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Original subtitles

Lors de la prise de pouvoir par les nazis

des milliers d'allemands contraints de fuir leur pays

furent plong�s dans le dilemme le plus affreux de notre temps.

Ils n'avaient pas de passeport, ce document

qui autorise � entrer et sortir d'un pays.

Ces r�fugi�s n'avaient le droit de vivre nulle part

Ils devaient se d�placer sans r�pit

toujours menac�s de prison pour s�jour ill�gal.

puis d'expulsion vers un autre pays.

o� le m�me sort les attendait

Notre histoire parle de ces hommes sans passeport. Elle commence � Vienne en 1937,

avant l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne

Qu'y a-t-il ? Un bruit m'a r�veill�.

Quel bruit ?

Quelque chose en bas.

-Il y a eu des rafles ici ? -Non

C'est le robinet. Tu t'affoles.

Pas �tonnant, tu n'es qu'un gosse.

-Que se passe-t-il ? -Que se passe-t-il ?

Ce n'est rien. Nous rentrons de l'Op�ra.

On vient.

Trois �tages. Fuyons par les toits.

-Tu sais par o� ? -Au bout du couloir.

Mains en l'air

Mettez-vous l�, pr�s de la fen�tre.

Toi, le juif, approche. Juif ? De qui parlez-vous ?

Un gentleman!

Monseigneur de la cloche. G�n�ral racaille.

Mais en l'air ! Toi, loqueteux.

-Passeport ! -Je n'ai pas de passeport

Je n'ai pas de passeport.

On va te soigner.

-Alors, Kobel ? -Deux fugitifs

La police de Vienne a le droit de frapper ?

Et d'autres droits encore.

Habillez-les, mettez-leur les menottes, Kobel.

Oui, chef.

Kobel...Kobel...

Je retiendrai votre nom.

Suivant

Etat-civil

Nom ? Ludwig Kern.

- N� le ? -30 novembre 1918 � Dresde.

-Allemand ? -Non, apatride.

D�chu de ma nationalit�. A 19 ans ? Pour quel crime ?

Aucun.

Toute ma famille a �t� d�chue.

C'�tait l'exil ou la prison.

Tant qu'� �tre en prison, pas en Allemagne.

Je comprends �a. O� �tes-vous all� ?

- Tch�coslovaquie. - Et l�-bas ?

J'ai �t� ramass�, on m'a dit de partir.

Je n'avais pas de passeport. En Hongrie, la m�me chose.

- En Autriche depuis ? -Trois mois.

-Seul ici ? -Oui.

-Vos moyens ? -J'avais un peu d'argent.

-Combien ? -Il me reste 2 schillings.

Colportage illicite ?

Immigration ill�gale en Autriche.

Tarif habituel : 14 jours fermes.

A votre lib�ration vous serez expuls�.

Si vous revenez, vous risquez des sanctions.

Signez ici pour attester que vous le savez.

Oui, je sais. Vous pouvez d�ner, boire,

rentrer dormir � la maison.... A la maison !

Mais Ludwig Kern doit dormir en prison

traverser les for�ts dans l'obscurit�,

dans la peur. Pourquoi ?

Notre sang, nos yeux, nos nerfs sont semblables.

mais il y a un ab�me entre nous.

Ce qu'on appelle un passeport, un bout de papier.

ne portant qu'un nom et quelques dates.

Signez donc.

O� voulez-vous �tre reconduit ?

Fronti�re Tch�que. Nous y veillerons.

Suivant.

Kobel...Kobel...

Nom ?

Josef Steiner. n� le 31 ao�t 1897 � Munich.

-R�fugi� politique d'Allemagne ? -Oui.

Evad� du camp de concentration de Dachau le 11 mai 1935 ?

Oui.

Ce monsieur de Munich d�sire vous parler.

Les agents allemands op�rent � Vienne ?

-Instructions sp�ciales. -J'ai le droit de choisir la fronti�re...

O� je veux �tre amen�.

-Je ne retourne pas en Allemagne. -Vos droits seront respect�s.

M Brenner.

Merci

Suivant.

Alors, capitaine ?

Nous nous retrouvons.

Je l'esp�rais, mais dans d'autres circonstances.

Naturellement pour r�gler de vieux comptes. -Je vous comprends.

Entre nous, je vous f�licite pour votre �vasion.

Plus audacieuse encore que vos exploits au front.

Passer ces mitrailleuses et ces barri�res �lectriques...

je l'aurais jur� impossible.

sans amis � l'ext�rieur.

Que voulez-vous, Brenner?

-Leurs noms. -Je n'en ai aucun.

Nous voudrions les noms des membres du groupe 4,

et nous paierons cette information.

Un passeport.

Pour retourner en Allemagne.

Vous doutez de notre bonne foi ?

Vous irez o� vous voudrez, en France, en Am�rique.

Ne soyez pas stupide. Personne ne saura d'o� est venue l'information.

La raison d'Etat passe avant la morale individuelle.

Pas la mienne.

Je vous conseille d'en changer. Comparez nos deux situations. Vous...

aucun espoir. Vous n'avez ni pays, ni droit de vivre. Un fant�me...

vivant. Ma situation est assur�e.

Tout ce qui nous s�pare, c'est cela.

Il y a plus qu'un passeport entre nous. Brenner

Oublions les aspects personnels.

Vous seriez fou de refuser de vous sauver, vous et ...

Allez-vous donner ces noms ?

Non !

Steiner, �coutez. Il n'y a personne en Allemagne que vous aimeriez revoir ?

Quelqu'un qui vous est cher... que vous aimez ?

Non.

Tr�s bien...nous verrons.

Nous ne pouvons rien, ici en Autriche.

Mais n'y comptez pas trop.

Cela peut changer d'un jour � l'autre.

Et alors, vous serez trop heureux de nous donner ces noms.

� nos conditions, mon cher capitaine.

Je prends le risque.

Comme vous voudrez.

Auf Wiedersehen!

N�mero 5

Ta premi�re fois ?

Tu t'y feras. Ici au moins, tu auras la paix.

Dans la rue, sans passeport, on est un cadavre en sursis.

On n'a qu'� se suicider.

Il n'y a rien � manger ici ?

-Tu n'as qu'� sonner. - J'avais un poulet r�ti dans ma valise,

le premier en deux ans. J'avais �conomis�. J'allais le manger.

Attends ce soir pour pleurer, dis-toi que tu l'as mang�

�a sera plus facile.

Oui. Oui. Qoui ? Absurde ! Absurde !

-Comme si c'�tait pareil ! Tu trouves que c'est pareil ?

-Je ne mange pas de poulet. -Parce que tu n'en as pas un...

dans ta valise ! -Je ne le mangerais pas.

Je d�teste le poulet, �a me rend malade.

-Ce n'est pas une perte pour moi. -Vous entendez ?

Qu'est-ce que je fais avec toi ?

-Je n'en mangerais pas. -Il n'en mangerai pas, Ah ciel !

