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Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
...
-Déclaration du gouvernement,
à vous, monsieur le Premier ministre.
-M. le président,
aujourd'hui, je viens informer le Parlement
d'un fait extrêmement grave.
Depuis plusieurs semaines,
les services de renseignements canadiens
ont activement enquêté sur un lien potentiel
entre des agents du gouvernement indien
et l'assassinat d'un citoyen canadien.
-Stupeur au Parlement canadien. Justin Trudeau, le dirigeant
d'une grande puissance occidentale, accuse le gouvernement indien
d'être à l'origine d'un meurtre.
-Nous étions choqués.
Le dernier dirigeant d'un pays accusé d'un tel acte en Occident,
c'était Vladimir Poutine.
-La victime, Hardeep Singh Nijjar,
était un opposant déclaré
au régime de Narendra Modi.
Un leader séparatiste de la communauté sikh,
installé au Canada depuis 20 ans, exécuté par deux tueurs cagoulés
en pleine journée.
-Le ministre des Affaires étrangères
a rejeté toute implication
dans l'assassinat de Hardeep Singh Nijjar,
qualifiant la position du Canada d'absurde et d'orientée.
-Quelques semaines plus tard,
c'est au tour d'un autre opposant
d'être ciblé aux États-Unis.
-Le ministère de la Justice a inculpé un ressortissant indien
qui avait projeté d'assassiner un séparatiste sikh à New York.
-Quand une tentative d'assassinat
va viser un Américain, les États-Unis ouvrent les yeux
sur un mouvement qu'ils ignoraient largement.
Ordre en hindi.
-Ce mouvement est celui des nationalistes hindous.
Au pouvoir en Inde depuis dix ans,
il contrôle le plus grand groupe paramilitaire
au monde.
Et désormais,
ils sont en croisade.
-Le monde est sous la menace du terrorisme djihadiste.
Ce que vient de vivre Israël, nous l'avons connu
des milliers de fois depuis le 14e siècle.
Donc, nous avons entraîné notre peuple
pour régler le problème.
-L'idéologie nationaliste hindoue
adopte la violence depuis le début, ils utilisent très vite la force.
-Chrétiens, musulmans, sikhs, bouddhistes,
plus de 200 millions d'Indiens sont dans le viseur
des extrémistes hindous.
*-Dis : "Vive le dieu Ram." *-Vive le dieu Ram.
-Cette violence s'exporte hors des frontières de l'Inde,
au sein de la diaspora.
-Les réseaux nationalistes hindous
opèrent aujourd'hui partout dans le monde.
Ils influencent les politiques locales de différents pays.
-VIVE LE DIEU RAM !
-Narendra Modi,
qui veut faire de son pays une puissance incontournable,
va-t-il passer du statut d'allié courtisé
à celui d'allié embarrassant ?
Plongée au coeur d'une idéologie
devenue un système d'État,
dont l'ambition est de faire de la cause hindoue
un enjeu planétaire.
...
*Chant en hindi.
Pétards, klaxons.
En ce début d'année, New Dehli est en liesse.
...
La capitale est parée de safran, la couleur des nationalistes hindous.
...
Les fidèles de Narendra Modi célèbrent l'inauguration
d'un temple hindou, le temple d'Ayodhya,
construit sur les ruines d'une mosquée détruite il y a 30 ans.
Pour le Premier ministre,
c'est le début d'une nouvelle ère.
*-Mes amis,
*le futur célébrera notre succès.
*L'époque qui arrive est le temps de l'accomplissement.
*Ce magnifique temple de Ram va être le témoin
*de la croissance de l'Inde,
*d'un nouveau départ.
-C'est fait ! L'Inde est enfin la terre des hindous.
-Ce travail fait par Modi,
personne n'aurait pu le faire mieux que lui.
J'ai vu le monde. Rien n'est plus grand que Modi.
-C'est un rêve qui devient réalité. Les hindous se sont réveillés.
-Dans le pays, les hindous représentent
une majorité écrasante :
80% de la population.
Mais pour les nationalistes, ce temple est d'abord le tombeau
d'une Inde qu'ils rejettent,
celle de la partition de 1947,
laïque et pluriconfessionnelle.
Si Narendra Modi incarne ce combat pour une nation hindoue,
il n'en est pas l'instigateur.
