All language subtitles for 1973.Défense de savoir (fr malentendants)

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Original subtitles

"Le monde entier est une scène.

"Hommes et femmes. Tous n'y sont que des acteurs.

"Chacun fait ses entrées.

"Chacun fait ses sorties.

"Et notre vie durant, nous jouons bien des rôles."

[musique sombre]

[la musique devient plus rythmée et angoissante]

- Vous les connaissiez bien ? - Bof, vous savez...

- Et vous, vous les connaissiez ? - Personne ne les connaissait.

Ah, c'est facile.

[des cloches sonnent en continu]

Chef, les voisins, il y a rien à en tirer.

Bon, vas-y, j'arrive.

Comprenez, ils payaient jamais le loyer à la date.

On pourrait croire qu'ils le font exprès.

Pour vous obliger à vous déranger.

Écoutez, monsieur, j'ai pas de temps à perdre.

Alors aux faits, s'il vous plaît. Aux faits.

Les faits, les faits...

Oui, les faits.

Je suis rentré, elle était là, assise devant lui,

qui était allongé, mort.

Comme un cadavre.

J'ai pas pu en tirer un mot. Je vous ai prévenus tout de suite. Voilà.

Vous n'avez touché à rien ?

Je vous remercie.

Voyez mon collègue pour lui laisser vos coordonnées.

Coordonnées...

Alors, ça s'est passé comment ?

Hé ! Vous m'entendez ?

Vous fatiguez pas, chef. Elle a l'air un peu dérangée.

J'ai trouvé ses papiers.

Elle était pas mariée avec lui, et c'était pas son père non plus.

Simone Hild, qu'elle s'appelle.

Pourquoi vous nous avez pas appelés ?

Ça s'est passé comment ?

- Hé ! - Ah ! Me touchez pas !

Bon, ça va comme ça.

On l'embarque ! Allez, viens, toi.

Dépêchez-vous.

J'ai bien fait de la faire embarquer.

- T'en penses quoi ? - Moi, chef ?

Je ferais pareil que vous, chef.

Pauvre type...

- Personne n'a entendu le coup de feu ? - Non, chef.

Personne dans la maison.

[musique dynamique]

[tintement des clés]

[la porte claque]

Simone Hild est là.

[la porte s'ouvre et se referme]

Je m'appelle Jean-Pierre Laubré.

On m'a chargé d'assurer votre défense.

Ça va ?

Je veux dire, la prison, ça va ?

Ça va.

C'est vous, l'avocat ?

Oui. Pourquoi ?

Vous voulez en changer ?

Vous pouvez, si vous voulez.

Justement, je connais un très bon avocat.

Très brillant.

[vrombissement d'avion]

Vous avez de l'argent ?

Non, j'ai pas d'argent.

Alors c'est pas la peine de discuter. Il n'en est pas question.

C'est pas la peine de me faire perdre mon temps.

Mais je suis innocente, moi.

Bien sûr.

Mais comment vous savez ?

Bien, récapitulons.

L'homme avec qui vous viviez a été retrouvé mort, chez vous.

Ah oui, mais...

Moi, c'est quand je suis rentrée que je l'ai trouvé comme ça par terre.

Normalement, je restais toujours à la maison.

Mais là, j'étais trop énervée.

Alors il a fallu que je sorte prendre l'air, faire un tour.

Sans ça, je restais toujours à la maison.

J'aurais dû rester à la maison.

Ça n'allait pas, ce soir-là ?

J'étais trop énervée.

Où êtes-vous allée vous promener ?

Je sais pas, je suis sortie n'importe où, comme ça.

Dans les rues. Je suis sortie pour prendre l'air.

J'aurais pas dû, j'aurais dû rester à la maison.

Bon.

C'est fini ? Je peux m'en aller ?

C'est comme vous voulez.

Écoutez,

je l'avais vu la veille.

Il m'avait téléphoné

pour que je lui porte ses papiers et tout son argent.

Il m'avait donné rendez-vous au Buffet de la gare de l'Est.

- Tu me fais mal. - La maison...

La maison est surveillée. T'as été suivie.

Non ! Te retourne pas !

[propos indistincts]

N'aie pas peur.

Tu vas retourner à la maison, c'est tout.

- Tu as ce que je t'ai demandé ? - Oui.

Jean, dis-moi ce qu'il se passe.

Il se passe rien. M'attends pas ce soir ni demain matin.

Je te téléphone dès que c'est possible.

Qu'est-ce qu'il se passe, alors ?

T'es folle ? Tais-toi, enfin.

Tu t'affoles pas. Tu t'affoles pas.

C'est moi, tout seul.

Alors pourquoi c'est moi qu'on suit, alors ?

- Hein ? - C'est pour me retrouver moi.

C'est pas toi, c'est moi qu'ils suivent.

Ils t'ont suivie pour me retrouver.

J'ai fait une connerie en te demandant de venir.

Mais je pouvais pas prévoir qu'ils feraient si vite.

Me laisse pas seule à la maison, s'il te plaît.

Tu fais ce que je te dis.

[une tasse se casse]

Je t'en prie, Simone.

[homme 1] Ce n'est pas l'endroit pour faire des scènes de ménage.

Oui, monsieur, oui, monsieur.

- Je vous le paye. C'est combien ? - Trois francs quarante tout compris.

- Tenez, voilà. Merci. - Merci.

Simone...

Faut pas avoir peur, tu comprends ?

Bon, écoute.

Il y a des gens qui m'en veulent.

Je suis suivi, tu vois ?

Il faut que je me mette à l'abri.

J'ai pas d'autre moyen...

Faut que je me fasse foutre en taule.

Me faire arrêter exprès avec une petite connerie,

devant les flics, pour qu'ils soient obligés de m'arrêter.

Tu me suis ?

- Tu vois ? - Non, pas bien.

Mais si.

Faire une connerie devant les flics.

Rester un peu en taule, pour un truc pas grave, pas longtemps.

Tu vois, hein ? Hein ?

Bon, tu me laisses faire.

Voilà, là, je m'en vais.

Dès que je suis parti, tu rentres à la maison.

À la maison, hein ? Ouais ?

[Laubré] Le type qui vous suivait.

Vous savez pas qui ça pourrait être ?

[Simone] Ravier causait jamais de son boulot.

Il aimait pas le genre questionneur.

C'était quoi, le boulot de Ravier ?

Je sais pas.

Des fois, vous auriez pas un petit truc à bouffer ?

Non.

- Vous auriez voulu quoi ? - Du saucisson.

Sec ou à l'ail ?

Sec !

Je vous en apporterai, la prochaine fois.

Dans le dossier qu'on m'a remis,

on dit qu'une patronne de bistro de banlieue

a été assassinée,

avec des balles provenant du revolver de Ravier.

Ce bistro s'appelle "La grande borne", ça vous dit rien ?

Ce que je ne comprends pas,

c'est si Ravier avait tué cette femme,

pourquoi il aurait voulu se livrer à la police ?

- Il l'a pas tuée ! - Vous en êtes sûre ?