-Et des oeufs, Polack ? -Des oeufs de poules, oui.

j'adore les oeufs

Je les aime d'amour. j'aime les oeufs

J'aime beaucoup les petits oeufs. Quatre, six, huit...douze

Six � la coque, six au plat. Avec des patates... et du lard.

Tais-toi ! Tais-toi !

Attendez ! J'ai pu passer une bouteille de cognac.

Cognac

Vas-y, c'est la r�gle.

Une gorg�e, c'est une gorg�e, pour un sans-patrie.

Prends-en aussi.

Non merci, je ne suis pas des v�tres.

Vous n'�tes pas en prison pour raison de sant� ?

A cause de mon m�tier. je ne suis pas un fuyard sans papiers.

Je suis voleur, joueur de m�tier

et citoyen � part enti�re.

Daigneriez-vous jouer � nos d�pens ?

Pour de l'argent ?

Le m�tier veut �a.

Il fait noir, pour des amateurs comme nous. -Avec plus de lumi�re...

Une bougie ! Une allumette ! Tu ne lui tirerais pas une cigarette ?

Une cigarette

Tu ne joues pas ?

Non. Pas maintenant. Je suis un peu fatigu�.

Coupez.

As de coeur.

As de pique.

Tu en conna�s beaucoup ?

-Pas tant que �a. -Je peux t'en apprendre.

Qu'as-tu achet� � maman pour son anniversaire ?

Elle se moque de nous.

Depuis le d�but !

Le mal du pays ?

O� sont-ils ? O� est ta m�re ?

-Elle est morte. -En exil ?

-Oui -Et ton p�re ?

-A Prague. -Tu as son adresse ?

Je ne sais pas s'il...

D�s qu'on est sortis d'ici, je t'envoie � Prague.

En attendant, apprends � te d�fendre.

Avec les cartes, avec tes poings. Sois dur !

Viens jouer.

Pardon.

DOUANE

Adieu. Adieu.

Ils ne nous font pas passer ?

Patience. Ils nous emm�nent par le bois.

Les Tch�ques nous attendent pour nous renvoyer.

On y va.

-Quand revenez-vous ? -Jamais.

Alors, ce soir.

Vous, les r�fugi�s, vous n'�tes pas de vrais criminels.

Vous me g�chez le m�tier.

La Tch�coslovaquie. Passez au pied de la colline.

Buvez un coup d'abord.

Merci.

Faites vite jusqu'� la colline, apr�s vous aurez le temps.

On y est.

On le fera.

-Cigarette ? -Merci.

Je retourne dans une heure.

Pourquoi fuis-tu ? Tu es un pur aryen.

-Et toi ? -A moiti�.

- Pourquoi as-tu... Je suis un ex-soldat ...

et je hais la clique qui est au pouvoir.

Ils ne m'aiment pas davantage.

-Pourquoi rentrer � Vienne ? -Mes amis ont peut-�tre...

des nouvelles de ma femme. -Ta femme ?

Elle est rest�e en Allemagne.

Je n'ai aucune nouvelle.

La lune.

Elle est comme la nuit de mon �vasion du camp.

Je me suis cach� chez un ami.

Dans une mansarde ferm�e � cl�.

Sans allumer, sans fumer.

Je passais la journ�e � �crire � ma femme.

Le soir, mon ami m'apportait � boire et � manger.

Il devait porter la lettre et d�couvrir

Si je pouvais voir ma femme avant de quitter l'Allemagne.

Pendant quatre jours j'ai attendu.

Il m'a avou� qu'il n'osait pas, elle �tait trop surveill�e.

Je lui ai dit d'y renoncer.

J'avais peur pour elle.

Et mon ami �tait en danger tant que je restais chez lui.

Je n'attendrais plus.

Avec de l'argent et des v�tements,

je suis parti le lendemain habill� en ouvrier.

J'aurais voulu m'�loigner de la ville,

mais je ne pouvais pas. Deux ans sans voir ma femme.

Je devais la revoir. Je suis all� au march� o� elle faisait ses courses

Ne te retourne pas.

Avance.

Ils t'ont fait du mal ?

Tu es surveill�e ?

En ce moment ?

Je vais passer la fronti�re.

Je ne pourrai pas t'�crire.

Tu dois divorcer.

Tu dois divorcer. Demain, tu demanderas le divorce

pour motifs politiques.

Dis que tu n'�tais pas au courant.

C'est pour la s�curit�. Je deviendrai fou s'ils te font du mal.

Si tu divorces, on te laissera tranquille.

Je t'aime, Marie. Plus que tout au monde.

Je ne pars que si tu promets. Sinon, je vais me livrer.

Tu promets ?

Je vais faire demi-tour

entre les �tals de bouchers. Fais le tour, viens vers moi que je puisse te voir

Puis je pars. Si tu n'as pas de nouvelles, c'est que je serai en s�ret�.

Alors, j'ai vu son visage.

Trois jours apr�s, je passais la fronti�re.

Je voudrais pouvoir...

-Quel �ge as-tu ? -19 ans, bient�t 20.

Bient�t 20 ! Il n'y a pas de quoi rire, petit.

C'est la meilleure partie mais n'attends pas d'aide.

Individus ou nations, �a revient au m�me.

S'ils sont en s�curit�, ils se moquent des autres.

C'est la malheur du monde.

Aussi le progr�s est lent, les rechutes sont nombreuses.

Tu me crois ?

Non.

Bon, �a pourrait �tre pire.

J'ai une femme, toi un p�re. Ils tiennent encore � nous.

Tant qu'une personne tient � nous. Une seule

�a peut aller. N'oublie pas, endurcis-toi.

Et n'attends pas d'aide.

-Tu as combien ? -12 schillings.

-Pour arriver � Prague. -Non.

Prends �a. j'ai assez encore pour moi.

Merci.

Et la police de Vienne ?

Je ne m'en fais pas. Le joueur m'a appris quelques tours en prison.

Je vais gagner aux cartes

de quoi payer un faux passeport. Et il y a un policier que je veux voir.

Il s'appele Kobel.

Bonne chance.

-Au fait, ton nom ? -Kern, Ludwig Kern. Je te l'�cris.

-Je me souviendrai. Je suis Steiner. -Je sais.

Je t'�crirai poste restante. Sois prudent.

-D'accord. Merci -Au revoir.

Au revoir, Steiner !

-Combien ? -Deux.

Trois.

Une

Cinquante.

Je double.

-Je peux voir ? -Non !

Plus cent.

Je suis.

Carr� de rois.

Carr� d'as.

-Encore une partie. -D�sol�

-Encore une. -Une autre fois.

Merci.

Ils ont rat� leur coup.

Pas de brutalit�s.

-Mais non. je veux sortir. -Nous aussi.

Arr�tez ! Arr�tez !

-Bonsoir. -Bonsoir.

-Allemand ? N'est-ce pas ? -Je l'�tais.

Dans ce cas, je recommande un Allemand mort, naturellement.

Non. Je veux travailler ici. Ce n'est pas possible...

avec un passeport allemand. -En ce cas...

