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VUE PANORAMIQUE : 1,20 DOLLARS
PRIX SACRIFIÉS !
6 douzaines et deux pierres ponces.
Suivez cette voiture !
- Pourquoi étiez-vous si pressée ? - Pardon ?
À la caisse, vous avez disparu.
Je n’étais pas sûre que… Il fallait parler.
J’ai crié "Hé !" mais vous vous étiez envolée.
Non, je voulais dire dans la boutique.
- Pourquoi ces pierres ponces ? - Pour enlever l’encre de mes mains.
Et vous aviez besoin d’élastiques ?
Oui, pour mon travail. Vous me surveilliez de près.
- Et des lames de rasoir… - Je me rase.
Vous, vous n’avez rien acheté.
J’avais envie d’un rouge à lèvres ravissant
mais il coûtait 1,50 dollars et j’y ai renoncé.
- Il était superbe, il s’appelait… - "Rose pastel". Un nom bien banal.
- Pour moi ? - J’en mets rarement.
Comme vous êtes gentil !
- Vous aussi, vous me surveillez. - Oui, depuis un bon moment.
Il fallait me sourire devant la bijouterie.
Ce n’est pas mon genre.
Vous auriez pu sourire, à la caisse, au lieu de vous renfrogner.
- Je voulais prendre l’air provocant. - Vous m’avez doublé aux ascenseurs.
En entrant dans l’ascenseur, je vous croyais derrière moi.
N’est-ce pas que c’est merveilleux ?
On ne voit pas grand-chose aujourd’hui.
On voit Welfare lsland.
- Vous rêvez ? On ne voit rien. - Moi, je vois !
- Même pas le Chrysler building. - Moi, je le vois !
- Vous êtes folle ! - Mon imagination les voit.
En bas, on annonçait : mauvaise visibilité. Il n’y a pas un chat.
Ça m’est égal. Je suis contente d’être là.
Nous sommes à plus de 300 mètres de haut.
Le plus haut monument du monde. C’est merveilleux !
Bien sûr c’était une folie. Mais ça en valait la peine.
À propos… Voila vos 1,20 dollars.
Comment ça ?
Malgré votre air provocant renfrogné, j’ai payé deux entrées.
J’ai expliqué à la caissière
que nous nous étions chamaillés et elle m’a rendu votre argent.
Alors c’est vous qui m’invitez ?
Comme c’est gentil ! Merci beaucoup.
Je vais en profiter encore plus.
Et vous ne connaissez pas mon nom.
Quel est votre nom ? Je m’appelle Patty O’Neill.
Don Gresham.
Don ?
Ce nom-là vous va très bien.
Patty, il m’arrive rarement de suivre une femme.
Je me demande comment ça marche.
- Pour 10 cents, vous le saurez. - Merci, vous êtes gentil.
Quand vous êtes arrivé, je faisais semblant.
Je m’en suis rendu compte.
C’est formidable ! On voit à des kilomètres.
Voulez-vous regarder ?
Je suis déjà venu. Mon bureau est dans l’immeuble.
Vous paraissez vous impatienter.
Voulez-vous me tenir la main ?
Vous êtes un peu folle mais votre main est douce.
À quoi pensez-vous ?
- J’ai envie de pleurer. - Pourquoi ?
- Tous ces gens… - Quels gens ?
Dans Brooklyn…
- Brooklyn est par-là. - Et alors, j’ai envie de pleurer.
- Pourquoi ? - C’est si triste.
De vivre à Brooklyn ?
Ne plaisantez pas. J’y suis née.
Je ne comprends pas ce que vous voulez dire.
Ces pauvres gens travaillant à la sueur de…
- On ne sue pas par un temps pareil. - Ne soyez pas si terre-à-terre.
Il y a tant de brouillard, descendons.
Je me plais ici.
Vous n’avez pas froid ?
J’ai toujours froid aux mains quand je suis émue.
Et vous êtes émue ?
- Je rêvais de monter ici. - Vous ne pouviez pas ?
C’était trop cher pour moi. Le prix d’une paire de bas !
- Je ne sais ce qui m’a décidée ! - Ce que vous êtes mignonne.
- Il ne tiendra pas. - Mais si, ça va tenir.
Bon, mettons que ça ne tient pas.
- Descendons et allons dîner. - Non.
- Pourquoi ? - Je vous ai déjà coûté assez cher.
- Ne dites pas ça. - Une entrée et un rouge à lèvres !
- Et les 10 cents de longue-vue ! - C’est vrai.
Le voilà !
Vous n’auriez pas du fil et une aiguille ?
Si, justement, j’en ai.
Je vais vous le recoudre tout de suite.
Tenez l’aiguille une seconde.
Pas de ciseaux ?
Donnez-moi le bouton.
Vous avez laissé tomber l’aiguille !
Tant pis ! Ici c’est plus grand qu’une botte de foin.
Allons à mon bureau. Vous recoudrez le bouton.
Vous avez une aiguille ?
Ma secrétaire a beaucoup d’aiguilles.
Bon, essayons.
- Quel est votre métier ? - Architecte.
Ça explique la pierre ponce. Dessinateur ?
Non, un vrai architecte.
Je peux construire une cathédrale ou un abri.
Combien coûte une cathédrale, une petite ?
Votre nom sur la porte ! Vous êtes connu ?
Je ne suis qu’un bon architecte moyen.
Votre secrétaire n’est pas là ?
Elle part à 17 heures. Mais elle doit avoir une aiguille.
Alors cherchons-la.
Ne me demandez pas pourquoi il se mord la jambe.
Il y a sûrement une aiguille.
Qu’avons-nous ici ?
Des timbres, des trombones… Nous brûlons : des épingles !
L’avez-vous déjà vue coudre ? Je crains que…
Quand vous la connaîtrez,
vous saurez qu’elle a sûrement du fil et une aiguille.
Allons voir dans mon bureau.
C’est drôle ! On dirait un porte-parapluies !
Je comprends à quoi servent les élastiques. Je peux regarder ?
Je vous en prie.
Centre civique. Vous avez construit ça ?
On le construit. Cherchez votre aiguille.
Aiguille ? Je vais chercher dans le classeur à la lettre "A".
Ça fait drôle de regarder un immeuble en pensant qu’on l’a créé, non ?
Je vais vous dire un secret.
Ma première construction était un affreux hangar en briques.
J’allais, la nuit, l’admirer pendant des heures.
Tout seul ?
Les hangars n’intéressent pas grand monde.
Ç’aurait été plus amusant de l’admirer avec quelqu’un.
Qui est-ce ?
Elle s’appelle Cynthia.
Elle est mignonne.
Très mignonne.
Elle n’est pas sur le bureau ? Elle y était.
Êtes-vous amoureux d’elle ?
Je ne sais pas. Je l’étais.
Je ne le suis plus.
- Vous aime-t-elle ? - Comment le saurais-je ?
Vous étiez fiancés ?
Nous l’étions plus ou moins… C’est fini.
Il n’y a manifestement pas d’aiguille.
- Où voulez-vous dîner ? - Nulle part.
Nous dînons ensemble. Inutile de discuter.
- On peut aller au Stork Club ? - Bien sûr.
C’est trop cher pour les garçons que je fréquente.
En général, on va manger des spaghettis.
J’aime mieux un bon bifteck.
Vous aimez le Stork Club ?
J’y vais rarement. Mais les gens adorent le spectacle.
Je suis actrice.
Connue ou débutante ? Plutôt débutante.
Êtes-vous de ces mordues qui ont le théâtre dans le sang ?
Non, je crois que j’aimerais autant me marier.
Bien sûr, j’aimerais mieux me marier.
Mais le genre d’homme que je cherche ne se trouve pas facilement.
Se trouve-t-il sur l’Empire State Building ?
- Vous n’êtes pas mon genre d’homme. - Ah non ?
Vous aviez l’air si maladroit en arrangeant votre bouton.
Et vous êtes bien trop jeune. Avez-vous déjà été marié ?
Je veux épouser un homme d’âge mûr, très riche.
Je préférerais qu’il ait été marié. Tant pis s’il a 5 gosses.
Ce n’est pas très romantique.
L’amour, c’est bon pour les gamines.
J’aime mieux être appréciée que choyée.
Vous croyez que ce serait mon genre ?
