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Depuis qu'il y a des guerres, il y a des espions.
Dénichant les plans, les positions et les préparations ennemis...
punis de mort s'ils sont pris...
couverts d'honneurs s'ils réussissent.
Un métier dangereux, mais prestigieux.
Cela s'appelle L'ESPIONNAGE.
Mais il y a un autre genre d'espions.
Ils débusquent espions... et les traîtres.
Punis de mort s'ils sont pris... privés d'honneurs s'ils réussissent.
Car aucun État ne peut risquer l'embarras d'une erreur...
d'une accusation erronée... d'une preuve insuffisante...
un métier dangereux, mais pas prestigieux.
Cela s'appelle LE CONTRE-ESPIONNAGE
Il est temps de rentrer, Fräulein.
Je l'attends, ma sœur.
Vous pourrez l'attendre demain.
Il viendra peut-être aujourd'hui. J'ai entendu un attelage.
Écoutez. Ne l'entendez-vous pas ?
Non, mon enfant.
Je l'entends.
Il est très loin, mais je l'entends.
- Voyez-vous quelque chose ? - Non.
Sœur Ursula ?
Non, ma chère.
Le voilà !
Excellence !
Herr Von Sturm.
Les Anglais grignotent les défenses
de nos alliés turcs dans les Dardanelles.
Le ministère de la Marine juge ces succès impossibles
sans renseignements sur ce qui les attend.
Sans renseignements très précis,
tout navire s'aventurant parmi ces mines aurait sauté.
Si les Dardanelles tombent, inutile de vous dire
qu'à notre avis, la guerre est perdue.
On soupçonne Ali Bey.
On n'accuse pas le commandant de la défense des Dardanelles
sans preuve !
Exactement ! Sans une preuve irréfutable !
Mais on peut, par voie diplomatique,.
le faire transférer à un autre poste.
On n'a trouvé aucune bonne raison pour une telle requête.
Je vois.
Ce n'est plus une question de semaines ou de mois.
Mais de jours ! Peut-être d'heures !
Il faut capturer le traître sur-le-champ.
On fera de notre mieux.
Ce n'est pas suffisant.
Si le contre-espionnage échoue sous votre direction,
nous prendrons d'autres dispositions.
Pourquoi ne pas confier cette mission à Fräulein Doctor ?
Messieurs, rien ne me ferait plus plaisir.
Mais je n'ai pas de nouvelles depuis trois semaines.
Elle était en mission sur le front Ouest
et je commence à croire...
Je compatis. Ce serait une perte terrible.
J'envoie mon meilleur agent à Istanbul. Si...
Il n'y a pas de "si".
Oui, Excellence.
Herr Von Sturm.
Excellence !
Ce n'est pas une affaire ordinaire. L'instant est décisif.
Si Ali Bey nous vend aux Anglais avant qu'on ne l'ait démasqué,
notre pays est perdu.
Je vous en conjure,
sauvez-nous de ce désastre.
- Des nouvelles de Fräulein Doctor ? - Aucune.
Faites entrer 117.
Bonjour, monsieur.
Asseyez-vous, Kruger.
Que savez-vous de la Turquie ?
Du café épais, des femmes grasses, des odeurs atroces.
Vous y allez en tant qu'agent anglais.
Les services allemands ne pourront pas vous aider
en cas d'ennuis.
Vous serez fusillé comme agent anglais.
Mourir en Anglais ? Quelle mort pour un bon Allemand !
Quoi qu'il arrive, n'impliquez pas l'Allemagne.
Quoi qu'il arrive, je promets de mourir
en gentleman anglais.
Partez dès que vous aurez vos papiers.
Faites entrer la Belge.
La nature exacte de ma petite course ?
Vous le saurez plus tard.
Ce sera tout. Tenez-vous prêt.
La prisonnière.
On l'a fouillée ?
- Rien n'a été trouvé. - Rien ?
Rien,
hormis sa tenue suspecte.
Fräulein Doctor !
Je suis si content de vous voir. Asseyez-vous.
Pourquoi ce silence ?
Les canaux habituels étaient exclus,
alors je me suis arrangée pour qu'on m'amène à vous.
Bien, bien.
J'avais peur. Je pensais que vous étiez peut-être...
Morte ?
Je le serai si je ne prends pas un bain.
Utilisez ma baignoire. Je vous fais apporter des habits.
On pourra discuter.
C'est tellement mieux au Savoy à Londres.
L'eau chaude est vraiment chaude là-bas.
Paris a été plus long que prévu, mais j'ai réussi.
J'en étais sûr.
Au fait...
j'ai vu Mata Hari.
Télégraphiez-lui de rentrer sur-le-champ.
Elle est tombée amoureuse du Russe
qu'elle surveille.
C'est sûr ?
Sûr et certain. Elle s'est trahie une bonne dizaine de fois.
Je la contacte tout de suite.
En code N-M-4 ?
Les Français le connaissent.
Elle le leur a probablement vendu.
Je me demande.
Moi aussi.
Si j'utilise le code N-M-4,
ils la prendront, vous le savez ?
Elle sera fusillée.
Question de sécurité.
Vous réalisez ?
Je sais qu'une femme amoureuse n'a aucun secret
pour l'homme qu'elle aime.
Si elle était comme vous...
Ma méthode est simple.
Ne jamais mêler l'amour à ses histoires d'amour.
Appliquez de la solution BXX sur la manche droite.
Ce fut presque trop facile d'obtenir les informations.
J'ignore qui sont les plus faciles :
les Anglais qui ne soupçonnent personne
ou les Français qui soupçonnent tout le monde.
"Quatrième division,
"236 canons,
"3 dépôts de munitions, 12 champs de mines."
Je les ai trouvés quand je vérifiais N 232.
Le plat de résistance...
Les services de l'aviation vont adorer ça.
- Quoi de neuf ? - J'arrive du ministère de la Guerre.
- Les Dardanelles ? - Vous savez ?
Depuis l'Angleterre.
Ils soupçonnent Ali Bey.
Moi aussi. Ce sera dur à prouver.
