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Original subtitles

Cris étouffés de lutte.

Coups.

- Capitaine, s'il vous plaît ! - Bonjour. Pardon.

Oui, je vais très bien. Merci. Mon fauteuil aussi.

-Dites-moi, Caïn, quand je vous convoque,

je vous attends dans l'heure,

pas à la pause déjeuner.

-C'est vous qui avez convoqué la presse ?

-Non, c'est votre équipe.

Le seul qui a répondu à 5 h du matin, c'est Borel,

et il s'est fait déborder.

-Excusez mes hommes. Les amputés ont leur membre fantôme.

Nous, c'est Delambre, notre fantôme.

-Ca fait six mois que Lucie est partie !

Changez de disque !

-Oh, la fine équipe !

Je vous écoute. - Je commence.

On l'a frappé avec un objet contondant.

Je dirais que le meurtre a eu lieu entre 23 h et 2 h.

-Le musée est en train de changer tout son système de sécurité.

-Et cette pièce ne dispose plus de caméra de surveillance.

-Quel dommage ! Et sur les caméras qui fonctionnaient, on a quoi ?

-On n'a vu personne ni entrer ni sortir.

-Aucune effraction.

Le meurtre a probablement été commis par un des 73 employés.

-73 suspects, ça me fait pas peur.

Le musée n'est pas sur notre territoire de chasse.

Alors pourquoi avoir fait appel à moi ?

Question.

-On va vous montrer le corps, vous allez comprendre. Réponse.

-L'affaire Labeyrie ?

-Samuel Labeyrie, le thanatopracteur

qui a étranglé tous ces gens ? !

-Les cadavres de la morgue ne lui suffisaient plus.

13 victimes dont il remplissait la bouche de fleurs.

-Jusqu'à ce qu'un jeune flic, Frédéric Caïn,

l'arrête.

- Vous craignez un "copycat" ? - D'autres meurtres, surtout.

- L'identité de la victime ? - Damien Odoul, délégué commercial

aux éditions du Rameau.

- Vous auriez des gants, Legrand ? - Bien sûr.

Tenez, capitaine.

-Oh...

"Rendez-vous à la calanque à la tombée de la nuit." Joli titre !

Comment s'appelle le tableau, là ?

- "La Calanque", Suzanne Rougier.

-Ceci explique cela.

Je vais garder une photo. Une oeuvre éphémère peut prendre

de la valeur.

-Ca vient de la prison

des Baumettes, directement ici pour nous.

-Ca se complique !

On peut oublier l'élève et aller directement voir le maître.

...

Cliquetis de verrou.

-Capitaine Caïn,

grade de flic et nom de tueur.

-Samuel Labeyrie, 13 victimes au compteur...

Le plus tueur d'entre nous.

Jolie statuette !

Vous avez formé un apprenti ? Je vous croyais à l'isolement.

-J'y suis pour rien. La prison a reçu un colis à mon attention.

J'ai suggéré au directeur de vous le faire parvenir.

J'imagine que vous avez vérifié.

-Pour une contrefaçon, c'est très réussi.

- C'est ce qui m'inquiète. - Vous aussi ?

Vous n'avez eu aucun visiteur en vingt ans,

aucun codétenu

à qui transmettre votre art. Alors comment expliquer ça ?

-J'imagine que la victime avait dans la bouche des fleurs blanches.

-Vous avez l'imagination fertile pour un homme retiré du monde.

- J'ai besoin de votre aide. - Vous ?

C'est à mourir de rire.

-Le tueur du musée, c'est ma fille.

Et elle ne s'arrêtera pas là.

- Bonjour. - J'ai très peu de temps.

Vous êtes Mademoiselle...

-Assiri... Camille Assiri.

-Vous étudiez la psycho-criminologie.

- J'ai une lettre de recommandation. - Oui, le Pr Garey m'a téléphoné.

-J'apprends vite.

-Et avec les coupes budgétaires,

toute aide est la bienvenue. - Ca veut dire que j'ai le stage ?

-J'ai un cas

où votre spécialisation nous serait utile.

- Un meurtre ? - Oui, mais c'est pas le problème.

C'est plutôt le maître de stage. Il est particulier.

Vous connaissez le Cne Caïn ?

-Non.

Désolée.

Pourquoi ? Il fait si peur que ça ?

-On raconte que j'ai tué 13 personnes, mais j'en ai tué 12.

