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[chants d'oiseaux]
[alarme]
[Janiçki] Tourne !
[radio] Doux espoir...
Nous répétons.
À toutes les forces françaises d'Indochine. Doux...
Combien de temps on a perdu ?
[radio] Nous répétons. À toutes les forces françaises...
Lisbonne !
Lisbonne !
[Lisbonne] "Doux espoir", c'est l'alerte !
Les Japonais nous foutent dehors.
[Janiçki] Tout le monde dehors ! Rassemblement !
Cinq minutes !
Je veux tout le monde ici !
[ordres en langues étrangères]
Allez, rapido !
Rapido !
Rejoins les autres dans la cour. On part.
[crépitement de la pluie]
[discussions entremêlées]
[grondement de tonnerre]
Ça va, Alvarez ?
- Ouais... Ouais, ça va. - Il t'a bien arrangé.
Ça va.
Ça va ?
- T'as un problème, Eisinger ? - Non.
Tu sais quelque chose ?
[discussions entremêlées]
- Tu sais ce qui se passe ? - Je sais pas.
Je sais pas.
Nous avons des malades.
Demandons point de rendez-vous plus proche. À vous.
Impossible. À vous.
Je répète, impossible pour nous d'appliquer l'ordre de dispersion
avec les malades.
À vous.
Faites au mieux.
Bonne chance.
Terminé.
[la communication coupe]
[soupir]
Garde à vous !
Section rassemblée. À vos ordres, mon adjudant.
Section, repos.
Les Japonais ont attaqué sur tout le territoire. Ils arrivent.
On part à Son La.
On y retrouve le reste du 5e.
C'est la base de repli vers la Chine.
- La grande débandade. - [rires discrets]
On devrait les attendre au plumard, les Japs.
C'est un camp de repos ici.
Cinq ans qu'on leur cire les pompes.
[toux]
[toux]
[Janiçki] Distribue les armes.
Sauf Lemiotte.
Je te préviens.
Si tu te barres, je te descends.
[Lisbonne] OK. On y va. Allez, les gars ! Allez !
Qu'est-ce qu'on va foutre dans la jungle ?
[malade] Mon adjudant.
Désolé, mon adjudant. Mais je peux pas.
Laissez-nous rester au camp.
On n'a pas la force.
[en méo] Marly et Cosaque, il ne faut pas qu'on pense à vous,
sinon on n'arrivera jamais en Chine.
[musique triste au piano]
[Lisbonne] Allez, allez.
[gémissement]
[respiration haletante]
[gémissements]
Mathu ?
[soupir] Je peux plus.
Je peux plus.
[respiration haletante]
[toux]
[respiration forte]
On est la "drink colonne".
- Putain. - La "drink colonne" !
On va se faire rattraper.
Donne-moi ton sac, Mathusalem.
Vite !
Allez.
Et marche !
[musique triste au piano]
[chute]
[musique triste au piano]
[Lisbonne] Laissez passer les mules.
[Lisbonne] Ça va ?
[l'homme acquiesce]
[Janiçki] Carnet de marche du 10 mars 1945.
Ça va, docteur ?
Départ de Khan Khaï hier à dix-sept heures.
Effectif total : dix-neuf.
[propos en espagnol]
C'est bon, Alvarez. C'est tout propre.
[Janiçki] Kossakowski et Marly ont demandé à rester au camp.
Ils étaient incapables de marcher.
Au moins, écrire leur nom.
Nous déplorons un disparu,
Krapfield.
Objectif : le poste de Son La.
Distance : 200 km.
Nos chances d'y arriver sont proches du néant.
[bombardements lointains]
Marly.
Cosaque.
La Légion n'abandonne jamais les siens.
[Lisbonne] Allez, les gars. On y va.
Prenez vos affaires, on bouge !
Allez, allez ! Docteur.
Vamos, vamos.
Allez, Poussin.
- Ça pue la mort. - C'est bon, Lemiotte.
[Lemiotte] Mon adjudant.
Mon adjudant.
Je peux vous dire quelque chose ?
Dis toujours, Lemiotte.
Sans vous offenser, si on attend tous les plus lents,
on va tous crever. Vous croyez pas ?
Faudrait faire des groupes. Comme ça, quelques-uns s'en sortiront.
C'est pas chacun pour soi, la Légion. Fallait y penser avant.
[Lemiotte] La Légion, j'ai signé 5 ans.
