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CE FILM EST INSPIRÉ DE FAITS RÉELS.
Le 8 mai, la délégation allemande, menée par le maréchal Keitel,
a signé l'acte de capitulation inconditionnelle du Troisième Reich.
Le lendemain, des célébrations ont eu lieu en Pologne et dans le monde entier.
Les unités de guérilla déposent les armes
et reçoivent une attestation d'inscription.
ATTESTATION
L'action de légalisation de l'ancienne Armée de l'intérieur
a touché des milliers de ses membres partout dans le pays.
Les chefs de groupes anticommunistes
comparaissent devant un tribunal militaire.
Ils sont accusés d'activités contre l'État fomentées par des agents étrangers
et d'avoir transmis des documents confidentiels
à un ambassadeur accrédité auprès du gouvernement polonais.
J'accuse Witold Pilecki
d'avoir organisé un réseau de renseignements pour le général Anders,
d'avoir monté une attaque contre des agents de la Sécurité publique,
d'avoir accepté des pots-de-vin de fonctionnaires étrangers,
d'avoir constitué trois dépôts d'armes,
d'avoir possédé illégalement des armes, des munitions et des explosifs,
de ne pas s'être inscrit auprès de l'armée
et d'avoir utilisé des faux documents au nom de Roman Jezierski.
LE RAPPORT PILECKI
DIX MOIS PLUS TÔT APPARTEMENT D'ELEONORA OSTROWSKA
ILS ONT ARRÊTÉ ALCHIMOWICZ
Papa ?
Pourquoi pars-tu si tôt ?
J'ai des choses à faire.
Tu seras là pour le déjeuner ?
Oui.
Retournez vous coucher, les enfants.
Il est encore tôt.
Dernières nouvelles ! Życie Warszawy !
Les partis ouvriers fusionnent ! Deuxième anniversaire de la victoire !
Merci.
Dernières nouvelles ! Życie Warszawy !
Dites au Premier ministre…
- Citoyen Premier ministre. - … que j'étais à Auschwitz.
Le camarade Premier ministre est absent.
Allez au secrétariat
pour expliquer par écrit l'objet de votre visite
et nous vous fixerons un rendez-vous très prochainement.
Dis à tout le monde que la fête est annulée.
L'oncle Michał est malade.
- Merci. - De rien.
On sera toujours à tes côtés.
Mais toi ?
Tu pourrais le faire ?
Tu partirais ? Tu abandonnerais ?
Je ne pense pas.
Entre.
Je vous en prie, capitaine de cavalerie.
Asseyez-vous.
Une cigarette ?
Non merci. J'essaie d'arrêter.
C'est peut-être une bonne idée.
Je suis Józef Różański, colonel dans l'Armée populaire polonaise.
Voici mon collègue, le lieutenant Eugeniusz Chimczak.
C'est avec lui que vous parlerez.
Mon colonel…
puis-je vous demander un service d'officier à officier ?
Je vous écoute.
Je suis prêt à tout révéler sur mes activités
si on reconnaît qu'elles relèvent entièrement de ma responsabilité.
Cela suffit-il si je vous donne ma parole de colonel de l'Armée polonaise ?
AOÛT 1945 PRÈS D'ANCÔNE
La mer chaude va me manquer.
Les Anglais disent que Brighton, c'est comme la Côte d'Azur.
Je ne pourrai pas vérifier. Je retourne en Pologne.
- Tu en as reçu l'ordre ? - Non.
Ne prends pas ça comme un ordre. J'avais le choix.
Et toi aussi.
Tu ne peux pas t'en empêcher.
Apparemment.
J'étais informateur pour le gouvernement en exil à Londres
que je considérais comme le gouvernement légitime de la République de Pologne.
J'y ai prêté allégeance en tant qu'officier de l'armée polonaise.
Qui d'autre était impliqué ?
Maria Szelągowska.
C'était ma dactylo.
Elle tapait les informations et je la payais en liquide.
Qui d'autre ?
ILS ONT ARRÊTÉ ALCHIMOWICZ
Wacław Alchimowicz, de la Sécurité publique.
Il me donnait des informations sur votre ministère.
Vous le payiez aussi ? En dollars ?
En repas et en vodka.
- Qui d'autre ? - C'est tout.
- Vous êtes sûr ? - Oui.
Płużański.
On a servi dans le 2e Corps d'armée polonais.
On s'est revus en tant qu'amis à son retour en Pologne,
mais il n'a pas pris part à mes opérations.
Jamontt-Krzywicki.
Il avait des contacts dans l'Armée de l'intérieur pendant l'occupation.
Il m'a incité à parler.
Różycki.
On parlait économie.
On discutait des statistiques publiées dans les quotidiens.
Je lui louais une chambre.
Je suppose qu'il se fichait de ce que je faisais.
C'est tout ?
Non.
J'aimerais clarifier mes motivations.
Si je dois en subir les conséquences,
j'aimerais que ma famille puisse continuer à vivre normalement.
Ici, en Pologne.
Ça suffit.
Il nous raconte ce qu'on sait déjà.
Ça ne sera pas suffisant pour prononcer la peine de mort,
même pour nos tribunaux.
On lui met la pression ?
Il faut lui inventer un passé corrompu.
Un vétéran qui était à Auschwitz. Ça va être dur.
Vous trouverez bien quelque chose.
J'achète de l'or.
Madame Płużańska ?
Maria Pilecka.
Mon mari aussi a été arrêté.
Comment vais-je faire, seule et enceinte ?
Pensez au bébé et gardez votre calme.
Pourriez-vous contacter les gens
qui traversaient la frontière pour votre mari ?
Vous…
- Vous voulez vous enfuir ? - Je veux envoyer un message.
