All language subtitles for 1981.Les ailes de la colombe (fr)

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Original subtitles

Qu'est-ce que tu fais ?

Je vous laisse.

Je dois rentrer à Paris aujourd'hui.

J'ai encore mes bagages à prendre dans la chambre.

Dormez.

Qu'est-ce qui te prend ?

Tu me dis "vous", maintenant ?

Une nuit ensemble, vous savez... Vous connaissez même pas mon nom.

Et moi ? Je fais quoi ?

Dors encore, il est très tôt.

Après, tu verras bien.

[femme] Dites donc, qu'est-ce que vous croyez ?

Ça va pas, non ?

[le lit grince]

[une cloche sonne]

[klaxon]

[des cloches sonnent]

[klaxon]

[musique classique douce]

La note est déjà réglée, monsieur.

Ah non, Marc, vous étiez notre invité.

Venez, nous sommes très en retard.

Embrassez votre mère, Marc !

- Et revenez ! - Au revoir !

C'était qui, tu crois, cette jeune femme, dans le couloir, tout à l'heure ?

[femme] Je sais pas.

Elle avait perdu quelque chose, manifestement.

Un courant d'air.

Elle est très belle, non ?

[femme] Assez, oui. Je l'avais remarquée.

Elle était accompagnée jusqu'à ces jours-ci.

Jusqu'à hier.

C'était un Américain.

- En tout cas, il est reparti sans elle. - [femme] Il avait l'âge d'être son père.

J'ai envie d'un vrai petit-déjeuner. Je monte à la terrasse.

[femme] Vas-y, ma chérie, je te rejoins.

Je m'excuse pour ce matin.

Je devais être très inconvenante, comme ça, par terre.

Oh, moi, ça m'a pas gênée du tout.

C'est Suzanne.

Suzanne ? C'est la dame qui est avec vous ?

[femme] Oui.

Moi, je suis Marie.

- Vous ? - Catherine.

Catherine Croy.

Vous êtes ici en vacances ?

Oui, si on veut.

Moi, je suis toujours en vacances. Pas vous ?

Toujours en vacances ?

Enfin, je voulais dire, ici, vous êtes en vacances ?

Oui.

Non.

En fait, les vacances, pour moi, c'est quand je suis seule.

Catherine, Suzanne.

Je voudrais me promener avant le soleil trop fort.

À bientôt.

Tu as commandé ?

[un moteur vrombit]

[le moteur ralentit]

[grincements]

[des cloches sonnent]

Il y a plein d'autres choses que moi à voir ici.

[accent italien] Je les connais déjà, par cœur.

Vous êtes vénitien ?

Oui.

Pourquoi tu t'arrêtes ici si tu ne sais pas où aller ?

Parce que.

Parce que ?

Parce que vos yeux derrière moi, c'était agréable.

Mais plus longtemps, ce serait devenu pénible.

Alors, montrez-moi quelque chose par ici.

D'accord.

[musique classique douce]

Tout ce qui est peint ici est de Véronèse.

C'est son église.

Son tombeau est sous l'orgue.

[la musique s'intensifie]

[brouhaha]

[sifflement]

[quelqu'un tousse]

C'est qui, celle-là, à qui tu dis bonjour ?

Marie. C'est tout ce que je sais.

Tu la connais ?

Je l'ai vue déjà.

Avec une dame, souvent.

Et moi, tu m'as déjà vue, avant le vaporetto ?

Non.

Ce garçon à qui tu parlais, c'est qui ?

Eugenio, un ami.

Ah, moi, c'est Sandro.

Moi, c'est Catherine.

Ciao, Sandro. Laisse-moi, maintenant.

[musique classique douce]

[musique classique au piano]

Catherine !

- Warren n'est pas avec vous ? - Non, il est reparti hier à New York.

Et vous, vous êtes restée ?

Bien.

"Un de perdu, dix de trouvés", comme vous dites en France.

- [Catherine] Elles sont là ? - Qui ?

[Catherine] Ces deux, là-bas.

La petite Thil ?

Pourquoi ? Ça vous intéresse ?

Elle est au même hôtel que moi.

C'est une belle jeune fille.

Oh oui, c'est une vraie jeune fille.

Colossale fortune, orpheline, tout à fait seule au monde.

Elle n'a que cette pauvre Suzanne Berger, sa marraine, je crois,

qui la suit partout et qui l'adore.

Voilà. Vous en savez autant que moi.

Elles sont ici depuis trois semaines.

Elles se trouvent bien, on dirait.

Ça suffit ?

Merci, madame. C'est trop.

- Je vais faire un tour. - Bien.

[musique mélancolique au piano]

Pianiste ?

Tu es pianiste ?

Non.

Comme ça, quelquefois.

Je fais un tas de choses.

Oui. Rien particulièrement.

Un propre-à-rien, on dit.

Un propre-à-rien ?

Qu'est-ce que c'est, un propre-à-rien ?

Ah oui !

Oui, je suis pauvre.

Si ça veut dire ça, oui. Je suis pauvre.

Et toi ? Tu fais quoi ?

Moi ?

Moi, je fais tomber des sequins en agitant mes robes.

Marie.

Suzanne.

C'est Sandro.

Vous n'êtes pas restée seule très longtemps.

Sandro dit qu'il vous connaît.

- Comment ? - Heu, c'est vrai.

Je vais vous montrer quelque chose.

Venez.

Vous allez voir que je vous connais.

Venez.

[brouhaha]

C'est votre portrait.

C'est votre sosie. On dit ça, non ?

"Sosie".

[Marie] Je serai jamais mieux.

Jamais.

[Sandro] Mieux qu'elle ? Pourquoi ?

Elle est très bien, mais vous êtes mieux.

Regardez, elle est très belle, mais on ne croit pas à sa beauté.

Non, je voulais dire que tout était très beau depuis ce matin.

Jamais je me suis sentie aussi bien.

Et aussi, je suis heureuse de vous avoir rencontré aujourd'hui.

Je voudrais avoir la ressemblance.

Elle est très pâle.

Même ses mains

ressemblent à vos mains.

[Marie] Les miennes sont plus grandes.

Les miennes sont immenses.

Non, les vôtres sont toutes petites.