Comme des millions d'Indiens,
il a été formé par le RSS,
une organisation de défense paramilitaire,
née il y a près d'un siècle.
À l'époque où l'Inde
était sous domination britannique.
-Le RSS est une organisation née en 1925.
L'idée était
de mobiliser les hindous en force politique.
Par "politique", ils ne voulaient pas dire "électorale",
mais plutôt "idéologique".
Ils ont été très inspirés par le travail
d'un certain Savarkar
qui venait d'écrire le livre intitulé "Hindutva".
Il a servi à modeler l'idéologie sur laquelle
se base le RSS.
L'idée principale était de dire que l'Inde
est un pays pour les hindous, qu'il leur appartient.
-Pour les adeptes de l'Hindutva, les Indiens qui pratiquent
une autre religion sont perçus
comme une menace, des ennemis de l'intérieur.
-À partir de cette charte,
les minorités n'ont pas droit de cité.
L'idée est qu'ils doivent être des citoyens de seconde zone.
Ou bien ils prêtent allégeance à l'identité hindoue
et considèrent que les symboles culturels, religieux, hindous
sont les symboles de la nation indienne,
et ils abdiquent leurs spécificités culturelles,
ou ils acceptent d'être des citoyens de seconde zone.
-L'idéologie de l'Hindutva est radicale dans ses fondements.
Si l'on regarde de près la doctrine des RSS,
leur culture organisationnelle, c'est très fortement inspiré
du fascisme de Mussolini.
Ensuite, ils se sont inspirés
de la pensée nazie des années 30
et c'est là qu'ils ont commencé
à se radicaliser encore plus.
D'ailleurs, l'un des dirigeants du RSS
a écrit très clairement son admiration pour les nazis.
En ajoutant que ce que faisait Hitler aux Juifs
devrait être fait aux minorités en Inde.
Surtout aux musulmans.
-En 1947, la fin de l'Empire colonial britannique
débouche sur la création
de deux nouveaux États :
l'Inde et son voisin le Pakistan.
Mais pour les extrémistes du RSS,
la question ethnique reste centrale.
Ils s'attaquent alors à l'un des artisans
de cette indépendance qui milite en faveur d'une Inde multireligieuse.
Ils assassinent
"le père de la nation", le mahatma Gandhi.
-L'assassin du mahatma Gandhi, Nathuram Godse, est membre du RSS.
En réaction à cet assassinat,
Jawaharlal Nehru, Premier ministre de l'Inde
depuis l'indépendance de 47,
va interdire le mouvement,
va emprisonner 20 000 militants
et beaucoup d'entre eux vont devoir rentrer dans la clandestinité.
C'est une traversée du désert radicale.
-Pour survivre, les idéologues du RSS
vont changer de méthode et s'immiscer en politique.
En 1980, cette mue débouche sur la naissance du BJP,
le parti des nationalistes hindous.
-Le BJP est l'aile politique du RSS.
Mais le parti n'est arrivé au pouvoir en Inde qu'en 2014.
Environ 90 ans après la création du RSS.
Et qu'a fait le RSS pendant ces 90 ans ?
Entre autres choses, il s'est implanté
dans la société civile, a envoyé ses membres dans l'administration,
la police, l'armée, les tribunaux,
les écoles, etc.
-Ce travail d'infiltration méthodique
va connaître une accélération à partir des années 90
lorsqu'une nouvelle classe sociale
apparaît dans la société indienne
et trouve son identité dans le nationalisme hindou.
-Lorsque l'Inde a transformé son économie
en économie de marché dans les années 90,
la classe moyenne est devenue le groupe le plus important du pays
et elle a voulu avoir un rôle en politique.
Pour détrôner l'élite, elle s'est construite
en parfaite opposition à eux.
L'élite prônait une République indienne séculaire et socialiste.
La classe moyenne a commencé à se définir
comme un État hindou majoritaire et autocratique.
-Cette vague d'adhésions massives de la classe moyenne
va renforcer la position des extrémistes hindous
face à la dynastie politique au pouvoir depuis l'indépendance
et mener à un premier coup de force contre la tolérance religieuse.
Un tournant dans l'histoire
de l'Inde contemporaine.
Le 6 décembre,
un rassemblement est organisé à Ayodhya, ville sainte hindoue.
La foule est chauffée à blanc
par des membres du RSS et du BJP.
