Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Arabic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Czech
Danish
Dutch
English
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
Frisian
Ga
Galician
Georgian
German
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Italian
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Brazil)
Portuguese (Portugal)
Punjabi
Quechua
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkish
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
DOULEUR ET GLOIRE
J'aimerais être un homme pour me baigner nue.
Toi, alors !
Tu as de ces idées, Rosita.
Pour se tremper le minou. Quel plaisir !
Avant de te jeter à l'eau,
enlève-moi le petit, j'ai le dos en compote.
Viens, Salvador.
Tiens, joue avec ça.
- Aide-moi avec les draps. - J'arrive.
Les poissons savonniers !
Regarde, ils sont là !
Les poissons savonniers.
Chante, Rosita.
Ils sont mignons.
Comme ils sont mignons.
Salvita, bouge pas de là !
Salva !
C'est moi, Zulema.
Quelle surprise !
Je suis tellement contente.
Tu prends un café avec moi ou tu es pressé ?
Si t'écris pas ou tournes pas, tu feras quoi ?
Vivre, je suppose.
Moi, je peux pas vivre sans jouer.
C'est de plus en plus difficile, j'accepte toute proposition.
Tu vois Alberto ?
- Il était en Argentine. - Au Mexique.
Il a joué dans des feuilletons,
mais il est rentré.
Je l'ai croisé dans un festival de cinéma latino
sur la Riviera maya.
Il était charmant, défoncé,
mais ça a été de belles retrouvailles.
Et toi, tu l'as revu ?
Pas depuis la sortie de Sabor.
Mais ça fait...
trente ans ?
Trente-deux.
J'ai revu le film la semaine dernière.
Tu ne l'avais pas revu ?
Pas depuis la sortie.
Je ne devrais pas dire ça, mais il m'a ému.
Moi, j'ai toujours adoré ce film.
La Cinémathèque a restauré le négatif
et prévoit plusieurs projections.
Je dois le présenter, autant le faire avec Alberto.
Tu ne lui en veux plus, c'est bien.
Cet enfoiré n'a pas joué le personnage que j'avais écrit.
À l'époque, je l'aurais tué.
Je ne lui en veux pas.
En revoyant le film, je trouve son interprétation meilleure.
C'est ton regard qui a changé, mon cher.
Le film est le même.
Tu sais comment le joindre ?
Il habite à El Escorial,
il loge chez quelqu'un.
Il travaille par intermittence.
Il est beau, bien qu'il n'ait pas renoncé à tu sais quoi...
Ça m'étonne que toi, tu ne travailles pas.
Je te croyais du genre à ne pas prendre ta retraite.
Moi aussi.
Tu as toujours le même numéro ?
Je t'envoie son contact et le mien aussi,
si jamais, par ennui, tu écrivais un rôle
que moi seule pourrais jouer.
Restez là. Je vous laisse avec père José María.
Bonjour, les enfants.
On va choisir ceux qui feront partie du chœur.
Ceux qui ont déjà chanté dans un chœur, levez la main.
On va faire des essais.
Toi, viens ici.
- Comment t'appelles-tu ? - Rodolfo.
Voyons ce que donnent tes vocalises.
Répète après moi.
Toi, à côté.
Comment t'appelles-tu ?
Salvador.
Joli prénom ! Tu aimes chanter ?
Je sais pas.
Tu aimes la musique ?
J'aime les Beatles et le cinéma.
On se chargera
D'orienter tes goûts vers un genre moins païen.
On va tester tes vocalises.
Vous allez chauffer vos voix.
C'est ainsi que je suis devenu le soliste du chœur.
Les curés ont décidé de me dispenser de cours d'histoire-géo,
de sciences naturelles et d'histoire de l'art.
Pendant mes trois premières années de collège,
au lieu d'aller à ces cours,
je répétais et réussissais quand même ma scolarité.
Ils ont fait de moi un parfait ignorant,
qui réussissait dans toutes les matières sans faire les contrôles.
GÉOGRAPHIE
Plus tard, je suis devenu réalisateur.
J'ai appris la géographie espagnole
en voyageant pour la promotion de mes films.
Je voyageais car j'avais du succès.
Mon savoir géographique
suivait mon ascension en tant que cinéaste.
ANATOMIE
J'ai commencé à connaître mon corps
à travers la douleur et les maladies.
J'ai vécu mes 30 premières années dans une relative inconscience,
mais j'ai vite découvert que ma tête et ce qu'elle contenait,
en plus d'être source de plaisir et de connaissance,
recelaient d'infinies possibilités de douleur.
J'ai vite connu l'insomnie, la pharyngite chronique, l'otite,
le reflux, l'ulcère et l'asthme intrinsèque.
Les nerfs en général, le nerf sciatique en particulier.
Et tous types de douleurs musculaires :
lombaires, dorsales,
Des tendinites aux genoux et aux épaules.
Ceci est un acouphène.
J'ai ça aussi.
Ça, ce sont des sifflements ou des bourdonnements.
Je souffre de ça également.
Outre les acouphènes et les sifflements,
ma spécialité, ce sont les maux de tête :
migraines, céphalées de tension ou de Horton.
Et les douleurs de dos.
Avec l'opération d'arthrodèse lombaire,
qui m'a bloqué plus de la moitié du dos,
j'ai découvert que ma vie tournerait autour de la colonne vertébrale.
J'ai pris conscience de chacune des vertèbres
et de tous les muscles et ligaments
qui composent la mythologie de notre organisme.
Comme avec les dieux grecs,
la seule relation possible avec notre organisme est le sacrifice.
Mais tout n'est pas aussi physique ou figuratif.
Je souffre aussi de troubles abstraits,
de douleurs de l'âme telles que la panique et l'anxiété,
qui ajoutent de l'angoisse et de la terreur à ma vie.
Et, bien sûr,
j'alterne depuis des années avec la dépression.
Les nuits où je suis assailli par plusieurs douleurs,
je crois en Dieu
et je Le prie.
Les jours où je ne souffre que d'une douleur,
je suis athée.
C'est là.
Au revoir. Merci.
C'est qui ?
Alberto, c'est Salvador.
Quel Salvador ?
Salvador Mallo.
Qu'est-ce que tu fais là ?
Il faut que je te parle.
- De quoi ? - De Sabor.
Je peux entrer ?
Tu veux boire quelque chose ?
Pareil que toi.
Je me préparais un thé.
Parfait.
Tiens !
C'est génial que tu aies l'affiche de Sabor.
Qu'est-ce qui t'amène ?
J'ai mis trente-deux ans à me réconcilier avec ce film.
Trente-deux ans...
C'est beau !
Ces arbres sont des sapins ?
Des pins.
Tu vas me dire ce que tu viens foutre ici après trente-deux ans ?
La Cinémathèque a restauré Sabor.
Ils le considèrent comme un classique
et l'ont programmé dans un cycle de films tournés à Madrid.
Ils veulent qu'on le présente ensemble.
Ils savent pas qu'on se parle plus depuis le tournage ?
S'ils le savent, ils ne m'ont rien dit.
Les ragots vieillissent, comme les gens.
Ça t'embête si on s'assoit ?
