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Salut, ça va ?
Les logements sociaux de Cabrini-Green, à Chicago,
furent bâtis pour les ouvriers durant la 2e guerre mondiale.
Dès les années 60,
les Afro-Américains y étaient majoritaires.
Cabrini-Green a abrité jusqu'à 15 000 résidents,
devenant l'un des complexes
de logements sociaux les plus peuplés du pays.
Automne 1992 Cabrini-Green, Chicago
Eric, tu pousses ou quoi ?
Je fais que ça !
- C'est bon ? - Oui.
Merde.
Hé, Slug !
Tu peux nous filer un coup de main ?
Pourquoi vous avez rien dit ?
Dixième étage. Tu aurais mis des plombes.
- Et l'ascenseur est cassé. - Comme d'hab'.
Ouais, c'est vrai.
Il est lourd, ce matelas.
Tu veux toujours pas nous aider ?
Non, merci.
- Maman le sait ? - Pas si tu lui dis pas.
- Et si je lui dis ? - Dégage, Dee.
- Laisse-moi sauter. - Pourquoi ?
Pour que tu tombes et que tu chiales ?
T'es méchant !
T'es pas déjà en train de chialer ?
Non, c'est pas vrai !
Sois pas comme ça avec ta sœur.
On peut pas tous sauter.
Pas comme moi.
À Cabrini-Green, il y a une seule règle dans la cour.
Peu importe l'âge qu'on a...
combien d'argent on a...
qu'on soit grand...
ou petit.
L'essentiel,
c'est de savoir sauter.
Je volais, mec.
J'ai jamais été si près de Dieu.
Dis-moi comment tu fais.
C'est un secret.
Si je le dis, je serai plus le meilleur.
Dis rien, alors.
- Tu vas manger ? - Oui.
Bon. À plus.
Ah, te voilà. Pourquoi tu es si sale ?
Papa va s'énerver s'il voit ça.
- Et alors ? - Tu vas morfler !
- Je t'entends, Malik ! - Moi aussi, Amber.
- Eric, va prendre un bain ! - T'es pas ma mère !
Non, je t'aurais donné une rouste, sinon.
Toi...
- Tu fais quoi ? - Ça te regarde pas.
D'accord.
Ça te rapporte combien, mamie ?
Deux dollars.
Tu seras jamais riche.
Tu crois que c'est mon but ?
Pourquoi il n'y a jamais de biscuits dedans ?
J'ai dit 2 dollars.
Malik !
J'ai dit quoi, pour le saut ?
Qui te l'a dit ?
La, la la, la la
Cafteuse.
C'était inutile. Je le sais. Je suis ta mère.
T'aurais vu ça.
J'ai battu mon record ! Je volais !
Tu frimes, en plus ?
T'as dit que je pouvais si je me faisais pas prendre.
Tu te trouves drôle ?
Tu sais ce que le four a dit à l'autre four ?
Vas-y, dis-moi.
"C'est moi, où il fait chaud, ici ?"
Maman.
- C'est drôle, Malik ! - Ne l'encourage pas !
Oh, mince !
Qu'est-ce qu'il se passe, ici ?
Petit casse-cou.
Tu n'en fais qu'à ta tête,
sans jamais écouter ce qu'on te dit.
Comme mon père.
Hé, maman ?
Un ours rétréci, c'est quoi ?
Tu vas me le dire. Vas-y.
Un oursin.
Tu devrais travailler tes chutes.
Diana, tu vas tomber, si tu ne fais pas attention.
C'est quoi, ces cris ?
- ll y a une araignée ! - Laisse-la.
Et si elle vient sur moi quand je dors ?
- Mais non. - Elle pondra des œufs.
En te réveillant, t'auras les oreilles
- pleines de bébés araignées. - Non, maman !
Tu arrêtes d'embêter ta sœur ?
Elle a déjà vu des araignées, non ? Grandis !
C'est plutôt toi qui dois grandir.
Oh, mon Dieu.
Malik ! T'arrêtes de jouer avec ça ?
- Sors-la d'ici ! - D'accord ! C'est bon !
Ne fais pas d'histoire. Prends sa main.
Prends la main de ta sœur. Allez.
Baissez la tête. Merci.
Seigneur, merci pour cette journée.
Bénis cette nourriture,
qu'elle nourrisse nos corps.
Merci pour ce que tu nous donnes
et que tu continues à nous donner chaque jour.
Et bénis mon père,
qui aurait eu 70 ans aujourd'hui.
Béni soit-il.
- Amen. - Amen.
C'est pas bizarre
de fêter l'anniversaire de papi
même s'il est mort ?