Ça fait 4 ans que mon contrat est fini.
Et je suis coincé ici.
Nous sommes tous coincés ici, comme toi, depuis des années.
Moi y compris. Tu es le seul à pleurnicher.
Tu veux marcher seul ?
Passe devant en éclaireur.
Sans arme ?
À vos ordres, mon adjudant.
[en méo] Les quatre coins de la forêt, protégez-nous.
[musique douce]
[Janiçki] Cinquième jour de marche.
Nous avons dû quitter la piste avant de se faire rattraper.
On ne pouvait pas marcher plus vite sans perdre les plus faibles.
Mon adjudant. Mon adjudant !
- [Janiçki] Quoi ? - Un tigre ! J'ai vu un tigre.
[Janiçki] T'as pas rêvé, Alvarez ?
[en espagnol] J'ai vu un tigre.
[Janiçki] Les hommes délirent.
La folie nous guette.
Garder un semblant d'ordre,
pour qu'on redevienne pas tous des bêtes sauvages.
Mais ici, c'est la nature qui commande.
[Lisbonne] Vamos, Alvarez.
Vamos, vamos, vamos.
[musique pesante]
[cri]
Non, non, non !
[Lisbonne] Calme-toi, calme-toi !
- Qu'est-ce qu'il a ? - Un serpent, je crois.
Mon capitaine !
- C'est quoi ? - Capitaine !
- Serpent ! - C'est quoi ?
- Quelqu'un a vu le serpent ? - Non.
- Non ! - Chut !
- Ça va. - Tenez-le fermement.
C'est rien, c'est rien.
- Calme-toi. - Vous faites quoi ?
- Voilà. - [cri]
[cris]
Attends, attends.
Tenez-le, je vais lui faire une piqûre.
Bouge pas, Stigmann.
[Lisbonne] Tu verras, tout va bien.
Tout va bien.
Et merde.
Un problème ?
La morphine qui était dans mon sac a disparu. Y a plus rien.
Mon adjudant !
Quelqu'un a volé la morphine.
Lemiotte, au rapport !
Oui, mon adjudant ?
La morphine, Lemiotte.
Qu'est-ce que t'en as fait ?
Vide ton sac.
L'autre.
Allez, l'autre.
[raclement de gorge]
Videz tous vos sacs.
Allez. Maintenant.
Quoi ?
Videz vos sacs !
Toutes les poches.
Allez, maintenant ! Je veux voir !
[Janiçki] Laisse tomber, Lisbonne.
On y va.
[chants d'oiseaux]
[discussions au loin]
[hennissement]
[vrombissement de moteur]
[Lisbonne] Les Japs.
[propos inintelligibles]
Merde.
Je m'attendais pas à les trouver déjà là.
Son La, c'est cuit.
On traverse, on continue dans la jungle.
[cris]
[cris]
Calme-toi !
[Stigmann crie en allemand]
[Janiçki] Faites-le taire ! Les Japs sont là !
Il va se calmer.
[cris étouffés]
Du calme, Stigmann. Chut !
[Stigmann crie en allemand]
Arrête de gueuler ! Arrête.
[gémissements d'effort]
Arrête, arrête.
Arrête.
[grande inspiration]
[respiration haletante]
[Aubrac] Il respire.
- Bien. - [Aubrac] Un...
[Janiçki] On se planque, on attend la nuit.
[Aubrac] Deux, trois.
Allez.
[musique sombre]
On y va.
Chut.
[Lisbonne] J'entends quelque chose.
[baiser]
[véhicule au loin]
[le véhicule s'approche]
Baisse, baisse, baisse.
[propos en japonais]
[le véhicule s'éloigne]
[vrombissement de moteur]
[propos en japonais]
[Janiçki] Lisbonne.
Allez.
[vrombissement de moteur]
[Lisbonne] Margola, à vous.
Sorbonne,
- dans la foulée. - Oui.
Allons-y.
- Il est où, Lemiotte ? - Il était derrière nous.
Eisinger.
Retournes-y.
Vas-y, va voir ce qu'il fout.
Lemiotte ?
Lemiotte ?
Lemiotte ?
[véhicule au loin]
Lemiotte ?
À quoi tu joues, Lemiotte ?
Allez.
Viens, on s'en va.
Arrête ton cirque, Lemiotte.
On va mourir si on reste avec Janiçki.
- Viens avec moi. - Non.
Alors, passe-moi ton fusil et laisse-moi partir.
