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...
-Alors, ça s'arrange ?
-Pas vraiment. On nage en plein marivaudage :
Lucie fait la gueule à Caïn et à Legrand.
Et Caïn et Legrand, c'est la guerre froide.
-La mort remonte à quelques heures.
Je dirais ce matin très tôt. - Pour les témoins, on va galérer.
-Des témoins, j'en ai un banc ! La 2e victime avait plein d'amis.
-On les fera pas parler. Quoique, avec vos méthodes.
-Commandant, les plongeurs ont trouvé ça.
-Ah ouais...
-Quoi ?
-Je l'ignore, mais notre Lucie reste sans voix.
- "Notre Lucie" ? On fait ménage à trois ?
Regardez ça.
-Cette affaire va ajouter du piment à nos relations !
-Bon, vous nous faites part de vos lumières ?
-La victime était un militaire.
-Inutile d'envisager
de casser du militaire !
-Pas du tout. Je sais que l'armée, c'est votre famille d'accueil.
En voiture ! J'ai des fourmis dans les jambes.
-Legrand, Borel.
-Bornage des portables, enquête de voisinage.
On change pas une équipe qui gagne.
-Le poisson, c'est une pièce à conviction ?
J'ai pas fait mes courses.
- Garez-vous, on ne peut pas entrer. - Oui, ma commandante !
-Par pitié,
ne saluez pas n'importe qui, n'importe comment.
Et en civil, on ne dit pas "mon ceci". On n'est pas chez Guignol !
-1, 2.1, 2.
1, 2.1, 2.
- Détendez-vous, Lucie. - Je suis détendue.
- J'irai sur la pointe des pieds. - Et vous roulerez pour moi ?
A d'autres !
-Je vois des collègues.
On m'avait pas dit qu'il y avait de la concurrence.
C'est bien, les gars !
Vous préparez les JO ?
-Non, une petite compète. Une partie du régiment
y participe.
Même les blessés de guerre. Vous m'excusez ?
-Ils travaillent la cohésion. C'est pas chez nous qu'on verrait ça !
On frappe. - Entrez.
- Mes respects, colonel. - Bienvenue.
Commandant. Capitaine.
-Colonel. Tout un état-major !
-Capitaine Caïn, on m'a prévenu à votre sujet.
Asseyez-vous.
- Nous serons discrets. - Ca m'amuse d'accueillir le loup
dans ma bergerie, mais on ne se laissera pas manger tout crus.
-Je sens qu'on va s'entendre.
- Que savez-vous sur la victime ? - L'adjudant-chef Mortier
était un type très bien. Un solide sous-officier aimé, ici.
Retrouvez son meurtrier. - Et si c'est l'un des vôtres ?
-Je m'en chargerai.
Mais j'en doute.
Mortier était un frère d'armes. Ici, on ne tue pas son frère.
- Comptez sur nous. - Et vous sur moi.
Je vous adjoins mon commandant en second qui fera le lien entre nous.
Marie.
-Mon colonel.
-Voici le lieutenant-colonel Saint-Hilaire.
Mais vous vous connaissez déjà.
-C'est dingue, après toutes ces années.
Tu es dans la région depuis combien de temps ?
-Longtemps.
La vie passe, on se perd de vue.
-Marie était mon chef
à l'école militaire.
Elle m'a aidée à remonter la pente,
et plus encore.
-Je ne vous suspecterai donc pas.
-Ici, on n'accorde pas de traitements spéciaux.
Que vous soyez militaire, civil ou handicapé, c'est pareil :
aucun alinéa pour les exceptions. - "Alinéa", ça me rappelle
ma licence en droit. - J'en reviens pas.
Plein de souvenirs me remontent.
-Dites-moi,
la familiarité, c'est dans le manuel ?
L'armée s'est bien détendue !
-Oubliez vos préjugés, ils ont plus d'un siècle.
On est partis en mission au Sahel, avec Mortier.
C'était pas la rigolade. - Longtemps ?
-3 mois. D'habitude, les opérations, c'est la récompense :
on s'aère, on touche des primes. Mais là, c'était un vrai cauchemar.
Si Mortier n'avait pas été là... - Tu peux me raconter ?
-Non. Ce qui se passe en OPEX reste en OPEX.
C'était son bureau.