C'est son anniversaire.
On doit lui rendre hommage.
Mais il ne vieillira plus.
Ça fait cinq ans, Dolores. Tu leur embrouilles la tête.
Pas du tout.
Sinon, comment ils sauront qui était leur papi ?
Bon, qui veut du dessert ?
- Moi ! - D'accord.
Finissez vos assiettes,
et vous en aurez après.
Tu vois ? C'est la fête. Sois contente.
Tu as fait un dessert pour les vivants ?
On mange pareil depuis quatre jours.
Je vais me transformer en légume.
Si tu cuisinais ?
Je suis trop petite.
Non.
On n'est jamais trop jeune. Je cuisinais, à ton âge.
Quand on veut, on peut.
Je voudrais un hamburger
et j'en vois pas.
D'accord.
Fermez tous les yeux.
Allez.
Imaginez que vous entendez
une poêle grésiller sur le feu.
Sentez l'odeur du bacon, une tranche épaisse,
de la meilleure qualité.
Il y a des pommes de terre, du poulet frit
qui a cuit dans la graisse du bacon.
Et à côté,
un grand verre de jus d'orange.
Bien frais, avec de la pulpe flottant au-dessus,
comme vous l'aimez.
Maintenant que vous salivez, baissez la tête.
Ouvrez les yeux.
Je ferai les courses, demain.
Oublie pas mon jus.
Tout le monde aime ça, sauf toi.
Je peux t'aider ?
T'as les mains propres ?
Tiens.
Aide-moi à compter ça.
Dix, 20, 30, 40, 50, 60, 65.
D'accord.
Tu sais à quoi sert cet argent ?
Alors, 65, c'est pour l'électricité.
Trente, pour le gaz.
Vingt, pour l'eau.
Et 250 pour le loyer.
En tout, combien ça fait ?
Non, compte sans les doigts.
Allez. Concentre-toi.
355 ?
C'est dimanche. Pourquoi tu le fais compter ?
Laisse-le vivre.
J'ai sauté, aujourd'hui.
J'ai battu tout le monde, même Malik.
Ah bon ?
Comment tu as fait ça ?
Quand on est arrivés ici, avec Gordon,
on a voulu mettre un peu de couleur dans la maison.
Victoria nous a donné le tissu.
Je l'ai fait avec cette machine.
Je l'ai rapportée du Mississippi.
Où, au Mississippi ?
Tupelo.
Ton grand-père, ses parents, mes parents,
tous nos cousins y sont nés et y ont grandi.
Mais tu n'as pas d'accent, mamie.
Je l'ai perdu.
Au fil du temps.
Cet endroit te manque ?
Il m'arrive de le revoir en rêve.
Parfois, je...
J'entends la voix de ma mère m'appelant pour venir manger.
Ma mère me manque.
Mes proches me manquent.
Mais pas cet endroit, non.
Chaque fois que tu en parles,
on dirait de la poésie.
Il y a de la poésie en tout.
Que ce soit la nature. Les mots.
Les oiseaux.
Tu arrêtes de faire ça ?
Tu le jetteras, un jour ?
T'en penses quoi, Malik ?
Ce pull est trop moche pour que je le porte ?
- Non. - Elle le gardera
jusqu'à ce qu'il ait l'air d'un chiffon. Tu verras.
Tu fais quoi ?
Je te tiens.
Comme tu le faisais avant.
Je t'aime, maman.
Comment on appelle un mec nul en saut ?
- Comment ? - Eric.
Et un escargot sur un bateau ?
- Comment ? - Un es-cargo.
Et trois verres de lait ?
- Comment ? - Un triolait.
Le bonbon préféré d'un mouchoir ?
- Comment ? - Le cachou.
Que serait Michael Jordan sans Scottie Pippen ?
Il serait toujours MVP.
T'es fou ?
Isiah Thomas est le plus fort du West Side.
Il peut battre n'importe qui.
Si Scottie était pas là, MJ serait un type
qui dépasserait pas Isiah.
MJ a besoin de Scottie.
En vrai, ils ont besoin l'un de l'autre.
N'importe quoi.
Ils seraient rien sans Horace Grant.
- Arrête un peu. - Vous m'avez pas attendu.
Pour pas être en retard.
Combien de fois on doit te le dire ?
- Je suis jamais en retard. - "Je suis jamais en retard."
Arrête, ferme-la !
Vous me lâchez encore !
Tu veux impressionner Mme Willis ?
Moi ? C'est toi qui dis toujours :
"J'ai besoin d'aide pour mes devoirs."
Tu la vois après les cours.
Allez. Sois un peu cool.