Au 2e Corps d'armée en Italie.
J'ignore ce qu'ils peuvent faire,
mais ils devraient remuer ciel et terre pour libérer nos maris.
21-22 SEPTEMBRE 1940 CAMP DE CONCENTRATION D'AUSCHWITZ
C'en était fini de tout ce que j'ai connu sur cette terre.
J'ai initié cette entreprise dans un lieu venu d'ailleurs.
Nous étions frappés à la tête par bien plus que des crosses de fusils.
Tous les concepts que nous connaissions étaient brutalement assaillis.
L'ordre des choses, les lois,
c'était fini.
Stop !
De l'eau.
Quelle est ta profession ?
Quelle est ta profession ?
- Toi. - Je suis avocat.
- Profession ? - Je suis prêtre.
- Quelle est ta profession ? - Tanneur.
- Et toi ? - Ouvrier du bâtiment.
Bande de sales porcs.
Vous êtes tous ouvriers, maintenant ?
C'est ce qu'on va voir.
Tu auras le dos bossu si tu continues à étudier.
C'est pour ça que tu es droit comme un piquet de tente.
Attention avec la cravache, Marysia.
SUKURCZE, RÉGION DE VILNIUS, 1931
Filles et garçons Allez travailler ! Allez travailler !
Souvenez-vous de cette devise Comme un ordre
LES DAMES ET LES HUSSARDS
Płużańska a reçu un message du 2e Corps d'armée au sujet de Witold.
- Anders va aider Papa ? - Zośka, on ne parle pas d'Anders.
Maman, réponds-moi.
T'es bête ou quoi, Zośka ?
Comment Anders peut aider Papa ? Il est en Italie sans son armée.
Ils l'aideront quand une autre guerre éclatera.
Andrzej.
Ils parleront de sa situation dans l'Ouest.
Ils publieront ses exploits militaires dans la presse,
ses comptes-rendus sur Auschwitz.
Les ambassadeurs des Alliés parleront aux Soviétiques.
Il faut garder espoir.
Vous allez nous raconter votre parcours.
Je suis né à Olonets le 13 mai 1901.
On peut passer l'enfance.
La guerre de 1920. J'ai reçu deux fois la croix de la Bravoure.
Arrêtez là.
Avez-vous eu une médaille pour septembre 1939 ?
Vous savez très bien que non.
Continuez, alors. La guerre et l'occupation.
Pendant l'invasion,
j'ai servi dans la 19e division d'infanterie de l'armée "Prusy".
Vous n'avez pas eu à lutter longtemps.
L'armée a été décimée en trois jours et le commandant a fui.
Si vous savez déjà tout, alors, vous n'avez pas besoin de dactylo.
Et pourquoi pas ?
Continuez.
On apprendra peut-être quelque chose.
"Krakusy" !
AOÛT 1939
Dégainez
vos sabres !
Au trot !
En avant !
En avant !
TOUT POUR MA PATRIE BIEN-AIMÉE
Que Dieu vous protège.
En avant.
SEPTEMBRE 1939 PRÈS DE TOMASZÓW MAZOWIEKI
Pied à terre !
Descendez de cheval !
Descendez de cheval.
Allez chercher un médecin.
Emmenez le major dans un lieu sec. Canons antichars, en position !
On vient prendre la relève.
Partez avant que ça n'éclate pour de bon.
Trop tard. Les hommes veulent se battre.
"La Pologne n'est pas encore tombée."
Tu sais ce qui me désole le plus ?
On a trouvé des caisses de fusils antichars.
Même pas ouvertes. Tu comprends ?
On savait que les Allemands étaient plus forts.
C'est notre commandement qui fait n'importe quoi.
Lieutenant, faites attention à ce que vous dites.
Canon en position.
C'est une division entièrement blindée.
Władyś, on aurait besoin d'une brigade supplémentaire.
Je vais encourager mes hommes. Bonne chance.
Braquez le canon.
Braqué.
Plus d'obus à fragmentation.
Attendez mon commandement !
On a détruit neuf chars allemands.
Notre section a repoussé l'attaque.
Avez-vous combattu les Soviétiques aussi vaillamment ?
En 1920.
- Comme je l'ai dit. - Et en 1939 ?
- On n'en avait pas reçu l'ordre. - Et si ça avait été le cas ?
Je n'adhérais pas à la théorie des deux ennemis.
Tapez ça.
Doit-on aussi taper
que vous avez apprécié l'aide fraternelle de l'Armée rouge en 1939 ?
Disons que je comprenais les raisons
qui ont conduit l'URSS à protéger ses intérêts aux dépens de notre patrie,
mon lieutenant.
OK. Parlons de vos activités clandestines.
Mais arrêtez de fabuler. C'est du gaspillage de papier.
Avec qui étiez-vous en contact ?
Tenez. Les dossiers d'anciens patients.
OCTOBRE 1939 LA POLOGNE SOUS OCCUPATION ALLEMANDE
Un officier de Cracovie, l'un de mes anciens patients.
Il a vécu ici un certain temps, puis il a disparu.
Il est sûrement mort.
SERAFIŃSKI TOMASZ
NOM DE FAMILLE : SERAFIŃSKI PRÉNOM : TOMASZ
Pourquoi avez-vous caché votre identité aux Allemands ?
C'est évident. Personne ne veut finir dans un camp de prisonniers de guerre.
C'était parce qu'ils avaient intercepté des dossiers du 2e Corps ?
Vous collaboriez avec les services secrets.
Vous viviez dans l'est et agissiez contre les Soviétiques. Oui ou non ?
Oui ou non ?
Je n'ai jamais agi contre les Soviétiques.