- Colonel. - Major.
Vous nous laissez ? - Reçu.
-Ne feriez-vous pas un symptôme post-traumatique ?
-J'en ai l'air ?
-Oh, Mortier vous aimait bien.
Le danger, ça rapproche.
- Caïn. - On a couché ensemble.
Juste une fois.
Et pas comme des amoureux.
- Mais ça peut créer un cataclysme. - Un régiment, c'est tout petit.
On est 1 100, mais les 2 tiers sont en OPEX, alors les commérages,
ça va vite. - Sa femme l'a su ?
-Elle nous a toujours crus amants. Une femme qui commande,
ça ouvre la porte
à tous les fantasmes. Elle est venue 2 fois au régiment
pour faire un scandale, pour rien. Elle est... Comment dire ?
Fragile psychologiquement.
-On dirait que vous nous livrez une coupable sur un plateau.
-Dégonflez vos pneus !
-Désolé. Dites-moi, Mme Mortier fait de la chasse sous-marine,
pas vrai ? - Oui, au club du régiment.
-Affreuse coïncidence.
...
Un téléphone sonne.
- Elle est où ? - Insiste. D'après la voisine,
elle est chez elle. - On lui dira sur place
que son mari est mort. Une femme crie.
-Merde.
-Non... - Mme Mortier ?
...
-Régiment, repos !
Messieurs, je serai direct.
La vie est trop courte,
et celle de l'adjudant-chef Mortier bien plus encore.
On se souviendra de son humour. Il aurait certainement
su trouver les mots jutes en pareille circonstance.
Il lui restait tant d'actes de bravoure à accomplir.
On a retrouvé son corps,
ce matin, assassiné.
La mort est notre compagnon de route.
Mais mourir ainsi, quelle tristesse.
Je compte sur vous pour faire toute facilité
aux policiers ici présents.
Garde à vous !
Aux morts !
Un téléphone sonne.
-Comment ça, "elle va sauter" ?
-Mme Mortier.
-Pourquoi, avec Legrand, est-on toujours en plein psychodrame ?
-Lisa...
Je suis le lieutenant Legrand.
Désolé pour le coup de fil. Ecoutez-moi...
Lisa.
Ecoutez-moi.
Laissez-moi vous aider.
Elle sanglote.
-Mme Mortier.
Pensez à vos enfants.
Ils ont besoin de vous.
-Lisa...
-Vous les aimez.
Vous voulez pas gâcher leur vie.
Elle soupire.
-Tout ça pour l'accuser de meurtre. Mm...
Elle sanglote.
-Charlotte, libère-moi.
C'est ridicule.
Où veux-tu que j'aille ?
- "Nous contre les autres", tu te rappelles ?
Ca nous a souvent sauvées. Tu nous as trahies.
J'ai consacré ma vie à n'être que ta soeur. Je t'ai suivie
quand t'étais mutée. J'ai pris ta place que t'allais mal.
- Et j'ai pris la tienne. - Ca marche si on partage tout.
Et toi, tu fous tout ça en l'air pour vivre ta vie.
Ta vie. Et la mienne ?
-Charlotte.
S'il te plaît.
-Thierry, c'était toute ma vie. Comment j'aurais pu le tuer ?
-Vous plongiez avec lui ?
-Parfois. J'ai jamais compris
le plaisir de tuer un animal. - On tue pour différentes raisons,
le plaisir,
c'est un plus. - Cette lettre m'a rendue folle.
-Alors vous êtes allée régler vos comptes.
- J'y ai pensé, mais non. - Vous avez fait 2 scandales,
au régiment, ces derniers mois. Vous étiez jalouse.
-Je l'ai pas tué.
Votre lieutenant a téléphoné...
Il a dit que Thierry était mort.
C'est moi que je voulais tuer. Je suis plus rien, sans lui.
-In dubio pro reo.
- Quoi ? - Le doute profite à l'accusé.
-Quel gâchis ! Un héros de guerre sur ma table.
- "Héros", n'exagérons rien ! - Je n'exagère pas.
Son corps est un champ de bataille. Je compte.
Là... Là...
Là, aussi. - Non, là, c'est l'appendicite.
-Soyez pas mesquin.
Vous, vous êtes vivant, pas lui.