Alain Pennec, ce n'est pas moi. - Victime d'une erreur judiciaire ? !

-Quand vous m'avez arrêté...

-Je m'en souviens vaguement.

Vous aviez son cadavre dans le coffre.

Et votre fille était avec vous. - C'est elle qui l'avait tué.

Il l'avait agressée

quelques heures plus tôt.

Elle s'est défendue.

Que vouliez-vous qu'elle fasse ? - Qu'elle appelle la police.

-Elle m'a appelé, moi.

Ma petite Sara... C'était une gosse.

J'ai maquillé le corps,

en utilisant les rituels

de tous ces meurtres dont parlait la presse.

Mes meurtres.

Je sais pas si elle a compris, si elle savait.

Tout ce qui comptait, c'était d'endosser le meurtre de ma fille,

la protéger.

Vous connaissez la suite. - On vous a emprisonné.

Sara a été confiée aux services sociaux. Vous avez des nouvelles ?

-Elle s'est enfuie le jour de ma condamnation. On ne l'a pas revue.

-Même pas une carte à Noël ? !

Quelle ingratitude !

-Pas à Noël.

Le 16 mars.

Chaque année depuis vingt ans,

la même lettre anonyme qui décrit le mal qui grandit en elle.

Et au dos, cette nature morte. - Les mêmes fleurs blanches.

-Comme celles que j'ai mises dans la bouche de l'homme qu'elle a tué.

-Et vous pensez que la statuette est un aveu ?

-Elle veut qu'on l'empêche de devenir un monstre.

-Peut-être qu'elle veut juste

que vous soyez fier d'elle. - Non, Sara n'est pas comme ça.

Moi, j'ai fait ce que j'ai fait. Elle, on peut encore l'arrêter.

-Je n'ai encore jamais enquêté pour le compte d'un tueur.

-Comment je vais dire à mon père qu'il va être mon maître de stage ?

-Tu n'as rien dit à Feldmann ? !

-Ce stage, c'est une super opportunité.

-Vois le bon côté des choses.

Ce stage va nous rapprocher... Enfin, vous rapprocher.

-Il va pouvoir m'étrangler.

-Répète après moi : Papa, faut qu'on parle.

- Papa, faut qu'on parle. - Plus tonique !

- Papa, faut qu'on parle ! - Du peps, allez !

- Papa, faut qu'on parle ! - Qu'on parle de quoi ?

Camille ?

Tu as dit "papa". Tu parlais de moi ?

-Oui, parce que...

Enfin, non.

Je coachais Borel parce qu'il a un truc à dire

à son père, mais il ose pas.

- Ah bon ? - Non.

- Vous voulez lui dire quoi ? - Que j'ai peur de lui.

-C'est fini, l'interrogatoire ? C'est privé.

Tu fais quoi, ici ?

-Je bossais au calme jusqu'à ce que vous arriviez.

- On peut y aller. - Non, restez !

J'adore quand la sphère personnelle

piétine la professionnelle. - Oui, c'est sympa.

Je vous laisse travailler.

Je vais...

J'y vais, quoi.

-Le tueur qu'on recherche est une jeune trentenaire,

et le nombre de suspects dégringole de 73 à 2.

-Sara Labeyrie, née en 1985,

ce serait soit Inès Lebraz,

née en 82,

soit Chloé Baron, née en 86.

-Deux bonnes têtes de suspectes.

-Vous lui faites confiance, à ce type ?

-Non. Mais un truc me titille.

Toutes ses victimes avaient des ancolies bleues à la bouche.

Toutes sauf la dernière d'entre elles : Alain Pennec.

Un tueur en série ne change pas de rituel comme ça.

- Damien Odoul aussi. - A propos, vous en êtes où ?

-Son appart était rempli de livres d'art et de plantes mortes.

Profil social inexistant. Un presque fantôme.

-Un fantôme, c'est un profil en soi, juste un peu transparent.

-Il fréquentait régulièrement le musée.

-Même la nuit ?

-Oui, c'est bizarre.

-Vous aimez la peinture, Borel ?

-Couci-couça.

-Moi, j'ai horreur qu'on m'enferme dans un cadre.

Du fromage ? - Non, merci.

-Inès Lebraz en pleine action.

Vous êtes restauratrice depuis longtemps ?

- Un peu plus de dix ans. - Dix ans ? !

