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Zulu
...
-Les Army Games
organisés chaque année par le président russe Vladimir Poutine
depuis sa première invasion de l'Ukraine en 2014
ressemblent à une véritable démonstration de force.
Musique épique
...
-Bienvenue dans l'édition 2022 des Army Games,
le forum militaire international !
-Tir de char, biathlon,
course d'obstacles, relais,
épreuve de déminage...
et même concours de danse.
Pour cette édition d'août 2022 organisée au Venezuela,
en pleine guerre en Ukraine,
le président russe a réussi à rassembler 34 pays amis,
quasiment tous sous sanctions internationales.
Musique pesante
-Ces jeux militaires apportent
une contribution considérable
au renforcement de partenariats constructifs
pour assurer la sécurité de nos pays,
du continent eurasiatique et du monde entier.
Ainsi qu'une réponse collective à des menaces non fictives
et bien réelles pour la stabilité du monde.
-Ces jeux militaires sont surtout l'occasion
pour Vladimir Poutine, à ce moment-là,
de montrer que son pays n'est pas seul
et qu'il peut compter sur de puissants alliés,
au premier rang desquels : la Chine et l'Iran,
qui se sont révélés quelques mois auparavant
comme ses deux plus fidèles soutiens
dans une guerre cette fois bien réelle.
-La relation entre la Chine, la Russie
et l'Iran repose sur une coopération étroite.
Nous devons être unis, maintenir la cohésion pour contrer
la domination occidentale,
car un pays seul est trop faible pour faire face à l'hégémonie.
Musique rythmique
...
-Le 24 février 2022, le monde se réveille
au son des chenilles russes franchissant les plaines boueuses
qui séparent la Russie de l'Ukraine.
En déclenchant l'invasion, Vladimir Poutine
a acté le retour de la guerre sur le continent européen.
Tir de roquette
-Pour notre pays, c'est une question de vie ou de mort.
-Une guerre est menée contre nous et nous sommes obligés de réagir.
C'est l'Occident que nous combattons
sur le territoire de l'Ukraine,
ou plutôt, l'Occident se bat contre nous.
Les Ukrainiens sont un peuple malheureux,
trompé et transformé en chair à canon.
Nous sommes désolés pour eux.
Mais nous ne combattons pas l'Ukraine.
Nous combattons l'OTAN et l'Occident et nous gagnerons.
-Depuis son arrivée au pouvoir en 2000,
Vladimir Poutine s'est fixé l'objectif de redonner à la Russie
son statut de grande puissance mondiale.
-La Russie ne peut pas être la Russie
lorsqu'elle est confinée à ses propres frontières politiques.
Elle doit avoir le contrôle territorial
sur ce qu'elle considère comme les terres légitimes
et historiques de son Empire.
-La Russie pense qu'il est normal d'envahir un autre pays européen
et qu'il est normal de contrecarrer les projets d'avenir
du peuple ukrainien.
Nous n'avons pas vu cela depuis de très nombreuses années
en Europe.
-Vladimir Poutine justifie son offensive par le rapprochement
de ses frontières des bases militaires de l'OTAN,
l'alliance de défense mutuelle États-Unis/Europe
créée après la Seconde Guerre mondiale.
-On le voit aujourd'hui avec l'expansion de l'OTAN vers l'Est,
la situation de la Russie devient de plus en plus dangereuse,
d'année en année.
Nous ne pouvons pas rester les bras croisés
et observer passivement ces évolutions.
-Vladimir Poutine me demande de passer un papier, un crayon,
et il me montre là où sont les missiles américains en Europe.
Il dit : "Vous voyez, ces missiles, s'ils sont installés là,
c'est forcément pour nous encercler,
pour nous impressionner et nous menacer."
Donc, ils se mettent toujours dans la position
de la victime et de l'agressé, pas de l'agresseur.
-On nous a menti pendant très longtemps
en nous disant que l'expansion de l'OTAN ne nous menaçait pas,
que les pays qui rejoignaient l'OTAN seraient plus amicaux.
Nous en avons assez d'entendre ces mensonges.
Nous disons maintenant tout ce que nous pensons.
L'OTAN est une alliance d'agresseurs.
Aujourd'hui, nous ne faisons que punir une organisation de voyous,
en l'empêchant d'étendre sa zone de contrôle.
-On dit parfois que,
à force de s'étendre, l'Alliance atlantique,
l'OTAN, aurait provoqué Vladimir Poutine.
Sauf que ça n'est pas l'OTAN qui s'est étendue,
ce sont les pays de l'ex-Union soviétique
qui se sont rapprochés de l'Occident.
C'est l'Ukraine qui a littéralement largué les amarres
et à souhaité se rapprocher de l'Europe.
Donc, ce n'est pas l'OTAN qui va vers l'Est,
c'est beaucoup plus l'Ukraine qui va vers l'Ouest.
-Pour bien comprendre la guerre en Ukraine,
il faut avoir à l'esprit le fait que le Kremlin était convaincu
de remporter une victoire décisive en 72 heures.
L'objectif n'était pas tant d'envahir le pays que de chasser
le gouvernement en place pour le remplacer
par un gouvernement favorable au Kremlin,
avec des parachutistes qui avaient pour mission de chasser,
d'emprisonner ou d'éliminer le gouvernement en place.
-Le 2 mars 2022,
52 pays sur 193 ne condamnent pas l'agression russe
lors du vote de l'ONU.
Un silence assourdissant
qui rebat les cartes des forces en présence.
Parmi eux, l'Iran et surtout la Chine,
dont les occidentaux
attendaient une condamnation claire.
-Je me demande bien pourquoi
la position chinoise jusqu'à présent
n'inclut pas un appel à l'agresseur, la Russie,
pour qu'il mette fin à la guerre.
-La réaction de la Chine à la guerre ça a été aussi
d'essayer de mettre en place un troisième front.
Et ça, on l'a observé dès les premières semaines de la guerre,
avec de nombreux déplacements de Xi Jinping,
du ministre des Affaires étrangères, notamment en Afrique,
pour convaincre un certain nombre d'États
de ne pas voter la condamnation
et les sanctions contre la Russie à l'Assemblée générale de l'ONU.
-Dès le début de la guerre d'agression russe menée en Ukraine,
l'Iran, soit s'abstient, soit vote contre des sanctions
ou des condamnations contre la Russie
décidées au niveau de l'ONU, et puis, petit à petit,
notamment au tournant de l'été 2022,
ce soutien prend une dimension plus militaire.
-Le 18 juin 2022,
l'imposant avion présidentiel russe atterrit à l'aéroport de Téhéran.
Musique de tension
C'est la première grande visite à l'étranger de Vladimir Poutine,
depuis le début de la guerre en Ukraine.
...
Sa poignée de main chaleureuse avec le guide suprême Khamenei,
sous le regard du président iranien l'ultra-conservateur Raïssi,
dit toute l'importance du soutien de l'Iran à la Russie.
Clics d'appareils photo
-Les origines de la crise ukrainienne ne sont que le résultat
de la politique des États-Unis et des pays occidentaux.
-La Russie voulait démontrer qu'elle n'était pas seule.
C'était à un moment où l'Occident essayait vraiment
d'isoler la Russie, de faire pression sur elle,
de créer une coalition internationale contre elle.
Il était important, je pense, pour Poutine, de démontrer
qu'il y avait encore des pays prêts à collaborer avec lui.
Pour lui, l'Iran était un pari facile et sans risque,
car il savait que Téhéran serait un partenaire volontaire.
Poutine pourrait afficher leurs bonnes relations de travail.
Et puis, il comptait obtenir certaines choses de l'Iran.
Il recherchait des armes conventionnelles.
Il avait besoin d'aide et il l'a obtenue.
-Lorsque Poutine avait désespérément besoin
de soutien militaire,
et en particulier de drones bon marché,
le pays vers lequel il pouvait se tourner était l'Iran.
Et les Iraniens
en tireraient eux aussi profit.
-L'Iran aurait même envoyé des militaires iraniens,
donc, des Gardiens de la révolution
en Crimée et en Russie pour former
les militaires russes à l'emploi de ces drones.
Et là aussi, ce serait la première fois
que l'Iran envoie des militaires iraniens
en dehors de sa zone d'influence habituelle qu'est le Moyen-Orient.
-L'Iran a donc clairement choisi son camp.
Mais le principal soutien pour le régime russe
se situe de l'autre côté de sa frontière orientale,
du côté de la Chine de Xi Jinping que Vladimir Poutine rencontre
trois semaines à peine avant son offensive en Ukraine.
Musique mystérieuse
...
-La clé de la résolution de la crise ukrainienne
est entre les mains des États-Unis et de l'OTAN.
-Sur la question de l'Ukraine,
la menace des États-Unis et de l'OTAN
s'étend jusqu'à la frontière russe.
-Ces pays d'ex-Union soviétique
n'ont pas le statut d'un pays souverain.
-Bien sûr,
la Chine ne se satisfait pas
de la situation de guerre, mais elle refuse de parler de guerre,
parfois reprenant même le terme russe d'opérations,
voire d'opérations militaires spéciales ou d'intervention.
Parce que dans la construction de la politique étrangère chinoise,
l'Occident et les États-Unis
sont in fine toujours les fauteurs de trouble.
-Les Chinois agissent donc avec prudence,
mais il ne fait aucun doute que leur intérêt stratégique
est que le système russe perdure.
Ils souhaitent une stabilité en Russie
et cela signifie pour eux que Poutine reste au pouvoir.
-Vladimir Poutine est en visite à Pékin
pour assister à la cérémonie d'ouverture
des Jeux Olympiques d'hiver.
Mais dans les coulisses de l'inauguration,
le président russe vient surtout chercher l'appui
de son homologue chinois, Xi Jinping,
et sceller un partenariat historique.
Un pacte d'amitié "sans limites"
et "sans précédent",
dans lequel les deux dirigeants affirment leur vision du monde
et leurs objectifs communs.
