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Il est assisté par son avocat, maître Lisa Tsue Chin.
Merci.
Etes-vous Fabian Ploch ?
Oui.
Quand êtes-vous né ?
Le 18 août 1975.
Habitez-vous au 48, Voordijkshoorn à Delft ?
Pour l'instant, oui. Veuillez me le redemander dans un mois.
Vous êtes ici comme suspect, M. Ploch.
Ca implique deux choses. Vous devez être attentif,
et si l'on vous pose une question,
vous n'êtes pas obligé d'y répondre.
Est-ce clair ?
C'est clair, monsieur le président.
Vous êtes accompagné par maître Chin. Bienvenue, madame.
Présente également, la partie lésée.
Madame Richter. Bienvenue également.
Vous êtes assistée par maître Wittermans.
Vous n'êtes pas obligée d'être ici, et si souhaité,
vous pouvez sortir à tout moment.
On entendra aujourd'hui comme témoins :
monsieur Remco Kouwenaar,
et monsieur Van der Smissen.
Ils quitteront la salle d'audience plus tard.
Je donne la parole à l'Officier de Justice.
Merci, monsieur le président, membres du tribunal.
M. Ploch est soupçonné d'avoir, le 25 mai 1996, à Amsterdam,
forcé Mme Richter à subir des actes sexuels
dont la pénétration sexuelle dans le corps de Mme Richter
en introduisant son pénis dans son vagin.
Le prévenu a retenu la victime et l'a dénudée de force.
Ceci pendant les Journées Découverte
de l'université d'Amsterdam,
dans la maison d'étudiants où vivait M. Ploch avec, entre autres,
M. Kouwenaar.
M. Ploch reconnaît l'avoir embrassée,
Mme Richter déclare qu'il l'a forcée à...
Pardon, pourriez-vous parler moins vite ?
Je n'arrive pas à suivre.
- Bien sûr, je peux faire ça. - Merci.
Mme Richter avait 17 ans, M. Ploch avait 20 ans.
On reproche au prévenu le viol aggravé d'une mineure.
Il est subsidiairement accusé de tentative de viol.
Ainsi que d'agression sexuelle.
La peine maximale encourue est de 16 ans.
Puis, il y a la réclamation déposée par Mme Richter,
la partie lésée, monsieur le président.
Merci. Maître Wittermans ?
Veuillez clarifier la réclamation.
M. le président.
Ce que ma cliente a subi
a eu de lourdes conséquences sur son fonctionnement
au niveau social et économique.
M. Ploch l'a privée entre autres d'une vie sexuelle.
Pour le préjudice moral subi,
nous réclamons un dédommagement de 30 000 euros.
Merci.
Je demande aux messieurs Kouwenaar et Van der Smissen
de quitter la salle maintenant.
On viendra vous chercher.
Membres du tribunal, monsieur le président.
Je commence par dire que je regrette que nous soyons ici aujourd'hui.
Mais mieux que quiconque,
je comprends l'intérêt sociétal de cette affaire.
Surtout de nos jours.
Nous savons tous pourquoi je me retrouve ici.
Et ce n'est pas parce que je suis un violeur.
Mais parce qu'un témoignage anonyme
est devenu une accusation personnelle,
ce qui a créé un spectacle médiatique savoureux.
Nous sommes ici aujourd'hui à cause d'un énorme malentendu.
M. le président, je ne suis pas là pour me défendre.
Notre justice a toute ma confiance.
Je suis ici parce que je prends ma responsabilité.
En tant qu'habitant de notre beau pays,
en tant que dirigeant politique,
et en tant qu'homme.
Vous êtes bel et bien là pour vous défendre, M. Ploch,
pas pour faire campagne.
La journée peut s'avérer longue.
Pour le bien de nous tous,
ne gaspillons pas notre temps.
Volontiers.
J'apprécie que vous fassiez confiance à la justice néerlandaise.
C'est aussi mon cas.
Parfait.
C'était les Journées Découverte pour les futurs étudiants.
On nous avait confié un groupe de garçons et de filles.
Des élèves qui allaient passer le bac.
En général, ils ont 18 ans.
Nous, on avait tout juste fait un an à l'université.
Pas vous.
Vous aviez commencé Droit en 1994.
Après un an, vous avez changé pour Relations Internationales.
Vous étiez en deuxième année, vous aviez 20 ans
Oui.
Mme Richter était la plus jeune du groupe. Elle avait 17 ans.
Nous, on l'ignorait.
Elle n'avait pas l'air d'être la plus jeune. Au contraire,
elle avait l'air adulte.
Elle avait l'air de...
d'une belle jeune femme.
Et elle se comportait ainsi.
Comme une adulte.
Son langage était parfois un peu grossier.
Grossier ?
Elle racontait des blagues.
Vous pouvez donner un exemple ?
Oui, je me rappelle que l'un de nous,
une femme, je préfère spécifier,
parlait d'un professeur qui avait eu une érection pendant son cours.
Amanda a dit : "Peut-être parce que toi, tu as une tête de con."
Pourquoi ce sujet a été abordé ?
L'incident venait d'avoir lieu, donc on en parlait.
Vous en pensiez quoi ?
Eh bien...
Ca peut arriver.
Je parlais des blagues.
Ce que j'essaie de dire, c'est que...
Amanda n'avait pas la langue dans sa poche.
Et du coup, elle sortait du lot.
Ses livres, que nous avons tous dévorés chez moi,
sont parfois grossiers aussi.
Et morbides.
Vous n'avez pas été convoqué
pour faire la critique des oeuvres de Mme Richter,
mais pour vous souvenir le mieux possible
de ce qui s'est passé ce soir-là.
Oui. Comme vous pouvez lire dans ma déclaration :
"C'était une soirée comme tant d'autres soirées."
C'était une maison d'étudiants,
avec toujours plein de gens, plein de fêtes.
Et en effet, le week-end, on buvait.
Vous buviez aussi ?
Parfois. Mais je buvais toujours moins que les autres.
Ah bon. Et pourquoi ?
Je n'aime pas les gueules de bois.
Aviez-vous bu ce soir-là ?
Oui, on avait tous bu.
Mais pas madame Richter.
On a joué à un jeu à boire et elle y a participé.
Vous avez joué à : "Je n'ai jamais...".
Dans la déclaration de Mme Richter, la page 11 :
"Est alors arrivée l'énonciation :
"'Je n'ai jamais été défloré.'
"Tout le monde buvait, sauf moi."
Mme Richter était donc vierge.
"Plus tard, j'ai dû boire un verre de vodka.
"C'est tout ce que j'ai bu."
Est-ce qu'une fille de 17 ans qui ne boit jamais,
et vide un verre de vodka,
se rappelle exactement ce qu'elle a bu ou pas ?
Etiez-vous ivre ?
Non. Le lendemain,
on avait cours à l'université, tous. Et...
