All language subtitles for The Crime Is Mine (2023) [1080p] [BluRay] [YTS

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Original subtitles

Ah !

Ah !

Mademoiselle Pauline, je vous ordonne de m'ouvrir !

Je suis nue, monsieur Pistole,

je sors de mon bain.

Revenez un jour où Madeleine sera là.

Vous me devez plus de 3 000 francs de loyer

pour les cinq mois écoulés.

Alors, payez-les-moi ou je casse cette porte !

Je vais casser cette porte !

Oh, je vais casser la porte.

Tiens, voilà. Je casse la porte !

Entrez !

Ah bah tout de même !

Je vais vous expliquer.

Non, je suis pas là pour une explication,

je suis là pour un règlement ! - Asseyez-vous, s'il plaît.

- Oui. - Avez-vous une automobile, monsieur Pistole ?

Oui, une petite Citroën.

Car y a quand même des locataires qui me payent !

Bon. Vous est-il déjà arrivé

de la laisser deux mois de suite au garage ?

Oh, y a quatre ans, quand je me suis cassé la jambe.

- Oh ! Mon pauvre ! Laquelle ? - Celle-là.

Vous cherchez à détourner la conversation !

Pas du tout.

Durant ces deux mois, avez-vous payé vos impôts ?

Pas pour la voiture. Je les devais pas.

Eh bien, monsieur Pistole, pendant deux mois,

juillet et août, nous ne nous sommes pas servies de votre appartement.

Nous étions avec Madeleine à Pressigny-sur-Saône.

L'appartement est resté vide, comme qui dirait au garage.

Voilà donc déj 1 200 francs qu'il faut nous soustraire.

- Oh bah, ça fait... - Quoi ?

Je sais qu'au fond, vous êtes un brave homme,

mon cher monsieur Pistole, et je vous aime beaucoup.

Voilà pourquoi vous allez nous donner un peu de temps

pour les 1 000 francs que nous reconnaissons vous devoir.

- 3 000 francs ! - Monsieur Pistole,

je m'adresse à votre coeur et je lui dis...

Non, vous lui direz rien du tout !

Gardez vos plaidoiries d'avocat pour le palais, maître Mauléon.

Je ne suis pas sensible à l'éloquence.

En revanche vous avez raison, je suis un brave homme.

Aussi, je vais vous faire expulser au plus vite

avant que vous ne me deviez en plus

les 600 francs du mois prochain. - Attendez !

Savez-vous où est mon amie Madeleine en ce moment ?

Non, mais ça ne m'intéresse pas.

Eh bien, elle est allée rencontrer M. Montferrand !

C'est quoi ça Montferrand ?

Pfff ! Évidemment !

Sorti de l'immobilier, vous ne connaissez rien.

M. Montferrand est le plus grand producteur de théâtre de Lyon,

Paris, Bruxelles.

Figurez-vous qu'il a convoqué Madeleine

pour sa nouvelle pièce, Le Calvaire de Suzette !

Et dites-moi, depuis combien de temps

êtes-vous inscrite au barreau, vous ?

Un an.

Et depuis un an, vous n'avez encore jamais plaidé ?

Moi ? Je n'arrête pas. Voilà une demi-heure que je plaide !

Bon, écoutez, mademoiselle Pauline,

moi, je veux bien attendre encore 48 heures.

Mais si lundi vous m'apportez pas mes 3 000 francs...

- Ah, Madeleine ! - Ah !

Oh, Pistole, vous venez encore nous demander de l'argent ?

Oh, il ne manquerait plus que je vous en apporte !

Pourtant, on en aurait bien besoin.

- Ça n'a pas marché ? - Non.

Qu'est-ce que je vous disais ?

Bon, direction le commissariat.

Ce que les hommes peuvent être ignobles. Des cochons !

Oh, eh bien, je vous en prie ! Allez-y ! Insultez-moi !

Excusez-la, monsieur Pistole,

c'est normal qu'elle soit un peu nerveuse.

Oui, bien moi, je suis exaspéré !

Quatre fois

que je vous réclame mes loyers !

Quatre fois que vous vous fichez de moi !

- Il t'a pas offert de rôle ? - Si.

Une soubrette, 10 000 francs par mois.

10 000 francs ? Mais alors pourquoi cette tête ?

- À ton avis ? - Hum ?

Il m'a trouvée tellement à son goût

qu'il m'a proposé, en plus du rôle,

de le rejoindre deux fois par semaine pendant une heure.

- Au théâtre ? - Mais non, idiote !

Dans sa garçonnière, avenue Frochot.

Je comprends mieux !

Bon. 10 000 francs par mois pour deux heures par semaine,

ça fait plus de 1 000 francs l'heure.

Tu m'excuseras, mais je n'ai pas calculé.

En tout cas, j'ai refusé

et quand je me suis levée pour partir...

Quoi ?

Il s'est jeté sur moi.

Il m'a prise à bras-le-corps, il m'a embrassée...

j'ai crié, nous nous sommes battus.

- Mon Dieu ! - Il m'a renversée sur le divan.

Je l'ai mordu.

Il a poussé un hurlement.

Il avait un regard de fou, comme si ça l'amusait,

comme si je l'excitais.

Alors, j'ai couru de toutes mes forces et je me suis enfuie.

Ma pauvre Madeleine...

Quelle histoire !

Alors pourquoi tu n'arrives que maintenant ?

J'ai marché.

J'avais besoin de respirer, de réfléchir.

Je suis tellement écœurée, découragée !

Moi qui croyais enfin m'en sortir, avoir un vrai rôle,

dans une bonne pièce.

L'important, c'est que tu aies échappé

aux avances de cette ordure de Montferrand

et que tu aies refusé d'être sa maîtresse !

Tu n'as pas de rôle, d'accord,

mais toi, au moins, tu as un amoureux pour te consoler.

Oui, tu as raison, j'ai André.

Tellement différent.

Lui au moins, il n'a jamais pensé

à faire de moi sa maîtresse. - C'en est même inquiétant.

Tu crois vraiment qu'il a l'idée de t'épouser ?

Moi, je trouve qu'il aurait pu nous aider à payer le loyer.

Tu es folle. Il n'a pas le sou.

- Le fils des pneus Bonnard ? - Oui, son père a des millions.

Mais il ne lui donne que 2 000 francs par mois.

Mais alors, pourquoi ne travaille-t-il pas ?

Tu sais bien, André n'est pas un actif, ça l'ennuie.

Mais qu'est-ce que ça peut faire ?

J'en gagnerai de l'argent, moi.

Et puis il me le rendra à la mort de son père.

Son père est mourant ?

- Pas vraiment. - Ces fils de famille !

Tout le monde travaille autour d'eux.

Il n'y a qu'eux qui ne fichent rien.

Vraiment, pfff... - Pauline.

Nous avons fait la connaissance d'André ensemble

et c'est de moi dont il est tombé amoureux.

Je trouve mesquin de ta part de lui en garder rancune.

De toute façon, que je sorte avec toi

ou avec une autre, c'est jamais moi qu'on préfère.

- Tu exagères. - Non.

Y a les femmes qui sont nées pour les histoires d'amour

et celles à qui on vient les raconter.

C'est mon cas.

Je suis la confidente, comme dans les tragédies.

- André. - Bonjour, ma petite Madeleine.

Entrez. Pauline est là.

Mais ne vous en faites pas, elle s'en va ! Bonjour, André.

C'est pas moi qui vous fais partir au moins ?

- Oh, non, j'ai à faire. - Où vas-tu ?

Chez Boutrin, l'homme d'affaires véreux du 2e étage.

La concierge m'a dit qu'il allait être arrêté,

il va sûrement avoir besoin d'un avocat !

Méfie-toi, il a peut-être un divan chez lui.

Ne t'en fais pas, je sais mordre moi aussi !

Suivez-moi n'ayez pas peur.

C'est quoi cette histoire de mordre et de divan ?

Oh, rien qui vous concerne, heureusement.

Ma petite Madeleine, chaque fois que je viens,

je suis ému comme un collégien.

Épris du désir de vous apporter que du bonheur.

Restez dans ces sentiments

et je serai la plus heureuse des femmes.

Et je désire encore mieux pour vous. Autre chose.

- Quoi donc, mon Dieu ? - Eh bien,

le luxe, le confort, la belle vie.

Quand je sonne, c'est vous qui venez ouvrir.

Ça me fait plaisir, parce que je vous vois vite,

mais tout de même !

Je n'ai pas besoin de domestiques

pour vous aimer, André.

On pensera à tout cela quand on sera riches.

Eh bien, Madeleine, on va l'être.

- Votre père est mort ? - Quoi ?

Mais non, le pauvre homme. - Je vous demande pardon.

Mon père est taillé pour vivre 100 ans.

Pour que l'argent vienne, il faut nous résigner

à nous y prendre autrement. - Nous résigner ?

Au vol ?

Au chantage ?

À la fausse monnaie ?

Mais non, vous avez de ces idées aujourd'hui !

Madeleine, mes affaires vont beaucoup plus mal

que ce vous croyez. J'ai 400 000 francs de dettes.

Je n'ai plus de crédit nulle part.

Papa me donne juste de quoi perdre aux courses.

La vie est devenue impossible. - Ah, oui, impossible !

Depuis deux mois que je vous aime,

je souffre de me contraindre, de me surveiller sans cesse,

de m'imposer une réserve. - Elle ne me déplaît pas.

Moi, elle m'exaspère. Tout mon coeur s'élance vers vous

et à chaque instant, il faut que je me retienne.

Et pourquoi donc ?

Je veux pas vous entraîner dans mes ennuis

et je ne me sens pas de prendre la vie d'une femme

si je ne peux pas la lui assurer.

C'est un sentiment très délicat,

mais l'idée de travailler, ça vous a jamais traversé l'esprit ?

Quoi ? Les pneus Bonnard ? Ah, non !

Ça fait 26 ans que j'en entends parler ! Qu'ils crèvent !

Y a pas que les pneus dans la vie.

Bien sûr. Mais je ne me sens qu'une vocation :

celle de vous aimer.

Évidemment, elle n'est pas très lucrative.

C'est pourquoi je ne vois qu'une seule issue.

Laquelle ?

Le beau mariage.

Quoi ?

Avec une certaine Berthe Courteil,

qui a cinq millions de dot.

Si je l'épouse, mon père me rend son estime,

il me paie toutes mes dettes

et il met un autre million dans la corbeille.

Qu'est-ce que vous dites de ça ?

EÉcoutez, André, vous perdez la raison.

Invitez-moi à votre mariage pendant que vous y êtes.

Mais, Madeleine, c'est vous qui perdez la raison.

Qu'est-ce que ça peut vous faire que je me marie,

du moment que c'est vous que j'aime ?

Je vais pas vous imposer de prendre un amant riche.

Je trouve plus élégant de me sacrifier, moi.

Je vais vous montrer ma fiancée.

Enfin, celle qu'il est question que j'épouse.

Vous avez déjà sa photo sur vous ?

Mais je l'ai apportée exprès pour vous rassurer.

Regardez-la et regardez-vous.

Croyez-vous possible que je tombe amoureux de ça ?

La pauvre.

Trois semaines de voyage de noces.

Même pas ! Je m'en tirerai avec 15 jours.

Je reviens et nous organisons notre nouvelle existence.

- Notre nouvelle existence ? - Oui, le plus vite possible,

vous quittez ce petit logement pour vous installer à Passy.

- Passy ? - Les Courteil ont un immeuble avenue Henri-Martin !

- Les Courteil ? - Mes futurs beaux-parents.

Ils nous donnent le 5e étage !

Pas de loyer, encore un avantage !

Nous serons à cinq minutes l'un de l'autre.

Je viendrai vous voir régulièrement,

nous prendrons ensemble au moins un repas par jour.

La vie rêvée ! - La vie rêvée ?

Oui. Enfin, je vais pouvoir vous aimer sans scrupule,

sans arrière-pensée.

Qu'est-ce que vous faites ce soir ?

Rien de spécial.

Moi, je dîne chez les Courteil,

mais après, j'aurai envie de vous voir !

Et d'oublier dans vos bras

le sacrifice que je fais pour vous.

Ma chérie !

Vous voulez pas que je vous embrasse ?

Je ne voudrais pas vous mettre en retard pour ce dîner.

Oh, oui, mon Dieu !

Je peux être là 9 h 30, ça vous va ?