- Vu sous cet angle... - En parlant d'angle,
je dirais, vu l'angle de pénétration de la flèche,
que la tueuse... - Ou le tueur.
-Se trouvait juste au-dessus
et sur le côté de la victime. Vous avez déjà fait de la plongée ?
-Je comptais m'y mettre.
-Il a été tué dans une zone où il y a du courant.
- J'adore votre déco. - Démonstration !
Placez-vous au bout à droite. Les garçons, on accroche.
Attention, ça va commencer.
-Ouais...
-Escabeau !
Ventilateur.
Arme.
Sous l'eau... Balloté...
A 15 mètres.
Dans cet angle improbable, et en retenant sa respiration pour viser.
Rires.
L'évidence s'impose. - Elle est même "éclaboussante".
-Seul un bon tireur
pouvait réussir ce tir.
-Je vois mal Lisa Mortier
en tireuse d'élite.
-Alléluia !
La femme est innocentée, la maîtresse nage en eaux troubles.
Et si Mortier avait découvert un truc embarrassant sur vous ?
-Imaginez ce que vous voulez, pendant ce temps-là,
le tueur court toujours. - Rien ne sert de courir,
j'arrive toujours à point. - Pour dépasser les bornes.
Marie est là pour nous aider. - Necessistas cogit legem.
- Ca suffit, vos formules ! Venez. - Quelle autorité !
Vous auriez dû rester dans l'armée.
- Oh ! - Oh là là !
Un peu plus, vous faisiez la une des pages faits divers :
"Lucie Delambre, victime des travaux au SRPJ de Marseille."
- Présentez-lui des excuses. - Votre amitié vous aveugle.
-C'est elle qui a parlé de sa relation avec Mortier.
- Elle essaie de nous embrouiller. - C'est vous qui embrouillez tout.
Elle était un repère, pour moi,
je peux lui faire confiance. - Parce que moi...
-Vous voulez parler de ça ? Je suis pas prête.
Vous ne l'avez pas vue depuis 15 ans, vous ne la connaissez plus.
-Charlotte, je t'en prie, ouvre-moi.
Parle-moi, dis quelque chose.
-J'ai tué ton amoureux. J'ai tué Mortier.
-Quoi ?
-Tu veux ta liberté ? Prends-la.
Mais ce sera sans lui.
-Pourquoi ?
Pourquoi ?
-Ca se passe comment, au bureau ?
Avec Lucie et Legrand, ça doit pas être simple, pour toi, non ?
Sinon, j'ai réfléchi : tu avais raison,
je dois aller de l'avant
pour moi, pour ta petite fille. Du coup, je reprends mes études.
Tu m'écoutes ?
-C'est bien, ça. Tu vas faire quoi ?
Il sifflote.
-Je me disais que je pourrais faire une capacité en droit
pour devenir avocate. - Super !
Comme ça, moi, j'arrêterai les méchants, et toi,
tu pourras les libérer. Ca sera sympa, les dîners en famille.
-Te fatigue pas, la maîtrise en Caïn, je l'ai. Tu t'attaques à moi
pour détourner la conversation.
Ca signifie que Legrand, Lucie et toi,
vous vous enlisez toujours plus
dans des sables mouvants. J'ai pas raison ?
-Emouvants, plutôt.
-Tu battras pas le record, comme ça !
- Vous savez leur parler ! - Au son de ma voix,
ils accélèrent. Comment tu t'es fait ça ?
- Conduite en état d'ébriété. - Moi, c'est en Afghanistan.
J'ai perdu mes jambes, et je les ai pas retrouvées.
-Allez, les gars !
-Si tu sors pas de là dans les 3 secondes,
je viens te chercher ! - Reçu, mon adjudant !
-Mortier était bon ?
-Un des meilleurs. Tout le monde l'aimait.
Toujours à rendre service.
On pouvait compter sur lui.
Aucun artilleur n'aurait pu le tuer.
- J'ai déjà entendu ça. - Capitaine !
Vous devez m'avertir avant de faire quoi que ce soit.
-Je brisais juste la glace.
-Vous voulez leur estime ? Prêchez par l'exemple. Ca marche comme ça.
-Je m'en voudrais de changer vos habitudes.
A défaut de jambes, je peux encore utiliser mes bras.