Non, vas-y.
Merci beaucoup.
Qu'est-ce qui te prend de vouloir le présenter avec moi ?
Tu ne l'as pas présenté à sa sortie.
T'as pas voulu !
Ça me paraît juste qu'on le présente ensemble à la Cinémathèque.
Qui t'a donné mon adresse ?
Zulema.
Je l'ai croisée par hasard et on a parlé de toi.
Je vais chasser le dragon. Si ça te dégoûte, tu peux partir.
On s'appellera pour la Cinémathèque.
Tu m'en offres ?
Je te reconnais pas, Salvador.
C'est la première fois ?
Pourquoi tu veux goûter à l'héroïne, à ce stade ?
Par curiosité.
Toi, tu te documentes pour un projet.
La goutte !
Salva !
Donne-moi un coup de main.
Maman, j'ai trouvé un roman.
Très bien. Pose-le là.
Tiens.
Comment deviner que c'était jour de fête, ici ?
Dans notre village, c'est pas le cas !
Moi non plus, je savais pas.
Quelle nuit on va passer !
Quelle honte.
Ouvre la tablette.
Oui, maman.
Y a deux images !
Laisse ces images pour l'instant, on va manger.
Liz Taylor et Robert Taylor. Tu crois qu'ils sont frère et sœur ?
J'imagine, oui.
Mange.
Quelle misère, mon fils !
Dormir par terre, comme des gitans...
Moi, j'aime bien la gare.
Toi, t'es un fabulateur.
Je sais pas de qui tu tiens.
Couvre-toi bien, je veux pas que tu tombes malade.
Regarde-moi cette patate !
J'avais pas remarqué.
Donne, je vais la repriser.
Regarde, avec l'œuf.
Allonge-toi. Faut dormir.
Tu sais, ton père, à l'armée,
a appris à coudre et à repriser.
Et à repasser des chemises, il se débrouillait bien.
Je vais faire l'armée, moi ?
Je crois que oui.
Je veux pas faire l'armée !
T'as raison, ça sert à rien.
Tu crois que Liz Taylor reprise les chaussettes de Robert Taylor ?
J'en sais rien.
D'après les photos, c'est pas le genre à repriser.
Ça va ?
Oublie pas de respirer.
Quelle nuit on a passée ! Je pensais qu'on n'arriverait jamais.
Fallait attendre que je sois mieux installé.
Ta mère en avait marre de nous.
Dis pas ça.
Tu sais ce que je l'ai entendue dire ?
"Ce mois-ci, on a dépensé plus pour le pain."
T'imagines ?
Faut pas faire attention.
Au revoir. Merci.
J'ai fait nos valises et nous voilà.
Salva, viens ici.
Tu préfères être seul ?
Jacinta, dis pas ça.
T'aurais pu attendre quelques jours.
C'est encore loin ?
On est arrivés.
Notre maison est là ?
On est au-dessus.
Comment ça, au-dessus ?
Au-dessus.
Une caverne ?
J'ai rien trouvé de mieux.
Quand même, Venancio, une caverne !
Viens, Salva.
On va pas habiter une caverne !
Plus de 300 familles le font, c'est typique de ce village.
C'est pas une honte.
C'est notre maison, papa ?
C'est bien ça, fiston. Vas-y.
Une caverne !
C'est pas possible !
C'est toi qui as voulu quitter le village pour venir ici.
Leurs têtes, au village, s'ils nous voyaient !
Il faut encore repeindre, vous auriez dû attendre.
C'est le bazar.
On va la retaper.
Maman, on voit le ciel !
Regarde.
J'ai nettoyé comme j'ai pu.
T'es content qu'on soit là ?
Je voulais mieux pour vous.
Tu crois que ça me plaît de vous offrir une caverne ?
- Y avait rien d'autre. - T'en fais pas.
Je l'arrangerai pour qu'elle ait l'air d'une maison.
Ta mère exagère. Me parler du pain devant le gosse !
Regarde, il adore.
Fais pas cette tête.
T'es moche comme ça.
Papa, je peux balayer ?
Je voudrais un taxi au...
Une seconde.
L'adresse ?
Rue Pontón, n° 89.
À El Escorial.
Pour aller promenade Pintor Rosales, n° 108.
À Madrid, bien sûr.
Quinze minutes, d'accord.
Tout est clair pour la Cinémathèque ?
Le 18, dans trois semaines.
Je réfléchis déjà à ma tenue.
On se rappelle avant, non ?
Pas la main ! On s'embrasse comme de vieilles amies.
Quand même, on a chassé le dragon de la paix !
Mme Mercedes a téléphoné, rappelez-la
C'est moi.
Salvador, c'est vrai pour la Cinémathèque ?
Tu pourrais me tenir au courant, quand même.
J'allais te le dire.
Super qu'ils passent Sabor et que tu sortes.
Mais tu veux vraiment un débat ? Ce sera plein.
Je m'en fiche, du débat.
Je veux savoir si le film tient la route 30 ans après.
Bien sûr que oui !
Si tu décides de pas y aller, j'arrangerai ça.
Autant annuler à l'avance.
Très bien. Salut.
Je m'en vais. Vous avez besoin de moi ?
Non, merci, Maya.
À demain.
"C'était l'homme le plus solitaire que la mort ait jamais vu.
"J'entrai dans la chambre où se trouvait Johannes.
"Il s'était retourné et recroquevillé,
"il n'y avait pas de place pour moi.
"Quand je voulus me glisser près de lui,
"il se réveilla et nous fîmes l'amour.
"Mais la solitude était là
"et je n'arrivais pas à la chasser de mon cœur.
"Nous étions aussi proches que deux personnes pouvaient l'être,
"mais chacun dans son monde."
Tu comptais pas m'ouvrir ?
Je n'attendais personne et j'ai mal à la tête.
- Je m'en vais ? - Non, entre. Tu es là.
Tu vis comme ça, dans le noir ?
Quand j'ai mal à la tête.
Mon pauvre.
T'as un sacré appart !
Tu veux boire quelque chose ?
Une petite liqueur.
Quelle merveille !
Je fais quoi ?
Respire par le nez.
Attends. De l'eau.
Du calme.
Respire !
Bois.
Bois doucement.
Putain, je m'étrangle avec un rien !
J'ai eu peur, j'ai cru que t'allais t'étouffer.
Ça va mieux.
Ça m'arrive de temps en temps et c'est horrible.
L'Addiction
Mon idée du cinéma a toujours été liée à la brise des nuits d'été.
On n'allait au cinéma qu'en été.
Les films étaient projetés sur un mur immense,
blanchi à la chaux.
Je me souviens surtout des films où il y avait de l'eau :
cascades,
plages,
fonds marins,
rivières ou sources.
Rien qu'en écoutant le bruit de l'eau,
les enfants avaient envie de faire pipi.
On faisait là, de chaque côté de l'écran.
Au cinéma de mon enfance, ça sent toujours la pisse.
Et le jasmin.
Et la brise de l'été.
Qu'est-ce que tu fais là-bas ?
Je te lis.
Je viens de lire L'Addiction.
T'aurais pas dû.