-Nos relations se développent en ligne droite
et dans un esprit d'amitié et de stratégie.
Notre partenariat a atteint un niveau sans précédent.
C'est un exemple de relation exceptionnelle.
Musique pesante
...
-Nous savons que nous pouvons compter pleinement sur la Chine.
Mais aussi, et surtout,
nous essayons de forger ensemble un monde plus égalitaire,
de rendre le monde beaucoup plus stable et juste.
...
-Dans leur déclaration commune de 20 pages,
les deux dirigeants exposent les piliers de ce nouveau monde
et surtout,
la bataille collective qu'ils doivent mener
contre l'Occident.
En donnant leur propre définition des droits de l'homme
et de la démocratie,
et en s'arrogeant chacun des zones d'influence
sur lesquelles ils s'octroient des droits historiques.
Ils remettent en cause les principes fondamentaux
du droit international qui faisaient l'unanimité
après la Seconde Guerre mondiale pour préserver la paix.
Ce droit dit "Universel",
inscrit dans la Charte des Nations Unies de 1945
et sa Déclaration des droits de l'homme.
...
-Dans leur déclaration conjointe, les premiers paragraphes
s'attaquent à l'universalisme,
en redéfinissant cette notion des droits de l'homme,
en disant que les droits de l'homme, c'est une notion créée
et imposée par les Occidentaux et que ces deux pays
sont totalement légitimes pour promouvoir
leur propre approche des droits de l'homme.
Et alors, bien sûr, ça pose un problème,
car quand des pays autoritaires qui violent les droits de l'homme
se positionnent en défenseurs des droits de l'homme,
ça crée une confusion qui, si elle n'est pas clarifiée,
peut embrouiller, si je puis dire, certains pays.
-Xi Jinping et Vladimir Poutine
se sont rencontrés plus souvent que n'importe quels autres dirigeants
au cours des dix dernières années.
Mais, en annonçant un partenariat sans limites, les deux hommes
ont clairement indiqué qu'ils étaient là pour gagner.
-C'est une alliance où, maintenant, un grand pays,
la Chine, économiquement deuxième du monde,
et la Russie, grande puissance militaire, peuvent,
avec d'autres, changer l'équilibre du monde.
À condition d'être alliés.
Musique grave
C'est là que le troisième partenaire arrive.
Il faut toujours, dans une alliance,
qu'il y ait un partenaire qui vient faire
ce que les autres ne peuvent pas faire officiellement. C'est l'Iran.
-La guerre en Ukraine est une clarification inédite
des liens qui unissent l'Iran la Chine et la Russie.
Elle va mettre au jour une alliance économique parallèle
au centre de laquelle se trouve le régime iranien
et ses flottes fantômes.
Une collaboration particulièrement utile pour contourner
les sanctions internationales qui frappent l'économie russe.
-L'Iran est sous sanctions américaines
depuis des décennies,
occidentales à cause de son programme nucléaire illégal
depuis très longtemps aussi.
La Russie a à ce moment-là
besoin de savoir
comment contourner ces sanctions
qui sont en train de lui tomber dessus.
-L'Iran a envoyé des conseillers en Russie
pour expliquer au régime russe comment ils ont fait
pour gérer les sanctions au cours des 30 ou 40 dernières années
et pour aider les Russes à contourner les sanctions,
car l'Iran est désormais un spécialiste en la matière.
-Le marché parallèle
existe malgré les sanctions américaines.
Le marché pétrolier, par exemple,
n'est pas un marché très contrôlable
et nous l'avons utilisé pour vendre notre pétrole.
-L'idée, c'est de construire des flottes 100 % russes,
qui n'ont absolument aucun lien
avec n'importe quelle entreprise occidentale.
Pas de compagnies d'assurance ni de transport maritime,
vraiment aucun lien.
La devise employée
pour tout ce commerce ne peut pas être occidentale.
-Bien sûr, nous ne sommes pas restés les bras croisés.
Oui, en Russie, il existe ce qu'on appelle
une flotte de pétroliers fantôme.
Nous les avons rachetés
partout dans le monde pendant que vous faisiez des bêtises
en essayant de bloquer la Russie.
Oui, nous avons environ 600 tankers
qui peuvent transporter nos produits pétroliers
vers n'importe quel point de la planète.
-Le système de flottes fantômes, inspiré par le régime iranien,
permet à la Russie d'exporter son pétrole
à un prix plus bas, mais sans laisser de traces.
-Nous vendons du pétrole à l'Union européenne, en ce moment.
Maintenant, notre pétrole est à vos stations-service
et nous gagnons de l'argent.
On vend ce pétrole plus cher que le plafond établi
par les idiots des pays occidentaux.
Nos transbordons le pétrole la nuit,
nous le transbordons à certains endroits, sur vos pétroliers,
y compris les pétroliers français, vos pétroliers français !
Musique sombre
-Au moins une vingtaine de navires utilisés par les Iraniens
servent aujourd'hui à l'exportation illicite de pétrole russe.
Et le premier acheteur n'est autre que la Chine,
dont le volume de commandes à la Russie ne cesse d'augmenter,
jusqu'à atteindre une hausse de 40 % en 2023.
-Les Américains et les Européens pensent
que les sanctions économiques peuvent détruire leur adversaire.
Mais ils se trompent, ils surévaluent leurs capacités.
Et en plus, d'un point de vue historique,
les sanctions n'ont jamais fonctionné.
Les sanctions ne servent à rien.
Les économies de la Russie et de la Chine
sont très complémentaires.
La Chine a besoin d'une grande quantité d'énergie
et d'autres matières premières,
tandis que la Russie a besoin
d'une grande quantité de produits manufacturés chinois.
-Grâce à ces méthodes de contournement,
l'économie russe a résisté à l'effondrement
et continue à soutenir son effort de guerre.
Forts de ce succès, la Russie, l'Iran et la Chine
tentent d'organiser une coopération économique globale
indépendante du système occidental,
auquel ils ne veulent plus rendre aucun compte.
À Samarcande, en Ouzbékistan, le 15 septembre 2022,
sept mois après le début de l'invasion russe en Ukraine,
le triangle Chine, Russie, Iran sort de l'ombre
lors du sommet annuel
de l'Organisation de Coopération de Shanghai, l'OCS.
Ce sommet anti-occidental
a été créé en 2001 par la Chine et la Russie
pour concurrencer les institutions internationales existantes.
Xi Jinping et Vladimir Poutine renforcent leur entente
en présence de nouveaux alliés. Ils viennent de décider d'intégrer
un partenaire stratégique du Moyen-Orient : l'Iran.
-Sans aucun doute,
l'hégémonie américaine cherche à empêcher les pays
de suivre leur voie de développement indépendant.
-L'un des principaux enjeux ici est d'organiser des coalitions
avec les pays du sommet, mais aussi avec d'autres,
qui seraient prêts à jouer avec des règles différentes,
différentes de celles fixées par les États-Unis.
-Au niveau géopolitique,
l'Iran est le pays le plus important du Moyen-Orient.
Il entretient des liens étroits avec la Russie et la Chine
en matière de diplomatie et de sécurité.
Les trois parties unissent leurs forces.
En effet, un pays seul est trop faible
pour contrer l'hégémonie américaine.
-Ce que les Iraniens, les Russes et les Chinois essaient de faire
en consolidant leurs relations
et en se présentant au reste du monde
comme un modèle alternatif, c'est aussi de mettre en place
de nouvelles institutions internationales.
-Les pays réunis autour de Xi Jinping et Vladimir Poutine
vont sceller un nouveau pacte contre l'Occident,
dans lequel ils dévoilent les bases
de leur propre système de droit international.
Une revanche sur le monde
après plus de 30 ans de domination américaine et occidentale.
-Il est conçu spécifiquement
pour garantir un endroit sûr aux dictateurs.
Un environnement dans lequel personne
ne viendra se mêler de ses affaires internes.
-À l'avenir, le sommet de Shanghai sera peut-être
de plus en plus axé sur la défense.
On ne peut pas l'exclure.
-Dans un média chinois, contrôlé par le Parti communiste,
cette adhésion surprise de l'Iran au sommet de Shanghai
est célébrée. Un nouveau concept apparaît.
-Un triangle de fer entre la Chine, la Russie et l'Iran
est en train de se former. On sait que le triangle
est la forme la plus stable et indestructible.
Cela va faire souffler un vent nouveau dans le monde entier.
-Depuis le début de la guerre en Ukraine,
les pays autoritaires ne craignent plus
d'affirmer clairement leur vision du monde et leurs ambitions.
Jamais les régimes chinois, russe et iranien
n'ont été aussi alignés contre un ennemi commun :
l'Occident.
Pour comprendre les enjeux de ces partenariats inédits,
il faut revenir en arrière
et questionner la genèse de leur rapprochement.
Chacun des pays de ce nouvel axe
cultive dans son récit national un événement fondateur
sur lequel reposerait sa justification
de la détestation de l'Occident.
Pour le régime iranien, l'origine de la haine anti-américaine
remonte à un événement bien précis.
Musique royale
Au XIXe siècle, l'Empire perse,
vaincu par les Russes et les Britanniques,
est partagé entre les puissances occidentales.
Après la décolonisation,
la Perse devient la monarchie d'Iran en 1935,
dirigée par le Shah,
mais le pays reste sous emprise économique de l'Occident.
L'Iran devient même le principal pilier
de la politique américaine au Moyen-Orient.
Et en 1953, quand le Premier ministre iranien
Mossadegh veut nationaliser les puits de pétrole iranien,
la CIA, qui craint la mainmise soviétique,
organise un coup d'État pour le renverser.
Musique mélancolique
...
-C'est un tournant pour la vision
qu'avaient les Iraniens des États-Unis.
Après cet événement,
le slogan "Mort à l'Amérique" s'est répandu
et les conseillers militaires américains présents en Iran
sont devenus des personnages détestés.