La cible de leur colère est une mosquée datant du 16e siècle,
époque où le sous-continent indien
était sous domination musulmane.
-Il y a une croyance selon laquelle
il existait un temple hindou à cet endroit
qui fut détruit au 16e siècle
par les envahisseurs musulmans.
Les nationalistes pensaient que tant que cette mosquée existait,
elle symbolisait la domination des hindous
en Inde.
Ils ont organisé un rassemblement sur le site d'Ayodhya
qui a dégénéré.
Il existe des preuves
que tout a été prémédité dans le but de passer les barricades
et de la détruire.
-Débordant la police, 150 000 fanatiques s'attaquent
au lieu de culte
à coups de pelles et de pioches.
La mosquée,
ainsi que l'unité du pays, partent en ruines.
-Ce qu'on a vu ce jour-là est un tournant
dans la montée en puissance du nationalisme hindou.
Cette mosquée n'aurait posé aucun problème il y a quelques décennies.
-Praveen Togadia est un des cadres historiques du RSS
où il s'est formé avec Narendra Modi.
En 1992, il fait partie des jeunes leaders fondamentalistes
qui exhortent la foule à détruire la mosquée.
Discours en hindi.
Depuis, son aura auprès d'eux
n'a jamais faibli.
*-Quand nous avons débuté le mouvement pour cette mosquée,
*la société hindoue s'est manifestée
*et la mission a été accomplie.
*Aujourd'hui, je ne vous demande pas
*d'amener des bâtons et des armes,
*mais de prier avec moi.
J'ai dirigé et supporté le mouvement depuis le début.
Des millions d'hindous ont participé.
Par la grâce de Dieu, nous avons atteint notre objectif.
C'était un mouvement pour la dignité.
Vous devez comprendre ce mouvement de manière globale.
C'était un mouvement pour la renaissance hindoue.
-Cette "renaissance hindoue" est le premier acte
d'une banalisation de la violence.
Les quelques arrestations pour le saccage de la mosquée
déboucheront sur des non-lieux, signe d'un changement de paradigme.
-LONGUE VIE AU DIEU HANUMAN !
LONGUE VIE AU DIEU HANUMAN !
-Dix ans plus tard, en 2002,
les extrémistes hindous vont franchir un cap dans la barbarie
en ciblant directement la minorité musulmane
pendant trois jours d'affilée.
Ce pogrom aura lieu dans l'État du Gujarat,
quelques mois après l'arrivée d'un nouveau gouverneur peu connu :
Narendra Modi.
-Le 27 février 2002,
c'était une journée de fin d'hiver tranquille.
Il y a eu un accrochage
entre des nationalistes hindous pleins de testostérone, agressifs,
qui étaient passagers d'un train, et des musulmans qui travaillaient
dans la gare.
Cela a débouché sur un incendie de leur compartiment
alors que le train était en gare.
59 hindous sont morts brûlés.
Et ce qui aurait dû rester un problème isolé
s'est transformé en pogrom contre les musulmans.
-Le RSS, le BJP et ses affiliés
ont entièrement cloisonné l'État.
Ils ont commencé
à rassembler les foules, des camions, à distribuer des armes
et de l'essence.
Ils ont fait fuiter
les listes électorales pour avoir les adresses des musulmans.
Puis, pendant trois jours,
avec leurs camions remplis de groupes armés, ils sont passés
dans une douzaine de villes
en massacrant tout le monde de façon horrible :
en les brûlant vivants, en les violant.
Au final, ils ont tué
au minimum 1 000 personnes, et selon de nombreuses sources,
plus de 2 000 personnes.
-La police était absente,
ne répondait pas aux appels ou arrivait trop tard.
Tout cela pendant plusieurs jours.
Que s'est-il passé ?
De qui ont-ils reçu des ordres ?
-Il y a de nombreuses preuves
qui désignent Modi, le BJP et le RSS
comme étant complices de cette violence.
Parmi celles-ci, il y a le fait que ceux qui ont commis les massacres
déambulaient en chantant haut et fort : "Modi est avec nous".
-À la suite de ses responsabilités présumées,
Narendra Modi est banni d'entrée du territoire américain
et hérite du surnom peu flatteur de "boucher du Gujarat".
Mais en Inde, ce massacre
va lui servir de tremplin
pour la dernière étape du plan des nationalistes :
la conquête du pouvoir.
