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[musique intrigante]
[sonnette]
[sonnette]
- T'es qui ? Tu veux quoi ? - Calme.
- C'est ouvert, je monte. Aglaé ? - Elle est morte.
[musique douce]
[présentateur] Nous retrouvons notre correspondante, Sophie Lambert.
[présentatrice] Les négociations aux usines Kwandaï qui semblaient aboutir,
prennent un tour tragique avec le suicide de leur directeur général,
Yves Marchandeau.
Descendant d'une famille d'industriels,
il incarne l'héritage de notre savoir-faire.
L'usine a connu une croissance exponentielle sous sa direction.
["Machine" de Lily Oakes]
[ouvrière] Salut !
[JP] Tu sais, j'étais pote avec Yves.
On se connaissait depuis l'enfance.
Je savais pas qu'il en était là.
J'aurais dû être là pour lui.
Je croyais que les patrons étaient les ennemis ?
Plus de patron, plus d'ennemi.
Arrête avec tes trucs de karaté.
Kung-fu.
Yves, c'était pas mon ennemi. C'était mon adversaire.
D'où je viens, y a pas beaucoup de différence.
[il l'imite en marmonnant]
[Benoît] Colonel... Ce...
Cet homme, là, sur la photo,
c'est bien vous ?
Sur... Sur la photo, là.
Non, hé ! Là.
Hé ! La femme qui est là...
Voilà, vous vous rappelez d'elle ?
- Vous voyez qui c'est ? - La Chinoise !
- Non, c'est... - La Chinoise.
- Non, colonel. - C'est la Chinoise.
Colonel, c'est pas une Chinoise.
C'est pas... cette femme... La Chinoise. Vous vous rappelez...
[il pousse des cris de combat]
[Mme Chantel] Lucien.
Calme-toi.
On se calme. On se calme.
Calme-toi. Vous fatiguez pas.
Il a plus toute sa tête.
Moi, par contre, j'oublie jamais un visage.
D'accord. Cette femme vous dit quelque chose ?
La petite Levasseur vous intéresse ?
Oui, Levasseur.
[elle chuchote] La Chinoise.
[il chuchote] La Chinoise ?
Je m'en souviens bien.
On l'a eue souvent à dîner. Lucien l'aimait.
Il faut dire...
Avec ses histoires à la Cosette...
- Merci. - Gnagnagna,
ma mère est morte quand j'avais 10 ans.
Gnagnagna, mon père est toxico.
Gnagnagna, j'ai été élevée par ma grand-mère,
qui me laissait tout faire.
[Benoît] Sa grand-mère, vous avez l'adresse ?
- De sa grand-mère. - Non, aucune idée.
Lucien l'a prise sous son aile,
il voulait en faire son lieutenant.
"Elle a quelque chose, la petite." Il disait.
- Oui. Ya ! - [Mme Chantel] Lucien.
- Ya, ya ! - Lucien.
Tiens.
Du coup, quand elle s'est inscrite chez les commandos Hubert, il était furieux.
Enfin, la vie nous a vengés.
En Afrique, elle était sous les ordres d'Alain Beaulieu.
Vous connaissez le personnage.
Oui...
De nom.
Un fondu, lui aussi. Alcoolique, coureur de jupons.
Hystérique. Ils s'étaient trouvés.
- Il a une belle réputation. - Il avait.
Votre mari, pourquoi il l'appelle la Chinoise ? Vous aussi.
Ah, mais ça, c'était à cause du kung-com. Du...
Poum poum !
Du Pom-pu.
Du King Kong !
- [Colonel] Ya ! - Du kung-fu ?
Kung-fu ?
Du kung-fu, oui.
Kung-fu.
Oui, c'est vrai. C'était une vraie championne.
Elle était sans arrêt au dojo.
- Au dojo d'ici ? - Non, à Saint-Villiers.
- C'était une championne. - Bonbon.
- Régionale ! - Régionale.
Vraiment, c'est la seule chose sur laquelle elle a pas menti.
- D'accord. - Vous partez ?
Oui, merci, madame.
Tiens. Voilà...
Tu pourrais un tout petit peu te tenir, quand même.
Pour une fois qu'on avait de la visite.