Il faut qu'on le prouve. J'envoie 117 à Constantinople.
Kruger ? Êtes-vous vraiment sûr de lui ?
Bien sûr, pourquoi ?
- Quand part-il ? - Dès qu'il aura ses papiers.
Pourquoi ? À quoi pensez-vous ?
À rien. Il ne partira pas avant demain ?
Non, pourquoi ?
Simple question.
Merci pour le bain.
Bonjour, Dr Leder. Je crains que ce ne soit urgent.
Pouvez-vous patienter quelques minutes à côté ?
Ce monsieur a rendez-vous. C'est une urgence.
Avec plaisir.
Bonne chance à vous.
Je pars pour Constantinople.
Dépêchez-vous, Docteur !
Imaginez ça !
En privé, c'est Bertram Church,
des services secrets britanniques.
C'était Bertram Church, des services secrets britanniques.
"M" identifierai comme
"K-6."
Une identification précieuse pour qui ira à Constantinople.
Exactement !
Partez dès que vos papiers seront prêts,
mademoiselle K-6.
Je ne promets pas de mourir en gentleman.
C'est l'Américain qui était chez le dentiste.
Il faut l'interroger.
Assurément.
Il est très bruyant, même pour un Américain.
Vous le seriez
si on avait exploré vos dents toute la matinée.
Quelque chose ?
Il a mordu quelques doigts. À part ça, rien.
Qui s'intéresse donc tant à mes soins dentaires ?
Dites au Kaiser que je suis soigné par le Dr Evans
au 258 Academy Street, Pittsburgh, États-Unis.
Hier, vous avez entravé l'action de policiers
qui faisaient leur devoir.
Qu'avez-vous à dire ?
Il faut une injonction en Allemagne pour un plombage ?
Non, mais on s'intéresse au contenu de certains plombages.
Je m'en tiens à l'or.
Plus esthétique, plus durable et ça fait un sourire riche.
Vous étudiez la médecine à Leipzig.
Et votre nom est Douglass Beall ?
Il semble qu'il y ait eu une erreur.
Vous pouvez partir.
Merci. C'était fort sympathique.
Prenons une bière un de ces jours.
Vous êtes sûr de son innocence ?
Non.
À vous de le découvrir.
Madame.
Rien, merci.
Du vin. Du Nierstein 1910.
Tu comptes bouder toute la soirée ?
Je n'ai pas le choix.
Je te l'ai expliqué cent fois.
Je sais, cent fois. Chaque fois, une version différente.
Ça ne m'intéresse pas.
Tu permets que je rentre ?
- Seule ? - Pourquoi pas ?
Tu rentreras à la maison avec moi.
Quand je serai prêt.
- Je prendrai un taxi. - Tu restes ici.
Tu me fais mal !
Tu ne partiras pas sans moi.
- Lâche-moi ! - Rentre !
La dame ne veut plus jouer avec vous.
- Laissez-nous. - Je vous laisse ?
Ne vous mêlez pas de ça !
La police, vite !
Ça va, monsieur ?
Parfaitement bien.
Il ne nous suit pas.
Il a eu son compte.
J'espère que vous ne m'en voulez pas.
On ne doit pas bousculer les femmes, sauf pour se défendre.
Je trouve que Berlin est une ville où on se bat.
Je ne parle pas de la guerre, mais pour moi.
Je l'ai toujours trouvée paisible.
Vous la connaissez mal.
Hier, je me suis battu à cause d'une dent à soigner.
- Vraiment ? - Oui.
Des maux de dents ?
Cette dent de sagesse me cause du souci.
Après, ils m'ont traîné devant...
une espèce de juge de paix.
Un vieux dur à cuire. Dur comme fer.
Et ce n'est pas le pire. Il a une secrétaire
qui vous ferait chuter la tension.
- Un homme ? - Une femme.
Franchement, elle est d'une laideur incroyable.
Faut le voir pour le croire.
Et encore, j'ai peut-être cauchemardé.
- C'est bien d'être avec vous. - Par contraste ?
Vous êtes très belle. Toute seule, sans contraste.
Ne me remerciez pas, on se connaît a peine.
Dites, j'ai une idée.
Si on allait prendre un verre et écouter de la musique ?
Quel endroit avez-vous en tête ?
Mon appartement, à l'hôtel Excelsior.
Ai-je l'air d'une femme qui irait chez un inconnu ?
Non, justement.
Que dites-vous de ça ?
Il s'est arrêté devant mon hôtel. Il lit dans les pensées.
Ou il écoutait quand vous lui avez donné l'adresse.
Peut-être bien.
Nous y sommes.
Je vois que vous croyez au confort.
J'y croyais.
Là, je crois à la chance.
Vous êtes bien modeste.
Pas du tout, je fais semblant pour leurrer mes amis.
- Que faites-vous ici ? - J'étudie à Leipzig.
Je suis américain.
Ça va sans dire. Que faites-vous à Berlin ?
Je me fais arrêter.
Mais parlons plutôt de vous.
Est-ce intéressant ?
Rien n'est plus intéressant... en ce moment.
Votre réputation de franchise n'est pas usurpée.
Chaque fois que je dis "pour toujours", je souris.
- Porto ou sherry ? - Sherry.
Vous êtes très charmant.
Comment l'avez-vous su ?
Je l'ai su quand je vous ai vu dans le café.
Vous ne saviez pas que je vous avais vu ?
Je le savais.
Même si vous ne vouliez pas que je sache que vous saviez.
Donc vous ne m'avez pas vu.
Les femmes adorent ces petites attentions.
C'est ça, la vie, non ?
Un jour, vous êtes arrêté
et le lendemain, vous êtes avec la plus belle femme du monde.
Je devrais vraiment partir. Il doit être très tard.
S'il vous plaît, ne voulez-vous pas que je vous courtise ?
Pourquoi devrais-je ?
C'est bien ce que je me demande.
Ça vous surprendrait que je vous aime.
Ça me surprend aussi. Je viens de m'en rendre compte.
Les Américains sont merveilleux. Si prompts à se décider.