- Hum-hum. - Alors, à tout l'heure ?

À tout à l'heure.

Je vous adore !

Ah ! À tout à l'heure, mademoiselle Pauline !

Je viens de croiser André dans l'escalier, il était radieux.

Il n'a pas de raison d'être triste,

il épouse cinq millions et me prend comme maîtresse.

Qu'est-ce que tu dis ?

Je dis qu'André est le dernier des goujats, tu avais raison !

Je suis une imbécile d'aimer cet homme.

- Madeleine ! - Pauline, si je m'écoutais,

je me supprimerais. - Qu'est-ce que tu dis ?

Tu es folle ? - Mais non !

J'ai l'impression d'être sur un quai de gare

et que le train ne partira jamais !

Il y a 24 ans que je n'arrive pas à être heureuse.

Cinq ans que ma carrière d'actrice piétine.

Ma patience a des limites.

qui s'apprend patiemment. >»

Si tu te rendais compte de ce qu'est notre existence,

toi aussi, tu en finirais. - Excuse-moi,

mais je n'ai pas tes raisons de vouloir en finir.

Pas mes raisons ? Il t'a bien reçue, ton Boutrin ?

Il m'a confirmé qu'il allait être arrêté,

mais je suis le 14e avocat à lui proposer mes services.

Il est assailli de demandes ! - Tu vois ! Et tes amours ?

En jachère.

Et tu veux toujours continuer à vivre ?

J'aimerai bien essayer encore un peu !

Soyons lucides, Pauline.

Je suis une mauvaise actrice, toi une mauvaise avocate.

Et personne ne nous aime vraiment.

Plus un sou, aucune situation. Nous devons cinq loyers.

Demain, nous serons à la rue.

Madeleine.

Mais qu'est-ce que tu fais ? - Soyons raisonnables.

Tuons-nous ! - Tu m'embêtes à la fin.

Il fait beau, je rentre tranquille,

je nous rapporte deux sandwiches. - À quoi ?

Jambon-beurre. Et toi, tu me dis : »?

Tu es trop despotique à la fin.

Pardon, Pauline.

Mais j'ai tellement de chagrin.

Gaz ou électricité : dernière sommation avant saisie.

- Bonjour. - Bonjour, mademoiselle.

Vous êtes bien mademoiselle Madeleine Verdier ?

Non, la voici.

Qu'est-ce qu'on vous doit à vous ?

Je ne suis pas un créancier, mademoiselle.

Je me présente. Monsieur Brun, inspecteur de la sûreté.

Mademoiselle, vous aviez bien rendez-vous aujourd'hui à 2 h

chez M. Montferrand, à Neuilly ? - Oui.

Et vous avez été reçue par M. Montferrand lui-même ?

Mais oui, pourquoi ?

M. Montferrand est mort entre 15 h et 15 h 15.

- Quoi ? - Montferrand est mort ?

Vous ne le saviez pas ?

Comment voulez-vous que je le sache ?

- De quoi est-il mort ? - Une congestion à coup sûr !

Pourquoi dites-vous ça ?

C'est un homme tellement sanguin, excité !

Hum... Vous le connaissiez bien ?

Je ne l'ai vu que deux fois, mais ça suffit pour se rendre compte.

M. Montferrand est peut-être mort d'une congestion,

mais elle s'est compliquée d'une balle,

qu'il a reçue dans la tête.

Eh bien, il ne l'a pas volée sa balle !

Madeleine !

Vous le détestiez à ce point ?

Mais pas du tout ! Elle dit ça comme ça !

Parce que Montferrand lui avait proposé un rôle

dans sa prochaine pièce. Mais il n'a pas tenu sa parole.

Voilà, c'est tout.

Le portefeuille de la victime a aussi disparu.

Une somme de 300 000 francs,

versée à Montferrand le matin même,

en présence de son comptable,

n'a pas été retrouvée.

Le vol semble le mobile du crime.

Mademoiselle, quand vous avez quitté Montferrand,

vous a-t-il dit qu'il attendait quelqu'un ?

Non.

Notre conversation a été vite interrompue.

Pourquoi ?

J'étais pressée. La nuit tombait.

À 2 h 20?

Nous n'avions plus rien à nous dire.

C'est donc ça.

Il me reste à m'excuser, mesdemoiselles.

Toutefois, il est possible que nous vous dérangions à nouveau.

Mademoiselle Verdier surtout.

En qualité de témoin, je vous serais obligé

de ne pas quitter Paris ces jours-ci.

Mesdemoiselles. - Au revoir, monsieur.

Alors, à très bientôt.

Quand je te disais

que nous allions avoir des jours meilleurs !

- Tu veux rire ? - Mais non, Madeleine !

Un homme veut abuser de toi.

Une heure après, il est retrouvé mort assassiné.

Dieu est avec toi, c'est évident.

- Tu crois ? - Mais oui !

Tu vas être convoquée au palais de justice,

les témoins gagnent 12 francs par jour.

C'est déjà ça. Et puis, au tribunal,

on va parler de toi, tu vas parler.

Ton nom sera dans les journaux ! - Tu parles d'une publicité.

Ils sont pas mauvais, ces sandwichs.

Tu les as achetés où ? - Chez Pascaud,

rue Monsieur-le-Prince. - Hum !

Alors, ça va mieux ? Tu n'as plus envie de mourir ?

Non. Mets ton chapeau.

Où allons-nous ?

Au cinéma.

Tu ne devais pas retrouver André ?

Il croit que je ne suis bonne

qu'à être une maîtresse qu'on voit en cachette ?

Eh bien, c'est fini,

il ne me reverra plus.

C'est décidé Pauline, je vais avoir du succès,

de l'argent, de la considération,

être une grande actrice célèbre

et alors on m'épousera si je veux !

- Qu'est-ce que c'est ? - Bonsoir, madame.

Inspecteur de sûreté. - La police ?

J'ai juste quelques questions à vous poser

au sujet des demoiselles du 6e étage.

Ça m'étonne pas ! Entrez, monsieur.

Y a toujours eu des allées et venues dans l'immeuble.

Oh, dépêche-toi !

L'Intransigeant,

messieurs-dames ! En exclusivité,

les dernières révélations

sur le meurtre du célèbre producteur Montferrand !

L'Intransigeant ! L'Intransigeant !

Merci, madame. L'Intransigeant !

J'ai pensé que ça pouvait être

une pièce à conviction importante.

En effet. C'est remarquable.

Je vous félicite, monsieur Brun.

Et son amie qui habite avec elle ?

Mademoiselle... - Pauline Mauléon.

Oui, Pauline Mauléon.

Quelle a été son attitude durant votre entretien ?

À deux reprises, elle a empêché Mlle Verdier de parler.

Complicité morale évidente.

Mais c'est inouï.

Une jeune fille d'une vingtaine d'années, instruite, jolie.

Vous m'avez bien dit qu'elle était jolie ?

Très jolie. Actrice !

Mais qui va chez un producteur pour l'assassiner et le voler !

Qu'est-ce que vous avez, Trapu ?

Non, rien, monsieur le juge.

Vu l'état de l'appartement,

elles sont clairement dans la misère.

Mais je ne comprends pas,

elle n'est pas fiancée, cette petite ?

D'après la concierge... Mme Jus,

un certain André Bonnard

vient la voir de temps en temps.

Mais il y aurait eu rupture le jour même du crime !

D'après la concierge.

- Tiens, tiens, tiens. - Et puis il y a la déposition

du valet de chambre de Montferrand !

Mais où elle est, cette déposition, Trapu ?

- Bah... - Oh, c'est pas possible.

La voici.

Alors... à 2 h, il a introduit Madeleine Verdier

chez la victime, M. Montferrand.

À 2 h 20, il est sorti faire une course,

et à 3 h 30, en rentrant, il a trouvé M. Montferrand

avec une balle dans la tête.

Alors qu'est-ce que vous pensez de ça, Trapu ?

Montferrand est un vieux libertin,

qui avait des maîtresses à n'en plus finir,

et nous sommes en présence d'un drame de la jalousie classique,

un mari outragé qui... - Un mari outragé

qui vient tuer l'amant de sa femme ?

- Oui, c'est possible ! - Et qui lui prend

son portefeuille avec 300 000 francs ?

Enfin, mais soyez raisonnable, Trapu !

Monsieur le juge me demande mon avis.

Eh bien, c'était une erreur.

D'ailleurs, ma conviction est à peu près faite.

Je pense comme vous, mon cher Brun.

Je pense qu'il y a là une série de coïncidences

qui sont plus que fâcheuses pour cette jeune fille.

À quelle heure est-elle convoquée ?

À 4 h 15, monsieur le juge.

Elle sera là dans 15 minutes.

Si je peux exprimer mon avis.

Bon, je me retire.

Vous n'avez plus besoin de moi, monsieur le juge ?

Pas pour l'instant, monsieur Brun.

Montferrand assassiné samedi,

nous sommes aujourd'hui mardi et nous tenons le coupable.

Enfin, la coupable.

Voilà une affaire rondement menée !

Si on veut.

Mais qu'est-ce que vous avez aujourd'hui, Trapu ?

C'est encore votre vessie ?

Non, monsieur le juge. De ce côté,

je constate une nette amélioration.

Tant mieux.

Si je partage pas votre enthousiasme,

c'est que l'accumulation des charges

que vous supposez contre cette jeune fille

me fait redouter une dernière

et retentissante erreur judiciaire.

Je vous remercie de votre sollicitude, Trapu.

Mais cette fois, je serai circonspect.

Je lutterai farouchement contre mes idées personnelles

et je n'inculperai qu'à bon escient.

Dispensez-moi donc de vos inquiétudes

et faites entrer M. Palmarède.

Enfin, monsieur le juge, vous êtes sûr de vouloir l'entendre ?

Puisque je vous dis que je serai impartial, Trapu.

Monsieur Palmarède.

Ah ! Mon Gustave !

Tiens ! Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

Tu m'embrasses plus ?

Ce n'est pas l'ami que tu as devant toi aujourd'hui,

mais c'est le juge d'instruction.

Oh ! Allons donc ! Et comment va ta femme ?

Ça ne te regarde pas.

Assieds-toi et réponds à mes questions.

À ta guise.

Tu connaissais Montferrand, n'est-ce pas ?

Mais oui, tu le sais bien.

Et en avril dernier, tu as bien acheté à Montferrand

une propriété à Neuilly, en bordure de Seine,

évaluée à huit millions ?

Oui.

Un accord est intervenu entre vous,

au terme duquel tu devais le payer

en lui assurant une rente viagère

de 500 000 francs par an.

Mais pourquoi regardes-tu tes notes ?

C'est moi qui t'ai raconté ça !

Montferrand n'avait que 62 ans

et une robuste constitution.

Y avait donc toutes les chances

que tu lui payes sa rente encore longtemps.

Oui, j'avoue que sa mort soudaine

est l'un des évènements les plus heureux de ma vie.

Je ne te le fais pas dire.

Gustave, où veux-tu en venir ?

Aucun être au monde n'avait plus d'intérêt que toi

à ce que Montferrand disparaisse.

En conséquence, je ne saurais poursuivre

l'instruction de cette affaire

sans te demander ton emploi du temps,

samedi dernier, jour du crime.

Samedi dernier.

Je... je déjeunais chez toi.

Tu as des témoins ?

Toi !

Moi ? Ça ne compte pas,

puisque je ne peux pas m'interroger moi-même.

Ah !

Bah... ta femme, la mienne,

tes domestiques, le concierge.

Soit. Je les convoquerai.

Convoque aussi ton chien !

Il pourra témoigner,

il est resté couché à mes pieds pendant tout le repas.

Pas d'ironie, monsieur !

- Donc, tu as déjeuné chez moi. - Eh, oui.

Tapez, greffier !

À quel moment m'as-tu quitté ?

Bah... 5 h 30, non ? Mais souviens-toi,

nous avons joué au bridge tout l'après-midi.

- Tu en es sûr ? - Rabusset, tu deviens gâteux ?

»

Mais enfin, n'écrivez pas ça, vous !

Et toi, mesure tes paroles.

Tu parles à un magistrat dans l'exercice de ses fonctions.

Mais enfin, monsieur le juge,

tu me soupçonnes d'avoir tué Montferrand ?

Mais je manquerais à tous mes devoirs

si je ne te soupçonnais pas.

L'assassinat de Montferrand te rapporte sept millions et demi !