Il me l'aurait dit.

Il vous disait tout, alors.

Il faisait quoi, comme boulot ?

Je vous dis qu'il a tué personne !

Pourquoi il avait une arme, Ravier ?

Laissez-moi, laissez-moi tranquille !

Madame, venez vite ! Madame !

C'est terminé ?

- Oui. - Oh !

[musique rythmée]

[homme 2] On est au bar.

C'est à dix minutes d'ici.

Quoi ?

T'es complètement folle.

Il est très bien, mon copain. Correct et tout.

Ça fait chier, raccroche, merde.

Je te dis qu'elles vont venir. Hein ?

- T'as vu sa moto ? - Raccroche, merde.

Elles vont venir, je te dis.

Vous voulez le téléphone, monsieur ?

Non, merci.

[homme 2] Dans deux heures ? Non, c'est trop long pour nous.

- C'est minable. - Passe-moi ta sœur. Je vais lui parler.

- C'est dans la poche. - C'est râpé.

- On se rappelle. - Dépêche, on va rater la séance.

Ça bloque le téléphone une heure, et ça ne consomme même pas !

[il met des pièces dans le Jukebox]

[musique dansante]

Je peux téléphoner, s'il vous plaît ?

- Il est en panne ! - Oh là là.

Des clients comme ça, merci bien, je m'en passe.

Bon.

Vite. Donnez-moi tout ce que vous avez dans la caisse.

T'es pas dégonflé, mon petit gars.

- Toi, ta gueule. - T'énerve pas. J'ai rien dit de mal.

Allez, vite !

Oui, oui, j'ai compris.

- Qu'est-ce qu'il y a ? - Tu vois bien.

Bougez pas d'où vous êtes.

Tu vas me foutre le camp, sinon tu vas voir ce qui va se passer !

- Bougez pas. - C'est toi qui vas bouger.

Vous êtes fou ! Tirez pas !

- [coups de feu] - [coups de sifflet]

Rattrapez-le ! Il a tiré sur ma femme !

- Tirez pas, rentrez ! - Grouillez-vous, bande de feignasses !

- [musique rythmée] - [aboiements]

[sirènes de police]

- [coups de sifflet] - [sirènes]

Lâchez cette enfant.

Bon, alors, je vous en prie, vous allez me laisser sortir.

On veut simplement parler avec vous.

Gentiment, tranquillement.

Alors gentiment, poliment !

Gentiment, poliment !

Vous allez me laisser sortir, gentiment et poliment.

On vous laisse sortir si vous lâchez cette enfant.

Amenez-moi une voiture avec le moteur en marche.

- Une voiture ! - Laissez cette enfant !

Une voiture avec le moteur en marche !

Une voiture !

Si jamais vous essayez de m'arrêter une fois dehors,

c'est sur elle que je tire. Sur elle.

Si vous me laissez tranquille, je la laisse tranquille.

Je la laisse tranquille !

Faites ce qu'il dit. Allez chercher une voiture.

Allez-y, grouillez-vous !

On a fait ce que vous vouliez.

Ne touchez pas à l'enfant, ne lui faites rien.

Je vous promets, si vous la relâchez vite,

on ne vous poursuivra pas.

- [homme 3] La voiture est là. - Allez, écarte-toi ! Toi aussi.

Vous aussi là, les deux !

Vous vous écartez par là !

Allez, joue pas au con, toi. Écarte !

Dites-lui qu'il s'écarte.

Allez, écartez-vous. Obéissez, écartez-vous.

Les enfants...

Joue pas au con parce que...

[homme 4] Vous bougez pas.

Joue pas au con. Joue pas au con.

Oh, là-bas !

Écarte !

[musique rythmée]

Pas de flic, hein ?

Pas de flic.

Tu t'écartes, toi !

Allez, rentre.

[le moteur hurle]

Raconte-moi ce qu'il s'est passé avec le monsieur,

quand vous vous êtes retrouvés seuls.

Après avoir quitté l'école.

Je suis là, ma chérie. N'aie pas peur.

Eh ben, on a roulé, quoi.

Elle était rapide, son auto. C'était bien.

Quelle histoire !

Vous avez du courage de faire ça, quand même.

Et pourquoi, d'ailleurs, vous l'avez fait ?

Où on va ?

Vous allez demander des sous à ma grand-mère ?

Elle est pas tellement riche. Vous en tirerez pas beaucoup.

Si vous me faites pas de mal, je suis pas contre vous.

Mais après, il faudra que vous fassiez drôlement attention.

Là-bas, tout le monde vous a vu.

Ça va pas être facile.

Mais qu'est-ce que t'es chiante !

C'est pas moi qui suis allée vous chercher.

Bon, allez. Va-t'en.

[le vent souffle]

Et alors ?

Alors je suis partie.

- Il t'a laissée partir ? - Oui.

On vous a pas suivis ?

Les agents avaient promis.

Personne d'autre ?

J'ai pas regardé.

T'as pas remarqué s'il regardait dans son rétroviseur ?

Je sais pas.

- Je t'embête ? - Non, vous m'embêtez pas.

Je t'embête un peu, non ?

Dis-moi "tu", Marie.

Pourquoi ?

Si tu me dis "tu", j'aurai l'impression de moins t'embêter.

Comment tu es rentrée chez toi ?

C'est un camionneur qui m'a ramenée.

[musique nostalgique]

Je t'ai dit de t'en aller.

Excusez-moi.

Pourquoi tu as dit au monsieur "Excusez-moi" ?

Je sais pas, moi.

Il avait l'air embêté.

Il était seul. Comme je pouvais pas l'aider,

ben, je me suis excusée.

- C'est normal. - Oui.

Je t'excuse, mais va-t'en, allez.

Je peux rien faire pour vous ?

Non, rien. Va-t'en.

Vous allez pas mourir ?

Je vais pas mourir. Va-t'en.

[musique nostalgique]

Allez, allez.

Je reste dans le couloir.

Si vous voulez pas me voir, je m'en vais.

Je peux faire nommer quelqu'un d'autre.

Hein ?

Sinon, il faut m'aider.

Il faut pas me faire la gueule comme ça.

Hein ?

Oh, puis merde.

Je compte jusqu'à dix, et...

si vous refusez de me parler, je m'en vais.

Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit,

neuf...

Je reviens du bistro de banlieue.

C'est bien Ravier qui a tué la bonne femme.

- Non. - Si.

Je vous dis que c'est lui qui l'a tuée.

Moi, je vous dis que non.

[il rit doucement]

Bon.

Donc il a tué la bonne femme et on lui a tiré dessus.

Mais il est pas mort de ça.

Il est mort d'une balle tirée de son propre revolver

à bout portant, plus tard.

De deux choses l'une : ou il s'est suicidé,

ou on veut faire croire qu'il s'est suicidé.

Justement, c'est ça que la police pense.

Quoi ?

Que vous voulez faire croire au suicide.

Moi ?

- Il faut pas pleurer. - Mais je pleure pas.

Tout ça, c'est...