- [Eisinger] Non. - Eisinger, laisse-moi partir.
Il va me tuer. Tu comprends ?
[Eisinger arme son fusil]
[Eisinger] Je dirai rien, t'inquiète.
Allez.
[cri et coups de feu]
[vrombissement de moteur]
[coups de feu]
[Janiçki] Courez ! Vite, foncez !
Par là, par là !
[Lisbonne] Allez, debout !
[coups de feu]
Die Spinnen!
Je me souviens !
[coups de feu]
Margola !
[coups de feu]
Je me souviens de tout.
Die Spinnen!
[coups de feu]
[cris lointains]
[coups de feu]
C'est les araignées.
[respirations haletantes]
[toux]
[respirations haletantes]
On a perdu les mules.
On a perdu les mules.
Stigmann.
Il est où, Lemiotte ?
Je suis là, mon adjudant.
Par ta faute, Eisinger et Margola sont morts.
À genoux.
- Je suis tombé, mon adjudant. - À genoux !
- Au moment de traverser... - Je t'avais prévenu.
- [clic] - Janiçki !
[Sorbonne] Mon adjudant.
Lâche-moi.
[Lemiotte marmonne en italien]
On y va.
[musique triste]
[toux]
[Janiçki] 19 mars 1945.
Eisinger et Margola sont morts.
Dagoni a disparu.
Lemiotte ira en cour martiale.
Il est, je pense, irrécupérable.
Plus de ravitaillement.
Impossible de chasser.
Nous ne mangeons plus que des racines.
Le tigre.
T'es cinglé, Alvarez.
[Janiçki] Mathusalem nous a surnommés
la "drink colonne".
Y a rien, Alvarez.
Vamos.
Vamos, vamos.
[paroles marmonnées]
[musique mélancolique]
[Lemiotte] Marly.
T'es pas mort ?
Tu priais, Lemiotte ?
Tu priais, Lemiotte ?
Tu crois en Dieu, toi ?
Ça m'étonne.
Ça m'étonne d'un type comme toi.
[Lemiotte, en italien] On est seuls.
Je crois juste qu'on est seuls, Marly.
On est tous seuls.
[plainte de douleur]
[Janiçki] Faut trouver du ravitaillement.
Qu'est-ce qu'on peut faire ?
Mia Lang, mon capitaine.
Mia Lang ?
Tinh connaît... Y a un camp de supplétifs méo, là-bas.
C'est où ?
Nous, là.
Mia Lang, là. La Chine, là.
[Janiçki] Ah, c'est jouable.
C'est 80 kilomètres de plus.
Une semaine, dix jours de plus.
Les soldats laotiens vont pas quitter leur village.
Là-bas, ils auront des munitions, de la nourriture.
C'est notre seule chance d'arriver en Chine.
Si on arrête de fuir ?
On se cache, on brouille les traces
et on survit dans la jungle.
- On est des soldats, Aubrac. - [Aubrac] Des soldats ?
Vraiment ?
[toux]
On peut trouver la nourriture,
mais la forêt est dangereuse et les esprits sont mauvais.
On s'en fout des esprits !
[musique sombre]
Chut.
Alvarez, je dirai rien.
Moi aussi, j'ai des visions.
Chut.
[paroles marmonnées]
[crépitement de la pluie]
[rugissement]
[gémissements]
[Alvarez] Puta madre.
- Alvarez. - Il est dessous.
Il étouffe. Tirez !
[gémissements]
Tirez, tirez !
[grognements d'effort]
- Allez ! - Allez, Alvarez. Bon Dieu !
[grognements d'effort]
Tirez !
Attention. Oh, merde.
Caporal.
[respiration haletante]
T'es blessé ?
Non. C'est le sang du tigre.
Que susto.
C'est quoi, ton nom ?
- Ton nom ? - Julio Alvarez.
Alvarez Julio.
[Janiçki] Allez, les gars.
On part au plus vite.
[Tinh] Tuer tigre, c'est pas bon.
[Lisbonne] Arrête, Tinh. Tu nous fais chier.
[Janiçki] On découpe la viande et on s'en va.
[coup de feu]
[cris en japonais]
[cris en japonais]
- Il est tout seul ? - Chapeau, Stigmann !
- Tu l'as eu ! - Il est tout seul ?
[acclamations]
- C'est qui qui a peur, maintenant ? - Vas-y, Stigmann !