Enfin, nom de Dieu, rappelle-toi !

Avant que je m'en aille,

ta femme nous a servi le thé à 5 h.

Montferrand, il a été tué à 3 h, non ?

Mais comment le sais-tu ?

Bah... ça fait la une de tous les journaux.

Soit. J'admets que tu as un alibi,

mais on peut commettre un crime par personne interposée.

- Comment ça ? - Tu as pu soudoyer quelqu'un.

Armer une main criminelle.

Ah...

Mon pauvre Gustave, tu devrais prendre ta retraite.

- ». - Mais n'écrivez pas ça, vous !

Et toi, t'es un imbécile ! Ça, vous pouvez l'écrire.

Oh, attention, Gustave ! Je t'interdis de m'insulter

dans l'exercice de tes fonctions.

Palmarède, ça suffit !

Regarde-moi bien en face et réponds-moi !

Oui ou non, es-tu pour quelque chose

dans l'assassinat de Montferrand ?

Pour rien au monde.

Je te le jure, monsieur le juge,

sur la tête de ta femme.

Merci, j'en ai toujours eu la conviction.

Mais il était indispensable que tu me le confirmes.

À présent, retire-toi.

Je n'ai pas de temps à perdre avec les honnêtes gens.

S'il vous plaît, Trapu, faites signer à M. Palmarède

sa déposition, et introduisez Mlle Madeleine Verdier.

C'est qui cette Mlle Verdier ?

Secret professionnel.

Tout ce que je peux dire, c'est qu'avec elle,

je ne perdrai pas mon temps.

Ah ! Elle n'a pas d'alibi ?

Nous allons le savoir, mais ça m'étonnerait.

Ah ! Chère petite !

- Tu la connais ? - Ah, pas du tout !

Mais si c'est elle l'assassin, elle a toute ma reconnaissance.

Sept millions et demi ! - Mlle Verdier.

Bonjour, messieurs.

Délicieuse, par-dessus le marché !

Excuse-moi. Mademoiselle Verdier,

je suis enchanté de faire votre connaissance.

Et si les suppositions de mon ami Rabusset s'avèrent fondées,

vous pouvez compter sur moi jusqu'à la fin de vos jours.

Voici ma carte.

- Dehors, mon ami. - Oui.

Je te laisse, monsieur le juge, en cette charmante compagnie.

Oui, allez !

N'oublie pas que tu soupes demain à la maison.

Mon alibi pour un prochain crime.

Au plaisir de vous revoir, mademoiselle.

Allez, dehors.

maître d'oeuvre. >»

Asseyez-vous, mademoiselle.

Merci de vous être dérangée.

Vous pouvez me déranger tous les jours !

Il parait qu'on a 12 francs par jour.

Bien. Depuis combien de temps étiez-vous en relation

avec M. Montferrand ?

Je l'ai rencontré pour la première fois jeudi dernier.

- Où ça ? - Au Théâtre des variétés.

Je suis actrice, il m'a remarquée

et a tenu à prendre mon nom, mon adresse.

Et samedi matin, je recevais une lettre

me convoquant chez lui à 2 h.

Pour vous offrir un rôle ?

Je ne m'en rappelle plus.

Enfin, voyons, mademoiselle, faites un effort.

C'est-à-dire que...

par respect pour la mémoire de ce grand producteur,

j'aurais préféré me taire, mais si vous insistez.

J'insiste.

Eh bien, votre Montferrand est un vieux cochon.

Enfin, mademoiselle.

Vous voulez la vérité, oui ou non ?

Mais oui, continuez !

M. Montferrand m'a sauté dessus

et j'ai fait ce que n'importe quelle honnête femme

aurait fait à ma place : je me suis sauvée.

Et combien de temps êtes-vous restée avec M. Montferrand ?

Un quart d'heure, 20 minutes.

Mais vous êtes rentrée chez vous à 5 h 15.

De Neuilly à la rue Jacob, même à pied,

y a pas plus d'une heure. Qu'est-ce que vous avez fait ?

Vous avez fait des courses ? - Non, j'ai flâné.

Tiens ! Vous avez dit à M. Brun que la nuit tombait,

que vous étiez pressée.

Vous reconnaissez cette arme ?

On dirait mon revolver.

C'est le monsieur de la sûreté qui me l'a volé ?

Non, la justice ne vole pas, mademoiselle.

Elle perquisitionne. - Ah...

Et pourquoi possédez-vous un revolver ?

L'année dernière, j'étais doublure dans une pièce

au fin fond de Levallois et je rentrais tard.

Ah, oui ? Il y a longtemps

que vous ne vous êtes pas servie de cette arme ?

Oui. Mais j'ai failli m'en servir, y a pas si longtemps.

Ah, oui ? Et contre qui ?

Contre moi-même, monsieur le juge.

Y a des jours où on est fatigué de vivre.

Cependant, vous ne vous êtes pas tuée.

Je n'ai pas eu ce courage.

Et comment expliquez-vous

qu'il manque une balle dans ce revolver ?

- Il manque une balle ? - Bah oui, regardez.

Voilà la douille.

Ah, oui, je me rappelle.

Quand je l'ai acheté, j'ai voulu voir si je tirais bien.

Alors, un jour à Pressigny-sur-Saône,

chez une amie, j'ai visé une bouteille.

Piou ! Touchée en plein mille !

Et si cette balle manquante

n'avait pas traversé une bouteille,

mais se trouvait dans la tête de Montferrand ?

Alors ça, je n'ai jamais rien entendu de plus drôle !

Taisez-vous. Taisez-vous !

Et cessez de rire et d'égarer la justice.

Je vais vous raconter, moi,

le drame du boulevard d'Argenson !

Oh, oui, faites-moi ce plaisir.

Mais oui, je vais vous le raconter !

Actrice sans le sou,

les huissiers se succèdent à votre porte.

Demain, ce sera la saisie, l'expulsion, la rue.

Vous errez sans but dans Paris et votre ventre crie famine.

Mais vous rencontrez le célèbre producteur Montferrand.

Vous pleurez misère. Vous l'apitoyez.

Et lui, désirant vous venir en aide,

parce que sa bonté est infinie,

il vous convoque chez lui samedi à 2 h.

Vers midi, par un moyen qui m'échappe encore,

vous apprenez qu'il a touché 300 000 francs le matin même.

La résolution tragique s'impose à votre esprit.

Vous prenez votre revolver, vous vous rendez à Neuilly.

Le valet de chambre vous introduit et part en course.

Vous voilà seule en face du grand producteur,

dans sa villa déserte, devant une magnifique piscine,

entourée d'un immense jardin.

La maison du concierge est à 30 mètres !

L'occasion est favorable !

L'argent est là, à portée de main.

Il vous tente.

Il vous attire.

Vous ne résistez plus. Vous tirez !

Et voilà une criminelle de plus !

Quelle imagination !

Et j'emporte les 300 000 francs ?

Eh, oui ! Et le soir même, la joyeuse vie commence !

Vous passez la soirée au cinéma !

Allez, avouez, mademoiselle.

Vous êtes jolie, les jurés seront indulgents.

Vous vous en tirerez avec 20 ans de travaux forcés.

Avouez !

Qu'est-ce que c'est que ça ?

C'est L'Intransigeant, monsieur le juge.

Les 300 000 francs ont été retrouvés.

Ils étaient dans un coffret d'acajou,

cachés sous une double rangée de cigares >».

Toujours les derniers informés, quoi !

Ah, ces journalistes sont épouvantables !

J'ai l'impression que votre version du drame

ne tient plus très bien !

Je peux me retirer et récupérer mes 12 francs ?

Non, mademoiselle !

Le mobile du crime est peut-être différent,

mais les charges qui pèsent contre vous restent les mêmes.

Dans ce cas, je ne répondrai plus

qu'en présence de mon avocat. - Mais c'est votre droit.

On vous en trouvera un. - Ce n'est pas la peine.

J'ai le mien, maître Pauline Mauléon.

Vous prétendez n'être pas coupable

et vous avez déjà votre avocat comme par hasard.

Alors ?

Ça se complique, faut que je te parle.

Rabusset m'accuse d'avoir tué Montferrand.

- Bonjour, maître Mauléon. - Bonjour, monsieur le juge.

Asseyez-vous, je vous en prie.

Bon alors, c'est toujours moi qui ai tué Montferrand ?

Absolument. Et les 300 000 francs étant retrouvés,

ce n'est plus un crime crapuleux,

mais un crime passionnel. - Passionnel ?

Il y a trois mois, vous avez été la maîtresse de Montferrand.

Allons bon, voilà autre chose !

Oh, ce ne fut qu'une aventure.

Un homme de cette qualité ne pouvait s'attacher à vous,

une petite actrice inconnue, sans talent.

Merci, c'est trop aimable !

Vous étiez furieuse, humiliée, peut-être mme enceinte.

Un garçon, une fille, des jumeaux ?

Peu importe ! En tout cas, à bout !

Vous retournez chez Montferrand.

Vous lui dites : »

» Il refuse.

» » Il ricane.

» Et là il vous renvoie.

votre revolver, vous tirez !

Pan ! Il s'écroule.

Séduite, abandonnée, enceinte, vous avez des excuses.

Verdict : cinq ans de prison.

Cinq ans, c'est mieux que tout à l'heure,

mais c'est encore beaucoup.

Il y a préméditation, mademoiselle.

L'intention de tuer est évidente.

Parce que ma cliente est venue avec son revolver ?

Absolument, maître Mauléon.

Mais qu'est-ce qui vous prouve que c'était le sien ?

- Mais elle l'a reconnu ! - Pardon, monsieur Rabusset.

Il n'y a pas qu'un revolver de ce modèle dans Paris.

Montferrand pouvait en posséder un semblable.

Vous voulez me faire croire qu'il s'est suicidé ?

Non, monsieur le juge.

Mais il n'est pas nécessaire

qu'une femme soit enceinte d'un homme pour le tuer.

Elle peut venir chez lui en toute innocence

et se trouver tout à coup

face à une brute qui se précipite sur elle.

Terrifiée, elle saisit un revolver

qui se trouve sur le bureau.

Et, sans réfléchir, pour sauver son honneur,

pour sauver sa vie, elle tire ! Ah !

Qu'est-ce que vous dites de cela ?

- Un peu mélodramatique. - Mais possible.

Acceptable.

Et elle aurait cinq ans de prison, cette femme-là ?

Pas forcément, légitime défense.

Peut-être mme pas d'amende pour port d'arme,

puisque le revolver n'est pas le sien.

Alors, c'est moi.

- Qu'est-ce que vous dites ? - J'avoue.

- Bah, vous avouez quoi ? - Mon crime.

C'est moi qui ai tué Montferrand.

Passez-moi les menottes !

Attendez, attendez. Mais vous êtes sûre ?

Certaine ! Je l'ai tué avec son revolver,

que j'ai ramené chez moi, rue Jacob.

Non, mais attendez, maître Mauléon, vous confirmez ?

Je confirme les aveux de ma cliente.

Ah, Trapu ! Qu'est-ce que vous dites de ça ?

Ah, oui ! Félicitation, monsieur le juge.

Ma chère petite, vous avouez !

Je suis le plus heureux des hommes.

Moi aussi. Enfin, des femmes !

On va me conduire en prison ?

Je suis désolé, mais c'est inévitable.

Ne vous excusez pas.

Notre propriétaire allait nous expulser d'un jour à l'autre.

Oh, alors, je vous rends plutôt service ?

- Plutôt. - Elle est délicieuse.

Mademoiselle, si vous voulez bien signer

cette série de dépositions pour le moins contradictoires.

Avec plaisir.

Après l'odieux meurtre sanglant

commis par les soeurs Papin,

et le parricide

de l'empoisonneuse Violette Nozière,

une nouvelle affaire criminelle

défraye la chronique judiciaire parisienne.

Encore une fois, il s'agit d'une femme :

Madeleine Verdier !

Défendue par une jeune avocate encore inconnue au bataillon.

C'est honteux !

Aurait tué dans sa luxueuse villa de Neuilly-sur-Seine,

le grand producteur M. Montferrand.

Entrez.

Suivez-moi.

Madeleine, ma chérie, tu pleures ?

Je ne pleure pas, je suis enrhumée.

Ma cellule est une passoire, pleine de courants d'air.

On te donne à manger au moins ?

Oui. Je n'ai rien laissé aux rats.

Mon Dieu ! Tu ne mérites pas ça.