Mme Willis a de l'argent. Elle a une belle voiture.
Eric, c'est une Toyota Corolla.
- Justement. - Riche ou pas, elle est libre.
J'attendrai le bon moment.
Tu peux attendre longtemps.
En plus, elle traîne pas avec les gens du quartier.
Elle t'a parlé qu'une fois,
quand t'as pas fait tes devoirs
et qu'elle l'a dit à ta mère.
- Justin. - Présent.
- Tyrone. - Présent !
Ce n'est pas la voix de Tyrone, Samuel.
Ne fais pas l'idiot.
Samuel.
Ma mère m'a donné un nom de prophète.
Un nom de prophète, mais t'es toujours fauché.
Il t'a bien eu.
- Georgia ? - Présente.
- Beth ? - Présente.
Merde. Ma tête est si grosse que ça ?
Plus grosse que la moyenne.
Veuillez vous lever pour le Serment d'allégeance.
Je jure allégeance au drapeau des États-Unis d'Amérique.
Et à la république qu'il représente,
une nation unie sous la protection de Dieu,
indivisible, avec la liberté et la justice pour tous.
... pour tous.
Un peu de calme, d'accord ?
J'ai gagné.
- Trois sur cinq. - OK.
Regarde là-haut.
C'est le plafond. Et alors ?
- Tu vois les craquelures ? - Oui.
Si tu regardes bien, elles deviennent des étoiles.
Essaie.
Essaie très fort.
J'essaie.
Tu les vois ?
Oui.
Salut !
Hé !
Je m'appelle Malik.
Et moi, je m'appelle Eric. N'oubliez pas !
- Je m'appelle Malik. - Et moi, Eric.
Salut !
Ne nous ignorez pas !
Ne nous oubliez pas ! J'existe !
J'existe !
- Coucou, chérie. - Coucou.
Coucou, maman.
Coucou, chéri.
- Ils ont mangé ? - Bien sûr.
- J'ai mangé deux fois. - Ah bon ?
Ma grande fille.
Tu as l'air fière de toi.
Maman, pourquoi t'as l'air si fatiguée ?
Elle travaille pour nourrir sa famille,
voilà pourquoi.
Parle-moi.
Tu sais bien, maman.
Je vois combien les autres gagnent.
Je vois les fiches de paie.
Je sais combien valent les autres.
C'était plus simple quand je l'ignorais.
Mais tu bosses très dur.
Et pour quoi ?
Ils vont t'augmenter ?
Pourquoi dis-tu ça ?
Je ne peux rien demander.
Pourquoi ? On en a besoin. Tu dois demander.
Au risque de me faire virer ?
Des tas de gens attendent
de me piquer ma place.
Et ils sont tous diplômés de la fac.
C'est la vérité
ou c'est ce qu'on te fait croire pour te faire taire ?
J'essaie juste de garder
le peu qu'on a, d'accord ?
J'arrive à peine à vous faire vivre.
Tu dis ça
comme si je ne comprenais pas ce que tu traverses.
Pardon. Ce n'était pas mon intention.
13 OCTOBRE 1992 9 H - 9H45
Quelqu'un veut l'essayer ?
Si vous voulez, allez-y.
Non, c'est bon.
- Il sait même pas compter. - T'es jaloux.
J'achèterais pas des montres pour frimer à l'école.
On peut se faire voler.
T'as pas les moyens, de toute façon.
- C'est même pas son fric. - Et alors ?
- C'est du fric. - Guetteur, c'est pas un boulot.
Il reste à un coin de rue pour aider son frère.
Un jour, il se fera tuer.
Inutile d'aller sur ce terrain.
Les flics sont là.
Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
- On a tiré sur un mec. - Il est mort ?
- J'en sais rien. - Il y a un mort.
ÉCOLE ÉLÉMENTAIRE BYRD
Calme-toi.
Qu'est-ce qu'il se passe ?
On doit attendre, on va nous donner un laissez-passer.
Question de sécurité.
Quelle sécurité ? La nôtre ?
On vit ici...
Ils s'en fichent, non ?
Ils nous traitent comme des étrangers.
Excusez-moi, M. l'agent.
On a besoin d'un laissez-passer même si on vit là ?
Tout le monde doit en avoir un pour entrer.
Même pour mes enfants ?
- Ils vivent ici ? - Oui.
Il leur en faut un, comme tout le monde.
C'est obligé. C'est la nouvelle politique.
Comment ? Ce sont des enfants.
Vous devez les surveiller ?
Renseignez-vous auprès du CHA.
- On fait notre travail. - Allez-y.
On nous traite comme des criminels.
Voilà ce qu'ils font. Ils nous fliquent.