C'est qui qui a peur ?
C'est un sale Japonais ! Sale Japonais !
[cri de douleur]
[grognements de Stigmann]
[respiration forte]
[Stigmann arme son fusil]
- Tu fais quoi, là ? - Oh, oh !
[coups de feu]
Oh ! Oh !
[coup de feu]
[Stigmann ricane]
[Lemiotte] Il nous a tiré dessus.
Il nous a tiré dessus, ce con.
Et lui ?
C'est Stigmann qui l'a tué.
[Janiçki] Poussin, qu'est-ce qui s'est passé ?
Réponds.
Il... Il...
Il nous a tiré dessus.
Lemiotte l'a empêché.
Pourquoi il vous tirait dessus ?
Je ne sais pas, mon adjudant.
[il murmure] Je ne sais pas.
Il est devenu fou, mon adjudant.
Lisbonne.
Prends-lui son arme.
[il murmure] C'est ma faute.
C'est ma faute.
[Tinh] On va tous devenir fous.
Les Japs sont pas loin.
Faut partir.
Merci.
[Janiçki] 11 avril 1945.
Plus d'un mois que nous marchons.
Stigmann est mort.
[Lisbonne] Attention.
[Janiçki] Il est tombé sur un éclaireur japonais.
[musique de tension]
L'ennemi est tout proche.
Nous sommes repérés maintenant.
Nous le savons.
[musique de tension]
Viens.
[Lisbonne] Vous pensez quoi, mon adjudant ?
On s'installe ici et on les attend.
De quoi vous parlez ? D'une embuscade ?
Honnêtement, chef, y a pas pire comme idée.
On n'a plus de forces,
plus rien à manger.
Quitte à crever, je préfère crever les armes à la main.
Comme nos anciens au Mexique.
On va faire Camerone ?
Les gars.
Les Japonais vont nous tomber dessus d'un moment à l'autre.
Alors on s'arrête ici et on les attend.
[crépitement de la pluie]
Cachez-vous.
[grondement de tonnerre]
Alvarez.
On voit ton képi.
Poussin, arme ton mousqueton.
Personne ne tire avant moi.
[Janiçki] Je pense aux noms.
Aux noms des morts.
Est-ce que nos noms sont inscrits quelque part sur un registre ?
Est-ce que nous sommes déjà morts ?
[chuchotements]
[fredonnement]
[fredonnement]
[respiration forte]
[il chuchote] Mon adjudant.
[discussions au loin]
[respiration saccadée]
[propos en japonais]
[geignement]
[coups de feu]
Chargeur !
[coups de feu]
[Janiçki] FM !
Munitions ! Munitions !
- Sorbonne, chargeur ! - C'est bloqué !
[coups de feu]
[Janiçki] Halte au feu !
Halte au feu !
Halte au feu !
[soupir]
[pleurs]
Ça va, Poussin.
Arrête, Poussin. Arrête.
Bravo, Poussin.
Karamyan est mort.
Traguiliev aussi.
Des blessés ?
[Lisbonne] Non.
Mais on a réussi. On est vivants !
Ça va ?
[musique sombre]
On peut pas manger ça.
Ils avaient rien à bouffer non plus.
[musique sombre]
[Janiçki] Écoutez-moi, tous.
Ce que vous avez fait, aujourd'hui,
il n'y a que des légionnaires qui pouvaient le faire.
Les Japonais vont nous prendre pour ce qu'on est,
des vrais soldats.
Lemiotte, tu rends ton arme.
Je l'ai gagné, ce fusil.
J'ai largement fait ma part.
Rends ton arme.
J'ai pas confiance en toi, Lemiotte.
[Tinh, en méo] Maintenant que vous êtes des esprits,
protégez-nous.
[Janiçki] Garde à vous !
Présentez...
armes !
[Janiçki] 12 avril 1945.
Quelque part au nord de la RC7.
Accrochage avec les Japonais.
Pertes : Traguiliev et Karamyan.
Section ennemie mise hors de combat.
Japonais aussi affamés que nous.
Je me sens faible,
mais pour la première fois,
je nous crois capables d'atteindre la Chine,
malgré la faim et les maladies qu'on traîne.
[Lisbonne] Ça va ?
[soldat] Caporal ?
- Caporal ? - Ouais ?
[soldat] Y a plus de piste.
[soldat] Tinh, c'est par où ?
C'est par là.
[musique douce]
Vous avez un doute ?