J'ai toujours été responsable.
Continuons de parler de cette soirée.
Que s'est-il passé après ce jeu ?
Mme Richter a déclaré
que vous étiez seuls, quand ça a eu lieu.
Rien de spécial, pour autant que je sache.
Et le lendemain, Amanda a participé aux activités.
Vous lui avez parlé le lendemain ?
Non.
Vous avez confirmé aux enquêteurs de police
que Mme Richter et vous, vous vous êtes embrassés.
Pourquoi ne pas lui avoir parlé le lendemain ?
Je ne l'ai pas revue.
J'aimerais revenir un instant à la soirée.
Ce baiser...
Où...
Où ça s'est déroulé exactement ?
Dans l'entrée, près de la porte. Je crois.
Notre maison avait une grande entrée carrée,
qui donnait sur le salon, où nous étions.
Non, c'était près de la porte.
Elle portait un manteau.
Vous souvenez-vous comment ce baiser a commencé ?
C'est moi qui l'ai embrassée.
Pourquoi ?
Pourquoi ? Monsieur le président...
J'étais jeune, une belle fille se trouvait chez moi.
Elle est restée jusqu'à la fin.
N'importe quel garçon de 20 ans aurait fait pareil.
Les garçons sont comme ça.
Combien de temps ce baiser a duré ?
Je ne me rappelle plus.
Elle m'a embrassé à son tour, ça, c'est sûr.
Mais, ensuite, elle est partie.
Vous dites que Mme Richter est restée jusqu'à la fin.
Que voulez-vous dire par là ?
Elle est partie en dernier.
Je lis autre chose dans la déclaration de Mme Richter.
"Quand j'ai dit vers 23 heures que je voulais rentrer,
"des garçons..." il s'agit de M. Ploch,
M. Kouwenaar et M. Richel, "...m'en ont empêchée.
"L'un d'eux a dit que j'étais faible et ennuyeuse.
"Des couples s'étaient formés et le salon se vidait.
"Deux garçons sont partis chercher de la bière,
"et d'un coup, j'étais seule avec Fabian.
"J'étais dans un coin, entre la table et le mur.
"J'avais déjà mis mon manteau.
"Il voulait que je l'enlève, mais je ne l'ai pas fait.
"Il a mis un bras autour de moi
"et a tenté de me convaincre de rester dormir sur place.
"Il a dit : 'C'est les Journées Découverte, non ?
"'Tu dois aussi savoir comment on vit.'
"Selon lui, c'était pratique si je restais dormir,
"car il pouvait m'aider à trouver un logement correct.
"Se loger était très compliqué,
"j'ai donc hésité un peu.
"C'est à ce moment-là qu'il m'a embrassée.
"De peur, je l'ai laissé faire.
"J'étais tétanisée.
"Mais après un moment, je me suis comme réveillée.
"J'ai essayé de m'extirper, mais il m'en a empêchée."
Fin de citation.
Vous y reconnaissez-vous, M. Ploch ?
Pour moi, ce baiser a eu lieu près de la porte.
Votre colocataire, M. Kouwenaar, a déclaré
que vous vous embrassiez déjà dans le salon.
Je ne me rappelle plus.
Peut-être que Mme Richter dit la vérité,
mais que vous l'avez oubliée ?
Nous avons tous lu la déclaration de madame Richter.
Mon client ne s'y reconnaît pas, monsieur le président.
D'accord.
Merci.
Monsieur le président.
Pourrais-je demander au juge qu'il lise
l'intégralité de la déclaration ?
Non, ça, je l'ai fait savoir depuis longtemps.
Je sais pas non plus pourquoi ça dure si longtemps.
Tout a déjà été dit, non ?
Oui.
Pardon, tu disais ?
"D'un coup, il est devenu agressif.
"Il m'a poussée.
"Je suis tombée sur le dos sur le canapé.
"Il a ouvert mon manteau et a agrippé mes seins.
"Je sentais son érection cogner contre mon entrejambe.
"Il essayait d'ouvrir mon pantalon.
"Je n'arrivais pas à me libérer, il était trop fort.
"Les garçons sont revenus avec la bière.
"Ils riaient, en disant que Fabian avait encore réussi.
"Il a baissé mon pantalon.
"Sur ma culotte était écrit 'Vendredi'
"tandis qu'on était samedi.
"Il s'est moqué de moi.
"Les garçons sont allés sur le balcon avec la bière,
"et tout de suite Fabian a baissé ma culotte.
"C'est là qu'il a essayé d'entrer en moi.
"J'ai senti comme un coup de couteau.
"Comme si j'étais embrochée.
"Par réflexe, j'ai hurlé.
"Un des garçons est revenu, et il blaguait :
"'Pas de sang de vierge sur le canapé !'
"Fabian s'est levé
"et j'ai pu partir.
"J'ai couru vers la porte, mais je n'ai pas réussi à l'ouvrir.
"Fabian est arrivé dans l'entrée et m'a embrassée de nouveau.
"Je me tenais contre la porte.
"Il a tourné la clé et m'a laissée sortir.
"Je pleurais.
"Très fort.
"Mais dans le tram, tout le monde m'a ignorée."
Bon, je voudrais demander si les messieurs Kouwenaar...
"C'est là qu'il a essayé d'entrer en moi."
"C'est là qu'il a essayé d'entrer en moi."
Ce n'est pas clair si ça a réellement eu lieu.
"C'était comme un coup de couteau. Comme si j'étais embrochée."
Ca me paraît clair.
Pour prouver une pénétration, il faut que M. Ploch
ait entré son pénis à l'intérieur de Mme Richter.
Le Conseil a déterminé qu'il s'agit de pénétration
quand les grandes lèvres ont été dépassées.
Mais ce n'était pas le cas !
Quoi exactement ?
Ben, en fait, rien de tout ça.
Vous n'avez pas saisi ses seins ?
Non.
Pas baissé son pantalon et sa culotte ?
Non.
Vous vous êtes déshabillé ?
Non.
Aviez-vous une érection ?
C'est un délit, madame ?
Je ne me rappelle plus. Peut-être.
Mais je crois que non.
Le tribunal pose des questions.
Pour y répondre, il me semble quand même nécessaire
d'entendre la déclarante comme témoin.
- Je refuse. - M. le président.
Pas une deuxième fois !
Je comprends que la déclaration de Mme Richter
suscite des questions.
Vu le risque de victimisation secondaire,
je propose que l'interrogatoire n'ait pas lieu ici,
mais de laisser madame compléter sa déclaration
auprès du juge-commissaire.
Maître Tsue Chin ?
Pas d'objection.
Ca prend un peu plus de temps.
Que se passe-t-il ?
Tu encules des mouches. Tout y est écrit.
Ce n'est pas écrit. Ca n'y est pas !
Ce n'est pas convaincant. Et ça ne le deviendra pas.