En parlant de rats, tu as des nouvelles d'André ?

Non, mais ça t'étonne ?

Oui, un peu.

L'espoir est une maladie.

Oublie ce malotru de fin de race d'André !

Et crois en ta bonne étoile.

Tout le monde ne parle que de toi,

même dans les actualités ! - Ah, bon ?

Oui !

D'ailleurs...

pour quand tu seras devant les jurés.

- Tu as écrit mon texte ? - Oui.

Tu peux changer quelques formulations.

C'est bien. Et mon costume ?

Tu t'habilles simplement.

Les jurés n'apprécient pas la provocation.

Que penses-tu de ma robe à boutons ?

Oui, elle te va bien.

Mais tâche surtout de dormir, de prendre des forces,

de bien apprendre ton texte.

- Oublie ma robe à boutons ! - Pourquoi ?

- Elle est verte ! - Et alors ?

Sur scène, ça porte malheur.

Messieurs, vous aurez à répondre

aux trois questions suivantes.

Premièrement, Mlle Verdier est-elle coupable

d'avoir tué M. Montferrand ?

Deuxièmement, a-t-elle agi avec préméditation ?

Troisièmement, le vol a-t-il été le mobile du crime ?

Si vous répondez oui aux trois questions,

l'accusée sera condamnée.

Et la gravité de sa peine dépendra

de si vous lui accordez ou non des circonstances atténuantes.

- Meurtrière ! - Silence !

Nous allons maintenant commencer

par l'interrogatoire de Mlle Verdier.

Comme je refusais les 10 000 francs par mois

qu'il m'offrait pour jouer une soubrette, sans dialogue,

et surtout pour être sa maîtresse,

il s'est mis à hurler :

tu n'auras pas un sou !

Nous sommes seuls, j'ai éloigné mon valet de chambre. >»

Ah ! C'est lui qui l'avait éloigné ?

- Oui ! - En effet, c'est plus logique,

plus arrangeant !

Silence !

Reprenez.

Alors il s'est calmé et m'a prié de raconter ma vie,

mes rêves d'actrices.

Il a d'abord été courtois.

Puis une lutte terrible s'est engagée.

personne ne viendra ! >»

Il me renverse sur le divan.

Je le mords.

Par un effort suprême, je m'arrache de lui à demi nue.

On n'a retrouvé, mademoiselle, que votre chapeau.

Je vous en prie, monsieur l'avocat général,

cessez de l'interrompre ! - Continuez, mademoiselle.

Je veux fuir.

La porte est fermée à clé.

Montferrand me rejoint.

Et, tout à coup, sur le bureau,

j'aperçois un revolver.

Celui-ci !

Pardon !

Vous avez confié à M. Rabusset que ce revolver était à vous

et que vous l'aviez essayé à Pressigny-sur-Saône,

chez une amie.

Quand ma cliente a parlé à M. Rabusset,

elle n'était que témoin.

Sa parole n'avait donc aucune importance.

À présent, elle est accusée et elle dit la vérité.

Je le jure ! Ce revolver était celui de Montferrand.

Comment s'est-il trouvé dans ma main ?

Comment ai-je tiré ? Je ne me rappelle plus.

Tout ce que je peux vous dire,

c'est que j'ai vaguement entendu une détonation

et puis j'ai vu un homme étendu.

Je ne le croyais pas si grand !.

J'ai pris deux chandeliers.

Je les ai posés par terre, de chaque côté de sa tête.

Des chandeliers ? On ne les a pas retrouvés.

Ah oui, c'est vrai, pardon.

Je confonds avec un autre crime.

Vous avez tué une autre personne ?

Non. Non, non, c'est juste le souvenir d'un vieux film.

Ah !

Reprenez, mademoiselle. Reprenez.

Alors épouvantée,

j'ai reculé jusqu'à la porte-fenêtre et j'ai fui.

En emportant le revolver ?

Évidemment, puisque M. Brun l'a retrouvé chez moi !

Tout cela est vraisemblable.

Mais y a quelque chose qui va pas.

- Quoi ? - On a retrouvé les 300 000 francs,

mais on n'a pas retrouvé le portefeuille de Montferrand.

Ah !

Êtes-vous bien sûr, monsieur le président ?

Est-il prouvé qu'il l'avait sur lui ?

Il l'avait peut-être posé sur la cheminée de sa chambre ou...

- Dans la poche. - Dans la poche d'un autre veston.

Et dans le désordre qui a suivi le crime,

un de ses domestiques l'aurait volé ?

- Absolument. - Oh ! Quel talent !

Mais quelle actrice formidable !

Silence !

Silence ou je fais évacuer la salle !

Je voyais bien que ces deux jeunes filles

vivaient dans la misère.

Il leur était fort difficile de payer leurs loyers.

Alors, avec mon grand coeur,

même si ma femme me rabrouait un petit peu de temps en temps,

j'ai été compréhensif, je les ai jamais fait expulser.

Monsieur Pistole, êtes-vous bien certain

que c'est votre grand coeur

qui vous a empêché d'expulser ces jeunes filles ?

N'est-ce pas plutôt

parce qu'elles vous payaient en nature ?

- Oh ! - Monsieur le président !

C'est une honte d'insinuer de pareilles choses !

Monsieur l'avocat général, merci de ne pas sous-entendre

des faits sans apporter de preuves.

Merci, monsieur le président.

Ces demoiselles recevaient beaucoup, surtout l'actrice !

Ah ! Mais enfin, j'ai rien remarqué de notable.

Ah si ! Y avait un... un régulier, ce M. Bonnard.

Très poli et bien élevé, mais bon,

avoir une relation avec une actrice légère.

C'est la concierge, Mme Jus,

qui m'a ouvert la porte avec un double des clefs,

alors que ces demoiselles étaient au cinéma !

Très vite, j'ai trouvé le revolver,

posé sur le buffet de la chambre,

et c'est là que j'ai pu constater qu'il n'y avait...

qu'un seul lit pour ces deux personnes.

Que sous-entendez-vous, monsieur Brun ?

Que vous partagiez le même lit !

Qu'est-ce qu'il insinue là ?

L'avocate et la criminelle dans de beaux draps !

Une relation contre nature ?

C'est intéressant.

Ça pourrait expliquer beaucoup de choses de ce crime,

cette haine des hommes.

Messieurs, vous devriez avoir honte,

vous qui n'avez jamais connu la misère

et ne savez pas ce que sont la crise et la pauvreté.

Oui, nous partagions le même lit,

pour nous tenir chaud !

Comment faire autrement, monsieur l'avocat général,

quand on vous coupe l'électricité

et que l'espace vous manque ?

Un peu de coeur, messieurs les jurés.

Et laissez ces médiocres insinuations

- à ces hommes misérables ! - Bravo !

Silence. Silence ! Silence !

Je tiens d'abord à dire, monsieur le président,

que durant ces trois mois,

peu à peu,

j'ai mesuré l'infamie de ma conduite.

Au moment où je lui annonçais mon mariage

et où je lui proposais pour ainsi dire

de devenir ma maîtresse,

Madeleine venait de tuer un homme,

parce qu'il lui avait manqué de respect.

Madeleine, pourquoi m'avez-vous épargné, moi ?

Je ne peux pas tuer tout le monde.

Je valais même pas une balle ?

Vous me méprisiez trop, c'est ça ?

Non.

- Vous, je vous aimais. - Oh...

Si vous saviez comme je m'en veux d'avoir abîmé cet amour.

Le soir à 9 h 30, quand je vous ai pas trouvée,

je me suis dit : chose, j'ai dû faire une gaffe. >»

Puis deux jours après, j'ai lu votre arrestation, vos aveux.

Et j'ai eu honte.

Madeleine, je vous demande pardon.

Non, je vous en prie, jeune homme,

vous n'êtes pas à la Comédie Française,

relevez-vous.

Monsieur Bonnard, vous doutiez-vous

que Mlle Verdier était une criminelle ?

Non.

Vous saviez qu'elle était une actrice ?

Oui.

Croyez-vous qu'elle vous ait menti ?

Non.

Je crois qu'elle était sincère dans ses sentiments.

Et savait-elle que vous étiez le fils Bonnard,

d'une riche famille d'industriels du pneu français ?

Bien sûr.

Et croyez-vous qu'elle ait pu être intéressée

par votre situation financière ?

Tout cela était secondaire entre nous.

Et d'ailleurs, elle m'incitait à travailler

pour ne pas dépendre de mon père.

Évidemment, puisqu'elle venait pour récupérer

les 300 000 francs de Montferrand !

Erreur de débutant, monsieur l'avocat général.

Vous oubliez que les 300 000 francs

ont été retrouvés dans la boîte à cigares de Montferrand.

Ah !

Les débats sur les faits sont clos.

Monsieur l'avocat général,

vous avez la parole pour vos réquisitions.

Messieurs les jurés,

nous siégeons ensemble depuis une semaine.

Nous commençons à nous connaître

et je sais que vous n'accepterez pas

qu'un tel crime reste impuni.

Car nous vivons une époque effroyable.

Lisez les journaux !

La presse m'accuse, moi,

représentant de l'intérêt général,

garant du bien public,

de me déchaîner contre cette petite,

de vouloir en faire un exemple !

Car comme la criminelle est une jolie femme,

c'est évidemment la victime qui a tort.

Eh bien, messieurs, je leurs réponds :

de Mlle Verdier un exemple ! >»

Parce que je pense à toutes les autres,

à toutes celles qui nous tueront demain !

Depuis quelques années,

les femmes nous suppriment avec un sans-gêne,

une désinvolture ! Et savez-vous pourquoi ?

Parce que chaque fois, elles sont acquittées !

Ha ! Ha !

Eh bien, j'en ai assez.

Et je requiers, à l'unanimité, le châtiment suprême.

Oh !

Celui ou celle qui donne la mort

mérite la mort.

Je sais ce que je dis. Je suis marié,

et ma femme m'a juré que si jamais je la trompais,

elle me trancherait la gorge à coups de rasoir.

Eh bien, messieurs les jurés,

il faut détourner ma femme et les vôtres de cette idée.

Il faut leur faire peur !

Et condamner cette Madeleine Verdier à la peine de mort !

La parole est à la défense.

Telle Judith,

Charlotte Corday,

Médée ou Lucrèce,

Madeleine Verdier a voulu nous faire comprendre,

par son geste de légitime défense,

que puisque personne n'est là pour nous défendre,

soyons nous-mêmes, mesdames, nos propres gardiennes.

Et n'hésitons pas à tuer

chaque fois que notre conscience nous le commande !

Madeleine Verdier a tué pour se défendre.

Pour sauver sa vertu.

Car, honnête fille, elle ne pouvait subir sans protester

les outrages de cette brute de Montferrand.

Vous appelez ça protester ? Une balle dans la tête

avec son propre revolver ! - Monsieur !

Toute protestation est un appel à une justice absente.

Madeleine Verdier en commettant son crime,

a voulu, dans une société française dominée,

gangrenée par les hommes,

protester contre toutes les injustices

faites à nous, les femmes,

considérées mineures pour nos droits,

mais majeures pour nos fautes !

Bravo !

Accusée, levez-vous.

Ainsi que la loi le prévoit,

souhaitez-vous vous exprimer une dernière fois

avant la délibération des jurés ?

Oui, monsieur le président.

Nous vous écoutons.

Messieurs les jurés,

vous qui êtes des hommes,

rien que des hommes...

et qui allez décider de mon sort,

je voudrais m'adresser à travers vous...

aux femmes.

À vos filles,

à vos mères,

Çà vos épouses,

à vos soeurs.

Je veux leur dire qu'à travers mon crime,

j'ai défendu sans le vouloir

notre cause à nous,

celle des femmes,

seules, pauvres et honnêtes,

que la société jette en pâture

aux instincts bestiaux des hommes.

Jamais je n'aurais pensé devoir tuer pour me défendre,

jusqu'au jour où par malheur,

j'ai croisé un homme,

qui a voulu abuser de moi,

me violer

et faire de moi son objet de plaisir.

Alors oui, vous me direz, je suis une actrice,

dépendante des regards,

des désirs,

du bon vouloir et du pouvoir des hommes.

Mais n'est-il pas possible

en 1935...

de mener sa carrière,

sa vie de femme,

sans contrainte,

en toute liberté,

en toute égalité ?

Bravo, Madeleine !

Silence ! Silence !