Soutenu par les idéologues du RSS,
qui mobilise 6 millions de membres pendant la campagne électorale,
il devient Premier ministre.
-Le Premier ministre Modi n'a jamais caché
le fait qu'il a grandi
dans les RSS.
Il y est rentré
dès l'âge de 8 ans
et il est resté profondément influencé par l'idéologie.
Il n'y a aucun doute à avoir
concernant leur vision de ce qu'est une nation
et du rôle des minorités.
Et puis, le constat est simple. Il suffit de regarder les chiffres,
de comparer le nombre de lynchages de musulmans
entre 2014 et aujourd'hui, avec ceux commis cinq ou dix ans
avant l'arrivée au pouvoir de Modi.
-Ces lynchages sont quasiment devenus quotidiens
dans certaines provinces du pays.
Dans les campagnes, des milices de jeunes extrémistes
terrorisent des chauffeurs routiers musulmans
au nom de la protection
de la vache sacrée.
-On a des infos
sur des camions suspects ?
-Oui, sur l'autoroute, vers Bombay.
Prévenez les autres.
-Une voiture arrive d'Alwar.
-Allez, on y va.
-Beaucoup d'hindous considèrent la vache
comme un animal sacré.
Mais ces extrémistes
vont plus loin.
Ils rôdent
sur les routes du nord de l'Inde pour intercepter
des jeunes musulmans.
Ils les accusent de transport illégal de vaches vers l'abattoir.
Ils les descendent de leur véhicule,
les frappent à mains nues ou avec des fusils et les pourchassent.
C'est une version hardcore des programmes américains
sur les poursuites de police.
-Qu'y a-t-il dans la voiture ?
Il faut vérifier la voiture.
Attends, c'est une vache !
Donne-nous ton téléphone. Qui est le propriétaire ?
-Garde le téléphone allumé.
-Je les emmène dans un champ.
-Un champ ? Ferme-la.
Il y a deux vaches.
-Monsieur, je ne sais rien. -Combien on te paye ?
C'est un musulman, hein, qui t'a fait cette commande ?
-Comment ?
-C'est un musulman, n'est-ce pas ?
-Monsieur, je fais ça pour la 1re fois.
-Viens, assieds-toi dans la voiture.
-Ces arrestations illégales
se déroulent sous les yeux de tous, violences comprises.
L'impunité est telle que ces hommes documentent même leurs crimes.
*-"La vache est notre sainte mère." *-La vache est notre sainte mère.
*-Répète : "Ram est grand."
*-Ram est grand.
-En Inde, ces milices compteraient plus de 300 000 hommes
dévoués au service d'une cause qu'ils considèrent comme sacrée.
*-Relève-toi.
*Coups et cris.
*...
-La protection des vaches est très importante en Inde.
Il y a 5 000 ans, elles étaient considérées comme des divinités.
La nécessité de les protéger
est née du fait qu'à l'époque de l'ère moghole,
ils tuaient les vaches
pour persécuter les hindous.
Le nombre d'hindous décline.
L'islam est une bombe à retardement.
Si on ne fait rien, ils vont prendre le contrôle de la nation.
Ils représentent déjà près d'un tiers de la population.
Avant que Modi arrive au pouvoir,
le gouvernement ne nous soutenait pas.
Maintenant si, et nous pouvons nous dédier à cette cause.
L'administration nous suit à 100%.
-Ce soutien de l'administration
se traduit par la création d'une loi sur la citoyenneté
qui exclue la communauté musulmane
du processus de naturalisation.
Un changement de ton radical qui touche d'autres minorités.
Michael Williams est une des figures importantes
de la communauté chrétienne en Inde.
Il assiste, impuissant, au basculement de son pays.
-Aujourd'hui, dans l'Inde rurale,
dans les écoles catholiques,
on a peur de parler du paradis et de l'enfer.
Il est spécifié que l'usage de ces termes
peut mener à votre arrestation.
On voit de nouvelles tendances.
Par exemple, une famille chrétienne célèbre un anniversaire
et les voisins les accusent
de vouloir convertir leurs amis
car ils chantent "Joyeux anniversaire".
C'est arrivé. Trois personnes ont été arrêtées.
-Ce maillage répressif mis en place par le régime
s'accompagne d'attaques au sein même des églises.