Avec cette déclaration, autant tout arrêter maintenant.
Bien sûr que non !
On a ce qu'il faut pour tentative de viol.
Ce n'est pas écrit ici.
Pour moi, on n'a pas vraiment le choix.
Etes-vous Amanda Richter, domiciliée à Amsterdam, née à Waalbrugge ?
Oui.
Vous promettez de dire la vérité et rien que la vérité ?
Dites : Je le promets.
Je le promets.
On va être brefs.
Je vous poserai quelques questions.
Ensuite, l'Officier
et l'avocat du prévenu pourront vous en poser.
Par souci de clarté :
vous n'êtes pas obligée de répondre aux questions.
En dernier, le suspect aura l'occasion de poser des questions.
En principe.
Pendant l'enquête policière, vous avez déclaré,
comme on vient de l'entendre à l'audience...
Je cite :
"M. Ploch a essayé de faire entrer son pénis en moi."
Mme Richter,
pour pouvoir déterminer s'il s'agit d'un viol
ou d'une tentative échouée,
il nous faut vous entendre dire qu'il y a réellement
eu pénétration,
auquel cas le nombre de centimètres est décisif.
Je vous repose la question.
Est-ce que M. Ploch
a fait entrer son pénis dans votre vagin ?
Et jusqu'où est-il entré en vous ?
Je ne sais pas.
Vous avez déclaré que M. Ploch avait une érection.
Est-ce que vous l'avez vue ?
Je l'ai senti. Ca a piqué. Ca m'a fait mal.
Mais le nombre de centimètres...
Savez-vous à quel point cette question est ridicule ?
Je ne sais pas. Je n'avais jamais fait l'amour.
Madame Richter...
Vous avez essayé de vous libérer.
C'en est suivi une lutte.
Oui.
Avez-vous protesté verbalement ?
Quand M. Ploch était en vous, avez-vous hurlé par réflexe ?
Oui, je crois.
Ah bon ?
Vous le croyez ?
M. le président. Ma cliente l'avait déjà déclaré.
Voulez-vous tout entendre deux fois ?
Ma question exacte, M. le président, c'est :
aviez-vous déjà dit explicitement que vous ne vouliez pas de sexe ?
Comment j'aurais pu savoir qu'il voulait ça ?
Il a enlevé mon pantalon, il m'a serrée, il m'a violée.
J'étais coincée donc j'ai crié.
Il a continué. Et il a ri.
C'est toujours aussi implicite.
Madame Richter.
Le nombre de centimètres n'a pas d'importance.
Mais est-ce qu'il y a eu oui ou non pénétration ?
Oui !
Avez-vous vu Mme Richter se faire violer ?
Non.
Non ?
D'accord.
M. Kouwenaar, habitiez-vous au Kerkstraat
avec M. Ploch et trois autres garçons ?
C'est exact. C'était une maison d'étudiants.
J'y ai vécu cinq ans
et je pense que Fab y a vécu environ quatre ans.
Combien de personnes étaient présentes à cette fête ?
Aucune idée.
Je dirais une dizaine, une quinzaine.
Participiez-vous aussi aux Journées Découverte ?
Non, j'étais étudiant en économie.
Mais vous buviez avec eux ?
J'y habitais, monsieur.
Etiez-vous ivre ?
Franchement, je ne sais pas.
Mais je ne pense pas, parce que je supporte bien l'alcool.
Etiez-vous ce soir-là sous l'emprise d'autre chose que l'alcool ?
Monsieur, avec tout le respect que je vous dois...
Les soirées d'étudiants n'ont pas de secret pour vous.
Mon époque n'a pas dû être différente de la vôtre.
En général, on buvait, mais chez nous, au Kerkstraat,
on était très modérés.
Avez-vous participé au jeu ?
Si je vous racontais simplement ce dont je me souviens ?
Ca ira plus vite.
Bon.
Tout le monde avait bu.
Friso et moi... Monsieur Richel et moi
sommes descendus chercher de la bière.
Quand nous sommes revenus,
Fabian et Amanda étaient allongés, en train de s'embrasser.
Ca ne m'a pas interpellé,
le courant était passé entre eux pendant la soirée.
C'est tout ce dont je me souviens.
C'était il y a un siècle. C'était comme ça chaque semaine.
Personne ne s'est plaint...
C'était quel genre de baiser ?
Ben...
- Des baisers. - Avec la langue ?
Absolument.
Comment ça marche exactement, ce jeu "Je n'ai jamais..." ?
Je ne me suis pas déplacé
pour expliquer les règles d'un jeu d'étudiants, monsieur.
On veut savoir ce qui s'est passé ce soir-là, monsieur.
Vous pouvez nous aider.
Savoir si M. Ploch ou Mme Richter étaient sous emprise est important.
Je peux vous l'expliquer.
Jeune, j'y ai joué aussi.
Une énonciation est proposée par un joueur,
qui démarre par "Je n'ai jamais...".
"Je n'ai jamais menti à mes parents", par exemple.
Si c'est le cas, on a le choix :
on raconte l'histoire, ou on boit.
C'est pour du sexe, monsieur le président.
Le but est de rendre les autres ivres pour coucher avec plus vite.
Bien sûr, c'est pour le sexe.
Quand on a 18 ans, tout tourne autour du sexe.
C'est parfait pour connaître ses limites.
De quoi on parle, là ?
Les Américains démasquent un violeur en série
et ici, on démarre une chasse aux sorcières ?
C'est nous qui posons les questions.
Bien, mais j'espère que toute personne saine d'esprit
voit ce qui se passe ici.
Les intentions de ces personnes...
Veuillez vous adresser à moi s'il vous plaît. Merci.
Connaissez-vous le phénomène...
"le MST gramme" ?
Que dites-vous ?
Un MST gramme.
Les clubs d'étudiants tiendraient à jour des graphiques,
pour savoir exactement qui a couché avec qui.
Bien sûr, il y avait des relations internes.
Oui, mais elles étaient toujours....
ludiques.
Ludiques ?
Oui, c'était...
Chaque année, on discernait un prix
au garçon le plus téméraire du club.
L'homme, ou la femme,
avec, disons, le plus de victoires.
On sait tous que Fab adore les élections,
mais là, il était toujours dernier.
Savez-vous que je lui ai proposé,
il y a des années, de devenir PDG d'une...
Je ne citerai pas le nom, mais d'une très grande entreprise.
Je parle d'une place pour laquelle des milliers de gens se tueraient.
Il a refusé. Parce qu'il est humble.
Dévoué à ses ambitions.
Savez-vous combien un homme politique gagne ?
Il aurait pu facilement devenir millionnaire !
Cet homme s'est sacrifié pour notre pays, pour les gens.
Des millions de gens le soutiennent. Lui et ses convictions.
C'est incompréhensible que vous suiviez
cette comédie grotesque.