Vous êtes mieux qu'elle, je vous dis.

Mais vous vous ressemblez.

Vous voyez que vous lui ressemblez, non ?

Non, je sais pas.

- [Catherine] On est où ici ? - [Sandro] C'est l'opéra, la Fenice.

[Catherine] Tu écris des articles sur elle ?

[Sandro] Elle ?

Tu parles d'elle comme si c'était une femme.

Ce n'est pas sur la Fenice que j'écris,

mais sur ce qui s'y passe dedans.

Ça s'appelle faire le critique musical.

Et c'est quoi, des "saquins", heu, des "saquins" ?

- Des sequins. - C'est quoi, "faire tomber des sequins" ?

Ça veut dire que je fais la pute.

- La pute ? - Pute de luxe.

Tu comprends ça ?

Oui.

D'ailleurs, c'est fini, j'arrête.

J'arrête de me faire baiser pour des sequins. Voilà.

- Mais... - [il parle italien]

[cris d'efforts]

[cris]

Oh !

[il expire]

Toi, tu peux faire le boxeur aussi.

Après le piano et le reste.

[il expire]

Un mouchoir ?

[il expire]

Tu vois,

ils auraient pas perdu leur nuit.

Tiens. Prends.

Pourquoi ? J'en veux pas.

Si, prends.

C'est pas le moment.

Si tu arrêtes les sequins, tu ne peux pas plus...

Avec ça, tu viendras me voir à Paris.

À Paris ? Où ?

À l'hôtel.

J'habite toujours l'hôtel.

À Paris, quand ?

Quand je te le dirai.

Je te téléphonerai.

[en chuchotant] Je n'ai pas le téléphone.

Et je vais très peu au journal.

[en chuchotant] Je t'enverrai un télégramme.

J'aime pas écrire.

Prends-le.

[musique classique douce]

[la musique s'intensifie]

[cris]

- [sifflement] - [une cloche sonne]

[sifflements]

[une cloche sonne]

[musique classique grave]

[soupir]

[brouhaha]

T'es venue tout à l'heure sur le campanile ?

Tu m'as vue ?

Non.

Je sais que t'es venue.

Tu m'as fait une peur bleue.

C'est ce que tu voulais ?

Non.

Je veux partir.

Je veux rentrer à Paris.

[Suzanne] C'est ça qui te turlupine ?

Ben, rentre ce soir, ma chérie, rien de plus simple.

Allez, on prend le train cette nuit, d'accord ? Hein ?

Dans le fond, c'est moi qui t'ai forcée à rester.

C'est moi qui me trouvais bien ici, avec mes souvenirs.

C'est de ma faute.

Bien fait pour moi.

Mais oui, c'est ça, tu me tyrannises.

[en italien] S'il vous plaît ?

[en italien] Un chocolat.

- [serveur] Oui. - [en italien] Merci.

Qu'est-ce qu'il t'a dit, le docteur Pons, quand tu l'as vu seule ?

Qui t'a raconté que je l'ai vu ?

Pas lui.

Ni toi. C'est la première fois que je t'en parle.

Je devine et je tombe juste.

Si t'es pas dans le secret, tant pis.

Il n'avait pas de secret à me confier.

Tu es souffrante ?

Je sais pas.

Mais peut-être ça serait bon de le savoir.

- Tu te sens malheureuse ? - Ah, pas du tout.

Mais je me demande, quelquefois...

Quoi, si tu as une maladie ?

Non.

Si j'ai tout.

Ça, oui.

Plus que personne.

Pour combien de temps ?

Tu veux consulter quelqu'un ?

Je t'en prie, dis-moi ce qu'il y a.

Peut-être que je suis trop heureuse.

[Suzanne] Alors, quoi ?

Ça.

D'être trop heureuse.

Je peux à peine le supporter.

[en italien] Merci.

Qui veux-tu voir ?

Pons m'avait conseillé un professeur.

Lukirsh.

Le professeur Lukirsh. [en chuchotant] Bonjour.

Il est charmant, ce jeune homme, avec cette Catherine.

- Je pars demain matin. - Ah bon ? Nous, cette nuit.

Nous venons de le décider.

Vous prenez le train, je suis sûre.

Oui. L'avion...

[Marie grelote]

Vous viendrez nous voir très vite ? C'est promis ?

Oui. Promis.

[musique douce]

Vous aussi, vous allez à Paris ?

[Sandro] Non.

Pas demain, ni cette nuit.

Un jour.

[la musique s'intensifie]

Souviens-toi bien.

Ne me téléphone pas.

Ne m'écris pas.

Moi, je te joindrai.

[la musique s'intensifie encore]

Merde !

Oh, merde !

C'est toi ?

[Catherine] Bonsoir, Papa.

- Tu veux que j'allume une lampe ? - Non, surtout pas.

Je croyais que tu étais pas à Paris.

Je suis rentrée ce matin.

Ça va mieux ?

Pourquoi mieux ?

Tu me demandes pas des nouvelles de ta sœur ?

Je ne lui parle plus.

Regarde.

On s'écrit d'une chambre à l'autre.

Tu m'as ramené quelque chose ?

Non.

Je te donnerai plus d'argent.

Fini.

J'arrête.

Fini.

Tu veux vraiment me faire croire ça ?

Et toi ?

Qu'est-ce que t'as fait de ta vie ?

Regarde-toi !

Tu me reproches d'être encore là ?

Ce que t'as, c'est que t'es amoureuse.

Je le plains, l'imbécile.

Essaie de comprendre, pour une fois.

Tu peux m'aider.

Tu dis rien ?

Tu veux pas ?

Alors, tu voudras plus me parler, à moi non plus ?

[klaxon]

Pourquoi tu laisses la porte ouverte ?

Papa ?

Je m'en vais.

Cette fois, je reviendrai plus.

Tu m'entends ?

[un bébé pleure]

Donne-moi de l'argent.

Non.

C'est fini.

Cette fois, c'est vrai.

De l'argent, t'entends ?

Je veux de l'argent, du fric !

De l'argent, t'en as, tu m'en donnes ! Du fric !

Poufiasse ! Putain, je te demande du fric !

Putain de merde, tu peux m'en donner, non ?

Salope !