Oui, vous devez être très démonstratif.
J’aime bien ça. Je suis très affectueuse.
Montrez-moi ça.
Cynthia était-elle affectueuse ?
Vous posez trop de questions. Venez.
Pourquoi va-t-on dans la 79e rue ? Le Stork Club n’y est pas.
Je sais. Mais c’est mon adresse.
Puis-je aller au Stork Club sans bouton ?
Mais je…
Nous prendrons un verre, puis vous recoudrez mon bouton.
Les célibataires n’ont pas d’aiguilles.
Je suis différent. Ça ne vous ennuie pas de monter ?
Je ne sais pas.
Essaierez-vous de me séduire ?
Je ne sais pas.
Probablement. Pourquoi ?
J’ai besoin de le savoir.
On doit sentir ce genre de choses.
On ne pose pas de pareilles questions.
Moi, si. Toujours.
Et si l’on répond qu’on tentera de vous séduire ?
Je le crois et je perds un dîner.
Si l’on dit qu’on a des intentions pures ?
En général, je le crois…
Mais parfois on se trompe. Je déteste ces hommes-là.
Tant de filles acceptent d’être séduites,
pourquoi choisir celles qui ne le veulent pas ?
Bon. Je ne vous ferai pas la cour. Est-ce que vous me croyez ?
Oui. Vous êtes gentil. Vous me plaisez.
Je mens peut-être. C’est vrai. Mentez-vous ?
Je ne sais pas. Je n’ai jamais rencontré de fille comme vous.
C’est gentil ! Je vous embrasserai peut-être.
Ça, je n’y vois pas d’inconvénient.
Je me demande si vous êtes naïve ou si vous me faites marcher.
C’est bien simple, écoutez-moi.
Chez un homme, deux choses peuvent arriver à une jeune fille :
perdre sa vertu ou se battre pour la garder.
Je ne veux ni la perdre, ni me battre.
Aussi je joue cartes sur table. N’est-ce pas mieux ?
D’accord. Adjugé. Affection sans passion.
Parole d’honneur !
Affection sans passion.
On dirait un slogan pour des élections.
Vous êtes exquise bien qu’un peu folle.
Patty O’Neill. Vous êtes très irlandaise.
Papa est né à Brooklyn, mais de parents irlandais.
Il a de vraies colères d’Irlandais.
- Que fait-il ? - Il est flic.
De la monnaie sur 10 dollars ?
Ça ne vous ennuie pas de monter ?
Du tout. Sans crainte ?
Sans aucune crainte !
Ce n’est pas que je doute de votre virilité.
- Laissons ça de côté… - Les hommes sont bizarres.
Ils sont vexés qu’on leur fasse confiance.
Mais pourquoi lui faites-vous confiance ?
Je le crois honnête homme. Les femmes sentent ces choses-la.
J’aimerais que mes trois filles le sentent aussi !
Merci. Pour ce que je viens d’apprendre,
un psychologue me ferait payer 25 dollars.
- Tant mieux que ça ne vous gêne pas. - Que quoi me gêne ?
En général, les hommes détestent les vierges. Pas vous.
Beaucoup de femmes sont allées chez vous ?
Je ne m’en souviens pas.
Le garçon d’ascenseur fronce-t-il les sourcils ?
Le garçon d’ascenseur est un bouton électrique.
- C’était Cynthia. - Vous disiez que c’était fini.
- Pour moi, c’est fini. - Elle avait un air décidé.
Par ici.
Excusez-moi.
Salut, Mike.
Pas ce soir. Je sors.
En fin de semaine ? D’accord.
À plus tard.
- Qui est Mike ? - Un ami à moi.
- Êtes-vous fâchés ? - Non. Pourquoi ?
Vous avez raccroché si vite.
Je n’avais rien à lui dire. Je ne pouvais pas dîner avec lui.
Vous auriez pu bavarder. Je bavarde toujours avec mes amies.
Je n’en doute pas.
Où allez-vous mettre sa photo ?
Avec mes chaussettes d’hiver.
Qui a écrit ça ?
SALAUD !
Sans doute la femme de ménage.
Pourquoi vous traiterait-elle de salaud ?
Je ne lui donne pas de pourboires.
Des aiguilles.
Vous prendrez quoi ? Martini ?
- Je ne veux qu’un peu de citronnade. - Je regrette, je n’ai pas de citron.
Tant pis, je me contenterai d’une olive.
Une olive.
Donnez-moi votre veston. Où est le bouton ?
Veston…
Bouton.
Une litho de Picasso. Vous l’aimez ?
Non, je la trouve affreuse.
Si votre appartement était à moi, je m’en débarrasserais.
Moi, je l’aime. Mettez-la dans la chambre ?
Elle est bien là et elle y restera.
Quel amour de cuisine ! Si vous voyiez notre four !
Vicki soutient qu’il date du déluge.
C’est ma camarade de chambre.
Et un broyeur à ordures !
Vicki épouserait n’importe qui pour une cuisine avec broyeur.
Le martini, vous n’aimez pas ?
J’aimais ça mais je ne bois plus.
Pourquoi ?
C’est snob de boire quand on n’en a pas très envie.
- Je peux ôter mes souliers ? - Ôtez ce que vous voudrez.
- Vous avez de jolis pieds. - Merci.
Avez-vous une maîtresse ?
Une maîtresse ? N’est-ce pas une expression un peu démodée ?
C’est démodé mais explicite. En avez-vous une ?
Vous posez de ces questions !
Vous êtes célibataire et vous paraissez à l’aise.
La plupart des célibataires en ont une.
On ne demande pas aux gens brusquement s’ils ont une maîtresse.
Moi, si. Ça gagne du temps. On le sait toujours tôt ou tard.
En avez-vous une ?
- À vrai dire, non. - Tant mieux. J’en suis contente.
Pourquoi n’en avez-vous pas ? Vous n’êtes pas obligé de répondre.
Je trouve peut-être que c’est snob d’avoir une maîtresse
quand on n’en a pas très envie.
C’est très juste.
- Et Cynthia… ? - Elle n’était pas ma maîtresse.
- Je n’ai pas dit ça. - Vous alliez le dire.
Vous n’êtes vraiment plus du tout fiancés ?
Plus du tout.
Elle est très mignonne. Elle a un joli menton.
- Chez elle, tout est joli. - Donc elle était bien votre maîtresse !
Non, rien de la sorte !
Si vous dites que chez elle tout est joli, c’est…
Le sexe vous préoccupe beaucoup.
- Moi ? - Oui, vous.
Vous le croyez vraiment ?
Vous demandez si on veut vous séduire,
si on aime les vierges, si on a une maîtresse.
Si le sexe ne vous préoccupe pas…
C’est peut-être vrai.
Mais il vaut mieux que je sois préoccupée qu’occupée par le sexe.
Maintenant ça vous en fait deux.
Il commence à pleuvoir.
Quand avez-vous rompu avec Cynthia ?
C’est arrivé hier soir, ou ce matin. Entre les deux.
C’est pour ça qu’elle a écrit "salaud" ?
Vous n’avez pas cru à la bonne ? Pas une seconde.
- Ça vous fait beaucoup de peine ? - Vous le croyez ?
Je vous ai demandé si vous l’aimiez encore et vous avez hésité.
- Elle a laissé un vide dans mon cœur. - Pourquoi avoir rompu ?
Vous posez trop de questions.
Je suis désolée.
Ce n’est pas par indiscrétion. Je m’intéresse aux gens.
Mon Dieu ! Quelle heure est-il ?
- 20h35. Pourquoi ? - Mon sketch passait à 20h.
- À la télévision ? - Je l’ai tourné voilà des semaines.
- Quel dommage ! - Tant pis. Il repasse à minuit.
- Nous le regarderons. - Non. Je serai dans mon lit.
Mais regardez-le. Minuit, la 4e chaîne.
- Maintenant, allons dîner. - D’accord. Allons-y.
Vous serez trempée sans imperméable.
Ne sortons pas. Dînons ici. Je suis excellente cuisinière.
Mais je n’ai pas d’excellente nourriture !
Vous avez bien quelque chose.
Ne serait-ce que des restes ? J’accommode très bien les restes.
- Vous aimez le poisson mariné ? - Pardon ?
Comme des filets de harengs.