-En dix ans, les crimes haineux contre les chrétiens ont explosé.
C'est la période la plus violente que l'on ait connue.
Nous ne savons pas comment stopper cela.
Il n'y a aucun signe du parti au pouvoir,
du Premier ministre,
qui exprime une quelconque notion de désaccord avec ces violences
contre les minorités.
*-Il y a quelques minutes, notre église a été saccagée.
*Environ 40 membres du RSS et d'un autre groupe sont arrivés
*pendant que nous faisions tranquillement nos prières.
*Ils n'ont rien demandé à personne,
*ils ont juste commencé à nous agresser.
*Ils ont aussi frappé les femmes présentes.
-Depuis l'attaque contre son église,
le pasteur Bathi n'est plus que l'ombre de lui-même.
Les extrémistes lui ont promis une mort certaine,
mais la police refuse de le protéger.
Son église ne regroupe que quelques fidèles qui prient, malgré la peur.
-Dieu, je sais que Tu es avec nous.
Nos prières sont pour Toi.
Cet incident a laissé notre communauté sous le choc
et pleine de crainte car nous avons tous des familles.
Il n'y a aucune conséquence pour les auteurs de l'attaque.
Ils peuvent recommencer quand cela leur chante.
L'un d'entre eux m'a dit
que la constitution interdisait désormais de prier dans une église.
Que cela avait changé.
...
Ils chantaient : "Gloire à Ram.
"Gloire à Ram, gloire à Ram."
Mais Ram n'a jamais enseigné la violence.
Pourtant, ces gens invoquaient son nom en nous frappant.
Comment le justifier ?
-Destruction de lieux de culte,
lois discriminatoires, arrestations arbitraires.
La mécanique du régime de Modi est implacable.
Et son empreinte idéologique
se diffuse dans les fondations de la société indienne.
-L'une des techniques pour imposer l'idéologie de l'Hindutva,
c'est d'interférer dans le système éducatif.
Ils changent les textes des livres qui sont donnés aux étudiants,
particulièrement aux plus jeunes.
Mais ils interviennent aussi sur les cours donnés en université.
Il y a une volonté du gouvernement
de centraliser l'enseignement et de le garder sous contrôle.
-Réécriture de l'Histoire d'un côté,
désinformation de l'autre.
En Inde, l'armée digitale des nationalistes hindous
frôlerait le million d'employés.
-En Inde, aujourd'hui,
toutes les chaînes de télévision appartiennent au pouvoir.
Mais au cours de mes enquêtes avec le "Washington Post",
j'ai découvert que le parti des nationalistes hindous
travaillait de très près avec une officine clandestine.
Dans l'ombre, ces gens créent du contenu pour les réseaux
extrêmement clivant.
À l'époque des élections de 2019, un des dirigeants du BJP,
Amir Shah, actuellement ministre de l'Intérieur,
a déclaré qu'il gérait un groupe
de 3 millions de personnes sur WhatsApp.
Leur présence
était si forte sur ce réseau qu'ils pouvaient faire circuler
n'importe quel message, vrai ou faux, et le rendre viral.
Tout ce travail fait partie d'une guerre de l'information.
-Cette guerre de l'information,
les extrémistes hindous la mènent aussi en dehors de leur territoire.
Au coeur même des modèles de sociétés qu'ils rejettent.
...
-J'étais journaliste, comme n'importe quel autre journaliste.
J'écrivais des articles critiques sur le régime,
je couvrais des histoires sur les droits de l'homme,
les affaires politiques,
et pour le gouvernement, c'était inacceptable.
J'étais chez moi quand des types des services de sécurité
sont venus m'interroger durant trois jours
sur mon travail, mon passé.
Ce harcèlement, ces intimidations
ont continué par la suite.
Donc, je n'avais plus le choix.
Soit je finissais en prison,
soit je partais du pays pour travailler librement.
Voilà pourquoi je suis ici, aux États-Unis.
*Jingle d'appel vidéo.
Vous m'entendez ? Super.
Je vais vous montrer une vidéo, je l'ai trouvée hier soir.
C'est un discours haineux qui a eu lieu lors d'un meeting.
Vous me direz ce que vous en pensez.
-Raqib Naik est journaliste depuis dix ans.
Il est à la tête du seul site Internet qui documente
les abus du régime de Modi.