J'éprouverais la même chose si j'étais esquimau.
Est-ce que je ne vous plais pas un petit peu ?
Vous me plaisez plus qu'un petit peu.
Puis-je être indiscret ?
Quel est votre nom ?
Helena. Helena Bohlen.
Vous êtes ravissante, Helena Bohlen.
Vous allez rester ?
Vous me comprenez ?
Je ne veux pas que vous partiez.
Vous ne voulez pas partir.
Dites-le.
Je ne veux pas partir.
Vous êtes...
- Comment dit-on "merveilleuse" ? - Merveilleuse ?
C'est ça, vous êtes merveilleuse.
Pas quand je suis décoiffée.
Même décoiffée.
Mais je suis très frivole. Je dois me recoiffer.
Venez.
Si vous permettez..
Comme à la maison !
Quel homme étonnant, un peigne !
Écoutez-moi, Helena. Je vous aime.
Les mots sont étranges.
On utilise les mêmes, qu'on soit sincère ou pas.
Mais je veux vous dire que ce n'est pas une passade.
Je le sais, croyez-moi.
Tout ceci doit vous paraître insensé,
mais ça ne l'est pas.
Je ne suis pas très clair, si ?
Peut-être que du champagne... En voulez-vous ?
Oui, je vais en chercher.
Ai suivi votre conseil pour Mata Hari.
Sturm
Vous savez,
je n'avais jamais aimé.
Prête ou pas, me voilà !
Helena Bohlen Hôtel Impérial, Constantinople
Il y a cinq bagages, Karl.
J'aimerais qu'il y en ait encore cinq à la gare.
- Oui, Madame. - C'est mieux.
Montez dans la seconde voiture avec les bagages.
Réjouissez-vous de me voir.
Comment êtes-vous monté ?
Par la portière.
Il y a diverses façons, mais c'est la seule pratique.
Si on saute dedans, ça peut endommager le toit.
Vous partez ?
Pour quelques jours.
Sans me revoir ?
Pourquoi ?
Où est-ce que je vous dépose ?
À la gare, ça ira. Je pourrai vous dire au revoir.
Faites-le ici.
Ce ne serait pas commode.
Si je vous dis au revoir à la gare,
vous pourrez m'y dire au revoir aussi.
C'est ma voiture.
Au revoir.
Helena, je pensais ce que j'ai dit hier soir.
Vous ne vous moquiez pas de moi ?
Un petit peu, peut-être.
Mais très tendrement.
Je vous en prie.
D'accord.
Je veux vous montrer quelque chose.
Ce n'est pas naturel de se dire au revoir
sans s'embrasser.
L'époque n'est pas naturelle. C'est la guerre.
Ne la rendez pas plus terrible qu'elle n'est.
Des soldats dans le train ! Je n'aime pas ça.
Un raid aérien est possible.
Je prends le risque.
- N'oubliez pas d'écrire. - Non.
Entrez.
Surprise !
Vous ne venez pas avec moi.
Je ne viens pas avec vous. Je vais jusqu'à Glogau.
C'est une ville très célèbre et j'ai décidé d'y aller.
Pourquoi ?
Pour son église et son monastère.
Quel rapport avec votre présence ?
Aucun.
Contrôle des billets.
Un billet de première pour Glogau.
Prévenez-le quand on sera à Glogau.
Pour le vieux monastère.
À Glogau ?
Il n'y a pas de monastère à Glogau.
- Vous en êtes sûr ? - Absolument.
Ça règle le problème. Pas de Glogau.
Qu'avez-vous avec les monastères ?
Il plaisante.
J'espère que vous aimerez Glogau, sans monastère.
Ne vous en faites pas.
J'irai chez le dentiste.
Regardez-moi.
Au moins jusqu'à Glogau.
Jusqu'à Glogau.
Glogau !
Glogau !
Vous n'êtes jamais allée à Pittsburgh ?
On est à Glogau.
Glogau, oui.
Jolie ville.
Oui,vous descendez ici. Ça a été très agréable.
J'espère vous revoir à Glogau.
Je vais jusqu'à la prochaine. Il y aura un monastère.
Vous descendez ici.
J'ai promis à ma mère de ne pas voir une ville en "G"
avant mes 21 ans.
Dites-lui que c'est ma faute.
Par ici, madame.
La dame est là. Voulez-vous commander ?
Un verre de sherry ?
Je suis parfaitement capable de commander seule.
Du caviar pour deux
et une bouteille de Hocheimer 1906.
Ceci est allé trop loin. Ça devient
très gênant.
Je ne peux pas m'asseoir avec vous ?
Ne vous asseyez pas avec moi, ne me parlez pas,
ne voyagez pas avec moi.
Je ne veux plus vous voir.
Du vin ?
On est bombardés.
Les passagers à l'avant sont blessés !
Prenez les draps propres pour faire des bandages.
Ouvrez toutes les trousses de secours.
Je peux vous aider ?
Bien sûr, si on ne vous ennuie pas.
Je ne sais pas comment vous remercier.
Prévenez-moi si vous avez besoin de moi.
Où allez-vous ?
Chercher une place.
Vous ne vous nettoyez pas ?
Utilisez mon compartiment.
Merci.
Suis-je présentable ?
On arrive à la frontière. Je regrette de te laisser ici.
Je viens avec toi.
Sans visa turc ?
J'en aurai un.
Pourquoi tiens-tu à y aller ? Pour les harems ?
Plus maintenant.
- Tu ne peux pas y aller sans visa. - Si, et je vais le faire.
- Tu n'as pas l'air de saisir. - Je viens avec toi.
Écoute-moi.
Non, toi, écoute-moi.
Je t'aime.
Descendez au prochain arrêt et rentrez à Berlin.
- Mais les ordres d'Herr Von Sturm ! - Ce sont mes ordres.
Dites à Herr Von Sturm
que je réglerai ça à ma façon.
Écoute.
Quoi que tu dises, je ne te quitte pas.
Tu ne pars pas.
Et désormais, ne sois pas aussi familier avec moi.