Vous avez dû en défoncer, des bonshommes en bois.

Ah oui ! C'est un métier physique.

-Pas autant que le vôtre.

-Vous maniez bien le ciseau. Bravo.

Pour vous, restaurer, c'est un exutoire.

Vous vous défoulez de quelque chose.

-C'est moins manuel que spirituel.

On redonne vie aux oeuvres.

-Un peu comme le rite funéraire perpétré sur M. Odoul, en somme.

C'est une restauration

de son cadavre. Hein ?

-Si on considère le crime

comme une oeuvre.

Vous me suspectez ? - Je devrais ?

Il paraît qu'Odoul venait souvent. Vous avez dû le croiser, un jour...

ou peut-être une nuit.

-Jamais.

-Quand je vous vois avec le foulard,

vous allez mourir de chaud.

-Ca va très bien.

-Vous avez un magnifique bleu au poignet !

Comment vous vous êtes fait ça ?

-En subissant un "morote dori".

-Un quoi ?

-C'est une saisie de l'avant-bras en aïkido. Ca peut être violent.

Je lui ai fait ça à l'entraînement.

-Vous voyez que vous êtes physique.

Je vous attends au SRPJ demain matin

pour un examen médico-légal et un prélèvement ADN.

Vous êtes ?

-Chloé Baron, cheffe de la sécurité

et adversaire amicale d'Inès. - Une adversaire qui tombe à pic.

A demain !

-Je vois tout sur mes écrans.

-Dommage que vous n'ayez pas vu le crime.

-Ni le crime, ni la victime.

-Vous ne savez pas s'il connaissait quelqu'un ici ?

-Désolée de vous décevoir.

-Et Mlle Lebraz ?

Sur les vidéos, on ne la voit pas quitter le musée hier soir.

Elle aurait pu rester et attendre la victime.

-Il y a une sortie via l'aile sud. La pose d'une caméra est en cours.

-Ca fait deux fois.

- Deux fois quoi ? - Que vous lui sauvez la mise.

-Entre femmes, on se serre les coudes. Et c'est une amie.

-C'est marrant, je pensais plutôt entre suspectes de crime.

-C'est étonnant, vu votre condition,

que vous fassiez semblant de pas comprendre.

-Ma condition d'handicapé phallocrate ?

Pour moi, un handicapé peut être un odieux macho,

tout comme une femme peut être une meurtrière.

- Pourquoi vous m'accusez ? - Vous protégez une suspecte.

-Bon courage pour convaincre un juge

avec ça !

Mon intérêt, en tant que meurtrière,

ce serait de l'enfoncer. - Ca pourrait être une tactique.

-La reconnaissance faciale ne nous aidera pas.

On a deux suspectes, d'âge, corpulence, morphologie faciale,

très proches.

-On sait que Labeyrie nous dit sûrement la vérité.

-Vous lui faites confiance ? !

-Vous allez prendre en filature nos deux suspectes,

en garde partagée avec Borel.

-H 24 ?

-Forcément ! Moi, je vais aller confier nos résultats à Labeyrie.

-Vous l'impliquez dans l'enquête ? !

-"Sois proche de tes amis et encore plus proche de tes ennemis."

-Caïn

doit arrêter cette collaboration avec Labeyrie.

- Tu t'inquiètes pour Caïn ? - Non, pour l'enquête.

-Le directeur des Baumettes dit que Labeyrie est sage comme une image.

-C'est comme l'eau qui dort.

-Elle dort beaucoup depuis 2014. Il a failli mourir.

-De quoi ?

-Lymphome.

Depuis, c'est un prisonnier modèle. Son cancer du sang l'a transformé.

-Un loup aussi peut être gentil, jusqu'à ce qu'il croise un agneau.

-Qu'est-ce que vous faites, Caïn ?

-Soit vous êtes sincère, et vous serez un allié précieux.

Soit vous êtes en cheville avec votre fille...

-Et cette affaire est un piège pour me venger de vous ?

-Je vous donne donc l'occasion de me buter illico.

-J'avoue que c'est tentant.

...

Une femme crie.

-Je vous préviens, je ronfle.

Les dessins de votre fille changent, au fil des ans.

-Les fleurs deviennent de plus en plus un cadavre.

-Hum... C'est poétique.

-J'ai créé un monstre.

Je voulais la sauver, mais je l'ai condamnée,

comme mon père m'a condamné.