Il ne reste qu'un autrichien. Vous pourrez travailler.

Et si on se renseigne au bureau d'�mission ?

Pourquoi ? Si vous n'avez pas d'ennuis.

-300 schillings. -Oh. Nous avons un prix fixe : 500.

Pour l'allemand, on aurait pu s'arranger.

Les passeports autrichiens sont rares. A 500 c'est donn�.

-350 mon dernier mot. -C'est ce que j'ai pay� � la famille

Ces choses co�tent cher. Pour obtenir �a,

la tombe encore fra�che. Il faut aligner des billets, et beaucoup.

Je vous le laisse � 450. J'y perds, mais vous me plaisez.

Vous me plaisez aussi. Quatre cents.

-Vous avez une photo ?

March� conclu.

Valable un an.

Johann Huber. Ouvrier.

C'est justice, Johann Huber. Il n'y a que les morts pour nous aider.

Bonsoir

Bonsoir M Huber

Ca ne peut pas durer. Faites que je l'oublie.

J'essaie, et tout le temps je sais qu'elle est en vie.

Marie. Marie.

Je dois t'oublier.

t'arracher de ma t�te, de mes yeux, de mon sang.

Oublier.

Oublier.

Assieds-toi.

Il fait chaud.

Oui, c'est l'�t�.

Aide-moi.

-Marie. -Tu es saoul, ch�ri.

Mon nom est Elvira.

Kobel,... Kobel...

C'est vous, Kobel ? Ici le poste.

Trouble sur la voie publique dans l'avenue Elisabeth.

A l'angle de la rue Anna. Venez tout de suite

Prague 7Km

Prague

-Vous cherchez ? -Quelqu'un qui habite ici.

-Qui ? -Je ne veux pas crier son nom

dans toute la maison.

Je veux voir M Kern.

-Sigmund Kern. Je suis Ludwig kern. -Un parent ?

-Oui, c'est �a... -Il n'habite pas ici.

Je comprends vos soup�ons.

Dites-lui que je l'attendrai � l'H�tel Bristol.

Si je peux

Non. Non.

Que se passe-t-il ?

Et bien ?

Excusez-moi.

Je me suis tromp� de chambre.

-Ah. -Je croyais � une rafle...

puis je me suis tromp� de porte.

Excusez-moi? Je vous d�range si je fume ?

Pas du tout, je fume aussi.

-Je vous en prie. -Je fume les m�mes.

Les moins ch�res.

C'est comme nous raconter nos vies.

Cet endroit en dit assez.

-Vous �tes partie depuis... ? -Depuis deux mois.

Ce n'est pas long.

Pour moi, si.

Apprendre � oublier, c'est dur.

-Oublier quoi ? -Le pass�...tout.

-Il le faut ? -Oui.

On peut ?

Comme �a ?

Merci pour la cigarette.

"Apprendre � oublier, c'est dur."

"Oublier quoi ?"

Le pass�.

-Herbert. -C'est fini entre nous.

-Herbert ! -Fini pour de bon.

J'ai trop h�sit� � te le dire.

Je voulais t'�pargner.

Je regrette de t'avoir caus� des difficult�s.

Lis : "Herbert Binding a souill� sa race.

"Il est fianc� � une juive."

-On parle de moi aussi. Oui. Et alors?

-Pour toi, qu'est-ce que �a change ?

Tout ! Je dois quitter l'�cole.

Trois ans de travail pour rien.

Je comptais sur une bourse.

Tu compares une bourse � toute ma carri�re.

C'est ma ruine.

C'est avec lui que j'ai grandi, jou�, lu des po�mes ?

et chant� toute la nuit en �t�

C'est cet homme que j'ai embrass� au clair de lune ?

C'est lui qui m'a dit qu'il m'aimait plus que sa vie ?

Ce n'est m�me pas un homme. C'est une chose inconnue et apeur�e.

Au revoir Herbert.

-Maintenant je comprends. -Tu ne comprends rien du tout.

Nous, ce n'�tait qu'un mensonge. Tu es �go�ste, tu ne penses qu'� toi.

Tu aurais d� mourir, comme ton p�re et ta m�re.

J'ai �crit au journal mon opinion de toi.

Voil�, tu sais.

Oui, je sais.

J'ai dit quelque chose.

Ce n'est pas vous.

Je suis d�sol�.

Je voulais vous inviter au cin�ma.

-Au cin�ma ? -J'ai gagn� pr�s de 10 couronnes.

-Non, en r�alit�... -Vous n'allez pas rester ici.

-Je reste ici tous les soirs. -Vous n'allez pas rester enferm�

� vous morfondre avec ces harpies. La s�ance est dans 10 minutes.

Ce n'est pas dr�le d'y aller seul.

Votre manteau.

Ca va mieux ? Continuons le traitement.

La semaine a �t� d�licieuse, mais je dois partir pour Vienne.

Vous ne pouvez pas attendre ?

Mon professeur m'offre une place dans un labo.

Je continuerai mes �tudes.

je ne peux pas...

Non, bien s�r. J'ai un ami � Vienne.

J'ai re�u �a poste restante. Lisez.

"Je suis l'heureux propri�taire

"d'un passeport autrichien "au nom du regrett� J. Huber

"et travaille au Pater comme voyant, m�canicien,

bonimenteur et plongeur. "Si tu reviens � Vienne,

je lirai tes pens�es. Salut et � ta disposition pour la vaisselle. Steiner.

Un voyant !

Quand j'aurai trouv� mon p�re, j'irai � Vienne.

Nous pourrons nous voir.

Quand pars-tu ? Apr�s-demain.

D�nons ensemble demain soir.

Je dois avoir assez. Pour ce soir aussi.

Je voulais une soir�e gaie, ce type nous g�che tout.

Pourquoi nous fixe-t-il ? Un agent de la Gestapo.

Je m'en moque, tu auras ton dessert.

-Que veux-tu ? -Un g�teau aux pommes...

-Bien -Si tu peux.

Je peux avoir deux parts de g�teau...

-contre �a ? -Parts de g�teau ?

Et deux caf�s. Un client ou un colporteur ?

Tu crois manger ici sans payer ?

-Je peux payer. -Bien l'ami. Une seule solution

-pour toi, la police. -Un moment.

Une question.

-Vous �tes allemands �migr�s ? -Ca vous regarde ?

-Vendez-moi le parfum. -Non.

-Pourquoi non ? -Je n'ai rien � vendre.

Un troc, alors. Le parfum contre le g�teau et le caf�.

Que voulez-vous ?

Vous vous m�fiez. je vous explique.

Je vis � Berlin et je dois y retourner mais je d�teste ce qui se passe l�-bas,

j'ai honte de ce qu'on fait � des gens sans d�fense.

-J'aimerais vous aider. -Excusez-moi.

Je m'attendais � autre chose.

J'imagine.

Retournez aupr�s de la dame, je lui ai assez fait peur.

-Bonne chance � tous deux. -Merci beaucoup.