Cette hostilité a augmenté avec le soutien
des États-Unis au Shah d'Iran.
Un processus révolutionnaire a débuté
à partir de 1963
et a abouti à la révolution de 1979.
Durant cette période,
les États-Unis étaient le principal soutien
du régime du Shah Pahlavi.
Les gens avaient le sentiment que les États-Unis
s'opposaient à la volonté du peuple.
-C'est vraiment sur cette dimension anti-américaine,
le fameux "grand Satan" et puis le "petit Satan",
qui est Israël, la représentation, presque la projection
des États-Unis au Moyen-Orient,
que s'est construit tout le régime iranien depuis,
toute la politique étrangère et iranienne aussi.
Et la révolution islamique en 1979,
elle a été vraiment construite comme un mouvement
anti-impérialiste, anti-américain, anti-occidental,
pour essayer, en quelque sorte,
de purifier l'Iran
de la pollution occidentale.
-À BAS L'AMÉRIQUE !
-L'ayatollah Khomeini s'affirme comme descendant du Prophète
et réussit à organiser, depuis son exil en France,
une révolution islamique pour renverser le Shah d'Iran,
qu'il considère trop proche des États-Unis.
Accueilli comme un libérateur en 1979,
l'ayatollah Khomeini installe une dictature religieuse.
La diabolisation de l'Occident devient ferment d'unité.
Il inscrit en tête des principes fondateurs
de la République islamique
l'opposition aux États-Unis, qualifié de "grand Satan",
et l'élimination de son allié au Moyen-Orient, Israël.
À la mort de Khomeini
en 1989,
c'est l'ayatollah Khamenei qui lui succède.
Depuis, il porte son héritage :
redonner à l'Iran la grandeur perdue de l'Empire perse
et exporter la révolution islamique dans la zone d'influence de l'Iran.
Musique grave
-La priorité de Khamenei est donc la préservation
du système islamique, la révolution islamique en Iran.
Et, pour cela, il mène des actions agressives contre les pays voisins.
-Khamenei développe un axe de résistance
à Israël et aux États-Unis
en finançant des milices guerrières en Irak, en Syrie
et aux groupes terroristes comme le Hezbollah au Liban,
le Hamas ou le Djihad islamique en Territoires palestiniens,
ou encore les Houthis, au Yémen.
Une zone d'influence très active aux ordres de Téhéran.
Musique sombre
Pour le régime chinois,
ce sont les guerres de l'opium menées par les Britanniques
contre l'Empire de Chine au milieu du XIXe siècle
qui constituent la plus grande humiliation
et le symbole de la domination occidentale.
-Les crimes que l'Occident a commis
contre la Chine, on n'a même pas besoin d'en parler.
En 1840, on nous a infligé les guerres de l'opium.
Comment peut-on imaginer aujourd'hui qu'un pays européen
ait utilisé la force pour imposer la vente d'opium à la Chine ?
-Après avoir mis les Chinois sous dépendance de l'opium,
des traités qualifiés d'inégaux
permettent aux flottes américaines, japonaises et européennes
de naviguer en plein coeur de la Chine sur le Yangtsé Kiang,
et de profiter des ports de commerce chinois.
-Il y a eu une colonisation à des comportements inacceptables
de la part de puissances occidentales dans l'histoire,
sans penser qu'il faille aujourd'hui encore
les mettre en exergue comme explication centrale
dans la manière dont ces pays fonctionnent.
Ce récit de l'humiliation,
il est très confortable intellectuellement
parce qu'il permet d'expliquer, puis de justifier
des comportements eux-mêmes agressifs.
Autrement dit, c'est pas de notre faute, on ne fait
que prendre notre revanche.
-Quand Mao prend le pouvoir en 1949,
il fixe au Parti communiste chinois l'objectif de sauvegarder
la révolution communiste et de rétablir l'unité du territoire :
mettre au pas le Tibet et le Xinjiang,
reprendre coûte que coûte le contrôle des territoires perdus
comme Hong Kong, resté sous protectorat britannique,
et l'île de Taïwan, qui a fait sécession
avec la Chine communiste.
Enfin, retrouver sa zone d'influence maritime
en mer de Chine du Sud.
Applaudissements
C'est cet héritage que porte Xi Jinping
depuis qu'il a pris le pouvoir, en 2012.
Après avoir soumis les Ouïghours,
et anéanti les démocrates de Hong Kong,
il s'arroge, au mépris du droit international,
une souveraineté historique sur la mer de Chine du Sud
et il prépare avec son armée le plan de récupération de Taïwan.
...
-Auparavant, nous étions faibles
et les pays occidentaux nous intimidaient,
mais maintenant que nous sommes devenus riches et puissants,
nous ne leur permettront pas de nous envahir.
Nous ne leur permettront pas de diviser notre pays,
comme avec Taïwan.
-Si pour l'Iran et la Chine,
les humiliations de la colonisation sont transmises
en héritage aux dirigeants actuels, comme leitmotiv anti-occidental,
pour le régime russe, l'humiliation est plus récente.
Elle est même vécue de l'intérieur par Vladimir Poutine lui-même,
alors en poste au KGB, en Allemagne de l'Est.
Il assiste en direct à la fin de la Guerre Froide
entre le régime communiste russe et le régime libéral américain
et à l'effondrement du bloc soviétique.
Cris de joie
...
De 1989 à 1991, sous l'impulsion des réformes démocratiques
menées par Gorbatchev,
les pays du "bloc communiste" sous influence soviétique,
comme l'Allemagne de l'Est, reprennent leur liberté.
L'URSS, l'Union des républiques soviétiques socialistes se dissout.
Quatorze républiques soviétiques comme l'Ukraine
proclament leur indépendance.
-Il faut vraiment le reconnaître et je l'ai déjà dit :
la chute de l'Union soviétique a été
la plus grande catastrophe géopolitique de ce siècle.
-Poutine vit cela comme un choc identitaire.
Il ressent, il comprend que le peuple russe le vit
comme une profonde humiliation, une profonde frustration.
Il arrive donc au pouvoir en promettant
de restaurer la grandeur de la Russie et sa stabilité.
Il veut redonner à la Russie son identité
de grande puissance militaire.
C'est pourquoi il entreprend toutes ces tâches
très rapidement après l'année 2000.
-Mais à ce moment-là, Vladimir Poutine
hésite encore entre deux modèles,
à l'image de la Russie,
à cheval entre le continent asiatique et le continent européen,
et tiraillé par ce dilemme éternel qui déchire les élites russes
depuis des siècles :
avec ou sans l'Occident ?
Un dilemme qui oppose depuis la fin du XIXe siècle
les "occidentalistes", qui veulent rendre la Russie plus forte
en se tournant vers l'Europe, et les "slavophiles",
qui prônent une confrontation civilisationnelle avec l'Occident,
accusé de propager capitalisme et décadence.
Avec la fin de l'empire des Tsars
et la révolution bolchevique de 1917,
les communistes posent les bases d'un modèle collectiviste
où l'Occident capitaliste est déjà l'ennemi numéro un.
Un modèle que Staline va faire perdurer
après la Seconde Guerre mondiale, lorsqu'il se retrouve
grand vainqueur aux côtés des États-Unis.
Les deux modèles vont alors s'affronter
pour la domination mondiale, à travers la Guerre Froide.
C'est cet héritage que porte Vladimir Poutine.
-Chaque néo-empire
a son histoire d'humiliation
qui se base souvent sur des faits réels,
mais qui est constamment exagérée, mythifiée,
instrumentalisée et parfois même réécrite
pour emmener les peuples concernés
vers la confrontation avec l'Occident.
Musique menaçante
-En instrumentalisant leur passé de la même façon
et contre l'hégémonie américaine, la Chine, la Russie et l'Iran
ont construit parallèlement une idéologie commune,
basée sur le nationalisme, la revanche et l'impérialisme.
Une idéologie qui va peu à peu les rapprocher et pousser
la Russie et l'Iran à opérer un grand tournant vers l'Est.
Direction la Chine.
Après la chute de l'URSS,
alors que l'ayatollah Khamenei vient d'arriver au pouvoir,
le régime chinois balaye les revendications démocratiques
avec le massacre des manifestants de la place Tiananmen.
Les régimes autoritaires sont terrorisés
par le vent de liberté qui souffle sur ce nouveau monde libéral
dominé par les États-Unis.
-On s'est soudainement retrouvé dans un monde
où il ne restait plus qu'une seule superpuissance :
les États-Unis.
Cette superpuissance est devenue le gendarme du monde.
Et cette superpuissance est devenue le seul pays capable
de défendre ses intérêts, de promouvoir ses valeurs.
D'ailleurs, ces valeurs étaient perçues
par beaucoup d'Occidentaux comme des valeurs
dont le reste du monde devait s'inspirer.
-Cette domination américaine sur le monde
est symbolisée en Europe par la présence de l'OTAN,
l'alliance de défense mutuelle signée en 1949
pour contrer l'expansion soviétique.
Dès 1996, le régime chinois
craint que le mouvement démocratique ne le contamine.
De son côté, le régime russe craint l'élargissement de l'OTAN.
Ils enterrent tous deux leurs conflits passés
pour faire front commun contre l'influence occidentale
et lancent une contre-offensive baptisée "Groupe de Shanghai".
Dans l'indifférence occidentale la plus totale,
la Chine et la Russie posent les bases d'une coopération
dont personne ne peut alors imaginer les répercussions.
-Nous avons compris
qu'un nouveau centre du monde allait apparaître
et que devions nous organiser.
Le Groupe de Shanghai n'était pas anti-occidental, à l'époque,
il était pro-oriental.
Nous avons lentement progressé
vers la création d'un système alternatif à l'Occident.
Pas contre l'Occident au début, mais lorsqu'il a commencé à mener
des politiques de plus en plus hostiles,
le Groupe de Shanghai s'est avéré être, de facto, contre.