- En avez-vous ? - Je m’en voudrais d’en avoir.
Il ne faut pas dire ça. C’est délicieux.
La seule chose de vaguement mangeable ici,
c’est ce fromage qu’on m’a envoyé à Noël.
C’est du bleu ! Il vire au bleu.
Vous ne mangez jamais ici ?
Pas étonnant que vous soyez malheureux !
Je ne suis pas du tout malheureux.
Quelle tristesse ! Cet amour de cuisine inutilisée,
et cette belle glacière et ce four.
Et ce broyeur que personne n’emploie.
C’est à pleurer.
Vous êtes la plus étrange fille que je connaisse.
Vous me connaissez à peine. Ça ne veut rien dire…
Je crois que nous ferions bien de ne pas l’oublier tous les deux.
Pourquoi ?
Parce que, il ne faut pas. Voilà tout.
Pourquoi ?
Au cas ou on aurait le béguin l’un pour l’autre.
Ce serait ennuyeux ?
Oui, m’ayant accostée, vous vous poseriez toujours des questions.
À quel propos ?
À propos de ceux qui auraient pu m’accoster avant vous.
Je me le suis déjà demandé. Ça vous arrive souvent ?
Une seule fois et le doute s’immisce. Mes doutes se sont dissipés.
Les doutes peuvent se dissiper mais ils reviennent.
Vous l’avez construite ?
Non. Je veux la construire un jour. Ce n’est qu’un projet.
Charmant. Mais vous ne trouverez jamais des arbres pareils.
Ils existent. J’ai le terrain. Un jour je construirai la cabane.
La chambre ?
Trois fenêtres. Une grande cheminée où on peut faire rôtir un bœuf.
Dans une chambre, ce serait drôle.
La branche de ce chêne sera à 60 cm du balcon.
Si j’avais un arbre pareil, je vivrais dedans.
Quand j’étais gosse… Aimez-vous les enfants ?
Je ne peux pas les voir.
Vous trouvez le monde trop pourri pour y faire naître des enfants ?
Les enfants qui ne naissent pas rendent-ils le monde meilleur ?
Je n’y avais pas pensé.
Voilà de quoi penser.
Et ce dîner ? Vous voulez le préparer ici ?
Que faire avec un bout de fromage ?
J’ai un imperméable, je peux aller à l’épicerie.
Ce serait parfait !
J’adore cuisiner mais c’est rarement pour un homme.
- J’habite avec une fille. - Vous me soulagez.
- Qui est préoccupé par le sexe déjà ? - D’accord…
- Que faut-il acheter ? - Je vais vous faire une liste.
Laissez-moi. Je ne veux rien oublier.
J’ai tout mis sauf les produits de base.
Tenez.
Eh bien, qu’attendez-vous ?
Je ne veux pas me présenter aux élections avec votre slogan.
"Affection sans passion". Pour qui me…
Vous n’êtes pas passionné mais affamé. Allez chez l’épicier.
Je serai plus rapide que l’éclair.
Mettez des bottes. Il pleut des cordes.
Je ne porte jamais de ces…
- Mettez-les ! - Ne me commandez pas !
C’est mon instinct maternel qui parle.
Quel âge avez-vous ? 30 ans, pourquoi ?
30 ans ! Voyons un peu. La moitié, ça fait 15. Plus 7.
22 ! C’est formidable ! Ça tombe juste !
Quoi donc ?
On dit que la femme doit avoir la moitié de l’âge de l’homme plus 7.
- Quelle femme… Quel homme ? - Rien… Allez-y.
Je rapporterai ce qu’il faut pour le petit déjeuner.
Ne t'inquiète pas, Vicki. Il est architecte.
Il a un bel appartement, dans la 79e rue.
Il s’appelle Don Gresham et a de beaux yeux de cocker.
Attends une seconde, on sonne.
Vous êtes Cynthia, n’est-ce pas ?
J’ai tant entendu parler de vous. Quel adorable petit chien !
Don est allé acheter des biftecks. Je vais préparer notre dîner.
Pourquoi avez-vous écrit "Salaud"?
Que s’est-il passé ?
Voulez-vous l’attendre ?
Il ne ferait pas de mal à une mouche.
Il adore les gosses et a un chêne magnifique.
Un chêne, c’est ça.
Ça ne fait rien, je t’expliquerai.
On sonne encore. Je te rappellerai plus tard.
Au revoir, ne t'inquiète pas.
Je veux bien être… Être quoi ?
Je ne pensais pas trouver une femme ici.
Pourquoi ? Ce n’est pas une heure indue.
Non, bien sûr. M. Gresham est-il là ?
Il est sorti, mais il va revenir. Voulez-vous entrer ?
Je ne pense pas que je… Je croyais que Don serait là.
- Voulez-vous un verre ? - Avec grand plaisir.
J’avais mal au crâne ce matin mais un verre…
Je sais. J’ai déjà soigné plus de cuites qu’il n’y a de curés.
Ils ne font pas bon ménage.
- Je suis David Slater. Et vous ? - Patty O’Neill.
Très joli nom. Vous connaissez Don depuis longtemps ?
Non, mais j’ai l’impression que ça fait un moment.
Il est chou. Je suis folle de lui.
Très intéressant… Est-il fou de vous ?
Nos sentiments sont platoniques. Bien sûr…
Mes pieds me font souffrir, alors j’ai ôté mes souliers.
- Il ne faut pas dire cela. - Pourquoi ? C’est vrai.
Dites plutôt : "J’ai mal au pied."
"Mes pieds me font mal" est une expression terre-à-terre.
Asseyez-vous donc. Ce fauteuil tourne.
Les fauteuils tournent souvent pour moi.
- Vous ne buvez pas ? - Je ne bois pas.
- Connaissez-vous Cynthia ? - Oui, bien sûr.
C’était la fiancée de Don… Enfin, plus ou moins.
Plus ou moins ?
Leurs fiançailles étaient assez vagues.
Vagues ? Il vous l’a dit ? Non. En tout cas, c’est fini.
Oui, je sais.
Don l’a rangée avec ses chaussettes.
Était-elle une plaie ?
- Difficile à dire. - Pourquoi ? Répondez oui ou non.
- Ce n’est pas si simple. - Pourquoi donc ?
Il se trouve que… Cynthia est ma fille.
Excusez-moi. Si j’avais su, je ne vous aurais pas demandé ça.
Je la connais bien. C’en est une.
En tout cas, elle est superbe.
Que disiez-vous à propos de chaussettes ?
Rien. N’y pensez plus.
Don est allé acheter des biftecks. Nous allons diner ici.
Je suis bonne cuisinière.
- Vous aimez le bifteck ? - J’adore.
- Si vous restiez diner avec nous ? - Non. Mais merci quand même.
Est-ce à cause de Cynthia ?
Ont-ils rompu à cause de vous ?
Non. J’étais à deux doigts de l’aimer comme un fils.
Je ne demandais qu’à leur donner ma bénédiction.
- Est-elle effondrée ? - Il lui en faut plus que ça !
Mais moi, je le suis. Je comptais sur lui.
Vous êtes désolé qu’ils aient rompu.
Je ne sais rien de ce qui s’est passé.
Vous semblez en vouloir a Don. A-t-il mal agi ?
C’est pour le savoir que je suis ici.
Il parait que je devrais cravacher M. Gresham.
Pourquoi ?
Cynthia me l’a dit ce matin, il me semble…
Vous ne savez plus ?
Je n’étais pas clair, et elle a beaucoup parlé.
De quoi ?
Il parait qu’il a "pris des libertés avec l’amour" de ma fille.
- On ne dirait pas Don. - Ce n’est pas de Don que je cite.
- Mme Slater ? - Je suis divorcé
Et ce n’est pas ma femme mais Cynthia qui me l’a dit.
Je ne sais pas élever ma fille.
- Elle a sans doute besoin d’une mère. - D’une mère ou d’une bonne fessée.
Donnez-lui l’une ou l’autre. Vous êtes jeune, remariez-vous.
Les femmes qui m’attirent n’auraient pas une bonne influence.
Alors donnez-lui une fessée.
L’idée me sourit assez. Vous savez…
Pensez-vous que c’est un homme qui a des principes ?
Certainement. Il est charmant.
On me dit aussi charmant, mais je n’ai pas de principes.