-On nage

en pleine tragédie antique.

J'adore les histoires

avant de dormir.

-Je devais avoir...

12-13 ans.

J'accompagnais souvent mon père à la chasse. J'achevais le gibier,

d'un coup net, tranchant dans la gorge.

Un jour, alors que j'étais penché sur un cerf,

j'ai vu quelque chose se refléter dans son oeil.

Quelque chose d'effrayant.

C'était mon père qui braquait son fusil sur moi.

On est restés comme ça une minute ou deux.

Une éternité.

J'osais pas me retourner.

J'ai compris qu'il avait vu le monstre en moi.

Et puis il a baissé son fusil.

Depuis ce jour, je ne sais pas ce que je lui reproche le plus :

d'avoir essayé de me tuer ou de m'avoir épargné.

Téléphone.

-Je dois filer. Votre héritière a encore fait des siennes.

Vous ne voulez toujours pas me zigouiller ?

-Pas ce soir.

-Alors à moi de respecter ma part du marché.

Regardez. Vous devriez trouver une photo de Sara.

- Ce sont vos suspectes ? - Oui. Vous ne la reconnaissez pas ?

On comparera votre ADN avec celui des deux suspectes

pour savoir qui est votre fille. - Je vous jure que...

-Je vous crois.

Bienvenue du bon côté de la loi !

Il y avait quelqu'un d'autre ? ! - C'est pas du 100 %.

Mais je l'ai vu dans les yeux d'Inès : elle regardait quelqu'un.

-Si c'était son agresseur,

pourquoi elle n'a rien dit ?

- Vous nous mettez en garde à vue ? ! - Je laisse libre cours

à mes mauvais penchants.

- Je suis victime. - Une victime sans foulard.

Plus besoin de cacher vos bleus, vous avez été agressée.

-J'ai failli mourir.

-On vous a découvert des traces la veille d'un examen médico-légal.

-Et moi, vous me reprochez quoi ?

-Votre subite disparition, pile au moment

de l'agression d'Inès. - J'ai disparu chez moi !

-Après être passée sur la scène de crime.

En parlant de crime,

Samuel Labeyrie, ça vous dit un truc ?

-Pas particulièrement, non.

-Dommage, parce que son modus operandi

a été repris par l'assassin

de Damien Odoul.

On a donc affaire à un imitateur familial

car l'une de vous deux est sa fille.

-Quoi ? !

- N'importe quoi ! - On nage en plein délire.

-Dans un petit bassin, alors.

Parlez-moi de vos papas.

-Je n'ai jamais connu mon père.

-Et le mien est mort.

Mais ça, vous devez le savoir.

-Sauf si vous vous êtes procuré une fausse identité.

C'est possible.

-Votre codex, c'est la présomption de culpabilité ?

-Joli ! Vous m'avez si bien cerné.

Reprenons.

Hypothèse 1 : la fille de Labeyrie, c'est vous, Chloé.

Et vous avez tenté de tuer Inès car elle vous a vue assassiner Odoul.

Hypothèse 2 : c'est vous, Inès,

et vous avez simulé votre agression avec l'aide

d'un complice. Or vous êtes une solitaire.

Vous ne fréquentez que Chloé.

Chloé...

Votre complice ?

-Vous aimez bien l'hypothèse 2.

-Hypothèse 3 :

je suis vraiment une victime, Chloé est juste une amie

et cette garde à vue ne repose vraiment sur rien.

-Permettez-moi de prendre 48 heures pour vous prouver le contraire.

...

...

Tu entames une carrière

dans le vol ?

Ca risque de faire tache dans ton rapport de stage.

- Tu as su quand ? - Feldmann m'a appelé

avant que tu me dises : "Papa, faut qu'on parle."

- Tu m'as rien dit ? ! - C'est toi qui m'as rien dit.

-Tu m'as vue flipper à l'idée de te le dire,

et tu kiffais.

-Tu fais des trucs dans mon dos.

-J'essaie de construire mon avenir, et toi, tu me manipules.

En fait, tu me traites comme un de tes suspects.

Merci pour la formation accélérée. Je n'ai pas besoin de postuler.

-Ca, c'est du chantage, donc de la manip.

-Non, c'est un aveu. Tu m'as blessée.

C'est dommage que tu saches pas faire la différence.

-Camille.

