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Seules les circonstances rendent une révolution nécessaire.
Une révolution n'éclate que lorsqu'il n'y a pas d'autre issue.
Où vas-tu ?
A la banque.
Impossible. C'est le 1er mai.
Et alors ?
Tes amis ont fermé les banques ?
Je vais passer au bureau.
Je suis allée à ton bureau l'autre jour.
Il n'y avait rien.
A l'adresse que tu m'as donnée, il n'y avait rien.
Les filles comme toi ne vont jamais au bureau !
Bourgeois !
Communiste !
Vive Trotsky !
Le déclenchement de la guerre a aggravé
la situation
à cause de mon opposition à la politique étrangère et intérieure
du Kremlin.
Mes déclarations et mes articles dans la presse
sont reproduits dans le monde entier.
Le mécontentement s'accroît en URSS.
C'est pourquoi Staline ne peut manquer d'ordonner à ses agents
de me liquider aussi vite que possible.
Aujourd'hui, alors que le véritable Etat ouvrier est abusé,
on voit l'URSS faire cause commune avec les impérialistes,
les fascistes, les bureaucrates de Wall Street.
Voilà qu'aux ordres d'un seul homme, Joseph Staline
viennent des hommes de main altérés de sang
jusqu'ici en plein Mexico.
Les vautours ont surgi,
le cancer de la contre-révolution.
Les masses ouvrières du monde sont en proie à une angoisse aiguë.
Le fascisme remporte des victoires
et son principal soutien est le stalinisme. Notre planète...
Staline n'écrase plus les idées de ses ennemis, mais leurs crânes.
Regarde, Seva... des petits !
La vie... quel combat !
Staline n'écrase plus les idées de ses ennemis, mais leurs crânes.
Tu ne t'ennuies pas trop ici ?
C'est dur de vivre avec un vieux révolutionnaire.
Si tu avais pu être là quand on a pris le Palais d'Hiver !
Et avec Lénine, à Moscou, tout au début.
Quel bonheur c'était de vivre et de nous battre côte à côte.
Il y aurait eu du travail pour toi en ce temps-là !
Tu as dormi cet après-midi ?
Tu travailles trop.
Il faudra te coucher tôt ce soir.
Ton vieux cheval de guerre... tu l'envoies au repos !
Et tu prends trop de pilules.
Les pilules ! Ce n'est pas grave.
Natacha... rentre. Je te rejoins dans une minute.
Sheldon !
Oui, camarade Trotsky.
Depuis quand es-tu avec moi ? Deux mois ?
J'ai besoin d'amis loyaux.
Quatre enfants assassinés.
Mon fils empoisonné, ma fille acculée au suicide.
Son mari en Sibérie.
Je n'ai plus qu'un petit-fils.
Des millions de morts en Russie.
La dictature d'un seul homme.
Je dois me battre.
Dans le monde entier, des mensonges !
Mes fidèles sont bâillonnés.
Mais la vérité, Sheldon, on ne la bâillonnera pas !
Et comment va ta famille ?
Très bien.
J'ai de bons amis à New York.
Ils suivent tout, de la coulisse.
On nous croit impuissants, si loin de l'Europe,
au Mexique, sous protection.
Les stalinistes nous harcèlent par peur.
Parce qu'on a raison !
Un jour, on verra tous les deux, toi en tout cas,
tu verras renaître des cendres,
les cendres de la grande trahison,
la trahison des principes marxistes,
le nouvel Etat ouvrier.
La Quatrième Internationale.
Aujourd'hui si faibles.
Demain si puissants.
Et nous vaincrons.
Nous vaincrons !
Vous aimez cette peinture ?
Le peintre en tant qu'homme d'action. Un grand peintre !
Mais un peintre peut-il agir ?
Et un homme d'action peut-il avoir de l'imagination ?
Qu'en pensez-vous ?
Il a un merveilleux sens de la violence, des couleurs, des formes.
N'est-ce pas ?
Cette... opération peut échouer.
Ce sont des amateurs.
Peu importe.
Un premier objectif sera atteint.
Une façade, comme la peinture.
Les ouvriers, les artisans, toutes les petites gens
auront marqué leur hostilité envers Trotsky.
C'est après cela que l'affaire pourrait devenir sérieuse.
Vous ne parlez pas !
Que se passe-t-il, derrière...
ces yeux bleus si glacés ?