- Dites-moi. Est-ce un homme qui… - Où voulez-vous en venir ?
À ma place, vous comprendriez.
Cynthia vous inquiète ?
- Je comprends. Est-elle enceinte ? - Non, bien sûr !
Pourquoi demander ça ?
C’est ce qui inquiète les pères.
Tout à fait exact.
M. Slater, n’ayez aucune inquiétude.
Je ne… Je ne la connais pas, mais je connais Don.
Il ne ferait pas ça.
N’y pensez plus.
Vous allez rester dîner avec nous et tout ira mieux après.
Si nous demandions d’abord l’avis de Don ?
- Pourquoi ? - Il sera surement d’accord.
Si j’avais circonvenu une jolie fille pour qu’elle fasse mon dîner
et qu’on venait nous déranger, je serais fâché.
- Vous avez dit "circonvenu"? - Oui, mais…
Moi, je dis toujours "cerconvenu". On dit bien "circonvenu" ?
Il me semble.
Voyons, "cerconvenu" ou "circonvenu"…
Je ne sais plus. Quel mot idiot !
En tout cas, le fait est là.
Vous préféreriez être seuls tous les deux.
Pourquoi ?
Il a peut-être des projets pour plus tard.
Non. C’est bien convenu.
Il a juré de ne pas me faire la cour. Il tient parole.
Mais après le dîner, il sera peut-être plus affectueux.
J’espère bien qu’il m’embrassera.
Il ne m’a pas embrassée depuis l’Empire State Building.
Depuis sa construction ?
Non. C’est là que nous nous sommes rencontrés.
- Servez-vous un autre verre. - Je ne dis pas non.
Voulez-vous que je mette la télévision ?
En couleur ?
Vous rêvez ! Ça n’existe pas encore.
Alors, attendons.
Il tombe des cordes. Qu’avez-vous comme voiture ?
Une Lincoln. Pourquoi ?
Avec la nouvelle Cadillac et tous ses gadgets,
quand il pleut, on appuie sur un bouton
l’eau inonde le pare-brise et la vue reste nette.
- Dès qu’il pleuvra, j’y penserai. - Vous avez une Cadillac ?
Grand Dieu, non !
Le flirt de Vicki en a une et je peux l’utiliser.
- Pas la voiture, le gadget. - Qui est Vicki ?
Vicki est mon amie. Elle vous plairait.
Elle a mon âge, mais elle me couve comme une mère poule.
Elle est mannequin.
Vous en êtes un aussi ?
Quelquefois, mais je suis actrice.
Ou plutôt je voudrais l’être.
Mais c’est dur. Il y a tant de concurrence.
Pauvre Vicki ! Elle n’a pas de chance.
- En tant que mannequin ? - Je veux dire sentimentalement.
Le garçon à la Cadillac est amoureux d’elle et il est très riche.
Et elle n’a "pas de chance" ?
Il est marié et ne veut pas faire de peine à sa femme. Il a fait des études.
Moi aussi mais, dans mon école, faire de la peine à sa femme était de règle.
Cynthia fait-elle quelque chose ? Du théâtre ?
- Elle ne fait rien ? - Non.
Enfin rien qui me remplisse de fierté paternelle.
Peut-elle être fière de vous ?
- Qu’y a-t-il ? - Vous m’avez flanqué un coup bas.
C’est exprès.
Les parents qui se plaignent toujours m'exaspèrent.
C’est leur faute. Je le dis toujours.
Ne le dites plus.
- Pourquoi ? - C’est trop triste.
C’est commun, banal et affreusement vrai.
- On peut se corriger. - Je sens que vous dites toujours ça.
C’est vrai. Vous avez sans doute l’étoffe d’un très bon père.
J’aime la façon dont vos yeux brillent. Vous êtes très mignon.
- Pourquoi vous levez-vous ? - J’ai pensé qu’il fallait me lever.
Parce que j’ai eu le désir soudain et violent de vous embrasser
à vous en écraser les lèvres.
C’est vrai ? Je dois être dans un de mes bons jours.
Plutôt que de céder à…
Mais c’est merveilleux d’être désirée !
Expliquez-moi.
N’êtes-vous pas plus ou moins le flirt de Don ?
Nous nous sommes connus aujourd’hui
sur le toit de l’Empire State Building.
Me voici éclairé.
Ne vous méprenez pas. C’est en toute honnêteté.
C’est moi. Ouvrez vite !
J’arrive.
J’ai de quoi tenir un siège d’un mois.
- Je ferais peut-être mieux de partir. - Restez ici.
Don, venez voir.
- Que diable faites-vous là ? - J’ai invité M. Slater à dîner.
- Quoi ? - Mais enfin…
M. Slater est passé et je l’ai invité à dîner.
Alors, vous devriez savoir…
Je sais. C’est le père de Cynthia
mais il n’est pas fâché et il ne vous cravachera pas.
Il ne me quoi ?
Vous parlez trop.
Tu ne sais pas ce qu’est une cravache ?
- Dites-moi tout. - On a besoin de parler entre hommes.
Je vais préparer le dîner, parlez autant que vous voulez.
Changez de chaussettes. Vos pieds sont trempés.
Elle est vraiment charmante.
Oui. Je la connais depuis des années.
Famille charmante.
Des gens charmants fréquentent l’Empire State Building.
J’aurais du m’en douter. Quand êtes-vous arrivé ?
Il y a 10 minutes. Elle a beaucoup parlé.
Oui, je l’ai accostée. Mais elle est gentille.
Tout a fait d’accord. Absolument délicieuse.
Alors… C’est quoi, cette histoire de cravache ?
Ma fille est rentrée à 10h du matin.
- Exact. - Elle était avec vous !
- Elle a passé la nuit ici. - Elle prétend…
Elle ment. Je ne l’ai pas touchée. Et je doute qu’elle vous ai dit…
- Elle dit que… - Elle ment !
Cessez de vociférer : "Elle ment". Laissez-moi finir ma phrase.
Laissez-moi vous citer ce qu’elle a dit exactement.
Allez-y.
Ce matin, je petit-déjeunais… enfin, je prenais de l’aspirine,
lorsque Cynthia est arrivée en robe du soir.
J’étais suffoqué.
Elle est déjà rentrée tard, à 2, 3, voire 5 heures du matin.
Mais jamais à 10h.
Continuez.
Je l’ai interrogée, elle m’a dit qu’elle avait dormi ici.
Sans faux-fuyant. Comme ça. J’étais suffoqué.
- Vous l’avez déjà dit. - Ce n’était pas la même suffocation.
Quand ma fille m’apprit qu’elle avait dormi ici, je lui ai dit :
Qu’est-ce que j’ai dit ? Ah Oui ! Je lui ai dit :
"Petite, tu n’aurais pas du faire ça !"
Ou un autre truc du même genre.
- La morale n’est pas mon fort. - Qu’a t-elle dit ?
Elle a dit : "Tu as raison, c’était une erreur."
Puis elle a filé dans sa chambre et a pris une douche.
- Et vous êtes allé chercher une cravache. - Vous êtes mal placé pour plaisanter.
Ma fille a précisément dit que vous l’aviez offensée.
Elle n’a rien dit de plus précis ?
Elle n’a dit que ça : "Il m’a offensée".
Et elle l’a répété.
Elle ment. Je ne l’ai pas touchée. Croyez-moi.
Il me vient une idée.
C’est peut-être justement là l’offense que vous lui avez faite.
Je comprends qu’elle ait été en colère.
C’est très humiliant.
Je devrais vous donner une bonne leçon.
Attendez que je comprenne.
Je mérite la cravache pour n’avoir pas séduit votre fille ?
C’est un nouvel aspect du problème.
Qui est-ce ?
Laisse-moi passer ! Ne fais pas ça !
C’est Cynthia.
Elle est encore là ? Ne fais pas l’innocent. Je l’ai vue.
Elle m’a ouvert la porte. C’est qui cette paysanne ?
Ne me fais de scène, restons civilisés.
Civilisés ? Moi, je suis civilisée !
La preuve, le message sur le miroir !
Si tu la traites comme moi, elle écrira aussi sur tes crèmes glacées.
Si elle sait écrire !
Et ce que tu as dit ce matin, que tu ne ferais pas de…
- Comment ose-t-elle ? - Elle ressemble à sa mère.
