
Ce serait un bon père de famille.
Il a tellement souffert
de voir la nôtre déchirée, là!
Hé, il aurait tissé la sienne serré.
- J'ai fini par comprendre que quand il avait des débordements,
c'était une façon de dire qu'il était déçu des adultes.
C'était souvent maladroit,
mais il avait pas une once de méchanceté en lui.
- Je m'en veux, là!
Je l'ai mal jugé sur le coup.
- En faisant le ménage...
je suis tombé sur ça.
Je prenais toujours des notes après nos rencontres.
Cette fois-là, on avait parlé de courage.
Simon m'avait expliqué
que t'en étais le meilleur exemple à ses yeux.
- "Elle soigne des bobos dégueulasses,
barre jamais la porte de la maison." Ha!
"Elle a sauté en parachute..."
"... crie jamais pendant les films d'horreur..."
"... fait la job de mère puis de père à elle toute seule."
"Elle sauve des vies."
Est-ce que je peux la garder?
- Oui.
Il t'aimait beaucoup.
(reniflement)
(raclement de gorge)
- Bien, si jamais le coeur t'en dit, là...
on va au cimetière demain, Élise puis moi.
- OK. Oui.
(soupir)
Élise, c'est une femme déterminée,
avec une grande sensibilité, elle aussi.
- Oui.
- Je l'ai vue quelques fois
dans les derniers mois.
Elle voulait que je lui parle de son frère.
Elle m'a posé beaucoup de questions.
- Oui, elle fait une fixation sur le passé ces derniers temps.
- Oh... oui, c'est pour ça aussi que je voulais te parler.
Moi, j'ai l'impression
qu'elle a jamais complètement fait son deuil.
Je sais pas si tu sais pourquoi.
Pourquoi elle veut pas lâcher le morceau comme ça?
- La vente de la maison l'a mise à l'envers.
Elle accepte pas que je regarde en avant.
Puis elle veut pas se remettre en question.
Fait qu'elle questionne les autres.
Ça fait moins mal.
-Hum, hum.
Mais j'ai un mauvais pressentiment, Lorraine.
Je m'en suis tellement voulu
de pas voir que Simon allait pas bien!
Je veux pas faire la même erreur une 2e fois,
avec Élise.
(soupir)
(profond soupir)
(halètement)
- Je veux pas lui parler.
- C'est ta mère.
Elle a sûrement fait des erreurs, mais elle t'aime.
- C'est elle qui te fait faire ses messages?
- Non.
Je vais y aller, là, c'est clairement pas un bon moment.
- Ç'a "chiré".
Je suis désolé!
- Ah... C'est pas de ta faute!
Pourquoi?
- C'est pas juste une chose, tu sais? C'est...
C'est tout.
Des fois, c'est juste trop.
- Hé, Dénommé! Long time no see!
T'étais pas au party chez Gab l'autre soir?
C'était le fun, on a fait de la "mes".
Hé, ses parents ont une esti de grosse piscine creusée!
- Tant mieux pour eux autres.
- Hé, j'ai un nouveau CD aussi.
Je suis sûr que tu vas triper!
Les Smashing Pumpkins. Citrouilles effoirées! Ha!
- Ah.
- Euh, je m'en vais à l'école chercher mes livres demain.
On prend mon cadenas pour la case?
- Je me mets pas avec toi.
- OK, puis c'est là que tu me dis ça?
- Hé, sacre-moi patience!
- Tu sais, moi avec, tu m'as fait mal d'aplomb!
- T'avais pas d'affaire à me traiter de fif!
- T'es pas capable de prendre unejoke?
- Je vais m'arranger pour te le faire regretter
pour le restant de tes jours!
- Hé,come on!
Simon,come on!
- Tout le monde a droit à une 2e chance dans la vie.
(murmure des conversations)
Nadia...
je me suis jamais mêlée de vos affaires,
mais là, je te demande juste de...
Regarde, pense à ça, je te rappelle. OK?
- Il est correct.
Il serait prêt à vous recevoir. - Ah!
- Mais il insiste pour que je sois là.
- Ah!
(brouhaha des conversations)
(bip)
- (Femme):Dr Perreault est demandé à la salle 620.
Dr Perreault, salle 620.
- J'ai appelé Nadia.
- Ah! De quoi tu te mêles?
- Elle serait peut-être prte à te laisser voir les filles.
À certaines conditions.
- Le sais-tu pourquoi je suis parti?
- Parce que t'es égoîste puis irresponsable.