Non.
[musique douce]
[gémissements]
[Tinh] C'est bon.
À Mia Lang, je pourrai te soigner mieux.
Un cousin a des herbes.
[soupir]
Pourquoi tu restes avec nous, Tinh ?
Tu viens avec nous en Europe ou tu rentres chez toi ?
[soldat] Fous-lui la paix, Lisbonne.
Tu réponds pas ?
Dans ton village, ils aiment les Français ?
[en méo] Si j'étais pas de votre côté, vous seriez tous morts.
Quoi ?
[musique de tension]
Poussin.
[toux]
[bourdonnements]
[musique angoissante]
[toux]
[bourdonnements]
[Tinh] C'est mes cousins.
[bourdonnements]
[Lisbonne] Combien de temps, docteur ?
Je dirais quatre, cinq jours.
[Karlson] Caporal.
Mon caporal, Kommen Sie!
- C'est Mia Lang ? - Ouais.
[Lisbonne] Karlson, Sorbonne.
Allez voir s'il y a quelque chose à manger.
Oh, mon adjudant ! Mon adjudant !
[Aubrac] Il est brûlant ! C'est le palu.
- [Janiçki] Ça va. - [Aubrac] On le met à l'abri là-bas.
Doucement, doucement.
[Lisbonne] Tinh, de l'eau !
[Aubrac] Doucement, doucement, doucement.
Tranquille. Voilà.
[Lisbonne] Allez, allez.
Attends, attends.
Y a que dalle à bouffer là-dedans.
Y a pas de boustiffe ?
Y a pas.
- L'adjudant a dit qu'on mangerait ! - Mathu, arrête !
Trois jours sans manger !
N'y va pas, Mathu, c'est horrible.
[Mathusalem rouspète en flamand]
[Mathusalem vomit]
[crachat]
L'adjudant avait dit qu'on rejoindrait des gars à Son La.
On a rejoint personne.
L'adjudant avait dit qu'on boufferait à Mia Lang,
et y a que des macchabées.
C'est terminé, Janiçki.
C'est fini.
[Janiçki] La Chine...
La Chine...
La Chine ?
- Ça sera sans nous. - [Stenweeg] Il a raison.
[Lisbonne] C'est pas le moment, Lemiotte.
Au contraire, Lisbonne.
Ça, c'est le moment.
Ça, c'est le moment.
Si l'autorité assure pas, il faut s'en débarrasser.
T'espères quoi, hein ? T'espères quoi ?
On est quelques-uns à penser qu'on peut pas continuer comme ça.
[Stenweeg] Oui.
On est juste des hommes paumés dans la jungle.
Il n'y a plus de règles.
Plus de chef.
C'est compris ?
Arrête tes conneries.
C'est compris ?
[Lemiotte] Vaffanculo, caporal.
Tu vois bien qu'elle est naze, l'autorité !
Poussin, ton arme !
[Aubrac] Tu arrêtes, Lemiotte !
[Poussin murmure] Arrête, s'il te plaît.
- Toubib. - [Aubrac] Recule !
Vous attendez quoi ?
[coup de feu]
Avancez encore, Stenweeg et toi, et vous êtes morts.
L'adjudant Janiçki assume la responsabilité de cette colonne.
C'est lui qui commande.
C'est clair pour tout le monde ?
C'est clair ?
[toux]
Sorbonne, Karlson.
Ligotez-moi cet imbécile.
Et Stenweeg aussi.
Musso, rends ton arme.
Rends ton arme, merde !
Vous avez mal choisi votre camp,
mon capitaine.
Vous êtes un faible.
[Aubrac] 18 avril 1945.
41e jour de marche.
Je reprends la rédaction des rapports
suite à la défection de l'adjudant Janiçki,
victime de palu.
Avons abandonné le cauchemar de Mia Lang.
Des dizaines de partisans laotiens sauvagement assassinés.
Avançons aveuglément, cap au nord.
Les prisonniers souffrent sans se plaindre,
malgré le peloton qui se profile.
Lemiotte me touche.
Il m'est revenu à son propos
une phrase lue dans le Voyage au bout de la nuit :
"Si les gens sont si méchants,
"c'est peut-être seulement parce qu'ils souffrent,
"mais le temps est long qui sépare
"le moment où ils ont cessé de souffrir
"de celui où ils deviennent un peu meilleurs."
[Janiçki] Miléna...