- Silence, silence ! - Bravo, Madeleine !

Pour Mlle Verdier !

Encore ? Elles sont belles, celles-là. Qui les envoie ?

Un admirateur, sans doute le président de la cour d'assises !

Non, il n'est pas assez bien payé, pas les moyens.

Merci, madame Jus. - Han !

Pendant 40 ans, j'ai pas osé tuer mon mari !

Si j'avais su.

d'un tonnerre d'applaudissements

que le président a prononcé

l'acquittement de Madeleine Verdier.

La ravissante accusée était toute pâle >».

L’Écho de Paris a écrit que t'étais rouge d'émotion.

C'est normal, chaque journal a son opinion.

ovation lui fut faite. >»

En voilà un moins bon.

dans le crime que dans le théâtre !

Le succès scandaleux

fait à la meurtrière de l'infortuné Montferrand

est une nouvelle marque

de l'abjection d'une société décadente,

qui porte en triomphe une mauvaise comédienne,

uniquement parce qu'elle a tué un homme. >»

Oui, un peu moins bon, on le gardera pas.

Et Le Figaro, tu l'as lu ? - Oui, c'est un des meilleurs.

Dans l'ensemble, j'ai une très bonne presse.

Moi aussi. Y en a bien un qui dit que j'ai trop parlé.

Mais bon, c'est un confrère.

Tu as été inouïe, ma Pauline.

Tu m'as écrit un si beau monologue,

c'est à toi que je dois mon triomphe.

Oh ! Pauline ! - Quoi ?

Un producteur veut reprendre au théâtre

Le Calvaire de Suzette avec moi !

Il me demande de passer le voir d'urgence à son bureau.

Prends garde. Il a sûrement un divan,

comme tous les autres. - Ne t'inquiète pas,

ils vont se méfier maintenant qu'ils savent

ce dont je suis capable ! Des demandes d'interview.

Madeleine !

Le producteur M. Natan de chez Pathé-Natan

te propose un rôle dans son prochain film

Les Larmes amères de Marie-Antoinette.

Et la direction du Normandy-Hôtel

m'offre un appartement à l’œil pour tout le mois d'août.

Dis donc, tu serais pas d'avis de déménager,

trouver un appartement plus convenable avec eau courante,

salle de bain, ascenseur et téléphone ?

J'aimerais bien, Pauline, mais nous avons les propositions,

pas encore l'argent. - C'est vrai.

Oh, Pauline...

la vie me semble si différente à présent.

Il n'y a rien de tel qu'un succès

pour vous rendre la gaîté.

C'est ce qu'a dit Danielle Darrieux dans Cinémonde.

♪ Le bonheur est si peu de chose ♪

♪ Que toujours sa réalité

♪ Fait songer au parfum des roses ♪

♪ Ainsi qu'à leur fragilité ♪♪

Ça doit être le jeune reporter

de Paris-Soir ! Il est mignon,

je lui ai promis que t'allais répondre à quelques questions.

S'il te plaît !

Bonjour, Gilbert !

Bonjour, mademoiselle.

- Je vous écoute. - Je suis tellement heureux

d'être le premier à recueillir vos impressions,

au lendemain de ces journées historiques.

Merci de me recevoir. - Je vous en prie.

Alors, mademoiselle Verdier. Est-ce que c'est bien

la première fois que vous tuez ? - Oui, monsieur.

- Et avez-vous des remords ? - Pas le moindre.

Mais quand vous avez vu le corps de Montferrand

s'écrouler dans une mare de sang,

qu'avez-vous ressenti exactement ?

- Une forme... d'orgueil. - Oh !

Le mot est cornélien. - Hum !

A-t-il prononcé des paroles avant d'expirer ?

Vous a-t-il demandé pardon ? - Ce n'était plus la peine.

Quel esprit !

Et vous, maître Mauléon, vous devez aussi être fière ?

Oh non, moi, monsieur, je n'ai tué personne.

Oh, ne soyez pas modeste.

Vous avez votre part dans ce triomphe.

Votre plaidoirie a été splendide.

Voilà un mot qui me fait plaisir !

Et quels sont vos projets à présent, mademoiselle Verdier ?

Je ne sais pas encore, j'ai tant de propositions.

Je vais examiner tout cela. - Exquis !

Mesdemoiselles, je vous remercie.

Je vais écrire, grâce à vous, un papier merveilleux.

- André ? - Oh, mais je le reconnais,

c'est le témoin du procès ! - Oui, André Bonnard, 26 ans,

qui croyait s'y connaître en femmes,

mais qui n'est qu'un imbécile,

incapable de reconnaître la plus pure,

la plus respectable et sublime des femmes.

- Intéressant. - Monsieur, je vous demanderais

de ne pas en parler dans votre article.

Soyez tranquille, mademoiselle,

mon métier est d'être indiscret,

mais je sais m'imposer des limites.

- Je vous raccompagne ? - C'est bien lui

qui prend la succession des pneus Bonnard ?

André, qu'est-ce que ça veut dire ?

Madeleine, j'ai bien réfléchi :

une femme qui va jusqu'au crime pour rester honnête,

on ne lui offre pas une aventure, on l'épouse !

- Mais vous êtes déjà marié ! - Non !

Le mariage avec Berthe a été repoussé,

et les Courteil ne me reverront plus jamais.

Madeleine !

Qu'est-ce que vous avez ?

Ces fleurs, ces acclamations...

Tous ces projets de pièces, de film,

et puis vous qui revenez !

Oh, c'est trop ! - Madeleine, ma chérie.

Votre père, qu'est-ce qu'il va dire ?

Il sera furieux, il ne me donnera plus un sou.

Mais qu'est-ce que ça peut faire ?

Je suis prêt à tous les sacrifices

pour vous, même à travailler.

Pauline, André m'épouse.

Et il va travailler !

Décidément, ton crime fait des miracles !

À mort ! A mort !

Aïe !

Je vous demande pardon, mais je l'ai pas fait exprès.

Vive la république !

Vive la république ! Vive la révolution !

Vive la révolution !

Coupez !

Coupez !

Fin de journée !

Oh là l là l...

- Bravo, magnifique. - Oh, merci !

- C'était fantastique ! - Félicitations, Madeleine !

- Merci ! - Quelle émotion !

Merci beaucoup. À demain !

À demain.

Ça va, votre cou ?

J'espère que je n'ai pas de torticolis,

je suis tellement nerveuse pour ce soir.

Mais ne vous inquiétez pas !

Quand je suis passée hier au théâtre

pour prendre des tickets, il n'y avait plus une place

pour Le Calvaire de Suzette.

Un sourire !

- Non, mais laissez-la ! - Je suis pressée,

je joue au théâtre ce soir !

Allez, allez, allez !

Mesdemoiselles, s'il vous plaît !

Mesdemoiselles, pardon. Mesdemoiselles.

Le 27 avril.

Il est incroyable ton père !

Il fixe ton mariage avec Berthe sans te prévenir ?

Qu'est-ce qui lui prend ?

Il a besoin d'argent. En plus de la dot de Berthe,

le père Courteil est prêt à mettre un million

dans ses affaires ! - Je croyais que les pneus...

Tu sais bien, ils subissent la crise et les grèves.

Et papa a fait de mauvaises spéculations, alors...

Alors, pour se renflouer, il t'appelle au secours ?

Oui, mais moi, je ne marche plus.

Je ne veux plus le voir. - Ah, non !

Je veux pas que tu te fâches avec ton père à cause de moi.

- Mais y a pas d'autre solution. - Mais si.

Il faut juste réfléchir.

Tu vas encore tuer quelqu'un ?

On verra.

Merci.

- Oh... - Bonjour, Simone,

vous allez bien ? Pas trop le trac ?

Si, mais le trac, tu verras, ça vient avec le talent.

- Vous exagérez. - Je suis au bout du rouleau.

- Qu'est-ce qu'il vous arrive ? - C'est Émile.

- Votre mari ? - Non, mon amant.

Émile Bouchard ! - Ah ! Il vous trompe ?

- Hélas, non ! - Il vous bat ?

- Ah, il a pas intérêt ! - Bah, alors ?

Je me demande si je ne devrais pas le tuer.

Mais quelle idée ! Pourquoi donc ?

Il m'ennuie !

La raison n'est guère suffisante.

Ah, pardon ! Il peut pas rester

plus d'un quart d'heure sans vouloir me grimper dessus !

Et vous n'aimez pas ça, Simone ?

Avec un autre, je ne dis pas non.

Alors, je me suis dit :

homme qui a voulu abuser d'elle

une seule fois, elle a été acquittée.

Moi, comme avec Émile c'est jour et nuit,

il me semble que j'aurais mes chances. >»

Mais votre histoire n'a aucun rapport avec la mienne, Simone !

Montferrand n'était pas mon amant,

le vôtre remplit ses devoirs.

Votre Émile est dans la salle ?

Au premier rang, évidemment.

Suzette, une fille ne peut avoir de meilleur guide que sa mère,

alors crois-moi et ne commets pas mon erreur.

Le chemin de l'amour s'appelle sacrifice.

Qu'importe les sentiments !

En épousant cet homme,

ta condition de femme s'élève enfin.

Une nouvelle vie commence,

la richesse, le bonheur sont possibles.

Non, mère, sans amour,

mon calvaire sera sans fin.

Bravo !

Bravo !

Simone !

- Bravo ! - Bravo !

- Ils devraient se méfier. - De Madeleine ?

- Ah non, de moi ! - Ne soyez pas jaloux, André !

Madeleine est une grande actrice maintenant.

C'est normal qu'on la complimente.

Hé, ho. J'étais avant.

Vous croyez qu'elle se joue de moi ?

- Mais non. - Félicitations.

Faut s'habituer. Elle est une célébrité,

elle va être de plus en plus convoitée.

- Ça suffit ! Bas les pattes ! - Simone, embrassez-moi !

Juste un petit baiser ! - Non, je vous en prie !

Tenez-vous. Oh, vous allez me tuer !

Mademoiselle Verdier !

Toujours aucun besoin de travaux, mademoiselle Verdier ?

Pas vraiment, nous avons emménagé

avec mon amie Pauline dans un hôtel particulier à Boulogne.

Ah ! Vous avez l'eau courante ?

- Bien sûr. - Mais la pression est bonne ?

Juste ce qu'il faut.

Mais je suis sûr qu'il y a encore quelques tuyauteries

à réviser, non ? - Je vais y réfléchir.

En tout cas, je vous dois ma nouvelle fortune.

Si vous le souhaitez,

j'adorerai vous recevoir à ma nouvelle adresse parisienne,

avenue Frochot ! - Hum !

Cette adresse me dit quelque chose.

Attendez-moi, je reviens.

C'est un ancien bien de feu Montferrand.

Ah, je vois, sa garçonnière !

- Oui ! - Hum...

Tu me présentes ?

Monsieur Palmarède, architecte et maître d’œuvre.

Mon futur fiancé, André Bonnard.

Oh, félicitations, jeune homme, votre choix vous honore !

Mais Bonnard, comme le pneu ? - Oui, monsieur !

Toutes mes condoléances,

j'ai vu le cours chaotique de la bourse

et le climat social de ces derniers jours.

J'espère que l'action Bonnard a pas trop de plomb dans l'aile.

Merci de votre sollicitude, mais rassurez-vous,

toujours plus loin,

encore plus vite ! >» - Simone ! Simone !

Amusant. Espérons que ce slogan motive les ouvriers

et profite aux actions Bonnard.

Bonjour.

- Bien dormi ? - Oui.

- André n'a pas couché là ? - Non, il est trop bien élevé,

il attend la nuit de noces. - T'es sûre de vouloir

attendre aussi longtemps ? - Mais oui, puisque je l'aime.

Qu'est-ce que c'est, Céleste ?

Une visite pour mademoiselle Verdier.

Odette Chaumette.

Ça me dit quelque chose. Tu connais, toi ?

- Du tout. - Moi non plus.

Dites-lui que je n'ai pas le temps.

La dame insiste pour vous voir, mademoiselle.

Eh bien, insistez pour qu'elle s'en aille.

Bien, mademoiselle.

C'était bien hier, ça a plu.

Comment tu te sens après un tel succès ?

Soulagée et rassurée.

Depuis les assises, j'ai plus confiance en moi.

Grâce à vous, cher maître !

Vous plaidez aujourd'hui ? - Ah non, pas aujourd'hui.

12 affaires en un mois, les criminels auront ma peau !