D'accord, monsieur Kouwenaar.
Cet homme a mieux à faire.
Mais dans ce spectacle, il est traîné dans la boue
par quelqu'un en manque de gloire.
C'est lui, la victime, pas elle !
M. Kouwenaar, je vous avertis officiellement.
- Tu l'as violée ? - M. Kouwenaar !
Es-tu un violeur ?
- M. Kouwenaar ! - Non.
Sortez !
Quel cirque !
Etes-vous Wout van der Smissen d'Abcoude ?
Oui.
Vous promettez de dire la vérité et rien que la vérité ?
- Dites : Je le promets. - Je le promets.
Vous êtes ici, parce que Mme Richter
vous a raconté ce qui s'est passé ce 27 mai 1996 à Amsterdam.
Vous avez eu une relation avec Mme Richter ?
Oui. Oui, en effet.
Vous étiez ensemble de 2001 à 2006 ?
Oui, c'est exact.
Et vous êtes des amis d'enfance.
Je connais Amanda depuis mes 6 ans.
Que vous a dit Mme Richter exactement ?
Elle est venue chez moi.
Elle venait souvent, mais là, je sentais qu'elle avait un souci.
Elle était silencieuse. Les semaines précédentes,
elle parlait sans arrêt de l'université.
C'était une tout autre personne.
Mais elle refusait de dire ce qui clochait.
Je lui ai dit qu'elle pouvait me faire confiance. Vraiment.
Elle a dit...
Que quelqu'un l'avait fait avec elle contre son gré.
Et...
Elle vous a dit qui c'était ?
Non. Je le lui ai demandé.
C'était qui ?
J'étais très en colère.
Mais elle a refusé de le dire.
Elle a dit qu'elle avait eu un rapport sexuel ?
Non, elle a dit que quelqu'un l'avait fait avec elle.
Elle l'a dit comment ? Sur quel ton ?
Elle était triste ? Elle était paniquée ?
Amanda n'est pas quelqu'un...
Elle ne pleure pas.
Et vous l'avez crue ?
J'ignore ce qu'il lui a fait exactement.
Elle ne me l'a pas dit. Je ne le lui ai pas demandé.
Mais Amanda n'a jamais menti de sa vie. Jamais.
Et qu'avez-vous fait avec ces informations ?
Qu'aurais-je pu faire ?
Je sais pas.
On doit aller à l'hôpital ou au commissariat, j'ai dit.
Mais elle ne voulait pas et je n'allais pas la forcer.
Elle vous en a reparlé plus tard ?
Non.
Mais je m'en suis rendu compte. C'était carrément visible.
Qu'est-ce qui était visible ?
La peur.
Et vous l'avez ressentie pendant votre relation ?
Oui.
C'est pour ça qu'on s'est séparés.
Ca n'allait pas.
Ca ne marchait pas.
Qu'est-ce qui ne marchait pas ?
Etre ensemble, ça allait bien et elle en avait envie,
mais sortir par exemple, c'était très compliqué.
Elle ne se sentait jamais à l'aise.
Et l'autre chose, ben...
Evidemment, ça en fait partie aussi.
Mais elle n'y arrivait pas.
La lumière devait être allumée.
Et si on dormait ensemble, elle ne dormait pas.
Vous pouvez ne pas répondre, mais...
Il n'y avait pas d'intimité ?
On a bien essayé, mais...
Nous avons consulté quelqu'un.
Peu importe ce qu'on faisait, elle n'arrivait pas à...
Elle n'y prenait pas de plaisir.
Et pour quelle raison, selon vous ?
Ben, quand je m'approchais d'elle... Elle se renfermait.
Dès le début déjà.... Quand on se...
Quand on s'embrassait,
elle ouvrait les yeux.
Et si je voulais la...
Quand je la touchais, elle se figeait.
Elle en avait envie, elle me le disait, mais...
Disons que ça n'a jamais vraiment marché.
Et vous en discutiez ?
Je savais ce qu'elle avait subi.
Vous n'avez jamais posé la question ?
Non, jamais. Ca ne me semblait pas correct.
Et elle ne vous a jamais reparlé de son expérience
avec M. Ploch ?
Non.
A-t-elle cité à un moment donné le nom Fabian Ploch ?
Non.
Je donne la possibilité à l'Officier de poser d'autres questions.
A moins que mes collègues...
Oui. Peut-être bien.
M. Van der Smissen, vous connaissez Mme Richter depuis toujours ?
Oui, depuis que j'ai six ans.
Quand exactement avez-vous craqué pour elle ?
- J'ai toujours été... - Amoureux ?
Et vous êtes toujours très proche d'elle ?
Nous sommes restés amis, oui.
Avez-vous, après votre relation avec Mme Richter,
vécu d'autres relations amoureuses ?
Est-ce important, ça ?
Vous n'êtes pas obligé d'y répondre.
Non, pas vraiment.
Mme Richter a déclaré à votre sujet...
Je cherche...
"Il est comme un frère pour moi."
Vous y reconnaissez-vous ?
Vous sentez-vous responsable de Mme Richter ?
Ca n'a rien à voir avec ça.
Vous avez parfaitement raison.
- Peut-on poursuivre ? - Volontiers.
Maître Chin. Veuillez être brève.
Juste quelques détails.
Monsieur Van der Smissen...
Avez-vous lu les livres de Mme Richter ?
Quelques-uns, oui.
Pour mieux comprendre Amanda ?
- Non, ça m'intéresse. - Qu'avez-vous remarqué ?
Ben...
C'est captivant, intelligent... De très bons livres.
Avez-vous appris des choses sur Amanda ?
Dans "L'Adoptée", une fille invente une enfance traumatique
pour faire chanter une famille riche.
"Lumière aveuglante" parle d'une femme
adepte du jeu du foulard,
qui séduit homme après homme
pour satisfaire son addiction.
"Dernière vierge" se déroule dans un monde géré par les femmes,
où les hommes sont leurs esclaves et où le sexe est interdit.
Mme Richter décrit toujours des femmes
qui jouent avec les hommes.
Des femmes victimes qui deviennent des femmes manipulatrices.
Elle aime ça puisqu'elle a joué à ça avec vous.
Elle se comporte comme ses personnages.
Elle cherche le pouvoir
en adossant le rôle de la victime.
Membres du tribunal, vous connaissez mon client.
Vous connaissez sa vie, son caractère.
Vous connaissez sa politique, sa situation, sa femme.
Fabian Ploch est un conciliateur talentueux,
qui nous considère tous comme égaux,
cherchant une vue d'ensemble.
La majorité n'a pas toujours raison, hélas,
mais si l'on peut croire les sondages,
plus de 3 millions de gens voteront pour lui dans un mois.
Ce qui veut dire
que voici notre futur Premier ministre.
Ces 3 millions de gens le choisissent pour sa fiabilité.