Alors ?

Du g�teau aux pommes.

Je pourrais avoir l'�clair � la place...

du g�teau aux pommes ? Bien s�r. La commande...

est pour vous. -Tout ?

Tout est pay�.

Tout est...

Du champagne frapp�.

Du restaurant � c�t�.

Ruth. Champagne. Quelle f�te.

Les lilas sont en fleur.

Ne sois pas triste.

Je ne sais plus ce que je fais.

Mettons que c'est le champagne.

Tu �tais si gaie.

J'aimerais l'�tre.

Vraiment, Kern.

Ne sois pas...

Je voudrais que tu restes.

Je voudrais aussi.

Au moins, il nous reste demain soir.

Oui, nous avons demain.

Kern.

-Tu sais o� trouver un m�decin ? -Non.

-Bon dieu. -Que se passe-t-il ?

Chambre 18, restez avec la femme

en attendant le m�decin.

Ils y sont arriv�s. Un Tch�que de plus au monde.

Portons un toast.

Au plus grand myst�re du monde, � la naissance !

Pourquoi est-ce un myst�re ? Parce qu'apr�s, on meurt.

-Pros ! -Pros !

Silence, l�-dessous !

-On veut dormir ! -Reste �veill�e, grand-m�re !

-Je ne suis pas grand-m�re -Heureux petits-enfants !

Pour vous remonter.

Bravo. Comment �a se passe, docteur?

Le b�b� ira bien, on s'en occupera.

-J'ai pu le dire � sa m�re. -Elle ne s'en sortira pas ?

Docteur !

Je viens.

Buvons � la beaut� du monde. Elle est indestructible.

Mais nous n'y avons pas droit ! les �migr�s n'ont aucun droit.

Rien...

Ni de tomber amoureux. ni de se marier, d'avoir des enfants.

Vrai ?

Que croyez-vous ?

Ruth...

Entrez.

Mlle Holland ? Elle est partie.

Partie ?

Oui, pour Vienne.

Ce n'�tait que demain. Partie, il y a une heure.

Elle n'a pas laiss� de message ? Un mot ? Quelque chose ?

-Rien de rien. -Merci

Ruth. Oh Ruth... J'avais peur de te manquer.

Que se passe-t-il ? Tu m'avais dit demain.

-J'ai re�u un message. -Oh, je vois...

Du professeur Meyer.

Pour toi.

Je peux t'�crire ?

A quelle adresse ?

Je ne sais pas. Poste restante.

Attention !

Adieu !

Adieu !

COMITE DE REFUGIES.

Pourriez-vous me donner des informations...

pour retrouver mon p�re ? -Son nom ?

Kern, Sigmund Kern.

Cause de la mort : Suicide.

Mesdames et messieurs, entrez par ici.

et d�couvrez les secrets de l'esprit humain.

Le plus ph�nom�nal num�ro de voyance jamais pr�sent�.

C'est stup�fiant !Nous lirons comme dans un livre ouvert..

vos pens�es intimes. Saisissez l'occasion

de voir un miracle. Un d�fi aux lois de la nature.

Un pouvoir qui domine les sens.

Une force qui unit l'atome et les �toiles !

Jeune homme, vous doutez ? Un sceptique ?

Vous riez ? Montez.

Votre esprit n'est pas un myst�re pour moi. Croyez-moi.

Sensible, discret, peu communicatif. Mais une certaine audace,

le d�but de l'autonomie. Le sens de l'amiti�.

une l�g�ret� que seul un bon repas peut gu�rir.

Entrez mes amis !

Achetez le billet en entrant, � un prix d�risoire.

-Comment va, petit ? -Steiner !

-Huber, s'il te pla�t. Pas un mot

avant que tu ne te sois rempli l'estomac.

Par l�, je te rejoins apr�s la s�ance.

Je lui ai �crit Poste restante.

Pas de r�ponse ici ?

Ne t'en fais pas, tu la trouveras. Potzloch !

Qu'y a-t-il ?

-Il nous faut un assistant. -Un ami � toi, bien s�r ?

Combien veut-il ?

-30 schillings, log�. -30 shillings ?

Il se prend pour une vedette de cin�ma ?

Tu veux ma ruine ? Le payer et le loger en douce ?

Je travaillerai sans salaire.

C'est diff�rent l�. C'est comme �a qu'on devient millionnaire !

L'avenir est aux modestes ! Tu ne connais pas Potzloch,

le dernier philanthrope. Tu toucheras 15 schillings par mois.

C'est d'accord.

Je te montrerai ton travail.

Le man�ge, tu dois le balayer.

Tu seras surtout au stand de tir.

Tu aideras Lilo � charger.

- ...Ludwig Kern. -Mademoiselle

Les gens aiment gagner. On donne, puis on prend.

On donne moins qu'on prend.

Tout juste. Tu vois ce troph�e ? Un tr�sor. Il m'appartient.

A 60 points, on le gagne.

C'est une relique dans cet �ge sans tradition Tu sais ce que c'est?

Non, bien s�r, mais surtout... plut�t mourir que laisser un client

arriver � 60. Quand j'y pense, j'ai la chair de poule.

-Ma femme me tuerait. -Mais comment emp�cher si...

c'est un tireur d'�lite ? -Lilo te montrera.

S'il a l'air trop fort, mets la cartouche magique

de Potzloch dans l'arme. La fus�e est d�sax�e.

-Compris ? -Je vois.

-Mais sans qu'il le voie. -Lilo t'aidera, si le cas se pr�sente.

Je te montre notre chambre.

Je pourrais faire un saut � la poste pour...

Ne perds pas un instant.

L'amour !

Pour Melle Ruth Holland ?

Je voudrais savoir si elle a re�u mes lettres.

Elles ont �t� prises.

Merci.

Melle Holland

-Mlle Holland -Professeur Meyer.

Avez-vous des amis hors d'Autriche

� qui vous adressez en cas de besoin ?

Il y aurait bien une amie d'enfance � Zurich.

Je suis d�sol�e, mon enfant. Il n'y a rien � faire, je le crains.

Sans passeport, je dois partir ?

C'est une honte. Votre travail est excellent.

-Je dois partir aujourd'hui ? Demain ? -Non, dans quelques jours,

une semaine...Sinon, ce serait dangereux pour nous deux.

Mesdames, Messieurs, entrez ! Vous verrez la plus belle collection...

d'animaux dress�s au monde.

Alexandre, la puce rouge, dans son premier num�ro en solo.

Je cherche Ludwig Kern.

Sauvage impr�visible sur son trap�ze !

Connais pas. Voyez M Potzloch.

Et lui,o� puis-je le trouver?

Je l'ai vu pr�s du man�ge. Alexander !

Il �tait il y a une minute au stand de tir.

Merci.

-Ruth ! Je suis si heureux de te voir. -Moi aussi.

-Je t'ai �crit, �crit... - Je t'ai �crit aussi.

- Je n'ai rien re�u. -Je sais, parce que...