- Laisse-moi passer ! - Tu devras me passer sur le corps.
Votre fille déteste dire non et déteste ceux qui disent non.
Je ne doute pas de votre parole,
mais je ne comprends pas ce qui s’est passé entre vous et pourquoi ?
Je vais vous expliquer.
Nous étions allés dîner et après au théâtre.
Vers minuit, je l’ai ramenée chez vous.
Je lui ai dit bonsoir à la porte et suis revenu ici.
5 minutes plus tard, elle arrivait.
Elle vous avait trouvé saoul et avec une jeune femme.
- Elle était jeune, en effet. - Cynthia a trouvé ça très amusant.
Mais c’est triste. Et elle n’a pas voulu y retourner.
- Trop dégradant ? - Pour ne pas vous déranger.
Elle a dormi dans ma chambre et moi, sur le canapé.
Tout le monde ne s’est pas amusé, hier.
Dites-moi. Dans un cas pareil,
pourquoi un homme dormirait-il sur le divan ?
Sans parler des scrupules, on peut craindre de s’engager.
Mais n’étiez-vous pas plus ou moins fiancés ?
Grande différence entre "engagé" et "fiancé".
Entre nous, je préférais garder les initiatives. J’y ai réfléchi.
Vous êtes un intellectuel.
Quand on a le ballon, on n’aime pas le perdre en trébuchant dans un lit.
Je ne suis pas très calé en football, mais le joueur est-il aussi l’arbitre ?
- Qui a sifflé ? - Vous discutez football maintenant ?
Oui. Nous parlions d’une attaque manquée.
Jusqu’à présent, c’est délicieux. Pas de ketchup ?
Une minute… J’y vais.
Elle va aller le chercher.
On ne peut pas la laisser tout faire.
Les femmes adorent travailler.
Je vais l’ouvrir. J’ai plus de force.
Les hommes sont empotés ! Donnez-moi ça.
Nous aurions dû sortir le champagne.
Excusez-moi, si j’avais su que vous veniez…
- Et voilà. - Merci.
Mais ça ne sort pas. Le goulot est trop étroit, peut-être.
Vous et votre ketchup ! Quel maladroit !
- Faites-le vous-même plutôt. - J’ai une meilleure idée.
Je vais vous prêter une robe de chambre. Ôtez votre robe.
Vous avez gâché la soirée. Ça vous a amusé. Si vous partiez ?
Et laisser cette pauvre petite seule avec vous à moitié nue ?
Je m’en voudrais !
- Ce n’était pas un bon dîner ? - Le meilleur que j’aie mangé.
- Vous ne trouvez pas ? - Vous voulez garder un mari ?
Ma femme était très gentille. Elle faisait des soufflés superbes.
Je les dévorais et je disais toujours :
"Magnifique soufflé !" ou "Quel soufflé !",
souvent même "Ça c’est du soufflé !"
Une heure plus tard, pendant que je digérais,
elle venait me dire : "Le soufflé était-il bon ?"
- Savez-vous ce qui est arrivé ? - Vous avez divorcé d’elle.
Non : elle a divorcé pour cruauté. Je lui avais jeté un plat…
Vous avez osé ?
Un plat à soufflé en acier inoxydable encore chaud,
en plein sur le derrière.
Elle a eu un beau bleu, d'après son avocat.
Moi, je ne l’ai pas vu.
- Je n’y crois pas. - C’est bien son genre.
Vous frappez les femmes ? Je ne bats que les femmes.
Je suis belliqueux, mais aussi lâche.
Vous battriez bien un homme de petite taille.
- S’il est sans défense. - Vous êtes répugnant.
Pas étonnant qu’elle ait divorcé.
C’est drôle qu’une femme l’ait épousé !
N’ai-je pas un charme étrange ?
Oui, vous avez trop de charme. Et il est surtout étrange.
Vous êtes trop bon.
Et ma… Chut… Je veux écouter !
Pour l’amour du ciel, que veux-tu ?
Pas question !
Si tu ne veux pas monter, renvoie cette chipie.
Arrête !
Renvoie ce trésor et laisse-moi descendre.
Non et non ! Sous aucun prétexte !
Très bien. Puisque…
tu es si horrible et indifférent,
je vais me noyer dans ma baignoire.
Arrête ce mélodrame !
Je suis déjà dans la baignoire.
Tu entends ça ?
Voyons, écoute, ne fais pas…
Non. Toi, écoute ça.
Je serai prête dans 2 minutes. Retrouve-moi en bas
et allons prendre un verre chez Luigi.
En souvenir du bon vieux temps. Je ne ferai pas de scène.
Mais rien qu’une minute.
Je suis navré, mais il faut que je sorte.
Mais ou allez-vous ? Je reviens dans 10 minutes.
Ne le retenez pas. Il n’est pas drôle. Il ne dit pas un mot.
J’aurai bien certains mots pour vous, mais il y a une dame.
- Tu t’es habillée vite. - J’ai un truc à te dire.
- Laissez, la femme de ménage le fera. - Non, j’aime ranger.
La propreté vous approche de la perfection.
La perfection ne m’a jamais tenté. Qu’aimez-vous ?
Manger, boire, faire l’amour. Dans cet ordre.
Vous n’êtes pas tellement dévoyé.
M’épouseriez-vous ?
Pour être cognée à coup de plats ?
J’ai eu la langue trop bien pendue.
Mais vous êtes irlandaise, vous me rendriez le coup.
- Alors ? - Alors quoi ?
Voulez-vous m’épouser ?
Et si j’acceptais ?
Je ne vous le demande que pour ça.
Vous seriez le dernier homme, que je refuserais.
C’est une réponse irréfléchie.
Si j’étais le dernier homme sur terre parmi un million de femmes,
vous vous battriez avec acharnement pour devenir ma compagne.
- Vous aspireriez à repeupler le monde. - Ne vous leurrez pas.
Votre devoir envers la race humaine l’emporterait.
Je ne trouve pas la race humaine si belle.
Et je n’ai pas de préjugé contre vous.
Vous entendez ce chien ? C’est le satané chien de Cynthia.
Le sale chien ! Regardez !
Enfin, voyons ! Un si petit chien ne pourrait pas…
Mais ou allez-vous ?
Vous devriez vous déchausser. Vous allez vous tremper.
Je n’ai pas envie de patauger là-dedans.
Il n’y a que les Esquimaux qui soient civilisés.
Pourquoi ?
Ils vendent leurs filles à leur naissance.
Je voudrais que Cynthia apprenne à vous ressembler.
Vous êtes sure que vous ne m’épouserez pas ?
Certaine.
Ce que c’est mignon !
Plutôt écœurant ! Apportez-moi des serviettes !
Elles sont dans l’entrée !
Quant à ma demande en mariage,
je vous la ferai à genoux dès que ce sera sec.
Vous demandez souvent des inconnues en mariage ?
J’ai déjà offert à des amies la vie commune, mais sans mariage.
Et pas à moi ?
On dit que les jeunes filles sont dépravées
par des coureurs de mon âge. C’est faux.
Eux seuls ont le respect de l’innocence.
Vous êtes charmant et sans doute un peu saoul.
- Je suis plutôt sobre. - Alors, vous êtes fou.
Vous voulez épouser un homme riche un peu mûr. J’ai 41 ans.
Vous agissez comme un gamin. Vous seriez une mère pour moi.
- Non merci. - Pour Cynthia, alors.
Elle serait ravie. J’ai 3 ans de plus qu’elle.
Vous pourriez devenir la belle-mère de Don.
Ne plaisantez pas sur le mariage. Et puis, vous ne me connaissez pas.
Vous êtes intelligente, travailleuse, jeune et gaie,
aventureuse et bonne cuisinière.
Vous avez un charmant visage et de jolies jambes.
Continuez.
- Ça ne vous suffit pas ? - Moi, ça me suffit.
- Et l’amour ? - On en parle beaucoup trop.
- C’est agréable à entendre. - De la bouche de Don ?
Qui sait ?
Vous cherchiez un homme mûr capable de vous apprécier.
- J’aimerais aussi être heureuse. - Je sais faire le bonheur des gens.
À coups de plats à soufflé ?
Ce superbe coup a rompu notre union ! Elle a épousé un riche Brésilien.
Elle est heureuse et reçoit une pension.