Sortez dans la rue.
Tout le monde vous le dira : "Enfin, on nous écoute !"
Vous avez mon dossier, rempli de déclarations,
prouvant que M. Ploch n'a jamais abusé
de personne, d'aucune façon.
Au contraire, il les réunit.
Je constate que vous faites partie de son équipe de campagne.
Auriez-vous des questions pour le témoin ?
Je veux d'abord citer la femme de mon client.
Mme Wendell Ploch :
"Je connais Fabian Ploch, il n'en existe qu'une version.
"Mon mari s'intéresse à tout le monde
"avec une patience parfois exaspérante.
"Quant à l'amour,
"Fabian me traite comme il traite tout le monde.
"Avec sollicitude et attention.
"Pendant nos milliers de nuits passées ensemble,
"je n'ai remarqué aucun signe de colère.
"Et je n'ai jamais décelé de l'agressivité chez Fabian.
"Chez nous règne une ambiance affectueuse."
Belles paroles, je leur souhaite beaucoup de réussite.
C'est une déclaration de témoin assez partiale.
Vous n'avez pas encore la parole, maître.
Mais je suis d'accord avec vous.
Parfait.
Ah, je n'ai pas d'autres questions.
Bon, j'aimerais demander à l'huissier
de faire entrer madame, pardon, la professeure Kist.
Vous pouvez retourner à votre place.
D'accord.
- Merci. - Merci.
La mémoire n'est pas une armoire à archives.
Tout n'est pas rangé impeccablement dans un carton avec une étiquette.
C'est plutôt une matière floue. Tout s'influence mutuellement,
les choses peuvent s'emmêler, se confondre.
Au fil du temps, nos souvenirs peuvent changer de forme.
Parfois à peine perceptible, parfois de façon rigoureuse.
Tout, ce que l'on est, ce que l'on fait,
ce que l'on voit et entend, tout peut avoir un impact.
Elle veut dire quoi ?
Quand on crée quotidiennement des histoires,
quand c'est notre travail,
comme c'est le cas pour Mme Richter,
l'inconscient s'habitue également à créer des histoires.
Et ça, même pendant le sommeil.
J'avais trois ans.
Un accident de ski, auquel j'aurais assisté,
mais je ne me rappelle de rien.
Les enfants grandissant sans leur père biologique
ont en général des problèmes plus tard, surtout les garçons.
J'ai eu de la chance alors.
- Vous lui en vouliez ? - Pourquoi ? Je ne l'ai pas connu.
Il était absent.
Depuis toujours.
Enfant, vous étiez comment ?
Ma mère dirait "très agité",
disons plutôt énergique. J'étais toujours occupé.
Toujours en train d'organiser des choses, j'ai peu changé.
A la recherche d'attention ?
- Je prenais plein d'initiatives. - Et si ça ne menait à rien ?
J'inventais autre chose.
Comment gériez-vous les déceptions ?
Ma mère m'a appris la persévérance.
Egalement en cas de refus ?
- En cas de refus aussi ? - Je t'ai entendue !
M. Ploch !
Il faut vouvoyer l'Officier de Justice.
Mme l'Officier, je m'y connais en débats.
Vous tentez de m'acculer,
ce qui indique une certaine partialité de votre part.
- Monsieur Ploch... - Non.
Disons que je n'abandonne pas.
Jamais et ça, depuis toujours.
Mais un homme peut avoir plusieurs principes simultanément.
Je n'agis pas par calcul,
et jamais, je n'abuserai de quelqu'un.
Depuis quand êtes-vous sexuellement actif ?
Ca a dû être vers mes 18 ans.
Assez tard pour quelqu'un prenant plein d'initiatives.
Oui. Je suis totalement d'accord avec vous.
J'ai eu la malchance de grandir dans un petit village.
Avez-vous déjà été impliqué
dans une affaire de moeurs, de loin ou de près ?
Non.
Dans aucune affaire.
D'accord.
Oui, d'accord.
Il va quand même falloir que je...
Monsieur le président... Oui, à la page 43.
Le 13 février 2018,
vous étiez l'invité de l'émission "Piquer et Avaler".
Vous avez déclaré :
"J'avoue avoir eu une maladie sexuellement transmissible,
"deux fois même.
"C'était au début de ma vie étudiante,
"et ça, ça en fait partie."
M. le président, l'Officier s'écarte franchement du sujet.
Pas tant que ça.
Où voulez-vous en venir ?
Il était sexuellement actif.
Oui ! Qui ne l'est pas, M. le président ?
Ca ne prouve rien, l'Officier le sait bien.
Bien sûr, je le sais, Mme Chin. Bien sûr.
Je ne pars pas du principe qu'un étudiant vit comme un moine.
Mais vous essayez de créer l'image
d'une personne responsable et fiable.
Je vous comprends, il y va de votre réputation.
Selon toutes vos déclarations,
nous avons affaire à un citoyen modèle de premier ordre.
J'espère pour le pays que c'est vrai.
Sur ce plan, cette accusation fait vraiment tache.
Et j'ajoute que c'est peu probable
qu'un homme aussi exemplaire soit capable d'un tel acte.
Mais, les faits prouvent
que dans cette vie aussi parfaite, il y a eu une période
pendant laquelle, M. Ploch,
vous étiez un peu moins parfait.
Vous avez été irresponsable et pas fiable.
Et c'est pile la période dont nous parlons aujourd'hui.
Nous ne parlons pas de la vie étudiante complète
de mon client. Mais d'une soirée, de quelques heures.
- Je tiens à souligner que... - Je sais ce que vous voulez dire.
L'Officier l'a dit elle-même.
N'est-ce pas curieux qu'un homme aussi irréprochable
ait commis ce faux pas ?
En suivant cette voie, ne serait-ce pas plus plausible
que Mme Richter, qui invente des atrocités depuis des années,
ait inventé celle-ci aussi ?
Peu importe ce que le tribunal trouve curieux ou pas, maître Chin.
Je rends la parole à l'Officier.
Merci, monsieur le président.
Et moi, personnellement, un viol,
prouvé ou pas,
je ne le qualifierais pas comme un faux pas.
Expliquez-moi et à 17 millions de citoyens
pourquoi nous sommes ici. Il n'y a pas de preuve.
En 2004, quand votre client était PDG de la SER,
Mme Mariette Smouter a confié
à sa conseillère de l'époque
que M. Ploch l'a indisposée pendant une fête du personnel.
- Ca a été classé sans suite. - En effet.
Mais ça donne à l'accusation actuelle
une tout autre perspective.
Non, je ne suis pas d'accord.
La même année, cette conseillère a été mise à pied
pour possession de cocaïne au travail.
Moi aussi, j'ai fait mes devoirs.
Mon client fait preuve de conduite irréprochable.
Il est temps d'aller déjeuner.
Je veux continuer.