On fait la course ?
Prêt ?
-Prête.
Encouragements.
-Bravo ! Vous gagnez... contre un handicapé.
Je vous imaginais mieux entraînée.
-J'ai pas récupéré depuis le Sahel. Vous vous débrouillez bien.
-Mais moi, je m'entraîne pas tous les jours.
J'espère pour vous
que vous êtes meilleure au tir.
De la belle bagnole ! Ca rapporte, les primes d'OPEX.
-Si vous vouliez que je vous entraîne, il fallait demander.
- Inutile, Marie était là. - Comme les scorpions,
il vous faut piquer. - Marie est donc la grenouille.
-Vous faites ça pour m'atteindre ? C'est contre moi ?
-C'est plutôt contre moi. C'est l'insolence du désespoir.
Je préférerais suspecter votre pire ennemi, mais hélas,
plus je fais mon job, plus ça m'éloigne de vous.
-Là, vous avez tout faux.
Téléphone.
-Capitaine Crochet.
-Marie a une soeur jumelle. Elle s'appelle Charlotte.
-Vous êtes sûr de vous ? -Certain. De vraies jumelles.
On sonne.
- Marie ? - Marie est au régiment.
Je suis Charlotte, sa soeur. Vous êtes ?
-Une soeur jumelle ? Marie nous avait caché ça.
Vous me faites entrer ?
Jolie maison, Marie.
Euh, Charlotte.
Ca doit être dur d'en trouver une à chaque affectation de votre soeur.
7 déménagements en 15 ans. Vous la suivez partout.
-Que puis-je faire pour vous, capitaine ? Euh, Caïn.
-Me parler de votre soeur. Vous êtes très proches.
-La mort prématurée de nos parents nous a soudées. Question de survie.
-C'est pour faire honneur à votre père que vous portez l'uniforme ?
Marie, la militaire,
et vous, l'avocate.
-La gémellité, c'est aussi dans la tête.
On fait les mêmes trucs sans se consulter.
-Comme la plongée. C'est qui, sur la photo ?
C'est vous ou c'est Marie ?
-Marie aime les poissons.
-Très bien. Du coup, j'imagine que vous partagez aussi vos secrets.
-Je peine à comprendre le motif de votre démarche.
Vous enquêtez sur Marie ? A-t-elle besoin d'une assistance juridique ?
-Non. Elle semble s'y connaître en droit.
Elle pourrait sûrement
prendre votre place.
Comme vous devez le savoir, le bras droit de votre soeur a été tué.
Elle est très secouée.
Leur relation était devenue un peu plus que professionnelle.
Il s'en est passé des choses, au Sahel, en votre absence.
-Pour répondre à la question que vous ne m'avez pas encore posée,
je ne connaissais pas Mortier.
Vous enquêtez sur la vie amoureuse de Marie ou sur un crime ?
-Les 2, mon capitaine. Il y a des crimes passionnels.
Vous vivez seule ?
-Oui, j'ai mauvais caractère.
En parlant de ça, je dois vous laisser.
Je dois retourner à mon travail. La visite vous a plu ?
-Merci. Très instructif.
Si vous voyez votre soeur... - Vous la verrez sûrement avant moi.
On entre.
Tu crois que Mortier t'aimait plus que moi ?
Et voilà que tu m'abandonnes. - C'est pas ça.
-On a toujours été là l'une pour l'autre.
Ca nous rendait fortes.
Mais toi, tu cultivais ton jardin secret.
-Je te cachais rien.
-Vraiment ? Pourquoi j'ai découvert l'existence de Lucie, hier ?
-Lucie ? Où l'as-tu rencontrée ?
-Au régiment. Elle est flic. Et elle se demande qui a tué Mortier.
Je devrais peut-être lui dire que c'est toi. On a le même ADN,
mais pas la même vie.
C'est bien ça, chacune sa vie ?
Tu tues ton amant par jalousie,
et moi, je me trouverai bien un alibi.
Ou bien tu me dénonces.
La méchante soeur
va croupir en prison, et la pauvre Marie retrouve enfin sa liberté.
-Comment tu peux dire ça ?
-Je vais me foutre en l'air. C'est ça que je ferai, si tu t'en vas.