Et alors? Tu n'es pas au travail?

Je vous pr�sente une amie ch�re, Mlle Holland.

Bonjour !

Rien � faire, plus d'assistant.

Nous ne nous sommes pas vus depuis longtemps.

C'est tout? Je vois. Prends ta soir�e.

Fais-la visiter. Montre-lui les attractions.

Avec l'uniforme tu entres gratis.

Amusez-vous bien!

Tr�s bien

Encore quatre et j'ai soixante, je gagne le troph�e.

Bien 24 !

Encore une.

Tr�s bien.

-56 ! Non !

Il a trembl�.

Un panier � pique-nique! Attendez!

Il y'a du louche. Mon tir �tait parfait.

Vous avez pu trembler. C'est le m�me fusil.

Un policier ne tremble pas. Je sais comment je tire.

Vous avez trafiqu� la cartouche.

Faisons un compromis.

-Hein ? -Oui tirez de nouveau

Tirez cinq autres balles. Pourquoi?

Non,non -Un homme aussi aimable....

Vous serez aussi bon que la premi�re fois.

Le meilleur tireur qu'on ait vu depuis des ann�es.

Votre femme ne craint rien.

Je n'en ai pas. Parce que vous ne voulez pas.

Je vous ai d�j� vu.

Ici depuis quand? Ce n'est pas votre affaire.

Des papiers? - Bien s�r.

-Voyons-�a ! -Dans la roulotte.

-Bon, allons voir. -De quel droit?

Ludwig ! Il a raison. Un policier a le droit de voir tes papiers.

J'apporte ton passeport.

-Suivez-moi. -Non.

Je vois. Vous vous croyez tr�s maligne? Pas touche, sale gitane.

Scandaleux!

Est-ce la justice? Quinze jours en prison

avec un poulet dans ma valise.

Il ne sera plus bon.

Je ne mange pas de poulet...

- Mais j'aime... - Les oeufs!

Sur ma vie, ce sont les oeufs...et le poulet.

-Tu me reconnais? -Je te connais ?

C'est le petit! O� est ce fou de Steiner?

Il va bien.

Tu ne vas pas si bien.

- Qui t'a battu? - La police.

Oh, petit, petit. Il est temps d'apprendre...

-� te d�fendre? -Je voudrais.

Regarde.

Tu te bats? Parfois pas si mal.

Tu m'apprends?

-Plus tard quand tu iras mieux. -Tout de suite.

Ambitieux!

Pas les mains. Commence par les pieds. Tu dois �tre l�ger...

sur tes pieds.Tu vois?

Oui.

Non, non,non. Pas comme �a! Regarde...

Ne frappe pas depuis le corps. Tu ne peux pas me toucher.

Le coup !

Tu as eu de la chance!

Silence! On n'est pas au cabaret! O� est Kern?

Une dame.

-Tu attendais Ruth. -Oui.

-Elle a �t� expuls�e. -Expuls�e...

-Tu sais o�? -Elle t'a laiss� �a...

Merci.

-En Suisse. Zurich. -Qu'est-ce qu'il y a?

Elle �crit comme une �trang�re.

"Si �a t'es utile, voici mon adresse." -Ce n'est pas assez?

Non Elle ne veut plus me voir.

Elle pense que �a vaut mieux pour toi.

Les femmes sont come �a.

Quand je sortirai, j'irai � Zurich.

Je le crois. Steiner et Potzloch aussi.

Steiner veut que tu lui �crives.

Salue-le pour moi.

Dis-lui que je...m'endurcis.

Je lui dirai.

Adieu Lilo.

Adieu.

Ludwig.

Entre.

Ludwig, entre.

Tu as l'air � moiti� mort.

Il n'y'a personne. La famille est en week-end.

-La famille ? -Sylvia et ses parents. Sylvia est...

Une camarade de classe

Je comprends

-Que je te regarde. -Je vais bien. Je m'inqui�te pour toi.

-Moi, pourquoi? -Pourquoi ?

Pourquoi n'as-tu pas �crit ?

-J'avais peur. -De moi, pourquoi?

Comment t'expliquer?

Les gens comme nous exil�s...

Est-ce stupide? Quand je m'en persuade,

quelque chose arrive.

C'est vrai. Je ferais mieux de me d�brouiller toute seule.

Avec mes livres, mes �tudes. comme dans un laboratoire.

distante et impersonnelle comme la science. Sans me soucier des autres.

Voil� ce que j'ai pens�, Ludwig.

Je comprends cette envie.

Tu ne peux pas.

Plus �a va mal, plus nous sommes d�munis.

Plus il est important d'avoir la camaraderie.

S'il y'a une seule personne � qui on tient,

qui tient � vous, �a ne vas pas si mal.

Ruth, Ruth. Arr�te de t'interdire d'�tre heureuse.

Ne me regarde pas. Pas comme �a.

Tout va bien, ch�rie.

Pas possible! Je suis un clochard, un �pouvantail!

Je pr�pare un bain.

Un bain ?

Un bain, avec savon douche et tout? Puis un d�ner, caf� et cognac.

Merveilleux. Il ne manque que des habits de soir�e!

Le smokin de M. Neumann t'irait comme un gant.

Mais si je mettais une robe de Sylvia?

Fais-le ! Je n'ai rien vu de tel depuis des ann�es.

Comme tu es belle. Pas moi, la robe de Sylvia.

Tu es belle aussi. Tu es...

comme une noisette.

Quoi ?

Je ne suis pas s�r, mais je pense...

� une noisette. Et � toi, Ruth.

Cette robe va avec tes yeux, avec tes cheveux.

-Tu rayonnes. -Un sucre ou deux?

Un, merci

Pour un autre, ce serait un incident normal.

Mais pour moi, c'est...

Ruth... Aurons-nous jamais quelque chose de tel?

Une maison, le droit d'avoir un travail, un s�jour fixe.

Je ne sais pas. Je ne peux pas y croire.

Attends. Dans cinq ans, tu porteras une robe chaque soir.

Et je serai un chirurgien c�l�bre.

citoyen honoraire de tous les pays.

A ta sant�,Ruth.

A ta sant�, Ludwig.

Un peu de musique? S'il te pla�t.

D'o� est-ce que �a vient?

Paris.

Je vais essayer d'aller � Paris. Pourquoi?

Je dois rester en mouvement.

Tu te rappelle Leo Marrill � Pragues? Oui.

Il est � Paris.

Il dit qu'on obtient des permis de travail et de s�jour.

-Ludwig. -Oui ?

Je veux venir avec toi.

-Non. -On part demain.

- La route est trop dure.

Je m'en moque.

Je suis g�nante pour les Neumann.

Le portier a menac� de pr�venir la police.

-Pourquoi ? -Certains hommes, devant...

une femme sans d�fense...

Le portier t'a...

-C'est affreux. -Non, seulement p�nible

Bien.

Bon, nous partirons ensemble

D�sormais, je veillerai sur toi.

Oui.