Maintenant, on peut redescendre.
Descendez, mais moi je suis bien ici.
Allons ! Vous n’allez pas rester seul ici ?
Non, pas seul.
Si vous partez, je téléphonerai à une fille et l’inviterai ici.
Ne dites pas fille, c’est vulgaire.
Cette fille est vulgaire, c’est-à-dire qu’elle est facile.
C’est plutôt une fille qu’une dame. Elle est amusante.
Alors épousez-la.
Elle ne me respecterait plus si j’étais aussi bête.
Vous pensez à mon offre ? Elle tient toujours.
C’est bizarre. Vous êtes effrayant.
Vous êtes frivole et cynique, égoïste et immoral.
Vous ne valez rien et pourtant, vous me plaisez beaucoup.
Assez pour m’épouser ?
Pas assez pour vous épouser, mais je pourrais faire pire,
bien pire.
Êtes-vous riche ?
Assez riche. Je dirais même : riche.
Je ne travaille pas et j’ai encore de gros revenus
une fois mes impôts payés, pourquoi ?
Je me demande ce que ça fait d’être riche.
Tant de jeunes filles se marient juste pour être à l’abri. Tentant…
Savez-vous combien d’argent je possède ?
Vous devez avoir 7,43 dollars et rien sur votre compte en banque.
- J’ai regardé dans votre sac. - Ce n’est pas bien.
Je ne suis pas un monsieur bien.
Mardi, j’ai une émission de télévision.
Je gagnerai 62,50 dollars et avec les sept dollars…
que j’ai déjà, cela me fera presque 70 dollars.
Une fois, j’ai eu plus de 200 dollars pendant une semaine.
- Vous ne savez pas ce que c’est. - Quoi ?
La joie de savoir qu’on a 200 dollars.
On a envie de narguer tout le monde.
J’ai gagné 600 dollars au jeu l’autre soir.
Vous deviez être très ému ?
Ne soyez pas si blasé !
J’ai pensé que j’avais 600 dollars d’avance.
Je me demande d’avance sur quoi ?
Je les ai sur moi. 6 billets tout neufs de 100 dollars.
Quelle folie d’avoir tant d’argent sur vous !
J’ai perdu un sac avec 20 dollars. J’en ai été malade.
J’aimerais vous donner ces 600 dollars.
- Vous êtes fou. - Voulez-vous les accepter ?
Non, bien sûr que non.
- C’est sans condition. - Pourquoi me donner 600 dollars ?
Faites-moi plaisir en les acceptant.
- Je ne peux accepter… - Et sans condition…
- 600 divisé par 40, ça fait combien ? - 15, pourquoi ?
Je dépense 40 dollars en moyenne par semaine.
- Mince ! 15 semaines d’assurées ! - Adjugé ?
Je n’ai jamais accepté de l’argent comme ça.
Je les ai gagnés à un affreux capitaliste exploiteur. Adjugé ?
C’est tentant. Vous me trouveriez idiote de dire non ?
Oui. Mais les idiots qui ont dit non ont relevé le niveau du monde.
Ce serait une folie de refuser. Une vraie fortune !
Je me demande… Si les gens savaient…
Je ne le dirai pas. Et vous pourrez narguer plein de gens.
- Bon. Je les prends. - Bien joué !
C’est le premier billet de 100 dollars que je vois.
- Je n’arrive plus à trouver mes mots. - C’est un fait rare chez vous.
Je parle beaucoup, mais cette fois…
N’avoir qu’à dire merci, c’est si drôle.
La manière dont vous l’avez dit me plaît.
Juste "merci", ce n’est pas assez.
15 semaines d’assurées pour rien ! Je ne sais pas quoi dire.
- Je suis déjà largement payé. - Par quoi ?
Par votre air joyeux.
- De mon côté, il y a des conditions. - Quelles conditions ?
La reconnaissance. L’affection.
Un immense désir de vous le rendre un jour.
Ce n’est pas un prêt.
C’est bien ce que je dis. On efface un prêt en le rendant.
Un cadeau vous laisse toujours une dette.
Je ne veux plus entendre jamais parler de toi. C’est clair ?
Cette petite dont tu te moques en vaut cinquante comme toi.
Quand je le raconterai à Vicki, elle sera capable de s’évanouir.
- Elle se méprendra peut-être. - 600 dollars ? C’est beaucoup !
Et elle sait qu’elle et moi, nous ne le ferions pas.
- C’est pour ça qu’on est ensemble. - Et son fameux ami à la Cadillac ?
C’est une histoire triste. Ils vont au cinéma et se tiennent la main.
Sa femme n’a pas assez de tension, ou trop.
- Bref, elle est malade. - Il ne paraît pas robuste non plus.
Vous ! Si les gens ne… Je vous trouve odieux.
Voilà !
- Je n’aime pas votre ton. - Pourquoi ?
C’était protecteur et maternel.
Vous ne vouliez pas que je vous embrasse ?
J’y tenais beaucoup mais sans ce "voilà".
Vous êtes difficile !
Vous n’auriez pas aimé que je dise "voilà"?
Vous avez peut-être raison. Recommençons.
Est-ce mieux ? Pas sensiblement.
Il n’était ni protecteur ni maternel. Non, plutôt filial.
Vous m’avez bien donné cet argent comme un père !
Vous êtes trop logique pour votre âge.
Vous êtes bien gentil.
Eh bien ! Ça, c’est le bouquet !
Ce que vous êtes mouillé ! Vous êtes resté sous la pluie ?
Tu as raison. Elle en vaut bien cinquante comme moi.
- Va dans ta chambre ! - Et si tu as besoin d’un arbitre ?
- Dans ta chambre ! - D’accord.
Si tu y tiens, papa.
Elle a obéi ! J’aurais du m’en douter !
Nos yeux nous trompent parfois. Je sais voir ce qui est évident.
- Évidence trompeuse. Prends Patty. - Tu peux la garder.
- Quelle bénédiction ! - Ne soyez pas si vieux jeu.
Vous m’avez vue l’embrasser. Et après ?
Seigneur ! Je jure de ne plus embrasser un homme.
- Ça pourrait vous rendre service. - Ça gâche toujours tout.
Et comment !
Voulez-vous savoir ce qui s’est passé ?
- Qu’est-ce que ça changerait ? - Pas mal de choses.
M. Slater m’a demandé de l’épouser.
De l’épouser ?
- Ça ne vous gêne pas que je le dise ? - Ça ne le regarde pas !
Je vous dérange en pleine proposition.
C’était il y a un moment déjà.
- Il vous l’a demandé à genoux ? - Il m’a proposé de s’agenouiller,
- n’est-ce pas, M. Slater ? - Parole de scout !
Qu’y avait-il dans cette sauce ? Du piment ?
Je vous souhaite d’être heureux.
Oh, le pauvre ! Que va-t-il penser ?
Dieu sait ! Ces jeunes gens honnêtes croient les pires horreurs.
- Il va me prendre pour une coureuse. - Ne vous inquiétez pas.
Il ne sait pas pourquoi je vous embrassais.
Un conseil, ne lui dites pas !
- Vous permettez ? - Je vous en prie.
Je ne veux pas passer pour une aventurière.
- C’est ce qu’il pense ? - Il a droit à tous les soupçons.
- Eh bien, laissez-les lui. - Quoi ?
Ses soupçons, mon petit. Ses doutes secrets.
L’est-elle, oui ou non ? Le fera-t-elle, oui ou non ?
Le doute, le plus puissant aphrodisiaque au monde !
À vos souhaits.
Mouchoir ?
Pourquoi êtes-vous resté sous la pluie ?
- De quoi parliez-vous avec Cynthia ? - Surtout de vous.
De moi ?
J’ai tout raconté à Cynthia, que vous aviez fait le dîner
- et combien vous paraissiez gentille. - Elle ne l’a pas cru ?
Elle a dit : "On dirait une de ces vierges professionnelles".
Quelle horreur de dire ça !
C’est ce que j’ai pensé. Nous nous sommes disputés.
Après ? Continuez.
Ce fut à peu près tout.
Je ne pensais pas vous retrouver là-haut.
- À son cou ? - Je n’ai pas parlé de cela.
Vous aviez l’air très bien avec lui.
C’est un amour. Dommage que vous soyez arrivé à ce moment.