- Il vous battait, Ravier ? - Mais enfin, vous êtes fou.

Ravier était gentil. C'est pour ça qu'il me gardait.

C'est pas avec moi qu'il aurait dû être.

C'était avec une autre fille. Il était amoureux.

Même que plusieurs fois,

j'ai voulu me tirer pour le laisser tranquille.

Chaque fois, il m'a rattrapée et ramenée.

- Vous la connaissiez, cette fille ? - Très bien.

[des pas résonnent]

Monsieur ?

Madame Berrand, s'il vous plaît.

Comment êtes-vous entré ?

Par la porte.

Une jeune fille m'a ouvert et dit de monter.

C'est incroyable, cette maison.

Vous voulez quoi ?

Je suis avocat,

chargé de défendre Simone Hild.

Qui est accusée du meurtre de Jean Ravier.

Mme Berrand pourrait me donner des renseignements sur Jean Ravier.

Madame n'est pas là.

- Vous ne boitez plus. - Non. Pourquoi ?

- Le bras ? - Ça, malheureusement, c'est vrai.

Je l'ai vu le soir de sa mort.

- Il avait rendez-vous. - Avec qui ?

Avec qui il avait rendez-vous ?

Il surveillait les panneaux électoraux pour Cristani.

Cristani, le type dont le fils a été tué dans un accident de voiture ?

Je sais pas. Il se présente aux élections.

[vrombissement de moteur]

[explosion]

[tirs de mitraillette]

[explosion]

Tu as quoi ? Qui tu guettes ?

J'attends Descarne.

Pour une fois que j'étais libre.

C'est le boulot, c'est le boulot.

- Je sais pas je te verrai demain. - Je sais bien, c'est pas marrant.

Ça change rien de le dire.

Je sais bien que ça change rien de le dire.

- Tiens, le voilà. - Tu en as pour longtemps ?

Non, mais après, on va surveiller les panneaux électoraux.

- Encore ? - Ben...

- Salut. - Bonjour, bonjour, Judith.

- Attends cinq minutes. Je te ramène. - Non. Je vais plutôt prendre un taxi.

- Salut. - Au revoir.

Alors ?

- Ready? - Ready...

C'était pas un type intéressant.

Malheureusement, pour faire ce métier, nous n'avons guère le choix.

Vous l'utilisiez pour quoi, au juste ?

Des renseignements, qu'il glanait çà et là, dans son milieu.

Des boîtes à Montmartre...

En fait, j'avais assez peu de rapports avec lui.

C'était un nerveux, pas très facile à manier.

Vous l'avez vu le soir de sa mort, la veille ?

C'est un hasard.

Je vous serais reconnaissant de garder tout ça pour vous.

Vous me comprenez.

Il s'intéressait à la politique aussi ?

Ah bon, vous croyez vraiment ?

Vous n'étiez pas au courant ?

Pas du tout, non.

C'est très difficile de tout savoir sur ce genre de type.

De politique, dites-vous ? Mais pour le compte de qui ?

Je ne sais pas.

Vous avez raison.

S'il s'intéressait à la politique, c'est qu'il était payé.

Je dis ça uniquement parce que je vois mal Ravier

agir par conviction personnelle.

Êtes-vous sûr de vos renseignements ?

Non.

Je ne sais plus qui m'a parlé de ça.

Euh...

Non, je ne sais plus.

Oui.

En tout cas,

je vais faire faire des recherches de ce côté-là.

Je suis désolé, je ne vous aide pas beaucoup.

Apparemment, c'est plutôt vous qui me donnez de nouvelles pistes.

Vous aviez encore quelque chose à me demander ?

Non.

Non, pas pour le moment.

[Descarne] Eh bien, bonne chance.

[musique inquiétante]

Puis-je savoir pourquoi vous voulez voir mon mari ?

Je ne veux pas vous importuner avec ça, madame.

Votre visite a un rapport avec mon fils ?

Je ne sais pas.

- Voulez-vous vous asseoir ? - Non, merci.

Il faut absolument que je voie M. Cristani.

- Mon mari vous connaît ? - Non.

[musique classique]

Soyez gentille de prévenir Monsieur.

Il est très occupé en ce moment.

Une campagne électorale...

Je n'imaginais pas ce que c'était.

C'est vide, ici.

C'est trop grand, vraiment.

Au fond, je n'ai jamais aimé cette maison.

Vous avez une fille, je crois.

Elle ne rentre que pour dormir.

Elle est passionnée de théâtre, en ce moment.

Elle s'est toujours passionnée pour quelque chose.

- Vous ne voulez pas vous asseoir ? - Non, merci, madame.

Par exemple, elle jouait très bien du piano,

et un beau jour, brusquement, elle en a eu assez.

C'est une vraie nature.

Elle skie remarquablement.

C'est bien, ça.

- Vous skiez ? - Non, merci.

Non, pas du tout, non.

Monsieur est occupé.

Vous pouvez prendre rendez-vous avec son secrétaire, à son bureau.

C'est désolant, mais je m'en doutais un peu.

Si je peux vous être utile à quelque chose...

Je ne pense pas, merci.

Alors, au revoir.

[musique classique]

Il est assez vif. Il n'a pas perdu de temps.

C'était assez imprévisible.

D'habitude, les avocats de son âge et commis d'office...

Bref.

J'avais pensé à faire changer Simone Hild d'avocat,

mais ça pourrait paraître bizarre.

Par contre, ça ne doit pas être difficile de la faire libérer.

Il n'y a encore aucune preuve réelle contre elle.

Et elle n'est au courant de rien, c'est clair.

Mais...

C'est elle qui a parlé de vous à ce Laubré.

Non. J'ai mon idée là-dessus.

C'est une piste qui ne peut pas le mener bien loin.

Il sait que j'ai vu Ravier la veille au soir,

mais il ignore que je l'ai revu le lendemain matin.

C'est-à-dire après.

- Salut. - Salut.

J'ai pas beaucoup de temps.

Je ne te cache pas que tu es dans de sales draps.

De très sales draps.

- C'était de la légitime défense. - Et de la police.

J'ai fait mon boulot. J'ai vu massacrer...

Ton boulot, c'était de regarder et d'écouter.

Arrêtez-moi.

Tu voudrais qu'on te protège ?

Non ! Vous me protégez pas,

vous me foutez en taule, vous faites votre boulot !

Ah non, arrête de parler boulot.

C'était dangereux de t'utiliser, mais je pouvais pas prévoir

que t'irais jusque-là.

Il fallait que je me laisse tuer ?

Il fallait attendre d'être seul pour me téléphone

et pas se laisser découvrir aussi connement.

Écoute.

Cristani sait que t'as tout vu.

Si on t'arrête, t'es foutu.

Tu sais très bien qu'il niera tout.

Ce serait un tel scandale...

Il y a eu plein de témoins !

Pas un seul. On a enquêté, il n'y a que toi.

Les fumiers !

La seule chose que tu puisses faire, c'est de disparaître

et attendre qu'on t'appelle.

Ah bon ? Cristani va me laisser tranquille, moi ?