Tu seras libre. Libre d'aller pleurer sur le caveau familial,
papa, maman, soeurette,
si c'est ce que tu veux. - Je veux pas ça.
-Vas-y, va vivre ta vie.
Tu es libre !
Va dire à ton amie
que ta soeur a tué ton amant
car il a tenté de l'embrasser en la prenant pour toi.
Dis-lui qu'elle t'a séquestrée le temps que tu reprennes tes esprits.
Tu les a repris ?
-Oui...
Je vais pouvoir reprendre ma place.
...
Attention, pour les couleurs.
- Pour les couleurs, colonel. - Envoyez !
C'était notre drapeau en mission.
Qu'il te rende hommage.
Je suis tellement désolée.
-Très émouvant.
Je me demandais si la mort de Mortier vous avait touchée,
et puis là...
-Excusez-moi,
on m'attend au QG avec les CDS pour préparer la journée sportive.
-Oki doki,
Marie.
- On a la commission rogatoire ? - Pas besoin.
Chut !
Vous entendez ? Quelqu'un appelle à l'aide.
Je crois que ça vient de là.
Intervenons. - Si on nous voit ?
-Et voilà.
-Immaculé. C'est juste une adresse, Marie n'habite pas ici.
-Elle habite chez sa soeur.
Oh... Voyons ce que nous avons là.
Oh, le joli chameau !
-Capitaine...
-Quoi ?
"Les siamoises, 1990".
Bravo, Legrand.
Si Lucie nous voyait.
Je trouve qu'on fait preuve de maturité. On arrive même
à faire avancer l'enquête ensemble. - Je doute qu'elle y croirait.
- A gauche, c'est Marie. - Charlotte.
Coup de feu.
-Bravo ! En plein dans le mille.
-C'est Marie ?
- Non, Charlotte. - Je vous dérange pas ?
-Non, venez, on n'attendait plus que vous.
Ce soir, c'est ciné au grand air, la famille au complet.
On étouffait, à l'intérieur. Vivement la fin des travaux.
-C'est quoi ?
Où avez-vous trouvé ça ? - Mieux vaut ne pas le savoir.
Profitez plutôt du spectacle.
-Pan ! Tu tires.
-Vous reconnaissez ?
C'est Marie.
Et là, c'est Charlotte. - Charlotte.
-Sa soeur.
-On dirait toi ?
-C'est comme si je me regardais dans un miroir.
-Marie est une militaire pur jus :
elle marche au pas, parle par acronymes,
et son amitié pour vous est probablement sincère.
-Mais on n'a pas renoué.
- Car Charlotte a pris sa place. - L'armée n'a pas voulu d'elle
car elle a un souffle au coeur. Mais elle fait de la plongée.
-Ca nous met dans une situation délicate,
un doute abyssal. - Laquelle des deux a tué ?
Laquelle des deux protège l'autre ?
-Marie.
Comme au bon vieux temps, dans les moments durs ?
-Ta garde
est trop basse. - Je te retrouve enfin.
-Tu ne sais pas garder tes appuis.
-C'est le drame de ma vie : n'être jamais à la bonne place.
Tu peux encore me dire ce qui s'est passé.
Je suis pas ton ennemie.
-Tu peux pas m'aider.
Tu connais ma devise : on est toujours seul face à soi-même.
-T'as raison.
Après tout ce temps, elle résonne encore en moi,
encore plus aujourd'hui.
-On se doit chacune d'être fidèles à nos valeurs.
Fais ton travail. - Comme tu voudras.
Très bien.
Suis-moi au commissariat.
-Embrocher un suspect, c'est très mauvais pour l'image de la police.
Que va dire le juge ?
-Ma soeur n'ira pas au tribunal : votre dossier est vide.
-Vous avez amené votre avocate. Mais vous, qui vous défendra ?
-Je me défends seule.
-Bien sûr ! On a découvert que vous étiez une tireuse d'élite.
Félicitations ! Contrairement à votre soeur,
avec vous, les poissons passent un sale quart d'heure. Vous plongez,
n'est-ce pas ?
- Actori incumbit probacio. - Je la connais pas.
-La charge de la preuve
incombe au demandeur. Et je ne vois pas
le début d'une accusation.
-Allons-y sans détour. On pense que ta soeur a tué ton amant
et que tu la protèges.