[Aubrac] Lemiotte a dû beaucoup souffrir pour s'endurcir autant.
[Janiçki marmonne]
Miléna...
Miléna... Miléna...
Miléna...
Miléna...
Miléna...
[il marmonne]
Miléna...
[Tinh] Tu as dit de manger le tigre.
Maintenant, les esprits sont fâchés.
Tu es puni pour de bon.
[musique de tension]
[Lemiotte arme le fusil]
[Janiçki marmonne]
T'es en train de crever, de toute façon.
[clic]
[Aubrac] Les déserteurs ont disparu en emportant carte et boussole.
Il ne nous reste que Tinh et le soleil pour nous guider.
Nous avons suivi Janiçki comme des fantômes,
sans savoir où nous allions ni pourquoi.
Obéissant à des lois qui peut-être ne s'appliquent plus,
dont la forêt se moque.
Nous sommes la "drink colonne",
nous marchons emportés par le courant.
Mon espoir : que l'un de nous y arrive,
qu'on ne meure pas tous comme des bêtes abandonnées.
[musique émouvante]
[rires]
[musique onirique]
[crépitement de la pluie]
[grondement de tonnerre]
Sorbonne, réveille-toi !
Allez, Poussin. Debout !
Karlson.
Tinh.
Tinh !
Hé ! Alvarez !
Vamos, amigo.
[Alvarez chante en espagnol]
[En espagnol] Franco, Francisco Franco, putain de ta mère !
Viva la muerte.
[coup de feu]
[Lisbonne] La morphine.
[Sorbonne] C'était lui.
Il était anarchiste.
Ni Dieu ni maître.
Salut, Alvarez.
Adiós, amigo.
[Janiçki] Mi-mai. Les crises de palu sont moins violentes,
les esprits de Tinh me foutent la paix.
Je reprends la rédaction du carnet.
Effectif : sept.
Lemiotte, Stenweeg et Pepelucci, désertion.
On a perdu Mathusalem.
Et maintenant, Alvarez,
épuisement.
Sommes complètement perdus.
Aubrac a raison.
Si l'un d'entre nous y arrive,
on y arrive un peu tous.
Nous,
les derniers des hommes.
Vous entendez ?
Vous avez entendu ?
Flygplan.
Flygplan!
Avion !
Avion. Vous entendez pas ?
Avion !
C'est l'état-major qui vient nous chercher !
Avion ! Flygplan!
Hé ! Oh !
[Karlson parle suédois]
[Janiçki] Karlson.
Où est-ce que vous avez trouvé ça, chef ?
Je les gardais pour les fumer avec vous au paradis.
[petit rire]
[Lisbonne] Merci.
Merci.
Quelqu'un a un briquet ?
Ah.
[rires]
Quelqu'un a un autre briquet ?
[rires]
[rires]
Tak.
[Janiçki] Quelque part du côté de la frontière.
À peu près fin juin.
Avons retrouvé les dépouilles de Stenweeg et Pepelucci,
poignardées.
Les Japs, j'espère.
On n'a pas retrouvé Lemiotte.
Aubrac est mort,
son cœur a lâché.
Effectif restant : caporal Lisboa,
Tréfeuil, Karlson, Volmann, Tinh et moi.
Je m'accroche à nos noms.
Je m'accroche à ce carnet.
Je pense à mon fils.
[en polonais] Je pense à toi, mon fils.
Je pense à toi, mon fils.
[Tinh] C'est le Mékong.
[rires]
[grognement d'effort]
[soupir]
Vous ferez quoi, après la guerre ?
Vous avez envie de rentrer en Europe ?
[Janiçki] Je ne sais pas si j'ai envie de rentrer en Europe.
Vous avez des enfants ?
Un fils.
Et toi ?
Non.
Vous l'avez perdue il y a longtemps, votre femme ?
Longtemps, oui.
Et toi ?
Ta femme t'attend ?
Je ne sais pas.
On va être visibles et à découvert pendant longtemps.
On va faire une reconnaissance sur 500 mètres en amont et en aval.
Si c'est propre,
on traverse le plus vite possible.
Moi, j'ai pas de femme.
Jamais eu de femme, jamais eu de famille.
Je suis seul.
[Janiçki] On y va ?
C'est une branche cassée aujourd'hui.
[en italien] Assez !
Assez !
Je ne sais pas !
[le soldat parle japonais]
[en italien] Je m'appelle Giuseppe Sottile !