Va te faire enculer, va !

T'es une lâche !

T'es une lâche et une pute !

Une pute lâche, c'est tout !

[musique de tension]

[la musique s'adoucit]

Vite, avant que Suzanne revienne.

- Rends-moi un grand service, demain. - Tout ce que tu veux.

C'est un secret.

Mais ça m'oblige à être hypocrite et méchante.

On va faire quelque chose de mal ? Très bien, j'adore ça.

Mais c'est très loin de ce que tu penses.

- Ah. - [Marie] Voilà.

Demain, j'ai rendez-vous avec Lukirsh et je voudrais que tu m'accompagnes.

- Oui, c'est qui, Lukirsh ? - [Marie] Lukirsh.

Le professeur Lukirsh.

C'est un grand médecin.

Mais je veux pas y aller toute seule.

Personne n'est assez bien pour m'accompagner

et Suzanne l'est trop.

Et moi, je suis entre les deux. Bravo.

Mais qu'est-ce que tu aurais ?

[Marie] Trop d'imagination, sans doute.

Tu es très bien.

Tu es parfaite.

Oui, mais je veux savoir.

Il faut savoir.

Il faut savoir.

J'étais sûre que tu m'aiderais.

Mais silence absolu, hein ?

Si tu étais malade,

tu le cacherais comment ?

Oh, ça pourrait pas rester caché éternellement.

Mais je peux durer longtemps.

Ça serait un nouvel avantage.

Je crois que je pourrais mourir sans qu'on le remarque.

T'es quand même bizarre de parler comme ça ici.

Quoi, ici ?

Tu peux tout avoir,

tu peux tout faire.

Tu parles exactement comme Suzanne.

Attention, la voilà.

Le café !

Faudrait que je vous revoie. Vite.

Dès la semaine prochaine.

Lundi matin, c'est possible ?

Oui, bien sûr.

Vous pouvez venir à l'hôpital ? Dans mon service ?

- Oui. - [Lukirsh] Je vous écris tout ça.

Et le nom de l'interne qui réalisera cet examen dont nous avons parlé.

[musique intrigante]

- Il t'a dit quoi ? - Que je dois m'inquiéter de rien.

Et si je promets d'être sage et de lui obéir, il prendra soin de moi.

Alors, il pense que tu es malade ?

Mais j'en sais rien et je m'en fiche !

De toute façon, je l'apprendrai. Bien assez tôt.

Il sait sur moi tout ce qu'on peut savoir et ça, ça me plaît beaucoup.

Il t'a posé beaucoup de questions ?

Mais non, il a pas besoin d'être idiot !

Il a posé entre nous sur le bureau une grande coupe d'attention,

vide,

et à la fin, il savait tout.

Une vraie voyante, dis donc.

Quand est-ce qu'on revient ?

Ah, mais maintenant, je t'ennuierai plus ! La glace est rompue !

Tu iras seule.

Oui, toute seule. Mais le répète pas, hein ?

[Catherine] La pauvre Suzanne.

Tu demandes beaucoup pour ce que tu donnes, non ?

Ben, parle-lui.

Ne me cache rien.

Je serai muette comme une tombe si tu me dis la vérité.

Ne me cache pas ce que tu sais.

Oui.

Au fait, t'es invitée à dîner demain soir avec nous, chez Marc et sa mère.

- Qui c'est, Marc ? - Tu verras, il est très gentil.

Il voulait absolument te rencontrer, alors, j'ai pas pu lui refuser ça.

Vous savez, je vous ai déjà vue.

Non, je sais pas.

- [Marc] Je vous ai vue à Venise. - [Catherine] Ah ? Vous y étiez aussi ?

Je suis parti juste avant que Marie vous découvre à quatre pattes

dans un couloir, si Suzanne ne m'a pas raconté d'histoires.

Suzanne ne ment jamais.

Espèce de mufle.

Passons au salon, si vous avez fini.

[Marc] Alors, c'est vrai, cette histoire de couloir ?

Qu'est-ce que c'est, cette Catherine Croy ?

J'arrive pas à le comprendre.

Rien, une amie que Marie s'est faite à Venise.

Elle ne jure plus que par elle.

C'est vrai qu'elle est assez merveilleuse, vous ne trouvez pas ?

Bien, oui. Bien.

Mon fils n'est pas en reste pour la trouver merveilleuse, on dirait.

J'étais assis en bas.

Je vous ai vue descendre l'escalier.

Je n'étais pas seul à vous regarder.

Ça, j'en suis sûre.

Catherine avait beaucoup d'admirateurs à Venise.

Comment il s'appelle, déjà, ce jeune homme qui jouait si bien les Impromptus ?

- Qui jouait quoi ? - [chuchotements]

[Marie] Schubert.

Fais pas l'idiote.

Tu sais très bien comment il s'appelle.

Sandro.

Comment va Sandro ?

Je ne sais pas.

J'ai pas de nouvelles.

Je crois pas que j'en aurai.

Mais en fait, d'où sort-elle, cette fille ?

Je n'en ai pas la plus petite idée.

Alors, continue.

T'étais assis, tu voyais Catherine descendre l'escalier et puis ?

Et puis elle est allée au bar.

Elle s'est perchée sur un tabouret,

elle a appuyé sa tête sur sa main

et elle a fermé les yeux.

Elle s'est endormie au bar ?

Non, c'était comme ça, une ou deux secondes.

Elle a croisé ses jambes, l'une sur l'autre.

C'était joli ?

[Marc] Très.

Vous avez de longues jambes.

Très belles.

Et puis un jeune homme vous a rejoint,

je crois.

Et vous êtes partis, tous les deux.

C'est ce que je vais faire, encore une fois.

- [mère de Marc] Quand y a le brouillard... - Mais seule.

Pour aller où ?

Chez moi.

Je suis claquée.

[mère de Marc] Oui.

On pourrait se revoir, non ?

Pourquoi pas ?

Téléphone-moi.

Où ?

Demande à Marie.

Elle te le dira.

- Laisse-moi te faire un cadeau. - [Catherine] Non, pas question.

Pourquoi ?

[Catherine] Parce que pas de cadeaux, un point, c'est tout.

Bon, je te donne Marc. Ça, tu peux pas refuser.