-Ces pays ont des difficultés économiques à cause de l'Occident.
Ils ont des difficultés politiques à cause de l'Occident.
Et donc, ils se définissent systématiquement
en opposition à l'Occident et à ses valeurs.
-Les États-Unis, au faîte de leur puissance,
ne peuvent alors s'imaginer un alignement entre pays
hostiles à leur hégémonie.
En juin 1997, le sénateur Joe Biden,
de retour d'un voyage à Moscou pour rassurer la Russie
sur l'élargissement de l'OTAN, balaye d'un revers de main
les risques d'un rapprochement de la Russie avec la Chine.
-Ils ne veulent pas entendre parler
de cette expansion de l'OTAN
et ils menacent :
"Si vous faites cela, on va devoir
se tourner vers la Chine".
Alors je n'ai pas pu m'empêcher
de leur dire :
"Vous savez quoi ? Bonne chance !
Et puis, si ça ne marche pas,
essayez donc avec l'Iran !"
Voilà ce que je leur ai dit,
et tout le monde le sait :
ce n'est pas une option !
-Cette idée d'un rapprochement entre la Chine, la Russie et l'Iran
est pourtant prise très au sérieux
par le conseiller politique américain Zbigniew Brzeziński.
Il avertit le pouvoir américain dès 1997
de l'écueil géopolitique qu'il pourrait commettre.
-"Le pire des scénarios serait une grande coalition
de la Chine, la Russie et peut-être l'Iran,
unie par une détestation commune des États-Unis."
-En 2001, la Chine et la Russie
franchissent le pas et transforment le groupe informel de Shanghai
en une véritable organisation internationale :
l'Organisation de coopération de Shanghai,
un forum pour les pays du continent eurasiatique
qui n'adhèrent pas à la vision américaine du monde.
Vladimir Poutine, fraîchement élu,
y adhère aussitôt.
De son côté, l'Iran décide aussi de se tourner vers la Chine.
Khamenei propose à son homologue chinois
de constituer un axe anti-occidental avec la Russie
et tente d'entrer dans l'Organisation de Shanghai,
mais il est devenu infréquentable.
-Le fait que l'Iran développe un programme nucléaire
en fait un paria aux yeux de la communauté internationale.
En effet, pour les Occidentaux, c'était ce programme nucléaire
qui constituait le danger numéro un de la part de l'Iran.
-Pour un temps, un dialogue constructif paraît possible.
Les Américains et les Iraniens coopèrent sur le nucléaire.
Mais le poids du passé s'avère trop lourd,
et avec les attentats du 11 septembre,
le président Georges Bush
désigne l'Iran comme membre de "l'axe du mal",
aux côtés de la Corée du Nord et de l'Irak.
Les Américains font alors de l'Iran un pays "paria",
exclu du système international.
-C'est à ce moment-là que l'Iran s'est dit qu'il était temps
de se tourner vers d'autres partenaires,
par exemple, l'Asie centrale, la Russie, la Chine,
avec l'établissement de concepts stratégiques communs
et cette idée d'un triangle stratégique
entre l'Iran, la Russie et la Chine.
-La Russie et l'Iran regardent la Chine
comme le nouveau centre du monde.
Le régime communiste chinois engage une ascension surprenante,
à l'abri des regards.
-La Chine attendait son heure en dissimulant ses capacités.
Elle ne prenait aucune responsabilité
au niveau international,
mais elle montait en puissance et continuait à se développer.
Et, pour y parvenir, elle a renforcé son économie
et développé les liens commerciaux avec l'Occident.
-À cette époque, la croissance économique de la Chine
n'était pas considérée comme une menace par les États-Unis
ou l'Europe.
-Quelque chose d'extravagant s'est produit,
ils se sont mis à soutenir la Chine.
Nous avons observé cela avec stupéfaction.
Ils pensaient que la Chine, en devenant plus capitaliste,
deviendrait plus pro-occidentale,
plus démocratique, et donc, plus coopérative.
Nous avons regardé cela avec étonnement,
mais les Américains ont créé un rival puissant.
Nous avons vraiment été déçus
par la qualité intellectuelle de l'élite américaine.
-Il y a eu l'idée
que la Chine avait tellement à gagner de la mondialisation,
qu'elle ne voudrait rien perdre
en mettant en cause
ce que nous représentons, notre ordre mondial.
Et ce que les Américains ont découvert,
c'est que la Chine voulait être la première puissance du monde
et avait des ambitions
qui correspondaient à son statut économique.
-De son côté,
Vladimir Poutine assiste impuissant aux demandes d'adhésion
de l'Europe de l'Est à l'Union européenne et à l'OTAN.
En 2008, quand la Géorgie et l'Ukraine déposent
leur première demande d'adhésion, il durcit ses positions.
-L’apparition d'un bloc puissant à nos frontières
sera considérée en Russie
comme une menace directe pour notre sécurité.
-Un sommet entre l'OTAN et la Russie est organisé
en avril 2008, pour rassurer Vladimir Poutine
sur l'expansion de l'OTAN.
Musique traditionnelle russe
...
Mais quelques mois après, il envahit la Géorgie
et commence à menacer l'Ukraine.
Musique inquiétante
...
En 2012, Poutine vient de retrouver le pouvoir.
Xi Jinping prend la direction du Parti communiste chinois
et la présidence de la Chine.
C'est lors du 60e anniversaire de Poutine
qu'ils font connaissance.
Ensemble, ils vont faire de cette entente sino-russe
une véritable machine de guerre contre l'Occident.
-Lorsque Xi Jinping est arrivé au pouvoir,
nous ne savions pas grand-chose de lui.
Il s'est attelé à rendre le Parti communiste opaque,
il a mis fin aux débats politiques en Chine
et il a réprimé brutalement les factions d'opposition,
sous couvert de lutte contre la corruption.
Poutine le voyait faire et il admirait la façon
dont Xi Jinping exerçait le pouvoir en Chine.
Ils admiraient en quelque sorte mutuellement la façon
dont ils géraient leurs problèmes intérieurs
et maintenaient leur système au pouvoir,
car c'est la plus grande priorité d'un régime autocratique.
Clics d'appareils photo
...
-Il existe un terme aux États-Unis appelé "bromance",
qui désigne une relation forte entre deux hommes.
Et ces deux hommes-là vivent assurément une bromance.
Ce sont deux autocrates plutôt isolés
qui estiment que le monde subit des changements sans précédent
depuis des siècles
et que c'est l'occasion
de remodeler l'ensemble du paysage géopolitique.
-Cette première rencontre amorce une connivence idéologique
qui ne cessera pas de s'intensifier au fil des ans.
-Les deux ont pour la démocratie la même répulsion.
La démocratie, c'est ce qui trouble les ordres publics intérieurs
et la démocratie, c'est ce que nous voulons imposer
nous-mêmes, les Occidentaux, au reste du monde.
-Vladimir Vladimirovitch Poutine avait d'excellentes relations
avec les précédents dirigeants chinois.
Elles étaient amicales.
Mais avec Xi Jinping,
je crois que les relations sont devenues encore plus fortes.
Ce sont de vrais "camarades".
Ils se comprennent, ils se font confiance,
Ils ont des vues identiques ou similaires sur l'avenir du monde.
Conversation indistincte
Ils rient.
-Ils se sont trouvés,
"trouvés" entre deux personnes, mais se trouver entre deux intérêts.
Et ils ont découvert aussi
qu'ils avaient la même volonté
de réorganiser le système international,
que ce n'était plus le temps des démocraties, de l'Occident,
à déterminer l'avenir du monde.
C'était le temps des nouveaux empires,
si je puis dire, qui devaient apparaître.
-Mais en 2012, ce qui les préoccupe tous les deux,
c'est la guerre civile qui démarre en Syrie, au Moyen-Orient.
Slogans de protestation
...
À la suite des printemps arabes, c'est au tour de la Syrie,
gouvernée par le dictateur Bachar al-Assad,
de voir son régime vaciller dangereusement.
Musique pesante
...
-L'une des plus grandes craintes de l'Iran, la Chine et la Russie,
c'est justement ces opérations de changement de régime
parce qu'ils ont vu des autocrates se faire destituer.
Si c'est arrivé à eux, ça peut aussi leur arriver,
et c'est évidemment une de leur plus grande crainte.
-Ils se sont dits, si maintenant les pays, notamment,
les États-Unis et l'Europe se mettent à vouloir
renverser toutes les dictatures,
où va-t-on ?
-Depuis le début des insurrections, les pays occidentaux
soutiennent les militants pro-démocratie
et anticipent déjà leur victoire,
mais rien ne se déroule comme prévu.
Les Américains se désengagent malgré la ligne rouge franchie.
-Le régime de Bachar était extrêmement fragile
à ce moment-là,
ce qui l'a conduit à prendre des armes chimiques
et à les mettre sur une population civile.
-Alors que le régime syrien
réprime férocement sa population et fait des milliers de morts,
l'Iran mobilise les milices
de son axe de résistance et demande au régime russe
de l'aider militairement.
-La Russie avec l'Iran
ont pu intervenir directement.
L'Iran, par le Hezbollah et par des éléments militaires
sous drapeau syrien
au sol, et la Russie, directement,
par des bombardements incessants
qui ont détruit des villes entières.
Donc voilà,
le sujet syrien, finalement, il est annonciateur
de cette forme d'alliance entre Iran, Russie et Chine.
-C'est le théâtre de la première grande action conjointe
entre l'Iran et la Russie.
Le régime syrien aux abois
appelle à l'aide ses deux grands alliés,
que sont l'Iran d'une part, la Russie, d'autre part.
Ces deux pays, sans doute en se parlant,
en se coordonnant un peu, mais séparément,
se sont accordés sur l'intérêt qu'il y a pour eux
à sauver le soldat Bachar al-Assad
et à éliminer toute opposition démocratique.