*...
-Installé aux États-Unis dans le plus grand secret,
il pensait pouvoir travailler sereinement,
mais ses ennemis ont vite retrouvé sa trace.
-J'ai reçu des menaces de mort sur mes réseaux sociaux.
Un des messages sur Facebook me disait d'être prudent
quand je traverse la route.
De bien faire attention aux voitures.
Ces menaces sont bien réelles.
Vous ne savez jamais à quoi vous attendre.
Vous pouvez marcher dans la rue, quelqu'un arrive et vous descend.
-En tentant de comprendre comment il avait été repéré,
Raqib s'est confronté à une amère réalité :
la présence de réseaux nationalistes hindous non officiels
implantés sur le sol américain.
-Aux États-Unis,
l'extrême droite hindoue a créé une infrastructure similaire
à celle qu'elle a en Inde.
Beaucoup de ces groupes, si vous regardez leurs sites Internet,
se présentent comme des entités innocentes.
Des associations caritatives qui lèvent des fonds pour l'éducation.
Mais c'est une couverture.
Leur seul but est de promouvoir les idées nationalistes hindoues.
-Et pour arriver à leurs fins, ces réseaux n'hésitent pas
à s'attaquer aux intellectuels américains.
En particulier les professeurs d'université.
-"Continue à aimer les musulmans
"et nous continuerons à aimer Hitler, sale juive stupide."
"Si tu continues avec ton idéologie,
"tes jours sont comptés."
"Tu fais de la publicité à cette salope
"qui crache sur l'hindouisme. Je prie pour que tu meures."
-Audrey Truschke est spécialiste de l'histoire médiévale
d'Asie du Sud.
Ce qui lui a valu ce torrent de haine,
ce sont ses travaux sur l'Empire moghol,
une période qui marque l'apogée de l'expansion musulmane en Inde.
*-Question suivante.
*-C'est intéressant... Vous, les Américains,
*qui avez laissé tant de misère derrière vous,
*avec l'éradication des Indiens d'Amérique...
*La descendante d'un peuple génocidaire
*peut-elle se poser en juge ?
*Est-ce moral ?
*Oui, cette nation se tient debout
*sur les corps des Indiens d'Amérique.
*De quel droit vient-elle ici
*mettre son nez dans notre histoire ?
-Les nationalistes hindous m'attaquent de manière si violente
pour ce que je dis et pour l'autorité que je représente
parce que j'humanise les Indiens musulmans du passé et du présent.
Je suis spécialiste de l'Empire moghol,
je parle des rois musulmans en Inde et de leur communauté.
C'est une approche neutre qui ne vise pas à les condamner.
Or, c'est ce que les nationalistes hindous voudraient que l'on fasse.
En 2019, pour la 1re fois,
un homme armé m'a accompagnée pour donner une conférence.
Je ne suis pas un cas isolé.
Si vous faisiez une liste des universitaires
ciblés par les nationalistes hindous aux États-Unis,
elle comporterait une centaine de noms.
-Dans la nébuleuse d'associations proches du régime
visant les universités,
une en particulier se détache, la plus puissante de toutes :
l'Hindu American Foundation.
-L'Hindu American Foundation prétend être un groupe de défense
représentant les intérêts des hindous aux États-Unis.
En réalité, ils répètent les éléments de langage du gouvernement
pour blanchir leurs abus des droits de l'homme
ou les violences religieuses.
Ils sont très puissants car ils ont de l'argent,
des moyens et une communauté qui les soutient
et monte au créneau dès que l'on critique
le nationalisme hindou aux États-Unis.
-Une conférence a provoqué la colère de la fondation.
Elle portait
sur la montée du nationalisme hindou et ses réseaux.
À coups de menaces, la plupart des participants ont renoncé.
Derrière ce coup d'éclat, plane l'ombre de la présidente,
Suhag Shukla,
avocate, la voix des nationalistes hindous
aux États-Unis.
-Ce que nous observons
depuis quelques années,
c'est de l'activisme déguisé en recherche universitaire.
Cette conférence était discriminatoire
envers les étudiants hindous aux États-Unis.
Donc, nous avons porté plainte.
Quand cette conférence a été annoncée,
elle avait le logo de 60 grandes universités,
comme Columbia, l'université de Pennsylvanie,
Yale ou Harvard.