LES NAZIS ENVAHISSENT L'AUTRICHE

Et tes bagages? J'attirerais l'attention.

Mieux vaut partir comme �a pas trop vite juste assez.

Dans ce cas... Je t'ach�te tes affaires.

-Merci. -Ne me remercie pas.

J'y gagnerai.

Et bien.. tu sais..

-Je d�teste les adieux. -Moi aussi.

Question d'habitudes, mais c'est ce qu'il y'a de pire:

On s'habitue � tout.

Je connais un homme qui a perdu quatre femmes en dix ans.

La cinqui�me vient de tomber malade

Bien s�r, il est � la chasse de la sixi�me

Affaire d'habitude.

Et s'ils te prennent?

Plut�t mourir

Adieu Lilo !

Restez o� vous �tes.

Toi, ton compte est bon.

A tous les postes fronti�re. Arr�tez cet homme.

RECOMPENSE: 500 Schillings

Bonjour. Nous voudrions pouvoir...

-passer la journ�e ici. -O� allez-vous ?

Nous allons vers la fronti�re fran�aise.

-Elle est enrhum�e. -C'est la pluie d'hier soir.

-Vous pouvez rester, si vous voulez. -Merci. Merci beaucoup

-Mais pas de feu. -Nous n'en ferons pas.

Change-toi, mets des v�tements secs.

et dors bien au chaud.

J'irai vendre quelque chose.

-Sois prudent. -Juste de quoi acheter � manger.

Ne t'inqui�tes pas.

Reste au chaud, repose-toi.

Ludwig

Il para�t que vous �tes un �migr� allemand.

- Oui ! -Sans passeport ?

Non.

Ma femme va voir ce que vous avez.

Oui

-Excusez-moi. -Que vendez-vous?

- Combien? - Trente centime.

-Combien ? -Soixante centime.

-Combien ? -Je vous l'ai d�j� dit,

Mme Ammers : Trente centimes,

Je demande � ma soeur.

-Combien ? -J'ai donn� les prix � Mme Ammers.

Voulez-vous y r�fl�chir jusqu'� demain?

-Voulez-vous du caf�?

-Oui, je veux bien s'il y'en a.

-Un instant.

Une tasse de caf� me fera du bien...

je n'en ai pas bu depuis longtemps

Il est tr�s chaud.

Prenez votre temps pour le boire.

Il est l�. Pas de passeport, banni du Reich.

Arr�tez-le.

Venez. J'aimerais vous voir...

seul dix minutes. Cinq minutes...une minute.

-Vous entendez? -Il ne vous a pas fait de mal,

il veut juste vous revoir.

Suivez-moi.

Vous ne savez pas qui c'est? Le mouchard local nazi.

-Je suis idiot. -Vous pouvez le dire.

Ecoutez, quelqu'un m'attend.

Pas mon affaire.

Et si vous tentez de fuir, je devrai sortir mon revolver.

Il me faudra du temps, aussi je ferais mieux...

de vous passer les menottes. O� les ai-jes mises?

Merci.

Congestion pulmonaire. Il faut l'hospitaliser.

Je ne peux pas. Nous n'avons pas de quoi payer.

Ne pensez pas � l'argent. Vous �tes gravement malade.

-C'est plus s�r. -Habillez-vous. J'ai des couvertures dans la voiture.

On n'a pas le choix.

Ludwig. O� habiteras-tu quand je ne serai plus l�?

Je resterai ici.

Et pour nous voir?

Si tu viens � l'h�pital, on t'arr�tera.

Chaque nuit, je serai devant l'h�pital.

Je regarderai ta fen�tre. Ce sera comme une visite.

-Quelle heure? -A neuf heures.

-Tu sauras quelle fen�tre? -Le docteur me le dira.

Il fera nuit � neuf heure. Je ne pourrai pas te voir.

Je ne peux venir qu'� la nuit.

Tu ne dois pas venir du tout.

Je viendrai. Habille-toi.

Ne t'inqui�te pas.

Ecoute. Sois courageuse.

J'ai peur. Je ne veux pas te quitter. J'ai peur de ce qui peut arriver.

Je m'en sortirai.

Pr�te?

Au revoir.

Souris-moi, vite...

Ne m'oublie pas. Aime-moi.

Allons-y maintenant.

Elle ne me voit pas.

Que faites-vous l�?

Rien du tout. Une plaisanterie.

Un instant. Vous connaissez M. Ammers?

Non. Lui vous conna�t peut-�tre.

On a donn� un signalement qui vous correspond.

D�fends-toi, Ammers.

Tu ne peux pas me battre.

Je t'apprendrai � pers�cuter de pauvres r�fugi�s!

Qu'en dis-tu, vieux Steiner?

Bon travail!

Je n'ai pas entendu.

Vous vous en sortez bien.

-Comment va-t-elle? -Bien. Tout est normal. Je vous ai apport� �a.

Allez-y. Lisez.

Plus tard.

Pas avant mon d�part?

Pas si vite. Je n'ai rien d'autre � faire aujourd'hui.

Oh. Je vois.Je vais � l'h�pital.

-Quelque chose � porter l�-bas?-Je ne peux pas �crire ici. Donnez-lui un message.

Je l'attendrai chaque jour, � midi � la poste...

de Gen�ve

C'est clair? Oui.

-Et dites-lui de ma part que je... -Elle le sait. Mais je lui dirai.

Merci

D�p�che-toi de gu�rir ch�rie. Je t'attendrai l�-bas.

Harold, Milton, rien pour Kern.

Ruth, c'est toi! Depuis quand es-tu ici?

-Ce matin. -Je t'ai attendu. attendu

Je faisais la navette avec la France.

Nous essaierons d'y passer ce soir.

Les deux chambres, vingt francs avec repas.

Nous pouvons tenir dix jours, mais je trouverai un travail.

Paris, ville de l'�l�gance.

On voit la Tour Eiffel. sous le bon angle.

-Professeur Meyer! -Nous regardons la Tour Eeiffel.

Marrill m'a pr�venu.

Tous en fuite! On m'a chass� d'Allemagne

puis d'Autriche, mais ils ne m'auront pas � Paris.

-Marrill. -Professeur Meyer, Monsieur Kern.

-Que fa�tes-vous? -Je corrige des devoirs en cachette bien s�r.

pour un ami professeur � l'universit�.

-Vous voulez l'�couter? -Avec plaisir,

-Je ne trouve pas de travail. -Vous n'en trouverez plus,

plus maintenant.

-Qu'est-ce qu'il veut dire? -Plus de travail sans permis.

Tu disais que c'�tait facile.

Avant l'Anschluss.

Depuis, la France est envahie d'�migr�s. C'est plus difficile.

Rien � vendre.

-Vos affaires. -Tout est sur nous.

Steiner !

Vos amis. On va f�ter �a!

Du poulet.

Tu aimes ?

J'adore le poulet

Eh des oeufs

Splendide.

Tu cales apr�s le quatri�me?

Tu ne vas pas le laisser ?

Je ne peux pas...