Tu es mon valet, inscrit sur mon passeport.
Voilà le seul métier que je veux pour toujours,
être ton valet.
Qui est-ce ?
Karl !
Télégramme pour vous.
Vous aviez raison Mata Hari est amoureuse.
A été arrêtée à Paris Sera exécutée.
Un problème ?
Les chambres vous plairont, j'espère.
Certainement.
Une chance qu'on en ait une.
Il y en a toujours pour Madame.
Dans une ville pleine de zouaves ?
Ça ira, Karl.
Portez les bagages à côté.
Au fait, nous pouvons loger votre valet
dans l'aile des domestiques.
J'aimerais avoir mon secrétaire à cet étage.
Bien sûr, Madame.
Merci, Madame.
Si Madame veut m'indiquer ses désirs...
À votre avis, M. le secrétaire ?
Vous allez au devant de tous les désirs de Madame.
Il faut arrêter ces bêtises.
Je sais, mais tu es entré sur mon passeport.
Tu dois jouer la comédie.
Je m'occupe de ça. Attends ici.
Nous allons nous marier.
Ce n'est pas aussi simple. Parlons.
Marions-nous et parlons après.
Non, c'est impossible.
Tu ne sais pas pourquoi je suis ici ?
Mon oncle est un colonel allemand attaché à l'état-major turc.
Il y a un homme à Berlin qu'il veut que j'épouse.
J'essaie de le convaincre de me laisser choisir.
Tu vois combien c'est important.
Et si j'allais lui parler ?
Non, il est assez difficile.
J'ai un oncle coriace, conseiller municipal à Pittsburgh.
L'état-major, ce n'est rien à côté !
- Plus tard. - Non, j'y vais de ce pas.
Douglass, non, je le connais. Laisse-moi régler ça.
Je veux des résultats rapide.
Je ne laisserai pas un oncle gâcher ma vie.
J'y vais.
Tu sors ?
Oui, j'ai besoin d'un costume,
d'un col, d'une cravate, d'une chemise.
Je n'avais pas prévu ce voyage.
- Tu regrettes ma venue ? - Non, chéri.
Je n'en demande pas plus.
Je reviens vite.
Mon oncle est un homme important ici.
Mes faits et gestes lui seront rapportés.
Si je n'ai pas l'air de te reconnaître quelque part...
On va jouer à un petit jeu ?
Ce n'est pas un jeu, chéri.
C'est très sérieux. Tu dois me faire confiance.
Je te fais confiance, tu le sais.
Ali Bey... Ali Bey...
Excusez-moi, madame. Pourriez-vous retirer votre chapeau ?
Son Excellence Ali Bey est juste derrière vous.
Il ne voit pas la scène.
Vraiment ?
Messieurs, pourriez-vous faire moins de bruit ?
Son Excellence Ali Bey aimerait vous être présenté.
Je regrette.
Du café.
Vous permettez ?
Je veux être seule.
Sans votre permission.
Pourquoi vous imposez-vous ?
Vous êtes très belle.
- J'informerai le commandant en chef. - C'est moi.
Je suis sans défense, alors.
Pas du tout.
Puis-je m'asseoir ?
Dans ces conditions, oui.
Je vous sers ?
Avez-vous apprécié le spectacle ?
Beaucoup.
Il y a eu plusieurs interruptions sans importance.
Parlez-moi du spectacle.
- Ne l'avez-vous pas vu ? - Non.
J'étais assis derrière votre chapeau.
Il est très seyant.
Je sais.
Êtes-vous plus belle avec ou sans chapeau ?
Je demanderai à mes amis.
Ne puis-je le découvrir par moi-même ?
Vous êtes très aimable.
Si je vous disais non ?
Vous seriez très aimable
d'y avoir prêté assez d'attention pour dire non.
Dans ce cas, je dis oui.
Pourrais-je encore abuser de votre amabilité ?
Dînerez-vous avec moi ?
Peut-être.
- Ce soir ? - Si vous voulez.
Il n'y a rien que je ne désire plus.
Où viens-je vous chercher ?
Vous ne venez pas me chercher.
Pour dîner ensemble, nous devons nous retrouver quelque part.
Je peux toujours vous retrouver quelque part.
Avez-vous l'esprit aussi implacable que vif ?
Seulement pour me défendre.
Contre les hommes européens, peut-être.
Y a t-il une telle différence ?
Seule l'expérience enseigne certaines choses.
Où Madame me retrouvera-t-elle ?
Au théâtre national peut-être.
Pas peut-être, certainement. À 8h30 ?
À 8h30 ? Vous me laissez peu de temps.
Ce sera une expérience inhabituelle.
Constantinople de nuit,
sous la protection du commandant en chef.
Je ne passe donc pas vous chercher.
À tout à l'heure.
Helena Bohlen. Elle est à l'hôtel Impérial.
Un secrétaire l'accompagne.
- Une femme ? - Un homme.
Il est sur son passeport comme valet allemand.
Mais il est clairement américain.
- C'est tout ? - Non.
Elle a demandé où vous étiez assis
et a pris une place juste devant vous.
Tu n'es pas restée à la maison ?
Tu as vu ton oncle ?
Alors ?
C'est prometteur.
Quelqu'un est invité à un bal masqué ?
Souviens-toi, je suis l'Américain sorti acheter des habits.
Je te les montre.
Les gens sont étranges !
Qu'est-ce que je ferais de tapis ?
Partout, on veut te vendre...
Mes mésaventures ne t'intéressent pas ?
Si, bien sûr, mais je dois m'habiller.
Tu es bien comme ça.
Attends de voir l'endroit que j'ai trouvé pour dîner.
Je regrette, je ne vais pas pouvoir dîner avec toi.
Tu sais que je le veux...
Encore ton oncle ?
Ça va durer longtemps ?
Je vais faire aussi vite que possible.
Il faut que je m'habille.
Je me sers de ta chambre, la mienne est horrible.
Et je veux que tu voies la tenue du Turc élégant.
N'oublie pas de dîner.