- Je pense pas que ce soit une bonne idée, ça.
- Je suis parti pour protéger mes enfants.
Parce que c'est ça que ça fait, des parents, d'habitude, hein?
C'est supposé protéger ses enfants, coûte que cote.
- Va falloir que t'en reviennes un jour, là.
C'est vrai que j'aurais dû laisser Marcel avant,
mais ça, c'est le passé.
C'est fini, ça!
- Oui?
Un matin, on déjeunait.
Nadia était chez la coiffeuse.
Puis Emma, elle arrêtait pas de jouer avec son verre de jus.
J'avais bien beau lui dire d'arrêter,
mais elle, elle continuait.
Fait qu'elle l'a tout renversé à terre.
Puis ma main est partie toute seule.
J'ai frappé
ma fille de 4 ans
à cause d'un verre de jus.
Est-ce que ça te rappelle quelque chose, ça, Diane?
(soupir)
J'ai fait exactement la même chose
que tu m'as faite dans le temps,
puis ça m'a fait capoter!
- Bien, ça arrive à tout le monde de pogner les nerfs, hein.
- J'ai eu peur de recommencer, fait que...
c'est pour ça que je suis parti.
C'était la seule façon de briser le cercle vicieux.
- Ça... C'est à cause de Marcel, ça.
Oui.
Il a déteint sur moi.
- T'étais de même avant qu'il soit dans le décor.
Limite, lui, c'est pas surprenant qu'il m'aime pas.
Mais toi, tu m'as mis au monde.
- Arrête!
Arrête, sinon... - Sinon quoi?
Hein?
- Ah...
- Tu vas me frapper? C'est ça?
Je n'ai plus peur de toi.
Mais je ne veux plus rien savoir.
Sors.
Sors!
- Toi...
qu'est-ce que t'avais d'affaire
à venir mettre la marde dans notre vie?
- La prochaine fois, attendez pas d'être à sec
pour consulter votre médecin de famille.
- Promis.
Je pensais que c'était réglé, là.
- C'est pas parce qu'on oublie nos problèmes
qu'ils disparaissent.
- Merci!
(circulation, coups de klaxons plus loin)
(raclement de gorge de Lorraine)
- Qu'est-ce qu'il fait ici, lui?
- Je l'ai invité.
Il est venu me voir.
Il s'en fait pour toi.
Puis moi aussi.
- Je vais très bien.
- Inquiète-toi pas, je resterai pas longtemps.
Les dernières semaines ont ravivé la douleur,
j'avais juste besoin de me recueillir.
- Jonathan est à l'hôpital.
C'est de ma faute, je l'ai replongé là-dedans lui aussi.
- Élise, il faut que t'arrêtes de te sentir coupable pour tout.
- Sa mère m'avait dit qu'il était fragile.
- Mais ça, c'est le principe des poupées russes.
Il y a toujours autre chose en dessous
plus compliqué que ç'a l'air.
Simon m'avait déjà confié ses doutes par rapport à Diane.
Jonathan lui avait jamais avoué,
mais il avait des bonnes raisons de la soupçonner.
- L'avais-tu confrontée?
Bien non, t'avais rien dit, comme pour mon père.
- Non, ton père, je l'ai su après-coup.
Mais pour Diane, oui, j'ai fait un signalement à la DPJ.
Ils en ont conclu
qu'il y avait pas assez de preuves pour intervenir.
- Est-ce qu'elle le sait que tu l'avais dénoncée?
- Elle m'en a jamais parlé,
mais j'imagine que oui.
- C'est arrivé quand, ça?
- Pendant l'été. Juste avant la mort de ton frère.
- Est-ce que ça se pourrait que ça soit pour ça
que Jonathan a quitté le groupe du jour au lendemain?
- Hum.
- Peut-être que ça ferait du bien à Jonathan de te voir.
T'avais le tour avec.
- Je vais réfléchir à ça.
- Je sais ce que tu penses de moi.
Que si t'avais été à ma place,
t'aurais fait les choses différemment.
Je sais pas si t'aurais fait mieux.
Mais je sais que dans les circonstances,
moi...
j'ai fait ce que j'ai pu.
- C'est toi qui sais.
- C'est dur d'être mère, tu sais.
Il y a rien qui te prépare à ça.
On nous répète que l'amour vient à bout de tout, mais...
des fois, c'est juste au-dessus de nos forces!
