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LE DIABLE AU CORPS
"Mais rapporte où tu l'as prise, la nappe blanche
"dès la fin du dîner.
"Sache que viendront les morts, les morts tristes et blêmes."
Et toujours dans le même poème, "La nappe", il écrit :
"La fillette est déjà grande, elle tient la maison, elle travaille,
"elle fait la lessive et la cuisine. Elle fait tout comme en ce temps-là.
"Elle pense à tout, mais pas à débarrasser la table.
"Laisse venir les morts, les bons, les pauvres morts..."
Donc, les morts dans le poème de Pascoli,
ne sont pas des présences terrifiantes, persécutrices,
mais au contraire, les uniques présences
avec lesquelles le poète établit une relation,
avec lesquelles pleurer, se consoler...
Ce sont le plus souvent des parents, la famille,
le père, la mère, le bonheur de l'enfance.
Le tout, très idéalisé.
Les morts lui parlent :
"Il y a une voix dans ma vie."
C'est pour cette bonté du cœur, ce culte de la famille,
cet attachement à la famille,
ce sens du devoir accompli jusqu'au bout,
que Pascoli est le poète par excellence
des livres scolaires, qui ne se sont jamais préoccupés
suffisamment, de souligner son extrême...
À vos places ! Que se passe-t-il ?
À vos places !
Ne vous penchez pas ! Ne vous penchez pas !
Laissez-moi !
Mademoiselle ! Regardez-moi !
Regardez-moi !
Bientôt, vous penserez
tout à fait différemment.
Calmez-vous !
Je vous en prie ! Calmez-vous ! Je suis un prêtre catholique !
Regardez par ici !
Regardez par ici, Mademoiselle !
Le Christ a dit que la vie n'est pas à nous, mais à Dieu !
Vous ne pouvez pas y mettre fin.
La vie n'est pas à nous, mais à Dieu. C'est Lui qui décide.
Pensez à ceux qui souffrent plus que vous,
aux mourants, aux malades !
Regardez par ici !
Mademoiselle, regardez-moi !
Regardez-moi. Je suis un prêtre catholique.
Peut-être n'êtes-vous pas catholique.
Mais vous devez être chrétienne, croire en quelque chose.
Alors, pensez... pensez à votre frère, votre père, votre mère.
Mademoiselle, je sais que pour vous...
Ceci est un moment de tristesse, de difficulté.
Bientôt, vous penserez peut-être tout à fait différemment.
Mais qu'est-ce que nous t'avons fait ?
Elle va se jeter du toit !
Ne vous penchez pas ! Ne vous penchez pas !
Aidez-moi !
Aidez-moi !
Laissez passer, laissez passer !
Emmenez-la ! Chez le proviseur !
Chez le proviseur !
Laissons-la respirer !
Dépêchez-vous !
Mon Père, veillez à ne pas faire tomber de l'eau dans la cour.
Je n'avais pas fait attention.
On y va ?
Allons-y.
Giulia, les fleurs.
Oui, maman.
Écoutez.
Au Colonel Dozza, victime du terrorisme
Vos papiers.
Quelque chose de métallique sur vous ?
Alors que cela est laissé
à l'appréciation des juges de fond,
qui eux, fondent leur verdict
exclusivement sur les déclarations des susnommés complices,
les soi-disant repentis...
Qui ont tout intérêt à s'accabler de charges plus graves,
vu les incalculables profits,
je veux dire
les substantielles réductions de peine
que leur réservent la loi de 79 et le N° 304 de 82.
Monsieur le Président,
messieurs les juges,
parmi les paramètres retenus au cours de nombreux procès,
citons le soi-disant concours moral...
Sur lequel celui qui appartient
à un groupe subversif constitué en bande armée
doit en répondre, eu égard au délit d'association !
À vos ordres.
Pourriez-vous la porter à Pulcini ?
Vraiment, ça, je ne pourrai pas.
Je vous en prie.
- J'en réfère au capitaine. - Merci.