J'ai monté un réseau agissant contre les Allemands, dès le début.
OCTOBRE 1939 VARSOVIE
Je viens essayer un costume.
- Croisé ? À chevrons ? - Droit, uni et avec un gilet.
On organise le passage de nos hommes vers l'armée en France.
On collecte des renseignements.
Ils doivent dire aux Alliés ce qui se passe ici.
Que les professeurs ont été arrêtés à Cracovie.
Je le transmettrai à l'Ouest.
- Un nom ? - Aucune idée.
Je monterai des structures de terrain pour faire diversion.
Ça compliquera la tâche de nos visiteurs.
- "Armée secrète polonaise." - Trop pompeux.
Mégalomane.
Ça te poussera à mettre en place des structures dignes de ce nom.
L'acronyme me plaît.
"TAP."
OK ?
J'arrive, Herr Scherfke.
Je ferai savoir à Sikorski qu'on ne se tourne pas les pouces.
L'idéologie de la TAP reposait sur des idées nationalistes.
Comme le Camp national radical.
Sur des idées chrétiennes.
Le chauvinisme n'avait pas sa place.
Ni l'antisémitisme, pour répondre à votre prochaine question.
Le christianisme et le chauvinisme sont incompatibles.
Après tout, Jésus était juif.
N'est-ce pas, mon colonel ?
Pourquoi la Résistance a-t-elle besoin d'un gynéco ?
Vous allez recruter des femmes ?
S'il le faut.
Tu ne peux pas rester là sans rien faire.
À moins que ton ascendance ne l'emporte, Herr Dering.
Quel est ton nom, maintenant ? Smorawiński ?
Serafiński.
Tomasz Serafiński.
Constitue ta cellule de cinq agents.
Ils ne connaissent que toi.
Puis ils constitueront leur propre cellule et ainsi de suite.
Tu as ce qu'il faut.
Un lieu approprié. Les femmes parlent.
Et avec ton nom, les Allemands viendront aussi.
Je dois prêter serment ?
C'est toi qui recevras les serments.
Tu n'en as pas besoin. On se connaît trop bien.
Ils rassemblent les intellectuels ici.
AVRIL 1940 PALMIRY
TUÉS À PALMIRY : RATAJ, NIEDZIAŁKOWSKI, KUSOCIŃSKI, STARZYŃSKI
Ils doivent en informer l'Ouest.
Le monde doit faire pression sur ces enfoirés.
C'est comment de ton côté ?
On a des unités dans les quartiers principaux de Varsovie.
Je monte deux autres bataillons.
On a des unités dans les grandes villes et un groupe de sabotage dans l'est.
- Quelques milliers de personnes. Pas mal. - Oui.
Władyś, ils t'ont trouvé.
Poussez-vous de là.
Il y a une taupe.
Il espionnait le docteur. Il connaît notre réseau.
On fait quoi ?
Non !
Sans procès, c'est un meurtre.
Le temps pressait, docteur.
Voici mon ami, Władysław Surmacki.
Il m'aidera sur le terrain.
J'ignore ce qui me contrarie le plus. Ce meurtre ou la taupe.
Des nouvelles de ta famille ?
J'essaie de ne pas y penser.
J'espère que les Soviétiques ne leur ont fait aucun mal.
Bienvenue, voisin. Vous êtes nouveau, ici. Une photo ?
Je ne suis pas photogénique.
Vous cherchez quelqu'un ?
On en a 60 au total.
- Vous le connaissez, monsieur Kiliański ? - C'est un peintre, un artiste fou.
Il propose de peindre tout le monde. Même moi.
Va voir dans le salon.
- Papa ! - Papa !
Papa.
Comment vous avez fait ?
Promets-moi que plus rien ne nous séparera.
Je le mérite.
Witold. Tu m'entends ?
Promets-le-moi.
Ta famille a quitté le refuge soviétique pour l'enfer nazi et tu l'as abandonnée.
Tu t'es enfui à Auschwitz ?
Ta Maria est si vilaine que ça ?
Tes enfants sont si horribles ?
Ils sont si insupportables ?
Tu ne supportais pas d'être à la maison ?
Et maintenant, tu viens ici jouer les innocents.
Tu étais idiot ou tu suivais aveuglément les ordres ?
Aller à Auschwitz ?
Il faut que tu m'expliques, car je ne pige pas.
Alors, tu as avalé ta langue ?
Explique-moi comme si tu parlais à un âne.
À l'époque, peu de gens savaient ce qu'étaient que ces camps allemands.
De même que peu de gens savaient ce que les gens comme vous,
qui prétendent être des officiers polonais,
feraient à leurs compatriotes.
Debout.
Debout !
Qu'est-ce que tu fous ?
- Je tends l'autre joue. - Faites une pause, lieutenant.
Pourquoi le provoquer comme ça, capitaine de cavalerie ?
Vous étiez aussi rebelle à Auschwitz ?
Pardonnez-moi.
Vous avez raison.
Le lieutenant sera rappelé à l'ordre.
Cela ne se reproduira plus.
Racontez-nous par écrit votre vie à Auschwitz et vos motivations.
Nous voulons vous comprendre.
Après tout, vos antécédents auront un impact
sur la façon dont vos activités récentes seront perçues.
D'ailleurs,
c'est pour ça que vous êtes là. Pour tout nous raconter.
N'est-ce pas ?
Bonjour, comment allez-vous, camarade Davydov ?
Ça va bien.
Monsieur le secrétaire.
Mon nom est Pilecka.
Pourriez-vous remettre cette lettre à M. le Premier ministre ?
Camarade Premier ministre.
Au camarade Premier ministre ?
C'est au sujet de son codétenu à Auschwitz.