Donc on a quelque chose d'assez inédit qui est
une série d'actions, une guerre,
une série d'actions coordonnées
entre les forces pro-iraniennes au sol
et les forces russes dans les airs,
parfois de manière séparée, parfois de manière conjointe.
Musique grave
-La Russie et la Chine cherchent à réduire l'influence
des États-Unis dans la région.
Ils mettent au point une stratégie d'obstruction coordonnée
au sein du Conseil de sécurité de l'ONU,
où ils ont chacun un pouvoir de véto décisif
sur les affaires mondiales.
-Toutes les résolutions qui avaient été présentées
au Conseil de sécurité ont vu le véto chinois et russe.
On pouvait s'interroger : pourquoi la Chine, très attachée à la paix,
très attachée aux principes du droit international,
et qui le reste, au moins dans la formulation,
pourquoi va-t-elle mettre son véto, comme la Russie ?
-Onze fois de suite, ils reproduisent cette stratégie.
Il s'allient pour faire échouer
les résolutions du Conseil de sécurité
qui visent à condamner les actions de Bachar al-Assad.
-On retrouve cette volonté de la Russie et de la Chine
de plier les conventions internationales
à leurs propres intérêts,
et c'est notamment le cas
de l'Organisation pour l'Interdiction des Armes Chimiques
où la Russie, la Chine, mais aussi l'Iran,
ont une position conjointe sur le sujet,
où il s'agit évidemment de ne pas du tout
conduire d'enquête sur l'utilisation d'armes chimiques.
-Face à un Occident impuissant, Bachar al-Assad
parvient à se maintenir au pouvoir malgré ses crimes.
Un échec des Occidentaux dû à la formation
de cet alignement d'intérêts aussi inattendu qu'efficace.
En 2017, un coup de théâtre va enraciner le rapprochement
du régime iranien avec les régimes russe et chinois.
-J'annonce aujourd'hui que les États-Unis se retirent
de l'accord sur le nucléaire iranien.
-MORT À L'AMÉRIQUE !
-Pour Khamenei, qui s'était engagé à participer à des accords
d'encadrement de son programme nucléaire militaire,
c'est une humiliation supplémentaire.
*Acclamations d'un manifestant
*...
-Donald Trump a rapproché les trois dirigeants
et il a plus que jamais accéléré leur coopération.
-Derrière ce soutien tacite russe et chinois
sur le développement nucléaire iranien,
la prévision de Brzeziński s'est réalisée :
en une vingtaine d'années à peine,
tous les pions sont posés, l'Iran, la Russie et la Chine
se sont rapprochés pour défier l'Occident.
Ils forment désormais un triangle stratégique et pragmatique
et organisent des entraînements militaires conjoints
de plus en plus fréquents.
-Ils s'entraînent sur des scénarios conçus pour refléter
ce qu'ils considèrent comme les principales menaces
auxquelles ils sont confrontés.
Et si ces trois pays, la Chine, la Russie et l'Iran
voient l'Occident comme un ennemi,
nous devons en être pleinement conscients
et nous devons comprendre ces systèmes.
Nous devons pouvoir connaître leur puissance militaire,
le potentiel de leurs services de renseignement
ainsi que les intentions de leurs dirigeants.
-Dès la fin des années 1990,
les trois puissances ont déjà commencé
à unir leurs forces sur d'autres terrains,
à travers une guerre hybride contre l'Occident
qui va se jouer sur tous les fronts,
visibles et invisibles en même temps.
L'objectif :
semer le chaos dans les démocraties.
Persuadé que les États-Unis sont responsables
de l'effondrement de l'URSS, Vladimir Poutine
remobilise le redoutable arsenal des services secrets soviétiques,
comme les "mesures actives", des actions d'ingérence
créées par le KGB pour déstabiliser les démocraties de l'intérieur.
-C'est une guerre de l'information qui utilise la désinformation.
Il s'agit de cyberopérations :
attaquer et collecter des renseignements.
On a affaire à différentes formes de guerre économique,
de corruption et de financements occultes.
Ainsi, lorsque Poutine entreprend de restaurer l'État russe,
il va en premier lieu renforcer ses services de renseignement
pour continuer à mettre en oeuvre des mesures actives.
-L'un des problèmes que l'on a pour comprendre
la rivalité qui émerge de plus en plus
entre d'un côté, l'Occident, et, de l'autre côté,
des régimes autoritaires, notamment la Russie et la Chine,
c'est notre tendance
à penser la question de la guerre de manière binaire.
Soit on est en guerre, soit on est en paix.
Or, si on veut comprendre la situation dans laquelle on est,
il faut casser cette dichotomie pour comprendre
qu'entre l'état de guerre et l'état de paix,
il y a tout un tas d'autres positions
où on ne sera pas véritablement en paix,
mais pas non plus complètement en guerre.
On ne va pas utiliser des chars, des missiles, des avions, etc.,
mais on va se faire la guerre par d'autres moyens.
Et cette guerre, c'est une guerre de l'ombre.
-Encore un sujet désagréable pour l'Amérique,
lié à ses laboratoires biologiques.
-Le premier front sur lequel les trois pays convergent
est la guerre de l'information.
Les régimes russe, chinois puis iranien se dotent,
dès la fin des années 1990, de toutes les armes nécessaires
à cette nouvelle forme de guerre.
Des médias internationaux dans presque toutes les langues,
des équipes de cyberguerriers qui mènent au quotidien
le combat sur le territoire de l'ennemi, au coeur
des systèmes de l'information, et des robots informatiques,
des trolls et influenceurs en ligne qui relaient la propagande
sur les réseaux sociaux occidentaux.
-En matière de guerre,
aujourd'hui, l'information est le champ de bataille primordial.
C'est une guerre permanente entre la Chine et les États-Unis,
entre l'Iran et les États-Unis, entre la Russie et les États-Unis
et entre les trois pays de cet axe de la désinformation
et différents régimes démocratiques.
Mais une guerre, qui pour l'essentiel,
est en deçà de notre perception,
qui, pour l'essentiel, est une guerre mondiale sans fumée.
-Pour la première fois,
les trois régimes s'alignent véritablement
sur une campagne de désinformation commune,
lors de l'épidémie du COVID,
déclarée en 2019 dans la ville de Wuhan, en Chine.
Musique de tension
...
-Depuis le commencement de la pandémie de COVID-19,
il y a eu une très forte convergence des narratifs.
Ils ont très fortement contribué à l'essor
de ce que l'OMS a appelé "l'infodémie", c'est-à-dire
une épidémie de désinformation
à propos de l'origine du virus.
Et il ne faut pas oublier que la désinformation tue.
-Dès le début de la pandémie, le régime russe
va propager de fausses informations sur l'origine du virus.
Des articles et des émissions affirment que le COVID-19
serait une arme biologique d'origine américaine,
développée par les États-Unis à destination de ses ennemis.
-À quand remonte la dernière utilisation d'une arme biologique ?
-En 2019, quand toute cette histoire de COVID a commencé.
-Le COVID ? C'est une arme biologique ?
-Je crois que oui.
La théorie
exposée sur les plus grandes chaînes gouvernementales russes
se diffuse dans certains réseaux et s'étoffe progressivement.
Le 12 mars 2020, c'est le porte-parole
du ministère des Affaires étrangères chinois,
suivi par près de 2 millions de personnes
sur le réseau Twitter rebaptisé X,
qui reprend explicitement cette théorie du complot russe
sur les origines américaines du virus.
"C'est peut-être l'armée américaine
qui a transporté l'épidémie à Wuhan."
-C'est clair que les États-Unis ont des intentions sinistres
et malfaisantes.
Ce sont les États-Unis qui ont
le plus important laboratoire d'armes chimiques.
-On avait donc le porte-parole officiel chinois
qui partageait des sources russes,
et des sources russes qui faisaient des déclarations
en se basant sur les Chinois.
Et ce mécanisme s'est propagé dans leur écosystème.
Du haut vers le bas.
-Pour crédibiliser cette fausse information,
les propagandistes russes et chinois
s'appuient sur une théorie du complot déjà existante.
-Y a-t-il eu des fuites dans un laboratoire de biologie ?
-Apparemment, oui.
En juillet 2009, Fort Detrick dans le Maryland a été fermé,
en raison de menaces biologiques.
Il s'agit du plus grand centre biologique militaire américain
au monde.
-Le centre de recherche biomédicale Fort Detrick
est régulièrement accusé par les complotistes
de fabriquer des armes biologiques dans le plus grand secret.
-Le simple fait d'évoquer Fort Detrick
fait sens pour toute une communauté
et donne de la crédibilité au discours qui accuse
les Américains d'avoir fabriqué le virus du SARS-COV 2.
-Le KGB, dans les années 1980,
a diffusé des théories du complot liées à la prétendue
origine américaine du SIDA. Le virus du SIDA aurait été conçu
en laboratoire, à Fort Detrick.
"Le SIDA est une arme bactériologique
du gouvernement américain contre les homosexuels et les noirs !"
-C'est ce que les gens croient.
Que les États-Unis ont inventé ce virus pour tuer les Africains,
pour éliminer les gens de couleur.
-C'est une évidence aujourd'hui, et nous, on parle même
de "russianisation" des opérations d'influence chinoise.
-Ce que l'on voit aujourd'hui depuis trois ans,
et qui marque un véritable tournant,
c'est le fait que la Chine s'inspire très clairement,
très directement et très ouvertement
de toutes les tactiques de propagande russe
qui ont fait jusqu'alors la démonstration de leur efficacité.
-La Russie et la Chine ont mis en place
un écosystème mondial de désinformation.
Ils unissent leurs forces et ajoutent parfois d'autres acteurs,
tels que l'Iran, qui est censé mener ces opérations
pour un public international.
-Le 22 mars 2020,
seulement dix jours après le porte-parole chinois,
c'est au tour du guide suprême de la République islamique d'Iran,
l'ayatollah Khamenei lui-même,
de relayer cette fausse information.