Ainsi, l'accusé Ennio Giorgetti
doit répondre de deux homicides,
trois tentatives d'homicide...
- Bonjour, Giulia. - Bonjour, madame.
...sans avoir commis un seul de ces crimes
et sans qu'il soit prouvé
qu'il ait concouru à leur exécution,
participé à leur préparation, à l'agencement
ou bien à la consommation de ces crimes.
Dans le cas présent,
aucune preuve...
De la participation de l'accusé à un des mouvements susdits.
II manque donc la preuve
de sa contribution consciente et volontaire
à cet épisode délicieux.
Contribution, qui en tout cas devrait être
en lien direct avec le délit.
Récapitulons, M. le Président, MM. les Juges...
La contribution des "dissociés"
à la reconstruction de cet univers inconnu
qu'était le monde subversif.
Le soi-disant compartimentage
de structures clandestines constituait un rempart,
un mur infranchissable, protégeant
les terrifiants secrets de l'organisation.
Mais après Tartaglia, Gatti,
d'autres ont collaboré au démantèlement de l'appareil
et à l'anéantissement de cette...
Puissance géométrique,
ainsi que se plaît à l'appeler Piartanida,
qui a ensanglanté nos rues
et laissé des traces indélébiles
en nous tous.
M. le Président, MM. de la Cour...
Il y a des hommes qui cachent leurs fautes.
D'autres font amende honorable, publiquement...
Regarde.
Où ?
Mais là, dans la cage des irréductibles.
Tu ne vois pas comme ils bougent ?
Ah oui, là, je vois.
Avec les journaux.
Merde, c'est vraiment des irréductibles !
Ne parle pas trop fort.
Non, ne regarde pas.
Pourquoi ?
Je sais pas. Tu regardes trop naïvement.
Tu te fais remarquer.
Comment tu t'appelles ?
Andrea.
Moi, c'est Giulia.
Séparez-les !
Laissez-les finir ! Laissez-les finir !
Alors ?
Ça te plaît ?
Oui, c'est beau.
C'est immense.
C'est à toi ?
Oui... mais après le mariage.
Cadeau de mariage. Je suis fiancée à Giacomo Pulcini.
Ah, c'est ça.
G.P.
Tu veux ramer ?
Qu'est-ce que tu as à rire ?
Attention !
Rame, rame !
Andrea n'est pas rentré déjeuner.
Je me fais du souci. Pourquoi ne pas téléphoner ?
Ils n'y pensent pas.
À quoi pensent-ils ?
Au revoir, Professeur.
Au revoir, merci.
Réponds !
Emma, c'est absolument normal.
Asseyez-vous.
Pourquoi les dealers, maintenant ?
C'est le printemps, Andrea a 18 ans et des petites amies.
Bon. Il faut que je te laisse.
Excusez-moi, Maître, à nous.
Professeur...
Étant là, je n'ai pu m'empêcher d'entendre votre conversation.
Voyez-vous, votre fils, je l'ai vu ce matin au tribunal
et même d'autres fois.
Je l'ai reconnu d'après cette photo, là, sur votre bureau.
Au tribunal ?
Oui, au procès Pulcini.
Et qu'y faisait-il ?
Ah, cela, je l'ignore.
|| était en compagnie de cette... Giulia Dozza.
Ils sont ressortis ensemble.
Mais... j'ai peut-être dit une sottise.
Soyez à l'aise.
C'est que, voyez-vous...
Moi, je ne sais pas... quand...
Rhabillez-vous immédiatement !
Emma !
Viens, viens... donne-moi un baiser.
Un baiser... Qu'est-ce que ça te coûte ?
Allez-vous-en ! Allez-vous-en !
Viens là.
Viens.
Attends.
Attends, Giulia !
Salut, Pietro.
Andrea, tu as une minute ?
Attention, Andrea.
La folie, c'est une sale bête. Ça ne plaisante pas.
Giulia...
J'ignore tes rapports avec elle, je préfère...
Tu pousses, papa.
Je la connais bien, elle est complètement folle.