J'ai 29 ans et je n'ai encore jamais sauté un repas.
Dis, chérie...
Une loi interdit-elle de me promener tête nue ici ?
Les Américains font leurs lois, non ?
Tête nue alors.
- C'est le téléphone ? - Je crois bien. Je réponds.
Je le prends.
Merci.
Madame Bohlen ?
Son Excellence Ali Bey monte vous voir.
Merci.
Mon oncle m'envoie un officier.
Un officier de police ?
Un officier turc. Ça ne t'ennuie pas ?
Non, bien sûr.
Je me dépêche.
N'oublie pas, tu es mon valet.
Oui, Madame.
Suis-je chez Mme Bohlen ?
Oui, Monsieur.
Vous êtes le valet de Mme Bohlen ?
- Vous n'êtes pas allemand. - Non, Monsieur.
Américain ?
Américain germano-américain...
Les valets américains prennent beaucoup de libertés.
Les valets sont les mêmes partout.
Ils restent à leur place, devant leurs supérieurs.
Dites à Mme Bohlen que je suis ici.
Qui dois-je annoncer ?
Ali Bey.
C'est du javanais ?
Rien, Monsieur.
On m'a demandé d'annoncer qu'Ali Bey est ici
en personne.
Merci. Dites-lui que j'arrive dans un instant.
Madame sera enchantée de vous recevoir dans un instant.
Je dois expliquer mon avance.
Aucune explication n'est nécessaire.
Ma cape, Karl.
J'ai découvert par hasard où Madame logeait.
L'idée d'attendre encore une heure était insupportable.
Mon homme attend si vous êtes prête.
Je le suis.
Si vous permettez, que votre valet ne veille pas.
On rentrera tard.
Je ne veille jamais après 10 heures.
- Bonsoir, Karl. - Bonsoir, Madame.
J'ignore pourquoi vous êtes à Constantinople.
Faut-il une raison ?
La mienne est claire.
Vous êtes extrêmement belle.
Et perdre votre temps avec moi...
Je ne pense pas perdre mon temps.
Exactement. Alors ?
Je ne sais pas par où commencer.
Je peux vous aider.
Vous êtes allemande, non ?
J'ai vécu en Allemagne. Je n'y suis pas née.
Mais vous aimez l'Allemagne ? Vous voulez sa victoire ?
Pas particulièrement.
Peu m'importe qui gagne la guerre.
J'aimerais qu'elle finisse.
Tout le monde aimerait qu'elle finisse de la bonne façon.
Oui, c'est le problème.
Les bonnes façons sont toutes très différentes.
Votre valet ?
Ce n'est pas seulement votre valet.
Votre intuition est remarquable.
La situation n'est pas difficile à saisir.
Ne devrions-nous pas
nous retirer dans un salon privé ?
- Si vous y tenez. - En effet.
C'est réservé.
Quelle rapidité ! Des gens viennent d'arriver.
La dame m'est inconnue, mais lui, c'est Ali Bey,
commandant en chef des Dardanelles.
Rien que ça ! J'ai un message...
- Je le remettrai. - Je m'en charge.
- Désolé. - Vous allez le regretter !
Que se passe t-il ?
On a été obligés de convaincre un infidèle de partir.
Faites moins de bruit la prochaine fois.
- Qu'y a-t-il ? - Rien.
Beaucoup de bruit pour rien.
- Au moins, ce n'était pas votre valet. - Vous êtes soulagée ?
Oui, je détesterais être responsable d'un désagrément.
Ce valet, que signifie-t-il pour vous ?
- Il m'amuse pour le moment. - Je vois.
Pourrais-je vous amuser... pour le moment ?
Vous savez que j'ai découvert
que vous vous êtes assise devant moi aujourd'hui
pour attirer mon attention.
Je savais que vous le découvririez.
Pourquoi vouloir me rencontrer ?
Vous êtes vraiment très modeste.
Beaucoup de femmes veulent vous rencontrer.
Pas des femmes telles que vous.
Pourquoi avoir voulu me rencontrer ?
Vous tenez à le savoir ?
Pardonnez-moi.
Une dépêche urgente.
Veuillez m'excuser.
D'après nos agents, la célèbre Fräulein Doctor
probablement à Istanbul.
Inspection de nos plans uniquement par canaux officiel.
Utilisez code 4 B pour tout document.
Le commandant en chef d'Istanbul
Je le verrai demain à 4 heures.
Qu'on ne me dérange pas.
Alors, pourquoi avoir provoqué notre rencontre ?
Vous êtes très important.
Parce que je suis riche ?
Ou parce que je commande les Dardanelles ?
Les Dardanelles sont si importantes ?
C'est l'une des plus puissantes défenses du monde.
Pourquoi sont-elles si puissantes ?
Ceci, ma chère, est un secret.
Un tel secret vaut des millions.
Pourquoi ça ?
La chute des Dardanelles pourrait mettre fin à là guerre.
Cela sauverait des millions de vies et de livres sterling.
Vous ai-je dit que vous étiez très belle ?
Ma conversation vous ennuie ?
Ma chère amie !
Vous ne pourriez jamais m'ennuyer.
Que pensez-vous de mes idées ?
Ce sont des idées très bizarres
pour le commandant des Dardanelles.
Est-ce un reproche ?
Je ne pourrais vous faire aucun reproche, même mérité.
Et je serais extrêmement flatté
que vous fassiez de même avec moi.
Je serai aussi généreuse que vous.
J'en suis sûr.
Que diriez-vous de dîner chez moi, à la Citadelle, demain soir ?
Dites-moi.
Demain soir, alors.
Du dîner... jusqu'à l'aube ?
J'ai hâte de mieux connaître vos idées.
Demain soir, alors.
Quand êtes-vous arrivé ?
Récemment, Madame.
Herr Von Sturm est avec vous ?
Quand arrive-t-il ?
Demain matin.
Pourquoi n'ai-je pas été prévenue ?
Ordres d'Herr Von Sturm, Madame.
Très bien.
Restez là en attendant mes ordres.
Douglass ?
Navré de te déranger.