Al Smith aurait dû se cantonner à la politique.
Qui ?
- Al Smith ! - Qui est-ce ?
L’architecte de l’Empire State Building.
Oh ! Je comprends…
Nous aurions pu nous rencontrer ailleurs.
- Vous embrassez n’importe qui ? - Oui. Toujours.
- Vous l’embrassiez ! - C’est exact !
Un inconnu.
Je le connais à peu près autant que vous.
- Il vous a fait l’amour ? - Ce fut effréné. En doutez-vous ?
Je portais votre robe de chambre, et digérais votre dîner !
Soyez raisonnable. Voulez-vous savoir ce qui s’est passé ?
Non. Seulement, c’est dommage. Je vous prenais pour une fille bien.
C’est la vérité.
- Et plus maintenant ? - Et plus maintenant.
M. Slater le croit encore. C’est pourquoi il voulait m’épouser.
Vous ne me croyez pas ?
Je ne crois pas qu’il vous l’ait demandé.
Et je ne l’ai jamais cru. Et pourquoi ?
Je connais Slater. Ce n’est pas son genre.
Vous me diriez qu’il vous a proposé une liaison, je vous croirais.
- Je vous trouve répugnant. - Ne pleurez pas.
Cynthia m’a prévenu contre les vierges professionnelles.
Je pars !
Très bien.
- Chez Slater ? - Absolument.
Conclure l’affaire ?
- C’est vous Donald Gresham ? - C’est moi.
Où vous croyez-vous ? Où allez-vous ?
Qui êtes-vous ?
De quel droit faites-vous ainsi irruption chez moi ?
N’entrez pas !
- Bonsoir. M. Gresham est-il là ? - Non, il est absent.
Il est dans les pommes.
Elle l’a tué, avec mon fer électrique !
Papa ! Qu’as-tu fait ?
Oh ! C’est vous ! Pour quelle raison ?
- J’ai fait mon devoir de père. - Est-il mort ?
23 ans de police m’ont appris à doser mes coups.
- Laisse-le ! Tu vas bien ? - Bien sûr que oui.
Papa, ce n’est pas ce que tu crois. Qui t’a dit que j’étais ici ?
- Vous l’avez envoyé chercher ? - Moi ? Jamais de la vie.
- Alors, comment ? - J’ai téléphoné chez toi.
- Vicki m’a dit ou tu étais. - Elle ne sait pas tenir sa langue.
Aller chez un célibataire !
Tu ne comprends pas. Il n’a pas cherché à…
Ce n’est pas évident, mais…
Don ne ferait jamais une chose pareille. C’est un architecte !
Je t’en reparlerai. Allons-nous en.
- Je t’ai dit que le prix du péché… - Je t’en prie, pas ici !
Puis-je vous poser une question ?
N’en auriez-vous pas fait autant si vous aviez trouvé votre fille ici ?
C’est une question très pertinente, M. O’Neill.
Merci, monsieur. Bien. Allons-y.
On ne peut pas le laisser ainsi. Il n’a rien fait.
Tais-toi. Monsieur s’occupera de lui.
Faites quelque chose…
N’ayez pas peur. Le père outragé est parti avec sa fille.
Votre œil est affreux.
Il ne m’est jamais rien arrivé de pire.
- Ne cherchez pas à m’apitoyer. - Vous l’avez mérité.
- Quoi ? - Je regrette que vous souffriez,
mais vous ne l’avez pas volé. O’Neill a eu parfaitement raison.
Soignez votre œil. C’est vraiment affreux.
Je le ferai chasser de la police, ce sale flic.
C’est un sale flic, mais c’est un père.
Il était en droit de vous tuer.
Et moi aussi, en ce qui concerne Cynthia.
Le droit coutumier protège les pères contre les séducteurs.
Droit coutumier ?
Il vaudrait mieux que l’on fasse des lois mais…
un père a le droit de protéger sa fille.
Il en a même le devoir.
Oui, ce brave homme m’a donné une leçon de morale.
Ça suffit. Allez-vous-en !
Ma pauvre petite Cynthia. Comme vous avez dû la faire souffrir.
Vous me brisez le cœur. Dehors !
Il y a plus de joie au ciel pour un pécheur repenti…
Allez vous repentir chez vous.
Offert par la bière Chloro-Mousse
La bière qui ne parfume pas l’haleine
car elle contient de la chlorophylle
Bois de la Chloro-Mousse À ma santé
Et je ne voudrai plus de vin
La mousse aussi claire Que la stratosphère
Bois-la chaque fois Que tu bois
Allô ! Qui est là ?
Oui, Cynthia, mon œil est esquinté. Mais n’appelle plus.
J’ai mis des compresses, chaudes, froides et tièdes.
Oui, je suis seul.
J’essaie de regarder la télévision.
Je la vois très bien avec mon œil valide. Bonne nuit.
L’Heure Chloro-Mousse et son Orchestre symphonique
- Qu’est-ce que vous voulez ? - Ce que je veux ? Vous parler !
À quel propos ?
Je ne peux pas le dire en deux secondes et sur le palier.
Pourquoi pas ?
Je veux savoir ce que Cynthia entend par "vierge professionnelle".
Ce n’est pas une heure…
J’ai eu du mal à me débarrasser de mon père.
Nous nous sommes disputés. Si vous l’aviez vu !
Je l’ai vu. Je l’ai même vu de près.
Votre œil est affreux ! Papa m’a dit de vous dire…
Ne me parlez plus de lui.
On dit que la police est brutale, mais ça ne m’avait pas frappé.
- Attendez. Laissez-moi l’arranger. - C’est très bien comme ça.
Il fallait mettre une escalope dessus.
Si vous n’aviez pas invité Slater, il resterait de la viande.
Je regrette que papa vous ait frappé,
mais il est vieux jeu. Il a fait son devoir.
Votre œil est effrayant.
Ce n’est qu’un œil au beurre noir vieux jeu.
Je le garderai précieusement quelques jours.
Il est très tard. Que voulez-vous ?
Vous semblez si fâché que je ne peux rien dire.
Je ne veux plus parler de rien. Je veux oublier ce cauchemar.
Tout oublier ? Tout depuis le début.
Qui est-ce ?
Chéri, as-tu essayé de soigner ton œil avec…
Écoute, Cynthia, veux-tu cesser de m’appeler ?
Raccroche ! Mais papa…
Si tu refuses de m’obéir…
- Que voulait-elle ? - Elle s'inquiète pour mon œil.
À cette heure ?
Vous êtes bien ici, vous, à cette même heure.
- Vous êtes fatigué ? - La journée a été dure.
Si Cynthia venait s’apitoyer sur votre œil, vous seriez…
Ne parlons plus de Cynthia.
Elle m’a traitée de "vierge professionnelle" !
Je veux parler de ça seulement.
Ce fut une phrase malheureuse. Que reproche t-elle aux vierges ?
On ne peut pas se vexer d’être appelée "vierge".
C’est "professionnelle" qui m’irrite. Je veux une explication.
Cela signifie qu’il est inutile d’en faire la publicité.
Qu’y a-t-il de mal ?
On fait de la publicité pour ce qu’on veut vendre.
Je vous comprends. J’en parle peut-être trop.
- Alors n’en parlez plus. - C’est ce que je vais faire.
Croyez-vous au destin ?
Je me demande ce qui serait arrivé s’il n’avait pas plu
- et si nous avions dîné dehors. - La soirée aurait été plus banale.
Nous sommes partis du mauvais pied. Mais de toute façon…
Oh, mon Dieu !
- Ce n’est pas votre père ? - Je ne sais pas.
Par ici.
Restez-là et pas un bruit.
Encore vous ! Vous savez l’heure qu’il est ?
Je le sais.
Vous avez assez bavardé, Cynthia et vous, au téléphone.
Je suis venu vous le dire.
- Dites-le-lui. C’est elle qui m’appelle. - Je n'arrête pas de le lui répéter.
Ça ne sert à rien. Elle se moque de moi.
Je ne sais plus quoi lui dire et je manque de munitions.
Vous jouez un peu tard les pères de famille.
Cynthia m’a dit exactement la même chose.
Je voudrais me coucher. Allez-vous-en.
J’y ai pensé. Je vais partir… très loin.