Andrea, écoute...
Les fous, les vrais, toi, tu ne les connais pas.
Ils sont très dangereux ! Ils te vampirisent ! Te dévorent !
- Mais je vais très bien ! - Je sais.
- Alors, pourquoi ce laïus ? - Calme-toi !
Toi, calme-toi !
Tu rentres à 10 h du soir. Sans prévenir, sans téléphoner.
C'est la première fois.
C'est aussi la première fois que je suis amoureux.
Ah bon...
Confronté à l'amour...
Fais comme tu veux, tu t'en mordras les doigts.
Mais dis-toi que quand Giacomo Pulcini sortira...
- Sortira ? - Oui, pourquoi ?
C'est pas un assassin !
Mais c'est un repenti !
Andrea, attends ! Prends de l'argent...
Tire bien, sinon, ça fait des plis.
L'oreiller.
J'y vais.
Oui ?
Pardon, je me suis trompé d'étage.
Mais je les avais déjà arrosées ! Là, elles vont pourrir.
Alors...
On y va ?
Écoutez, je vais rester encore un peu...
Parce que je voudrais m'habituer à la maison.
Pour ça, tu as la vie devant toi.
C'est vrai.
Et puis, Giacomo
m'a bien dit d'être attentive aux bruits, au fil des heures.
Pour isoler éventuellement la chambre.
Il lui faut le silence absolu, et s'il sort bientôt de prison...
Comme tu veux.
Ne vous en faites pas, je prendrai un taxi.
Bon, très bien.
Au revoir.
Ferme bien, hein ?
Ferme, ferme.
Qu'est-ce qui se passe ?
Je dois te parler, c'est important.
Parle.
Je suis amoureux.
De toi ! Amoureux de toi !
J'ai oublié un coup de fil. Tu me fais du café ?
Le téléphone est là !
Je vais là.
Giulia ! Qu'est-ce qui se passe ?
Qu'est-ce qui s'est passé ?
Qu'est-ce que tu as fait ?
Il n'en reste pas une seule !
Qui t'avait offert ça ?
Vous voulez encore du café ?
Allons-y.
Je suis là.
J'avais peur que tu sois parti.
Comment j'aurais fait ? Tu m'as bouclé !
Ah oui...
C'est vrai.
Elle m'a foutue en pétard, cette conne !
- T'as vu ça ? - Comment t'as fait ?
Elle voulait pas partir.
Comment t'as fait pour te libérer ?
Je me suis fait déposer devant une église.
Viens.
Tiens.
Tu sais, quand j'étais là, à côté, elle m'a jeté une chaussure.
Elle a failli me pincer.
Je m'étais agrippé au sommier.
Tu as eu peur...
Quand j'ai fait tomber les assiettes.
Tu m'as sauvé.
Tu sais...
Je l'ai vraiment fait avec plaisir.
On ne doit plus se voir. Je ne veux pas devenir folle.
Je ne savais pas quelle alliance te plairait,
j'en ai pris plusieurs modèles.
Des normales...
Des platinées...
Et puis aussi des autres...
Satinées. Tu vois ?
Qu'est-ce qui te tracasse ?
Le chat tousse.
Ne plaisante pas.
Non, c'est vrai.
Il y en a un autre ?
Un autre chat ? Mais non, c'est toujours le même.
Oui, tu parles.
Non, écoute. Il n'y a vraiment rien de changé.
Ne te fais pas de souci.
Je veux avoir une vie normale,
tout ce qu'il y a de plus normal. Rien d'autre.
Normale.
Être la majorité.
J'ai compris une chose.
Une chose importante.
J'ai compris que je suis un médiocre.
Mais non.
Je suis un médiocre et je m'en vante.
L'orgueil de la médiocrité, c'est ça, la découverte.
Être comme tous les autres.
Eh bien, oui.
J'ai écrit un poème.
Tu me le lis ?
Une comptine.
Vas-y.
"Dimanche, à la méridienne. Sur la côte tyrrhénienne.