Je n'arrivais pas à dormir.
J'espérais que tu ne dormirais pas.
As-tu vu ton oncle ?
Non. Que s'est-il passé ?
Rien, j'avais cru voir une amie. Je me trompais.
J'ai eu ça en tentant de m'en sortir.
Tu es blessé ?
On m'a jeté hors du restaurant mais je me suis excusé.
Tu n'as pas vu ton oncle, étonnant.
Il t'a envoyé un messager de marque.
Le commandant en chef des Dardanelles.
Il l'a envoyé parce que le Sultan
était pris !
Tu n'es pas venue voir ton oncle.
Il n'y a pas d'oncle.
Tu es venue voir cet homme, Ali Bey.
Tu dois me faire confiance.
J'essaie de te taire confiance. Es-tu amoureuse de lui ?
Tu sais que non.
À présent, je ne sais plus rien.
L'aimes-tu ?
C'est toi que j'aime, personne d'autre.
Je n'ai jamais voulu aimer que toi.
Alors pourquoi...
Cet homme est le plus important militaire de Constantinople ?
Tu es une espionne ?
Réponds-moi ! Je veux savoir !
Ou es-tu juste venue le voir pour...
Je suis une espionne.
Je suis en mission très importante.
Probablement la plus importante de la guerre pour mon pays.
Essaie de comprendre.
Je suis content de savoir.
Moi aussi.
S'ils le découvraient ?
Une espionne ! Ils te tueraient !
On doit partir.
Non, mon chéri.
Je suis allemande. On est en guerre.
Tu n'es pas allemande, tu es à moi. Tu es américaine.
Un jour, Douglass.
Mais actuellement,
je me bats pour mon pays comme tu te battrais pour le tien.
Comprends-le.
Tu es une femme courageuse.
Plus courageuse que tu ne crois.
Car si je perds, je perdrai bien plus que ma vie.
Je te perdrai.
Au nom des élèves du lycée Claremont,
cher Dr Smithers,
j'ai le grand plaisir de vous offrir cette valise.
Un discours !
Merci, chers, très chers élèves.
Dieu que je t'aime, chérie !
Elles sont magnifiques.
Je vais te dire.
Je préférerais de loin te savoir à Pittsburgh.
Je suis désolé.
Arrête !
Commande le petit-déjeuner.
C'est d'un conventionnel...
Parfaitement !
Je m'habille et je te rejoins.
J'attends les ordres de Madame.
Chocolat et petits pains pour deux.
Quoi ?
Peu importe ce que vous croyez. Pour deux.
L'insolent !
J'ai commandé, Madame.
Mais Madame devrait faire attention à sa ligne.
Personne ne s'en est jamais plaint.
Madame est parfaite.
La cuisine doit être juste à côté.
Pour Mme Bohlen.
Par ici.
Tenez.
Ne jamais tendre la main !
Bonjour.
Quelle belle journée.
Chéri, comme c'est gentil. Merci.
- Madame désire ? - Madame désire.
Ça doit venir de ton ami turc.
Oui, de la part d'Ali Bey.
"Dans l'attente d'un dîner heureux."
Je dîne avec lui ce soir.
Allons, tu as promis.
C'est vrai, j'ai promis. Je ne dis plus un mot.
Qu'est-ce que c'est ?
"Jusqu'à l'aube."
Ça doit-être épuisant d'écrire ça à toutes les femmes.
Je ne trouve pas ça drôle.
Il n'y a pas de quoi s'énerver.
Je pense que si.
L'affaire importante à laquelle il est mêlé,
il en connaît l'importance ?
Il sait que rien ne t'arrêtera pour remplir ta mission.
Tu n'iras pas, bien sûr. Pas après ça.
Je le dois.
Tu ne peux pas !
Il le faut. C'est la guerre.
Je sais ce qu'est la guerre. On se bat, on tue et on est tué.
On n'utilise pas les femmes.
On se bat comme on peut. On utilise toutes les armes.
Je vois. Et si nécessaire, s'il n'y a pas d'autre moyen...
Si Ali Bey...
Tu es prête à aller au bout ?
- Je ne sais pas. - Tu ne sais pas ?
Je sais que quoi qu'il arrive, je t'aime.
À combien d'hommes as-tu dit ça ?
Je suis désolé.
Contente de l'entendre.
Peu m'importe ce que tu as été,
ta vie a commencé en même temps que la mienne,
à notre rencontre.
Quoi que nous fassions désormais, c'est notre vie.
Ne la détruis pas.
Tu ne comprends pas.
C'est toi qui ne comprends pas ! M'aimes-tu ?
Oui, je t'aime !
Je n'aurais jamais pensé connaître un aussi bel amour.
Je pensais avoir perdu le droit à l'amour.
C'est ce que je désire plus que tout.
Mais je ne peux pas renoncer à tout le reste.
Déserter !
Tu essaies de justifier tes actes.
Il me serait très facile de te mentir.
La vérité prouve l'honnêteté de mon amour.
Je veux ton amour, pas la preuve de son honnêteté.
Un amour honnête n'a pas à être prouvé.
Où vas-tu ?
Prendre le premier bateau en partance.
Viens-tu avec moi ?
Des millions d'Allemands meurent pour leur pays.
Je peux les aider.
Donne-moi un jour ou deux.
Jusqu'à l'aube, hein ?
Si je ne t'avais pas connu, ça aurait été si simple.
Si tu me quittes, ma vie sera vide. Ne me fais pas ça.
Viens-tu avec moi ?
- Je ne peux pas. - Bien sûr que si !
Tu peux venir et rester avec moi pour toujours.
Ou tu peux rester ici, et avoir ton dîner et ton aube.
Alors ?
Tu me fais pitié.
La chambre 24.
Douglass Beall, l'Américain du train ?
Je veux qu'il soit arrêté.
Il est dans l'hôtel ou en chemin pour prendre le bateau.
Il est entré en Turquie illégalement sur mon passeport,
à votre place.
Faites-le interpeller. Vous recevrez mes instructions.