- Oui. - Oui.

C'est son intérêt.

Vous vous êtes mis à combien pour trouver ça ?

On peut rien faire pour toi.

Tu es trop dangereux.

Hé !

Si j'allais tout raconter aux journaux ?

Quels journaux ?

Ceux qui sont contre Cristani.

Tu pourras jamais prouver que tu travaillais pour nous.

Les journaux sont très prudents, en ce moment,

tu sais.

Bon, allez.

Allez, foutez le camp. Tirez-vous.

- D'accord. - Oui, oui.

Mets-toi au vert un moment. C'est le mieux.

Au vert ? Où ça, au vert ?

Ça, c'est ton problème.

Fumier. Fumier !

[marteaux-piqueurs]

[homme 5] La première phrase en place.

[femme 1] C'était vous, mon très cher père,

qui, par votre art, avez soulevé les eaux sauvages,

avec une telle fureur.

Je vous en prie, apaisez-les.

[homme 5] Tu te lèves sur "Oh, comme j'ai souffert".

[femme 1] Oh, comme j'ai souffert avec ceux que je voyais souffrir.

Tu descends du praticable.

Tu dois arriver sur Clément à la fin de la prochaine.

Attends. Oh, comme j'ai souffert...

Un vaisseau qui, sans nul doute, portait de nobles créatures

brisées en mille pièces.

Oh, leur crime... Tu tombes aux pieds de Prospero.

Oh !

Leur crime est venu frapper droit au cœur.

Un temps.

Tu te tournes face public.

Ça, c'est pour toi, tu revois la tempête.

Les pauvres âmes, elles ont péri.

Euh... Oh ! Merde.

Mais j'y arrive pas !

C'est simple. Tu comprends pas les mots ou quoi ?

- Mais si, mais je... - Alors ?

- Allez... - Qui c'est, lui, là ?

Quoi, il y a quelqu'un ?

[musique angoissante]

Police.

Je voudrais parler à Mlle Cristani.

Vous voulez quoi ?

C'est personnel.

Alors ?

Je ne suis pas flic. Je suis avocat.

Ah oui ?

Je suis chargé de défendre une cliente qui est accusée de meurtre.

Je vois vraiment pas le rapport avec moi.

Il y a aucun rapport avec vous.

Non, euh...

Je voulais savoir si vous pouvez me donner

des précisions sur les circonstances de la mort de votre frère.

[musique intrigante]

Vous êtes fou ou quoi ?

Le type qui a été tué

surveillait l'affichage électoral de votre père.

Écoutez, ça suffit.

Je ne sais pas ce que vous cherchez,

mais je vous conseille d'aller faire votre sale boulot ailleurs.

J'étais certain que vous me répondriez ça.

- Ah. - Oui, vous avez raison. C'est normal.

C'est vrai que je fais un sale boulot.

Vous allez me faire pleurer si vous continuez.

Bon, excusez-moi. Excusez-moi.

Je m'en vais, excusez-moi.

C'est ça, au revoir.

"Je suis vraiment avocat.

"Je ne cherche pas à faire un scandale,

"je ne suis pas un maître chanteur, etc.

"Si vous voulez m'aider, je suis là-bas,

"près de la grille.

"Sinon, excusez-moi encore."

[un moteur rugit]

Petite conne !

[les pneus crissent]

- Ça va ? - Ça va.

Excusez-moi pour tout à l'heure.

Mais vous m'avez drôlement énervée, avec vos histoires.

Excusez-moi, il y a pas de mal.

Dites donc.

Que voulez-vous savoir, au juste ?

Je sais pas très bien moi-même.

Il y a l'histoire de ce type,

le type qui a été tué le soir,

le soir où...

Vous savez, le type qui surveillait l'affichage électoral de votre père.

Il a été tué le même soir que votre frère a eu son accident.

Bon.

Et puis...

J'ai demandé à des gens, posé des questions,

et personne ne veut me répondre.

C'est simple.

Vous n'aviez qu'à aller voir mon père.

J'ai essayé d'aller voir votre père,

mais il a refusé de me recevoir.

Dites...

Qu'est-ce que mon frère aurait à voir, au juste ?

J'ai une question très précise.

Quand avez-vous vu votre frère pour la dernière fois ?

Tu n'accompagnes pas ta sœur, Bruno ?

J'ai une soirée sportive.

Soirée sportive ? Où ça ?

Les jeunes filles sont interdites.

Quelques heures avant son accident.

Il devait m'accompagner ici.

Puis il n'a pas pu parce qu'il allait à un rendez-vous de sport.

- Du sport la nuit ? - Pourquoi pas ?

Vous savez pas avec qui il avait rendez-vous ?

Quand il a eu son accident, il était seul.

La voiture a raté un virage,

et elle a pris feu, c'est ça ?

Hein ?

- C'est ça ? - Oui, c'est ça !

Je sais...

Non, vous savez pas ! Vous savez rien !

Vous racontez absolument n'importe quoi !

Je vous ai rien raconté.

C'est encore pire,

vous essayez de me faire parler !

[ses pas s'éloignent]

Oui ?

J'étais étonné de ne pas te voir. Je me demandais si tu étais rentrée.

Je viens juste d'arriver.

Je t'attendais pour le thé.

Il est 18 h, tu sais.

Je voulais pas te déranger.

Toute une journée sans toi, c'est long.

Et notre thé, c'est sacré.

- Je ne te dérange pas ? - Non, papa.

Juliette.

Juliette ?

Hmm.

Tu ne peux pas t'empêcher de moins penser à lui ?

Et toi, papa, tu peux ?

Je n'arrive pas à y croire,

mais il nous faut aider ta mère. C'est pire pour elle.

Elle s'en cache, mais elle a mal.

Très mal.

Tu sais,

cet après-midi, un avocat est venu au théâtre.

Me voir.

Un avocat ? Quel avocat ?

Un certain Laubré.

Jean-Pierre Laubré.

Jean-Pierre Laubré, tu dis ? Connais pas.

Que voulait-il ?

Ben, il avait cherché à te joindre, et tu l'as pas reçu.

Tu sais, en ce moment, je n'ai guère de temps.

Pourquoi est-il allé te voir, toi ?

Je sais pas.

Il voulait des renseignements, et comme il avait pas pu te voir...

Enfin, des renseignements sur quoi ?

[il rit] Il ne manque pas d'audace.

Aller déranger ma propre fille, quel sans-gêne.

Mais je vais le faire saquer, moi !

Et vite, encore.

Excuse-moi, je me suis emporté.

Je ne veux pas qu'on t'embête.

[il souffle]

Si tu savais comme je suis fatigué.

Il me semble parfois que j'ai mille ans.

- Papa ? - Hmm ?

De quoi Bruno est-il mort ?

- Mon petit, tu le sais bien. - Non, je le sais pas.

C'est ça, un coup de poing américain ?

Oui.

Mais moi, je ne fouille jamais dans tes affaires.

C'est ma façon de t'aimer.

Laisse ces histoires à ton vieux papa.