"Confirmations. Communions...
"Chacun ses opinions. Chacun son défaut, son prix.
"Chambres à quatre lits. Pour tous les parents réunis.
"Les assiettes sont finies.
"Giulia, réalité présente.
"Ni marxiste, ni décadente.
"Rien de minimal, de maximal. Tout absolument normal.
"Nuits d'amour sans fermer les yeux.
"Les enfants aux noms d'aïeux.
"M'inclinant devant les morts.
"Reconnaissant les torts. Mes torts personnels.
"Je paierai le casuel.
"Je toucherai d'un coup de sonde. La beauté, la laideur du monde."
C'est superbe.
"Vies, existences, espérances...
"Halte aux massacres, aux souffrances.
"Oui aux étreintes. Défendre la femme enceinte.
"Les roues, les attelages. Croire dans les sondages.
"Dans le citoyen lambda. Celui qui ne compte pas."
C'est très beau, continue.
"La mer n'a plus ni thon ni lieu.
"Bénis soient petits-fils et aïeux.
"Oncles, belles-filles, cousins.
"Belles-mères, petits-cousins.
"Dormir l'après-midi..."
Pas si fort, tu me fais mal.
Excuse-moi.
...Et avec leurs propres expériences.
C'est pour cela que considérer l'homme vivant, concret,
pour Feuerbach, ça ne veut pas dire se renfermer...
Giulia !
...dans le carcan de l'individualité.
Puis qu'aucun homme à lui seul, n'a en soi l'essence de l'homme.
Son essence se trouve et se réalise
dans l'espèce.
Elle se réalise dans le genre humain,
c'est-à-dire dans la communauté de l'homme avec l'homme.
C'était là, en effet, le mystère,
le nœud qui devait être défait
tant par la religion que par la philosophie.
Raimondi, que faites-vous ?
J'entrais.
Mais normalement, on entre par la porte.
En général.
En bas, c'était fermé, je voulais pas rester seul.
Vous vous sentez bien ?
Bof...
Bon, reprenons.
J'insiste sur ce point : C'était là, en effet, le mystère,
le nœud qui devait être défait,
tant par la religion, que par Hegel.
Viens là.
Fais miaou.
Un beau miaou, allez.
Fais miaou.
Qu'est-ce que ça te coûte ?
Un beau miaou.
Ton chat, c'est un nul !
Mais tu es fou. Qu'est-ce que tu as fait ?
Tu aurais pu te tuer.
T'es complètement fou.
Regarde, tu es tout trempé. Entre.
Déshabille-toi.
Couvre-toi, ne prends pas froid.
Tu es encore en nage. Couvre-toi.
Vous ne traduisez pas ?
Pardon ?
Comment "pardon" ? Feuille blanche au bout d'une heure !
Combien de temps il reste encore ?
Qu'est-ce qui vous prend ?
Ne jouez pas les soixante-huitards attardés !
Allez ! Ici, on travaille.
Ici, ici, petits oiseaux.
Giulia, habille-toi. Il est tard.
Giulia, on y va, hein ?
Ottavio, mettez-la là, sur la terrasse. Là, là.
Surtout pas au soleil.
Là, parfait, ça va bien. Venez, merci.
Allô ?
Je suis Olga Pulcini.
Le Professeur est là ?
Pouvez-vous l'appeler ? Merci.
- Professeur... - Bonsoir, Madame.
Bonsoir, Professeur.
Je viens de découvrir votre fils,
dans le lit conjugal de mon fils, Giacomo.
Tranquille comme Baptiste.
Voilà. Vous le saviez ?
Je le savais.
Vous, vous êtes content des rapports de votre fils avec Giulia.
Ah non, non ! Au moins, reconnaissez-le !
Vous ne vous êtes même pas senti tenu...
Je suis très préoccupé et terrorisé...
C'est parce que mon fils...
Mon fils doit sortir, Professeur.
Mon fils...
Doit sortir de prison.
Giulia, comment va-t-elle ?