Si vous n'y voyez pas d'inconvénient, M. le président.
Non.
L'affaire d'aujourd'hui a l'air très simple.
Y a-t-il eu oui ou non abus sexuel ?
Mais la situation ne se définit pas aussi simplement.
Il ne s'agit pas d'une conversation ping-pong.
Et oui, j'aimerais demander
si on peut faire entrer madame Sluijters.
Mme Sluijters est spécialiste des Atteintes aux Moeurs
et a été invitée par le procureur.
Cinq minutes.
Veuillez appeler madame Sluijters, s'il vous plaît.
Il ne s'agit pas d'un viol dans un buisson,
mais d'un système.
D'un réseau de gens influents, d'hommes,
un réseau décisionnaire qui existe depuis des années, des siècles.
- Ce n'est pas une tendance. - Elle est bizarre, mais bien.
Ni une hype médiatique, ni un hashtag.
Pourquoi ça se passe ainsi encore et toujours ?
Souvent, c'est un homme qui abuse d'une femme.
Comment ça marche ?
L'homme promet une promotion, une carrière,
ou un logement dans une maison d'étudiants.
En échange, il veut du sexe.
Si la femme refuse, elle en subit les conséquences.
Et c'est ça, le plus grand malentendu de nos jours.
Abus sexuel n'est pas le terme approprié.
Il ne s'agit pas de sexe.
Le sexe, c'est l'arène où a lieu l'abus.
De quoi s'agit-il alors ?
Du pouvoir.
Cet homme, M. Ploch,
avait une position de pouvoir vis-à-vis de la fille.
A vous de déterminer le déroulement exact,
mais il a bel et bien abusé de sa position.
Est-ce pénal ?
Merci. Merci.
Déjeuner ?
C'est la messagerie d'Amanda Richter.
Je n'écoute pas vos messages, mais...
Salut. Oui, tu peux le rendre public.
Oui, je viens de parler à Amanda.
Elle trouve que c'est une bonne idée.
Aurait-on eu à juger cette affaire il y a dix ans ?
- Non, je ne crois pas. - Non.
Sur ce plan, on fait quand même du progrès.
Salut.
Oui.
Putain, j'en étais sûre.
Evidemment, j'en ai besoin !
Peu importe.
Appelle Tamar, elle connaît quelqu'un chez l'éditeur.
- Bonne chance ! - Merci.
Fabian ?
Oui, c'est bien.
Mais "bouée de sauvetage", c'est trop paniqué.
Oui, comme s'ils étaient désespérés.
Oui.
- Je vais le modifier. - OK.
Je veux rentrer chez moi.
On savait que tu allais dire ça.
Tu ne peux pas abandonner maintenant.
On te soutiendra jusqu'au bout.
Je veux rentrer quand même.
Ca fait tellement longtemps qu'on travaille là-dessus.
Continue à te focaliser sur la cause plus grande, OK ?
Oui.
Pourquoi sommes-nous ici ?
Que s'est-il passé exactement ce 25 mai 1996 ?
C'est pour ça que nous sommes là, mais pourquoi aujourd'hui ?
Ca aussi, c'est important.
J'ai entendu trois témoins, ayant chacun une autre version
d'une soirée très arrosée.
Moi aussi, j'ai connu des gestes déplacés.
Mais jamais je ne dirais : "Ca, ça en fait partie."
Tout le monde a vécu ce genre d'expériences,
mais pourquoi parle-t-on aujourd'hui des faits d'il y a 25 ans ?
C'est peut-être un traumatisme enfoui
qu'elle n'arrive plus à combattre ?
C'est peut-être de la diffamation, peut-être du sabotage ?
Peut-être que quelqu'un a payé madame Richter
pour contrecarrer les élections ?
Ma cliente a vendu plus de...
C'est ce que j'allais dire, maître. Merci.
Contrairement à d'autres auteurs,
Mme Richter vit très bien de ses livres.
D'autre part, elle a toujours été très réservée
concernant ses apparitions dans les médias,
et a accepté peu d'interviews.
En 15 ans, elle a donné en tout et pour tout quatre interviews.
On pourrait la considérer comme étant farouche.
Ce que je veux dire, c'est :
pourquoi est-ce qu'elle mentirait ?
Elle n'a rien à y gagner !
Sauf ce qu'elle exècre : d'être sous le feu des projecteurs.
La mémoire n'est pas une armoire à archives,
vient d'expliquer professeure Kist de façon si éloquente.
Ca s'est peut-être passé réellement,
mais la victime était une autre femme.
Il est également possible
que les souvenirs de Mme Richter soient intacts
et que M. Ploch l'ait effectivement violée.
Et a décidé le lendemain de s'amender.
Je ne peux que spéculer.
J'aimerais donc donner la parole à Mme Richter elle-même.
Mme Richter, vous avez la possibilité
de faire une déclaration en tant que victime.
Voulez-vous en faire usage ?
Oui.
Je regrette aussi que nous soyons ici.
Sur ce point, je suis d'accord avec Fabian.
Avec d'autres points également, d'ailleurs.
Si je ne savais pas ce que je sais, je voterais pour lui.
Il est intelligent,
très engagé,
et beau.
Pas de façon négative, juste une belle tête de liste.
Il est exactement ce dont notre pays a besoin.
Ce serait une perte immense
que de perdre quelqu'un d'aussi talentueux.
Vous parliez de trois millions de gens, non ?
Je suis étonnée que ce ne soit pas deux fois plus.
Mais la raison pour laquelle je regrette cette audience,
est liée à toute autre chose.
J'aurais largement préféré garder pour moi
mon expérience personnelle avec Fabian Ploch.
J'ai grandi dans une famille tout à fait banale et modeste.
On habitait une maison mitoyenne, on n'avait pas d'argent.
Je n'ai jamais fait de hockey ni d'équitation.
On ne faisait pas partie de l'élite.
Si je voulais un nouveau pantalon sans que l'ancien soit troué
ou trop petit, c'était à moi de payer.
Dès 12 ans, je livrais des journaux
et le week-end, je faisais la plonge dans une pizzeria.
On pourrait dire que je suis devenue adulte rapidement,
aussi car j'ai sauté une classe,
et passé mon bac relativement jeune.
D'un autre côté, 17 ans, c'est tout simplement jeune.
Il n'y a pas à relativiser. Quelqu'un de 17 ans
a 17 ans.
Tout doit encore commencer à 17 ans.
Même ayant la langue bien pendue et de projets ambitieux,
au fond de soi, on sait bien qu'on ne sait pas grand-chose.
Ca fait peur, mais c'est excitant aussi.
Et sympa, car tout est encore une page blanche.
Je me sentais ainsi à 17 ans.
Tout était possible, et j'allais décider moi-même
comment ma vie allait se développer.
Je voulais vraiment faire des études.
Et j'avais réellement l'idée que j'allais changer le monde.