Vous voulez que je parle ?
Vous êtes sûr de cette fille ?
Elle entre dans la maison ?
Et vous, vous y êtes allé ?
Je reste dehors.
J'attends toujours votre réponse.
A quelle question ?
Vous voulez que je parle ?
Non.
On veut tous rester vivants.
Le vieux me fera mourir à la tâche !
Tu t'y connais, en rêves ?
Tu es dans un bel état !
On t'a arraché la langue ?
Pourquoi es-tu comme ça ?
Est-ce que c'est l'altitude ?
Ou bien... quelque chose que tu as mangé ?
Tu ne devrais pas aller voir Trotsky.
De quoi parleriez-vous, d'import-export ?
Pourquoi te préoccuper de la guerre ?
Tu es citoyen belge.
La guerre est pour les capitalistes,
mon gentil capitaliste.
Je ne suis pas belge. Je suis canadien.
Je me fiche de ce que tu es.
Tu as l'air méditerranéen, un de ces beaux séducteurs bronzés.
Qu'y a-t-il ?
Pourquoi épelles-tu Jacson sans "K" sur ton passeport ?
Tu veux parler !
Je veux...
Quoi ?
Mon Dieu, qui suis-je ?
Regardez cet article, dans le journal.
Vous ne savez pas comment ils sont entrés ?
On leur a ouvert.
C'est impossible.
- Un de vos gardes. - Qui ?
La police a tout vu.
- Et elle n'a rien fait ? - C'est votre garde, Sheldon Harte.
- Il a filé avec eux. - Impossible.
Dans ce cas, quelle est votre théorie ?
Il est tout à fait clair...
si je puis continuer sans être interrompu !
J'étais dans ma chambre avec ma femme quand ils ont tiré.
On s'est jetés sous le lit.
Elle a voulu me protéger
mais on s'est allongés, ça nous a sauvés.
- Sous le lit ? - Derrière...
Il y a eu des centaines de balles !
Vous en déduisez que je suis immortel ?
J'en déduis que vous n'étiez pas là.
On vous avait averti.
Cet attentat attire la sympathie générale.
Et je me serais laissé tuer ?
Dans quel but me serais-je aventuré
dans un pari aussi dangereux ? Pourquoi ?
J'aurais risqué ma vie, ma famille,
ma réputation politique, et celle de la cause que je sers.
Qu'est-ce que j'avais à gagner ?
La chance était de mon côté.
Les tueurs étaient incompétents.
Pourquoi vos gardes n'ont-ils pas riposté ?
Ils sont américains.
Peut-être ont-ils
trop de respect pour l'uniforme de la police.
- Vous fiez-vous à eux ? - Complètement.
Dans mon métier, on sait à qui se fier.
Je crois en ce garçon.
Il est peut-être mort.
N'enterrez pas l'affaire. Tout mais pas ça.
Les assassins sont près d'ici.
Ils sont connus. Arrêtez-les.
Vous voyez qui peut être responsable ?
Très certainement !
Joseph Staline.
Parmi les douze apôtres,
seul Judas était un traître.
Mais s'il avait eu le pouvoir
les onze autres auraient été les traîtres.
Comme je t'aime, Nata.
Mon unique amie,
ma fidèle, mon éternelle amie, mon amour, ma...
victime.
Tu me porteras toujours sur tes épaules, Nata...
comme tu m'as porté durant toute notre vie.
Vous voilà livré à vous-même.
Nombre de nos amis vont être arrêtés.
Mais pas vous.
Vous êtes un businessman.
Vous vous en tirerez.
Où serez-vous ?
- J'ai subi un grave échec. - Vous n'y êtes pour rien.
Ca aurait même pu être un succès.
C'est une question de dialectique.
Ca a montré que toute l'opinion est contre Trotsky
et non pas juste un homme de main fanatisé.
- Que va-t-il arriver ? - Quand ?
A vous.
Je ne suis pas important.
On va me prendre en charge.
Et si la prochaine tentative réussit,
nous serons tous pris en charge le mieux du monde.
La situation est très spéciale.
Si l'Union Soviétique tombe,
tout tombera aussi.
Hitler va gagner.
Staline est réaliste.
S'il veut que l'URSS gagne, il doit bâtir une vraie nation.
Il n'y parviendra qu'en sacrifiant les vieux principes.