[Catherine rit]

Rien que ça ?

Ben dis donc, c'est madame sa mère qui va être contente.

Alors, ça, ça sera bien fait pour elle.

J'ai jamais compris pourquoi je devrais aller renflouer cette vieille toupie.

Suzanne a beau adorer Marc, je vois pas.

Et si ça me plaisait pas, moi, ce cadeau-là ?

Alors, ça, ça m'étonnerait.

Je t'ai vue.

[musique classique douce]

[en anglais] À quoi penses-tu ?

Quoi ?

À quoi tu penses ?

À qui ?

Prends-le si tu veux.

Non.

Elles sont jolies, ces bagues.

Enfin...

C'est quoi, cette pierre, là ?

C'est de l'émeraude ?

Bien sûr, mademoiselle, nous allons faire le nécessaire.

- Merci. - Je vous en prie.

[musique classique douce]

[Catherine] Qu'est-ce que tu trafiques dans mon dos ?

Tu sais, elle m'a fait un cadeau.

Ça m'étonne pas beaucoup.

Elle m'a fait cadeau de toi.

C'est gentil de sa part.

Elle m'a dit :

"Je te donne Marc."

Tu lui donnes quoi en échange ?

Rien.

- Enfin, elle m'a rien demandé. - Ça te plaît, ce cadeau ?

Oui.

Marie est une colombe.

- La plus belle des colombes. - [Marc] Moi aussi, je l'aime beaucoup.

- Mais qu'est-ce que tu fais avec elle ? - Je fais rien.

Ma mère est obsédée par le mariage.

Par mon mariage.

N'importe quel mariage ?

Et toi ? Tu ne veux pas épouser Marie ?

C'est peut-être Marie qui ne veut pas.

- [Catherine] Tu dors avec elle, parfois ? - Jamais.

C'est comme ça, jamais.

Vous savez, si j'avais pu vous éviter cet examen...

Vous êtes courageuse.

Mais j'aurais préféré que quelqu'un vous accompagne.

J'ai cru comprendre que vous étiez seule.

Aucune famille ?

Non, personne.

Je suis une survivante. Y a plus que Suzanne.

- Suzanne ? - Suzanne, c'est ma marraine.

Suzanne Berger, elle est tout le temps avec moi.

Vous lui avez parlé de ce qui nous occupe ?

Oh non, elle sait rien.

Enfin,

presque rien.

Et quand vous êtes venue l'autre jour chez moi, vous n'étiez pas seule.

C'était une amie.

Mais je lui ai dit, à elle.

[Lukirsh] Vous lui avez dit quoi ?

Que je vous vois en secret.

- Elle le répétera ? - [Marie] Non. Elle m'est très dévouée.

Puisqu'elle vous est si dévouée, vous pouvez compter sur elle, non ?

Oui, mais ça ne change rien.

Rien à quoi ?

À ma solitude.

À ma solitude absolue.

Chaque situation est inéluctable.

Le reste...

[Lukirsh] Le reste ?

Le reste est inutile.

Inutile et charmant.

Si vous pouvez quelque chose pour moi, tant mieux.

Tant mieux aussi si je peux, moi, quelque chose.

Je me sens très moi-même vis-à-vis de vous.

Ça m'aide beaucoup.

Écoutez, d'abord, il faut que vous soyez heureuse.

Il faut accepter le bonheur.

Faut le vouloir.

Mais je fais que ça.

Sinon, je serai pas là.

Vous pouvez voyager ?

Je peux faire tout ce que je veux.

Ma liberté est illimitée.

C'est une chance rare, profitez-en.

Éloignez-vous de Paris. Partez.

Mais si je pars, comment vous ferez pour me voir ?

À moins que vous n'ayez plus besoin de me voir.

Je vous perdrai pas, soyez tranquille.

Mais si vous partiez, madame votre marraine vous accompagnerait ?

Suzanne ?

Ah, j'espère bien qu'elle restera avec moi jusqu'à la fin, oui.

La fin de quoi ?

Mais de tout.

Oh, la fin de tout est éloignée.

Nous n'en sommes qu'au commencement.

Et à part les voyages ?

Rien.

Rien d'autre que ce que je vous ai prescrit.

Plus les analyses que je vous demande de m'envoyer régulièrement.

Et puis,

je voulais voir madame...

- Suzanne. - Ouais.

Quand vous voudrez.

[Lukirsh] Ce soir ?

Je peux vous rendre visite ce soir ?

[Marie] Elle sera là, je lui dirai.

Vous devez penser que je suis folle.

Vous n'avez peut-être que ça.

Mais je vivrai ?

Chère mademoiselle, c'est précisément ce que je vous demande de faire.

[klaxon]

Qu'est-ce qu'il y a, ma chérie ?

Rien.

Mais si.

Dis-moi.

Je crois qu'on va retourner à Venise.

Pourquoi pas ?

D'où vient cette idée ?

J'ai vu Lukirsh.

Moi qui croyais que tu l'avais oublié.

Je l'ai vu deux fois.

Mon Dieu !

Qu'est-ce qu'il a dit ?

Si c'est grave, je me demande pourquoi elle m'a parlé de ce que je pourrais faire

puisque ce serait pour rien.

Et si c'est pas sérieux...

Enfin, tu sais quelque chose, oui ou non ?

Il veut te parler, il veut venir tout à l'heure.

Et toi ?

Non, moi, je serai pas là.

[une porte s'ouvre]

[Catherine] Qu'est-ce qui t'arrive ?

J'ai de la chance de te trouver seule.

C'est quand même le contraire qui serait étonnant.

Maintenant, tu connais ma tanière.

Alors ?

Il dit que je dois partir.

N'importe où, hors de Paris.

C'est tout ?

Oui.

Presque tout.

Tu vas partir ?

Je ferai ce qu'il me dit de faire.

Tu es malade ?

Oui.

Je crois.

Très.

Si on retournait à Venise ?

Tu viendras avec nous ?

[Catherine] Qui, nous ?

Suzanne et moi.

Bien sûr, si tu m'emmènes.

Je vais prévenir Sandro.

Qu'il arrange tout. Tu veux ?

Téléphone-lui tout de suite.