Tu promets que tu m'obéis en tout ?

Que tu prends aucun risque ?

-Vraiment ?

Ca me ferait tellement plaisir !

- Il va falloir t'accrocher. - Merci !

Merci.

-Ca fait quelque chose de vous voir en famille.

-Vous dites ça pour les macchabées ?

Ces résultats

horticoles ?

-Si la terre

présente dans la statuette et la bouche de la victime est commune,

la fleur est très rare, de l'herbe à Gouffé,

endémique du massif des Calanques. - C'est là où tu as arrêté Labeyrie.

-Il faut creuser le passé, revenir au meurtre d'Alain Pennec.

-Pennec

était orphelin, pas d'emploi, pas d'adresse connue...

-Cette piste est aussi froide que ce cadavre. Oh, quelle horreur !

Vous auriez pu faire le ménage, Stunia.

Inutile d'infliger ces horreurs à Camille.

-Si tu veux me dégoûter, il va falloir être plus inventif.

-Moi ? !

Te quoi ? !

-C'est marrant, ces petites jarres pleines de poussière.

On dirait qu'elles ont été sorties de la remise rien que pour moi.

-Cette pauvre Stunia

n'a pas que ça à faire.

-Si c'est ça, ton plan...

-Je me demande de qui elle tient ce pouvoir de déduction.

-Oh, museau ! Vous êtes de quel côté ?

-Du côté de la raison. Je vous avais dit que ça marcherait pas.

Vous n'avez fait que l'encourager.

-(Lucie partie, je me retrouve avec ma fille dans les pattes.)

-Hum.

-J'ai lu votre dossier,

mais ça manque de chair, de sang...

-Vous voulez que je vous ramène sur la scène de crime ?

- Oui, avec vos deux suspectes. - Et après, on ira manger une glace.

-Les tueurs en série sont trop complexes

pour être décryptés par de simples officiers de police.

-Le simple officier de police que je suis sait que vous m'avez menti.

-Intéressant.

-Quand vous étiez en train d'achever ce cerf,

c'était pas avec un couteau, c'était avec vos mains.

Vous l'avez étranglé, ce cerf.

C'était votre première victime. - Vous racontez bien les histoires.

-Votre père n'a pas vu le monstre en vous, vous lui avez montré.

Et ensuite vous l'avez tué.

Vous aviez 13 ans en 1976, l'année où il a disparu,

après une partie de chasse.

-C'était un homme alcoolique et violent.

-Et c'est cet homme que vous avez tué

à chacun de vos meurtres.

Vous voyez, les serial killers ont leurs failles :

leur premier meurtre,

celui qui annonce tous les autres.

Vous allez m'aider à reconstituer le premier meurtre de votre fille.

Vous allez me dire

où elle a tué Alain Pennec.

Et la plus émue des deux sera votre fille.

Inès,

vous allez vous allonger là...

Et Chloé, vous prenez cette pierre.

-Je refuse de me prêter à ce jeu macabre. Je veux un avocat.

-S'il y a risque d'atteinte à la vie d'une personne,

l'avocat, c'est niet avant 72 h.

Or si l'une de vous deux est une tueuse en série, il y a risque.

-Allonge-toi, Inès.

-La pierre

est aussi lourde que celle que vous teniez ?

-Vous êtes vraiment un pervers.

-Plus haut, la pierre.

Plus haut. Encore plus haut. Encore.

Plus haut. Et on essaie de s'imaginer les dernières pensées

d'Alain Pennec avant qu'on lui fracasse son crâne.

Stop !

Arrêtez !

Un coup est si vite parti. Rendez-moi la pierre.

On inverse.

On passe à l'étranglement.

Inès, vous mettez vos mains autour du cou de Chloé.

Allez.

Votre pouce doit bien appuyer sur la trachée.

Oh, mais non !

On l'a pas étranglé, on l'a étouffé avec de la terre.

Je vérifie. Elle soupire.

Inès, vous voulez bien venir ?

J'ai oublié mes lunettes, lisez,

à moins que ça vous fasse remonter trop de souvenirs.

-"La victime présente de nombreuses lésions..."

-Stop !

J'arrête.

-Je vous avais déjà vue énervée,

mais là, je vous sens bouleversée, comme une coupable.

-Evidemment que je me sens coupable de la mort de Damien Odoul.

Je suis cheffe de la sécurité, je suis là pour protéger.