[sonnerie de l'usine]
Hum, hum...
Bouge.
C'est toi qui as piqué ma carte ?
Même si t'as effacé mes images, ce que j'ai vu reste gravé là.
C'est bien, au moins, t'as de la place.
Marrant. Où t'as appris à te battre ?
Saïgon ?
Tel-Aviv ? Hein ?
L'Ouganda ? Ah ouais.
L'Ouganda ! L'Afrique.
Tu bosses pour qui ?
Qui t'envoie ici ?
Si je me mets à chercher, je vais trouver.
La vérité finit toujours par éclater.
Je t'ai dit de bouger.
Sinon quoi ? Tu vas me... Chuck Norris ?
Oh !
[il rit]
[murmures]
OK, vas-y.
Avant de commencer cette réunion, une minute de silence pour Yves.
[soupirs]
[ouvrier] Il en a fait une quand tu t'es fait
becqueter les bras par l'emboutisseuse ?
Marchandeau, il nous a trahis.
Arrêtez de faire chier la bite. C'est relou.
On reprend la minute depuis le début.
[ouvrière] C'est quand même lui qui a envoyé les fachos.
[ouvrier] Sans patron, avec qui on va négocier le pognon ?
Allez, vos gueules. Assis. Toi, tu te casses. Casse-toi.
Bon...
J'ai eu la préfète au téléphone.
Elle est prête à revenir sur l'accord.
[ouvrier] Bravo !
[ouvrière] Super !
Elle accepte nos revendications.
Sur l'ancienneté, le plan de reclassement.
Et les indemnités.
Si on tient la grève, chacun touchera ce qu'il mérite.
[acclamations]
Ouais, c'est génial. C'est génial.
On va ramasser notre fric et on va faire quoi ?
- Aller à l'intérim ? - T'as mieux à proposer, ducon ?
[soupir]
Ouais.
L'autogestion.
On garde nos salaires, notre travail.
C'est un piège. Le syndicat est clair.
C'est pas le syndicat qui décide. C'est les travailleurs.
- J'exige un vote. - Un vote de quoi ?
C'est pas le moment de diviser. On a des négos.
Des gosses, des familles.
- Moi aussi. - On les a pas abandonnés.
- Ah, super. - [Michelle] Oh, ça suffit, vous deux.
- C'est ça, file. - [Michelle] OK.
On réglera ça au vote. Viens là, Dédé.
Si tu perds, tu restes en dehors de la discussion.
On est d'accord ?
On est d'accord.
- Tout le monde a compris ? - [tous] Ouais.
- [Michelle] Hein ? - [tous] Ouais.
[Michelle] Rendez-vous demain à 10 h pour le vote.
[André] 10 h.
Si vous choisissez de nous écouter,
je vous assure qu'on les fera payer, les Coréens.
- [ouvrier] Bravo ! - Bien dit.
- [faibles applaudissements] - [ouvrière] Bravo.
[M. Kwandaï] J'aime les gens de votre région.
[traducteur] Allons boire un café avec Pierre et Marguerite.
Allons boire un café avec Pierre et Marguerite.
[on frappe]
Bonjour, mademoiselle.
Bonjour, mister Kwandaï.
Merci.
[en anglais] Qu'est-ce que c'est ?
J'ai pensé que vous pourriez avoir faim.
[en anglais] Vous voulez goûter ?
[en anglais] Oui.
It's... chèvre.
OK.
[en anglais] Vous aimez ?
[anglais] Oui.
[en anglais] Attendez.
[en anglais] Goûtez ça.
It's...
bizarre.
Comment... est... votre prénom ?
Stéphanie.
Appelez-moi Wook.
J'oserai jamais.
- [sonnerie] - Wait.
[sonnerie]
[il parle en coréen]
[Machine] Oh, putain !
[soupir]
- [elle souffle] - Ça commence à venir.
- Tu te sens mieux ? - J'ai l'air ?
Pourtant, j'ai fait ce que tu m'as dit. Je me suis mis à lire.
Ah ouais. Marx livré par Amazon. Pas mal. Et alors, ça te parle ?
- Ouais, un peu. - C'est bon ?
Tu vas pouvoir venir voter demain ?