Il a pas le téléphone.

Je m'en occuperai demain.

[musique classique grave]

Je peux rester chez toi ?

J'ai pas envie de rentrer chez moi.

[mère de Marc] Cessez de pleurer.

Ça ne sert à rien, voyons.

Je pourrai pas pleurer devant elle, vous comprenez ?

Alors, je me rattrape quand je peux.

Elle, elle ne pleurera jamais. Elle a trop d'orgueil.

Moi, l'orgueil ne m'a jamais empêchée de pleurer.

C'est Lukirsh qui a demandé à vous voir ?

Oui.

Il a besoin de moi. Enfin, c'est ce qu'il dit.

Besoin pour elle ?

Il dit qu'il faut absolument qu'elle soit heureuse.

Ça, c'est ce qu'il nous faut à tous.

Mais il y a pas de quoi verser des larmes.

Il faut la rendre heureuse.

Comme ça, sur ordonnance ?

Nous repartons à Venise.

Mlle Catherine vous accompagne, j'espère.

Je sais pas.

Vous n'aimez pas Catherine ?

Pas du tout, figurez-vous.

C'est quoi au juste, cette maladie ?

Pas ce qu'elle croyait. Elle s'est trompée.

Il veut pas me dire ce que c'est.

Mais c'est grave ? Ça, il vous l'a dit ?

C'était pas la peine qu'il me le dise.

[ils parlent italien indistinctement]

[le téléphone sonne]

- [homme] Sandro ! - Hein ?

[en italien] Un appel de Paris.

[musique classique douce]

Où est Marie ?

[la musique s'adoucit]

[Marie] C'est très beau, cet endroit.

Ça, oui, alors !

[Sandro] Eugenio est très fort pour trouver les palais libres.

Il s'occupera de tout pour vous.

Vous n'aurez qu'à faire un geste.

[la musique continue]

[Marie] C'est moi qui ai la salle de bains !

Toi, tu peux pas sortir sans que je te voie.

Mais toi non plus, je te ferai remarquer.

Il faut lui expliquer qu'elle ne peut pas tout avoir.

Impossible.

C'est une colombe.

Elle est une colombe.

Avec un compte en banque.

Énorme.

Qu'est-ce que j'ai à voir avec ça ?

- Tu es aveugle ou quoi ? - [quelqu'un tousse]

Console-la.

De quoi ?

Elle vivra vraiment ou pas du tout.

Elle aura tout,

ou elle perdra tout.

Je crois pas qu'elle aura tout.

Qu'est-ce qu'elle a ?

Tu as une idée de sa maladie ?

Je m'en doute.

Mais je veux rien savoir de précis.

D'ailleurs, elle non plus.

Elle chasse les précisions comme des bêtes dangereuses.

On dirait de la modestie.

Féroce.

Modestie féroce.

- Puis... - Puis ?

J'ai la maladie en horreur.

Et c'est pour ça que tu m'envoies à ta place.

Merci.

Je t'envoie pas à ma place.

Je veux que tu l'épouses.

[une sirène retentit]

Ça ne doit pas être simple.

Demander sa main à une jeune fille mourante.

Hmm ?

Pour toi, elle est pas mourante.

Elle veut pas mourir.

Elle veut pas vivre à petit feu.

Elle aura jamais une odeur de pharmacie.

Jamais.

Personne se rendra compte de rien.

[Sandro] Et en quoi ça nous concerne, toi et moi ?

[Catherine] Je t'aide à m'aider, en gagnant du temps.

[Sandro] Du temps pour quoi ?

[Catherine] Pour ce qui pourrait nous arriver à nous.

Elle t'aime. Elle est folle de toi. Ça, tu le comprends, oui ou merde ?

[Sandro] Et après ?

Quand ce sera fini ?

[Catherine] N'y pense pas.

Aime-moi.

Arrange-toi pour l'aimer aussi.

Et alors, surtout...

Surtout ?

Ne m'abandonne pas.

Elle sait ? Toi et moi ?

Non.

Je lui ai presque rien dit.

Elle accepte ce que tu lui dis ?

Hmm ? Exactement comme moi ?

Oui.

Exactement.

Vous faites la paire.

Viens chez moi.

Non.

Pourquoi non ?

Parce que non.

Parce que tu viendras chez moi quand j'aurais fait ce que tu veux ?

C'est ça ?

C'est ça.

Mais ça n'existe plus, cette histoire d'épouser les héritières !

Tu te trompes !

Ça existe comme avant.

Débrouille-toi.

Je ne comprends rien.

Comment tu peux trouver tout ça agréable ?

Hein ?

Je suis capable de faire ce qui me déplaît.

Je ne comprends même pas comment tu peux le supporter.

Tu verras tout ce que je peux supporter.

Viens chez moi.

Non.

[des cloches sonnent]

Catherine est pas là, elle est sortie.

[Sandro] Je ne voulais pas spécialement voir Catherine.

Moi, je reste ici, c'est trop beau.

Et puis je sens la ville autour de moi, presque sans la voir.

Je l'entends dans cette maison, enfin, ce palais.

J'ai presque plus besoin de sortir.

Je comprends très bien.

Je sens la même chose chez moi.

C'est où, chez vous ?

Assez loin d'ici.

C'est beaucoup moins beau, mais...

- Vous viendrez un jour ? - Oh oui. Invitez-moi.

C'est comment ?

Plus modeste, évidemment.

Modeste, mais beau aussi.

Avec beaucoup de papiers et...

- Des partitions ? - Heu...

Oui, sur le piano.

Et aussi, d'autres papiers.

Par terre, partout.

- Des journaux, des... - Vous écrivez ?

[il acquiesce]

Enfin...

[klaxon]

C'est un peu ridicule,

mais il y a les chroniques musicales des gazzettine et depuis,

je voudrais écrire.

Un livre.

De racconti.

De contes, je crois.

Très courts.

Construit comme la ville.

De petits canaux qui se couperaient.

Je serais vraiment heureuse d'aller chez vous.

Bientôt ?

Oui.

Moi aussi, je serais très...

Heu...

C'est étrange.

Qu'est-ce qui est étrange ?

Rien.

[musique classique grave]

[Catherine] Tu dors déjà ?