J'ai jamais eu le courage de défaire sa chambre
parce que...
parce que j'avais peur que mes souvenirs disparaissent.
Puis qu'il meure pour vrai!
Ah, mais j'ai fini par comprendre que Simon, là...
il est pas dans une chambre,
ni dans un cimetière.
Des fois...
Des fois, il faut prendre des grands, grands détours
pour revenir au même point, ma pinotte.
Hein?
- Oui.
(pleurs des deux)
- OK, c'est correct?
- Oui.
(reniflement)
(cri des mouettes)
- Attention. Ta colonne, bien droite.
Oui.
Vas-tu t'inscrire au camp d'entraînement de basket?
- Euh non.
Je suis pas assez bon, je vais attendre à l'an prochain.
- Mais c'est en jouant qu'on s'améliore.
- Bien, c'est ce que je vais faire, mais pas dans une équipe.
- Va falloir que t'apprennes à prendre ta place.
- Mais as-tu vu jouer les gars?
Je suis pas de calibre.
- Ils ont tous commencé quelque part.
- Bien, tu connais le coach.
Tu pourrais peut-être lui parler de moi.
- Non, j'ai une meilleure idée que ça.
Tu pourrais te faire confiance aussi.
Tu sais, Simon, un bon coach est capable d'évaluer un joueur
selon ses capacités,
mais un excellent coach
est capable de l'évaluer selon son potentiel.
Puis Yvon, c'est un excellent coach.
Fait que viens-t'en!
- Il avait de la misère avec l'amour, hein?
- Je pense qu'il était homosexuel.
Il était pas maniéré ou rien,
mais les filles l'intéressaient pas.
- C'est maintenant que tu me dis ça?
- Il me l'a jamais dit.
(soupir)
Mais au fond de moi, je l'ai toujours su.
Regarde, je sais que j'aurais dû lui demander, OK?
Mais je...
je voulais pas bousculer les affaires.
C'était une autre époque.
- C'est juste pour ça qu'il s'est suicidé?
- Peut-être.
- Ah...
- Il s'acceptait pas parce qu'il avait peur qu'on l'accepte pas.
- Mais s'il te l'avait dit?
- Je sais pas.
(petit rire)
Je...
Je pense que j'aurais eu besoin de temps,
mais je l'aurais pas empêché d'être lui-mme, par exemple.
- Ça fait des semaines que tu me regardes
me perdre sur des fausses pistes.
C'est quoi, ton problème? - J'avais honte!
- De ton fils?
- De moi.
Hum!
(ouverture et fermeture d'une porte)
- Simon!
- Ouf!
Je suis juste venu souper,
je m'en retourne tout de suite après.
- Où, ça? - Ça change quoi?
- Je sais pas, t'as l'air bien occupé, ça m'intéresse!
T'es-tu fait une petite blonde? - Es-tu malade?
- Il est pas assez beau pour ça!
- Élise!
C'est juste normal à ton âge, une petite blonde.
- Bien, je vais m'entraîner, c'est correct?
- Coudon, t'as jamais de devoirs à faire, toi?
- J'ai un test d'économie demain.
Pas besoin d'étudier, on a droit à nos notes.
- L'année passée, ça s'est bien mal fini.
Tes notes ont intérêt à remonter.
C'est pas en jouant au basket que ça va arriver.
- Le sport, c'est bon pour la concentration.
- Qui dit ça? Philippe, encore?
En tout cas, tu l'écoutes pas mal plus que tu m'écoutes, moi.
- Mais c'est toi qui m'as forcé à embarquer dans le groupe.
- Sais-tu quoi?
Je pense que c'était pas une bonne idée finalement.
Avant, tu m'envoyais chez le diable, là tu ne me parles plus.
- C'est parce que j'ai rien à dire.
- J'ai l'impression que tu me caches des affaires.
Je vais finir par savoir c'est quoi.
Élise?
Est-ce qu'on peut se parler?
- Oui.
- Les derniers temps,
Simon partait souvent sans dire où il allait.
Puis c'était pas chez Carl, ils étaient en chicane.
- Il voyait quelqu'un?
- C'est sûr. Mais qui?
- J'ai retrouvé Jonathan Forget.
- Je me suis toujours posé la question.
Je veux dire, je sais qu'il a eu une femme puis des enfants,
mais ça veut rien dire.
- Oui, il s'est clairement passé quelque chose entre eux, mais...
quoi au juste?
- Tu sais qu'il est jamais venu au salon ni aux funérailles?
- Hein?