Pourquoi ne pas l'avoir laissée au secrétariat ?
Il fallait que…
Il faut qu'elle lui soit délivrée le plus rapidement possible.
Cet homme a organisé la résistance à Auschwitz.
Il a documenté les crimes allemands.
C'est votre mari ?
Je remettrai la lettre. Vous aurez une réponse sous peu.
Le Premier ministre vous attend, mon colonel.
Que raconte votre prisonnier à propos d'Auschwitz ?
À propos de la Résistance ?
Monsieur Cyrankiewicz,
l'unification du Parti socialiste polonais
et du Parti ouvrier polonais est notre priorité.
Vous êtes l'ancien
et l'unique leader de la résistance à Auschwitz,
ainsi que le Premier ministre.
Nul besoin de vous inquiéter.
Surtout à propos d'un simple prisonnier.
Et ce, même s'il était l'un de vos codétenus dans le camp.
On ne s'est jamais côtoyés, à Auschwitz.
On n'était pas amis.
Colonel Davydov.
Je veux savoir s'il avait chopé des morpions dans ce camp et combien.
Est-ce qu'il baisait quelqu'un ? Ou quelqu'un le baisait-il ?
- Nous le découvrirons, camarade colonel. - Bien, camarade colonel.
Il faut qu'on sache ce qu'il raconte sur Cyrankiewicz à Auschwitz.
Bien sûr.
MAI 1940 VARSOVIE
Il y a une rafle dans la rue Mostowa. Faites demi-tour.
Merde.
J'ai une demi-heure de retard. Allez-y.
Bougez-vous !
Allez !
Bougez-vous !
Allez !
Vous avez eu de la chance.
Ils viennent d'arriver.
Merci.
Que s'est-il passé ?
Tu as promis de ne rien me cacher.
Dering, Władyś Surmacki…
S'ils ne m'avaient pas attendu, ils n'auraient pas été arrêtés.
Tu te sens responsable ?
Witold, ils arrêtent des gens tous les jours.
Tu ne comprends pas.
SEPTEMBRE 1940 VARSOVIE
Du pain ! Du pain frais !
Vous en voulez, monsieur ?
- Rowecki. - Pilecki.
On se connaît.
Les manœuvres d'avant-guerre. La caserne de Loutsk, en 1938.
Félicitations pour avoir recruté plusieurs milliers de personnes en un an
sans vous faire prendre.
On veut agir.
Dering et Surmacki ont été envoyés à Auschwitz.
Ils construisent un autre Dachau, là-bas, ou quelque chose d'encore plus grand.
- L'Ouest doit savoir ce qui se passe. - On n'arrête pas de les informer.
La Sonderaktion à Cracovie, Palmiry…
Mais ça ne change rien.
Il faut réagir, passer à l'action contre les Allemands.
On a besoin de quelqu'un à Auschwitz pour y monter un réseau de résistance.
Vous voulez faire ça dans un camp fermé ?
Le major dit que vous seul en êtes capable et personne d'autre.
Il faut donner espoir aux prisonniers.
C'est un ordre ?
Une demande.
C'est pour Dering et Surmacki.
Je comprends. J'obtempérerai. C'est tout ?
Oui.
Ça ira ?
Toute seule ?
Si je te dis que nos paysans se rebelleront pendant la récolte
et que je mourrai en couches, tu resteras ?
Ne plaisante pas avec ça.
Les Biélorusses sont des gens paisibles.
- Pour le moment. - Oui.
Je sais que tu t'es porté volontaire pour ces manœuvres.
Toutes les raisons sont bonnes pour partir.
J'ai l'impression que tu ne nous aimes pas autant que je t'aime.
Dois-je rester pour le prouver ?
Oui.
Ils frappent à toutes les portes et emmènent tous les hommes.
Il y a des hommes ici ? Sortez !
Il y a des hommes ici ? Sortez !
Dépêchez-vous.
Il y a des hommes ici ? Sortez !
Il y a des hommes qui vivent ici ?
Il y a des hommes ici ?
Vous comprenez l'allemand ?
Je ne sais pas. Mon mari est dans un camp…
Vous ne comprenez pas l'allemand ?
Y a-t-il des hommes dans cet appartement, là, maintenant ?
Les mains en l'air.
Dis-leur que j'ai exécuté l'ordre.
Dès lors, nous sommes devenus des numéros.
Le mien était le 4859.
Treize. La somme des chiffres du milieu et la somme des deux autres.
Mes codétenus pensaient que j'allais mourir.
Ces chiffres me plaisaient.
On nous a assigné des badges de couleur.
Les prisonniers politiques portaient un badge rouge.
Les criminels, un badge vert.
Ceux qui refusaient de travailler pour le Reich, un noir.
Les témoins de Jéhovah, un violet.
Et les homosexuels, un rose.
Debout, bande d'ordures.
En ligne.
Tu ne vas pas me le donner ?
C'est ce qu'on va voir.
Ton nom !
Ton nom !
Czajkowski.
Ton nom !
Père Czajkowski !
- Tu veux qu'on le tue ? - Czajkowski !
Ça suffit.
Regarde-le.
Tu vois ? Et on ne t'a même pas touché.
Déshabillez-vous pour l'épouillage.
Comment va le docteur Dering ?
Tu es en contact avec lui ?
Le docteur Dering est à Londres.
On n'est pas en contact.
Sais-tu que suite aux témoignages des prisonniers d'Auschwitz,
Dering sera mis en examen pour avoir conduit des expériences sur des gens ?
Lis ça.
Lis !
Tu l'as aidé, Pilecki, ou tu as juste regardé ?
Ou peut-être que tu n'en savais rien.