Je vais conduire Cynthia au Brésil, chez sa mère.
Bonne idée !
Excellente idée. Elle apprendra le portugais.
Plus de bêtises ! J’aurais dû le faire il y a des années.
Je vais réserver les billets. Où est le téléphone ?
Vous avez un téléphone chez vous.
J’en avais un. Mais lorsque Cynthia vous a appelé, j’ai arraché les fils.
Il faut isoler cette petite.
Si plus de pères le faisaient, plus de filles auraient moins d’ennuis.
C’est un appel local. Allez-y, dépêchez-vous.
Vous avez le numéro de la Pan-American ?
Je demanderai aux renseignements.
Vous partagez votre ligne ?
Espèce de sale hypocrite !
Cette fille est encore là. Je reconnais sa voix.
Un instant. Je téléphone.
Inutile de ricaner. Je lui ai dit de se cacher là.
Je ne savais pas qui venait et je ne voulais pas qu’elle soit gênée.
Pilier de vertu !
J’avoue que vous vous êtes bien moqué de moi. Je me fais vieux.
Son assassin de père n’a pas calmé vos ardeurs ?
Il m’aurait flanqué la frousse.
Vous vous trompez. Patty est seulement passée pour…
Cessons de nous jouer la comédie.
Je ne vous juge pas, ni l’un ni l’autre.
Mais je ne puis m'empêcher d’être un peu déçu.
Dommage ! Elle paraissait être une fille bien.
Vous lui direz qu’elle aurait pu attendre 15 semaines.
Comment ça ? Elle comprendra.
Oui, elle comprendra.
Oser dire cela ! Vous êtes pire que Don !
Qu’est devenu votre respect de l’innocence ?
- Je le sens qui revient. - Slater, rentrez donc chez vous !
Je veux lui dire ce que je pense de lui.
Ne dites ou ne faites rien que vous puissiez regretter.
Je commence à croire que je me suis trompé.
Et il n’y avait pas de conditions !
C’était faux ! Vous n’auriez jamais cru à ma culpabilité
- si je n’avais accepté cet argent. - Quel argent ?
- J’ai eu tort. Reprenez-le. - Mais de quoi parlez-vous ?
Je parle à M. Slater de l’argent qu’il m’a donné.
- Pourquoi vous l’a-t-il donné ? - Demandez-le-lui.
Vous lui avez donné de l’argent ?
Vous avez le génie de dire ce qu’il ne faut pas.
Vous auriez réussi dans la diplomatie.
Voila pourquoi je l’embrassais. Pour le remercier des 600 dollars.
600 dollars ?
Il m’avait dit qu’il les avait gagnés face à un affreux capitaliste.
C’est si drôle ?
C’est mon argent qu’il a remporté. C’étaient mes 600 dollars.
- Alors reprenez-les. - Mais non, ils sont à lui.
Je vous en prie, M. Slater, reprenez-les.
Le scout qui fait une B.A. par jour doit avoir une vie impossible.
On met les jeunes gens en garde contre les mauvaises filles.
C’est contre les filles bien qu’il faut les protéger.
Comme vous avez raison ! J’ai soif.
Vous avez raison !
N’est-ce pas snob de boire lorsqu’on n’en a pas très envie ?
- J’en ai très envie. - Soda ou eau ?
Je le veux nature. Arrêtez-moi.
Stop. Il y en a trop.
Ne commencez pas à devenir paternel subitement.
Cul sec, petite !
Cigarette ?
Merci bien. C’est le snobisme de la vengeance ?
Oui, complètement.
Il est dur à contenter. Il se plaint tout le temps.
Pour la dernière fois, voulez-vous sortir d’ici ?
Vous venez avec moi ?
Si vous voulez mener une vie dissolue, comptez sur moi.
Nous serons très discrets. Je connais un petit appartement.
J’aurai une bonne ? Oui et une Cadillac avec gadgets.
Vous jouez mal. Retournez à vos publicités pour la bière.
Pourquoi cherche-t-il à me blesser ?
Les amoureux sont toujours cruels.
- On ne fait que se battre. - Il en souffre.
Je commence à en avoir assez d’être…
L’état auquel vous faites allusion peut être modifié.
Ce bruit de porte fait penser au début d’une marche nuptiale.
- Il faudra qu’il me demande pardon. - Oubliez votre fierté.
Suivez vos instincts féminins.
La compréhension a presque autant de prix que la vertu.
Nous nous connaissons depuis si peu de temps.
Assez pour savoir ce que vous voulez.
Mais ne perdrait-il pas tout respect pour moi ?
"Un cadeau laisse toujours une dette".
Bonne nuit, Patty.
Ces jumelles vous appartiennent ?
- Pourquoi étiez-vous si pressée ? - Pardon ?
Hier quand vous avez frappé.
Je ne savais pas si vous aviez entendu.
Je vous ai entendue. Je me rasais.
À 1 h du matin ? Exact.
Le temps de m’essuyer la figure, vous aviez disparu.
Pourquoi avoir frappé ?
Pourquoi vous rasiez-vous ?
- Vous saviez que je serais là ? - Non, j’ai essayé le bureau.
Votre secrétaire ignorait où vous étiez.
Je ne pouvais travailler.
Elle m’a prévenue de votre mauvaise humeur.
Pourquoi lui avoir dit que vous aviez pris une porte ?
Mes amours ne l’intéressent pas.
Quelle erreur ! Ça la passionne ! Je lui ai tout raconté.
- Je n’en doute pas. - Elle semble tellement gentille.
Ses aiguilles sont dans une boîte sous les timbres.
Avez-vous dormi la nuit dernière ?
- Non. D’ailleurs la nuit a été courte. - Je n’ai ni dormi ni mangé depuis.
C’est idiot. Pourquoi ?
Vous le savez bien. À cause de vous !
Je me demandais quelle bêtise vous alliez faire.
Après votre départ, j’étais fou. Je n’avais pas votre numéro.
Je connaissais le vôtre.
Accepter de l’argent d’un Slater !
- Quand je pense à lui, je pleure. - À cause de ce que vous avez perdu.
Ce pauvre homme est à plaindre.
Je lui ai dit de se marier.
Il a l’étoffe d’un bon père de famille.
Une étoffe peu résistante.
Voila quelqu’un de mal loti et de malheureux.
Au Brésil, tout s’arrangera pour lui.
Ces 600 dollars. Êtes-vous assez riche pour les perdre ?
C’est affreux de jouer si gros. Au moins un mois de salaire.
Mais je sais que vous pouvez faire…
- Nous ne sommes pas encore mariés. - Vous n’avez pas le droit de…
- Qu’avez-vous dit ? - Nous ne sommes pas encore mariés.
C’est ce que j’avais entendu.
J’ai pensé à une chose quand vous m’avez souri hier.
Je ne vous ai souri qu’ici.
Voila le sourire que j’aimerais voir le matin au petit-déjeuner.
C’est vrai ?
Et quand vous prépariez le dîner, quand vous flirtiez avec Slater…
- Vous me demandez en mariage ? - Que puis-je dire d’autre ?
Vous pourriez : "Je vous aime", sans tergiverser.
- Je ne l’ai pas déjà dit ? - Non !
Je veux l’entendre. Avec les mots rituels.
Une vraie demande en mariage.
Savez-vous comment papa a fait sa demande ?
À coups de poing ?
Vous ne le croirez pas.
Il n’a pas eu honte de venir lui dire "Je t’aime".
Ne dites plus rien.
Je t’aime, Patty, de tout mon cœur. Bien que tu sois un peu folle.
Et j’accrocherai le Picasso dans la chambre.
Pas dans notre chambre. D’accord.
Les enfants paient demi-tarif pour monter ici ?
Je l’ignore, pourquoi ?
Pour y venir à chaque anniversaire avec 5 gosses, ça fera cher.
- On les laissera en bas. - Je veux qu’ils le voient.
M. Smith a bien fait de construire ce monument.
Voilà ! Ça t’a ennuyé que je dise "Voilà"?
- Quoi ? - Ça ne fait rien.
Tu es délicieuse.
- Nous nous sommes connus hier. - Ça arrive quand la lune est bleue.
Et la lune était bleue.
Tout de même ! 1,20 dollars pour monter au sommet de ce monument !
Traduction, adaptation, synchronisation @Sventovit
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