C'était qui ?
Un gamin.
- De quel âge ? - J'en sais rien.
Les enfants. Ne vous dispersez pas.
C'est bientôt à nous.
OFFICE DU LOGEMENT DE CHICAGO
- C'était un petit garçon. - Où ça s'est passé ?
Devant l'école, avec sa mère.
Ce quartier a bien changé.
En plein jour.
- Dolores. - Incroyable.
C'est trop.
Eric peut se servir.
Mais regarde-le.
Il mange pas assez. Il est tout maigre.
Dis, maman ?
Pourquoi on a ces cartes ?
Les gens de l'extérieur ne pourront pas entrer.
Tout le quartier est sous surveillance
à cause de toutes ces fusillades.
À part quand vous irez à l'école,
vous jouerez à l'intérieur.
On fera quoi, à l'intérieur ?
Plus de trampoline,
c'est sûr.
On pourra jouer aux cartes.
Bonne idée, Eric.
Tu peux dormir ici, ce soir. J'appellerai ton père.
Mais le robinet m'empêche de dormir.
Si j'allais chez lui ?
Tu es déjà là.
Et on va réparer le robinet.
- Tu dis toujours ça. - Je réclame sans arrêt.
Depuis trois mois. Qu'est-ce que j'y peux ?
On fera quoi si l'appartement est inondé ?
- Inondé ? - Je sais pas nager.
Alors, je construirai un bateau.
Comme l'Arche de Noé ?
Pas si grand.
Et on n'aura pas de place pour des animaux.
Mais tous ceux qui veulent y entrer pourront le faire.
Mais où trouver du bois ?
Pour le faire ?
Bonne question.
Il y a pas assez d'arbres à Cabrini-Green.
Tu restes là, ce soir. Point final.
Et eux ?
Je sens quand un endroit n'est plus vivable, Dolores.
On peut aller vivre ailleurs.
Ce n'est pas si simple. Tu le sais.
Levez-vous pour le Serment d'allégeance.
Je jure allégeance au drapeau des États-Unis d'Amérique.
Et à la république qu'il représente,
une nation unie sous la protection de Dieu,
indivisible, avec la liberté et la justice pour tous.
Merci d'observer une minute de silence
pour Dantrell Davis.
Dantrell Davis avait sept ans.
Il vivait au 500, West Oak.
Devant l'école, sa mère et lui ont entendu
un coup de feu.
Dantrell a été touché à la tête.
Ils l'ont amené à l'hôpital.
Il est mort sur le trajet.
Merci.
Selon des scientifiques, les séquoias
sont nés à l'ère du jurassique, il y a 160 millions d'années.
Certains vestiges ont montré
que ces forêts d'arbres géants
étaient très répandues dans l'hémisphère nord.
Les forêts actuelles,
comme celles du Parc national de Redwood,
sont un lien précieux entre le passé et le présent.
Ces arbres élancés se font continuellement concurrence,
étirant vers le soleil
toutes les cellules de leurs immenses corps.
Se disputant l'énergie du soleil,
ils deviennent de plus en plus grands.
Ils peuvent mesurer...
Quoi ?
Je peux aller aux toilettes ?
Oui.
... sept cent tonnes.
Les branches forment une couronne
qui crée de l'ombre,
et parmi les troncs géants...
Qu'est-il arrivé à Slug ?
Mme Willis a dit qu'il pouvait le garder.
On fait quoi ?
Viens !
On a réussi !
- Regarde ça. - C'est cool.
- Elle te plaît ? - Non.
Sinon, tu devrais lui dire.
Tu parles trop fort.
C'est plus que ça. Je suis amoureux d'elle.
- Alors, dis-lui. - Elle est trop riche pour moi.
- Je la regarde, c'est tout. - Tant mieux.
Papa dit que c'est un bonus, une nana qui peut payer la note.
Non, elle est pas pour moi.
T'as pas peur de te fracasser la tête,
mais t'as peur d'une jolie femme ?
- T'as raison. J'y vais. - Super.
Pardon, madame.
Je voulais vous dire que je vous aime.
Je crois que jamais je n'aimerai
une autre femme autant que vous.
Petit, pourquoi tu n'es pas à l'école ?
C'est le Jour de Martin Luther King. Lâchez-nous.
Merde !
Ils sont où ?
TRAIN VERS LE NORD
Ils sont dans une gare.
Pourquoi ce gars porte leurs bagages ?
Ils pourraient le faire eux-mêmes.
Il est payé pour ça.
Et alors ? Ils ont deux bras, non ?
Ils vont à Chicago, mais ils viennent d'où ?