Nous avons lancé une campagne
pour demander aux présidents d'université
si leur logo signifiait qu'ils soutenaient cette conférence.
En 48 heures, nous leur avons envoyé
des millions de messages
et en 48 heures, tous les logos ont disparu.
-Le poison du fondamentalisme hindou
n'agit pas seulement sur la liberté de parole
dans les campus américains.
Ses ramifications s'étendent sur tous les continents.
Le RSS compte des filiales dans plus de 150 pays.
Et dans certaines villes européennes,
les fondamentalistes sèment la discorde entre les communautés.
À l'été 2022, Leicester,
longtemps ville laboratoire de la mixité ethnique anglaise,
s'est transformée en champ de bataille
à ciel ouvert.
Riaz Khan est éducateur social depuis 20 ans.
Jamais il n'aurait pensé assister à des scènes aussi violentes
dans sa ville.
-Un samedi après-midi,
j'ai reçu une vidéo où on voyait 250 types hurler "Ram est grand"
sur Green Lane.
-Vive le dieu Ram !
-C'est un quartier où habitent beaucoup d'hindous et de musulmans.
Ces jeunes étaient masqués et armés.
Ils ont attaqué des gens dans la rue.
Plusieurs musulmans ont été passés à tabac, un sikh également.
Je n'avais jamais vu de gang hindou de ce genre.
D'habitude, ils sont très tranquilles.
Vous ne pouvez pas importer votre idéologie
dans un pays multiculturel.
C'est la même chose pour les extrémistes musulmans.
Ils ne peuvent pas imposer la charia.
Ces gars ont voulu faire ça à Leicester.
Depuis 50 ans, tout allait bien entre musulmans et hindous.
Depuis que ces gars sont arrivés, on sent une énorme fracture.
-Ce qu'il faut comprendre, c'est que la branche étrangère du RSS
a des bureaux à Leicester depuis les années 60
et ils ont envenimé les choses
en important leur idéologie ici.
Et la grande différence entre les États-Unis et l'Angleterre,
c'est qu'ici, les communautés font partie de la classe ouvrière.
Donc, leur idée est qu'il est plus facile
de créer de la violence dans les rues.
C'est leur stratégie
et ils essayent de l'imposer dans d'autres villes
comme ils l'ont fait à Leicester.
-Cette stratégie du chaos a laissé des traces.
Une méfiance s'est installée
entre la communauté hindoue et musulmane de la ville.
Une méfiance renforcée
par les déclarations de certains députés britanniques
calquant leurs discours sur la ligne rhétorique
du parti nationaliste hindou.
-Il y a un concept en hindi, "Hindu khatre mein Hai",
qui signifie "les hindous sont en danger".
Ça se diffuse partout.
Même si l'Inde est un pays avec une majorité hindoue,
les hindous "sont en danger" et ils veulent importer
ce concept ici.
Évidemment, après, il n'est plus possible de critiquer l'Inde
sans que cela passe pour de l'hindouphobie.
Des gens comme Bob Blackman sont très utiles pour eux.
-Blackman a la parole.
-Merci, monsieur le président.
Je condamne également
les violentes attaques
contre des temples hindous à Leicester et Smethwick
la nuit dernière.
La communauté hindoue dans ce pays est très inquiète pour sa sécurité,
donc je demande qu'une déclaration urgente
soit faite par la nouvelle ministre de l'Intérieur
pour être sûr que nos amis et voisins hindous
puissent célébrer leur religion dans la paix,
comme ils l'ont toujours fait.
-Bob Blackman est député du parti conservateur,
élu d'une circonscription du Grand Londres depuis 13 ans.
Son électorat est composé à plus d'un tiers d'hindous du Gujarat.
Le parlementaire est proche des réseaux du RSS
et de Narendra Modi.
-J'ai été à des réunions du RSS en Inde.
J'ai rencontré leurs dirigeants.
Ils veulent que les gens soient plus en forme
mentalement et physiquement.
C'est pour cela que Narendra Modi, qui a grandi dans le mouvement,
est si discipliné.
Il n'y a rien de mal à cela.
Du moment qu'on n'exclue pas les autres.
Et je pense que personne n'est exclu.
Si c'était si terrible
de vivre en Inde,
pourquoi les musulmans ne sont-ils pas partis dans un pays musulman ?