Alors revivre sa mort...

- C'est celle d'Alain Pennec, là. - C'est pareil.

-C'est un aveu ?

Oh ! Les gars !

En tant que criminelles, je vous imaginais plus solides.

- Vous êtes un détraqué. - On devrait vous enfermer.

-C'est justement ce qui est arrivé

à votre cher papa.

-C'est quoi, un souvenir ? Du passé qu'on apporte dans le présent ?

Ou le présent qu'on invite dans le passé ?

-Vous avez hérité

de ses mains, non ? De belles mains d'assassin !

-Quand Sara était nerveuse,

elle se touchait les cheveux

comme vous l'avez fait.

A moins que je greffe vos gestes...

-Je n'ai pas touché mes cheveux.

-Qui a dit que je m'adressais à vous ?

-Oh, le malin... Il fixait un point flou

entre vous deux.

-Sara... Je te demande pardon d'être ce que je suis.

Pardon de t'avoir menti toute ton enfance.

De pas avoir su

te protéger de toi-même. Je pensais te sauver...

En fait, je t'ai damnée.

Sara... - Une volontaire

pour le rôle de Sara ?

Inès ? Chloé ?

-Il nous balade.

On a reçu ses tests ADN. Il est atteint de chimérisme.

-Il y a deux ADN en lui ? ! -C'est très rare.

Mais ça peut arriver suite à une greffe de moelle osseuse.

Votre lymphome, c'est avec une greffe de moelle qu'on l'a soigné ?

Votre moelle est devenue un composé

entre votre moelle originelle et celle de votre donneur,

exprimant vos deux ADN.

-Rendant toute comparaison impossible ?

Vous le saviez ? - Non.

- Ni qui est votre fille ? - Je n'ai pas pu les distinguer.

-Un père reconnaît son enfant !

-Vous avez évité leur regard.

-Pour cacher à Sara que je ne la reconnaissais pas.

Je n'arrive pas à deviner qui est ma fille.

Il y a une chimère en moi.

Je ne suis qu'un monstre, jusque dans mon sang, dans mes gènes !

Vous avez raison, un père, ça reconnaît son enfant.

Est-ce qu'un monstre, ça peut ?

-Qu'est-ce qui te dérange le plus ?

Qu'il t'ait menti ou qu'il ait eu l'air sincère ?

-Euh...

Eh bien...

Désolé, ça va pas le faire.

Je peux pas "ping-ponguer" avec toi

comme si on était coéquipiers. - Bonjour la mauvaise volonté !

-Comment tu vas faire pour Eva ?

-Comme les mamans qui travaillent : je vais trouver une nounou.

-Tu as vraiment réponse à tout !

Pour en revenir à notre serial killer...

C'est un palais des glaces,

cette enquête. Tout se dédouble, tout se ressemble :

les suspectes, Labeyrie...

-En parlant de trucs qui se dédoublent, regarde les plantes

de Damien Odoul.

-Bravo ! Comment j'ai pas vu ça ?

De l'herbe à Gouffé.

Oh...

-Si la victime cultivait de l'herbe à Gouffé, ça veut dire...

-Que c'est pas Sara

qui a confectionné la statuette envoyée à Labeyrie, c'est Odoul.

- Pourquoi il l'aurait fabriquée ? - Pour faire chanter Sara.

- Qu'est-ce qui vous fait dire ça ? - L'herbe à Gouffé.

Réfléchissez. On n'en trouve qu'au parc des Calanques.

-Jusqu'à hier, à part Sara et moi,

personne ne connaissait le lieu du crime d'Alain Pennec.

-Sauf si quelqu'un vous avait vus à l'époque.

Oui...

Aboiements.

-Le chien, le bruit dans les fourrés...

C'était Damien Odoul.

-Odoul réussit à retrouver Sara,

sculpte la statuette, lui envoie anonymement au musée,

avec ce mot...

-Elle se rend au rendez-vous, anxieuse, peut-être armée.

Elle se confronte à son maître chanteur...

Ce qui remue son passé et réveille le monstre en elle.

-Sara tue Odoul. Elle vous appelle à l'aide,

en vous faisant déposer la statuette à la prison.

-Mais pourquoi cette mise en scène d'Odoul ?

-Ca ressemble à quelqu'un d'émotionnellement impliqué.

-Vous pensez que Damien Odoul était le fils d'Alain Pennec ?