Fallait bien que je m'occupe. T'étais groggy.
Je peux ?
Trop bon !
Il est d'enfer, le récit.
C'est pas un récit.
Peu importe.
Ça pourrait être joué sur scène tel quel.
Merci, mais c'est pas un texte dramatique.
C'est pas grave.
Je pourrais l'interpréter, je sais de quoi ça parle.
Toi ?
Tu es à l'opposé de ce texte.
Tu oublies que je suis acteur
et que je souffre très bien.
J'ai besoin de remonter sur scène.
Je suis descendu de mon piédestal depuis longtemps.
Je suis en contact avec le Mirador.
Je sais que c'est une petite salle, très "off".
Pour monter Le Bel Indifférent de Cocteau.
Avec des hommes, pour le revisiter.
Franchement, je préfère de loin ton texte.
Donne-moi une copie, je la montrerai aux gens du Mirador.
Pourquoi tu l'as écrit ?
Pour oublier son contenu. Je ne veux pas en parler.
Tu me files le reste ?
- Tiens. - Je suis pas une dealeuse.
Voilà.
Je te l'offre.
Mais vas-y mollo.
Rien de pire que de s'y mettre sur le tard
et je te trouve très killer.
Réfléchis à ce que je t'ai dit au sujet du récit.
Ton mal de crâne est passé ?
Complètement.
Tu vois ?
Il est en chemin ?
Je sais pas. C'est toi qui as tout organisé.
Je comprends pas. Il a adoré le film restauré.
- Les toilettes ? - Par là, à gauche.
Appelle-le.
Il va y avoir un débat ?
Oui, le réalisateur va arriver.
La Cinémathèque.
Donne.
J'en reviens pas ! Tu fais tout ce cirque et t'y vas pas.
J'ai galéré pour qu'on me prête ce blouson.
Vas-y, toi.
- Tout seul ? - Je veux pas qu'on me voie comme ça.
On va pas à un concours de beauté, mais à un putain de débat !
Je veux pas qu'on me voie drogué et titubant.
Dès que tu seras sur scène, tu reprendras le dessus
grâce à ce que tu as été.
Ça, c'était avant, et sans prendre d'héroïne.
Où es-tu ?
Chez moi.
Encore ?
Le film est terminé, le public vous attend.
C'est Salvador Mallo.
On comptait venir.
Alberto Crespo est avec moi.
L'acteur principal, Alberto Crespo.
Vous pourriez applaudir à nouveau ? Ça les remotivera peut-être.
Tout le monde m'entend ?
Toutes mes excuses aux spectateurs.
Au dernier moment, je me suis senti mal.
Je suis avec Alberto Crespo.
Il est resté
me tenir compagnie.
Une main s'est levée.
On veut te poser une question.
Une question pour le réalisateur.
M. Mallo, que pensez-vous de l'interprétation d'Alberto Crespo ?
On dit que vous n'en étiez pas content et que vous vous étiez brouillés.
Tu as entendu la question ?
Je l'ai entendue.
J'ai lu que vous vous étiez disputés après Sabor
et que vous vous étiez perdus de vue.
Vous savez, le temps est mystérieux.
J'ai revu le film il y a un mois et l'interprétation d'Alberto
s'est bonifiée depuis la sortie.
Qu'est-ce qui vous déplaisait, à l'époque ?
Sa lourdeur.
Son rythme létal.
J'avais créé un personnage dynamique,
un cocaïnomane amusant et mordant.
Alberto n'avait pas la légèreté souhaitée.
Il en était capable,
mais il prenait une drogue opposée au personnage :
de l'héroïne.
Du coup, le rythme de son jeu
était plus grave, l'humour du texte disparaissait.
Mais pour être juste, je trouve maintenant
que cette gravité convient
au personnage, lui donne...
du poids.
Comment tu oses !
Je ne pensais pas le dire, mais c'est fait.
Fais gaffe !
Je te laisserai pas m'humilier à nouveau.
Pour qui tu te prends ?
J'ai dit la vérité.
Tu devais pas prendre de cheval pendant le tournage.
Je t'ai filé le rôle et tu m'as menti.
T'en as fait qu'à ta tête !
Fallait que je te le dise.
T'es complètement cinglé !
Je lui donne les messages.
Il m'évite dernièrement. Il va bien ?
Il mange peu et s'étrangle très souvent.
Prépare tout en purée.
Il va se promener ?
Pas que je sache.
Il marche à l'intérieur, dans le couloir.
J'ai vu des mocassins à l'entrée, il a horreur de ça.
Il les met alors qu'il a plein de belles baskets.
Maya,
dis-lui que ça t'ennuie pas de lui lacer ses chaussures.
Il doit avoir du mal à le faire, le pauvre.
Je le lui dis,
mais il refuse, il doit avoir honte.
Ça me fait de la peine, je ne sais pas quoi faire.
Garde le sourire et prends soin de lui.
Si une chose te paraît bizarre, appelle-moi.
Madame, ici, tout est bizarre.
Tu m'étonnes !
Je peux t'aider ?
Je sais pas.
Tu cherches quoi ?
Deux képas.
Dix euros.
Dix euros ?
Je veux pas de la merde.
Si elle est bonne, je reviendrai.
File le fric.
Quand tu apporteras la came.
Tu payes maintenant.
Attends-moi ici.
T'as vu ? Si petit et regarde comme il lit.
Dis-moi,
tu sais aussi écrire ?
Combien pour écrire une lettre à une de mes tantes de Bilbao ?
Je sais pas.
C'est pour quoi ?
On aimerait que votre fils nous écrive une lettre.
Mon fiancé est analphabète.
Je peux pas apprendre, je fais que bosser.
T'as qu'à moins dessiner.
- T'es maçon ? - Et peintre.
Quel dommage, si beau et analphabète.
Mon fils peut t'apprendre à lire et à écrire.
Pas vrai ?
Le soir, après ton travail.
À l'heure que tu veux.
Tu m'apprendras aussi les quatre opérations ?
Les quatre opérations pour qu'on t'arnaque pas.
Dans ce monde, être analphabète,
c'est arriéré.
J'apporte de quoi écrire la lettre.
- Ça coûterait combien ? - Rien.
Comme tu es maçon,
tu m'aideras à finir la cuisine et à peindre les murs.
Quand ça t'arrange.
Que les dimanches.
Les dimanches, parfait.
Et mon Salvador t'apprendra à lire, à écrire et à calculer.
Et la lettre, cadeau !
Eduardo,
installe l'évier, je dois tout laver dans des bassines.
Je voulais d'abord finir la chaux.
L'évier est plus urgent.
Je me suis habituée à ces murs.
Salvador me donne trop de devoirs.
J'ai pas le temps.
Pour savoir lire et écrire,
il doit apprendre l'alphabet par cœur.
Recommence, Eduardo.
A,
B, C,
CH, F,
J...
C'est : F, G,
H, I, J, K !
Avant, tu l'avais bien dit.
Y a trop de lettres.
Arrête de geindre, c'est comme ça !
On le tient pas comme ça, donne.
Regarde, on le tient comme ça.
D'accord ? Vas-y.
Comme ça ?
Pas la peine d'appuyer autant.