J'ai déserté la mort !
- [question en japonais] - Je ne sais pas !
[en italien] Ils sont tous morts.
[en italien] Ils sont tous morts.
Ils sont tous morts.
Je ne sais pas.
Je ne sais pas.
[en italien] Je ne sais pas.
[propos en italien]
[le soldat crie en japonais]
[il crie en italien]
[en italien] Je ne sais pas !
[cris en italien]
[discussion en japonais]
Il a ce qu'il mérite.
Alors, on fait quoi ? On le laisse crever ?
On est six. Vous dites qu'ils sont dix.
On va les surprendre.
On attend le matin.
Non, non, non. On se sauve.
On traverse.
On y est, mon adjudant. Là ! Maintenant !
Il a déserté.
On va aller chercher cet enculé de Lemiotte et on se tire.
On va pas risquer notre peau pour Lemiotte.
C'est pas pour lui, c'est pour nous.
Si on le laisse, on est comme lui.
Il paiera pour ce qu'il a fait, mais on le laisse pas crever.
[Lisbonne] On a bien abandonné nos malades.
On ne laisse plus crever personne.
Je sais qu'on n'est pas comme lui. Ni moi, ni vous, ni eux !
[Janiçki] Moi, je le sais pas.
C'est le moment de le savoir.
Je t'oblige pas à venir, Lisbonne.
Prenez vos armes.
[insultes en portugais]
[musique douce au piano]
Lemiotte. Lemiotte.
C'est moi.
[Tinh] Les esprits t'ont protégé, Lemiotte.
T'as fait quelque chose de bien dans le passé
ou dans une autre vie.
[cri en japonais]
[coups de feu]
Merde !
Cours ! Cours !
[coups de feu]
[coups de feu]
[Lisbonne] Viens.
Viens ! Viens !
[coups de feu]
[cri de douleur]
[cri de douleur]
[coups de feu]
[musique douce]
Lisbonne...
[gémissements d'effort]
[chants d'oiseaux]
La balle a traversé.
- Je vous fais un bandage, mon adjudant ? - Non.
Merci. Plus tard.
[Sorbonne] Les Français.
Vous savez où sont les Français ?
Mon adjudant, regardez !
[vrombissement de réacteur]
[en chinois] Qui êtes-vous ? Des Français ?
[protestations]
- Qui sont ces hommes ? - On dirait des Français, mon colonel.
[en anglais] Major Bellington. Officier de liaison avec les troupes chinoises.
Adjudant Janiçki,
5e régiment étranger d'infanterie.
[en anglais] D'où arrivez-vous ?
Khan Khaï. Sud Laos.
[en anglais] Le Sud Laos ? Vous avez marché tout ça ?
Il y a des Français par ici ?
[en anglais] Le Commandement français est à 40 km, en aval du Mékong.
Vous pouvez nous y emmener ?
[en anglais] Impossible, nous évacuons le camp.
Et les Chinois ne vous aideront pas.
L'adjudant est blessé.
Et eux aussi. On est à bout de forces, là.
[en anglais] Il nous reste quelques places dans l'avion, par hasard ?
Cinq, c'est trop. Choisissez deux hommes.
Vous allez où ?
- Calcutta. - Calcutta ?
[en anglais] Vous ne savez pas que la guerre est finie ?
Poussin, Sorbonne, Karlson... Allez-y.
[en anglais] Deux, pas plus !
Vous pouvez pas faire ça. Si vous saviez...
Vas-y, Karlson. Tu montes avec eux.
Pourquoi pas vous, mon adjudant ?
J'ai quelque chose à finir.
Come on, lads. Let's go!
Hurry up!
Move it! Move it!
[en chinois] Sales merdes ! Rentrez chez vous !
[explosion]
[Lemiotte] Vous avez retrouvé Musso et Stenweeg ?
[Janiçki] Là où tu les as laissés.
[Lemiotte] Ils sont morts ?
[Janiçki] Tu les as tués.
[Lemiotte] Pourquoi j'aurais fait ça ?
C'est la guerre qui les a tués, pas moi.
Tu vois, Janiçki...
Il y a que moi que t'as amené vivant en Chine.
Et tu m'envoies au peloton d'exécution.
T'as sauvé que toi, Janiçki.
T'aurais dû nous laisser nous démerder.
Et tout ça pour quoi ?
On nous laisse crever.
Et toi, tu fais quoi ? Le bon soldat ?