Giulia va bien. Elle est amoureuse.
Elle ne se rend pas compte qu'elle détient...
le destin de mon fils.
Non, elle n'est pas mauvaise. Irresponsable...
Inutile de lui parler.
Ce matin, elle est venue à l'audience.
Elle riait, riait toute seule.
Habillée, maquillée, comme pour aller danser.
Attends.
J'ai vu quelque chose.
Qu'est-ce que c'est ?
C'est quoi, ça ?
Il y a un fil.
Elle a mis des fils.
Mme Pulcini est devenue folle.
Regarde.
Qu'est-ce qu'on fait ?
On s'en va ?
Attends.
Pourquoi tu ris ?
Pourquoi tu ris ?
À quoi tu penses ? Tu rêves ?
J'y suis aussi ?
Ne ris pas.
Ne ris pas !
Attention, je peux te la couper.
C'est vite fait. Et facile.
De quoi tu rêvais ?
Tu rêvais ?
De quoi tu rêvais ?
Regarde-moi ! Regarde-moi !
Tu rêvais. À qui ? J'y étais ? J'y étais aussi ?
- Tu riais ! - Je riais ?
Oui, tu riais ! Mais là, ne ris pas.
Ne ris pas.
Dis-le-moi. De quoi rêvais-tu ?
J'y étais ?
Doucement !
Comment finissait le rêve ? Dis-le-moi !
Qui y avait-il ?
Tu m'as réveillé.
Mais si je me rendors tout de suite, je m'en souviendrai.
Non, ne dors pas.
Si tu m'aimes, ne dors pas.
Tu restes avec moi ?
Tu m'aides, tu m'endors ?
Tu me dégoûtes !
Maintenant, endors-moi.
Je t'en prie.
N'aie pas peur, je ne te ferai rien.
Mais là, si tu ne m'endors pas, je te tue.
Et là, qu'est-ce que tu me racontes ?
Une belle histoire.
N'importe quoi.
Bon.
Le 3 avril...
1917...
Venant de Suisse,
Lénine arrive à Saint-Pétersbourg.
À la gare, une foule incroyable l'attend,
avec des flambeaux.
Si, c'est vrai, avec des flambeaux.
Tout le monde attend Lénine.
Lui, il est un peu fatigué.
Peut-être qu'il a voyagé debout dans un wagon plombé.
Il est peut-être un peu enrhumé.
C'est pour ça qu'il demande un colback...
Et aussi parce qu'à cause des soucis...
Il a perdu ses cheveux.
Si, c'est vrai. Lénine.
On n'a aucune photo de Lénine avec un colback.
Il n'en portait pas.
Il portait quoi ?
Rien. Il était chauve.
Il était chauve.
Oui, parce que, peut-être qu'il avait...
N'oublions pas que la Suisse
est la patrie des montres.
Et puis, à cette époque...
Il n'y avait pas la concurrence...
Du Japon.
Je ne trouve pas la clé.
Quelle heure est-il ?
Il est 8 h 20. Faut que j'aille au lycée.
Quoi, tu vas au lycée ?
Reste là, viens te coucher.
Tu en as marre de moi ?
Je t'en prie. Où as-tu mis la clé ?
Cherche-la. T'avais qu'à attendre que je me réveille.
Je l'ai cherchée, je la trouve pas.
Reste. Entre en 2ème heure.
Alors, je t'ouvre pas.
Pourquoi ?
Parce que je suis née comme ça. Folle.
T'es un pauvre con !
Andrea. Pardonne-moi.
Tu viens au tribunal, alors ?
Une douche et je viens.
Professeur, Mlle Dozza est là.
Pardon ?
Mile Dozza.
Comment est-elle habillée ?
Elle est devant moi.
Bon, faites entrer, mais dans un instant
et prévenez ma femme de mon retard.
Bonjour.
Comment allez-vous ?
Bien.
J'en suis heureux.
Toujours très belle.
Bon, soyez tranquille.
Asseyez-vous.
- Je vous en prie. - Merci.