Trotsky est un idéaliste.
Il rêve du parfait Etat ouvrier international.
Comme nous tous !
Il y a en face des armées de tueurs.
Trotsky soutient qu'il faut défendre l'URSS.
Mais il veut abattre Staline au nom du marxisme !
Ce serait la guerre civile.
Ca nous perdrait tous.
Regardez l'Espagne !
Les trotskystes nous ont battus, pas les fascistes.
Et avec les fascistes partout en Europe,
ça pourrait recommencer.
Je le sais bien.
Mais ce que vous ignorez, c'est le cas Trotsky.
Trotsky est... il a encore un certain pouvoir.
Il persuade encore les foules à travers le monde entier.
Voyez ses gardes !
Ces étudiants américains, allemands...
- Il ne m'aura pas ! - Ah non ?
Il persuade la police ! Et la presse !
Il était jadis l'homme le plus populaire d'URSS.
L'égal de Lénine.
On oublie ça aujourd'hui.
Rien ne vous force à agir.
A vous de choisir.
Allons boire un dernier verre ensemble.
Il n'est pas le seul. Moi aussi, je persuaderai.
Je n'ai pas peur de rester seul.
Un homme seul peut s'imposer,
bouleverser l'Histoire !
Mais je ne compte pas.
Vous n'avez pas riposté ?
Vous êtes restés assis ?
Vous n'attendiez rien ?
Oh, les hommes, les hommes !
Je ne comprends pas !
On dirait que c'est un jeu pour vous !
Il se passe quelque chose
quelque part,
derrière moi. Et on ne veut rien me dire.
Qu'est-ce que c'est ?
Vous n'avez donc pas envie de vivre ?
Le matador doit presque frôler les cornes.
Pour montrer son audace.
Il n'est pas tué, lui !
Ca arrive !
Les chevaux non plus !
On les recoud et on les renvoie dans l'arène.
Tu ne plains pas seulement le cheval ?
Qu'est-ce qui t'excite ? Le sang ?
- Ta gueule ! - Quoi ?
- Je ne croyais pas... - Fous le camp !
Idiote ! Tu as voulu voir une corrida, vois-la !
Je n'ai jamais vu des gens si heureux de voir le sang couler.
Toi et tes chevaux !
Et que fais-tu de ça ?
La réalité !
Avec votre politique de comités, de chapelles,
vous pourrissez le monde.
Par égoïsme sordide !
Moi, je m'y refuse !
Je refuse !
Je suis différent !
- Jacques, je disais... - Je ne suis pas Jacques !
- Je sais. - Tu ne sais rien !
On ne peut déterminer aujourd'hui,
17 ans après l'événement,
si oui ou non les morts de Kronstadt
dont je suis responsable
étaient justifiés par l'Histoire ou pas.
C'est une tautologie. Coupez "ou pas".
La guerre civile n'est pas une école d'humanitarisme.
Idéalistes et pacifistes condamnent les excès de la révolution.
Or les excès sont le propre de la révolution,
laquelle est par nature un excès d'Histoire.
Que ceux qui le désirent
rejettent la révolution.
Je refuse de la rejeter.
- On ne l'a pas retrouvé ? - Non.
Et comment va ta famille, Sheldon ?
Ce n'est pas le moment
pour les idéalistes de gauche de laisser transpirer
deux fois plus d'effluves moraux
de même qu'un homme pris de panique
produit deux fois plus de transpiration.
J'ai confiance en toi, Sheldon.
Je veux dire... Otto...
J'ose croire que je trouverai ma place dans l'Histoire
auprès du Lincoln de la Guerre Civile américaine.
L'Histoire a des jauges différentes.
Il y a la ruse et la violence du négrier
pour enchaîner l'esclave
et celles de l'esclave pour briser ses chaînes.
Seuls de méprisables eunuques
oseraient se dire égaux
face au tribunal de la morale.
Seuls de méprisables eunuques oseraient se dire égaux
face au tribunal de la morale.
Relisez-moi le début.
L'Histoire a des jauges différentes. Il y a la ruse...
Non... plus tard.
Tous les moyens sont acceptables s'ils libèrent l'homme.
C'est obligatoire.
Ils ne sont permis que s'ils conduisent à l'unité des ouvriers.
- Ou pour combattre l'oppression. - Donc ils ne sont pas tous bons.