Mississippi. Comme ma mamie.
Je viens peut-être aussi de là.
- T'es pas sûr ? - Non.
On est tous comme des pissenlits.
Ils volent d'un endroit à l'autre
et ils restent là où ils atterrissent.
Comme les arbres de Californie.
Les séquoias ?
Ils sont là depuis des millions d'années.
En voiture !
Pourquoi les riches s'énervent ? Regarde-les se battre.
"Vous savez qui je suis ?
"Je vis à Lake Shore Drive !"
"Il faudrait une tonne de maquillage
"pour cacher votre laideur."
- "Laissez-moi tranquille !" - "À plus."
Il y a vraiment des fous, dans ce monde.
Je sais.
David, désolé,
je ne peux pas venir au bureau.
Je n'ai pas retrouvé mon fils.
Je ne sais pas.
Je dois raccrocher, au cas
- où on m'appellerait. - Qu'est-ce qu'il y a ?
Il est là.
Merci, mon Dieu. Mon chéri.
- Tout va bien ? - Oui.
Personne ne t'a fait du mal ?
- Non. - D'accord.
- Tu étais où ? - À l'Art Institute.
- Quoi ? - L'Art Institute.
Que faisais-tu là-bas ?
Il y avait un documentaire ennuyeux à l'école.
On devait partir de là.
À qui tu parlais ?
Ton copain Eric va être puni.
Il ne viendra plus te voir avant longtemps.
Mais c'était mon idée.
J'en suis sûre, Malik.
J'en suis sûre. J'étais là à me ronger les sangs !
Je devrais te filer une raclée.
Tout va bien...
Quelque chose aurait pu arriver.
Tu ne comprends donc pas ?
Bon sang. Dantrell s'est fait tuer.
Malik, tu ne réalises pas ?
Je ne mourrai pas comme lui.
Tu n'en sais rien !
Il n'y a rien de pire au monde
que ce qui lui est arrivé.
Ça aurait pu être toi.
Comment veux-tu que je veille sur toi
si je ne sais pas où tu es ni ce que tu fais ?
Tu veux mourir dans la rue ?
Non.
Je ne peux pas te protéger.
Et ça m'angoisse.
Mais tu t'en fiches.
Tu te fiches de ce que les autres ressentent.
Va finir tes devoirs.
Et pas de télé pendant un mois.
Moi, je peux regarder ?
Peu importe qui regarde.
Tu ne sortiras plus d'ici
sans me dire avec qui tu es et où tu vas.
Je sais, tu n'es pas sa mère.
Mais tu es censée surveiller ton frère.
Content ?
Tu vas pas le voir ?
- Pourquoi ? - J'ai pas envie.
Toute la communauté ici présente
est venue rendre hommage à Dantrell Davis,
un fils bien-aimé.
Vous êtes nombreux à vous débattre dans l'obscurité
qui semble nous éclipser.
En pensant au destin du jeune Dantrell,
un jeune garçon aimé de la communauté et de Dieu,
cela me rappelle l'histoire d'un autre enfant,
un enfant né à Bethléem,
qui a grandi dans le quartier Est de Nazareth,
qui a été élevé par une mère aimante,
une mère qui a dû vivre en sachant
qu'elle ne pourrait pas sauver son fils
du destin exceptionnel qui l'attendait.
Vous voyez, les voies de Dieu
nous mènent vers la crucifixion, la souffrance,
la persécution des âmes justes et des innocents.
La Nouvelle Jérusalem nous fait passer par un chemin
sur lequel notre Sauveur a traîné sa croix de bois.
Elle nous mène sur une colline appelée le Calvaire.
Ce qui s'y est passé n'était pas la fin de l'histoire,
ce n'était que le début.
Amen.
Tu l'as pas regardé ?
Je veux pas voir un corps mort.
Plein de gens l'ont vu.
Il est dans un monde meilleur.
J'en sais rien. Je crois qu'il est juste parti.
Sans devenir un esprit.
Tu ne crois pas à l'au-delà ?
- Personne n'en sait rien. - Et Jésus ?
Il a existé,
mais je sais pas s'il est ressuscité.
Comment le savoir ?
S'il n'y a rien après, à quoi ça sert, tout ça ?
Quelle importance ? Ici, il y a souvent des morts.
Oui, mais il était petit.
Où va aller Dantrell ?
Et si...
il n'allait nulle part ?
S'il était juste mort ?
Cette mort est devenue le symbole de cette escalade
de violence devenue incontrôlable.
Richard Daley, maire de Chicago.
Nous subissons malheureusement la violence
de gangs et de dealers méprisant la vie humaine.