Desserre la main, je te guide.
Je suis un peu tendu.
T'inquiète pas, c'est déjà beaucoup mieux.
- T'aimes dessiner ? - Beaucoup.
Alors, tu apprendras vite à écrire.
Écrire, c'est comme dessiner des lettres.
Fais-le tout seul.
C'est bien.
Lis la phrase.
"Une...
"sainte
"ca
"tho-li-que
"a-pos
"to-li
"que.
"Une sainte catholique apostolique."
C'est qui, celle-là ?
L'Espagne !
Qui d'autre ?
Écris-la sans t'arrêter.
Très bien, c'est beaucoup plus régulier.
Tu as reçu plein d'invitations.
Tu devrais sortir un peu.
Je t'accompagne où tu veux.
C'est la saison de la danse.
Il y a Dimitris Papaioannou et Jan Fabre aux Teatros del Canal.
Les fauteuils des théâtres me sont pénibles.
Je veux pas avoir à quitter la salle.
Tu es allé voir le Dr Galindo ?
J'en ai marre des médecins.
Comment tu te procures l'oxycodone ?
Grâce à un ami.
Sa mère est pharmacienne.
Tu as reçu ce livre.
Comment en finir avec la contre-culture.
J'en sais rien !
Le Guggenheim nous demande deux Pérez Villalta.
- Pour une expo anthologique. - C'est non.
Ces tableaux sont ma seule compagnie. Je vis avec eux.
Excuse-moi.
Dis-moi.
Oui, je t'écoute.
Il faut que je te laisse. Je peux pas te parler, là.
Ça te regarde pas, où je suis !
Un problème ?
Je me sépare de Luis.
J'ignorais que ça n'allait pas.
Je voulais pas t'embêter.
Ça dure depuis longtemps
et maintenant que je suis davantage à la maison,
je pouvais plus me mentir.
Je suis désolé.
Si ça te dérange pas,
j'aimerais continuer à trier ton courrier.
Les gens aiment qu'on leur réponde.
De toute façon, c'est toujours "non".
Tu devrais t'occuper.
Tu as trop de temps libre et tu penses à tes souffrances.
Ton cerveau a besoin de se distraire.
J'aimerais bien faire plus de choses, mais...
Tu pourrais écrire.
Tu as noté plein d'idées à développer. Je te fais une liste.
Je ne veux pas écrire sans pouvoir tourner ensuite.
Je suis incapable d'affronter un tournage dans mon état.
Ma vie sans tourner n'a pas de sens.
Mais c'est comme ça.
Appelle-moi si tu as besoin de quoi que ce soit.
Jacinta,
la caverne est splendide.
Et cette lumière,
quelle merveille !
Parfois, il pleut.
Ne sois pas si égoïste.
La pluie est vitale. Pense aux champs et aux agriculteurs.
C'est vrai.
Bien sûr.
Quand j'ai su qu'à neuf ans,
tu enseignais, je me suis dit que tu étais destiné à Dieu.
Il a toujours été précoce.
Tu aimes l'enseignement ?
Tu aimerais faire des études ?
Oui, beaucoup.
Pourquoi ?
Pour apprendre plus et enseigner plus de choses.
Très bien.
C'est ce que j'appelle une vocation.
Père José María se chargera de tout.
Merci beaucoup.
L'année prochaine,
tu entreras dans un séminaire.
Faudra être sage et mériter ta bourse.
Pour la bourse, c'est sûr ?
Mais oui.
Ne t'en fais pas.
Et toi, je te fais confiance.
Dis-toi que tu as été élu.
J'y vais, j'ai d'autres visites à faire.
Encore un peu de jus ?
Non, merci. C'était délicieux.
Au revoir, Salvador.
Ils sont magnifiques, ces murs peints à la chaux.
Ils sont beaux.
Pour tout te dire, je t'envie.
Moi ?
Vous vivez dans des catacombes, comme les premiers chrétiens.
Vous avez raison.
Je passe coudre dimanche ?
Je t'attends chez moi.
Merci beaucoup.
De rien.
Oui, chéri ?
Un séminaire, c'est pour devenir curé ?
Je te fais une tortilla comme tu aimes ?
Mon mignon !
Je veux pas être curé !
T'es pas obligé.
Pourquoi tu m'envoies au séminaire ?
Pour les pauvres, c'est le seul moyen de faire des études.
C'est tout !
J'y peux rien.
Ce gamin !
Descends de là !
J'irai pas au séminaire.
Quand tu auras ton bac, tu le quitteras.
On se débrouillera
pour que tu fasses des études.
Tu seras pas comme ton père.
Je veux pas aller à l'école, je veux rester ici.
Tu feras quoi, ici ?
Tu feras quoi ?
Te tuer la santé aux champs ou sur un chantier ?
C'est ce que tu veux ?
Je veux pas être curé.
"La vie me dégoûte comme un remède inutile.
"C'est alors que je sens clairement
"combien il serait facile de s'éloigner de cet ennui
"si j'avais la force de vouloir l'éloigner pour de vrai."
C'est qui ?
C'est moi.
Fous le camp !
Si tu pars pas, j'appelle la police.
Je viens négocier.
Je te cède les droits pour interpréter L'Addiction.
Je te crois pas. Va-t'en, je suis occupé.
C'est vrai.
J'ai une copie du texte. Ouvre, s'il te plaît.
Si c'est une ruse, tu repartiras encore plus contrefait !
Tu fais la grève de la faim ?
Tu penses toujours faire le Cocteau au Mirador ?
Mais je me pose des questions.
C'est un très beau texte, mais il a vieilli.
Si tu me donnes vraiment L'Addiction, je m'y mets à fond.
Il faudrait que j'en informe le Mirador.
Le voilà.
À quoi est dû ce revirement ?
J'ai retouché le texte sur tes conseils et...
Je te raconte si tu m'offres un thé.
Bien sûr.
Autre chose ?
Ne dis à personne que c'est de moi.
Mon nom ne figurera pas.
Très bien. Tu me dirigeras ?
Ça aiderait.
Donne-le aux gens du théâtre.
Qu'ils le lisent et décident si ça les intéresse.
Mais donne pas mon nom.
- Qui en serait l'auteur, alors ? - Toi.
Ou on invente un pseudonyme.
Je le signe !
Mais je te comprends pas.
C'est un texte où je fais des aveux.
Je ne veux pas qu'on m'identifie.
Quant à la mise en scène,
je te suggère de laisser la scène vide.
Un écran.
Une chaise si tu ne sais pas quoi faire de tes bras ni de tes mains.
Je sais parfaitement quoi en faire.
Après l'avoir retouché,
j'avoue que le texte est un peu mélodramatique.
T'inquiète pas, je maîtrise aussi le mélodrame.
Grâce à mes années passées au Mexique.
Justement, tu dois fuir tout sentimentalisme.
Maîtrise l'émotion. Ne pleure pas.
Les acteurs en profitent et pleurent à la moindre occasion.
Le bon acteur n'est pas celui qui pleure,
mais celui qui lutte pour retenir ses larmes.
Viens que je t'embrasse.
Si ça t'embête pas, je m'y mets tout de suite.