D'abord, tu n'es pas vieux.

Je veux savoir ce qui est arrivé à mon frère.

Un homme est mort la même nuit que Bruno.

Il était dans l'équipe qui collait tes affiches.

Qu'est-ce que c'est que toutes ces histoires ?

C'est exactement ce que je te demande.

Tu es là, toute raide.

Tu ne veux pas t'asseoir ?

Je suis pas fatiguée.

Il t'a raconté quoi, ce type ?

Je ne te crois plus.

J'ai plus confiance.

C'est fini.

Tu verras plus tard, comme tout ça est difficile.

Juliette, je veux juste te protéger.

Même si je te le demande pas ?

Surtout si tu me le demandes pas. Écoute, Juliette.

Tu as tout ce qu'une jeune fille désire, tu fais même du théâtre.

Avec des gens que je n'approuve pas toujours.

Mais je ne t'empêche pas de faire ce que tu aimes.

Cependant, je suis seul juge de mes actions.

Et toi, ma fille, tu dois me faire confiance.

Papa, je t'en prie.

Fais-moi grâce de tes discours.

On dirait que tu répètes.

T'es un grand orateur,

t'es un homme cultivé

et t'es mon père. Mais je dois savoir certaines choses.

Et je les saurai. C'est important pour moi.

Tant pis pour nous deux si tu le comprends pas.

[la porte claque]

[il rit]

Tout cela est ridicule, voyons.

C'est gentil d'être venu si vite.

Tu m'appelles si rarement.

Je le regrette assez, tu sais.

- Un frère, ça doit être terrible. - Ouais.

Je me sens vraiment seule, maintenant.

- Pourquoi tu me dis ça comme ça ? - Parce que c'est vrai.

Ça te choque ?

T'y vois un sous-entendu ?

Non, pas du tout, non.

Écoute...

Écoute-moi.

Je ferais tout pour que tu sois moins triste.

- Tu sais tout ce que tu es pour moi ? - Ouais.

Tu me l'as prouvé assez jeune.

On est assez grands pour en parler, maintenant ?

Pour essayer d'éclaircir les choses entre toi et moi.

Toi ?

Toi, éclaircir les choses ?

À chaque fois que j'y pense,

j'ai l'impression d'avoir été un tel salaud...

C'est vrai que ça m'a pas mal foutue en l'air.

C'était un moment à part.

J'étais fou, je crois.

Et puis, tu faisais déjà tellement femme...

J'avais 14 ans, quoi. Hein ?

Tu m'en veux toujours, n'est-ce pas ?

Non, vraiment pas. Je t'en veux pas.

Remarque, j'ai eu et j'ai toujours

tellement honte, vis-à-vis de toi, ton père.

Tu sais, je ne lui ai jamais rien dit. Jamais.

Je sais. J'ai confiance en ta loyauté.

Ouais.

C'est fou ce qu'on peut être loyaux dans cette famille.

On se dit jamais rien.

Il est sous-entendu qu'on sait tous,

et qu'on doit se taire.

La mort de Bruno, par exemple.

Quoi, la mort de Bruno ?

Tu sais, Jean, te fatigue pas, c'est pas la peine.

Je suis au courant.

- Je sais que tu y étais. - Qui t'a dit ça ?

C'est papa.

J'ai rien pu faire, tu sais.

C'est ce qu'il m'a dit, mais...

Quand même, ça me paraît incroyable.

Tu sais bien comme Bruno était impulsif, nerveux.

- Quand même... - Ça s'est passé si vite.

Raconte-moi, Jean.

Raconte-moi en détail.

Ah non, non.

Si ton père apprend que je t'ai raconté...

Oh, je te jure, je lui dirai pas !

Pour moi, il faut que je comprenne.

Il faut que je sache pourquoi !

Je crois pas.

Qu'est-ce que tu peux en savoir ?

- Je sais pas... - Qu'est-ce que tu peux en savoir ?

[grondement métallique]

[homme 6] Fonce, les autres arrivent de l'autre côté.

N'oublie pas. Dès qu'il a rejoint les autres, clac, les phares.

- [les pas résonnent] - [grincement métallique]

[on siffle]

[les pneus crissent]

[grondement du train]

[coups et cris étouffés]

Bruno ! Arrête !

Bruno, arrête ! Écoute-moi !

[cris]

Bruno, Bruno ! Arrête, nom de Dieu !

Bruno ! Fais pas le con !

Bruno, Bruno, écoute-moi !

- Arrête ! - Lâche-moi !

Arrête !

Bruno, écoute-moi ! Arrête.

[grondement du train]

Merde, tu l'as bousillé. Regarde !

Bon, séparation.

On va au troquet pour le contact de trois heures. Ciao.

Si le type a eu un accident, ton père sera fâché.

Ta gueule.

Je lui en ai simplement foutu plein la tronche.

Tu parles !

C'est pas la première fois que je vois un type dans cet état. Il est foutu.

Et après ?

- Mon père est prêt à prendre ce risque. - Ah ouais ?

- Si près des élections, ça m'étonnerait. - Ça suffit comme ça.

Si tout le monde ferme sa gueule, ça ira.

Si tu voulais pas de témoins, il fallait supprimer les autres.

Ils savent pas qui on est.

Et puis, dans le noir...

[musique dansante]

[Bruno bouscule une tasse]

Qu'est-ce qu'ils foutent, merde ?

J'espère qu'ils ont pas eu d'ennuis.

Je vais pisser.

- [musique dansante] - [Ravier compose un numéro]

Allô ? Je voudrais le bureau de l'inspecteur Descarne.

Viens ici !

J'étais sûr que t'étais un flic !

[cri de douleur]

[grognement de douleur]

[musique dansante]

Je vais le crever.

[coup de feu]

[la musique accélère]

Bonjour.

Bonjour. Comment ça va ?

Ça va, s'il y avait pas l'école.

Il y a que les enfants qui travaillent.

T'aimes pas l'école ?

Si, j'aime bien ça.

J'aimerais mieux faire un métier comme le vôtre, me promener.

T'as raison, c'est plus marrant.

Vous en êtes où de votre enquête ?

Nulle part.

Tu peux me dire "tu", tu sais.

Je préfère pas.

Vous avez fait arrêter beaucoup de criminels ?

Non. C'est pas mon boulot.

Le type qui m'a enlevée, c'était un gangster ou un criminel ?

C'était pas un gangster ni un criminel, mais c'était un type dangereux.

Tu as dû avoir peur.

Non, pas tellement.

Quand même, il avait un revolver.

T'as pas vu s'il y avait des balles dans son revolver ?

Oh, j'y connais rien.

Bon.

Au revoir, Marie. Je dois rentrer.

Vous reviendrez me voir ?

Ma grand-mère veut pas que je lise les journaux.

Si je sais quelque chose de nouveau, je viendrai te le dire.

- Salut. - Salut.

[bourdonnement électrique des travaux]

Bonsoir, M. Laubré. Deux personnes vous attendent.

Ah bon ?