C'est la guerre, nous les pourchasserons
comme ils le font avec des gens innocents.
Daley et le chef du CHA, Vince Lane,
s'engagent à débarrasser Cabrini-Green
des tueurs, des snipers et des gangs.
Malik ! Lève-toi, chéri. Allez, debout.
On ouvre dans 30 secondes.
- Qui est là ? J'arrive. - Ouvrez. C'est la police.
Que se passe-t-il ?
Le CHA nous a autorisés à fouiller votre logement.
D'accord. Mais pourquoi ?
- Attention. - Poussez-vous.
- Poussez-vous. - D'accord.
- Que se passe-t-il ? - Oui.
Vous avez un mandat ?
On cherche de la drogue.
Mais on n'a pas de... Il n'y a pas de drogue, ici.
Je vis avec ma mère et mes deux enfants.
Qu'est-ce qu'ils font ?
Très bien. Vous n'avez rien à cacher.
Dolores ?
On n'a pas de drogue.
Vous effrayez mes enfants.
Mon Dieu. Ils cassent tout. Dolores.
Il est 2 h. Vous effrayez les enfants.
Calmez-vous. On fouille partout.
Non, je vous en prie.
Pourquoi ils font ça ?
Ce sont ses affaires.
Elle ne va pas cacher de la drogue ici.
Vous ne trouverez rien.
Inutile d'entrer là.
Maman, ça va aller.
Vous vous trompez de logement.
Vous ne trouverez rien. C'est vraiment nécessaire ?
- Ne touchez pas à ça. - OK.
C'est une erreur. Vous...
Pas chez ma... Ma petite fille.
Vous allez nous foutre la paix ?
Maman.
Venez, les enfants.
Pourquoi ils font ça ?
Les perles de Diana. Pourquoi ils...
Eric. Tu es là ?
Ils ont jeté mon matelas.
Ça craint. Le nôtre aussi.
Tu vas faire quoi ?
Les niquer.
Tu parles.
Allez, mec. Hé !
J'existe !
- On existe ! - On existe !
On existe !
Vous pouvez venir.
David a parlé d'une place de responsable vacante,
et j'aimerais postuler pour ce poste.
J'ai travaillé...
plus d'heures que n'importe qui d'autre.
Vous savez combien je suis motivée.
Je veux juste une chance d'avancer.
Et c'est parfaitement légitime, Dolores.
- Vraiment ? - Absolument.
J'ai juste une question à vous poser.
Vous venez travailler en bus, n'est-ce pas ?
Oui.
Avez-vous une voiture ?
Non. Pourquoi ?
Pour ce poste, vous devrez travailler
dans nos bureaux, à Chicago. À Peoria.
Je vois.
Désolée. Il n'avait pas mentionné ça.
Je vous fais perdre votre temps.
Vous devriez y réfléchir.
Vous êtes compétente,
et le salaire est bien plus élevé.
C'est à trois heures d'ici.
Ça fait du changement.
Effectivement.
Vous n'avez pas à répondre maintenant.
Parlez-en en famille.
Je devrai répondre quand ?
La semaine prochaine.
- Si vite ? - Je sais.
J'espère que ça marchera.
Tenez-moi au courant.
Merci.
C'est une blague ?
Je ne sais pas quoi te dire.
On devrait déménager, tu sais.
Et acheter une voiture.
On en achètera une.
Alors, les enfants vont devoir changer de vie.
Une nouvelle école. De nouveaux amis.
Tu es plus forte que ce que tu crois.
Tu t'es adaptée quand ton père et moi
avons quitté Tupelo.
Mais leurs racines sont ici.
Si je les transplante ailleurs,
ils ne seront pas forcément mieux.
Le problème, ce n'est pas les enfants.
C'est toi, chérie.
Ce sont tes peurs.
C'est ce que tu as économisé.
Oui.
Pour ce moment.
Écoute-moi, chérie.
Si tu n'avances pas,
tes enfants n'avanceront pas.
C'est le moment.
Je te cherchais.
Je suis toujours là.
Tu le vois, là ?
Non.
Parfois, ça ne marche pas.
J'ai l'impression d'être endormi ou de rêver.
Tu fais des rêves ?
Parfois.
T'as déjà fait un rêve si réel
que tu te croyais éveillé ?
Et toi ?
Oui. Une fois,
j'ai rêvé que mon père faisait cuire une dinde.
Elle était farcie, avec de la sauce, et tout.
Amber et moi, on décorait la maison.
On a sonné à la porte. J'y suis allé.
Quand j'ai ouvert...
c'était ma mère.
Tu as vu ta mère ?
Je savais que c'était elle.