Tu peux rester, t'es chez toi.
J'ai un tas de revues des années 80
et t'es dans l'une d'elles,
habillé en femme.
Tu as trop vite oublié cette époque.
Offre-moi quelque chose.
Et file-moi l'adresse de ton dealer.
Dis-lui que j'irai moi-même chercher la came.
Pas la peine !
Maintenant, ils la livrent, comme Telepizza.
Le briquet.
Tiens.
Plus tard.
Comment ça se fait ?
Je diminue les doses pour pouvoir bosser.
Tu peux le faire ?
Comment tu crois que je suis arrivé jusqu'ici ?
J'entre et je ressors.
C'est de l'esclavage.
Cette pièce est vitale pour moi.
Je veux la jouer en étant le plus clean possible.
Je veux pas perdre un iota
de l'émotion que tu as mise dans ces pages.
Tu viendras me voir ?
Je sais pas, je crois pas.
Cette fois, je joue pas Shakespeare,
ni Tchekhov,
ni Lorca,
je te joue, toi.
Si tu te plantes, je me sentirai mal.
Et si tu réussis, je me sentirai encore plus mal.
"Au cinéma de mon enfance,
"ça sent toujours la pisse."
"Et le jasmin."
"Et la brise de l'été."
J'ai connu Marcelo dans des toilettes pleines de gens.
Je l'avais déjà aperçu.
Mais c'est cette nuit-là,
après nous être effleurés par hasard,
que j'ai découvert que ce garçon me plaisait.
Nous avons passé le week-end entier au lit
et quand j'ai voulu émerger, un an s'était écoulé
et on ne pouvait plus vivre l'un sans l'autre.
Nous étions en 1981.
Madrid nous appartenait.
Un jour, j'ai trouvé Marcelo plus pâle que d'habitude.
Depuis quelque temps, il avait maigri
et il avait des cernes très marqués.
Je lui ai demandé s'il se sentait bien
et il m'a avoué qu'il avait commencé à déconner avec le cheval.
J'étais surpris, moi, je n'en avais jamais pris.
Je buvais, et je sniffais de la coke, comme tout le monde,
mais jamais de l'héro.
J'ai pressenti que ce n'était pas bien
et ça ne m'a pas plu.
Dans mon tourbillon, j'écrivais des chroniques nocturnes,
participais à des émissions musicales,
chantais dans un groupe punk parodique.
J'ai préparé mon premier film, je l'ai tourné,
il est sorti, il a eu du succès.
J'ai écrit le deuxième, je l'ai tourné.
Je faisais mille choses, je ne dormais pas.
Marcelo, lui, languissait sur le canapé, à la maison.
Ou enfermé dans la salle de bains.
Ou dehors, dans des lieux que je ne connaissais pas.
Je passais la nuit
à aller de la fenêtre au lit,
attentif au moindre bruit de la porte.
Madrid était devenue une arène difficile,
comme on dit en tauromachie.
On voyageait continuellement,
rien que pour quitter Madrid.
Le pire, c'était les premiers jours.
Quand Marcelo était en manque, je m'occupais de lui
et j'écrivais.
J'ignore comment,
mais j'écrivais.
Il était très jeune,
ses périodes de manque ne duraient que trois
ou quatre jours.
Ensuite, on sortait
et on s'amusait comme des enfants.
Je me souviens de la Côte-d'Ivoire.
Des dizaines de jeunes musclés lavant le linge dans le fleuve
sur des pneus de voiture.
Le Malecón de La Havane,
de jour
ou de nuit.
Habana Vieja palpitant doucement
au rythme des percussions incessantes.
Je me souviens de Mexico DF.
Marcelo et moi, ivres,
écoutant Chavela Vargas chanter La noche de mi amor.
Je veux
La joie d'un navire qui revient
Mille cloches de gloire sonnant
Ces voyages qu'on faisait pour fuir Madrid,
fuir le cheval,
sont devenus ma meilleure école.
Lors de ces voyages, j'ai trouvé l'inspiration
pour écrire les histoires que je raconterais des années après
et les couleurs qui les éclaireraient.
Mais on ne pouvait pas passer notre vie à voyager.
Tôt ou tard, il fallait rentrer à Madrid.
Et Madrid était un champ de mines, un cul-de-sac.
J'étais désespéré, je ne savais pas quoi faire,
à part me répéter.
Tous les deux, on s'est répétés pendant trois longues années.
Je croyais que la force de mon amour vaincrait son addiction.
Mais ça n'a pas été le cas.
L'amour ne suffit pas.
L'amour peut déplacer des montagnes,
mais il ne suffit pas à sauver l'être aimé.
Sous le mur blanchi à la chaux,
où étaient projetés les films de mon enfance,
je priais pour qu'il n'arrive rien aux héroïnes.
Mais j'ai échoué.
Avec Natalie Wood et avec Marilyn.
Puis j'ai essayé de sauver Marcelo et de me sauver moi-même.
Si Marcelo s'en est sorti, ça a été loin de moi.
Quant à moi, je suis resté à Madrid.
Et le cinéma m'a sauvé.
Entrez.
Bonsoir.
Venez.
On se connaît ?
Je vois pas.
Ça remonte à loin, quand vous prépariez Sabor
avec Salvador Mallo.
Je m'en souviens pas.
On s'est vus deux ou trois fois.
Je suis Federico,
le Marcelo de ton monologue.
La représentation t'a plu ?
Je sais pas.
"Plaire" n'est pas le mot. Ça m'a beaucoup impressionné.
C'est toi qui pleurais ?
Oui, je suppose.
Assieds-toi.
Tu dois avoir des questions à me poser.
Salvador est en vie ?
Ça a été, la représentation ?
Très bien. C'était plein.
La salle est petite, dommage.
Tant mieux, tu gagnes en intimité.
On a eu un spectateur très intime, aujourd'hui.
Qui ça ?
Je te le dis si tu viens me voir sur scène.
Qui est ce spectateur si intime ?
Federico.
Quel Federico ?
Federico Delgado.
Ton Marcelo.
Il est venu me voir dans la loge.
Il a reconnu le texte ?
Chaque mot.
Il m'a demandé ton téléphone et ton adresse.
Tu ne lui as rien dit d'autre ?
Pas que tu chasses le dragon.
Merci.
Un jour, j'irai te voir.
C'est bien toi ?
Je t'aurais pas reconnu. C'est Federico.
Je suis à Madrid.
Pourquoi tu es venu ?
Pour régler une histoire d'héritage.
Je repars demain soir.
J'aimerais te voir.
Moi aussi.
Mais j'étais déjà couché.
On pourrait se voir demain ?
Midi te convient ? L'après-midi, je vois un avocat.
Parfait.
Je t'ai pas demandé, tu vas bien ?
Bien vieux.
Cinq ans de plus que moi, pas un de plus.
Et toi, comment ça va ?
Mieux, maintenant.
En sortant du théâtre, j'étais une épave.
J'ai vu l'Addiction.
Comment tu savais qu'on la jouait ?
Un pur hasard.
Je me baladais à Embajadores pour revoir notre rue
et je suis passé devant notre immeuble.