Que j'en étais capable.
Je voulais travailler à l'étranger.
Et je m'en fichais dans quel pays étranger j'irais,
parce que je voulais m'installer partout.
Je n'ai pas été plus loin que les Journées Découverte à Amsterdam.
Je ne suis pas allée à l'université,
je n'ai jamais vécu à l'étranger.
Je n'ai pas eu de vie étudiante exaltante
avec des fêtes, des amis, des jeux à boire.
J'ai passé ma vie étudiante chez les psychologues.
Quand je n'étais pas chez un psy, j'étais sur le canapé chez moi
avec les rideaux tirés et des antidépresseurs dans la main.
Ce qui s'est passé ce soir-là, je l'ai enfoui tout de suite.
Je suis rentrée, chez mes parents, je n'ai rien dit,
et je me suis inscrite à une université à Leyde,
pas à Amsterdam.
Pendant le premier cours, j'ai eu une crise d'angoisse.
Je ne savais plus comment respirer, je manquais d'air.
Le médecin a demandé s'il s'était passé quelque chose,
si j'avais des soucis.
J'ai dit : "Non, ça va aller.
"Je pense que ça va s'arranger."
Mais ça n'allait pas et ça ne s'est pas arrangé.
Ni au niveau des études ni avec les hommes.
Ni avec moi-même.
Le jour de mes 18 ans, j'ai fait ma première tentative de suicide.
Par chance, parmi les soignants se trouvait une psychologue
qui m'a dit que je devais écrire.
J'ignore ce que j'aurais fait si elle ne me l'avait pas suggéré.
Peut-être que je ne serais pas venue ici.
Mais je suis là.
Fabian est là aussi. On dit qu'on le regrette
et chacun raconte son histoire.
Dans mon cas, c'est un événement
que j'essaie d'oublier depuis 25 ans sans vraiment y arriver.
Et dernièrement, j'y arrive de moins en moins bien.
Parce que je me suis rendu compte
que ça n'a pas uniquement bousculé ma vie personnelle...
Je ne bois pas, je ne sors pas,
je n'ai pas de rapports sexuels, je dors la lumière allumée...
mais il s'agit évidemment de quelque chose de plus important.
Je ne recherche pas la gloire.
Et l'argent m'intéresse encore moins.
Tout ceci ne m'apporte absolument rien.
Je ne suis pas ici pour mon plaisir. Je ne suis même pas au centre.
La question n'est pas : "Pourquoi sommes-nous ici ?"
La question, c'est...
Veut-on d'un violeur comme Premier ministre ?
Putain de merde !
Mesdames et Messieurs, s'il vous plaît.
M. le président, membres du tribunal.
Je veux souligner que le verdict du tribunal
aura des conséquences politiques pour la société.
Là, il ne s'agit pas seulement de savoir ce qui s'est passé,
mais de responsabilité et d'interprétation.
Qui croyez-vous ? Et pourquoi ?
Peut-on condamner quelqu'un parce qu'il manque d'empathie ?
Il ne s'agit pas d'un viol dans un buisson, a-t-on entendu.
Ni d'une soirée de jeux chez des étudiants
qui aurait dérapée,
mais il s'agit des valeurs morales de notre pays.
Madame Richter.
Elle a donné des déclarations cohérentes et détaillées
qui se sont avérées exactes.
Contrairement à celles des messieurs Ploch et Kouwenaar
qui diffèrent fondamentalement concernant la scène de crime,
le lieu, l'horaire du baiser.
Peu après le viol, Mme Richter a raconté
à M. Van der Smissen ce qui lui était arrivé.
Le rapport médical prouve également
que subitement, la jeune fille ambitieuse
s'est transformée en une femme traumatisée.
La réclamation de Mme Richter me semble partiellement fondée.
Il y a bien eu préjudice immatériel.
Malgré ça, Mme Richter a réussi
à mener la vie d'une écrivaine à succès.
Disons qu'elle n'a pas besoin de ce dédommagement.
Mais puisque M. Ploch avait la fonction d'exemple,
et en ce moment d'ailleurs davantage,
je demande au tribunal
d'adjuger un dédommagement d'un montant de 25 000 euros.
Je considère prouvé légalement
le chef d'accusation contre le prévenu,
et qu'il a commis l'acte de viol sur madame Richter.
Je réfère à l'article 242.
Celui qui force quelqu'un à subir des actes sexuels,
c'est-à-dire une pénétration totale ou partielle,
est jugé comme étant coupable de viol.
En plus, Mme Richter était mineure.
Un fait que je considère aggravant pour la délibération pénale.
Mais les faits datent d'il y a 25 ans.
M. Ploch s'est depuis clairement amélioré.
Et il a beaucoup à offrir à notre pays.
Je demande 4 ans de prison ferme,
dont 12 mois avec sursis.
Maître Chin.
Monsieur le président.
Veuillez commencer votre plaidoirie.
"Pour moi, elle n'avait qu'un but ce soir-là.
"S'amuser, si tu vois ce que je veux dire..."
Je viens de citer M. Hulst.
Aux pages 73, 74 et 75, vous trouverez mes conversations
avec 5 autres participants de ces Journées Découverte.
Ils affirment, de façon unanime,
qu'il y avait des blagues suggestives pendant la journée,
mais que l'ambiance était bonne.
Les accompagnateurs, dont mon client, étaient serviables.
L'invitation pour passer la soirée à la maison d'étudiants
a été acceptée d'un commun accord.
Personne ne savait que Mme Richter était mineure.
Elle ne l'a pas mentionné elle-même. Logique.
Elle venait pour le sexe.
On avait clairement expliqué avant
qu'ils allaient jouer un jeu à boire.
Pourquoi Mme Richter n'a rien dit ?
A-t-elle par hasard retenu que les faits
qui soutiennent ses propres fables ?
Moi aussi, je suis une femme.
Vous avez dit vrai.
Nous avons toutes
déjà senti une main baladeuse, croisé un ivrogne.
Est-ce qu'on mélange les violeurs et les dragueurs ?
Veut-on briser ce plafond de verre
en jetant nos meilleurs hommes au bûcher ?
Ils ont bu, ils se sont embrassés.
Elle le lui a demandé, il le lui a donné.
On apprécie le progrès,
mais les lois n'ont pas tant changé,
que rétroactivement,
on puisse changer des situations inoffensives en crime.
C'était une soirée inoffensive, comme il y en a eu
partout dans le monde depuis des siècles,
et qui continueront à avoir lieu, j'espère.
Deux jeunes adolescents saouls qui s'embrassent. C'est tout.
Peut-être que la calomnie actuelle a inspiré Mme Richter
pour en rajouter une couche.
C'est tardif, je l'admets,
mais ça vient d'arriver.
Un communiqué de presse de l'éditeur de Mme Richter,
pour le roman "Veilleuse", qui sortira cette année,
écrit par Amanda Richter.