[voix étouffées]

[homme 7] Pourquoi tu lui laisses pas un mot ?

[femme 2] Je veux le voir.

[homme 7] C'est lui ?

Eh bien, il était temps !

C'est vous, l'avocat ? Je suis très heureux de vous connaître.

- Je suis le cousin de Simone. - Enchanté.

C'est pas mon cousin. C'est un ami.

Vous ne vous êtes pas évadée ?

- Ils m'ont libérée. - Ah bon ?

- Ça fonctionne bien, la police ! - Je suis pas de la police.

Vous m'en direz tant.

Vaut mieux pas chercher à comprendre ce qui se passe dans leurs têtes.

Ils m'ont donné ça.

Ils vont vous en envoyer un aussi.

J'avais pas vu, ça.

"Faute de preuve" ? Mais il y en a jamais eu.

Qu'est-ce qui leur prend ?

Pour une fois qu'ils font bien leur boulot,

vous allez pas leur en vouloir ? Surtout qu'elle a rien fait.

Ils vous ont rien dit d'autre ?

- Non. - Vous en faites pas, mon vieux.

Vous en aurez encore, du boulot !

Les coupables, c'est pas ça qui manque.

[il rit]

Allez, on y va.

Excusez-nous. Ça fait deux heures qu'on attend,

et j'ai un rendez-vous important.

Elle a tenu à vous voir avant de partir.

- Au revoir. - Au revoir.

Où je peux vous joindre si j'ai besoin de vous parler ?

C'est derrière l'enveloppe, mon nom et mon adresse.

- Vous avez pas le téléphone ? - Non. Ma mère l'a.

[des chiens aboient au loin]

- Rentre s'il te plaît, il fait froid. - Je rentre.

[craquement du parquet]

Bonsoir.

J'avais peur de me tromper de porte.

J'ai pas bien compris la dame en bas.

Vous vous trompez pas. J'habite bien ici.

Je passais dans le quartier, puis...

- Je ne vous dérange pas ? - Non. Pas du tout.

Entrez, on va réveiller tout le monde.

Asseyez-vous.

Vous voulez boire quelque chose ?

Non, merci. Je sors de table. J'ai pas soif.

J'étais en train de ranger mes dossiers.

C'est une affaire terminée.

Vous avez trouvé quelque chose ?

Euh...

Non.

On a libéré ma cliente. J'ai plus de cliente.

On l'a libérée aujourd'hui, faute de preuves.

Quelque chose me dépasse, là-dedans.

Qu'est-ce que vous avez ?

Comment ça ? J'ai rien.

Pourquoi vous me regardez comme ça ?

Vous saviez pour la libération de Simone Hild ?

Moi ? Pourquoi je serais au courant ?

Je sais pas. Je vous dis ça comme ça.

J'aime beaucoup mon père.

C'est bien, ça. Bien sûr.

Quoi, bien sûr ?

C'est pas facile pour vous, vous savez.

C'est pas facile pour moi, je sais.

Je dis pas ça pour vous, mais pour mon père !

Vous me rendez dingue, là !

Vous croyez que...

C'est rien...

Pourquoi vous êtes agressive comme ça ?

Écoutez.

Vous me laissez jamais tranquille, vous venez au théâtre...

- Je vous laisse tranquille. - Non. Vous me laissez pas tranquille !

Vous venez au théâtre

me raconter des trucs invraisemblables sur mon père, sur mon frère,

vous me forcez à fouiller...

Je vous ai forcée à rien du tout.

Si ! Arrêtez de vous poser en juge.

Je me pose pas en juge !

- De quoi parlez-vous ? - Je parle de vous !

Vous débarquez dans la vie des gens comme ça,

vous fouillez dans leurs affaires, pour leur foutre la trouille,

vous déposez votre carte, royal. Vous partez et on doit se débrouiller.

Parlez pas si fort, ça sert à rien.

- Il faut que tout serve ? - Et puis merde !

Je m'en vais, moi.

Merde...

[des pas s'approchent]

Et ma clé ?

J'ai pas de clé, je suis à la porte !

Vous vous en foutez, hein ?

Petite conne !

C'est encore ouvert, M. Laubré.

Il faut pas vous affoler comme ça, voyons.

Juliette ?

Juliette ?

[il souffle]

C'était pas la peine de te déranger, papa.

J'avais dit à maman que je n'irais pas. Et j'ai pas changé d'avis.

Je n'ai pas l'intention de t'imposer quoi que ce soit.

Mais tu m'avais promis.

- C'était avant. - Avant quoi ?

Pourquoi n'es-tu pas rentrée cette nuit ?

Je suis allé voir dix fois dans ta chambre.

Tu as eu de la chance de ne pas attraper froid.

On m'a prêté un sac de couchage.

Oui, bien sûr.

Le théâtre...

[il rit]

Du temps de Copeau, toute la troupe vivait ensemble.

Ils ne quittaient jamais leur théâtre.

Ou bien c'était Dullin.

Ça n'a rien à voir avec le théâtre.

Et tu le sais très bien.

Maintenant, papa, va-t'en. Je t'en prie, laisse-moi.

Enfin, Juliette.

Tu es folle ou quoi ?

D'accord, je ne t'embête plus avec cette inauguration.

Je pensais te faire plaisir en venant te chercher. On t'avait...

L'image sacro-sainte de la bonne famille française ?

Oh, écoute, Juliette !

Je t'en prie.

Pas de grossièretés.

[un sifflement résonne dehors]

Tu m'as l'air fatiguée.

Tu devrais partir te reposer un peu.

Et reviens-nous en meilleure forme.

[la porte se ferme]

J'en veux pas, je ne veux rien !

- Je veux plus jamais rien ! T'entends ? - M. Cristani ?

Encore vous ? Foutez-moi la paix !

Vous me connaissez ?

Naturellement, pas un mot à Madame.

[il toque à la porte]

Que voulez-vous encore, vous ?

Encore moi ?

Je veux rien, je vais très bien. Je vous remercie.

J'avais déjà entendu parler

des gens qui balancent l'argent par les fenêtres,

mais je savais pas que ça existait réellement.

Grâce à vous, ce mythe devient une réalité.

J'en suis bien contente pour vous.

Cet argent, vous le voulez pas ?

- Faites-en ce que vous voulez. - Ah bon.

Merci, je le garde.

- J'aime bien l'argent, moi. - Oh, ça va.

Qu'est-ce que vous vous imaginez ?

Bouleverser l'ordre social en jetant l'argent par les fenêtres ?

Ma vie ne regarde que moi. C'est mon problème.

"Ma vie ne regarde que moi. C'est mon problème."

Et je te balance l'argent par les fenêtres.

Je crache à la gueule de mon papa qui vient me dorloter.

Vraiment...

Excusez-moi, je pensais pas ce que je disais.

C'est pas ça.

C'est mon frère.

Il a été tué par votre type.

Mon père a essayé de faire croire à un accident d'auto.

C'est ça que tu venais me dire hier ?

J'ai pas pu.

Je dirai plus jamais rien.

Je crois aussi que c'est mon père...