-Je sais pas.

J'ai demandé des tests ADN.

Vous mesurez ce que ça implique ?

Ca veut dire que Sara n'a pas agi avec préméditation.

Que, comme il y a 20 ans, elle était victime.

C'était de la légitime défense.

Alors si elle se rendait...

-Maintenant qu'elle a goûté au sang à nouveau,

sa faim ne fait que grandir.

-Samuel... Dites-moi qui est Sara, qu'on en finisse.

Vous n'avez plus besoin de la protéger.

Elle n'est pas comme vous.

Ce n'est pas dit qu'elle fasse de la prison,

avec de telles circonstances atténuantes.

Offrez-lui cette seconde chance. - Je ne sais pas qui est ma fille.

Et il n'y a pas de 2de chance pour les gens comme elle et moi.

Notre seule prison, c'est nous-mêmes.

-Il n'y a pas eu une suspecte plus troublée que l'autre

en le rencontrant.

-Et lors la reconstitution, elles étaient toutes les deux

très troublées.

On est dans l'impasse.

-D'habitude, tu fais quoi pour mettre à l'épreuve des suspects ?

-Je les confronte. Je les mets en porte à faux.

-Sauf que là, ton problème, c'est qu'il ne faut pas qu'elles sachent

que ça vient de toi.

Du coup, ça complique les choses. A moins que...

-Je te rappelle les deux conditions de ton stage :

tu m'obéis et tu ne prends aucun risque.

- Il y a bien une autre solution. - C'est non.

-Hum, hum. C'est non.

-Capitaine, c'est filmé.

Et il y a des flics partout.

-C'est un peu comme en prison, personne ne tue jamais personne.

-Elle est habile, votre fille. Elle tient de vous.

-Je préférerais qu'elle tienne

de sa mère.

-Allez. Tu te mets là.

On dératise ta piaule.

-Toi, c'est Inès, c'est ça ?

-Tu es qui ?

-C'est de la part de Chloé.

On est ensemble dans l'aile B.

-Tu vas lui transmettre un message de ma part.

-"Couvert de papillons,

"l'arbre mort est en fleur."

- Elle t'a rien dit d'autre ? - Non.

On est ensemble dans l'aile B.

Ils dératisent nos cellules.

-Finis, les pia-pia.

Ta taule est propre.

-Putain...

-Alors elle nous a appris quoi, cette mission d'infiltration ?

-C'est bon, tu avais raison.

-"Couvert de papillons, l'arbre mort est en fleur."

L'arbre, c'est le symbole de l'homme.

Donc l'arbre mort, c'est l'homme mort, c'est Damien Odoul.

La question est :

qui est le papillon ?

- Tu sais comment on l'arrête ? - Le papillon, c'est la renaissance.

-Ou l'incarnation de l'esprit fantasque de Borel.

L'arbre mort, celle de votre imagination, Legrand.

Et les fleurs, Camille ? - C'est les suspectes.

-En résumé, on est à poil.

Et la garde à vue va prendre fin. - On fait quoi, alors ?

-On fait tapis. On laisse Labeyrie se rendre sur la scène de crime.

-On fait quoi ? !

Capitaine, vous réalisez les dangers que vous courez ?

-Oh, vous vous inquiétez pour moi ?

-Mais non, je parle du risque d'avoir un tueur dans la nature...

-Si Sara nous échappe, il n'y a pas une tueuse dans la nature ?

-Et le risque de rendre irrecevable

notre enquête.

-Vous ne comprenez pas dans quelle catégorie on boxe.

Depuis le début, on s'est exposés aux yeux de la loi.

-Il y aura toujours un vice de procédure ?

-Oui, et le seul moyen de clore cette enquête, c'est des aveux.

La clé, c'est Labeyrie.

-D'accord. Donc depuis le début,

vous nous avez mis au pied du mur. - Oui.

De là, on voit bien le mur.

...

...

Allez, on y va.

-J'avais oublié.

-Le soleil ? Pour rappel, c'est...

-L'odeur du sang. Vous ne sentez pas ?

Cet arrière-goût de fer dans l'air.

-J'aurais dit du cuivre.

-Il a encore pisté le parcours de Sara.

Minuscules fragrances d'hémoglobine,

d'égratignures.

Et là,

les relents s'intensifient. C'est là qu'elle l'a frappé.