À suivre les règles de ceux qui nous laissent tomber ?
Mais tu sais pourquoi, Janiçki ?
Parce que les galons, c'est tout ce que tu as.
Sans les galons,
t'es rien.
Sans la guerre,
t'es rien.
Moi, j'étais ici pour payer mes conneries.
La Légion,
je lui dois plus rien.
Je lui dois plus rien.
Laisse-moi partir, Janiçki.
[Janiçki] Non.
Laisse-moi partir.
[Janiçki] Il faut...
Il faut que tu paies pour ce que tu as fait.
Pour les morts que t'as provoquées.
[Lemiotte] Qu'est-ce que t'en as encore à foutre ?
[musique émouvante]
[clic]
C'est pas la peine.
J'ai perdu trop de sang.
Pourquoi tu m'as pas laissé crever ?
Pourquoi ?
[Janiçki] Tu comprends pas ?
Non.
[Janiçki] Je sais.
Apporte-le à l'état-major.
Démerde-toi.
Qu'on n'ait pas fait tout ça pour rien.
Mais on a fait tout ça pour rien.
[Janiçki] Fais-le pour eux.
Tu me demandes de garder ça ?
Alors que si on me prend avec, on me fusille ?
Mais qu'est-ce que tu crois ?
Je vais le brûler, Janiçki.
Pas de chance que ça tombe sur toi.
Comme tu dis.
C'est con.
J'aurais voulu qu'ils sachent
comment on est morts.
Que mon fils sache
que j'ai pensé à lui.
Je te comprends, Lemiotte.
J'ai été comme toi.
Tu m'enterreras ?
[musique émouvante]
[musique douce]
[Lemiotte] Pertes en traversant le Mékong : Lisbonne et Tinh.
Karlson, Tréfeuil et Volmann
sont morts dans le crash de l'avion anglais
qui les évacuait vers Calcutta.
Lemiotte, blessé, est mort sur la rive nord.
Moi-même, blessé au bras,
je reprends la rédaction comme je peux.
Vous nous avez abandonnés,
et le sort s'est acharné sur nous.
Qu'est-ce qu'on pouvait faire, nous, les alcooliques, les moins que rien ?
[toux]
En tout cas,
la "drink colonne" vous salue bien.
[discussion animée au loin]
[vrombissement de moteur]
[éclats de voix]
[musique sombre]
[gradé] Mon adjudant, on va organiser une cérémonie
en mémoire des morts de votre colonne,
avec remise de la croix de guerre pour chaque disparu, cet après-midi.
La colonne Alessandri est arrivée en Chine il y a trois mois.
Vos efforts et les efforts de tous ceux qui sont arrivés...
[Lemiotte, en italien] J'ai déserté la mort.
Je suis un déserteur de la mort.
[musique sombre]
[gradé] Une question au sujet de Lemiotte.
Voulez-vous qu'on l'intègre à l'hommage ou pas ?
Non.
[gradé] Vous êtes sûr ?
Ça ne coûterait rien et ça préserverait une image d'unité.
Il était...
[gradé] Irrécupérable ?
Oui.
[musique sombre]
[chants d'oiseaux]
[Lemiotte, en italien] La douleur ne s'arrêtera jamais.
[musique sombre]
[soldat] Adjudant Janiçki ?
[Lemiotte, en italien] Je m'appelle Giuseppe Sottile.
[soldat] Adjudant Janiçki ?
[Lemiotte, en italien] Lemiotte, c'était mon nom de légion.
Je m'appelle Giuseppe Sottile.
[gradé] Présentez... armes !
Capitaine Aubrac.
Mort pour la France.
Caporal Lisboa.
Mort pour la France.
Légionnaire Alvarez.
Mort pour la France.
Soldat Tinh...
[Lemiotte, en italien] On est seuls.
[gradé] Mort pour la France.
Légionnaire Pepelucci.
Mort pour la France.
Légionnaire Stenweeg.
Mort pour la France.
Légionnaire Stigmann.
[musique sombre]
[rires]
Lemiotte.
Grazie.
[clic]
[musique douce au piano]
Grazie.
[Jacques Perrin] Ce fleuve, où coule-t-il ?
Ce chemin, où mène-t-il ?
Où, les nuages de l'aurore ?
Où, le ciel au soir ?
Les yeux des hommes, où regardent-ils ?
Les pas des hommes, où s'en vont-ils ?
[musique calme]
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