Tu ne savais peut-être pas qu'il stérilisait des détenues
et ouvrait le ventre de femmes enceintes pour examiner leur fœtus ?
Ce sont des calomnies.
Des dizaines de personnes doivent leur vie à Dering.
- Ses Cinq… - Arrête avec ces foutus Cinq !
Des Cinq à Auschwitz ?
Et pourquoi pas ici aussi, sale menteur ?
Votre attention.
Que tous les détenus se présentent immédiatement à leur poste de travail.
Je répète.
Que tous les détenus se présentent immédiatement à leur poste de travail.
- Il doit aller à l'hôpital. - Merci.
Nous étions tous unis par notre rage et notre soif de vengeance.
C'était l'environnement parfait pour mettre sur pied ma mission,
ce qui m'a donné un semblant de joie.
Puis je me suis dit que je devais perdre la tête.
Ce n'était pas normal de ressentir de la joie dans un tel endroit.
Mais c'est ce que je ressentais.
J'avais hâte de me mettre au travail.
C'est ce qui me faisait tenir.
Tu es là. C'est bien.
Je te connais. Je sais pourquoi tu es là.
Mais tu dois d'abord survivre. Ce sera déjà ça.
Surmacki, de Virion, vous êtes en contact ?
Bien sûr. Władyś travaille dehors comme géomètre.
Il contacte des civils, achemine des médicaments.
Mais ils ont brisé de Virion.
Il se ressaisira. Ça fait trois pour les Cinq de haut rang.
Tu veux monter des cellules de cinq agents comme dans la TAP ?
Des noms.
Qui étaient tes complices, là-bas, à part le criminel de guerre Dering ?
Qui d'autre faisait partie de tes Cinq ?
Witek.
- Tomasz Serafiński. - Surmacki. Ça te plaît, Auschwitz ?
Quel cirque. Faisons ce qu'on a à faire.
Dering m'a dit que tu étais là.
Jamais je n'aurais pensé que tu te ferais prendre.
Rejoins les Cinq de Władyś.
Comme dans la TAP ? Dans cet enfer ?
Devant le Dieu Tout-Puissant et la Sainte Vierge,
reine de la Couronne polonaise…
je pose mes mains sur cette Sainte Croix
et je jure de rester fidèle à ma patrie, la République de Pologne,
de défendre vaillamment son honneur
et de me battre corps et âme pour sa libération, quitte à mourir.
Je garderai fermement ce secret, quoi qu'il m'arrive.
J'ai entrepris ma mission comme à Varsovie, en 1939,
avec des gens que j'avais recrutés dans la TAP.
Dering élevait des poux porteurs du typhus.
On les utilisait pour contaminer les SS.
Ces "surhommes" mouraient du typhus tout comme les sous-humains.
Notre tâche était de monter une organisation militaire
pour soutenir le moral des détenus
en faisant circuler des nouvelles de l'extérieur,
en fournissant des rations alimentaires supplémentaires
et des vêtements aux détenus,
et en envoyant des messages au monde extérieur.
Qu'est-ce que tu fais ?
Donne-moi ça.
Notre organisation essayait de se débarrasser des kapos.
Soit…
c'était des sadiques par nature, comme Kozik,
soit c'était des opportunistes brisés…
Ça suffit.
Les itinéraires menant à Anders, en Italie.
Les noms des messagers, les adresses. Parle.
T'es sourd ?
Itinéraires, messagers, adresses. Tout de suite.
J'y allais moi-même.
Il affirme être celui qui a établi la résistance militaire à Auschwitz.
Il dit qu'il a écrit des comptes-rendus, des rapports,
mais pas un mot sur vous à Auschwitz, monsieur le Premier ministre.
Je me demande…
Je me demande comment c'est possible
que Pilecki-Serafiński et vous, vous ne vous soyez jamais vus,
si vous étiez tous deux actifs dans le réseau de résistance du camp.
Enfin, peut-être que Pilecki a inventé ça de toutes pièces.
Auschwitz était immense.
Dois-je lui demander directement ?
Non, pas pour le moment.
Je dois y réfléchir.
Permettez-moi, camarade colonel.
Comment c'est possible ?
On est trop faibles pour bouger un bras ou une jambe,
et pourtant on marche.
Ce n'est rien. Tu peux somnoler pendant quelques pas.
Bougez-vous !
LE TRAVAIL REND LIBRE
Effectivement, il nous rend libre, ici.
Sławek doit manger plus.
Quand quelqu'un volait de la margarine ou du pain dans la réserve,
on disait qu'il avait "organisé" de la margarine ou du pain.
Celui-ci s'est organisé des chaussures, celui-là, du tabac.
Le mot "organisation" était partout.
Tout le monde le connaissait.
Et si ça arrivait aux mauvaises oreilles,
quand on parlait de la Résistance,
ils pensaient qu'on voulait dire "voler" ou "se procurer" quelque chose.
Ni plus, ni moins, s'il vous plaît.
Andrzejek.
Hier, tu as bien mis tes restes de porridge dans un trou de souris ?
Pilecki !
Mais qu'est-ce qui se passe ?
Où sont passées les chaises ?
Ce n'est pas grave.
On discutera debout de ta collaboration avec les autorités d'Auschwitz.
Dans quelles circonstances es-tu devenu kapo ?
Tu étais un détenu bien en vue. Tu travaillais au fournil.
Ton ami au fournil, Jan Redzej, c'était bien un kapo ?
Plus haut, les bras.
Ça suffit !
Les bras.
Bien.
Tu vas rester comme ça, capitaine.
On te brisera les os à chaque fois que tu tomberas.
Puis on te remettra en état et on recommencera.
Dis-moi, capitaine de cavalerie…
de quelle façon as-tu servi les autorités nazies
en échange de postes importants ?