Non, tu vois ?

[musique classique douce]

Qu'est-ce que tu fais dans le noir ?

Rien.

Je rêve.

Moi, j'ai rêvé toute la journée.

J'ai marché partout.

J'ai parlé avec des inconnus.

T'es pas sortie ?

Non.

Je suis restée ici.

C'était agréable ?

Sandro est venu.

Il voulait quoi, Sandro ?

[Marie] Rien.

Il a déjeuné ici.

- Tu l'as pas vu aujourd'hui ? - [de l'eau coule]

[Catherine] Non. J'ai pas eu ce plaisir.

Tu sais, à Paris, tu m'as donné Marc.

Moi, à Venise, si tu veux, je te donne Sandro.

[l'eau continue à couler]

[musique classique rythmée au piano]

[il fredonne]

- [des cloches sonnent] - [un moteur vrombit]

- J'en ai pas pour longtemps. - [Catherine] Dépêche-toi.

Tiens, tiens.

[sifflements]

Tu es là, pour une fois.

On va se promener toutes les deux.

Et toi ?

[il expire]

Je suis tes conseils.

- Mais je vais m'en aller. - Non.

C'est moi.

C'est pas un peu trop, non ?

Non.

[il acquiesce]

C'est vrai que tu peux faire n'importe quoi.

Elle aura toujours confiance.

Tu devrais en faire autant.

Où est-elle ?

À côté.

Elle peut arriver d'une seconde à l'autre.

Ce qu'elle fait, c'est pour toi.

C'est pour toi qu'elle me voit.

Alors, ce que tu fais, toi,

tu peux le faire un peu pour elle, non ?

J'ai pas peur, Sandro.

Je le fais rien que pour toi.

Mais pour toi, je ferais n'importe quoi.

Voilà comme je t'aime.

Jure-le.

- Quoi ? - Que tu m'aimes.

Si tu ne me crois pas,

arrête.

Arrêter avec toi ?

Avec Marie.

Tu pourrais partir, maintenant.

Je lui dirai pas que t'étais là.

Tu reviendrais jamais.

Mais tu lui expliquerais comment ?

Oh, je lui dirais que tu peux plus la sentir, c'est tout.

Elle en mourra pas.

De mieux en mieux.

Tu aimerais pas, hein, faire si mauvaise figure ?

Si tu veux savoir ce que je pense de ta réussite,

je peux t'assurer que je la vois venir.

Il est quelle heure ?

Écoute, on est ensemble depuis trois minutes.

Pas plus.

Maintenant, arrête-toi.

Et jure-moi.

Y a pas de témoin ici.

Tu trouves ?

[gazouillis des oiseaux]

Je ferai ce que tu veux.

Je pars.

Tu lui diras que j'ai pas pu attendre.

Elle comprendra.

Je vois pas comment.

Pas besoin de voir.

Ah !

Puis je t'annonce que Lukirsh, son médecin de Paris, est ici.

Elle veut absolument te le présenter.

Sois bon pour elle.

- On pourrait aller chez vous, maintenant. - C'est très loin.

Ce serait trop long.

[le moteur vrombit]

Alors, aux Frari, c'est ce que je préfère.

Très bien.

Faut laisser le bateau et aller à pied.

Très bien. On marchera.

[en italien] Fais demi-tour.

OK.

[le moteur accélère]

[musique classique douce]

J'aimerais beaucoup que vous rencontriez Lukirsh.

Lukirsh ?

Qui c'est ?

C'est mon médecin.

Il est ici.

Mais vous n'êtes plus malade, non ?

Mais c'est Suzanne qui vous a...

Non, c'est moi.

Oui, comme vous ne sortez jamais, j'ai cru que vous étiez peut-être fatiguée

ou souffrante.

Maintenant, je ne le crois plus.

[musique d'espoir]

- Lukirsh habite au palais ? - Non, il est à l'hôtel.

Mais il vient pas aux mêmes heures que vous.

C'est un ami, vous verrez.

Je vais donner une petite fête au palais.

Comme ça, vous le rencontrerez.

[Sandro] Puisque vous êtes si courageuse, alors, on pourrait aller chez moi.

[Marie] D'accord.

Vous avez du thé ?

Je vais vous faire un chocolat.

[coups de klaxon]

[musique douce]

[Sandro] Je n'ai pas de tasses pareilles, tu sais.

[bruits métalliques]

[Marie] Ah ! Enfin !

Attention, tu vas tout faire tomber.

Pourquoi tu ris ?

J'étais la seule que tu vouvoyais comme une reine.

C'est la faute de Suzanne.

Elle est très distinguée, Suzanne.

- C'est une pure merveille. - Ça, c'est vrai.

Non, pas Suzanne. Ton chocolat.

Ah, mon chocolat.

[il acquiesce]

- Hmm ! - Je pourrais faire le chocolatier, non ?

C'est un problème pour toi ?

Pour presque tous les gens, non ?

Oui.

Je sais.

Mais ne deviens pas triste.

Tu n'y es pour rien.

Est-ce que tu crois que je comprends assez l'italien pour te lire ?

Je n'écris pas en italien.

J'écris en vénitien.

Exprès pour que tu ne puisses pas me lire.

Pourtant, je te connais depuis longtemps.

- Moi, ce que je préfère ici, c'est ça. - Moi aussi.

- J'y tiens plus qu'à... - [Marie] Plus qu'à quoi ?

C'est un scarabée.

Ça vient de ma famille.

Je pense toujours que cette bague m'empêche de tomber...

Pourquoi tu la portes pas au doigt ?

[il expire]

[Sandro] Elle est trop petite.

Viens.

[musique classique douce]

- [Suzanne] Elle va beaucoup mieux. - Elle allait plus mal ?

Elle va vraiment mieux.

[Sandro] C'est magnifique.

Oui ? Je suis contente que ça vous plaise.

C'est un peu grâce à vous.

Vous avez trouvé cet endroit.

[il rit, gêné]

Enfin, la musique, les bougies, toutes ces bonnes idées, c'est vous.

Vous avez dû vous donner beaucoup de mal.

Pour elle, vous savez...

On sacrifierait tout.

C'est ça, oui.

C'est ça.