On n'a pas arrêté
les auteurs de l'attentat ?
Portes et volets d'acier, tout est blindé.
Ce sera difficile d'entrer ici.
Nous vivons dans un sous-marin. Et Natacha
est mon fidèle périscope.
Je vois que mes livres ne se vendent plus en France.
Il ne faut ni pleurer ni rire, mais comprendre.
Le Pape a refusé de condamner l'invasion nazie !
Avant qu'Hitler soit vaincu,
des millions de gens seront exterminés en Europe.
Ces tragédies travaillent pour nous.
Aujourd'hui nous sommes tous des exilés.
Merci d'avoir sauvé Seva
de France. Il était juste temps.
Seva vous regrettera.
Et nous vous regretterons !
A Seva ! Au futur révolutionnaire !
La Grande Catherine est morte
au cabinet, en lisant l'Encyclopédie !
Du reste, c'est toi que j'aime.
Ce n'est pas Trotsky.
Il est extraordinaire.
Tu devrais le revoir.
Tu pourrais l'aider.
Il ne voit probablement que des flatteurs.
Si tu veux un prétexte, dis que tu vas voir les Rosmer.
Ils s'en vont bientôt ?
- Où s'embarquent-ils ? - A Veracruz.
Tiens ! Je peux aller à Veracruz.
Je pourrais les emmener.
C'est vrai ?
Mais... tu ne voulais pas voir Trotsky.
Je n'ai pas peur de lui.
C'est oui, alors ?
Je voudrais...
Quoi ?
Parce qu'il m'a été donné d'être mêlé à l'Histoire,
mon passé m'ôte à présent toute possibilité d'action.
Je suis réduit à interpréter les faits et à tenter de prévoir
leur cours futur.
- Où est la nourriture ? - Tu as déjà mangé !
L'herbe des lapins. On devait l'apporter.
- Quel jour est-on ? - Dimanche.
Dimanche à Mexico.
Nous sommes tous gavés pour la table !
Il fait trop chaud ici.
On se croirait sous terre !
Des fous !
Des macaques !
Je t'apporte ton remède.
Vous voulez entrer ?
Pourquoi pas ?
Je prends la relève.
Prends donc une photo d'ici. Ca pourrait être joli, non ?
Vous reconstruisez ?
C'est un peu tard !
- Vous en voulez une ? - Qu'est-ce que c'est ?
Des Lucky Strike.
Je préfère les Mexicaines.
Dans quoi êtes-vous ?
L'import-export.
En quoi ça consiste ?
Je broie la chair des pauvres.
Comme ça !
Cette gentille communiste est avec vous ?
Au moins, vous n'essayez pas d'entrer.
Vous êtes bien le seul ici !
Mais je l'admire beaucoup.
Je pourrais l'aider.
Lui faire connaître un ou deux...
Tout ça doit vous coûter une fortune !
Et en pleine guerre !
Je peux lui être utile.
Mais pas de politique !
On parle trop, en politique.
Comme les femmes !
Ca amusera le vieux, ça...
Je vais lui dire.
C'est ça... dites-le-lui.
Qui oserait dire que seul Staline hait Trotsky ?
Des millions de gens le haïssent
dans tous les pays du monde
et savent qu'il est un traître.
C'est un contre-révolutionnaire et un ennemi de la classe ouvrière.
S'il mourait, même assassiné,
j'en serais personnellement ravi.
Ca ne signifie pas que je l'assassinerais
ou que je le ferais assassiner.
Le parti communiste mexicain n'exige pas l'assassinat.
Trotsky est un ennemi politique,
pas un ennemi personnel.
La doctrine léniniste s'oppose au terrorisme individuel.
Toutefois,
si vous avez ici la preuve formelle
que j'ai effectivement aidé à organiser l'attentat contre lui,
alors, oui, vous êtes en droit de conclure en toute logique
que je pourrais avoir trempé dans la tentative d'assassinat.
Reprends-le d'ici.
Il doit sembler incompréhensible aux non-initiés
que la clique stalinienne m'ait d'abord exilé
puis ait tenté de m'assassiner ici.
- Tire... tire encore. - Il est à fond.
Le plus simple
était de me tuer à Moscou comme tant d'autres.
On dit que Staline a reconnu que mon exil était un...
Il apporte une plaque. Tu as vérifié ?
Non, j'ai pas vérifié cette foutaise.