Quand un détenu manquait à l'appel,
le camp entier devait se tenir au garde-à-vous pendant 18 heures.
Ils ne survivront pas.
Nos bras et nos jambes devenaient bleus,
alors qu'ils dépassaient de nos vêtements souvent trop courts.
Ils ne nous touchaient pas. On devait rester debout et geler.
C'est le froid qui nous torturait.
Les kapos et les superviseurs venaient nous voir, riaient
et disaient, en agitant leurs mains comme pour imiter l'évaporation :
"Ainsi s'évapore la vie."
Quand le docteur intervenait, le commandant disait :
"Laissez-les mourir. On arrêtera quand il en restera la moitié."
Tu crois qu'ils me mangeront quand je mourrai ?
J'ai vu des hommes manger le foie d'un cadavre.
Ça va aller.
Votre attention ! 95 malades prêts pour l'inspection.
Quiconque ne sera pas au garde-à-vous sera considéré comme mourant.
Debout !
Quiconque ne sera pas au garde-à-vous
sera considéré comme mourant.
Que fait-il ici ?
Il est menuisier.
Il a été affecté ici pour travailler.
La Croix-Rouge va venir.
Le monde sait ce qui se passe. Va chercher des nouveaux vêtements.
Ça va, mon pote ?
Estime-toi heureux de ne pas être sur cette pile de cadavres
qui sera enterrée demain.
Mais enfin, dis-moi ce que tu as fait à Auschwitz.
On a des témoins qui t'ont vu battre…
Ils t'ont apporté un tabouret.
Assieds-toi.
On doit rédiger sa déposition.
Il se contentera de la signer. Ce sera plus simple.
Prenez de la soupe, lieutenant.
Cette enquête a l'air de vous épuiser.
Elle est à l'oseille. Je la recommande.
Vous devez reprendre des forces.
Je suis d'accord, on doit accélérer les choses avec le capitaine.
Sa femme s'est manifestée.
- Madame Serafińska ? - Pilecka.
Mais mon mari était à Auschwitz sous le nom de "Serafiński".
Je comprends.
Il est à la prison de Rakowiecka ?
Nous n'avons pas encore de réponse du camarade Cyrankiewicz.
Soyez patiente.
Mais ne perdez pas espoir.
D'ailleurs, je voulais vous demander…
si vous saviez quelque chose
à propos du rapport que votre mari a écrit à Auschwitz.
Il écrivait des comptes-rendus.
Il les faisait sortir du camp.
Il en a envoyé au 2e Corps d'armée.
Il en a caché certains,
mais j'ignore où.
C'est ça que veut le camarade Premier ministre ?
Pour prouver les crimes nazis.
Tous les documents sur Auschwitz
intéressent forcément le camarade Premier ministre.
Si notre famille peut quitter le pays en toute sécurité,
il vous donnera tous les rapports qui sont encore en Pologne.
Il y a un souci ?
Ils ont peur de ce que Witold a écrit dans ses comptes-rendus.
De quoi tu parles ?
"Qui", pas quoi.
Cyrankiewicz.
Je sais à quoi ressemble le Premier ministre.
Je ne l'ai jamais vu dans le camp. Je n'ai rien à ajouter.
Alors, pourquoi ta femme ne cesse de le harceler ?
Je ne sais pas.
Peut-être pour faire appel au sens de la solidarité du Premier ministre.
Du citoyen Premier ministre ?
Du camarade Premier ministre ?
Tu as dit…
Vous avez dit, capitaine,
que vous écriviez des comptes-rendus à Auschwitz.
Dans votre cas,
ils pourraient constituer des circonstances atténuantes.
DÉCEMBRE 1941 CAMP DE CONCENTRATION D'AUSCHWITZ-BIRKENAU
Ils amenaient des Juifs de France, de Bohême, des Pays-Bas
et d'autres pays européens.
La majorité des convois allaient directement à Birkenau,
où, sans paperasse aucune, les gens étaient réduits en cendres.
Les femmes et les enfants d'un côté, et les hommes de l'autre,
se rendaient dans des soi-disant salles de bains
qui n'étaient autres que des chambres à gaz.
Ils verrouillaient la porte et le massacre commençait.
Ils brûlaient en moyenne un millier de Juifs par jour.
Je veux tous les documents
datant de l'époque de l'occupation, des activités militantes et du camp
qui mentionnent Cyrankiewicz.
Vous les apporterez vous-même à mon bureau.
C'est compris ?
Où sont ces documents, maintenant ?
C'est ça que vous voulez.
J'envoyais mes comptes-rendus à l'extérieur du camp.
Quant à ceux que j'ai écrits après avoir quitté le camp…
Certains ont été remis au 2e Corps d'armée,
d'autres ont disparu.
Et le rapport ?
Votre femme dit que vous l'avez caché.
Et si on l'invitait à venir ici ?
Pour avoir une petite discussion.
Et pour clarifier votre histoire.
Ma femme bluffe.
Elle essaie juste de me faire sortir d'ici.
Vous pouvez nous tabasser. Les comptes-rendus ont disparu.
Et même s'ils ne l'étaient pas,
je n'ai jamais parlé de mes activités à ma femme.
Pour qu'elle ne sache rien,
dans ce genre de situation.
Tu vas m'écrire ça.
Je le veux par écrit.
Signe de ton nom complet.
On fera quand même venir ta femme.
LES RAPPORTS D'AUSCHWITZ ONT DISPARU. WITOLD PILECKI
Il paraît qu'elle n'est pas mal. Tu nous l'avais caché.
Emmenez-le.
Vous me reconnaissez ?
Płużańska.
Ils me laissent enfin voir mon mari.