-Vous, les Américains, êtes coupables,
car vous avez produit ce virus.
Une partie de ce virus a été produite en visant l'Iran,
en utilisant les codes génétiques des Iraniens.
-Un réseau iranien de désinformation
sur les réseaux sociaux
va alors s'employer à diffuser du contenu
accusant les États-Unis d'avoir fabriqué le COVID
et loue les attitudes de la Russie et de la Chine
pour leur rôle dans la lutte contre le virus.
-Et nous voyons apparaître à nouveau un ensemble de récits
qui incitent les gens à mettre en doute la vérité,
la réalité dans laquelle ils vivent.
C'est ça, véritablement, la stratégie russe.
Il ne s'agit pas vraiment d'un récit unique et cohérent.
Il s'agit de cette approche goutte à goutte.
Et cela commence au fil du temps
à saper la confiance dans les institutions démocratiques,
à saper la confiance dans la réalité,
et dans l'idée-même de faits survenus.
-Ce qui est nouveau, c'est que la Chine
s'est progressivement alliée à l'Iran et à la Russie
pour contester l'hégémonie informationnelle américaine,
mais, plus largement, pour remettre en cause
l'hégémonie occidentale
sur l'information.
-Ce thème complotiste d'armes biologiques
créées par les Américains pour détruire leurs ennemis
apparaît de nouveau en 2022, lors de la guerre en Ukraine.
Musique à suspense
Des médias russes, chinois, puis iraniens
présentent les laboratoires de coopération
entre Ukrainiens et Américains
comme des sites de production d'armes biologiques.
...
-Comme vous le savez, le Pentagone a mis en place
des dizaines de laboratoires à nos frontières.
Leur tâche principale est de collecter du matériel biologique
et d'étudier, à leurs propres fins, les spécificités de la propagation
des virus et des maladies dangereuses.
-La Russie s'est donc mise à débiter ces histoires inventées
d'armes biologiques, et la Chine les a reprises encore et encore.
Les organes du gouvernement chinois,
ou les individus affiliés au gouvernement,
répètent les mensonges russes, puis les russes répètent
à leur tour ce que la Chine proclame,
de manière à montrer qu'il y a consensus.
C'est alors qu'on obtient une caisse de résonance diabolique
où se répercutent en écho
les mensonges créés par la Russie et la Chine.
-À l'image de la guerre de l'information
initiée par le régime russe, la Russie, la Chine et l'Iran
mènent aujourd'hui ensemble ou séparément,
une guerre hybride totale contre les régimes démocratiques.
En 2023, la CIA et les services de renseignement
d'une dizaine de démocraties occidentales
placent ces trois régimes autoritaires
au sommet de la liste des menaces les plus inquiétantes.
Dans l'Union européenne, la Suède,
démocratie exemplaire, pacifique,
soucieuse des droits de l'homme, neutre depuis deux siècles,
est l'une des cibles privilégiées de ces trois pays.
-Ce que nous avons constaté,
c'est que ces pays coopèrent d'une manière inédite,
que l'on ne connaissait pas il y a quelques années.
Et nous avons observé cela de très près.
C'est intéressant pour nous,
surtout lorsque la sécurité nationale est en jeu.
-Historiquement située dans la zone stratégique russe
du fait de sa position géographique,
la Suède est dans le collimateur de la Russie
depuis qu'elle s'est tournée vers l'Union européenne en 1995.
-La Suède constitue une cible pour la Russie
depuis des centaines d'années.
C'est en grande partie parce que la Suède
se trouve dans une région qui intéresse énormément la Russie
pour des raisons de sécurité intérieure.
Nous sommes dans la région de la mer Baltique et de l'Arctique.
Il y a des intérêts militaires dans cette région,
qui préoccupent énormément la Russie.
Mais il y a aussi une ambition de la Russie
d'être puissante à l'échelle régionale.
Elle veut imposer sa volonté à l'Europe, donc aussi à la Suède.
-Début 2023,
la Suède se retrouve plus que jamais dans le viseur russe
après sa demande d'intégration à la force militaire de l'OTAN
pour protéger ses frontières de la menace.
-Chers collègues, je tiens à vous informer
que la Russie n'a aucun problème avec ces États.
Cependant, l'expansion des infrastructures militaires
sur ces territoires provoquera sans aucun doute
une réaction de notre part.
Le type de réponse que nous aurons
sera proportionnel à la menace créée.
-Les représentants de leur gouvernement
ont dit à la Suède : "si la Suède rejoint l'OTAN,
vous serez une cible pour la Russie d'une manière ou d'une autre."
-À une semaine d'un vote décisif de la Turquie,
dernier membre de l'OTAN à barrer la route à l'adhésion de la Suède,
un événement va bouleverser le cours des négociations.
-Bienvenue à vous aujourd'hui.
Je suis Rasmus Paludan, et nous allons procéder à...
Un militant d'extrême droite suédois brûle un Coran
devant l'ambassade-même de la Turquie à Stockholm.
Il est filmé par un journaliste
affilié au réseau pro-russe qui aurait financé l'opération.
-Dans cette affaire suédoise, on est en présence
de ce que les Russes appellent une "mesure active".
C'est-à-dire qu'il s'agit d'amplifier un phénomène,
ici, d'amplifier la perception d'actes
contre les musulmans, en organisant une mise en scène
d'un Coran brûlé par un Suédois devant l'ambassade de Turquie,
dans un contexte qui est celui de négociations très serrées
entre la Turquie et la Suède à propos
de l'intégration de la Suède dans l'OTAN.
-Le coup de téléphone qui l'a fait venir
provenait d'un reporter d'un de ces médias alternatifs
qui travaillait pour le groupe le plus ouvertement pro-russe.
C'est typiquement ce genre de réseau que l'on dit affilié
aux services de renseignements extérieurs russes.
-Dès le lendemain de ce pseudo-événement médiatique,
la Turquie a annoncé momentanément
ne plus soutenir l'adhésion de la Suède à l'OTAN.
Protestations
...
-Ces actions de déstabilisation se propagent dans le monde entier
via les médias russes, chinois, iraniens,
qui diffusent les images provocatrices dans les pays arabes.
-Ce que l'on sait de source sûre,
c'est que la Russie alimente la désinformation
dans les pays arabes sur ce Coran brûlé,
et met en avant ces éléments pour provoquer des réactions fortes
de la part du monde arabe.
-Ces affaires, ces actions se sont répandues
comme une traînée de poudre à l'échelle internationale
et de manière plutôt agressive.
Et nous savons pertinemment que la Russie et l'Iran
ont tout intérêt à faire passer la Suède
pour un pays opposé à l'Islam.
-C'est l'une des questions les plus complexes
que nous ayons à traiter à ce sujet.
Bien sûr, la Russie est impliquée.
Bien sûr, l'Iran est impliqué.
Mais par procuration.
Par procuration, c'est la stratégie des Russes.
Ils s'efforcent donc de déstabiliser,
de répandre la désinformation
pour s'assurer que la Suède soit attaquée
et retarder notre demande d'adhésion à l'OTAN.
-Il s'agit de donner à voir
le spectacle de démocraties
fragilisées par des dissensions,
quelle que soit la nature de ces dissensions.
Fragilisées par des mouvements sociaux,
fragilisées par la violence, par des actes terroristes,
fragilisées par la destruction lente
et patiente de toute forme de cohésion,
toute forme de confiance envers les institutions.
Parce que tout ce qui fragilise les démocraties
renforce en retour les régimes autoritaires.
La guerre de l'information, c'est une guerre à mort
entre les régimes démocratiques et les régimes autoritaires.
Une guerre dont les régimes autoritaires
sont persuadés aujourd'hui de pouvoir sortir vainqueurs.
-Les conséquences de ces "mesures actives"
russes ne se feront pas attendre.
Après la division semée en Suède entre les différentes communautés,
un attentat islamiste frappe deux supporters suédois
venus à Bruxelles pour un match de foot.
Et ce n'est qu'après de longs mois de blocage
que la Turquie revient finalement sur son véto,
fin 2023, suite à des tractations avec les Américains
pour acquérir des avions de chasse.
Pour s'assurer de la bonne diffusion de leur propagande
sur leur population, les États autoritaires
développent et partagent des technologies sécuritaires
de plus en plus sophistiquées.
Et le maître en la matière,
qui inspire les autres régimes autoritaires,
cette fois, c'est le régime chinois.
-La Chine dispose de moyens
industriels, technologiques, financiers,
que n'ont pas la Russie et l'Iran.
La Chine, de ce point de vue-là,
est pourvoyeuse de technologies, de savoir-faire,
d'ingénieurs, d'infrastructures.
Donc, il y a une forme d'avance technologique chinoise
dont ses alliés entendent tirer bénéfice.
-En juillet 2017, une délégation de fonctionnaires
de l'Agence de censure et de propagande russe
rend visite à ses homologues chinois.
Des fuites inédites montrent l'intérêt de la Russie
pour le système chinois de contrôle d'Internet
et l'amorce d'une coopération entre les deux régimes.
-Grâce à notre expérience, nous avons mis au point
un système de contrôle de l'information très efficace.
Seulement 0,18 % des informations étrangères interdites chez nous
échappent à nos blocages.
-Il serait très intéressant pour nous de venir en Chine
et de voir comment le bouclier d'or chinois
fonctionne dans la pratique,
parce que plus de 95 % des informations interdites
dans la Fédération de Russie proviennent de l'étranger.
-Avec la numérisation des données personnelles,
la surveillance des réseaux sociaux
et les caméras dotées d'intelligence artificielle,
le régime chinois développe une véritable boîte à outils
de censure et de répression qu'il exporte à ses partenaires
dans le cadre d'accords commerciaux.
-En quoi consiste réellement cette boîte à outils
de répression numérique ? Ce que nous savons,
c'est qu'il s'agit essentiellement
d'un ensemble d'outils de surveillance.