Sa mère m'a dit qu'il était allé.
- Elle oui, mais pas lui.
Je l'ai revu une couple de jours plus tard au cimetière.
Quand il m'a vue, il s'est mis à brailler comme un veau,
puis il est parti en courant.
- Tu sais, dans son journal de bord,
il a vraiment l'air d'un gars amoureux!
- Oui.
- Quand tu flottes comme ça, surtout pour la première fois...
ça fait d'autant plus mal quand tu tombes.
- J'ai appris que soeur Guylaine reviendra pas.
Elle va prendre sa retraite.
- Ça veut dire que tu vas continuer?
- Bien,
ils vont afficher le poste, on va voir.
- Bien, ça serait le fun que tu restes.
(cris et conversation entremêlées en sourdine)
- Tu...
Parles-tu à ton père de temps en temps?
- Il appelle jamais.
Il se crisse pas mal de nous autres.
(conversations étouffées plus loin)
(pleurs d'un bébé, conversations étouffées plus loin)
- Qu'est-ce que tu fais ici?
Tu me surveilles?
- C'est toi qui as dit que t'allais courir après l'école.
- Faut que t'aies une vie, là,
à l'extérieur de l'école puis du sport.
- Bien, j'ai la musique.
- Vois-tu des amis des fois?
- Tout le monde me tape sur le nerfs ces temps-ci.
(cris et conversations en sourdine)
- Faudrait que tu t'arranges
pour faire des nouvelles rencontres,
aller au cinéma, à l'arcade.
- Bien...
je pense que je suis pas comme les autres.
- Qu'est-ce que tu veux dire?
- Je pense que j'aime pas les mêmes affaires.
- Euh, je vais y aller, moi.
(soupir)
(vibration)
- Hé, salut!
-Stéphane... c'est Élise.
Je m'excuse de te déranger.
Te rappelles-tu, quand mon frère est mort,
Philippe vous a fait écrire des lettres à Simon?
- Je me souviens pas de ça.
-Non?
Vous aviez mis les lettres dans une boîte,
puis vous l'aviez enterrée à la rivière
près de la roche à Simon.
- Oh, je me souviens
qu'on a planté un arbre dans la cour d'école, là, c'est tout.
(murmure des conversations)
- Allô!
Je te dérange?
- C'est tout ce que j'ai trouvé. - Oh!
J'ai une surprise pour toi.
- Bonjour, Jonathan!
- Hum, hum.
- C'est l'abbé Philippe.
(soupir)
- Je suis content de te revoir.
- Je vais vous laisser,
vous avez sûrement plein de choses à vous raconter.
(conversations entremêlées en sourdine)
(conversations entremêlées)
(cri)
(sonnette d'alarme)
(cris étouffés)
- AH!
Ah! Ah...
- Code blanc dans la chambre 537. Code blanc.
- Madame, vous pouvez sortir. - Oui.
(paroles indistinctes sur les ondes radio)
♪ ♪
♪ ♪
(murmure des conversations entremêlées)
- Ça va aller, monsieur?
- Oui, oui. Plus de peur que de mal.
Merci!
Hum... - Qu'est-ce qui s'est passé?
- J'ai aucune idée.
- Il t'a quand même pas sauté dessus sans raison.
- Je te jure, je comprends pas.
- Excuse-moi.
Je pouvais pas te parler de ça au téléphone.
- Me parler de quoi?
- Est-ce que Philippe...
Est-ce que Philippe a abusé de toi?
- Non.
- (soupirant): OK.
Tant mieux!
Puis aurais-tu entendu parler d'autre personnes
qui auraient pu être ses victimes?
- Drolet, c'est un pédophile?
Simon?
- Je sais pas.
Mais Jonathan Forget, je pense que oui.
- Tabarnac!
Je me suis toujours demandé.
J'avais pas de preuves, mais...
je le "trustais" pas, le curé.
- Tu m'as dit que Simon jurait juste par lui,
est-ce qu'il aurait pu le faire chanter avec ça?
- Le message dans ton pare-brise...
c'était moi.
(profond soupir)
- Ça ne marche plus, Nat.
Je vais craquer, moi.
- Tu peux pas me faire ça.
(soupir)
- Je n'en peux plus.
- Salut! - Salut!
Euh non, laisse la porte ouverte.
- Pourquoi tu capotes?
C'est à cause de ce qui est arrivé?
- Il est rien arrivé.
Simon...
je sais pas ce qui t'a pris,
mais tu ne fais plus jamais ça, OK?