Étendez-vous, étendez-vous. Je vous en prie.
Attendez.
Vous avez le même parfum de lavande.
Près d'un an s'est écoulé.
Je vous répète que la première condition
pour que cette thérapie ait des résultats,
c'est d'en reconnaître les...
Raisons précises.
Le monde est ce qu'il est, nous de même.
La psychanalyse ne transforme pas le monde,
elle vous aide à vous adapter au meilleur des mondes.
Imaginez ce cabinet...
Un peu...
Comme un sas de décompression.
Je suis heureux de votre retour,
non pas par futile satisfaction professionnelle,
mais parce que vous avez accepté de restaurer cette règle,
ce pacte sans lequel aucune amélioration n'est possible.
Tu ne sors pas !
Et je suis sérieux. Je ne bouge pas d'ici.
- De la soirée ? - De la nuit. Attention !
Et si tu veux te battre, je suis prêt.
Tu peux rire.
C'est à moi que tu parles ?
Tu penses que je suis un pauvre type.
C'est ce que tu penses.
Je suis un crétin, non ?
Je n'ai rien compris à Giulia, qui va très bien.
Amour - guérison. Eurêka !
- Et quand tu la quitteras ? - Je n'y pense pas.
Il le faut ! Tu n'es plus un gosse !
Devoir de tout psychanalyste : ne pas coucher avec ces malades.
Je ne te comprends pas.
Si je devais coucher à la demande, je serais à l'asile !
Les femmes, c'est l'asile ! Compris ?
Mais moi, je suis pas psychanalyste.
Et je ne serai jamais psychiatre, comme toi !
Eh bien, file, file, qui te retient ?
Bon, bon... bon.
D'accord, je peux aussi être médiocre.
À ma mort, il ne restera rien de moi.
Mais je suis honnête, cela, on me le reconnaît.
Je n'ai jamais profité de mes malades. J'aurais pu, impunément.
Bon, allez, file.
File, file...
Qu'est-ce que tu as ?
- Rien. - Rien ? Qu'est-ce que tu as ?
Tu en as déjà marre de moi ? Hein ?
Mais j'ai eu une petite discussion avec mon père.
Petite ?
Et qu'est-ce qu'il t'a dit ?
Il est furax qu'on se voie.
Il t'a parlé de moi ?
Oui, une fois.
Il est sûr que tu es folle.
C'est ça qui le rend si furieux.
Et toi, tu penses quoi ?
Tu penses quoi ? Dis-le-moi.
T'as baisé ?
Réponds.
Tu avais l'air si sûr de toi.
T'as baisé ?
Pourquoi tu me demandes ça ?
Oui, t'as raison.
Mais t'as baisé ?
Excuse-moi.
Oui, oui, oui, encore. Oui !
Bon, allez, t'as baisé ou pas ?
Et qu'est-ce qu'on en a à foutre ?
Tu me dégoûtes.
Mais non, j'ai pas baisé.
Je suis juste allée le voir.
- On s'en va. - Où ?
On s'en va.
Je sais pas.
D'accord.
Un autre, pareil.
J'ai écrit aux socialistes : pas de réponse.
J'ai écrit au P.C. : claqué la porte au nez.
J'ai écrit à L'Archevêque, lequel s'est présenté :
"Vous m'avez appelé ? Me voici".
Je veux dire que dans L'Église, au-delà de toute polémique,
J'ai rencontré des gens qui vivent les valeurs chrétiennes.
Sans arrière-pensée, sans vouloir,
le moins que ce soit, se servir de toi.
Alors, tu sens...
Que peut-être...
Derrière leur visage, quelqu'un te regarde.
Quelqu'un en qui tu croyais, enfant.
Et moi, aujourd'hui...
...Dans une société où...
Tout est violence.
Garde-moi ça.
Vous la remettez déjà ? Encore 3 heures, profitez-en.
J'ai fini.
J'en suis sûr, mais c'est le bac.
Relisez-vous. Croyez-en mon expérience.