Bien sûr, le théâtre est un peu plus haut.
J'avais le temps
et je me souvenais d'Alberto que j'avais vu dans ton film.
Et, tout à coup, tu es tombé sur...
Oui, tout à coup.
Je sais pas comment te demander pardon.
Je savais pas comment tu te sentais.
À quel point tu souffrais.
Ça a été une bonne école.
Comment ?
Tu n'as pas à me demander pardon.
Tout ce que j'ai fait, je l'ai voulu.
J'ai essayé de t'aider comme j'ai pu.
Je t'en suis reconnaissant, j'aimerais pouvoir te le prouver.
Écoute, je doute de pouvoir m'endormir après ça.
Tu me donnes 20 min pour me doucher, m'habiller
et on se voit ici ?
D'accord.
C'est Federico. Tu m'ouvres ?
Ça fait longtemps !
Très longtemps.
Tu m'aurais reconnu si tu m'avais vu dans la rue ?
Il aurait fallu que je te remarque, mais oui.
Tes yeux n'ont pas changé.
Désolé de t'avoir tiré du lit.
Entre.
On dirait un musée.
Tout ce que j'ai gagné, je l'ai investi dans cet appart et ces tableaux.
Je te ferai visiter. Que veux-tu boire ?
N'importe.
Une téquila ?
Bien sûr, de la téquila.
En l'honneur de Chavela ?
Quand tu parles d'elle dans ta pièce, j'ai pas pu retenir mes larmes.
De la téquila en l'honneur de Chavela
et pour fêter nos retrouvailles.
J'adore ton appart.
Tu vis où, maintenant ?
À Buenos Aires.
À Buenos Aires, tu avais un oncle.
Je suis parti là-bas en 85.
Si vite ?
Je te fais un résumé maintenant ou on trinque d'abord ?
Le résumé.
Après notre séparation, j'ai vécu un an chez mes parents.
À l'époque, les routes du cheval passaient pas par l'Argentine.
Je suis parti chez mon oncle.
J'ai commencé à travailler dans son resto.
Je prenais pas de cheval, y en avait pas.
Du coup, j'ai arrêté.
J'ai rencontré Lucrecia, ma femme. On s'est mariés.
J'ai deux fils, qui sont grands déjà,
j'ai mon propre restaurant.
Depuis, je suis revenu qu'en Galice, voir mes parents.
C'est la première fois que je remets les pieds à Madrid.
Comme tu le dis dans ta pièce, Madrid était devenue
une arène difficile pour moi,
un champ de mines.
Dommage, toi, tu vivais ici.
J'avais besoin de Madrid.
Et de toi aussi.
Mais pas dans ces conditions.
L'amour ne suffit pas à sauver l'être aimé,
ton monologue le dit.
Ne parlons pas du monologue, c'est un texte très triste.
Ça m'a rassuré d'entendre
que lorsque tu t'occupais de moi,
tu progressais en tant qu'écrivain
et cinéaste.
C'est vrai, tout ça ?
Tu n'as rien interrompu.
Bien au contraire.
Tu as empli ma vie
comme rien ni personne ne l'a fait jusqu'à présent.
Tu n'étais donc pas revenu à Madrid.
Mais je suivais tout ce que tu faisais.
J'étais content quand je reconnaissais une scène inspirée de nous.
Chacun de tes films était un événement dans ma vie
et j'étais fier de ton succès partout dans le monde.
Tu es le seul réalisateur espagnol que ma famille connaisse.
Ta nouvelle famille.
Ils savent autre chose ?
Sur nous, tu veux dire ?
Lucrecia, ma femme, enfin, mon ex-femme.
On se sépare.
Je lui ai dit. Elle sait pas que c'est toi.
Elle sait que j'étais trois ans avec un mec à Madrid.
Je l'ai dit aussi à un de mes fils pour le stimuler.
Plus tard, je lui dirai que c'est toi.
Il est très cinéphile, il m'en voudra si je lui cache ça.
Tu as quelqu'un, en ce moment ?
Et toi ?
Homme ou femme ?
Femme.
Ça a été fini, les hommes, après toi.
Je sais pas comment le prendre.
Prends-le comme un compliment.
Lui, c'est Mauro, le plus jeune.
Lui, c'est Federico.
Il a déjà 22 ans.
Il te ressemble beaucoup.
C'est à lui que je l'ai raconté.
Très beaux, tous les deux.
Faut que tu viennes à Buenos Aires, tu adoreras.
Je suis sûr que ça t'inspirera.
Je veux que tu rencontres ma famille, que tu manges au restaurant,
qu'on se soûle ensemble.
En souvenir du bon vieux temps.
Tu veux que je reste dormir avec toi ?
Bien sûr que je veux.
Mais finissons notre histoire comme il faut.
On n'a jamais été comme il faut
et on peut finir notre histoire demain matin.
En tout cas, je suis content
de t'exciter encore.
Moi, pareil. Toi aussi, t'es excité.
Oui, va-t'en.
- Va-t'en. - Oui, je m'en vais.
Tu as raison.
Comme toujours.
Souviens-toi que tu as promis de venir me voir à Buenos Aires.
Bon voyage.
Merci d'être venu, vraiment.
Je te téléphonerai pour te le rappeler.
Je peux te parler ?
Oui, dis-moi.
J'aimerais aller voir le Dr Galindo dès que possible.
T'as pris quoi ?
Un simple anxiolytique il y a deux heures
et des shots de téquila.
Je vais prendre mes cachets officiels,
broyés, dans du yaourt liquide.
Tu veux voir aussi le gastro-entérologue ?
Oui, au plus vite.
- Très bien. - Au revoir.
Bisous.
Salvador Mallo ?
Par ici.
Bonjour, docteur.
Entrez.
- Merci de pouvoir nous recevoir. - De rien.
Je t'écoute, Salvador.
Mes douleurs de dos me laminent.
L'oxycodone ne m'aide presque plus.
Il faudra changer d'antalgique.
Pourquoi tu n'es pas venu avant ?
Je n'avais pas le moral.
Il était très déprimé.
Qu'as-tu fait contre la douleur ?
Je me suis mis à l'héroïne.
Tu vas continuer ?
Non, c'est pour ça que je suis là.
Tu en as pris souvent ?
Tous les deux ou trois jours.
À la fin, un jour sur deux.
En inhalant.
C'était quand, la dernière fois ?
Avant-hier soir.
Je vais avoir le syndrome d'abstinence ?
Un peu mais, avec une désintoxication compassionnelle et contrôlée,
tu ne souffriras pas.
- Compassionnelle et contrôlée ? - C'est le nom.
Quelqu'un peut t'assister ?
Je serai à ses côtés.
Comment tu gères depuis l'autre soir ?
Avec des anxiolytiques
et une volonté de fer.
Tu vas avoir besoin de cette volonté de fer.
Ton cerveau connaît l'effet de l'héroïne et ne l'oubliera pas.
Tu prends toujours du Paxtibi pour la tête ?
Et le reste aussi.
Pour l'asthme, la tension,
les insomnies...
J'aimerais surtout que vous m'aidiez pour mon mal de dos
et que vous mettiez de l'ordre dans tout ce que je prends.