Excusez-moi, mais la dame, elle veut pas s'en aller.

Elle a écrit quelque chose pour vous.

Encore une de ces fanatiques !

- Oh ! - Qu'est-ce qu'il y a ?

Lis.

- Mon Dieu ! - Ça devait arriver.

- Qu'est-ce qu'elle te veut ? - J'en sais rien,

mais c'est épouvantable. - Il faut la recevoir.

Faites-la patienter, Céleste ! - Bien, mademoiselle !

Elle est là, elle est là !

- Bonjour, mes poupées ! - Bonjour, madame.

Tiens, l'avocate est là aussi. Ha ! Quelle fumiste, celle-là !

- Pardon d'être là ! - Alors, c'est vous ?

Oui, c'est moi, Odette Chaumette en personne.

Tueuse de Montferrand, la vraie, la seule.

Et qu'est-ce que vous venez faire ici ?

Alors ça, c'est admirable ! Ce que je viens faire ici ?

Vous croyez que je vais me laisser plumer sans rien dire ?

À moi le turbin, à vous la galette ?

Non, mes poupées, j'en ai assez. Je suis une bonne nature,

mais y a des limites. - Je ne comprends pas.

Mais regardez-moi ce palais !

Ce luxe !

Oh ! Et cette robe de chambre. - Eh bien ! Je vous en prie !

J'ai lu les journaux. Avant le crime,

vous habitiez un deux-pièces sordide, rue Jacob.

Vous êtes bien montées depuis que j'ai descendu Montferrand !

Madame, ce luxe, comme vous dites,

est le fruit de notre labeur !

Pendant ce temps-là, je suis dans la purée.

Ça n'est pas juste ! Les récompenses doivent aller

à celles qui les méritent. Vous m'avez volé mon crime,

il va falloir me le rendre ! - Pardon, madame,

mais qu'est-ce qui nous prouve que vous êtes bien

l'assassin de Montferrand ? - Ah...

Qu'est-ce que c'est que ça ?

Le portefeuille de Montferrand,

mademoiselle l'avocate. Avec ses initiales,

sa carte d'électeur et son permis de conduire.

Comment je me le suis procuré ? À votre avis ?

C'est assez concluant. Alors, c'est bien vous !

- Oui, ma jolie. - Bon, alors expliquez-nous

comment vous l'avez tué.

Y a si longtemps que je le raconte

que je voudrais bien le savoir ! - Très bien, asseyez-vous.

Comme vous le savez, je suis une grande tragédienne !

Vous êtes une actrice, vous aussi ?

Oh, ça y est, je vous remets,

vous étiez dans La Flûte merveilleuse de Max Linder.

J'ai tourné plus d'une centaine de films, mademoiselle.

Messieurs Feuillade, Gance et la grande Alice Guy

m'ont donné mes plus beaux rôles !

- C'est une actrice du muet ? - Oui, elle a pas passé

le cap du parlant. - Je connaissais Montferrand

depuis mes débuts d'actrice. - Au siècle dernier ?

Je vous en prie !

Ma première apparition à l'écran date de 1905

dans Innocente Amélie.

Montferrand n'était alors que mon vulgaire chauffeur.

Avec le temps, à l'ombre de mes succès,

il est devenu un grand producteur,

directeur de théâtre.

Et il était aussi un de mes amants.

Grossier, je vous l'accorde, mais régulier.

Et depuis dix ans, il me menait en bateau,

me promettant un grand retour sur scène, en vain.

Et c'est pour ça que vous l'avez tué ?

Entre autres, oui.

J'ai rendu visite à Montferrand, sachant qu'il venait de recevoir

une somme d'argent. 300 000 francs.

- Une broutille pour lui. - Et alors ?

Alors il me reçoit. Nous bavardons un peu.

Et je le supplie de me prêter un peu d'oseille.

Énervé, il court à son bureau, prend son revolver

et me demande de partir !

Tenez, le voilà.

L'instrument du crime !

Encore une preuve ! Alors, en quelque sorte,

j'étais... j'étais en état de légitime défense.

Alors je m'approche de lui pour le rassurer et le séduire.

Je lui rappelle les souvenirs glorieux de nos débuts,

de notre jeunesse.

Sous mes charmes...

il se laisse aller.

Et je ne sais pas ce qui s'est passé.

Le coup est parti tout seul, voilà Montferrand par terre,

une balle dans la tête, et moi bien ennuyée.

Il est vrai que c'était la première fois que je tuais.

Pauline, tu te doutais que ça c'était passé comme ça ?

Pas du tout. Mais je vous en prie, madame, continuez.

Alors, j'ai cherché partout les 300 000 francs.

Rien. Faut être tordu pour cacher son oseille

dans une boîte à cigares.

Pour ne pas repartir bredouille, j'ai pris son portefeuille,

mais il n'avait que 900 francs dedans.

Vous n'avez vraiment pas eu de chance.

Oui ! C'est pour ça que je veux me rattraper.

Et vous m'avez montré comment m'y prendre.

Bien sûr, si vous aviez été condamnée à mort,

j'aurais continué de la boucler. Mais du moment que c'est

l'acquittement, la galette et que ça devient honorifique

d'avoir zigouillé cette raclure de Montferrand,

je serais une imbécile de ne pas me dénoncer !

Mais, ma chère dame, votre cas n'est pas du tout

le même que celui de Madeleine.

Vous aurez au moins 20 ans de travaux forcés.

- Et pourquoi donc ? - Madeleine a été acquittée

parce qu'elle a défendu son honneur !

- Moi aussi. - Madeleine était vierge !

Moi aussi, enfin... en quelque sorte.

Les jurés vont bien rire !

Je dirai que Montferrand n'a cessé d'abuser de moi,

que j'étais son esclave sexuelle !

Je pourrai certifier que je ne l'ai pas tué pour voler,

parce qu'on a retrouvé les 300 000 francs.

- Et le portefeuille ? - Je ne le montrerai pas.

Alors, vous ne pourrez pas prouver

que vous êtes l'assassin. - Alors, je le montrerai.

Je dirai que je l'ai repris,

parce qu'il contenait des lettres d'amour.

Vous lui avez écrit des lettres d'amour ?

Non, mais je peux le faire.

- Elle a réponse à tout. - En effet.

Je dois reconnaître que ça tient debout.

Elle peut plaider le crime passionnel.

Alors, voulez-vous être mon avocate ?

- Ma foi... - Pauline !

Non, un avocat ne peut pas défendre deux accusés

pour le même crime. - C'est dommage,

vous avez du talent. Vous avez très bien plaidé

pour votre amie. Et puis, une jolie femme,

ça plaît au jury, ça le dispose bien.

Je ne suis pas jolie, madame Chaumette.

Faut pas dire ça ! À moi, vous me plaisez bien.

Enfin, madame Chaumette, quelles sont vos intentions ?

Qu'est-ce que vous comptez faire ?

C'est bien simple. Je n'ai plus un rond,

plus de travail, de carrière. Je mange un jour sur deux.

Je n'ai plus rien à perdre.

Demain matin, je serai chez le procureur de la République !

- Vous n'allez pas faire ça ! - Si, ma jolie.

À moins que... - À moins que ?

Arrangeons-nous. Donnez-moi une petite compensation.

Oui, je commence à comprendre.

Mon crime vous a rendu un sacré service !

Eh bien, les services, ça se paye.

- Combien ? - Oh ! Pas cher.

300 000 francs, la somme que Montferrand aurait dû me donner.

Nous ne les avons pas ! Nous sommes ici en location à crédit.

Oh, si vous vous en donnez la peine, vous les trouverez vite.

Peut-être, mais je refuse de m'en donner la peine !

- Madeleine ! - Prenez garde !

Odette Chaumette n'a qu'une parole.

- Vous me faites pas peur ! - Madeleine, tu es folle.

Non ! Qu'elle aille chez le procureur.

Alors vous refusez ma transaction ?

Oui, elle ne m'intéresse pas.

Céleste, reconduisez Mme Chaumette.

assassin de Montferrand. >» Ah !

- Madame, les fleurs ! - Lisez les journaux demain,

et vous comprendrez que ces fleurs sont pour moi.

- Au revoir, madame Chaumet. - Chaumette, Odette Chaumette.

Nous sommes fichues ! Je vais être rayée du barreau,

et toi, ta carrière, André, c'est la fin !

Arrête ces lamentations, je suis sûre qu'elle bluffe.

Mais non, elle a rien à perdre !

Une actrice en bout de course qui attend son heure de gloire

avant de mourir sur scène !

Je la comprends, c'est dur de vieillir,

surtout pour une actrice.

Elle était tellement belle dans La Flûte merveilleuse.

Elle est encore bien pour son âge, elle a du chien.

Un compliment et te voilà séduite !

Monsieur Gilbert Raton,

reporter à Paris-Soir,

souhaiterait vous voir toutes les deux.

- La Chaumette a déjà parlé ? - Non, impossible,

mais vaut mieux avoir la presse dans notre poche

vu la situation. Faites-le entrer, Céleste.

- Bien, mademoiselle. - Tu flirtes encore

avec ce journaliste ? - Oh, c'est un gamin.

Il est amusant. Bonjour, Gilbert.

Que nous vaut votre délicieuse présence ?

Bonjour, mesdemoiselles, merci de me recevoir.

Je tenais à recueillir vos premières impressions

suite au drame tragique de la nuit.

- Quel drame ? - Vous n'êtes pas au courant ?

- Non, dites-nous. - Votre mère.

- Ma mère ? - Enfin, votre mère au théâtre :

Simone Bernard. - Quoi ?

Elle a assassiné cette nuit son amant, Émile Bouchard.

Oh ! Elle l'a fait.

- Tu le savais ? - Elle m'en avait touché un mot

comme un vague projet, mais...

Je crois que mon crime est en train de tourner la tête

de toutes les femmes ! - D'ailleurs, elle a déclaré

que vous étiez son modèle

et qu'elle ne s'exprimerait désormais

qu'à travers votre voix, maître Mauléon.

Pauline, elle te prend comme avocate !

- Encore une. - Pouvez-vous, maître,

nous donner en exclusivité l'axe de votre défense

pour Mme Simone Bernard ?

La terrible condition des femmes au XXe siècle,

je ne vois que cela ! - Euh, vous pouvez développer ?

Trouvez-vous normal, monsieur Raton,

que les femmes à travail égal

ne reçoivent pas le même salaire que les hommes

et qu'elles n'aient toujours pas acquis le droit de vote ?

Pour le salaire, les femmes ont fort heureusement

celui de leur mari ! - Et comment faisons-nous

si nous ne voulons pas de mari ? Ou si nous l'avons tué ?

Oui, c'est une bonne remarque.

Quant au droit de vote,

pensez-vous vraiment qu'il aurait empêché

Simone Bernard ou Mlle Verdier de commettre leurs crimes ?

Comme l'a dit ma consœur Yvonne Netter :

ce qu'elles désirent

qu'avec le vote ! >» - Et que répondrez-vous

à messieurs les sénateurs radicaux-socialistes

qui prétendent que donner le droit de vote aux femmes,

comme en Allemagne, nous amènerait

à installer au pouvoir un Adolphe Hitler ?

Je leur rétorque que tant que l'égalité des droits

et des possessions entre les sexes

ne sera pas établie et respectée,

la Terre ne tournera pas rond, monsieur Raton,

et que les femmes n'obtiendront ce qu'elles désirent...

qu'avec le crime !

Pardon, monsieur.

Pour se constituer prisonnière, c'est par ici ?

- Comment ça ? - J'ai des aveux à faire.

Êtes-vous qualifié pour les recevoir ?

Certainement, madame.

Si vous voulez bien me suivre.

De quoi vous reconnaissez-vous coupable ?

- D'assassinat. - Ah, c'est une aubaine,

l'année est très mauvaise,

les assassins sont particulièrement introuvables !

- Bonjour, madame. - Bonjour, monsieur.

Madame nous annonce qu'elle a tué,

mais il s'agit sans doute d'un crime anodin ?

Pas du tout. Il s'agit d'un des crimes

les plus retentissants de ces dernières années.

- Ça par exemple. Et lequel ? - L'assassinat de Montferrand.

- Montferrand ? - Montferrand ?

Mais enfin c'est fini depuis longtemps, cette affaire-là.

Oui, c'est fini. Mais avec votre permission,

ça va recommencer, vu que la fille Verdier

n'y est pour rien dans ce crime. - Qu'est-ce que vous me chantez ?