- J'ai pas le temps. - Pas le temps ?
Vous avez Conseil des Ministres ?
Lodovico Colombo,
tous délits confondus, 25 ans de réclusion.
Maurizio Leto, aux termes de l'article 3,
3 ans de réclusion, 500 000 lires d'amende,
plus les frais de procès.
Agostino Banzi, 13 ans de réclusion, amende et frais de procès.
Roberto Fabbri, 22 ans de réclusion
et un million de lires d'amende.
Pulcini Giacomo,
aux termes de l'article 3 de la loi du 29.5.82,
8 ans et 7 mois de réclusion, et amende de 600 000 lires,
plus les frais de procès.
Angelo Demela, 30 ans, 800 000 lires d'amende.
Campoli Alessandro,
22 ans de réclusion.
Quant à Pulcini Giacomo,
aux termes de la loi 495 du 12.5.82,
la Cour lui accorde la liberté provisoire à compter d'aujourd'hui.
Bon, attention.
Tous nos vœux. Et nos vives félicitations.
Nos vœux de bonheur.
Très touché. Merci.
Félicitations.
Giacomo...
Giulia ne vient pas.
C'est à toi ! Dépêche ! Viens !
Vous vous étiez perdu dans les couloirs.
Nous pouvons commencer enfin, l'interrogation.
Lisez et commentez l'introduction à la prophétie de Cacciaguida.
"Les contingences qui se bornent au cadre de votre matière
"sont toutes peintes dans l'Éternel Voyant.
"Non que ce qu'il prévoit fatalement arrive,
"car le regard qui contemple une nef ne la force pas dans le courant."
C'est suffisant. Interprétez
ces deux tercets.
Eh bien, la contingence, ce serait le cours des vents contingents
propres au monde
matériel et terrestre.
Cette contingence est entièrement présente,
peinte, précisément, dans l'esprit de Dieu.
Exactement, ab aeterno.
Qui fume ?
Mais malgré cette prescience divine,
le cours des événements contingents ne devient pas une nécessité.
Comme pour un bateau, justement,
qui descend le courant d'un fleuve.
La nécessité de son mouvement ne dérive pas...
De l'œil de l'observateur qui le contemple.
; Bien. À quelle... théorie
Dante fait-il référence dans ces vers ?
À celle du libre arbitre.
Vous donnez des réponses logiques, imparables.
Pourtant, le ton, ou plutôt le "mono-ton",
disons... monotone de vos réponses
me laisse perplexe.
C'est comme si Dante ne vous intéressait qu'un peu ou pas.
Ce qu'il faut pour passer l'examen.
À votre sérieux,
je vous verrais bien appartenir,
idéologiquement, à certains groupes
par exemple à Communion et Libération. C'est votre cas ?
Non, pas du tout.
- Froissé ? - Pas du tout.
Vous êtes pacifiste ?
Écologiste ?
Peur de la bombe ?
- Pas plus que ça. - Alors, marxiste ?
Non... désolé.
Tant pis. On peut aussi vivre sans être marxiste.
Professeur,
passons à l'interrogation de grec.
Très bien.
Voulez-vous lire un passage d'Antigone ?
Prenons la page 344.
Et lisons les 4 premiers vers,
à partir du vers 1339.
La métrique, c'est très bien.
Écoutons la traduction.
Emmenez-le loin d'ici,
ce pauvre fou.
Moi, qui t'ai tué, mon fils, sans le vouloir.
Et qui t'ai tuée, toi aussi, toi qui es devant moi, Ô ma dame.
Encore une question.
Selon vous, dans ce heurt dramatique
entre Antigone et Créon,
quelle opposition se dessine ?
Fondamentalement s'affrontent, dans toute leur diversité,
les positions...
De celui qui défend les lois humaines,
libérées des lois...
Non écrites de la divinité : Antigone.
Et de celui qui, au contraire...
Honorant les lois des dieux, des aïeux,
en fait le fondement de son existence
et de la vie sociale : Créon.
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