Et pour les migraines aussi.
Les maux de dos et de tête
me paralysent.
Je comprends.
Tu as des projets ?
Améliorer ma qualité de vie.
Je parle de ton travail.
T'occuper te ferait du bien.
Ça ne te manque pas ?
J'y pense tous les jours.
La question n'est pas de savoir si ça me manque ou non.
Le cinéma est un travail très physique
et hélas, je ne suis pas en état.
En réalité,
c'est ça, mon grand problème.
D'autres souffrent davantage et avancent.
Je sais.
Je n'y arrive pas.
Ma mère est morte il y a quatre ans.
Deux ans après, je me suis fait opérer du dos.
Je ne me suis remis ni d'une chose ni de l'autre.
J'ai besoin d'aide, docteur.
Je vais remplacer l'oxycodone par un autre opiacé.
Tu vas repenser à l'héroïne,
reste sur tes gardes.
Je prépare l'ordonnance et je t'explique pour les prises.
Je peux sortir me dégourdir un peu ?
Vas-y.
Docteur, merci beaucoup.
De rien.
Voyons voir.
Il y a autre chose.
C'est-à-dire ?
Salvador s'étrangle souvent.
Il y a une heure, avant de venir à l'hôpital,
il a bu un peu d'eau et a cru s'étouffer.
Le gastro-entérologue lui a fait une endoscopie
et a découvert une grosseur qui lui comprime l'œsophage.
C'est pour ça qu'il s'étrangle si facilement
et on ignore ce qu'est cette grosseur.
Il connaît le résultat ?
Il doit passer un scanner pour qu'on soit fixés.
Le gastro-entérologue n'écarte pas l'éventualité d'une tumeur.
Qu'est-ce que je fais ?
Je le lui dis ?
Épargne-lui deux jours d'angoisse.
Appelle-moi dès que tu as les résultats du scanner.
Mercedes,
tu me passes cette boîte, s'il te plaît ?
Salvador, ça me touche que tu m'installes dans la chambre de ta mère.
Voilà ton goûter.
Ces cakes noirâtres, jamais de la vie !
C'est de la farine complète.
Bientôt tu vas m'apporter de la luzerne,
on dit que c'est bon pour le cœur.
Tu bois pas ton lait ?
Fais un effort.
Plus tard.
Assieds-toi.
Tu fais quoi ?
J'essaie de démêler ces chapelets.
Je t'aide.
Tu sais pas le faire.
Tu te souviens de ma tenue pour le cercueil ?
Oui, maman.
Si on est au village,
tu appelles Petra, elle a l'habitude.
Si je meurs ici,
j'espère que non, je veux mourir dans mon lit,
Maya et Mercedes t'aideront.
On doit parler de ça maintenant ?
Sur la tête...
une demi-mantille
parce que je suis veuve.
Laisse-moi faire,
je t'aide.
Et l'habit
de Jésus de Medinaceli.
Avec son cordon.
C'est ça.
Entre les mains, tu me mets un chapelet.
Celui-ci, le vieux.
Le neuf, tu le garderas.
Tu préfères pas le neuf ?
Je veux être pieds nus.
Si on m'attache les pieds, détache-les-moi,
tu diras que c'est mon souhait.
Là où je vais,
je veux entrer légère.
Tu te souviens de ce stylo ?
Bien sûr.
Ton père me l'a offert.
Je lui écrivais avec ça quand on était fiancés.
Et l'œuf en bois ?
J'en ai reprisé des chaussettes avec cet œuf !
Parmi tout ça, c'est ce qui a le moins de valeur.
Donne-le-moi, alors.
Tiens.
Tu viens d'en hériter.
Dernièrement, je pense souvent à elle.
C'est la première fois que tu dis
que tu n'as pas surmonté la mort de ta mère.
Je pense aussi à mon enfance.
Quand je suis en demi-sommeil, c'est-à-dire presque toujours,
je finis par penser à ma mère quand j'étais petit.
Tu n'as jamais parlé d'elle ni de ton enfance dans tes films.
Elle n'aimait pas ça.
Tu crois ?
Elle me l'a dit à la fin, à l'hôpital.
Comme elles sont lisses, tes jambes.
Je tiens ça de ma famille.
On n'a pas de varices chez nous.
Quel dommage, mon fils !
Pourquoi ?
Tu vas pas bien vieillir.
Comment ça ?
Tu tiens de la famille de ton père.
Tu as de ces idées !
Dis-moi comment a été ta nuit.
Moyen.
J'ai passé toute la nuit avec ma voisine Lola.
Ici, dans la chambre ?
Mais non, voyons.
En rêve.
J'ai rêvé d'elle toute la nuit.
Je venais d'arriver au village.
Lola a frappé à la porte,
comme toujours quand elle m'entendait rentrer de Madrid.
Ça avait beau être un rêve,
je me souvenais que Lola était morte.
Mais je lui ai ouvert la porte
et je l'ai vue, là,
telle qu'elle était.
Sauf qu'elle était un peu transparente.
Mais j'ai pas eu peur.
Je lui ai dit : "Lola,
"j'imagine que tu vas pas bien
"et tu veux que je fasse quelque chose.
"Tu dois me dire quoi et je te promets que je le ferai."
"Non, Jacinta, je vais bien",
Je le lui dis ?
"Tu peux pas aller bien", je lui fais.
"Si tu allais bien, tu m'apparaîtrais pas."
"Je t'apparais à toi
"parce que mes filles ont très peur."
"Pourquoi tu viens au village par le froid qu'il fait ?"
"J'ai plus ni froid ni chaud",
qu'elle m'a répondu.
"Et on n'est jamais mieux que chez soi."
"Pour ça,
"tu as raison", je lui ai dit.
Et ensuite ?
Fais pas cette tête de narrateur.
Je veux pas que tu mettes ça dans tes films.
J'aime pas que tu montres mes voisines.
J'aime pas l'autofiction !
Qu'est-ce que tu connais à l'autofiction ?
Tu en as parlé en interview.
Mes voisines
aiment pas que tu les montres.
Elles pensent que tu les traites comme des ploucs !
Qu'est-ce que tu racontes ?
Je les traite avec beaucoup de respect et de dévotion.
Dès que j'en ai l'occasion, je parle de toi.
Je dis que je me suis formé auprès de toi
et de tes voisines.
Je vous dois tout.
Elles aiment pas.
On va marcher, tu n'as pas bougé, aujourd'hui.
J'ai nulle part où aller.
Mais si, viens.
- Où ça ? - Dans le couloir.
T'as pas été un bon fils.
Tu m'en voulais de t'avoir confié à la dévote de Paterna.
Tu as voulu te venger.
Moi non plus, je voulais pas que tu ailles au séminaire,
mais on était pauvres.
Je ne voulais pas y aller, mais de là à me venger de toi.
Comment tu peux penser ça ?
Après le bac,
tu as filé aussitôt à Madrid.
Et quand ton père est mort,
je t'ai proposé d'aller vivre avec toi.
Toi, tu as fait la sourde oreille.
Tu as dit que la vie que tu menais
te permettait pas de la partager avec moi.