Je vais bientôt accoucher.
Allez, on y va. Tout de suite.
- Vous ne me reconnaissez pas ? - Allez.
Tu regardes quoi ?
Les gonzesses te manquent ?
Mon bébé !
Ils ont commencé à amener des femmes, convoi après convoi.
L'excitation de ceux qui leur coupaient les cheveux
s'est vite transformée en lassitude,
causée par la surabondance de ce qu'ils avaient tant désiré.
De notre baraque, on entendait souvent leurs cris perçants et leurs gémissements
qui cessaient brusquement.
Ceux qui ne voyaient pas le visage des victimes se demandaient toujours :
"Était-ce ma mère ? Ma femme ? Ma fille ?"
Nous avons un message de la part de Witold.
DONNEZ-LEUR TOUS LES DOCUMENTS. WITOLD
C'est sa signature. C'est bon.
On doit tout détruire.
C'est tout ce qu'il y a, madame Maria ?
Vous voulez manger quelque chose ?
Ou bien boire un thé ?
Peut-être une autre fois.
C'est tout ? Il n'y a rien d'autre ?
Oui, citoyen lieutenant.
D'accord. Prenez une douche, rasez-vous et mettez-vous au boulot.
Signé d'un "W". Pas un mot sur Cyrankiewicz.
S'il a signé avec une lettre, il a dû en écrire d'autres.
Bonjour. Pouvons-nous entrer ?
Messieurs.
On mangerait bien quelque chose, cette fois, avec un thé.
On a le temps.
Peut-être que vous allez vous souvenir des autres documents.
Ne serait-ce que pour l'appartement. Il est à votre cousine, n'est-ce pas ?
Moi, Tadeusz…
- … je te prends, Stanisława… - … je te prends, Stanisława…
- … pour épouse… - … pour épouse…
- … et je promets… - … et je promets…
- … de t'aimer… - … de t'aimer…
- … d'être fidèle… - … d'être fidèle…
- … d'être loyal… - … d'être loyal…
- … et de rester près de toi… - … et de rester près de toi…
- … jusqu'à la mort. - … jusqu'à la mort.
Aidez-moi…
Aidez-moi…
- … Dieu Tout-Puissant… - … Dieu Tout-Puissant…
- … au nom de la Trinité… - … au nom de la Trinité…
- … et de tous les Saints. - … et de tous les Saints.
Płużański vous a briefé ?
On a un plan pour tuer les membres clés de la police secrète.
On a des infos sur leur emploi du temps et leur service de protection.
On devrait en parler à nos supérieurs.
Tu vas signer une déclaration
comme quoi tu t'es procuré des armes pour éliminer des fonctionnaires polonais.
Ces armes venaient de l'insurrection. Je n'ai jamais organisé d'assassinat.
Pourquoi les as-tu gardées ?
Si je vous les avais remises, vous m'auriez arrêté.
On n'avance pas, Pilecki.
Tu vas signer une déclaration de possession d'armes.
Je ne signerai rien.
SERVICE DES MALADIES INFECTIEUSES ATTENTION ! TYPHUS
Emmenons-le.
Ils vont encore faire le tri.
Allez, il faut y aller.
Sortez d'ici ! Bougez-vous !
Le camp mettait à l'épreuve la résilience des personnes.
Il envoyait les uns au fond de l'abîme
et il forgeait le caractère des autres.
On nous taillait avec des outils affûtés.
Les coups s'enfonçaient douloureusement dans nos chairs,
mais c'est notre âme qui souffrait le plus.
Cet endroit nous transformait tous.
Santé, camarade président.
Vous savez pourquoi Staline vous estime autant ?
Vous êtes loyal.
Vous avez réprimé
vos socialistes dissidents de l'avant-guerre.
Ça, c'est sûr.
Mais surtout, il admire ce que vous avez fait à Auschwitz.
Camarade Cyrankiewicz,
prisonnier numéro 62933.
L'unique leader de la Résistance
dans le camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau.
Tout le monde va voir
que l'unification des socialistes de l'avant-guerre
et des communistes de la Pologne en guerre est une nécessité historique.
Allez, monsieur Cyrankiewicz.
Vous êtes muet comme une tombe.
Vous ne buvez pas avec moi ?
Poussez-vous.
Avancez.
Avancez.
Tu fais quoi, là ?
Il est déjà mort. T'embête pas.
- Dites au Premier ministre… - Citoyen Premier ministre.
- … que j'étais à Auschwitz. - Le camarade Premier ministre est absent.
Allez au secrétariat pour expliquer par écrit l'objet de votre visite
et nous vous fixerons un rendez-vous très prochainement.
Camarade, tout va bien ?
Bien sûr. On a du boulot aujourd'hui.
Les nombreuses tentatives d'évasion
ont conduit les autorités du camp à appliquer une sanction collective.
Pour chaque détenu qui s'évadait, dix étaient exécutés.
La sélection des dix personnes qui allaient payer pour un évadé
était une expérience atroce.
Surtout pour la baraque où on les choisissait.
Il est temps que tu t'évades.
Il y a un gars au fournil qui cherche un compagnon d'évasion.
… un compagnon d'évasion…
Votre résilience m'impressionne, capitaine.
Je lis souvent
L'Imitation de Jésus-Christ…
de Thomas a Kempis.
Je le recommande, mon colonel.
Signez ce procès-verbal d'interrogatoire.
Il n'y a que des choses que vous diriez.
Ensuite, vous pourrez y aller.
Allez.
File d'ici.
AVRIL 1943 CAMP DE CONCENTRATION D'AUSCHWITZ-BIRKENAU
FOURNIL
"Être" ou "ne pas être",
telles étaient les conditions de ceux qui travaillaient à l'intérieur
dans les écuries, les entrepôts ou les ateliers,
et de ceux qui travaillaient dehors et mouraient de diverses façons.