Franchement, qu'est-ce que j'en ai à foutre de ton autogestion ?
Je veux toucher ma paie
pour partir...
Et pour faire quoi ?
[Machine] J'ai un pote là-bas.
Et tu comptes faire ça toute ta vie ?
De quoi ?
Fuir.
C'est bien, tu vas mieux depuis ton retour.
Hé, ça va. C'est le premier de la journée.
J'ai vraiment besoin de ta voix.
- Faut que tu viennes voter. - Je t'ai dit non.
J'existe pas, moi.
C'est pas la conscience qui détermine l'existence.
C'est l'existence sociale qui détermine la conscience.
C'est pas avec ça que tu vas gagner ton vote.
Écoute, la camaraderie, on m'a déjà fait le coup.
Depuis, j'ai compris que pour survivre, c'est chacun pour soi.
Tu diras ce que tu veux,
mais je trouve que t'as l'air concernée par l'usine.
- Et t'as bien galéré, non ? - Justement. J'ai eu mon compte.
Super.
[la porte claque]
[soupir]
[musique douce]
[soupir]
[musique angoissante]
[chant mélancolique oriental]
[rires]
[murmures et rires]
[homme] Il doit en avoir aussi...
[soupir]
- Y a un problème ? - Non, pas de problème.
[cri]
[grognements]
[musique intrigante]
[cris]
[cri rageur]
[vrombissement de la cafetière]
[grand-mère] Ma petite chérie, je m'inquiète.
Je sais que tu veux pas y aller, mais... l'enterrement de ton...
[avance rapide]
C'est important d'être là les uns pour les autres.
Moi, par exemple, j'aurais bien voulu t'avoir à mes côtés.
[soupir]
[brouhaha du trafic]
[une porte claque]
[JP] Bon, alors !
Qui pour le pognon ?
Attendez, pas tous en même temps.
- Marco, c'est bon. - Oui.
Gros Paulo ?
Julie, super. Éric, Fred.
Frayon, évidemment.
José aussi. C'est bon, Michelle ?
- Ouais. - OK.
Vous pouvez baisser.
Maintenant...
Qui pour la réappropriation effective par le prolétariat
de l'outil de production capita... zzz.
Non, sérieusement, qui est pour JP ?
Moi.
- [André] Pas tous en même temps. - [ricanements]
[André] Qui d'autre ?
[Machine] Moi !
[musique intrigante]
[JP] Alors, qui d'autre ?
[des soldats chantent] ♪ Contre l'ennemi ♪
♪ Partout où le combat fait signe ♪
♪ Soldats de France ♪
♪ Du pays ♪
♪ Nous remonterons ♪
♪ Vers les lignes ♪
♪ Ô légionnaire ♪
♪ Le combat qui commence ♪
♪ Mets dans nos âmes ♪
♪ Enthousiasme et vaillance ♪
Je suis désolée.
Fallait s'y attendre. Kwandaï est généreux.
Les autres sont aliénés.
Si t'es pas libre de ton vote, j'appelle pas ça de la démocratie.
J'appelle ça la corde pour se pendre.
Tu sais, y a peut-être d'autres solutions.
Non, c'est toi qui as raison.
Le monde a changé et moi, je suis là avec mes vieilles idées.
Dis pas ça, regarde, t'as convaincu 6 personnes.
Ouais. Sans ma voix, ça fait 5.
C'est pas rien.
Arrête de te foutre de ma gueule.
Cinq, c'est que dalle.
Merci.
J'y vais.
[soupir]
[musique palpitante]
[sonnette]
Qu'est-ce que tu fous là ?
Euh...
Je viens voir Leïla.
Je vais la chercher.
[il crie] Leïla ! Oh !
Bouge ton cul, là.
Ça va ?
Tu voulais me voir ?
Euh... ouais. Rapport à JP.
J'ai besoin de toi et d'une caisse.
OK. Je vais chercher mon manteau.
Je t'attends en bas.
[musique palpitante]
Alors, tu penses à qui ?
Le plus facile à convaincre, c'est Patrick.
[Leïla] Il approche de la retraite. 25 ans qu'il bosse là.
Il est pas prêt de recommencer ailleurs.