-Le discours de Bob Blackman
n'est pas un cas isolé dans la classe politique anglaise.
L'ancienne ministre de l'Intérieur, Priti Patel,
a, elle aussi, exprimé son soutien aux fondamentalistes du RSS.
-"Le secrétaire général du RSS joue un rôle important
"en fournissant une orientation idéologique et politique.
"C'est un honneur qu'il vienne en Angleterre pour parler du RSS."
-Au-delà de la politique locale, la guerre d'influence menée par l'Inde
s'est invitée dans les couloirs des institutions européennes.
En décembre 2020,
une ONG spécialisée dans la désinformation
révèle l'utilisation de députés européens
pour appuyer la propagande nationaliste du régime.
-"Le recours à des membres du Parlement européen
"a servi de caution pour défendre des intérêts indiens."
"Ces députés étaient présentés comme faisant partie
"d'une délégation officielle de l'UE, or, ce n'était pas le cas."
-Parmi ces agents d'influence,
le député du RN, Thierry Mariani.
Il a participé à un voyage de soutien du régime
au Cachemire, une région que l'Inde dispute
à son voisin musulman, le Pakistan.
-Pourquoi notre formation politique regarde Modi
avec les yeux de Chimène ?
D'abord, parce qu'il combat clairement l'islamisme.
Donc, forcément,
quand votre ennemi principal,
c'est le Pakistan, un État qui se réclame de l'islam,
on ne peut pas reprocher à un autre État
de se réclamer de l'hindouisme.
Je peux être un agent d'influence au service d'autres idées.
L'intérêt de la France est d'avoir de bons rapports avec l'Inde.
Et je pense qu'il faut soutenir ce gouvernement.
-MODI !
MODI ! MODI ! MODI !
-Quand M. Macron est reçu par M. Modi,
vous pensez
que son soutien au régime de Modi n'est pas plus important
que dix députés européens qui vont dans les montagnes du Cachemire ?
C'est la réalité des relations internationales.
-Pourquoi le monde permet
la persécution de certaines minorités en Inde ?
L'ignorent-ils ou protègent-ils leur business ?
Il faut se poser ces questions.
-À un moment où les États-Unis et le Royaume-Uni
font tout ce qu'ils peuvent pour contenir la Chine,
l'Inde de Modi
est perçue comme un allié crucial.
Ils peuvent se sentir
mal à l'aise vis-à-vis de M. Modi,
mais ils considèrent que cette relation
prime sur leurs inquiétudes concernant l'éloignement du pays
des valeurs libérales et démocratiques.
-Dans un monde où les alliances se réorganisent,
la puissance d'arbitrage indienne est de plus en plus convoitée.
Mais y a-t-il des limites ?
Les ingérences des nationalistes hindous en Occident
sont-elles la ligne rouge à ne pas franchir ?
-Pourquoi Justin Trudeau a réagi de manière aussi forte ?
Parce qu'ils avaient ciblé un citoyen canadien au Canada,
mais je pense qu'il a compris qu'il s'agissait d'un galop d'essai
pour les nationalistes au pouvoir.
Et que s'ils s'en sortaient sans encombre,
ils allaient recommencer encore et encore.
-Que signifie pour le monde d'avoir une Inde
qui se transforme en nation fasciste et toxique ?
On en parle peu,
mais le pays a des ambitions d'expansion territoriale.
Les partisans de l'Hindutva
veulent retrouver un âge d'or et considèrent que l'Inde englobe
toute l'Asie du Sud : de l'Afghanistan au Pakistan,
au Népal, en passant par la Birmanie et même l'Indonésie.
C'est quelque chose qui, à l'échelle régionale,
est terrifiant.
Potentiellement, ça peut déboucher sur une guerre de haute intensité.
Mais pour nous aussi, en Occident, cela a des conséquences énormes.
Car la plus grande démocratie du monde ne l'est peut-être plus.
-Quel visage pour l'Inde de demain ?
Le pays affiche un taux de croissance record.
Il est devenu un partenaire diplomatique
incontournable.
Mais cette réussite est ternie par une idéologie vénéneuse
qui tue.
À l'aube de son 3e mandat, le Premier ministre Modi
est à la croisée des chemins.
L'avènement
d'une superpuissance.
Le crépuscule d'une démocratie.
Ordre en hindi.
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