-Vous êtes raccord avec l'analyse criminalistique,

que vous avez lue.

Après, elle le tire jusqu'ici, le laissant agoniser.

-Oh...

-Lâchez-le. Lâchez-le !

N'y pensez pas.

-On sait très bien tous les deux que vous n'allez pas tirer.

Tout va bien se passer.

Votre arme.

...

-Samuel, je vous en supplie.

Hum !

Hum !

...

Détonation.

Il rit.

Oh, mon cher Samuel, je suis ravi que vous me présentiez votre fille.

- Comment vous avez su ? - Que vous comptiez la tuer ?

C'est vous qui pensez que l'ultime prison

pour des gens comme vous et votre fille, c'est vous-même.

Quelle meilleure évasion pour elle et vous que la mort ?

-Par ici, les gars !

-Oui, Stunia ? -Damien Odoul

est bien le fils d'Alain Pennec.

Mais un motif ADN de Pennec m'a fait tiquer.

Je l'avais déjà vu dans les minisatellites de l'ADN de Chloé.

-En français ! -Pennec avait un autre enfant :

une fille, la demi-soeur de Damien.

- Chloé Baron ? ! - Lâchez vos armes !

Lâchez vos armes ou je tire !

Vous me volerez pas ma vengeance. Je la dois à mon père, à mon frère.

- Chloé, je sais... - Arrêtez !

Qu'est-ce que

vous savez de ma vie ? Rien.

On m'a toujours dit que mon père était un raté...

Une merde.

Un bout d'homme.

Moi, je voulais juste qu'il me prenne dans ses bras.

Je me suis enfuie de chez moi et je l'ai vu se faire massacrer !

Dis ce que tu lui as fait !

-Je l'ai frappé avec une pierre...

-Pourquoi tu lui as enfoncé toute cette terre dans la bouche ?

- Parce que je suis un monstre ! - Non, Inès. Il vous avait violée.

N'est-ce pas, Chloé ?

Vous l'avez vu, ce court moment où il était sur elle.

Vous êtes restée cachée.

-Arrêtez d'avancer, putain !

-Vous avez enfoui cette image tout au fond de vous.

Pendant longtemps, vous y avez cru, à votre vengeance,

enquêtant avec votre frère,

retrouvant Inès...

-Faites un pas de plus, je...

-OK. Mais ce que vous n'aviez pas prévu, c'est votre amitié.

De découvrir Inès, tout autant bourreau que victime.

Alors vous avez renoncé à votre vengeance et Damien a agi seul.

-Arrêtez !

Chloé...

Je suis d'accord avec ce que tu vas faire.

-Non, Inès, vous vous êtes trompée. Votre père s'est trompé !

Vous n'êtes pas comme lui... - Sara !

Sara...

Je te demande pardon d'avoir douté.

Tu n'es pas comme moi.

Tu n'es pas un monstre.

Tu es l'otage de ton passé.

Quand Damien Odoul s'est jeté sur toi,

tu es revenue 20 ans en arrière, tu as revécu ton agression.

Tu as répété les gestes que j'avais faits à l'époque pour te protéger.

Ce rite mortuaire,

tu ne l'as pas fait parce que tu es une tueuse.

Tu l'as perpétré pour cacher

ce que tu avais fait. Tu m'as appelé à l'aide. Merci.

-Si Damien ne s'était pas jeté sur vous,

vous n'auriez pas tué à nouveau. Ca s'appelle une tragédie.

Elle éclate en sanglots.

-Arrête !

Oh...

Merci de m'avoir fait sentir... - Quoi ?

-L'humanité cachée en moi.

Sara...

-Chloé protégeait donc Inès

parce qu'elle voulait sa vengeance. - Et Inès qui souhaitait être punie

protégeait Chloé.

-Je n'avais pas pensé à ce type de complicité.

-Des ennemies ?

-Des adversaires.

-Elle me veut quoi, Feldmann ?

-Tu lui as caché que tu es ma fille. Elle ne va pas te louper.

-Ah, Camille ! Vous êtes bien en âge de boire du champagne ?

Ou là-dessus aussi vous m'avez menti ?

-J'ai une petite surprise pour toi.

-Ho, ho !

Elle rit.

Rire général.

-Ca te va bien.

- Bienvenue dans l'équipe ! - A toi, ma fille !

-A ton baptême du feu ! Santé !

-A toi, Camille !

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