Qu'est-ce que je peux faire, moi, pour elle ?

Être là.

Et encore davantage.

- Où est Lukirsh ? - Là-bas.

Entre ces deux têtes.

[Sandro] Elle l'a fait venir pourquoi si elle va tellement mieux ?

Mais c'est lui qui est venu, elle ne l'a pas fait venir !

- Alors, c'est bien ce qu'on raconte ? - Qu'est-ce qu'on raconte ?

Qu'il n'est à Venise que pour lui faire la cour.

Oh, mais quel idiot !

Suivez-moi pour votre punition.

Marie m'a chargée de vous le présenter.

Vous pourrez lui dire ce que vous en pensez.

Ce que je pense de Marie ? Jamais.

- Ça ne le regarde pas, hein. - Oh !

Mais qu'est-ce qu'il a, ce soir ?

Le voilà.

Marie m'a beaucoup parlé de vous.

Il paraît que vous êtes le meilleur guide ici.

C'est pas très difficile.

Je n'ai presque pas quitté Venise depuis que je suis né.

Moi, je la connais peu.

Vous accepteriez de me la faire visiter ?

Je suis pas un guide professionnel, hein.

Mais si vous voulez qu'on se promène au hasard ensemble, avec plaisir.

[la musique continue]

Vous connaissez le docteur Lukirsh ?

Bonjour.

Vous venez ?

[musique classique enjouée]

Comment tu la trouves ce soir ?

Elle a l'air superbe.

Elle est superbe.

Cette robe avec ces perles...

Regarde ces perles.

D'habitude, les colombes n'ont pas de collier autour du cou.

Mais elle, ça lui va à ravir.

Oui.

En fait, les perles, ça convient à tout le monde.

Elles t'iraient très bien.

[elle expire]

Suzanne dit qu'elle va mieux.

Suzanne ne te dit pas la vérité.

Pourquoi ?

Pour t'être agréable.

Elle va pas mieux.

Elle va plus mal.

Ce qu'il y a, c'est que ce soir, elle veut vivre.

[il expire]

Pourquoi ?

Pour qui ?

Pour lui.

[musique rock]

Elle ne réussira pas à le tromper.

C'est toi qui lui donnes envie de vivre.

Mon amour !

Je n'aurais jamais cru que je me donnerais autant de peine pour quelqu'un.

Il ne devrait y avoir de peine entre nous.

Hmm ?

Tout sera à toi.

En temps voulu.

Nous serons libres.

En temps voulu.

Toi et moi.

Oh, oh, oh !

Oui, oui, oui.

Il faut que je lui fasse la demande en mariage tout de suite.

Hmm ?

Fais ce que tu peux.

Quand tu peux.

Du moment que tu m'abandonnes pas.

Qui abandonne donc qui ?

Tu devrais pas poser cette question.

Alors, viens chez moi.

- Non. - [il expire]

Tu viendras.

Tu viendras chez moi.

Non, je pars.

Tu pars ?

Quand ?

Hmm ?

Dans un jour ou deux, à Paris.

Et Marie ?

Elle reste, avec toi.

Et Suzanne, évidemment.

Tu me laisses seul.

Tu es assez grand, non ?

Suzanne dit qu'elle mourra pas si tu es là.

Regarde.

[la musique continue]

Tu crois...

qu'elle pourrait m'offrir, elle,

de m'épouser ?

Elle est prête à t'offrir tout ce que tu veux.

Ce que je veux, c'est toi.

Maintenant.

Sans billets.

Cette nuit.

Avant que tu me laisses seul avec elle.

Tu comprends, oui ou merde ?

Je ferai ce que tu veux,

si tu fais ce que je veux.

C'est clair ?

Suzanne revient vers nous.

Bonjour.

Si tu refuses de me comprendre, moi aussi, je refuserai.

J'aurai honte, je ne ferai rien.

Rien ?

[Sandro] Absolument rien.

Je ne verrai plus Marie, dès que tu seras partie.

Et si je comprends ?

Peut-être je pourrais continuer.

Peut-être ?

Bien. Je comprends.

Tu le jures ?

Je le jure.

Tu viendras ?

Je viendrai.

[musique classique douce]

Il reste beaucoup à voir.

Il en reste toujours.

Malheureusement, je ne suis plus là pour très longtemps.

Et Marie ?

Marie est en de bonnes mains.

Un confrère italien.

Je ne sais pas si vous vous en rendez compte,

mais c'est de vous qu'elle a d'abord besoin.

[musique classique mélancolique]

[Suzanne] Marie est là-haut. Elle vous attend.

[musique classique douce]

Je vais me coucher.

[Suzanne] Si tôt, ma chérie ? Tu es fatiguée ?

Pas du tout, j'ai aucune envie de dormir.

Marie ?

Oui ?

Viens.

[musique classique douce]

[la musique s'intensifie]

Oui ?

Oui ?

Je t'avais dit de pas me téléphoner.

Oui, mais il faut que je te parle.

Écris-moi.

Oui.

[musique classique intrigante]

[de l'eau coule]

- Tu viens ? - [Catherine] Oui !

Deux secondes !

Qu'est-ce que tu fais ?

Je t'attends.

[mère de Marc] Quelqu'un sait que tu as lu cette lettre, à part moi ?

Non.

Va tout dire à Marie.

Va à Venise.

Et fais vite, je te conseille.

[musique classique douce]

[la musique s'intensifie]

[la sonnette retentit]

[la sonnette retentit]

- [en italien] Que se passe-t-il ? - [en italien] Monsieur n'est pas là.

- Ils ne vont pas bien ? - Ils sont fatigués.

C'est vrai ?

Oui, c'est vrai.

C'est ce que je dois dire. Qu'ils sont fatigués.

- Laisse-moi entrer. - C'est pas toi qui me paies.

[musique classique douce]

[on toque à la porte]

[en italien] Entrez.

Elle s'est tournée contre le mur.

Elle va plus mal ?

[Suzanne] J'ignore comment elle va.

C'est pour ça que je suis ici.

J'ai l'impression d'avoir passé tout ce temps à vous attendre.

Vous êtes malheureux ?

Immobile.

Comme une souris.

Immobile pendant trois jours, plus que dans toute ma vie.