Là, j'ai su que je rêvais.
Elle te regarde de là-haut.
- Je la plains. - Pourquoi ?
Y a rien à voir.
Tu as déjà pensé à ce que serait la vie hors d'ici ?
Pourquoi ? C'est ici qu'on vit.
On y est nés. On y vit et on y mourra.
Mais t'es jamais sorti d'ici.
On peut rêver, avoir envie d'aller ailleurs.
D'accord, à quoi tu rêves ?
Où tu voudrais aller ?
Je rêve d'une maison.
Avec un étage.
En bas, il y a un grand salon
avec des canapés et une télé.
Une cuisine moderne.
Chacun a sa chambre,
Dee et moi, on dort plus ensemble.
Maman a un jardin et fait pousser des tomates.
La maison est si grande qu'on s'y perd.
D'accord.
Tu veux un étage ?
On en a seize, ici.
Et des tomates ?
Tu cuisines même pas.
C'est juste un rêve, Eric. C'est pas vrai.
Je te comprends pas.
Où tu vas ?
Je dois rentrer.
- Coucou. - Coucou.
Pourquoi tu es venue ici ?
Tu aurais pu t'installer ailleurs.
Tu sais, ton papi Gordon,
il adorait le soleil.
Il adorait le Sud.
Tupelo.
Il avait un magasin de chaussures.
Quand il a brûlé, on a su qu'on devait partir.
C'était le moment.
On a pris le train
et on est venus à Chicago.
Quand on est arrivés,
les familles se retrouvaient ici avec leurs enfants,
c'était comme un porche géant.
Tous les gens se connaissaient par leurs noms.
C'était une grande famille.
On a toujours voulu
le meilleur pour ta mère.
Voilà pourquoi on est venus là.
Pourquoi on vit là.
C'est comme si on cherchait toujours à fuir quelque chose.
En voiture !
En voiture !
Quatre.
Que fais-tu ?
J'ai fait tomber un papier.
Que fait-il sur le bureau d'Eric ?
Je sais pas.
Levez-vous, tous les deux. Montrez-moi vos copies.
Je dois appeler ton père.
Tu peux retourner en classe.
Pourquoi me causer des ennuis ?
C'est important ?
Rien n'est important.
- Eric. - Malik Johnson.
Pourquoi ne pas admettre ta faute ?
Je ne le referai plus.
Ce n'est pas ce que je veux entendre.
Tant que tu ne l'auras pas dit, tu resteras là.
C'est un miracle que tu puisses retourner en cours.
Si tu triches pour avancer,
tu dois en payer le prix.
Il fait ce qu'il peut pour t'impressionner.
Il veut te rendre fier de lui.
Amber, laisse-moi gérer ça.
Yo. On a trouvé un matelas au cinquième. Tu viens aider ?
Mon père va bientôt rentrer.
C'est un A-plus. On peut pas rater ça.
Je vous l'ai dit.
Je peux pas.
Bon. À plus.
La moitié des élèves n'a pas le diplôme.
C'est fou, non ?
Tu seras la première de la famille
à être diplômée.
Et toi, le second.
Pas de pression.
Je sais que vous êtes tous occupés,
mais on devra aider Mme Johnson à déménager.
Ils déménagent ?
Mme Johnson s'en va ?
Quoi ?
Après tout ce qu'ils ont traversé,
ils s'en vont.
Malik ne t'a rien dit ?
Non.
Fiston.
Salut ? T'as faim ?
Non, je veux rien.
- OK. - Tu déménages ?
C'est ce mon père a dit, que tu partais.
Ma mère y réfléchit.
Mais tu en as rêvé avant que ça arrive.
Tu lui as dit que tu voulais partir.
- J'ai rien dit. - Tu veux partir ?
- Eric. - Fous-moi la paix.
Tu dors pas non plus ?
À cause du robinet.
Moi aussi.
Qu'est-ce que tu as ? Dis-moi.
Comment on dit adieu à quelqu'un ?
On ne le fait jamais vraiment.
En fait,
les gens sont dans notre cœur partout où on va.
Le monde est si grand.
J'aimerais faire tant de choses.
Je fais souvent un rêve.
Un train qui m'emmène loin d'ici.
- Ah bon ? - Oui.
Il t'emmène où ?
Au Mississippi, je crois.
Avec mes proches.
Nos proches ne sont plus là-bas.
Ah bon ?
On vient de Chicago. Cabrini-Green.
Même si on pourrait aller ailleurs en train.
Je veux juste une maison.
Avec un étage.
Avec un jardin.
Un grand jardin.
Où tu planterais des tomates.
Un jardin. Et des tomates.