Je ne chante rien. J'affirme.

Madeleine Verdier a avoué

et l'enquête a établi de façon définitive

que c'est elle l'assassin. - Je sais.

Mais vous oubliez que l'enquête a été menée

par un juge d'instruction nommé Rabusset,

qui est la dernière des nouilles.

Trapu !

Pourquoi rit-il comme ça ?

Mais parce que c'est lui Rabusset !

Oh ! C'est bien ma veine !

Sortez !

Oui, monsieur le juge.

Cette aventure est formidable.

- Alors, c'est vous le Rabusset ? - Hum-hum.

- Vous êtes donc monté en grade ? - Oui, madame.

Et c'est précisément à l'affaire Montferrand que je dois,

en tant que »,

mon avancement

et les félicitations de ma hiérarchie !

Si vous voulez bien aller vous asseoir.

D'abord, l'arme du crime.

Et puis, le portefeuille de Montferrand,

avec ses initiales, sa carte d'électeur

et son permis de conduire.

- Mais où avez-vous pris ça ? - Dans la poche de la victime.

De ma victime ! Je vous prie de constater.

Mais je ne constaterai rien du tout.

J'ai même pas le droit de jeter un regard sur ces faux papiers

et sur cette arme innocente. - Innocente ?

L'arme du crime, nous la possédons.

Elle est au greffe, parmi les pièces à conviction.

Et le portefeuille ? Il y est aussi ?

Mais j'en sais rien moi. Je veux pas le savoir.

- Ça par exemple ! - Enfin, madame, réfléchissez.

Voilà un procès terminé, jugé,

et dont l'issue a ravi tout le monde.

- Sauf moi ! - Soit. Mais il m'a ravi,

moi, qui ai découvert la coupable en 48 heures !

Le président des assises qui a eu un gros succès personnel.

Le jury qui a eu toute la presse avec lui.

Et le docteur Pandru. Le docteur Pandru

qui a lumineusement démontré que la balle homicide

sortait du revolver que nous possédons !

Et vous voudriez que tous ces gens acceptent

de passer pour des imbéciles ?

Qu'il vous suffise de dire : »

pour qu'on vous reconnaisse coupable ?

- Reconnaisse coupable. - Eh bien non, madame !

Ce serait trop commode !

Donc en plus d'être une nouille, vous êtes un pourri ?

Je vous prie de mesurer vos termes.

Nous sommes ici dans le temple de la justice.

Eh bien, soyez juste, bon sang !

Mais il s'agit pas d'être juste,

mais de rendre la justice.

Deux choses tout à fait distinctes.

Mais si je vous prouve, comme 2 + 2 font 4,

que cette demoiselle a fait de faux aveux.

Une fois la chose jugée, on ne peut rien contre l'accusée.

La loi est formelle.

Seule la condamnée peut demander à être rejugée.

Aujourd'hui, vous me déclarez

être responsable de cet assassinat.

Inéluctablement, c'est vous qui mentez.

Je peux donc vous obtenir au mieux deux mois de prison

pour injure à la magistrature.

Mais je ne suis pas ici pour avoir deux mois de prison !

Enfin, en ce moment, le parquet est débordé

de crimes non élucidés.

Accusez-vous d'un de ces crimes.

J'ai là le dossier Triquet.

L'assassin a tué à coups de hache six victimes,

de très beaux crimes !

Votre avocat dira que vous avez agi

dans un accès de délire alcoolique

ou de démence sénile

et vous vous en tirerez avec 20 ans de travaux forcés.

Logée, nourrie aux frais de l’État.

Mais je n'ai pas besoin que l’État me nourrisse.

Et 20 ans de travaux forcés, en voilà une idée !

Mais alors qu'est-ce que vous voulez ?

Je veux ce qui m'est dû, tout ce qu'on m'a volé :

un acquittement tapageur, de la considération

et beaucoup d'argent ! - Je vois, je vois.

Un crime passionnel.

Ça doit pouvoir se trouver.

Un crime passionnel. Attendez une seconde, tiens !

Nous avons un veuf à Rolleboise, étranglé dans son lit.

Le vol n'a pas été le mobile du crime

puisqu'on a retrouvé 10 000 francs sous son matelas.

Eh bien, vous étiez amoureuse de lui.

Il vous résistait. Vous l'avez assassiné.

- Quel âge avait-il ? - 76 ans.

Trop vieux, je n'aime pas ce crime !

Je serai acquittée, mais je n'aurai pas l'opinion avec moi.

Et pourquoi me chercher un crime ?

Nous avons le mien ! Je veux être coupable

uniquement de celui que j'ai commis.

Je vous répète que ce crime n'est pas libre !

Rabusset, je n'insiste pas. Je vais rencontrer la presse

et au besoin le ministre de la Justice.

J'ai dans l'idée qu'ils seront moins nouilles que vous !

Attendez, madame, attendez !

Admettons pour un instant

que je vous reconnaisse coupable de ce crime.

Ah ! Tout de même !

Où sont vos circonstances atténuantes ?

À qui ferez-vous croire que votre acte

vous a été dicté par la passion,

la légitime défense ou tout autre sentiment respectable ?

Monsieur Rabusset, je suis une très grande actrice,

bien meilleure que cette Madeleine Verdier,

je saurai séduire et convaincre les jurés,

comme j'ai su séduire et convaincre

le public du monde entier !

Excusez-moi, mais vous êtes qui exactement ?

Odette Chaumette, en personne !

Inconnue au bataillon !

Bon, Madame, une dernière fois,

voulez-vous choisir un crime parmi ces dossiers ?

Je vous le répète, je ne suis pas la fille Verdier,

les crimes des autres ne m'intéressent pas !

Vous savez...

les coupables qui nient, c'est ennuyeux,

mais les innocents qui s'accusent, c'est exaspérant !

Alors, j'ai du monde à dîner, sortez.

Et ne revenez que quand vous vous accuserez

d'un crime disponible.

J'ai bien l'honneur de vous saluer, madame.

Très bien, Rabusset,

vous voulez un scandale, vous l'aurez !

Alors ?

Quelle mauvaise intrigante !

Oui, mais quelle grande artiste !

Vous la connaissez, Trapu ?

La Flûte merveilleuse !

Oh, madame Chaumette !

Quelle heureuse surprise, nous vous cherchions !

Vous ne sortez pas de chez le procureur ?

Si, mais la magistrature est encore plus vérolée

que je ne le pensais. Je m'en vais de ce pas

établir ma culpabilité devant la presse !

- La presse ? Mais quelle idée ! - Vous avez mon argent ?

C'est-à-dire que nous avons mieux.

Une proposition sérieuse à vous faire !

- Monsieur. - Mesdames ?

Deux cafés pour nous. Pour vous aussi, Odette ?

Non. Une bière et une choucroute

avec quatre saucisses, garçon. - Mon Dieu ! C'est la Chaumette !

Odette Chaumette ! Mon actrice préférée !

Oh, quel honneur de vous recevoir ici !

J'ai vu tous vos films, je suis votre plus grand admirateur.

Oh, merci, ça me va droit au coeur.

Et entendre votre voix, enfin.

C'est bon.

Allez. Ça n'arrête pas. Ils attendent tous mon retour !

Ah ! Si je n'avais pas tué Montferrand...

- Vous avez des remords ? - Pas du tout.

Alors vous avez trouvé un moyen de vous débarrasser de moi ?

Chère Odette, vous êtes une grande artiste,

l'admiration fervente de ce serveur en est la preuve.

Et la camaraderie féminine m'oblige...

Assez de bla-bla, droit au but, poupée :

vous avez mes 300 000 francs ? - J'ai mieux.

Votre grand retour au théâtre ! - Comment ça ?

Dans Le Calvaire de Suzette aux Variétés !

Oh ! Le rôle de Suzette !

Euh non, celui de sa mère. Suzette, c'est moi !

Mais ce n'est qu'un rôle de second plan.

Oui, mais vous seriez sublime,

et quelle surprise pour le public

de vous revoir après toutes ces années !

C'est pas cette vieille peau de Simone Bernard

qui joue dedans ? - Depuis hier,

Simone Bernard croupit en prison.

Elle était si mauvaise dans le rôle ?

Le champagne est offert et servi par la maison !

- Oh, c'est charmant. - Et quatre saucisses.

- Mais n'oubliez pas ma bière ! - Bien sûr, madame Chaumette.

Vous prenez une coupette avec moi ?

- Pourquoi pas ? Merci. - Je vous en prie, madame.

Alors, vous acceptez, Odette ?

Je vous donne 24 heures pour mes 300 000 francs.

Odette, laissez-nous au moins une semaine,

s'il vous plaît. - 24 heures,

c'est tout ce que je peux vous accorder.

Quant au Calvaire de Suzette, je ne vois qu'une solution.

- Laquelle ? - Que la mère devienne

la sœur de Suzette. - Sa sœur ?

Oui, sa sœur !

Enfin... aînée, si vous préférez.

Je ne pensais pas

que ce crime nous donnerait autant de mal.

La prochaine fois, je tuerai moi-même,

ça sera plus simple. - Merci, Albert.

Tu es sûre de vouloir y aller ?

Il m'a proposé son aide, autant en profiter.

Mais il n'est pas dangereux ?

On verra bien.

Il habite où ?

Avenue Frochot.

Tu veux que je t'accompagne ?

Non, rentre, ça pourrait être long.

Aristote a dit :

la condition de la vertu >».

Pas sûr que ça m'aide, mais j'y penserai.

Mademoiselle Verdier, quelle surprise !

Je vous dérange ?

Nullement. Entrez.

Pardonnez ma tenue.

Que puis-je vous servir ?

Un alcool fort, très fort !

- Un pastis. - Un quoi ?

Une nouveauté du sud ! Faites-moi confiance,

cette boisson, c'est le soleil de Marseille.

Faut mélanger avec de l'eau pour pas être ébloui.

S'il vous plaît.

Vous connaissiez l'endroit, si je ne m'abuse.

Non, je le découvre, c'est charmant !

Ah ? Mais je pensais que c'était ici

que vous aviez commis votre crime.

- Non, c'était à Neuilly ! - Ah !

Santé.

J'ai fait refaire un peu les tapisseries,

mais rien de plus. Bon !

Alors, que me vaut cette charmante visite impromptue ?

J'ai besoin de votre aide.

- La tuyauterie ? - Non, non, la...

la plomberie fonctionne à merveille.

La peinture, l'électricité ?

Hein ? Mademoiselle, vous vous sentez mal ?

Ça, c'est le pastis.

Euh... Je ne suis pas à votre goût, c'est cela ?

- Si, si, si. - Mais alors ?

Je suis amoureux, mademoiselle Verdier.

Amoureux ?

Oui, de ma femme.

C'est un crime ?

Oh, je suis confuse, pardon.

Non, non, non, mais vous êtes toute pardonnée !

Mais sachez qu'il n'est pas toujours nécessaire

de s'offrir à un homme pour obtenir son aide.

Alors vous êtes d'accord pour m'aider ?

Je suis tout ouïe.

Quel honnête homme ! Tu devrais être heureuse :

pas besoin de passer à la casserole ni de tuer.

- Hum-hum. - C'est l'idéal.

Tu es sûre qu'il n'est pas inverti ?

Je ne crois pas, il m'a dit qu'il aimait sa femme.

- Alors ça existe ! - Quoi donc ?

L'amour et les hommes vertueux.

Oui. Et avec mon cher André,

ça fait deux parmi nos connaissances.

Tu as l'air déçue.

À vrai dire, ce Palmarède ne me déplaisait pas.

Il a un certain charme,

son accent, sa bonhommie,

j'étais prête à me sacrifier !

Et André ?

André, comme mari, sera parfait !

Il me respecte, je l'adore,

mais je me languis un peu.

Alors, pourquoi ne pas prendre un amant en attendant ?

♪ Un silence est bien plus éloquent ♪

♪ Qu'un beau discours

♪ Sans mot

♪ On parle mieux

♪ D'amour ♪

M. Palmarède.

Oui, faites-le entrer.

- Monsieur Bonnard ! - Bonjour.

Qu'y a-t-il pour votre service, monsieur Palmarède ?

Je viens vous parler de Madeleine Verdier.

Pour m'apprendre qu'elle a enfin rompu avec mon fils ?