Petit-déjeuner pour deux.
Je n'en veux pas maintenant. Remportez-le.
Mme Bohlen, puis-je ?
Comment allez-vous ? Entrez.
Quel plaisir.
Vous êtes en beauté, ma chère.
Comment fonctionne l'espionnage turc ?
Comme ci comme ça.
Le calife pacha est assez idiot, non ?
Il a un système, un système oriental.
Ils font quelques arrestations.
Ils sont très fiers de l'arrestation d'un Français, Graussin.
Coupable, j'espère. On l'exécute la semaine prochaine.
Vous vous souvenez de Beall, l'Américain ?
Karl vous en a parlé.
Je viens d'ordonner à Karl de le faire arrêter.
Je sais.
Arrangez-vous pour que des documents
prouvant que c'est un agent anglais
soient trouvés sur lui.
Pourquoi ?
Je veux qu'il soit exécuté ce soir.
Exécuté ? Ma chère, même s'il était coupable,
il est américain. On a assez provoqué son pays.
Je n'ai pas été assez claire.
- Ce Français... - Graussin ?
Son exécution pourrait être avancée à ce soir ?
Ça peut s'arranger.
Je veux qu'Ali Bey pense
que c'est l'Américain qui est exécuté.
Mais vous lui aurez substitué Graussin.
Ali Bey connaît votre liaison ?
Je vois. Et je vous croyais amoureuse de Beall.
C'est ce qu'il a cru.
Fräulein Doctor, mes compliments.
Gardez ça pour plus tard.
Je n'ai pas encore gagné la confiance d'Ali Bey.
Dire que j'étais venu ici...
Oui, je sais.
Vous croyiez que j'avais oublié pourquoi j'étais ici.
Vous veillerez à ce que tout se passe ainsi ?
Je vous l'assure.
S'il arrive quelque chose à cet Américain, ça nous nuira.
Il ne lui arrivera rien.
Quand ce sera terminé,
j'aimerais qu'on me le livre sain et sauf.
Je vais présenter mes respects à Ali Bey.
Il saura que je vous ai vue.
Excellence ! Herr Von Sturm de Berlin attend dans votre bureau.
Très bien.
Ravi de vous rencontrer.
Merci. Avez-vous fait bon voyage ?
Très bon, merci.
Vous êtes très occupé. Je ne veux pas vous retarder.
Pas du tout.
Trop aimable.
J'attendrai demain pour parler du sujet qui m'amène.
Quelle heure vous conviendrait ?
10 heures du matin ?
Je serai là à 10 heures.
On m'a informé que vous avez dîné
hier soir avec une certaine Helena Bohlen.
Je viens de lui rendre visite.
Entre nous, je pense que c'est une espionne anglaise.
C'est très étrange.
Entre nous, Herr Von Sturm,
j'avais l'impression que c'était un agent allemand.
En fait, j'avais dans l'idée
que c'était la célèbre Fräulein Doctor.
Incroyable !
Fräulein Doctor se trouve bien ici pour une mission importante.
Je peux même vous dire
que c'est elle qui m'a indiqué
que Mme Bohlen était peut-être l'espionne britannique.
Très intéressant.
Simple soupçon, mais je vous en informe.
- À 1O h, alors ? - A 1O h.
Son Excellence attend Madame.
Je suis sincèrement honoré.
Vous êtes très belle, ce soir.
Votre Excellence...
Je dois vous parler, vous pouvez m'être d'un grand secours.
L'homme que j'aime a été arrêté comme espion.
L'Américain ?
On doit l'exécuter ce soir.
Vous devez le sauver !
Vous disiez tenir à moi.
Si je compte un peu pour vous, je vous en prie, aidez-le.
Il complotait contre mon pays.
Je ferai n'importe quoi pour le sauver.
N'ayez pas trop d'espoir. Attendez ici.
Un Américain doit être exécuté ?
Oui, Excellence. L'Américain vu avec Mme Bohlen.
Je l'ignorais.
La dépêche vient d'arriver. Vous ne vouliez pas être dérangé.
- Les charges ? - Espionnage.
Ces papiers ne laissaient aucun doute.
- Quand doit-il être exécuté ? - Ce soir.
Faites-le exécuter sur-le-champ dans la cour.
Ce sera tout.
Je suis navré, il n'y a rien à faire.
Les preuves étaient trop accablantes.
Ma chère, je comprends...
Laissez-moi tranquille.
Je n'ai rien à voir avec ça.
Je n'étais même pas au courant.
Est-il juste de me faire porter le poids de votre malheur ?
Je l'aime.
Je sais.
Je le sais depuis le début de... nos relations.
Je ne voulais pas l'aimer.
J'étais venue ici pour autre chose.
- Mais je l'ai aimé. - Je comprends.
Croyez-moi, je comprends.
C'est terrible de voir ceux qu'on aime
aller à leur perte sans pouvoir les aider.
Si vous étiez un agent allemand...
La célèbre Fräulein Doctor est à Constantinople.
Un seul mot d'elle
sauverait cet homme.
Ce serait si facile de le sauver si vous étiez
Fräulein Doctor.
Si seulement j'étais elle !
C'est l'Américain
et son escorte.
Intervenez si vous avez un cœur !
Je suis désolé.
C'était un espion et il va mourir en espion.
De grâce !
Il faut être courageuse.
Je suppose.
Je ne dois pas oublier mon travail.
C'est tout ce qui compte, mes affaires, n'est-ce pas ?
Avec vous.
Exactement. Alors, K-6 ?
Nous aimerions connaître
l'emplacement des mines protégeant les Détroits.
Les conditions ?
100 000 livres sterling déposées sur votre compte
à la banque d'Angleterre, à un nom choisi d'un commun accord.
Alvin Day.
Alvin Day.
Et si les Anglais prennent Istanbul,
il y aura 200 000 livres de plus.
L'accord est satisfaisant. La méthode de transmission ?
Avez-vous un stylo ?
Vous êtes toujours prête pour tout.
Il le faut.
Comprenez que le dernier payement est pour la reddition complète.