Quoi d'autre ?
Une maison.
Une maison très grande,
je n'aurais plus à dormir avec Dee.
Oui.
Tu deviens trop grand pour ça.
Vous allez faire une rédaction sur vos origines.
Un paragraphe, cinq phrases. Ou plus, si vous voulez.
Il n'y a qu'un ordinateur.
Chacun devra attendre son tour, cette semaine.
Quand la neige tombe à Chicago, on dirait une couverture.
Toute la ville est endormie.
Tout est silencieux.
Personne ne fait de bruit.
J'ai attendu longtemps que la neige fonde.
J'ai grandi.
Le soleil est enfin apparu.
On dirait que le lac est en feu.
Eric et moi,
on fait tout ensemble depuis notre naissance.
C'est ce que je connais.
On l'a vu ensemble.
On l'a vécu.
On a grandi ensemble.
Nos origines, ce sont des gens.
C'est de là qu'on vient.
C'est de là qu'on vient.
C'est à moi.
- Tu fais quoi ? - "Quand il neige à Chicago,
"toute la ville est endormie."
Allez, c'est à moi.
"Le soleil est apparu, le lac est en feu."
Pourquoi tu es comme ça ?
- Arrête. - "Eric et moi..."
Pourquoi tu fais ça ? Donne.
Pourquoi t'as écrit ça ?
Parce que c'est vrai.
Efface-le.
Non. Pourquoi je ferais ça ?
Tu es en colère parce que je pars, et pas toi.
- Mon Dieu ! - Mon Dieu, Malik !
Ça va ?
Je peux le voir ?
Il se repose, pour l'instant. Reviens demain.
On peut prier ensemble ?
Viens.
Père céleste, veille sur nous, tes enfants.
Merci pour ce que tu fais
et continues de faire chaque jour.
Aide-nous à réparer tout ce qui a été brisé.
Aide-nous à réparer tout ce qui a été brisé.
Merci de continuer à marcher avec nous,
de toujours vivre dans nos cœurs.
Père céleste,
je prie pour que Malik ait sa maison.
Avec un étage.
Une maison si grande qu'on s'y perd à l'intérieur.
Dans un endroit loin d'ici.
Avec beaucoup d'arbres.
Où il pourra sauter.
Où il aura de nouveaux amis.
Où il pourra être heureux.
Nous te prions au nom de Jésus.
Nous te prions au nom de Jésus.
Amen.
Amen.
Oui, il reste du papier journal ?
On ne met pas ces albums photo
dans la boîte avec les autres ?
Tu écris les contenus ?
Il faut marquer le contenu de ces boîtes.
Tu as eu l'argent pour ton diplôme.
C'est différent. Ce n'est pas de l'argent de poche.
Tu me dois 20 dollars.
Tiens.
Un petit prix pour venir à ma remise de diplôme, cet été.
Je file.
Je suis fier de toi.
Dolores m'a appelé, ils partent jeudi.
Tu as parlé à Malik ?
Je crois qu'il ne veut plus me voir.
Qu'est-ce que tu dis ? C'est ton ami.
Tu ne lui parleras pas avant son départ ?
Peu importe qui a commencé,
qui a raison ou tort.
Mais il m'en veut.
Peut-être qu'il t'en veut.
Ou peut-être qu'il attend des excuses.
Mais j'ai peur de lui parler.
Écoute, fiston.
On a peu de temps, ici-bas.
On ne sait pas ce que demain nous réserve.
Jamais je n'aurais pensé
que ta mère nous quitterait.
Ou que je ne pourrais plus lui parler, l'embrasser.
Je tenais ça pour acquis, mais c'est fini.
Et quand c'est fini,
c'est trop tard.
Tu comprends ce que je dis ?
Écoute.
Tu prendras la bonne décision.
Tu n'es plus un bébé. T'es un grand garçon.
Tu sais ce qui est bien ou mal.
Tu as compris ?
On les prend avec nous ?
Non, laisse-les.
Bonne idée.
Bonjour, chéri. J'ai fait du steak Salisbury.
Tiens, papa.
Salut.
Tu t'en vas ?
Oui.
Tu vas me manquer.
Toi aussi.
Je voulais te donner un truc avant de partir.
C'est quoi ?
Le secret pour bien sauter.
Vas-y, dis.
N'aie pas peur de voler.
En 1999, suite au plan de réhabilitation
du complexe piloté par le maire de Chicago,
17 000 logements ont disparu.
Les dernières tours de Cabrini-Green
furent démolies en 2011.
Nos origines, ce sont des gens.
Sous-titres traduits par : Pascale Bolazzi
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