Qui es-tu ?
Pedro... Il vient sceller une plaque.
Jim, le responsable de la sécurité. Il arrive de New York.
Il dit qu'il est un ami du vieux.
Sam, routier syndiqué de Minneapolis.
"Engage-toi et vois du pays !"
Qui t'a permis d'entrer ?
Il aime recevoir les Mexicains. Les ouvriers... ses amis.
C'est-à-dire ?
Il refuse qu'on chasse les gens.
Ils viennent de partout. Il ne lui reste que ça.
Une nouvelle tentative est inévitable.
Sous quelle forme ?
Ce sera peut-être encore
un acte de terrorisme pur
avec des bombes en plus des mitraillettes.
Un jour de plus et toujours en vie !
Par la grâce de Staline !
Les Aztèques vénéraient le soleil.
Je les comprends. Il donne santé, vitalité, force, vie.
On ne vénérait pas la mort, comme aujourd'hui.
Je me sens en veine !
L'argent de Life Magazine arrivera peut-être !
- Quand viennent nos amis ? - Qui ?
- Gita et son mari. - Dans un moment.
Dans l'antre du lion !
Viens... Viens, Lev.
Tu fais mon travail.
Tu vois... les animaux ont des prémonitions.
Je n'aime pas que tu dises ça.
Quoi ? Que je me sens en veine ?
L'art est pour l'homme une façon
de s'orienter dans le monde.
Il est plus dur d'entrer ici que de traverser une aiguille.
Ce n'est rien. Le nouveau système d'alarme.
- Un oiseau a dû se poser. - C'est effrayant !
J'ai un bouton sur mon bureau pour appeler mes légions d'anges !
Je suis si triste que vous partiez.
C'est merveilleux !
On croirait un bateau de guerre.
Personne ne pourra entrer ici.
Vous nous quittez vraiment ?
Tout doit avoir une fin.
Rendez-vous à Berlin !
Dans l'Etat soviéto-nazi !
Vous ne venez pas ?
Juste une journée ?
Les contre-révolutionnaires !
Vos amis s'indignent du pacte germano-soviétique !
- Vous venez me kidnapper ? - Je comprends leur réaction.
Je trouve un peu enfantin de refuser à l'URSS le titre d'Etat ouvrier.
L'hystérie et le marxisme sont inconciliables.
Ils veulent se venger de Staline.
Ils veulent le trotskysme sans Trotsky !
Je suis désolé...
J'ai du travail, je ne viens pas. Remerciez votre ami.
Il veut bien nous emmener ?
La Bourse peut survivre sans lui ?
Oh oui !
Il n'entre pas ?
- Il est timide. - Timide ? A cause de nous ?
Vous l'appelez Jacques ?
C'est Frank... Frank Jacson.
Frank, viens ici.
Il est timide !
Il voulait tant vous voir.
Une tasse de thé ?
Non, merci.
Ils sont à toi ?
Il y en a combien ?
Six.
Vous aimez les lapins ?
Elle est très prolifique.
C'est la favorite.
Merci d'emmener Marguerite et Alfred.
Je devais aller à Veracruz.
- Vous avez pu entrer ! - Vous êtes bien gardé.
A lui seul, Seva accapare l'attention de mes gardes.
- On vous a parlé du raid ? - Oui.
Ils ne referont pas le même coup.
- Vous êtes un businessman ? - Il faut bien manger.
On dit que vous n'aimez pas la politique.
La politique est un rival.
Il dit que la politique est une rivale.
C'est vous, le rival !
Les vieux sont dangereux s'ils sont assez vieux !
- Gita n'est jamais d'accord. - Mais si !
Venez me voir en rentrant de Veracruz.
On ne parlera pas politique !
Il faut être plus prudent, camarade.
On ne peut, sans dégoût et horreur,
lire ces poèmes et ces romans,
ou voir ces tableaux et ces sculptures
dans lesquels des officiels armés d'une plume ou d'un pinceau
et supervisés par des officiels armés de revolvers
glorifient les grands dirigeants de génie...
... des officiels armés d'une plume ou d'un pinceau
et supervisés par des officiels armés de revolvers
glorifient les grands dirigeants de génie
chez qui il n'y a pas la plus petite étincelle
de génie ni d'autorité.
L'art de l'époque stalinienne
demeurera l'expression la plus frappante
du déclin le plus profond
de la révolution prolétarienne.