Son point fort ?
Il a rien à perdre.
Ensuite, y a les frères Koulibali.
[Leïla] Ils ont mis un an avant de trouver du boulot.
Ils ont changé leur nom sur leur CV.
[sonnerie]
Ils veulent bosser sans pour autant casser la grève.
L'autogestion, ça leur parle.
- Ah ? - Pour Stéphane, c'est pas évident.
Le taux de chômage, c'est près du double pour les handicapés.
Et son point fort ?
La danse de salon.
Le style, le souffle, le swing.
Je sais pas.
OK.
Allez, on y va.
[journaliste] La colère populaire nous rappelle
qu'un grand patron est diplômé,
il méprise son personnel et se prend pour un Dieu.
- [on frappe] - Ouais, c'est ouvert.
Non, ici. C'est la chaîne de montage.
Lionel et Désiré, là.
D'où je viens, 5, c'est pas rien.
C'est un commando.
On va faire ça ce soir. Pendant qu'ils finalisent les négos.
Je dis qu'il faut s'introduire par là pour éviter le piquet.
Mais y a toujours des mecs qui fument leur clope là.
Ouais.
Faudrait réussir à détourner leur attention.
OK, je m'en charge.
Par contre, c'est des copains, quand même.
Je veux dire... C'est un genre de coup d'État, là.
C'est normal d'avoir peur de se révolter.
L'oppression, c'est la même entre hommes et femmes.
- Je pense pas. - Mais si.
La domination de classe ou masculine, c'est pareil.
- Une vie vaut mieux qu'une autre. - [Machine] L'homme est
la bourgeoisie. La femme, le prolétariat. Lis Marx.
D'où tu sors cette citation ?
Dans mon manga.
[Lionel] D'accord, OK.
On bousille les négos ce soir. Demain, il se passe quoi ?
Demain, les gars, c'est l'autogestion.
Comme tu veux, mais il a raison. Faudra les rallier.
On fait pas ça contre eux.
Je leur expliquerai.
[protestations]
Il faudrait des photos ou des vidéos.
Un truc pour les convaincre.
Des images, ça leur tordra la bite, aux Coréens.
À qui on peut demander ?
Oh...
[on frappe]
[il frappe]
Tiens, tiens. Jean-Claude Van Damme.
T'es venue avec Che Guevara ?
Et sa brigade rouge ?
[Machine] On a un truc pour tes 500 000 abonnés.
Ah oui ? Tu vas me raconter ton histoire ?
Non. Tu viens ?
- On a un sujet pour toi. - T'as vu dans quoi je vis ?
Ça m'a coûté cher, mon autonomie. J'obéis pas.
T'as l'habitude de donner des ordres. Encore une info.
- Tu viens ou pas ? - Bien sûr.
Parce que j'ai envie. Mais c'est moi qui décide.
[Final Fuck] Je reviens.
[Machine] Je t'avais dit que c'était un relou.
[JP] Merci !
[rires]
- Ça va bien se passer. - Comme pour Yves ?
Ils ont voté comme on voulait. À vous de jouer.
- Qu'en savez-vous ? - Je sais.
J'ai fait mon métier. Vous avez qu'à signer.
Pensez à l'amitié franco-coréenne. On leur vend un EPR, on rentre.
[Robert] Vous voyez que tout va bien se passer.
Il a sa mallette, il vient pas les mains vides.
[en anglais] Pas de mauvaise surprise ?
Tout le monde veut la fin de la grève. Même les ouvriers.
Vous venez en sauveur.
On y va ?
OK.
[musique intrigante]
[musique inquiétante]
[JP] Chut.
[Machine] Allez, allez.
Allez, allez, contre le mur.
Tu tiens ? Allez.
[murmures]
Contre le mur, les gars.
[JP] Putain, merde !
Bouge.
[musique palpitante]
Toi, tu me filmes pas. OK ? Allez.
[il parle en coréen]
[André] Il se passe quoi ?
[soupir] Merde.
[André] Qu'est-ce que tu fous là ?
- J'ai oublié mon walkman. - T'as rien à faire là.
Tu viens foutre le bordel ? Le soir des négos ?
Tire-toi. Casse-toi.