[cris de joie d'enfants]

- Bonjour, Laubré. - Bonjour.

Je t'avais dit que si j'avais du nouveau, je viendrais. Me voilà.

- Qu'est-ce que vous avez trouvé ? - Oh, moi, j'ai rien trouvé.

- Ils ont libéré ma cliente. - Et alors ?

Alors pour moi, c'est fini.

- Vous allez plus chercher le coupable ? - Non.

Ils ont pas besoin de moi. C'est normal.

Alors qui va le chercher ?

La police.

La police continue son enquête.

La police, c'est ceux qui sont venus avant vous ?

Oui.

Pourquoi tu me demandes ça ?

Ils sont plus jamais revenus me voir.

Ils avaient sûrement plus rien à te demander.

Vous, vous êtes bien revenu me voir.

L'autre fois, c'était un hasard. Et cette fois, je t'avais promis.

Alors on va plus se revoir ?

J'habite très loin d'ici, tu sais.

Et les gens ?

- Qui, les policiers ? - Oui.

Ils vont faire quoi ?

Je t'ai dit. Ils vont continuer à chercher le coupable.

Alors ils vont revenir me voir.

Non, puisque tu leur as tout dit.

[échos d'enfants qui jouent]

Tu leur as tout dit, Marie, hein ?

Oui, comme à vous.

Ben, tu vois.

Bon.

- Travaille bien à l'école, Marie. - D'accord.

- Au revoir. - Au revoir.

Laubré ?

[musique mélancolique]

- Tout le monde vous a vu là-bas. - Oh, ce que t'es chiante !

Oh !

Dites, c'est pas moi qui suis allée vous chercher.

Bon, allez, file. Allez, file !

[il souffle]

[faible sifflement du vent]

Veux-tu me donner ça !

[coup de feu]

Oh, ben, toi, t'es vraiment chiante.

- Excusez-moi. - Allez, va-t'en.

Je peux rien faire pour vous ?

Va-t'en.

Vous allez pas mourir ?

Veux-tu t'en aller ?

[musique mélancolique]

[la foule scande des slogans]

Cristani, c'est fini ! Cristani, c'est fini !

Cristani, saloperie ! Cristani, saloperie !

[la foule lance des insultes et des huées]

Halte au scandale ! Halte au scandale !

Halte au scandale ! Halte au scandale !

Halte au scandale !

[femme 3] Pourquoi ils manifestent ?

[homme 8] C'est rien. C'est une vieille histoire d'expulsion.

[homme 9] Je vous assure qu'on ne risquera plus rien.

C'est absurde de se mettre dans ce genre de situation.

Vous salissez pas trop.

J'ai un contact qui salit en ce moment.

[la foule scande des slogans dehors]

Je crois que ce n'est pas la peine de me présenter.

Messieurs, je vous en prie. Merci.

Vous les entendez ?

Et encore, ils savent pas tout.

Moi, je sais toute la vérité en ce qui concerne votre fils.

Il a tué à coups de matraque un jeune homme

qui n'avait pas les mêmes opinions politiques que vous.

Il n'est pas mort dans un accident de voiture.

Il a été descendu par un petit indicateur.

Si vous pensez qu'avoir libéré Simone Hild m'arrêtera,

vous vous trompez complètement, M. Cristani.

J'irai jusqu'au bout.

Je ferai éclater le scandale.

J'ai rendez-vous demain avec le procureur.

Je vous préviens...

Du chantage, à présent ? Vous vous croyez à Chicago ?

Nous sommes en France, monsieur, entre gens civilisés.

Je ne sais pas qui vous appelez "des gens civilisés",

et je me demande si j'en fais partie.

Franchement, je me le demande aussi.

[la foule scande des slogans]

Votre chauffeur vous attend devant la sortie de service.

Nous pouvons partir.

Par ici nous serons tranquilles, j'espère.

La voiture doit être là. Ah oui ! Étienne.

Mort aux cons !

Vaste programme. Avancez, chère amie.

À la maison.

J'ai autre chose à vous dire, M. Cristani.

Ravier a été tué par une petite fille.

La petite fille qu'il avait enlevée.

C'était un accident.

C'est une bonne nouvelle, ça, hein ?

La petite fille ?

Ça, par exemple...

Tu m'as l'air bien surprise.

Je n'imaginais pas qu'une enfant puisse...

Que croyais-tu donc ?

Il ne faut pas laisser les enfants jouer avec des armes à feu.

Mais c'est très gentil à toi de toujours et de toute façon

rester aux côtés de ton vieux mari.

- Bonsoir, M. Laubré. - Bonsoir, madame Monique.

Je vous ai vu me chercher.

J'étais sur la place.

Je me suis cachée.

Qu'avez-vous raconté à mon père ?

- Tout. - Tout quoi ?

Tout ce que je savais.

Je lui ai aussi parlé du rendez-vous chez le procureur.

Pourquoi ?

Je ne pouvais pas faire autrement.

Si, vous pouviez faire autrement.

Justement, vous pouviez faire autrement.

Ça aurait mieux valu, vous le savez très bien.

- Mieux valu pour qui ? - Pour vous.

En allant le voir, vous lui avez donné tous les arguments

pour qu'il prépare sa défense.

Ça, vous le savez.

Ce que vous voulez, c'est ça.

Ça, quoi ?

Tout foutre en l'air.

L'échec, c'est si bien.

Tellement plus facile.

Plus réjouissant de faire ce qu'il faut pas.

Se retrouver dans sa petite pension de famille,

s'asseoir,

pour continuer à détester bien tranquillement tout le monde.

C'est ça, hein ?

C'est ça ?

Et moi ?

Moi, hein ?

Moi, vous me détestez pas ?

Je vous embête ?

C'est pas pratique, hein ?

Non, c'est pas pratique du tout.

Bruno me manque.

Ma chère amie,

je suis crevé.

C'est pourtant pas le moment.

Ces moments arrivent et disposent de vous sans vous demander votre avis.

Je suis las, et je me dégoûte un peu.

Pourquoi ?

Oui, pourquoi ?

[il soupire]

Et puis ce petit Laubré m'assomme.

C'est vraiment très grave ?

Très.

J'ai plus ou moins entendu ce qu'il t'a dit.

Il ne m'a pas appris grand-chose, d'ailleurs.

Ce n'était pas facile de t'en parler.

Maintenant, tu pourrais ?

Raconte-moi, Paul.

J'ai peur que tu doutes de moi, de mon amour pour Bruno.

Crois-tu que je pourrais douter ?

C'est lui qui m'avait demandé de participer à la campagne électorale.

Surveiller les panneaux.

Ça l'amusait, en principe.

Il ne courait aucun danger.

Cette nuit-là, j'étais resté en bas, à travailler tranquillement.

[des chiens aboient au loin]

[on toque à la vitre]

Qu'y a-t-il, Jean ?

Bonsoir, monsieur.

- Bonsoir. - J'ai rien pu faire.

C'est Bruno.

[aboiements lointains]

Papa ?