- Qu'est-ce que tu fais ? - J'écris.
- Quoi ? - Un article.
Pendant 43 ans de ma vie consciente,
j'ai été un révolutionnaire.
Et pendant 42 de ces années,
j'ai combattu sous la bannière du marxisme.
S'il me fallait tout recommencer,
j'essaierais d'éviter tel ou tel faux pas
mais le chemin que suivrait ma vie serait le même.
Jusqu'à ma mort,
je serai un révolutionnaire prolétarien,
un marxiste,
un matérialiste dialectique
et par conséquent, un irréductible athée.
La nature de ma maladie est telle, si je comprends bien,
que la fin viendra soudainement
par hémorragie cérébrale.
Si toutefois je me trouvais menacé
d'une invalidité interminable,
alors je me réserverais le droit de décider
de l'heure de ma propre mort.
Ce suicide, si un tel terme est approprié,
ne reflèterait en aucune façon une peur,
un désespoir ou une impuissance.
Quelles que soient les circonstances,
je mourrai avec la foi
en l'avenir communiste.
Natacha est venue jusque sous ma fenêtre
et l'a ouverte toute grande
pour que l'air entre librement dans mon bureau.
Je vois le vert brillant du gazon au pied du mur
et du soleil partout.
Outre le bonheur de pouvoir lutter pour la cause du socialisme,
le destin m'a donné le grand bonheur d'être le mari
de Natacha.
Elle est pour moi
une source inépuisable
de tendresse, d'amour,
de magnanimité.
La vie est si belle.
Puissent les générations futures
la purifier du mal,
de la violence et de l'oppression
afin d'en profiter
pleinement.
Je suis désolée.
Lev Davidovitch dort.
Voulez-vous... entrer ?
Asseyez-vous.
- Voulez-vous du café ? - Non, merci.
Juste un verre d'eau, s'il vous plaît.
Il est resté debout toute la nuit.
Il travaille sans cesse.
Mais il aimerait vous voir.
Il est souffrant ?
Non, mais harassé.
Je voulais lui demander...
J'ai écrit un article.
Un article ?
Puis-je vous dire Frank ? On m'a tant parlé de vous.
D'où êtes-vous ?
De Belgique.
Mais Jacson est un nom anglais.
Canadien.
Il me fallait un passeport.
Je vois.
- Pourquoi ? - Pour échapper à la guerre.
La guerre capitaliste.
Et où habitez-vous ?
A Paris.
Notre fils vivait à Paris.
Liova...
Il avait votre âge.
Vous le connaissiez ?
Je ne me mêlais guère de politique.
De quoi parle votre article ?
De la France...
De la situation actuelle en France.
Notre fils a été assassiné à Paris.
Il avait dû aller à l'hôpital.
Il était hors de danger mais...
juste comme il allait mieux...
Je ne suis pas de l'avis de Gita.
Je crois que Lev Davidovitch a raison.
L'URSS doit être défendue.
Moi et Gita, on se fait la guerre.
Ah, toutes ces guerres...
Une voiture. Puis le bateau à Tampico.
Ce sera sans problème...
s'il n'y a aucun bruit.
Où est passé Felipe ?
Tout va bien. Ca ira pour vous aussi.
Vous avez reçu l'argent ?
Il ne s'agit pas d'argent.
Non, bien sûr.
Vous serez un héros.
Vous êtes allé chez lui ?
Je sais, c'est difficile. Ca nous fait ça à tous.
On n'y peut rien.
Vous avez le choix.
Vous dites toujours ça !
J'ai vu votre mère l'autre jour.
Elle va bien.
Il dit qu'il est belge...
mais il a plutôt le type espagnol.
Il dit qu'il a versé des contributions au Parti.
Tu devrais te méfier de lui. Tu devrais te renseigner.
J'ai des chocolats pour votre femme.
Il paraît qu'elle les aime.
Ils viennent de Suisse.
Comment êtes-vous entré ?
Vos gardes me connaissent.
Natacha est sortie.
Il ne faut pas rester en plein soleil.
J'ai failli avoir une insolation.
A cause de l'altitude.
J'avais mangé du poisson. Le poisson ne me réussit pas.
Et votre article ?
C'est un canevas.
Un simple canevas.
Otez cette gabardine.
Vous passez votre vie ici ?