Et on espère que tu la dénonces.
-Ah ouais,
cash !
-J'imagine qu'on peut rentrer chez nous, on n'est pas en garde à vue.
-Chez vous
ou chacune chez vous ? Car vous partagez beaucoup de choses.
Marie,
on vous entend pas. - J'ai rien à dire.
-Ca te convient, le rôle de la soeur victime ?
Ou c'est toi, l'assassin.
-Comment peux-tu croire ça ?
Je sers mon pays, ses valeurs. Je suis incapable de tuer quelqu'un.
-Sauf l'ennemi.
Enfin, j'espère !
Mais de qui Mortier était-il l'ennemi ?
-Marie, on y va ?
-C'est confirmé : Charlotte mène la danse.
-Marie la dénoncera jamais.
-On peut pas les distinguer, ni les arrêter toutes les deux.
- C'est bien un crime de jalousie. - Mais pas du genre que j'imaginais.
-Il faut prévenir le colonel Morvan.
On frappe à la porte.
- Bonsoir, Marie. - Bonsoir.
Entrez, je vous en prie.
- Je te dérange ? - Non.
Je m'attendais pas à votre visite. Je vidais des cartons.
J'arrive pas à retrouver mes souvenirs.
Vous buvez quelque chose ? - Non, je reste pas.
Je voulais te parler. J'ai discuté avec les 2 policiers.
- Que vous ont-ils raconté ? - Rien que je ne soupçonnais déjà.
A ton retour du Sahel, tu parlais de reprendre le contrôle de ta vie,
tout changer.
-J'étais perturbée.
-Je ne t'ai pas assez écoutée. Je pensais que ça passerait.
J'ignorais que les causes de ton malaise étaient profondes.
-De quoi parlez-vous ?
-De ta soeur.
J'ignorais que tu avais une soeur et le poids de cette relation.
-N'exagérons rien.
-J'ai un frère. Je peux comprendre certaines choses.
- Je vous assure... - J'ai une proposition à te faire.
Je change bientôt d'affectation.
Je n'ai qu'un formulaire à signer, et tu pars à Norfolk avec moi.
Tu n'auras pas le courage de le faire, donc je décide pour toi.
Je suis le père de ce régiment,
et un père prend parfois des décisions difficiles.
- Mais non. - Je voulais te prévenir.
Tu me remercieras quand tu auras mis un océan entre elle et toi.
-Pour qui vous prenez-vous ?
-Marie...
-De quoi je me mêle ? Ma famille, c'est ma soeur !
- Marie... - Quand nos parents sont morts,
vous étiez là ? - Je te laisse.
-C'est ça :
laissez-moi !
-J'ai eu tort de venir.
...
-Il faut qu'on parle, tous les trois.
Les non-dits, c'est du poison.
Alors... On va terminer cette enquête,
et on va dîner ensemble.
Vous avez le droit
de savoir ce qui se passe dans ma tête,
et moi, dans la vôtre.
-C'est ballot : vous pensiez tomber sur Marie,
et vous avez rencontré Charlotte. Elle va s'en prendre à vous.
Vous l'avez mise en fureur. - En effet, j'ai été impulsif.
-Oui, surtout après notre rapport.
Mais c'est peut-être une bonne chose.
On pouvait pas rêver meilleur appât.
- J'aime peu cet humour. - Elle agira pas frontalement.
Elle a pas tué Mortier de face. Elle a préparé son coup.
- Comment anticiper ses mouvements ? - C'est un peu comme à la guerre.
- Elle devra vous approcher. - Il lui faut du monde
pour passer inaperçue, arriver à vous isoler assez longtemps.
-Les olympiades.
-Que fait-elle ?
Elle a une plaidoirie, ce matin.
-Patience. Sa voiture est là.
Et la porte du garage,
t'as vérifié ?
-Feu !
-Que faites-vous là ?
-Le grand patron m'a recruté. Je viens m'entraîner.
Je suis rouillé. - Un civil ne peut pas concourir.
-J'ai su l'attendrir avec mon handicap.
Allez !
Merci. - Prêt à tirer ?
-Pour un tir
de 3 cartouches au coup par coup. Feu !
-Petit problème !
- Le coup par coup, c'est là. - OK.
Il paraît que tout est dans la respiration.