Elle est sur le point de mourir ?

- Elle a même pas prononcé votre nom. - Depuis trois jours ?

Pas plus que si vous étiez mort.

Mais je suis mort.

Restez pas comme ça.

Asseyez-vous.

Elle s'est tournée contre le mur.

Plus rien n'a d'importance.

Même si vous niez.

Nier quoi ?

Ce que lui a appris Marc.

Il lui a appris quoi ?

Je croyais que vous le saviez.

Non.

Je ne connais pas Marc.

Il est venu de Paris exprès.

Il a parlé avec elle une demi-heure.

Pour lui raconter une lettre qu'il a lue.

Une lettre de vous à Catherine.

Marie ne lui a rien montré.

Il lui a asséné ce coup.

Elle l'a reçu sans sourciller.

Il sait pas ce qu'il lui a fait.

Elle ne parle de rien, ni de personne.

Elle ne veut pas mourir.

Pensez à sa jeunesse,

à ce qu'elle a, à ce qu'elle est.

Et ce calme !

Elle est très calme ?

Plus que calme, elle est farouche.

Vous comprenez ?

Depuis tant de jours, je ne peux pas vous dire.

C'est mieux, elle me tuerait si elle m'expliquait.

Si elle vous expliquait ?

Ce qu'elle sent, comme elle s'accroche, comme elle ne veut pas...

Bien sûr qu'elle ne veut pas mourir.

Je viens parler d'elle avec vous.

Est-ce qu'elle me déteste ?

[Suzanne] Je ne sais pas.

Personne ne le saura jamais.

Elle ne le dira jamais ?

Jamais.

[soupir]

Vous voulez que j'allume une lampe ?

Pas pour moi, non.

Rien ?

Pas pour moi.

Est-ce qu'elle accepterait de me revoir ?

Vous aimeriez la revoir ?

Si elle peut le supporter.

Je vois pas ce que vous pourriez faire, c'est trop tard.

Et le médecin ?

Tacchini ? Oh, il est très bien, très fier d'avoir la confiance d'un ponte de Paris.

Mais Lukirsh ?

Il peut pas venir avant deux ou trois jours.

Il vous aime bien, Lukirsh, vous savez.

Moi aussi.

Je l'aime bien.

[Suzanne] Il m'a demandé de vous dire qu'il voudrait visiter avec vous

ce que vous n'avez pas pu voir la dernière fois.

Ah bon ?

Au fond,

je suis venue...

Vous dites vous-même qu'il est trop tard pour que j'essaie d'intervenir.

Il faut pas l'abandonner.

Mais si c'est elle qui m'abandonne ?

Qu'est-ce que je peux faire,

si elle refuse de me voir ?

Vous ne voulez pas la voir ?

Il faudrait qu'elle le désire.

Mais elle ne le voudra pas.

Elle ne peut pas le vouloir.

Vous venez ?

Je ne vais plus au palais maintenant.

Je peux vous laisser quelque part quand même.

Non, ça ira très bien.

Je prends le premier avion demain matin. Venez à l'aéroport.

J'aurai peut-être quelque chose à vous dire !

[musique classique grave]

Je vais revenir bientôt.

Elle va mieux ?

J'ai un message pour vous.

Si vous alliez la voir,

ça lui ferait plaisir.

Elle veut que je vienne la voir ?

C'est ça.

Alors, elle peut recevoir ?

Elle peut vous recevoir.

Vous allez revenir ?

Elle n'est pas transportable.

CONTRÔLE DES PASSEPORTS ET DES DEVISES

Voilà. Je me suis acquitté de ma petite mission.

À bientôt.

[brouhaha]

Je voudrais que tu partes.

[en chuchotant] Que je parte ?

Retrouver Catherine, à Paris.

C'est ce que je voudrais.

C'est ce que je voulais te dire.

J'aimerais mieux

ne pas partir.

Tiens, c'est pour toi.

Ne l'ouvre que quand tu seras loin.

J'avais quelque chose pour toi.

Tu l'as plus ?

Si.

[musique classique douce]

[en italien] Je te rendrai ça au plus tôt.

[en italien] Ne t'inquiète pas. Je ne suis pas pressé.

[la musique s'intensifie]

[voix féminine] Mesdames, messieurs, nous commençons la descente

vers Paris Aéroport Charles-de-Gaulle,

nous vous prions de bien vouloir attacher votre ceinture.

[la musique continue]

[bruits d'ascenseur]

Tu as mis longtemps à venir me voir.

C'est ton système, non ?

Ne pas se voir, ne pas se parler.

Pourquoi tu es venu à Paris ?

C'est ce que Marie voulait.

Tu sais, pour Marc...

Non, ça ne m'intéresse pas.

Tu as ouvert la lettre de Marie.

Tu ne me l'avais pas envoyée pour ça ?

Pas pour que tu l'ouvres.

Non.

Pour savoir si tu l'ouvrirais.

Je suis sans surprises.

Dommage.

Tu veux pas savoir ce qu'il y a dedans ?

Non.

Rien ne t'intéresse aujourd'hui.

Heu, il y a beaucoup d'argent.

Ça, je sais.

Beaucoup, oui.

Elle te donne beaucoup.

Elle ne t'a pas aimé pour rien.

Tu ne m'as pas aimée pour rien.

Tu te rappelles ?

Pour rire,

je disais que c'était une colombe.

Voilà.

Elle a étendu ses ailes sur nous.

Pour nous protéger.

Tu l'aimes.

Tu es tombé amoureux d'elle.

Si tu veux.

Je suis amoureux

d'une mourante.

Elle est morte.

Quand ?

[Catherine] Hier matin.

La pauvre Suzanne m'a téléphoné de là-bas.

La vérité, c'est que tu as peur.

Tu peux brûler le papier.

Pas sa volonté.

Je refuserai tout.

Tu t'en vas ?

- [Sandro] Oui. - [grincements]

Tu sais que tu ne me reverras plus ?

Oui.

Qu'est-ce que tu vas faire ?

Oh, ne t'inquiète pas.

Je ferai pas de bêtises.

[le loquet s'ouvre]

[klaxon]

Il me reste encore tant de gens à décevoir.

[musique classique douce]

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