Une cellule de moine !
Vous devriez sortir !
A la montagne.
Vous aimez la montagne.
Vous parlez trop.
Tout ça manque de travail, d'analyse.
Vous devriez lire !
Qu'avez-vous en tête ?
Dois-je partir ?
Mais je reviendrai ?
Si vous y tenez.
Avec mon article. Merci.
Ca n'a pas d'importance.
Je n'en peux plus, de tes changements d'humeur.
Je n'en peux plus. Excuse-moi.
Tu es ainsi depuis deux jours. Pour l'amour de Dieu, qu'y a-t-il ?
J'ai vu ton revolver.
Tu me fais peur !
Tu comprends.
Quand tu es comme ça,
je me demande,
ce que... ce que tu veux faire.
Tu es malade ?
Tu devrais voir un docteur. J'en connais un à New York.
Il pourrait faire quelque chose.
Pour ce genre de... problème, tu sais.
Pourquoi tu ne peux pas...
pourquoi tu peux seulement...
avec moi.
Tu sais ?
Rien ne vous force à agir.
A vous de choisir.
Où vas-tu ?
Si tu t'en vas, je me tuerai.
On va à New York.
Ca, c'est demain !
J'ai à faire cet après-midi.
On a invité Ed et Carmel.
Ca, c'est ce soir.
Qu'est-ce que tu vas faire, alors ?
Je vais à la banque. Elle est fermée, mais le directeur m'attend.
Allons...
Ca ne compte pas, les disputes d'amoureux !
Je ne sais plus... qui je suis.
Et je ne sais plus qui tu es.
Tu ne m'appelles jamais Gita.
Je viens de t'appeler Gita.
Jamais je ne me suis senti aussi bien !
Ils ne nous ont pas encore tués cette nuit !
Tu as besoin d'aller chez le coiffeur.
Souvent, en me réveillant le matin, je me dis :
"Pourquoi est-ce qu'on se réveille ?"
Et puis je te vois,
ma Natacha.
Le cheval de trait ! Ca, c'est mon travail.
On sortira plus tard pour chercher des cactus.
J'escaladerais des montagnes !
Tu es très patiente avec moi, Natacha.
Je suis un vieillard bilieux !
En arrivant ici, je me disais parfois :
"Quelle affreuse blague !"
Nous avions été tant d'années sans maison à nous.
Et puis enfin, nous avons peut-être bâti quelque chose ici.
Mieux qu'un toit, un abri où l'on puisse raison garder.
Je sais, c'est impensable !
Tous ces messages qui s'envolent d'ici, font le tour du monde
et reviennent par le toit !
Qui est-ce ?
Frank... Frank Jacson.
Vous avez l'air malade. Pourquoi cette gabardine ?
Attention à la nourriture.
Les fruits sont dangereux
mais pas les légumes frais, si on les lave bien.
L'altitude, ça ne fait rien.
On dit que les prêtres du soleil
arrachaient le coeur de leurs victimes en vie
pour étudier les effets de l'altitude sur le coeur !
C'est un mot. C'est l'esprit juif,
l'esprit Bronstein-Trotsky.
Les écrits politiques doivent être clairs.
Ne dites pas trop de choses à la fois.
Il faut de la simplicité.
Analysez. Distinguez.
C'est une question de... précision.
De volonté.
La vie est complexe.
Mais en fin de compte, elle est simple.
Jacson.
C'est arrivé... enfin.
Je me suis défendu, mais...
Dis-leur de ne pas le tuer. Il faut qu'il parle.
Vite !
Gita n'a rien à voir là-dedans !
Ils me tiennent. Et ma mère !
Ca n'a rien à voir avec la G.P.U. !
Maman !
Tu vois...
Le coiffeur est venu, lui aussi.
Je ne veux pas qu'ils me déshabillent.
Je veux que ce soit toi qui me déshabilles.
Des mensonges.
Rien que des mensonges.
Qui êtes-vous ?
D'où viennent vos ordres ?
Quels étaient vos mobiles ?
Quels étaient vos mobiles ?
Tuez-le !
D'où venait l'ordre ?
Quels étaient vos mobiles ?
Tuez-le...
Il ment ! Il ment !
Qui êtes-vous ?
J'ai tué Trotsky.
Texte français : Eric KAHANE
Sous-titrage TVS - TITRA FILM
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