Plus jamais.
- Mais... t'as aimé ça.
- Ah...
Je pense qu'on se comprend pas.
Je suis un prêtre, moi.
Puis je suis pas comme ça.
- Je le sais qu'il y a de quoi de spécial
qui se passe entre nous deux.
- Jonathan, je suis en train de dire à Simon
qu'on peut aller manger dehors vu qu'il fait beau.
Entre!
- Combien de temps il a travaillé dans votre paroisse?
Puis est-ce qu'il s'occupait des groupes de jeunes?
De scouts, d'équipes sportives?
Avez-vous déjà entendu parler de présumées victimes
qui se seraient manifestées?
Seb, j'ai besoin de vérifier
si un ancien employé de la polyvalente Saint-Jean
aurait eu un dossier disciplinaire.
- Bien, c'est confidentiel, tu le sais!
- Je sais, mais c'est important.
Tu dois bien avoir un collègue quelque part
qui pourrait te faire une faveur.
- Je peux pas avoir accès à ça sans raison.
- T'as reconnu que mon instinct était bon avec Shany.
Fais-moi confiance.
- Est-ce qu'on va se baigner?
- Hum...
J'ai oublié mes notes pour mon rapport de chimie.
Je peux aller les chercher chez un gars de ma classe?
- T'es pas censé sortir.
- OK, c'est beau, mais je vais pocher d'abord.
- Un aller-retour,that's it.
- Je peux y aller tout de suite? - Bien oui.
- J'y vais avec toi!
- Ah! Une vraie sangsue!
- Non, non, c'est une bonne idée!
- C'est à cause de toi que Simon s'est suicidé!
Qu'est-ce qui est arrivé le jour de sa mort?
Tu l'as agressé une dernière fois? Une fois de trop?
- J'ai jamais touché un seul de ses cheveux.
- Il s'est passé quoi pour qu'il décide d'en finir?
- Je t'ai dit tout ce que je savais!
- T'étais où le 21 septembre 1994?
- J'étais même pas dans le coin.
Puis si tu veux, je peux te le prouver.
J'écris tout dans mes agendas.
Je suis pas mal sûr de l'avoir conservé.
21 septembre.
J'étais en formation à Québec.
J'en ai profité pour aller au Musée des beaux-arts,
ensuite j'ai vu des amis.
Je suis resté jusqu'au jeudi.
C'est là que j'ai appris au retour que...
le corps de Simon avait été repêché dans la rivière.
- J'en ai pas pour longtemps.
Attends-moi ici, OK?
- Où tu vas?
- Tu dis rien à maman, sinon tu vas être dans la marde.
(soufflement du vent)
- Est-ce qu'il aurait pu volontairement
oublier des choses qui sont arrivées dans le passé,
comme des événements douloureux?
- Ça arrive parfois dans le cas d'agressions sexuelles.
- Puis ça peut ressurgir comme ça, tout à coup?
- Ça arrive.
(ouverture, fermeture d'une porte)
- Coudon, est-ce qu'il habite à Montréal, ce gars-l?
Ton frère est pas avec toi?
- J'étais tannée d'attendre.
- (murmurant): Le petit crisse!
Je savais qu'il en profiterait pour aller voir ses chums, là!
Hé, ça sera pas beau tout à l'heure!
(murmurant): Petit maudit!
- J'aurais pas dû amener Philippe Drolet ici.
Je voulais pas te perturber, je te demande pardon.
Il est arrivé quelque chose avec lui, hein?
Tu peux me le dire.
T'as pas à le protéger.
- C'est quoi, ça?
- Ah!
C'est le reste de la collection de bédés de mon frère.
Je te l'ai apporté si ça t'intéresse.
- Je lis tout.
- Hum.
- Un jour, en revenant de l'école...
je suis monté dans ma chambre, puis...
toute la bibliothèque était vide.
(petit rire de Jonathan)
Ma mère avait voulu me punir
parce que j'avais oublié de tondre la pelouse
comme j'étais supposé.
C'était un mardi.
Jour des poubelles.
Le camion a tout ramassé.
- Ta mère a mis tous tes livres aux vidanges?
- J'ai perdu la carte.
J'ai pris mon vélo,
j'ai pédalé jusqu'au pont.
(clapotis de l'eau)
- Qu'est-ce que vous faites?
- C'est moi qui lui ai demandé de venir.
Je pense qu'il y a des choses
que t'as mal décodées.