C'est ce qui est convenu.
Vous êtes très belle.
Nous pouvons nous dispenser de ça.
Indiquez les défenses sous-marines et terrestres.
Je veux sortir du pays avant l'aube.
Vous aurez une escorte.
En temps normal, ça suffirait.
Mais Herr Von Sturm,
chef du contre-espionnage allemand, est ici.
Il m'a rendu visite ce matin.
Je sais, il est venu me voir aussi.
En venant, je l'ai vu entrer avec un de vos officiers.
Il a pu me voir.
Ne vous inquiétez pas. On peut se charger de lui.
Je crois que vous le sous-estimez.
C'est un renard, il est très rusé.
S'il me voyait partir sous escorte,
ses soupçons seraient confirmés.
Si vous pouviez... le retenir,
arranger quelque chose avec lui...
Mais certainement. C'est simple.
Je vais le faire venir ici.
Je trouverai des sujets à discuter
pendant que vous irez à la frontière.
Pardonnez-moi.
Ameel !
Herr Von Sturm est dans la Citadelle. Dites-lui de venir immédiatement.
- Il ne doit pas me voir. - Non.
La mine numéro 1 est à 150 mètres de la bouée du canal rouge,
direction : 197 degrés magnétiques.
J'avais espéré une intimité différente entre nous.
Vous croyez que vous n'aimerez plus jamais,
mais plus tard peut-être, après la guerre...
Peut-être.
Herr Von Sturm est ici.
Qu'il patiente un moment.
La guerre ne durera pas éternellement, et vous et moi...
Un rendez-vous peut-être, à la banque d'Angleterre ?
On ne pourrait être plus pragmatique.
Voilà.
Vos compatriotes peuvent déjà se considérer à Istanbul.
La prochaine fois, j'espère faire l'inverse.
Ordonnance !
Conduisez Madame à ma voiture. Qu'on l'emmène où elle désire.
Adieu, Votre Excellence.
Pas "adieu". Au revoir.
- Faites entrer Herr Von Sturm. - Mais...
Faites-le entrer.
Qu'est-ce ?
Votre charmante invitée est mon agent.
Elle vous a poussé à me convoquer.
C'est un affront impardonnable.
Votre Excellence, considérez-vous en état d'arrestation.
Herr Von Sturm porte une accusation grave.
S'il ne peut la prouver,
son gouvernement et lui seront dans l'embarras.
Quelle accusation ?
Haute trahison.
Absurde !
Je peux peut-être vous éclairer.
J'ai des ordres !
- Fräulein Doctor. - Elle n'existe pas.
Une invention pour effrayer les traîtres.
Alors, cette preuve ?
Avec plaisir.
Karl.
- C'est ici ? - Oui ?
Apparemment, ses accusations vont être étayées
par de la magie noire.
La seule chose magique, c'est la rapidité du résultat.
Insinuer que j'ai un rapport avec le tatouage de Madame
est idiot et malveillant.
Votre passion des lettres a causé votre perte.
C'est le malheur des traîtres,
de sous-estimer l'intelligence des hommes honnêtes.
Nos accusations reposent sur la validité de ce document.
Votre Excellence passera en cour martiale demain matin.
J'ai connu beaucoup de femmes,
des femmes néfastes, méprisables, faciles,
mais jamais quelqu'un comme vous.
Merci, Excellence.
Aucune femme n'enverrait son aimé à la mort
quand un seul mot l'aurait sauvé.
Il fallait être un monstre.
Vous faites erreur, Excellence.
Ce n'est pas Douglass Beall qui a été exécuté.
C'est absurde.
Dites-lui la vérité, Herr Von Sturm.
Dites-lui !
Dites-lui que vous avez substitué Graussin à Douglass Beall.
Comme promis.
Je ne peux pas.
Je suis désolé.
C'était impossible.
Messieurs, je suis prêt.
Herr Von Sturm, je veux vous parler.
Oui, Excellence.
Je reviens dans un instant.
Pourquoi ne l'avez-vous pas sauvé ?
Il fallait vous adresser à moi, j'aurais arrangé ceci.
Je l'ai sauvé par le biais du consulat américain.
Actuellement contre son gré, je l'avoue,
ce jeune homme descend le Bosphore sur un paquebot grec.
Mais elle ?
J'avais peur qu'elle soit vraiment amoureuse de lui.
Nous avons du travail pour elle.
L'expérience nous a hélas appris
qu'une espionne amoureuse
n'est plus d'aucune utilité.
Cependant, ne vous inquiétez pas
pour elle.
C'est une vraie patriote, une femme forte.
Elle tiendra bon.
Je comprends.
Le haut commandement sera informé de votre travail.
Croyez-moi, ma chère, je ne puis vous dire
à quel point je regrette.
S'il y avait eu une autre solution...
La meilleure façon de se remettre, c'est de retravailler au plus vite.
J'ai une mission très importante pour vous.
Petrograd elle-même.
Elle-même...
L'affaire est très compliquée.
Elle requiert le plus grand doigté.
Nous nous verrons à la gare ce soir.
C'est ça.
Nous nous dirons au revoir à la gare.
Si je vous dis au revoir, ici...
Bien sûr.
Ce n'était pas une passade, c'était pour toujours.
Fräulein Doctor....
Des millions de femmes sont endeuillées.
Après tout, nous sommes en guerre.
Je sais ce que la guerre signifie.
On tire et on nous tire dessus.
On tue et on est tué.
On n'utilise pas les femmes comme armes.
Elle a perdu l'esprit.
S'il n'y a pas de monastère là-bas...
il y a bien un monastère quelque part.
Douglass !
Vous voyez, je vous avais dit qu'il viendrait.
Ma chérie...
Ma sœur, ouvrez la grille.
Elle a été souffrante.
Je sais. Est-elle...
Ça va aller, maintenant.
Mon chéri ! J'ai attendu si longtemps.
J'ai parcouru le monde à ta recherche.
Serre-moi fort.
Adaptation : Anne Trarieux
Désincrustation : unheimlich VideoSubFinder 4.30
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