Place au dessert.

no

Elle est tr�s jolie.

Et bonne �tudiante, mais elle devrait �tre inscrite.

Pour l'instant, �a va.

Tiendra-t-elle longtemps sans papiers?

Un jour, vous serez pris tous les deux.

-Que faire? - Mariez-vous.

- On n'a pas de papiers. -Je ne dis pas �a...

-Qu'elle �pouse un Fran�ais. -Ce serait l'id�al...

-mais c'est impossible. -Vous vous trompez, c'est possible.

Durant l'�pouserait, il me l'a dit.

-Qui? -Durant. Vous ne le connaissez pas.

Professeur d'universit� tr�s bien excellente famille.

Son oncle est s�nateur. Il est amoureux de Ruth.

Je n'aurais pas d� vous le dire. Nous sommes raisonnables.

- Comment s'appelle-t-il? - Fran�ois Durant.Vous n'�tes pas...

Oh, non,non,Si c'est comme �a, tr�s bien.

-Tout s'arrangerait. -J'aurais cru...

mais si vous �tes d'accord, ce serait merveilleux pour elle.

Ce serait merveilleux.

-Tu connais Fran�ois Durant? -Oui.

-Pourquoi? -Il te pla�t?

-Que dis-tu? -Simple question.

-Il te pla�t? -Meyer!

Saoul pour la premi�re fois. Il choisit son moment.

Pas si saoul que �a.

-Viens ici. -C'est s�rieux.

Alors, je viens.

-Qu'est-ce qui ne va pas? -Tu dois l'�pouser.

-Quoi ? Qu'est-ce que tu dis ? -Tu dois l'�pouser.

Pauvre ch�ri. Quelle folie te passe par la t�te!

Il le faut ! Le mariage n'est plus question de vie ou de mort.

Avoir un passeport ou non, c'est en est une.

-Saisis cette chance. -Je n'en aurai pas d'autre?

Sois s�rieuse.

S�rement pas quand tu divagues.

Je dis des b�tises? Tu �coutes un vieux �m�ch�, tu d�cides de me chasser.

Je peux avoir un avis.

Je n'en discute m�me pas.

Pourquoi? Parce que je t'aime idiot!

Je n'aime que toi.

Tu me crois?

Pardon! Je sais o� trouver du travail demain.

Du travail? Un chantier...

on n'y pose pas de questions.

T�te un peu, Steiner

Pas mal du tout.

Quelle splendeur! Je l'ai eu aux Halles. Le meilleur de Paris

Vous connaissez un certain Steiner?

Tu connais Steiner ?

Pourquoi?

Ne venez pas chercher Steiner ici.

-C'est vous? -Non.

-Pourquoi? -J'ai une lettre pour vous.

D'allemagne.

Heureux de vous avoir trouv�.

Certaines lettres attendent depuis un an.

Il s'agit de ma femme.

Lis. Reste avec moi.

Elle est � l'h�pital.

Il y'a dix jours, elle �tait vivante.

Quel h�pital?

C'est �crit?

Viens, on t�l�phone

� cet h�pital.

Sous un faux nom.

Elle a �t� op�r�e.

Il n'y a plus d'espoir.

Trois ou quatre jours au plus.

-Je pars aujourd'hui. -C'est trop dangereux.

-J'ai mon passeport autrichien. -Tu es perdu si...

...tu passes la fronti�re. -Si elle meurt...

-je serais perdu. -Mais non. J'ai l'air insensible,

mais �cris-lui, t�l�graphie, et reste ici.

Tu ne l'aides pas en allant l�-bas.

Je pourrai la voir.

Elle sera horrifi�e.

Elle ferait tout pour t'en emp�cher.

Je dois la voir.

Marie...

ma femme. Elle est vivante.

Ses yeux, ses pens�es sont toujours l�.

Je suis l�, derri�re ces yeux.

Bient�t elle sera morte, rien d'elle ne restera.

Elle sera �tendue l�, elle ne sera plus rien.

Mais l�...

elle est encore en vie pour quelques jours. Ses derniers...

Et je ne serais pas avec elle?

Je n'ai pas le choix.

Le monde va � sa fin.Si je ne la vois pas, je me briserai.

Je mourrai avec elle.

Je ne peux rien dire de plus pour te convaincre?

de ne pas y aller ?

Je connais les risques

Seraient-ils mille fois pires, rien ne m'arr�terait.

Tu peux comprendre?

Oui.

Si je ne suis pas l� dans dix jours, donne �a aux petits.

Je vous laisse, tous les trois.

-Bonne chance. -Merci

Bien, les enfants.

J'ai toujours su qu'il en serait ainsi.

Au revoir Ruth.

A bient�t Kern.

Les choses sont parfois lentes,

parfois terriblement rapides.

Reviens.

On ne peut pas faire grand-chose.

Mais tout ce que nous sommes t'appartient,

-Pour toujours. -Attention au d�part !

Prenez soin de vous.

Tu as vu Ludwig? Il rentre toujours � 18 heures.

Qu'a-t-il pu lui arriver?

Je venais te le dire.

On l'a arr�t� � la sortie du travail.

On l'a envoy� � Maubeuge � la fronti�re.

pour l'expulser.

Que faire? Il avait un travai,

quand les Fran�ais en manquent.

Tiens

Il t'a �crit un mot.

Il dit.

que je ne dois pas compter sur son retour.

Il veut... Que tu �pouses Durant.

Oui, il me l'avait dit. L'essentiel pour lui, c'est de te savoir...

en s�curit�. -En s�curit�?

Oui, en s�curit� !

C'est important, pour nous autres.

Tu seras malheureuse quelque temps, voila tout.

Je ne le quitte pas.

C'est une d�cision.

Les d�cisions doivent venir

de la t�te, pas du coeur. -La t�te et le coeur!

Ecoute-moi. Avant lui, je me sentais vieille et m�fiante,

Il m'a rendue la jeunesse et le rire.

J'�tais sans espoir, sans foi en l'humanit�.

Il m'a rendue joyeuse, pleine de vie.

Il l'a fait avec son instinct simple et direct. Avec son amour!

Ton cynisme n'est pas �branl�?

Tu as lu sa lettre d'adieu,

elle en dit mille fois plus que toutes ces sottises.

sur les beaux sentiments et l'extase.

Tu est de bonne volont�, tu r�p�tes ce qu'il t'a dit,

Je l'en aime plus encore, mais nous sommes l'un � l'autre.

Que vas-tu faire?

Le tirer de l�.

Vous �tes influent, dit votre neveu.

Il se trompe.Je compatis � votre d�tresse

mais je ne peux rien faire pour M. Kern.

Veuillez m'excuser. J'ai d'autres engagements

Si vous refusezde m'aider, vous le regretterez.

Comment cela?

Et maintenant mademoiselle ?

Vous m'aidez � sortir Ludwig Kern de prison,

ou j'�pouse votre neveu. -Absurde ! Le mariage de Fran�ois...

est r�gl� depuis longtemps. -Voulez-vous que je l'appelle?