- Mais t'es pas avec elle?
Osti, non!
Mais pourquoi tu m'as embrassé d'abord?
- Je t'ai pas embrassé, Simon,
c'est toi qui m'as pris par surprise.
- Tu trouves pas qu'on est bien ensemble?
Pourquoi tu penses
que j'ai tout le temps le goût d'être avec toi?
- Simon...
- Hé, toi, parle-moi pas!
Philippe...
pourquoi tu m'as demandé de venir?
- Pour qu'on mette des choses au clair.
- Bien, moi, je t'aime.
- Philippe!
Philippe! Philippe!
(coups)
- Madame, calmez-vous! - Hé!
- Calmez-vous ou j'appelle la police!
- C'est bon.
C'est bon.
- T'étais avec mon frère quand il est mort.
Pendant des semaines, tu m'as menti en pleine face!
T'as jamais voulu m'aider!
Tu m'as manipulée exactement comme t'as manipulé mon frère!
(reniflement)
(profond soupir)
- Simon...
Simon aurait voulu
qu'il se passe quelque chose entre nous deux.
Mais il en était pas question.
Ton frère...
je l'aimais.
Pas juste comme un élève, là,
c'était plus fort que ça.
Je sais pas comment te l'expliquer, mais...
il venait chercher quelque chose là.
(soupir)
Il me faisait penser à moi.
Mais ça avait rien à voir avec le sexe.
Rien!
Le soir du 21 septembre 94,
après le souper...
il m'avait donné rendez-vous près de la rivire, sur le pont.
Quand je suis arrivé puis que je lui ai dit que...
c'était impossible, qu'il se passerait rien...
il s'est mis à crier puis à pleurer.
J'étais même pas capable
de le prendre dans mes bras pour le consoler.
Je voulais tellement pas qu'il pense que...
Puis là, il m'a dit...
"Si c'est pour être comme ça, ça vaut pas la peine de continuer."
J'ai pas eu le temps de réagir, il a sauté dans le vide.
(soupir)
Moi, j'ai couru jusqu'à la rivière,
mais il était trop tard, le courant l'avait emporté.
- Puis pourquoi t'as jamais raconté ça à personne?
Même pas à la police?
- Parce que j'avais la chienne.
Qui m'aurait cru?
J'avais pas de témoin!
- Bien justement...
il y a quelqu'un qui a tout vu.
(soupir)
- Simon, arrête avec tes conneries!
- C'est pas des conneries, je t'aime!
- Mais voyons, on est ensemble! Philippe est pas...
- Je vais dire que tu tripotes les petits gars,
puis que tu m'as enculé!
- Non, tu feras pas ça. - Checke-moi aller!
Je vais le dire aux boeufs, là, puis je vais te détruire!
- OK, Simon, tu arrêtes!
- Hé, toi, la guidoune, tu trouves ça drôle?
- Toi aussi! - OK, ça suffit!
- Ah! - Ah!
- Simon!
Simon!
- Simon! - Oh!
Oh, mon Dieu!
Ah! Ah, mon Dieu!
Simon!
- Simon! - Simon!
SIMON!
♪ ♪
(cris de Nathalie et Philippe)
Simon! Ah!
(soupir)
(murmure des conversations)
(ouverture d'une porte)
(soupir)
(♪Magnoliapar Tom Petty and the Heartbreakers ♪)
♪ From a table across the room ♪
♪ She was signaling me with her eyes ♪
♪ I walked over to be introduced ♪
♪ I said hello she just smiled ♪
♪ And said I know a place not too far from here ♪
♪ We could get away for awhile
♪ Yeah, that's when she kissed me and told me her name ♪
♪ I never did tell her mine
♪ Oh
♪ Magnolia
♪ I remember the smell of the wind through the suite ♪
♪ Magnolia
♪ And I know that she's out there somewhere in the world ♪
♪ She's forgotten me but I remember her ♪
♪ Magnolia
♪ Well her lips were as warm as that wet southern night ♪
♪ Her eyes were as black as the sky ♪
♪ And I wondered aloud
♪ Just what I done right
♪ As I lay there with her by my side ♪
♪ Then she took hold of my hand ♪
♪ As she looked up at me
♪ And said now I must tell you good-bye ♪
Sous-titrage: MELS
♪ And there in the moonlight as I watched her leave ♪
♪ I felt a chill down inside
♪ Oh
♪ Magnolia
♪ I remember the smell of the wind through the suite ♪
♪ Magnolia
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