Et voici le manuscrit.
Quoi ?
Pas de thriller,
mais l'histoire d'une écrivaine dépressive,
qui doit interviewer notre Premier ministre,
qui a abusé d'elle jeune fille.
Si ça ne vous évoque rien,
je vous lis un passage.
C'est du matériel non-publié !
Veuillez vous rasseoir.
"Vous souvenez-vous d'avoir agrippé mes seins ?
"Comment votre érection a cogné contre mon entrejambe ?"
Maître Chin.
"Devrais-je écrire
"que vous avez ri en lisant 'Vendredi' sur ma culotte ?"
C'est interdit de faire ça !
C'est du matériel non-publié. Je proteste !
- Je ne fais que citer. - Comment l'avez-vous eu ?
C'est un mobile clair.
Vous auriez dû nous le transmettre, maître Chin.
Et vous allez vous rasseoir ! Merci.
C'est pas croyable !
Plus loin dans le manuscrit,
le personnage principal se venge du coupable présumé, atrocement.
Scène impressionnante, je l'ai lue pendant la pause.
J'ai failli oublier que j'avais autre chose à faire.
Non seulement Mme Richter n'a jamais sorti cette histoire,
qu'elle a inventée,
mais elle a surtout attendu le moment opportun.
C'est pour ça que nous sommes là aujourd'hui.
Elle mène sa campagne de publicité.
Cela suffit.
T'as beaucoup à y gagner !
Maître Chin.
C'est de la fiction !
J'ai le droit de baser mon travail sur mes propres expériences !
Tous les auteurs font ça.
Ca y est, on y est !
C'est pour ça que les femmes se taisent, ne portent pas plainte.
Je vous donne tout, je vous raconte tout,
avec toute la peur, la honte et la merde qui vient avec.
Et vous, vous voulez parler de centimètres !
Il ne s'agit pas de centimètres, et encore moins d'un livre !
Il s'agit d'un système, et ce système est pourri !
Qui fait que ce genre d'hommes s'en sorte toujours.
Ce genre d'hommes est à l'abri, mais nous, jamais.
On n'est jamais à l'abri. Pas dans la rue, ni à l'école !
Pas dans le tram, ni au travail, ni au supermarché ! Nulle part !
M. le président, nous portons plainte pour diffamation.
Mme Richter a fait une fausse déclaration et sali...
Tout ce qu'elle écrit sort de son cerveau.
Malheureusement, des millions de gens s'y reconnaissent !
Cette plainte est ridicule.
"Le Journal d'Anne Frank", c'est aussi de la diffamation ?
Scandaleux !
Il a totalement raison !
Elle écrit ce qu'elle veut !
Monsieur le président !
Et si on avait été deux personnes ordinaires ?
On aurait peut-être pu trouver une solution ensemble.
Ca peut vous sembler étrange que je dis ça, mais je réalise,
là, en fin de journée...
Enfin, j'espère qu'on s'approche de la fin de la journée,
que je suis ravi justement que ce soit nous.
Ca n'enlève rien à ce qu'Amanda ressent
et a ressenti, que c'est affreux.
Qu'elle l'ait ainsi vécu.
Notre pays,
le monde entier
connaît trop d'histoires de ce genre.
Il y a partout des femmes avec un chagrin immense.
Avec des secrets trop lourds à porter.
Et cette journée souligne
à quel point il est important que nos citoyens
se rendent compte de la gravité des abus sexuels.
Et c'est un sujet
pour lequel je veux me battre.
Nous devons croire les victimes, et les prendre au sérieux.
Moi, je crois Amanda.
Mais elle a une fausse perception de ce qui s'est réellement passé.
Cette campagne de diffamation a sali mon nom.
Il le sera pour toujours, mais ainsi soit-il.
Ca a été utile.
Je veux me mettre au travail.
Pour tout le monde.
Dans un pays où les gens
sont en sécurité, se sentent également à l'abri.
Mon gouvernement sera donc composé à parts égales d'hommes
et de femmes.
Après aujourd'hui, vous comprendrez mieux
pourquoi c'est nécessaire.
Merci.
Mesdames et Messieurs, je prononce la clôture de l'enquête.
Je t'attends dehors.
- Ce manuscrit ! - Je n'étais pas au courant.
Verdict dans 2 semaines, maman.
Fais pas ça.
J'ai l'air d'une patiente.
Tu as été formidable.
Je n'aurais jamais dû accepter de le faire.
On s'en fout de ces gens.
Je suis fière de toi.
Tout le monde est fier de toi.
Putain, le voilà.
Pas de poignée de main. Je comprends.
Sache que j'étais sincère.
Je regrette.
Mes excuses ne te servent à rien, je sais bien, mais...
Je regrette sincèrement que ta vie se soit ainsi déroulée.
Mais je n'y suis pour rien.
Mesdames et Messieurs, la Cour.
Bienvenue.
Vu le prestige des deux personnes concernées
et sa médiatisation, il s'agit d'une affaire complexe.
L'affaire a été longuement débattue par une cour multidisciplinaire.
Mais le jugement est assez simple.
Nous nous basons sur le Code pénal, lequel est formel.
Pour la presse, le jugement complet sera publié.
Pour maintenant, ce sera bref.
Il ne s'agit pas de croire l'un ou l'autre,
mais de ce qui est prouvé légalement et fondamentalement.
Les déclarations de M. Ploch et de M. Kouwenaar
sont imprécises et suscitent des questions.
Mais les juges doutent également
de l'exactitude et de la motivation
de l'histoire de madame Richter.
La Cour présume que par deux fois
il y a eu un baiser intrabuccal.
Dans le salon et près de la porte.
Que cela a été fait avec ou sans consentement mutuel
n'est pas pertinent.
Ca relèverait au plus d'agression sexuelle,
mais il y a prescription.
Concernant le viol sur Mme Richter
ou la tentative de viol,
c'est parole contre parole.
La déclaration prouvée n'est basée que sur les dires
de Mme Richter elle-même.
Le tribunal
ne peut déterminer avec certitude
ce qui s'est passé ou pas
ce 25 mai 1996, au Kerkstraat à Amsterdam.
C'est la raison pour laquelle
le suspect sera acquitté.
Ainsi le dédommagement demandé par la partie lésée est hors sujet,
et cette requête sera déclarée irrecevable.
La plainte de diffamation déposée par maître Tsue Chin
n'est pas concernée par ceci.
Il vous faudra déposer votre plainte à la police
et non au tribunal.
Si je peux en croire les sondages,
une plainte pour obstruction me semble peu crédible.
D'accord ?
Voilà.
Merci.
Félicitations.
Merci.
- Super ! - Merveilleux.
On peut oublier ça maintenant.
Mes félicitations.
Génial !
Adaptation : Caroline Hartman
Sous-titrage : VDM
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