Ah, putain !
Je veux pas me battre.
[craquements]
Si t'insistes...
[cri]
Ça va pas, t'es malade ?
C'est pas moi.
- Désolée. - C'est André...
[Wook parle en coréen]
[traducteur] Yves Marchandeau était un homme bien, mais pas assez compétent.
Il a souhaité prendre sa propre vie et c'est tout à son honneur.
Au nom du groupe Kwandaï, je vous présente mes condoléances
et celles de mon père.
[grésillements]
Yo, les pirates. Ici Final Fuck.
En direct de l'usine Kwandaï, au cœur de la nuit.
Ici, on n'est pas là pour s'ennuyer comme un vieux croûton.
On suit nos petites mains favorites
qui demain, livreront nos machines.
Regardez-moi ça. Y a pas d'heure pour les machines.
On construit à toute heure.
On reste tant que la machine n'est pas prête. C'est l'autogestion.
C'est ça, Kwandaï. C'est français.
Bien.
En l'absence d'Yves, je veillerai
à ce que le plan social soit respecté en détail.
- Les ouvriers... - [alarme]
devront quitter l'usine rapidement.
[alarme]
Qu'est-ce qui se passe ? C'est quoi ?
C'est la chaîne de montage. Je vais voir.
[en anglais] Attendez, M. Kwandaï, tout va bien !
[alarme]
Oh... le salopard.
Bâtard.
[musique intrigante]
[cri de joie]
[en anglais] Qu'est-ce que ça signifie ?
M. Kwandaï, notre accord tient toujours.
Ce n'est rien.
[homme] Arrêtez.
Qu'est-ce que vous foutez ?
On a essayé de les arrêter, mais... Michelle.
C'est qui, le gros lard, là ?
- [sifflement] - [André] Jean-Pierre Angeli.
Un putain de franc-tireur.
Il se prend pour la Rosa Luxembourg de l'usine.
- [Robert] Et elle ? - [André] Et vous, vous êtes qui ?
Un ami.
Vous avez une minute ? Je vais vous raconter.
Vous avez un mouchoir ?
- Non. - Putain.
- [bips] - Putain... OK.
[acclamations]
Hé, attention !
Là, c'est ni monté, ni étalonné.
Ah oui.
T'as pas bu un verre de la journée.
Tu vois ?
T'es balèze. Rien à dire.
Je sais que t'as envie de partir.
Je peux t'aider. J'ai un peu de tune de côté.
En vrai, j'aimerais que tu restes.
T'inquiète.
Au point où j'en suis, je partirai après notre 1re paie.
OK. Deal.
On trinque pas avec de l'eau. Ça porte malheur.
Vas-y, arrête. Qu'est-ce qui peut nous arriver ?
- [femme] La CGT n'a pas répondu encore. - [homme] Normal.
Ils sont en congrès, ils ont leurs histoires à régler
avant de reprendre, je dirais, les activités normales.
Aujourd'hui, ce que montre l'invitation...
[on frappe]
Entre !
[on frappe]
[sonnette]
Qui est-ce qui me fait chier ?
[sonnette]
[sonnette]
[coup]
[grognements]
Ah !
Je peux ?
[soupir]
Tu dois te demander qui je suis ?
La main invisible du marché, non ?
Moi, je te demande pas qui t'es, je me suis renseigné.
J'ai eu accès à ta fiche de police, c'est instructif.
Sur ta fille, par exemple.
La pauvre.
Elle a pas eu la vie facile.
Sur ton addiction, aussi.
En gros, disons que t'as plus grand-chose à perdre.
Et ça, tu vois...
ça m'arrange pas.
Parce que je manque de moyens de pression.
Surtout qu'après ton succès d'hier soir, tu dois te sentir puissant.
C'est un peu ton heure de gloire.
Tu vas pas faire marche arrière après ça ? Je me trompe ?
Je comprends que t'aies pas envie de perdre ton boulot. Moi non plus.
La grande question du libéralisme.
Qu'est-on prêt à faire pour pas perdre son job ?
Exactement.
Toi, si tu fais bien ton boulot,
y a 40 clampins qui continuent à produire des fours micro-ondes.