J'ai lu ça dans un manuel militaire écrit par votre père.
Vous deviez aimer tirer avec lui. - C'est un crime ?
-Ca dépend sur quoi on tire ou sur qui.
- Je n'ai pas tué Mortier. - Je sais, c'est Charlotte.
La suivrez-vous encore
quand elle aura tué votre colonel ?
- Vous délirez. - Vous ne vous en remettrez jamais.
Vous n'êtes pas comme elle. Un jour, elle vous tuera.
-Je suis militaire : la mort fait partie de ma vie.
Téléphone.
-Oui ?
Charlotte a disparu ?
-Pour la course d'orientation,
chaque équipe doit retrouver sa balise
et revenir la remettre au sergent. Auparavant, vous devez accomplir
toutes les épreuves.
L'équipe qui aura le meilleur temps et sa balise gagne.
Que les olympiades commencent. Bonne chance à tous !
Cri de guerre.
- Le terrain sera le pire ennemi. - Vous êtes sûr de votre stratégie ?
-Elle essaiera. Je vous suis, et mon lieutenant
garde un oeil sur vous.
Des nouvelles ? - Charlotte est introuvable.
Sa voiture a pas bougé.
-Et Marie n'est pas là.
-Je crois savoir où elle est. Occupez-vous de ramener une balise.
-C'est parti ?
- OK ! Allez, pousse-moi, Legrand. - Non, même pas en rêve !
-Allez !
Voilà !
Oui, vas-y !
-Allez, Legrand !
-Tu te souviens, quand j'étais mal ?
Tu me disais de faire un tour dans la salle d'honneur.
La mémoire du régiment.
Ceux qui ont donné leur vie.
Histoire de remettre les choses en perspective.
Qu'est-ce qu'ils auraient fait, eux ?
Charlotte, c'est ta soeur.
Le régiment, c'est ta famille.
...
-Pour un tir à 100m,
commencez le feu.
-Tir terminé !
-5 dans le mille.
Allez, on y va, les gars, on accélère !
- Capitaine... - C'est bon, je vais y arriver.
-Attendez !
-C'est bon, c'est juste là.
-On va passer par là. On va s'en sortir, tous les deux.
- Vous croyez ? Vous pensez à quoi ? - C'est pas le moment.
Vous pourriez vous motoriser ! - Où est le plaisir, sans effort ?
Vite !
Il nous distance.
-C'est normal, ça ? Le point, c'est le colonel ?
- Ouais. - Pourquoi il est isolé ?
Ca y est,
Charlotte a mordu.
Allez, répondez !
Caïn, réponds !
-Toi, tu bouges pas !
-Charlotte, non !
-Il n'a que ce qu'il mérite.
-Charlotte,
arrêtez !
-Personne ne bouge !
Vous venez au spectacle ? - Soyez raisonnable.
-Que savez-vous de la raison, vous ?
- (Vas-y !) - Restez où vous êtes !
-Sinon vous nous tuez tous ? Mortier ne vous a pas suffi ?
-Charlotte, c'est fini.
-Dans ce cas, finissons-en.
Coup de feu.
- Non ! - Fais pas ça.
Coup de feu. Marie !
Marie...
Marie...
Marie... Parle-moi. Réponds-moi.
Ca va aller.
Respire. Ca va aller.
-Salut.
T'es la première ? - Ouais.
Je voulais voir le coucher de soleil.
-Merci.
Bon, bah... A nous !
-Oui...
-Je me demande toujours pourquoi
j'arrive pas à me décrocher de vous tous.
-Excusez mon retard.
Le juge me lâche plus les basques : un vrai boulet !
- D'abord, buvons un verre. - Pourvu qu'on ait l'ivresse !
Merci.
Bon, bah... A nous !
Quoi ? - Non, rien.
-Aux 2 hommes qui comptent le plus pour moi.
-Je suis soulagé. J'ai cru que tu voulais parler de ce qui fâche.
-Il faudra en parler un jour.
-Un jour, oui.
-Il faut qu'on trouve une solution.
On va pas former un trio.
-C'est sûr.
-Ni un duo.
Il faut
que je reprenne le contrôle de ma vie.
Je suis désolée, mais...
Ca ne peut être ni avec l'un ni avec l'autre.
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