Ils permettent d'identifier rapidement
des individus susceptibles de poser problème.
Et cette sorte de boîte à outils
d'autoritarisme numérique, pourrait-on dire,
les Chinois sont en mesure de la fournir.
Et la Chine commence à l'exporter
non seulement vers la Russie, mais aussi vers d'autres pays.
-Le régime russe a lancé début 2023 son propre système
de surveillance et de contrôle, nommé "Oculus",
inspiré du système chinois.
Depuis peu, le régime iranien
peut aussi compter sur l'appui technologique
d'une entreprise chinoise, nommée Tiandy.
-Tiandy est l'entreprise la plus dangereuse au monde
et personne ne la connaît.
Tiandy utilise des caméras dotées d'une intelligence artificielle
qui peut détecter l'ethnie et la race.
Elle produit des appareils comme la "chaise du tigre"
qui sont utilisés pour des interrogatoires,
pas seulement en Chine, mais aussi dans le monde entier.
Les Chinois ont vendu des produits Tiandy en Iran,
aux Gardes de la révolution,
aux services de renseignement et à la police iranienne.
Ils ont ensuite été déployés dans tout le pays,
contre les mouvements de protestation
qui ont déstabilisé le régime au cours des deux dernières années,
y compris contre le mouvement des femmes.
-Les personnes qui enlèveront leur voile
dans les lieux publics
seront identifiées à l'aide d'équipements intelligents.
Elles recevront d'abord un avertissement,
puis seront ensuite présentées aux tribunaux.
-Un plan de coopération Chine-Iran
prévoit l'installation de 15 millions de caméras
dans 28 villes iraniennes.
Les données seraient transférées vers deux centres de contrôle :
l'un à Téhéran, l'autre en Chine.
-Et c'est ainsi que ce type de technologie
est devenu une proposition commerciale pour la Chine.
Ils s'entraident et les Chinois en profitent pour promouvoir
ces technologies répressives auprès de leurs partenaires
afin de renforcer ces autocraties et d'affaiblir les démocraties.
Musique intrigante
-Cette nouvelle coalition contre les démocraties
parvient même à déstabiliser
les plus hautes institutions internationales.
À Genève, en Suisse,
le Conseil des droits de l'homme de l'ONU
est devenu leur cible privilégiée.
-Les Nations Unies ont été fondées pour protéger la souveraineté
de chaque État.
Le régime qui utilise ce pouvoir pour violer les droits
de son propre peuple viole les valeurs des Nations Unies.
-Avec le temps, l'Iran comme la Chine
ont réussi à s'imposer
dans cette institution qui pourtant les condamnait régulièrement.
-Il y a une dizaine d'années, on disait, OK, très bien,
la Chine investit dans les organisations multilatérales
à l'ONU et ailleurs, mais elle n'arrivera pas,
elle n'y arrivera pas à fédérer les oppositions,
parce que c'est trop gros,
parce qu'on a des gros sabots,
parce que tout le monde est bien conscient
des violations des droits de l'homme sur le territoire chinois.
Mais en fait, aujourd'hui, elle y arrive.
Musique pesante
...
-En septembre 2022,
alors que 25 pays du Conseil des droits de l'homme
réclament une commission d'enquête sur les persécutions
de la minorité musulmane ouïghour,
la délégation chinoise réussit à retourner la situation.
Les Chinois parviennent à convaincre
11 pays de s'abstenir,
19 à voter contre la commission d'enquête,
en s'appuyant sur une lettre de soutien.
Le texte est signé par 50 ambassadeurs à l'ONU
dont les délégations russe, iranienne,
mais aussi leurs partenaires, comme la Syrie,
la Corée du Nord, le Venezuela.
"Nous saluons l'exploit de la Chine sur les droits de l'homme."
-Quand on regarde la liste des membres,
on se rend compte qu'environ deux tiers d'entre eux
sont soit des dictatures à part entière,
soit d'autres formes de non-démocratie.
-On pourrait justement voir
une certaine solidarité entre des régimes autoritaires,
c'est-à-dire que là où la violation des droits de l'homme
pose problème aux démocraties, en tant que tel,
ce n'est pas un problème pour beaucoup de pays.
-C'est le niveau le plus bas jamais atteint
dans l'histoire du Conseil des droits de l'homme,
c'est-à-dire depuis 1946.
-Ce coup de théâtre va révéler les stratégies du régime chinois
pour influencer le Conseil des droits de l'homme,
comme l'organisation de cette exposition
sur le bien-être des Ouïghours au sein-même de l'ONU...
-Je passe maintenant la parole à l'Organisation chinoise
pour l'étude des droits de l'homme.
...ou la création de fausses ONG
pour monopoliser le temps de parole.
-La Chine, par exemple,
va favoriser la prise de parole d'ONG
qui sont en fait ce qu'on appelle des GONGOs,
qui sont des fausses ONG contrôlées par le pouvoir chinois.
Ce sont des organismes d'État, quasiment,
et qui, elles,
prétendent faire du travail en faveur des droits de l'homme,
mais vont insister sur des sujets
qui sont sans conséquence pour la Chine.
Par exemple, la sortie de la pauvreté.
-Elles parasitent l'opportunité énorme que les ONG,
les vraies ONG, peuvent avoir.
La Chine, l'Iran et d'autres régimes
déploient des GONGOs pour empoisonner le système.
-Merci.
-La stratégie de la Chine
au Conseil des droits de l'homme est double.
C'est à la fois une stratégie de coalition,
fédérer autour d'elle un nombre maximum de pays
en mesure de soutenir cette position sur les questions sensibles,
et en même temps,
redéfinir au maximum les termes qui lui posent problèmes.
-La solution chinoise, c'est construire une communauté
de destins partagés pour l'humanité
et accomplir un développement commun et gagnant-gagnant.
-La Chine a promu sa propre définition des droits de l'homme
en indiquant que le premier droit
serait le droit à la prospérité et donc, les libertés individuelles
ne seraient pas, finalement, des droits prioritaires.
-Chaque pays doit avoir
sa propre définition des droits de l'homme.
On ne peut pas tous avoir la même définition.
Nous n'avons pas tous les mêmes valeurs,
elle dépendent des étapes de développement du pays,
des traditions, de l'Histoire.
Il existe des particularismes et non pas un universalisme.
-Chaque nation doit choisir le mode de gouvernance
qu'elle juge le plus efficace.
Pour moi, la démocratie est la pire façon de gouverner qui soit.
Nous développons un nouveau concept des droits de l'homme
qui sera bien sûr plus conforme aux véritables besoins de l'homme
et à une nouvelle façon de concevoir l'humanité.
-Quelque part, ce que la Chine essaie d'introduire,
c'est la fin de l'universalisme.
C'est-à-dire que selon elle, il n'y a pas
de conception universaliste du droit.
Le droit occidental ne peut pas
s'appliquer tel quel à la population chinoise,
qui a une autre histoire, une autre trajectoire,
une autre culture.
Il faut un droit qui soit conforme à cet héritage.
-Fin 2023,
alors que l'Iran préside le forum social
du Conseil des droits de l'homme,
la Chine a réussi à prendre la présidence de quatre
des 15 agences des Nations Unies.
-Ils ont élaboré un plan.
Ils se sont dit qu'ils allaient devoir travailler ensemble
et faire appel à une coalition de pays
beaucoup plus large, dans le monde entier.
-Des changements géopolitiques
sont aujourd'hui à l'oeuvre dans le monde,
des changements qu'on n'a pas connus depuis 100 ans.
Et quand nous travaillons ensemble,
nous prenons la tête de ces changements.
-Je suis d'accord. -Prenez soin de vous, cher ami.
-En plus de créer le chaos dans les pays démocratiques
et de neutraliser les valeurs universelles des droits de l'homme,
ce nouvel axe de pays autoritaires mené par la Chine
est en train d'organiser un véritable monde parallèle,
alternatif au monde occidental.
Pour restructurer le monde à leur avantage
et engager ces changements historiques,
la Chine et la Russie veulent rassembler derrière eux
une coalition bien plus vaste,
afin d'isoler l'Occident.
Musique grave
Fin août 2023, c'est lors du sommet des BRICS de Johannesburg
qu'ils vont concrétiser la première étape de leur plan.
-Le monde d'aujourd'hui est en pleine restructuration.
-C'est sur ce groupe des BRICS qu'ils misent avant tout,
ce club de nouvelles puissances économiques
créé à la fin des années 2000 par la Chine et la Russie
pour contrer la domination des États-Unis sur le monde,
avec le Brésil, l'Inde et l'Afrique du Sud.
-Ils ont commencé à tester et à examiner
d'autres structures mondiales en se demandant :
"Pouvons-nous constituer une puissance assez forte ?
Y a-t-il suffisamment de pays
comme nous qui haïssent les États-Unis,
qui détestent l'ordre mondial libéral
et qui seraient prêts à unir leurs forces aux nôtres ?"
-Mais ce sommet va être le théâtre d'un événement majeur.
À la suite de tractations entre la Chine et la Russie d'un côté,
le Brésil, l'Inde et l'Afrique du Sud de l'autre,
les BRICS annoncent l'intégration de cinq nouveaux pays émergents.
La Chine et la Russie ont obtenu
l'intégration de la République islamique d'Iran,
depuis si longtemps isolée.
-Il est certain que les avantages de l'adhésion de l'Iran aux BRICS
entreront dans l'histoire.
Cela signifiera un nouveau chapitre et une nouvelle étape
vers la justice, l'équité, la moralité
et une paix durable sur la scène internationale.
-Pour le régime iranien,
c'est une victoire historique qui valide sa politique
de rapprochement avec la Chine et la Russie.
-Ils pensent que l'économie de l'Iran
a un niveau suffisamment élevé
pour faire partie de cette organisation.