Les premiers étaient nécessaires.
Les autres payaient de leur vie,
car l'objectif était d'exterminer le plus de personnes possible.
T'aurais pas une clope ?
Merci.
SORTIE
Alerte !
Laissez-moi sortir !
Vous êtes morts !
Vous êtes morts !
Attendez.
Non, je ne peux pas.
- Allez, bon sang. - Non, je n'y arriverai pas.
Non.
- Laissons-le ici. - Je vais t'exploser la tête. Attrape-le !
Allez-y sans moi.
Non.
C'est ici ?
Attends.
On est foutus.
Witek !
C'est ici.
C'est ici !
J'ai présenté un plan à l'Armée intérieure pour libérer Auschwitz.
Une attaque venant de l'extérieur associée à une mutinerie dans le camp.
Ils ont dit qu'ils étaient au courant de ce qui se passait,
mais que pour l'instant, une attaque était impossible.
Les Alliés ne voulaient pas bombarder le camp.
En plus des difficultés techniques, il y avait aussi des obstacles politiques.
En gros,
tu t'es sacrifié et tu as souffert pour rien.
Tu n'as sauvé personne pendant la guerre, capitaine de cavalerie.
Lors de l'insurrection de Varsovie, j'étais dans le bataillon de Chrobry II.
D'abord, en tant que fusilier, puis en tant que commandant.
AOÛT 1944 VARSOVIE, ARRONDISSEMENT DE WOLA
Décrochez-les.
Allez, dépêchez-vous.
Allez !
- Plus vite. - Avancez !
Allez, on se dépêche.
Avance ! Par ici, gamin !
Contre le mur.
Restez à couvert.
Contre le mur.
Contre le mur.
Contre le mur.
Attention.
Au sous-sol. Vite !
Courez !
Tu vas y arriver.
Allez.
- Sécurisez cette allée. - Le champ est libre.
- Visez la rue. - Vérifiez à droite.
Couvrez-les.
Plus vite, messieurs.
Ça aurait pu être une belle histoire
s'il n'y avait pas eu ces quelques mois…
juste après la guerre.
Le juge et le procureur
étaient aussi des insurgés dans l'Armée intérieure.
Votre procès sera équitable, capitaine de cavalerie.
Colonel !
Je n'ai aucun souvenir…
de ce Pilecki, alias Serafiński…
à Auschwitz.
S'il avait pris part à la Résistance…
alors, en tant que leader,
je l'aurais su.
Même si votre mari, Witold Pilecki,
avait accompli des actes remarquables…
pendant la guerre…
cela ne suffirait pas
à effacer
ses méfaits
plus tard…
contre sa patrie.
Pourquoi es-tu allé les voir ?
Je ne te pardonnerai jamais.
Tu aurais pu…
On aurait pu s'enfuir.
On aurait pu partir, vivre.
Mais il a fallu que tu joues les héros.
Tu diras aux enfants…
que c'était nécessaire.
Tu leur diras toi-même.
Je ne crois pas.
Tu arrives à sortir d'Auschwitz, mais pas de cette prison ?
Comparé à ça, Auschwitz était un jeu d'enfant.
Marysia.
Sois forte.
Tu n'as pas peur ?
Si.
Mais pas de la mort.
J'ai peur d'être abattu comme un animal.
Un chiffon sur la tête et de la sciure au fond de la gorge.
D'abord Auschwitz, puis Rakowiecka…
J'ai longtemps prié pour une mort digne.
Dis ça aussi à nos enfants.
Certains n'ont fait que suivre mes ordres d'officier supérieur,
comme Mme Szelągowska ou M. Płużański,
et d'autres ignoraient tout,
comme M. Jamontt-Krzywicki, M. Sieradzki ou M. Różycki.
Ils n'étaient que des instruments.
J'ai usé de leur loyauté
pour collecter et envoyer des informations sur ce qui se passait en Pologne
au gouvernement en exil.
Je n'ai jamais failli au serment que j'ai prêté à ce gouvernement.
Vous avez plaidé coupable. Nous avons votre procès-verbal.
Oui ou non ?
L'interrogatoire a été plutôt éreintant.
Je nie l'avoir sciemment signé.
Une dernière chose.
Le colonel ici présent…
m'a donné sa parole d'honneur d'officier que dans l'affaire Pilecki,
mon procès,
moi seul serai tenu pour responsable.
Vu l'état de mes coaccusés,
nous n'avons clairement pas la même définition de "parole d'honneur".
25 MAI 1948
À Auschwitz, on disait que si l'un d'entre nous survivait à tout ça,
ce serait un miracle,
et qu'il serait dur pour lui de communiquer
avec ceux qui avaient vécu une vie normale.
Leurs problèmes lui sembleraient trop futiles.
De même qu'ils ne le comprendraient pas.
Mais quiconque arrivait à s'échapper
avait le devoir de raconter au monde entier
comment des hommes massacraient d'autres hommes.
Retourne-toi.
Face au mur.
"J'ai essayé de vivre ma vie de façon à ce qu'au moment de ma mort,
"je ressente de la joie, et non de la peur."
LE RAPPORT PILECKI, CONFISQUÉ EN 1947, EST RESTÉ CLASSIFIÉ JUSQU'EN 1990.
TOUTES LES INFORMATIONS CONCERNANT PILECKI ÉTAIENT CENSURÉES.
LE TEXTE INTÉGRAL DU RAPPORT N'A ÉTÉ PUBLIÉ EN POLOGNE QU'EN 2000.
Sous-titres : Emilie Vandapuye
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