Vous l'entendrez lui-m�me. -S'il vous pla�t

Vous r�alisez que c'est un chantage!

Vous servir de mon neveu!

Bien.

Je devrais vous aider bon gr� mal gr�.

Vous obtenir un permis, mademoiselle serait tr�s simple,

mais votre ami est arr�t�.

Et ce sera beaucoup plus difficile.

Passeport s'il vous pla�t.

-Votre nom? -Johann Huber

Votre �ge? 43 ans.

Quand �tes-vous n�? N� le 29 janvier 1894.

O�? Kranskadouna.

But du voyage en Allemagne? Voir de la famille.

- Vous habitez Paris? - Non, Graz.

Je rendais visite � un parent.

Dur�e du s�jour?

-Deux semaines. -Vous avez de l'argent?

-Oui. 500 francs. -Je le note dans votre passeport.

Journaux, imprim�s, livres?

Non, rien .

Merci.

Le QG de la Gestapo � Munich.

Pourquoi �tes-vous revenu en Allemagne?

Pour voir ma femme avant sa mort.

Vous avez vu vos camarades?

Aucun.

Parlez avant d'�tre condamn�.

Je vous l'ai dit, aucun.

Qui vous a ordonn� de revenir?

Je n'avais pas d'ordres.

A quelle organisation politique appartenez-vous?

-Aucune. -Vos revenus?

Je gagne ma vie.

J'ai un passeport autrichien.

Vous allez �tre transf�r�.

J'ai une demande.

C'est tr�s important pour moi.

Ma femme est encore en vie. Le docteur lui donne...

un ou deux jours au plus.

Pour moi, je n'attends ni sympathie, ni faveurs.

Mais je voudrais qu'elle meure en paix.

Je vous en prie. Permettez-moi...

-de rester et d'aller la voir. -Pas question.

Une occasion de vous �chapper.

Je n'essaierai pas. Si la porte est gard�e, je ne peux rien faire.

Je le demande non pour moi, mais pour une mourante.

Impossible. Je n'ai pas l'autorit� de l'accorder.

Vous l'avez! Vous pourriez dire...

que mes confidences vous seront utiles.

Une infirmi�re s�re pourrait m'�couter.

Absurde.

Votre femme et vous ne vous direz rien.

Bien s�r que non, elle ne sait rien.

Mais elle mourrait en paix.

Colonel ?J'ai d�j� interrog� cet homme au sujet du groupe quatre.

Il a refus� de me donner les noms.

Il n'y'a aucun moyen de le faire parler...

sauf un. M'autorisez-vous?

Allez-y.

Si je vous permets d'aller voir votre femme pendant deux jours,

me donnerez-vous les noms du groupe 4?

Oui

Donnez-les-moi.

Donnez-m'en deux demain. Les autres le lendemain.

Je vous les donnerai tous...apr�s-demain.

Je vais voir ce que je peux faire.

C'est moi, Marie.

Josef, mon amour.

Tiens-moi, Josef.

Je veux sentir que tu es l�.

Tu ne pouvais pas venir. Mais je t'ai toujours attendu.

Je vais rester.

Tu ne peux pas.

-Tu dois partir Josef ! Pas de danger.

C'est dangereux.

Tu n'imagines pas.

Je n'en ai pas pour longtemps.

Je t'ai vu.

Je peux �tre seule pour la suite.

Va-t'en, par piti� !

Je me suis arrang�. Je peux rester Marie.

Il va y avoir une amnistie.

C'est vrai, je te le jure.

On ne sait pas que je suis ici,

mais �a ne serait pas grave.

Tu n'as pas divorc�?

Comment aurais-je pu?

C'�tait pour toi, pour

te faciliter les choses.

Je m'en suis sortie.

On m'a aid�.

C'est pourquoi j'ai cette chambre.

J'�tais bien, seule.

Tu �tais avec moi.

Vous devez sortir.

Je reviens demain.

Je voudrais pouvoir me lever.

Et m'en aller avec toi.

Alors que je peux �tre

avec toi, je dois partir.

Ne sois pas f�ch� contre moi.

Vous avez abus� de ma g�n�rosit�, Steiner.

Vous m'avez fait attendre trois heures.

Mais �a en valait la peine.

J'aurai tout le temps avec vous.

Le reste de votre vie.

Dans un instant, vous me direz ces noms pr�cieux.

Je vous les dis tout de suite.

Je n'ai pu aider que moi.

A quoi bon un permis, si

je n'en ai pas pour Ludwig?

J'ai peur qu'on l'expulse

et qu'il disparaisse.

=Sans laisser de trace. =Et l'avocat de Durant?

On pourrait aider Ludwig,

mais il faut de l'argent. Plus que nous n'avons.

Vous avez assez.

Tu te trompes, L�o.

H�las, je ne me trompe pas.

Plus aujourd'hui.

Pourvu que j'arrive � temps.

Tu as toute la journ�e.

On ne les expulse que la nuit.

Bonne chance. Merci et adieu.

Vous allez �tre emmen� � la fronti�re Suisse. Vous ne devez pas revenir.

Signez.

N'essayez pas de revenir.

Ne vous inqui�tez pas.

Qu'y a-t-il ? - Un accident.

- Ce sera long? -Une heure peut-�tre.

Kern... Kern...

On l'emm�ne � la fronti�re.

Maintenant? Maintenant

-O� est-il? -O� est qui ?

Le d�tenu, Ludwig Kern.

Aidez-moi. Il va partir et je ne le reverrai plus.

Je comprends. Une affaire de coeur?

Ne vous en faites pas. En selle et ram�ne-le, vite!

En vitesse..

Une surprise, non?

-Il est en r�gle? -Absolument. Je vous f�licite.

Gr�ce � ce bout de papier, je suis devenu respectable.

Je suis libre, n'est-ce pas? Tout � fait.

Ce n'est pas curieux?

Curieux, pourquoi?

Hier, j'�tais le m�me homme, mais tout m'�tait interdit.

Pas hier, avant-hier.

Votre permis est dat� d'hier.

Avant-hier, mon existence �tait un crime.

Aujourd'hui je peux vivre en paix, tout est en ordre.

Ce n'est pas curieux? Pas du tout. C'est parfaitement normal.

Vous avez le droit de vivre par �crit, cachet� et sign�.

Comme �a, tout est clair.

Allons, votre amie vous attend.

L'argent de Steiner.

Il a dit � Marrill qu'il voulait nous aider.

Une cigarette?

Tiens

Il n'avait pas peur.

Pas peur de hair le mal,

De garder son amour-propre

et de mourir pour le d�fendre.

Ce sera plus facile. Nous avons de vrais papiers,

nous irons o� nous voulons.

En Am�rique du Sud, peut-�tre m�me...

Aux Etats-Unis.

Attends. Avant tout, nous allons nous marier. Tu entends ? Nous marier.

Nous n'aurons pas de chez-nous, mais nous serons ensemble.

C'est �a chez nous.

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