La Chine, la Russie, l'Inde,
l'Afrique du Sud et le Brésil
se considèrent comme des pays à l'avant-garde
de la future économie mondiale
et ils veulent avoir l'Iran à leurs côtés.
-Plus vous nous mettez des bâtons dans les roues,
plus nous nous rapprochons entre nous,
et plus nous devenons dangereux pour vous.
-Et l'idée d'élargir les BRICS,
que les Chinois ont soutenu de manière agressive,
vise simplement à montrer au reste du monde
qu'il existe une demande pour ce que les BRICS offrent.
C'est une victoire diplomatique majeure pour les Chinois.
-Pour la Chine,
cette nouvelle coalition est surtout l'occasion
de créer enfin un monde économique alternatif,
indépendant de l'Occident.
Car avec les nouvelles adhésions,
les BRICS représentent désormais
presque la moitié de la population mondiale
et un tiers de ses richesses.
Sans compter les nouvelles candidatures d'adhésion.
Les BRICS doivent avant tout devenir le lieu privilégié
pour lutter contre l'un des piliers les plus importants
de la puissance américaine : le dollar.
La dédollarisation du monde
est le thème central de ce sommet BRICS 2023.
-La République islamique d'Iran soutient fermement
les efforts des BRICS visant à dédollariser
les relations économiques entre ses membres,
à utiliser les monnaies nationales et renforcer ses propres mécanismes
de règlements financiers.
-L'objectif des BRICS est de remplacer à terme
le dollar par leurs propres monnaies.
-En fait, les transactions
internationales aujourd'hui pour faire du commerce
sont très, très majoritairement libellées en dollars et en euros.
Cela donne beaucoup de poids et de puissance
aux sanctions américaines, puisque les sanctions américaines
vont s'appliquer dès qu'on utilise le dollar américain.
-Le plan est qu'à long terme,
des pays comme l'Iran la Russie et la Chine
vont éroder la capacité des États-Unis
à utiliser les sanctions comme outil politique
au niveau international.
Parce qu'ils vont créer des mécanismes alternatifs
pour contourner les sanctions américaines
et pour contourner la domination du dollar,
ce qui rendra plus difficile pour les États-Unis
l'utilisation de leur système de sanction.
Musique sombre
-Pour la première fois depuis la fin
de la Seconde Guerre mondiale,
des économies suffisamment puissantes
semblent donc en mesure de créer un espace commercial,
économique et financier, à l'abri de la puissance du dollar.
Pour la Chine, l'enjeu est de taille,
car cet espace alternatif l'immuniserait contre les sanctions
occidentales dans le cas d'une annexion de l'île de Taïwan.
-Évidemment, en ligne de mire, il y a
le caractère agressif des positions de la Chine vis-à-vis de Taïwan.
Il n'est pas à exclure que la Chine cherche à envahir Taïwan
peut-être en 2030, autour de ces années-là en tout cas,
quand la Chine deviendra probablement
la première puissance économique mondiale.
Mais la Chine souhaiterait d'ici là
avoir des mécanismes financiers alternatifs
pour que ces sanctions soient inefficaces.
-En créant un monde parallèle à l'abri des sanctions
et en forgeant des coalitions toujours plus vastes,
l'objectif pour la Chine, la Russie et l'Iran
est de pouvoir enfin mener à bien leurs ambitions respectives
sans se soucier des conséquences éventuelles.
-De plus en plus de pays soutiendront alors la réunification
de la Chine. Pourquoi ?
Car la Chine deviendra de plus en plus forte.
La réunification nationale est une tendance mondiale.
Les guerres et les catastrophes mondiales et régionales
ne correspondent ni à la tendance de l'époque,
ni aux intérêts de l'humanité.
Elles sont impopulaires.
-Si la Chine espère un jour être à l'abri
des sanctions internationales pour intégrer l'île de Taïwan,
l'Iran se présente plus que jamais
comme le plus grand opposant des Américains au Moyen-Orient.
Protestations
Il avance aujourd'hui ses pions,
bénéficiant du chaos provoqué par l'attaque terroriste
du 7 octobre et les représailles sanglantes d'Israël.
-Ces oppressions répétées et cumulées
ont abouti à un soulèvement de la population de Gaza
et de l'axe de résistance, qui ont donné un coup décisif
au régime israélien le 7 octobre dernier.
-Il n'y a absolument aucune surprise dans l'attitude iranienne.
Téhéran soutient le Hamas,
continue à soutenir le Hezbollah, se félicite de ce qui s'est passé,
se pose en champion de la cause palestinienne,
mais évite de mettre immédiatement ses forces dans la bataille.
Et tout en encourageant sans doute le Hezbollah
ou les Houthis et le Hamas à en faire toujours plus.
-Les milices soutenues par l'Iran,
comme le Hezbollah au Liban ou les Houthis au Yémen
menacent de provoquer une escalade,
qui risque de déstabiliser encore davantage les Occidentaux.
-Une évolution importante est en train de se dérouler
dans la région.
Les groupes de l'axe de résistance
y sont devenus des acteurs plus importants
et l'architecture future de la région
devra tenir compte de la place de ces groupes.
-D'une certaine manière, les trois pays concernés
bénéficient d'une sorte d'effet d'aubaine,
bénéficient de ces attentats :
l'Iran, puisqu'il se met au centre du jeu proche-oriental.
La Russie, parce qu'elle se pose
comme défenseur des peuples opprimés, comme la Chine d'ailleurs.
Et que Pékin et Moscou
voient avec une grande satisfaction
les observateurs internationaux se détourner de l'Ukraine
ou de Taïwan pour se focaliser sur le Proche-Orient.
Donc, chacun à leur manière,
La Russie, la Chine et l'Iran
bénéficient politiquement du 7 octobre.
-Dans ce monde où l'Occident n'est plus le leader incontesté,
le régime iranien, comme ses partenaires russe et chinois,
semblent plus libres que jamais d'atteindre leurs objectifs.
-C'est-à-dire qu'on aurait
a priori des petits systèmes régionaux
qui interagiraient les uns avec les autres,
et puis, à la tête de ces systèmes régionaux,
la puissance qui se pense être la plus légitime
pour régner, en quelque sorte, dans la zone.
Typiquement, au Moyen-Orient, un système dirigé par l'Iran,
en Eurasie, un système dirigé par la Russie
et puis, en Asie du Sud, un système dirigé par la Chine.
-Dans ce monde fragmenté,
l'Europe se retrouve frontalement confrontée
à la question de son indépendance stratégique.
-Puisqu'on a un bloc mené par les États-Unis,
un bloc mené par la Chine, un bloc des économies
en voie de développement, toute la question
est de savoir si l'Union européenne
peut émerger en tant que quatrième bloc autonome,
ou si l'Union européenne
devra se ranger quelque part derrière les États-Unis.
-L'Union européenne est aujourd'hui courtisée par la Chine,
qui a entrepris de la faire sortir du bloc occidental.
-La Chine est très désireuse de consolider son amitié
avec l'Europe, d'accroître les échanges commerciaux
et de renforcer la compréhension mutuelle.
Suivre les États-Unis vous mènera à la ruine.
-Les coalitions peuvent donc être flexibles.
Demain, elles pourraient également inclure
de nombreux autres États d'Europe et d'ailleurs.
-La plupart des pays du monde
ont une attitude neutre ou neutre-positive à notre égard.
Seule une minorité de pays de moins en moins nombreux,
sans avenir et de plus en plus faibles,
se battent contre nous.
C'est l'ancien Occident.
Il finira lui aussi par se diviser.
Et de nombreux pays occidentaux et même européens,
rejoindront la grande Eurasie.
-Cette nouvelle ère, instable par essence
et à durée indéterminée,
pousse chaque puissance à revoir ses positions.
Musique grave
Les forces de l'OTAN
organisent depuis 2023 les exercices militaires
les plus importants depuis la fin de la Guerre Froide,
mobilisant 90 000 soldats issus des 31 pays alliés.
-Je ne dis pas que tout ira mal demain,
mais nous devons réaliser que la paix n'est pas un acquis.
Et c'est pourquoi nous avons planifié ces exercices.
-Nous pensions que la paix était à portée de main.
Et pourtant, tout le monde n'a pas reçu le message.
En réalité, nos adversaires se remobilisaient.
-Beaucoup l'ont dit avant moi,
mais permettez-moi de le répéter avec la force de la fonction,
de manière moins voilée et avec une clarté sans fard :
il pourrait y avoir une guerre en Suède.
Que ferez-vous si la guerre éclate ?
-Alors que le soutien des États-Unis à l'OTAN
pourrait connaître des soubresauts
et que l'Europe pourrait se retrouver
seule à soutenir l'Ukraine contre la Russie,
l'Union européenne est plus que jamais confrontée
à son destin de puissance militaire.
-Si Poutine devait gagner cette guerre,
parce que nous, Européens et Américains,
ne soutenons plus l'Ukraine,
ce serait un très mauvais signal pour les autres dictatures
et régimes autocratiques dans le monde.
Il suffirait de brutalité et de temps pour opprimer son voisin.
Ce serait un message totalement catastrophique à envoyer.
-Pour l'Europe, c'est la grande question.
Jusqu'où on peut s'organiser
pour montrer que ce n'est pas simplement
un grand marché, une monnaie, mais un continent,
qui sait se défendre et qui sait se faire respecter ?
Et puis, la deuxième façon, c'est tout simplement
de nous réinvestir dans nos démocraties,
de nous réengager, de nous remettre
à formuler des valeurs
qui peuvent être universelles.
-Pour les régimes qui défient aujourd'hui l'Occident,
toute la question est de savoir s'ils parviendront
à surmonter leurs propres fragilités
et à contrôler des populations qui ne cessent d'exprimer
leur désir de liberté et croient en la victoire de la démocratie.
Musique inspirante
...
"J'ai fait tout ce que je pouvais
contre la guerre."
"Xi Jinping, démissionne !"
...
SOUS-TITRAGE : AMBERSCRIPT
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