Moi, si je fais bien le mien, la France
vend une centrale nucléaire à la Corée.
C'est quand même autre chose.
Non ?
Tes lectures t'ont monté à la tête.
T'aurais dû lire Smith. Ricardo.
Juste pour ouvrir l'esprit.
- Et varier les plaisirs. - Hum.
La poursuite de l'intérêt individuel qui aboutit
à la meilleure organisation économique possible.
Moi, j'ai l'impression que...
la planète et les 1,2 milliard de pauvres qui y vivent
disent le contraire.
Ouais. Mais tu vois...
Si t'avais pensé à ton intérêt individuel, tu serais pas là.
En face de moi.
[JP] Ah, d'accord.
Je comprends mieux les skins et tout ça.
Ah non. Ça non.
La Légion ne s'embarrasse pas de ce genre d'idées. L'honneur.
La patrie, tout ça, oui.
Être nazi aujourd'hui, c'est accepter d'être un loser.
Et puis... ils ont perdu la guerre, après tout. Non ?
Mais bon !
Des bruns pour casser du rouge, ça reste un classique.
Hum...
Et t'as l'impression que ça marche ?
Touché.
Ouais. C'est vrai que le petit personnel de la République,
c'est plus ce que c'était.
D'ailleurs, ils m'ont parlé d'une fille.
Tu connais son nom ?
Ça me ferait gagner du temps.
Hum... non.
Pas vraiment.
Blonde. Avec des dreads.
Blonde... avec des dreads ?
[gémissements]
Arrête...
Blonde avec des dreads...
Oui, OK, OK.
Ouais.
Ouais, je vois.
Une intérimaire.
Mais je lui ai jamais parlé...
Je crois.
Tu sais... dans les années 90,
en Algérie, on m'a embauché pour faire parler des gens.
Je suis devenu un spécialiste du mensonge.
Hum... Te fatigue pas, va.
Je vois où tu veux en venir.
T'aurais pas une clope ?
J'ai un truc à te raconter.
Alors voilà.
Quand tes amis les losers ont perdu la guerre,
on s'est retrouvés avec...
plein de nazis désœuvrés sur les bras.
Les Américains et les Russes ont récupéré
les scientifiques et les administrateurs.
Nous, il nous restait quoi ?
Des SS.
Des troupes de choc de la Wehrmacht.
[musique mélancolique]
Ça aurait été dommage de se passer de gens aussi efficaces.
Ça tombait bien, on avait un corps d'armée
qui leur permettait d'avoir une nouvelle identité.
Sans être trop regardant sur leur passé.
Alors...
tes amis les losers exterminateurs
qui ont mis l'Europe à feu et à sang
sont devenus des nôtres.
Et ils ont révolutionné la Légion étrangère.
C'est eux qui ont fait la légende redoutable
qu'elle est devenue.
Je dirais même que c'est eux qui ont fait de toi ce que tu es.
Eh ouais, mec.
T'es leur plus grand héritier.
[ils rient]
Tu peux rigoler.
On parlait allemand dans les tranchées à Diên Biên Phu.
Oh, bravo !
[il applaudit] Excellent !
Écoute, c'est la vérité.
Comme quand tu me demandes si je connais cette blonde
et que je dis que je la connais pas.
Aussi désagréable que ça te soit, c'est aussi la vérité.
Ah !
[musique mélancolique]
L'opium du peuple.
Tu connais ?
Tu peux m'arrêter, mais pas le mouvement.
[soupir]
Karl, il est mort comme moi.
Pauvre et seul.
Il a fallu qu'il meure pour qu'on s'empare de ses idées.
À l'époque, tout le monde se foutait de ce qu'il disait.
[soupir]
C'est le prix à payer, quand on veut être écouté.
[gémissements]
Ouais...
Comme Medgar Evers et tous les martyrs
dont on ne connaît pas les noms.
Ouais.
Ouais, je veux partir.
Mon héritage est entre de bonnes mains.
J'espère juste que je finirai pas la tête sur des t-shirts.
Ou des agendas.
T'en fais pas, va. Y a peu de chances.
Ouais...
[soupir]
Je le dis parce que je préfère prévenir.
[musique mélancolique]
Sous-titrage TITRAFILM
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