Au contraire, je suis venu vous demander

de marier ces enfants au plus vite.

Sortez, monsieur. Je ne veux plus vous parler.

Monsieur Bonnard, je suis né à Marseille,

et sachez que chez nous,

on peut nous empêcher de boire, de manger,

de dormir, mais jamais de parler !

Asseyez-vous.

Ah !

C'est votre maîtresse, c'est ça ?

- Je suis marié, monsieur ! - Et alors ?

À Marseille les hommes seraient plus fidèles qu'à Paris ?

Oh que non !

Mais avez-vous oublié comment Mlle Verdier

traite les hommes qui lui manquent de respect ?

Mlle Verdier est une criminelle,

passée en cour d'assises.

Je ne veux pas d'elle dans notre famille !

Monsieur Bonnard, elle a été acquittée.

C'est pas la première fois que la justice faillit, monsieur !

Si cette tueuse d'hommes devient ma belle-fille,

ce sera sans mon consentement.

Mais Madeleine ne veut surtout pas

qu'André se brouille avec vous.

Ce qu'elle désire plus que tout,

c'est votre bras pour entrer à l'église.

- Ha ! - Toutefois,

elle y met une condition. - Ça, c'est incroyable !

Elle ose poser ses conditions ! - Oui.

Elle exige que j'investisse un million et demi

dans vos affaires. - Ha !

Quoi ? - Moi-même,

j'ai pas pu m'empêcher de lui dire :

c'est de la démence !

Les pneus Bonnard sont en pleine déconfiture !

Autant jeter un million et demi à la Seine ! >»

Ah, mais pardon !

Vous êtes très mal renseigné, monsieur Palmarède.

- Hein ? - Oui,

je ne sais d’où vous tenez ces informations, mais...

Laissez-moi vous expliquer ! - Ah ?

Nous subissons la crise, comme tout le monde.

Mais il suffit que nous passions sans encombre

les deux prochains mois,

que nous fassions 500 000 francs de publicité

et que deux ou trois voitures munies des pneus Bonnard

prennent part à la course Paris-Bordeaux,

et je vous parie que votre million et demi

vous rapportera du 15 %!

Ah, oui. C'est ce que Madeleine prétend.

Mais pourquoi s'intéresse-t-elle

à mes affaires ? - Bah...

Madeleine n'oublie pas que ses enfants porteront votre nom.

Et elle craint que son cher beau-père

connaisse la honte de la faillite.

Elle est bien curieuse, cette fille.

Je vous dis, elle a toutes les délicatesses.

Et qu'avez-vous répondu à sa demande ?

Je me suis incliné pour lui faire plaisir.

Ah, j'ai compris. C'est votre fille naturelle.

Non, je ne connais cette petite que depuis son crime,

et je ne l'aime que parce qu'elle l'a commis.

En tuant Montferrand, elle a eu un geste tellement heureux,

tellement opportun !

Je me demande si j'ai pas soudain perdu

la notion du bien et du mal.

Qu'est-ce que c'est ?

- Mlle Verdier est là. - Ah !

Elle sait que je suis avec vous,

elle est impatiente de vous connaître.

- Elle est pas armée au moins ? - Oh, Monsieur Bonnard, voyons.

Non, mais une meurtrière chez moi...

Ah ! - Monsieur Bonnard.

Mademoiselle Madeleine Verdier.

Oh, je suis tellement heureuse de vous connaître. Enfin !

Je ne me figurais pas que vous aviez l'air aussi doux,

paternel et sympathique !

Et vous, aussi jolie.

Bonjour, mademoiselle Verdier.

J'espère que mon ami M. Palmarède a été éloquent.

Il n'a pas eu à se donner grand mal.

Il m'a donné des arguments puissants, inattendus.

- Vraiment ? - Mon fils vous aime,

et à présent que je vous vois, je le comprends parfaitement.

Moi qui vous croyais opposé à notre mariage.

Votre intelligence, votre courage,

votre honnêteté farouche.

Car, enfin, c'est pour rester fidèle à mon fils

que vous avez commis cette action à première vue illégale !

Ce ne sont jamais les actes qu'il faut regarder,

mais les mobiles qui les inspirent.

Mais enfin,

qu'est-ce que c'est qu'un acquittement,

sinon un certificat public d'honorabilité intégrale ?

Parfait ! Voilà une affaire arrangée.

Je vais vous laisser, je n'ai plus rien à faire ici.

Quant au million et demi... - Oui...

J'irai vous voir, monsieur Palmarède.

Quand vous voudrez ! Ma chère petite, au revoir.

Merci, mon bon ami.

Vous voyez, je n'ai qu'une parole.

Je vous reconduis !

Merci.

- Qui a acheté ces journaux ? - Ma secrétaire !

Je voulais connaître la femme choisie par mon fils.

D'ailleurs, où est-il, André ?

Que je lui fasse connaître mes nouvelles décisions !

Je lui ai fait dire que je suis ici.

Il vient venir me chercher pour dîner.

J'espère bien que nous dînerons ensemble.

Un évènement pareil se fête en famille.

Eh bien, monsieur Bonnard,

votre paternelle mansuétude m'oblige à vous faire un aveu.

Une autre, à ma place, aurait sans doute parlé plus tôt.

Mais je voulais que vous m'aimiez d'abord pour moi-même

et bien que criminelle. - Oh !

Ne parlez donc pas de cela tout le temps !

C'est la dernière fois que j'en parle, monsieur Bonnard.

Je vous écoute.

Ce n'est pas moi qui ai tué M. Montferrand.

Qu'est-ce que vous dites ?

La vérité...

pour la première fois depuis bien longtemps.

- C'est pas vous qui... - Non.

Je l'ai fait croire, parce que j'étais malheureuse,

et que cette erreur judiciaire a lancé ma carrière.

Mais avec vous, mon cher beau-père,

je dois arrêter de jouer un rôle et vous dire la vérité.

Comme dit Phèdre :

mes mains ne sont point criminelles. >»

Mais c'est admirable !

Oh ! Quel soulagement immense !

Mais alors, qui est l'assassin ?

- Une dénommée Odette Chaumette. - L'actrice ?

Vous la connaissez ?

Une gloire de ma jeunesse :

du cinéma muet >»!

En tout cas,

mon succès l'a rendue jalouse.

Et elle m'a déclaré que si je ne lui donnais pas 300 000 francs,

elle raconterait dans tous les journaux

que c'est elle, la véritable assassin.

Madeleine, cette histoire est invraisemblable.

Vous me la racontez pour me faire plaisir.

Je prévoyais votre incrédulité,

et dans une minute,

vous aurez la preuve de tout ce que j'avance.

- La preuve ? - Hum-hum.

Maître Pauline Mauléon.

Pauline, je te présente mon futur beau-père !

- Monsieur ! - Bonjour, maître.

Mes félicitations à tous les deux.

M. Bonnard ne veut pas croire

que ce n'est pas moi qui ai tué Montferrand.

Eh bien, nous allons le lui démontrer.

Odette est à côté, dans la remise des pneus crevés.

- Chaumette ici ! - Oui.

Encore une meurtrière chez moi !

- Vous m'avez bien reçue. - Vous c'est pas la même chose !

Je veux qu'elle vous confirme mon innocence.

Elle vient surtout réclamer ses 300 000 francs.

- Vous comptez les lui donner ? - Non, ce n'est plus la peine.

Maintenant que vous êtes au courant,

ses menaces ne me font plus peur.

Je tiens plus à votre estime qu'à ma popularité.

Vous êtes admirable, ma chère belle-fille !

Demain tout Paris saura

qu'André Bonnard épouse une femme vertueuse,

sans reproche.

Fais-la entrer, Pauline.

Attendez, un instant !

Qu'est-ce qu'il y a ?

Non, je pense à une chose.

Laquelle ?

S'il est établi que vous n'êtes pas

l'assassin de Montferrand...

est-ce que cela ne va pas vous nuire

dans l'esprit de Palmarède ?

Évidemment, il sera déçu,

et n'aura plus les mêmes raisons de m'être agréable.

- Ah ça, c'est sûr ! - Mais qu'importe !

Nous travaillerons ! Même André !

Et ce sera bien le diable si nous ne rétablissons pas

vos affaires d'ici quelques années.

Il sera un peu tard.

Mais ne parlons pas de mes affaires,

je pense à vous, mesdames.

Ce crime vous a rendues célèbres et extrêmement sympathiques.

Les révélations de la Chaumette

vont vous causer un tort considérable.

Vous, comme actrice, et vous, comme avocate !

L'honneur des Bonnard avant tout !

L'honneur de la justice avant tout !

Oh !

Je ne peux accepter de pareils sacrifices.

Ça marche !

Hum... Qu'on introduise l'assassin !

- Odette Chaumette ! - En personne !

Madame, mes hommages et toute mon admiration

pour votre carrière passée dans le cinématographe muet.

Ma carrière n'est pas passée, monsieur !

Elle ne cesse de briller et de rebondir,

vous pourrez d'ailleurs me voir prochainement au théâtre

dans Le Calvaire de Suzette.

Mon grand retour !

J'y serai dès la première, madame.

La Verdier vous mettra deux places à l'orchestre.

Ainsi, c'est vous qui prétendez avoir tué Montferrand ?

Oui, Monsieur. Crime passionnel.

Ces dames ont dû vous donner tous les détails,

toutes les preuves. - Et vous souhaitez

inonder la presse de vos révélations ?

Eh bien, elles paraîtront demain matin

si je n'ai pas mes 300 000 francs aujourd'hui même !

- Eh bien, les voici ! - Oh !

Vous pouvez toucher ce chèque dès aujourd'hui.

À la bonne heure !

Ouh !

Eh bien, vous voyez, ça n'a pas été si difficile.

Seulement, chère Odette,

comme vous pourriez nous réclamer un chèque

tous les six mois, nous voulons le portefeuille en échange.

La confiance règne.

Mais puisque c'est vous qui me le demandez, cher maître,

je vous le donne bien volontiers.

des buissons ardents. >»

Mais alors vous, qui êtes-vous, monsieur le bienfaiteur ?

Le souteneur de deux grues ?

Un soupirant de la Verdier ?

Un vague cousin de la jolie avocate ?

- C'est mon beau-père, madame ! - Ah, ça alors !

Vous avez aussi fait un beau mariage !

Mon crime vous aura bien rapporté !

À vous aussi, Odette.

C'est vrai. Ma minette...

Je vais de ce pas l'encaisser

et je vous dis à très vite sur scène !

Quelle actrice !

Je la préfère dans les films muets !

Oh, oui ! La Flûte merveilleuse.

Merci, monsieur Bonnard, pour votre geste.

Si cette femme avait parlé,

vous auriez eu tellement d'ennuis.

- Ah, ça ! - Le mieux serait d'ailleurs

de ne jamais dire la vérité à personne.

Sauf à André, bien sûr. - Oh !

Il va être tellement heureux

d'apprendre que sa femme n'est pas une criminelle.

Oh non. Ne mettons pas André dans la confidence !

- Ah bon ? - Je préfère que ça reste

entre nous trois. Notre secret.

- Comme il vous plaira. - Merci.

Ah, te voilà !

Tu pouvais pas me le dire plus tôt, grand dadais !

- Quoi ? - Mais que tu l'aimes, parbleu !

Il y a longtemps que vous seriez mariés !

Ça par exemple !

Ne discute pas et embrasse-la.

Et son crime, qui vous remplissait d'horreur ?

On me l'avait mal expliqué.

Mon cher père, je savais que le jour où vous connaîtriez

les détails de son crime, vous admireriez Madeleine

comme je l'admire moi-même.

Vous rendez-vous compte qu'elle a tué pour me rester fidèle ?

Aucune femme au monde a donné

une telle preuve d'amour à un homme ! Je l'adore.

Je t'adore !

Vous voyez, il vaut mieux ne rien lui dire.

Chut !

Pardon, madame.

Non !

Non !

Mais lâchez-moi !

Lâchez-moi !

Qu'est-ce que tu fous là, toi ?

Lâche-la ou je tire !

Oh !

Allez !

Lâchez-moi !

Tu m'as sauvée !

Il bouge encore !

Restons ensemble face à ce calvaire, Suzette.

Solidaires et combattantes.

Car en ce monde injuste d'hommes puissants et cruels,

il n'y a de consolation plus réconfortante,

que celle dans les bras d'une sœur !

Bravo !

Bravo !

Oh !

Bravo !

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