C'était vrai,
mais tu ne m'as pas bien compris.
Je t'ai compris parfaitement.
Mes guibolles me lâchent,
mais ma tête va très bien.
Quand je ne voyageais pas, je tournais.
Tu n'aurais pas supporté d'être seule dans l'appart, à Madrid.
Ce n'était pas une vie pour toi.
Je me serais occupée de toi.
Je me serais adaptée à ça comme à tant d'autres choses.
Mais tu n'as pas voulu.
Et ça m'a fait mal.
Je regrette vraiment
de ne jamais avoir été le fils que tu souhaitais.
Quand tu disais :
"Je sais pas de qui il tient, ce gosse",
tu ne le disais pas vraiment avec fierté.
Je m'en rendais compte.
Je t'ai déçue simplement en étant comme je suis.
Je suis vraiment désolé.
Passe-moi le saint Antoine.
Ce soir, je prierai pour toi.
Merci beaucoup.
Je t'ai mis au monde
et j'ai tout fait pour que tu t'en sortes.
Je le sais, maman.
Emmène-moi au village.
C'est mon seul et dernier souhait.
Très bien.
On partira au village, toi et moi.
Et Maya, pour tenir la maison.
Je m'occuperai de toi jour et nuit.
Cette fois, je ne te décevrai pas.
Mais je n'ai pas pu tenir ma promesse.
Le lendemain, elle est retournée à l'hôpital.
Tu as fait ce que tu as pu.
Mais elle voulait mourir au village.
Je lui avais promis de l'y emmener.
La pauvre est morte
dans l'USI d'un hôpital,
seule.
On te propose une conférence en Islande. C'est bien payé.
Je comprends pas comment je peux plaire autant en Islande.
Moi non plus.
Cette invite vient d'une petite galerie.
Je l'ai pas jetée, le dessin est beau.
Venez.
Asseyez-vous doucement.
Je vous soulève les jambes
et vous pivotez en vous allongeant.
Ta mère rentre quand ?
À l'heure du déjeuner.
Quand elle va coudre chez la dévote, elle reste toute la matinée.
Salvador, bouge pas.
Reste comme ça.
Tiens le livre des deux mains.
Voilà.
Lève la tête.
Comment tu trouves ?
C'est très beau.
Il est pas fini. Je le prends et je le finirai chez moi.
Je peux me laver un peu ? Regarde dans quel état je suis.
D'accord. Je vais chercher du savon.
Tiens.
Tu m'apportes une serviette ?
J'arrive.
T'es bouillant.
T'as dû choper une insolation.
Qu'est-ce qui s'est passé ?
Il est resté au soleil.
J'étais en train de lire.
T'as pas senti que t'étais en plein soleil ?
T'es bouillant !
J'ai pas senti.
Et toi, alors ?
J'ai fini de poser les carreaux, il s'est évanoui
et je l'ai amené ici.
Tu t'es évanoui ?
Un peu. J'avais la tête qui tournait.
Reste là. J'apporte un linge avec du vinaigre.
Ton père est au bar ?
Il devait rester à la maison.
Que fait cette bassine ici ?
Je me suis lavé un peu.
T'aurais pu le faire chez toi.
Je dois porter l'eau jusqu'ici.
J'étais très sale.
Vous voulez que j'essuie ?
Apporte de l'eau, je m'en occupe.
Ça rend bien, les carreaux.
C'est très beau, merci.
Je vais chercher l'eau.
D'abord, je vous rassure, ce n'est pas une tumeur.
Ce risque est écarté.
J'ai quelque chose. Je m'étrangle même avec de la purée.
C'est ce qu'on appelle une dysphagie,
due à la maladie de Forestier.
Vous allez comprendre.
Cette tache blanche près de la vertèbre
est un ostéophyte, une ossification.
L'œsophage a été déplacé par cette ossification.
Les aliments ont du mal à passer, même les liquides.
C'est pourquoi vous vous étranglez.
Pourquoi cet os a autant grossi ?
La maladie de Forestier est rare. On en ignore les causes.
Elle affecte les tendons, les ligaments et les capsules articulaires,
qui se calcifient sans raison apparente.
Chez vous, c'est le ligament antérieur de la colonne cervicale.
Il y a une solution ?
Opérer pour ôter très vite cette calcification.
Rassurez-vous, ce n'est pas une opération à risque.
Le gastro-entérologue et le chirurgien vous en diront plus.
Très bien.
L'aquarelle vous intéresse ?
Oui, j'aimerais l'acheter. Qui est l'auteur ?
C'est un anonyme.
La plupart des œuvres ici ne sont pas signées.
Comment vous l'avez eue ?
Je l'ai achetée aux puces de Barcelone.
C'est une de mes œuvres préférées.
Vous ne savez pas qui peut en être l'auteur ?
Quelque chose est écrit au dos.
Ce sont des artistes anonymes
qui ignorent sûrement qu'ils sont des artistes.
Cher Salvador,
je t'envoie le dessin chez toi car je n'ai pas l'adresse du collège.
Je suis content de pouvoir t'écrire, c'est toi qui m'as appris
et je t'en remercie.
Je travaille dans le magasin de l'oncle de Conchita
et je m'en sors avec les chiffres, grâce à toi.
Ici, on vit bien,
mais la vie dans les cavernes me manque et toi, en particulier.
Quand j'écris,
je pense à ta main guidant la mienne.
Tu dois apprendre un tas de choses,
lire plein de livres et voir beaucoup de films.
Voici mon adresse à Bilbao.
Écris-moi et raconte-moi tout.
Ton élève,
Eduardo.
Il faudra t'habiller dans 30 min.
Préviens-moi juste avant.
LE PREMIER DÉSIR
Pourquoi t'as pas reçu le dessin ?
Eduardo l'a envoyé à Paterna,
ma mère a dû le recevoir.
J'étais déjà au collège des curés,
elle ne me l'a pas envoyé et ne m'a rien dit.
Tu vas essayer de le retrouver ?
Eduardo ?
Tu pourrais le googler.
- Ou aller demander à Paterna. - 50 ans après ?
C'est une bonne trame pour une histoire, que j'écrirai peut-être.
Mais le rechercher serait une folie.
Comment le dessin a atterri à Barcelone ?
Aucune idée.
Par hasard.
L'important,
c'est que le destinataire l'ait reçu.
Ça va, Salvador ?
On va vous changer de lit tout doucement.
Très bien. Posez la tête là.
Je dégrafe un peu votre blouse.
Je vous mets des adhésifs sur la poitrine.
Ça va, Salvador ?
Bonjour, docteur.
J'ai appris ce qui t'empêchait d'avaler.
T'en fais pas, on va t'enlever ça tout de suite.
Oui ?
J'écris à nouveau.
C'est vrai ? Bonne nouvelle !
Je suis très content.
Alors, drame ou comédie ?
Je ne sais pas.
Ça, on ne le sait que...
Tu crois qu'il y aura un cinéma à Paterna ?
Si déjà on a une maison, je serai contente.
Coupez !
C'est bon.
Trente-huit, cinq, première. Clap de fin.
LE PREMIER DÉSIR
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.