Que fais-tu là ? Que fais-tu là ?

- Qu'est-ce qu'il se passe ? - Mais rien.

Rien, ma chérie. Que fais-tu là ? Tu n'es pas couchée ?

Allons, va vite te coucher.

Qu'est-ce que c'est que ça ? À cette heure-ci ! J'ai du travail.

[rugissement des flammes]

[musique dansante]

[des pas se rapprochent]

C'était étrange, tu sais.

Cette attente toute une journée, dans cet endroit.

Je revoyais Bruno à tous les âges.

Quand j'ai vu cet homme,

qui l'avait tué, je n'ai rien senti.

Rien. Ça n'avait aucun rapport avec Bruno.

Aucun lien.

Tu es sûr que personne ne t'a vu sortir ?

On n'est jamais vraiment sûr.

Quelle aubaine pour mes ennemis, s'ils l'apprennent.

Mais puisque l'enfant a avoué l'avoir tué.

Le croiraient-ils ?

Que je puisse avec des contacts avec un Ravier,

quelle bonne occasion pour eux de me salir.

Je ne vois qu'une solution pour arrêter ces infamies.

- Laquelle ? - Prendre Laubré de vitesse.

Juliette ne me le pardonnera jamais, n'est-ce pas ?

[brouhaha lointain]

Chut !

Mesdames, messieurs,

je vous remercie d'assister à cette conférence de presse

convoquée aussi précipitamment.

Je remercie également M. le procureur

d'avoir accepté qu'elle se tienne ici dans ses bureaux.

J'ai choisi aujourd'hui

de faire librement la confession d'un affreux cauchemar,

qui hante chaque seconde de mon existence.

Bien sûr que l'aveu d'une faute

ne suffit pas à la faire disparaître.

Elle ne me quittera plus, je le sais.

J'espère au moins briser cette infernale solitude

que comprendront tous les maris

désireux d'éviter le pire à leurs épouses, et tous les pères,

attentifs à leurs enfants.

Chaque homme est seul face aux décisions qu'il doit prendre.

Lui nier sa responsabilité, c'est lui arracher sa dignité.

Cependant, la vocation d'un homme politique,

étend, ouvre cette responsabilité à la vie publique.

Il faut accepter les exigences les plus dures,

et même réclamer qu'on le juge quotidiennement.

Caméra deux.

S'il est facile d'être impitoyable envers soi-même,

comment l'être avec les autres ?

Avec les siens ?

Caméra un.

Avec ceux-là mêmes qui marchent à vos côtés,

et sans lesquels

on ne trouverait pas le courage de continuer.

Quand en pleine nuit, surpris dans mon sommeil,

j'ai appris ce qui était arrivé à mon propre fils,

j'ai compris le reste.

Tout avait commencé par une querelle de jeunes gens,

une altercation comme nous en avons tous eu,

durant notre jeunesse.

Celle-là devait avoir un dénouement dramatique.

Un des garçons est tombé, et sa tête a heurté le trottoir.

Il en est mort.

Un innocent jeune homme est mort,

tragiquement.

C'est absurde, cruel.

Révoltant, comme le sont tous les accidents.

Celui avec qui il se battait était mon fils, Bruno.

Un père peut se mettre facilement à la place de son fils.

Tu étais devenu un assassin.

Tu ne comprenais plus rien, mon Bruno.

L'homme qui, à son tour, plus tard,

a tué mon fils,

l'a fait contre son gré, sans comprendre lui non plus.

C'est en fait Bruno qui a voulu.

Au premier prétexte, Bruno a délibérément provoqué sa propre mort.

Caméra un.

Comment allais-je plonger ma femme

dans cet enfer ?

Voilà ce que j'ai à avouer.

Ce que j'ai à confesser.

Quand je me suis trouvé en face d'elle,

je n'ai pas eu le courage, et je me suis entendu dire :

"Bruno vient d'avoir un accident de voiture.

"Il est mort."

Je veux rendre hommage à un homme.

Celui qui m'a décidé à faire ce que je fais aujourd'hui.

C'est grâce à lui que j'ai compris

ce que Bruno me demandait au-delà de sa mort,

que rien ni personne ne devait passer avant la vérité.

Maître Laubré, je vous en prie.

Maître Laubré, expliquez-vous.

Maître Laubré, vous avez la parole.

Ça tourne, là ? Je suis en direct ?

Je fais quoi ? J'arrête ?

- Non, continuez. - Dites, on est en direct.

Cristani sait très bien ce qu'il fait.

Caméra un.

M. Cristani,

M. Cristani, vous êtes très fort.

Je suis votre héros contestataire du jour,

et vous espérez à la fin me mettre dans votre poche.

Expliquez-vous, vous avez le droit à la parole.

Quoi que vous disiez.

Vous êtes même maquillé pour me mettre dans votre poche.

M. Cristani, votre fils a tué un homme accidentellement,

accidentellement, mais un peu prémédité quand même, non ?

C'était quand même un matraquage.

Je n'y étais pas.

Maître Laubré, d'où tenez-vous vos informations ?

- Je pense que vous avez dû être dupe. - Je n'y étais pas.

Je n'y étais pas, M. Cristani.

Je ne conteste pas. C'est peut-être vrai, vous avez raison.

Votre fils a été tué quelques heures après,

peut-être de sa part était-ce une forme de suicide.

Mais répondez à une question, M. Cristani.

Avez-vous maquillé ces deux meurtres en accident de voiture ?

Je vous pose une question, vous répondez.

Soit pour protéger votre femme, comme vous l'avez dit,

soit pour protéger votre carrière politique.

- Répondez-moi. - Je ne comprends pas, Me Laubré.

Je vous en prie, expliquez-vous. Je ne comprends pas.

Vous avez la technique du calme,

et de la dignité douloureuse, ça...

[il souffle]

C'est terrible. On découvre sans cesse

de nouvelles conséquences à ses actes.

Vous ne voulez pas répondre à ma question ?

Vous avez masqué ces deux meurtres

pour protéger votre carrière politique.

Pour protéger votre carrière politique, M. Cristani !

Mon cher ami, on ne protège pas de carrière politique

devant la mort d'un enfant.

Alors là, vous êtes admirable.

Vous êtes admirable, M. Cristani.

Alors là, je ne peux plus rien dire.

Là, je ne peux plus rien dire.

[il rit]

- Ça va ? - Très bien. Je vous remercie.

Vous êtes un ami personnel de M. Cristani ?

Oui.

- Je ne serais pas là, sans ça. - Bien sûr.

Bien.

Bonne fin de journée.

À vous de même.

Je vous en prie, messieurs, tout va rentrer dans l'ordre.

[marteaux-piqueurs]

[M. Cristani] Qu'il sache que je le remercie,

qu'il n'a rien à se reprocher.

Que je suis prêt à assumer l'angoisse

qu'il a eu l'air d'éprouver en ma présence.

T'en fais pas, va, t'en fais pas.

Ça ne veut rien dire, "t'en fais pas".

Ça mène nulle part.

[musique tragique rythmée]

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