All language subtitles for 1975.Docteur Françoise Gailland (fr)

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Original subtitles

J'ai téléphoné. La patronne n'est pas chez elle.

- Ça t'arrive souvent ? - Quoi ?

Devine.

Chaque fois qu'un type dans ton genre entre dans mon cabinet de consultation.

Une façon comme une autre de rassurer tes malades ?

Et c'est pas toujours aussi facile.

- Professeur de quoi, au juste ? - De sciences naturelles.

Mais je ne suis pas agrégé.

Tu sais, chez nous, agrégé, ça impressionne surtout le client.

C'est tout de même à cause de ça que je suis obligé de consulter.

Tu es vraiment obligée de rentrer ?

Allô ?

Chabret à l'appareil.

J'ai oublié de dire à Mme Gailland...

Elle vient de sortir à l'instant. Elle a été appelée d'urgence par un de ses malades.

- Excusez-moi de vous avoir dérangé. - Mais de rien.

J'étais sûre qu'elle n'était pas encore rentrée.

Qu'est-ce que ça peut te foutre ? Occupe-toi de ton cul.

Il y a du passage ici.

On est dans un hôpital, pas dans un bobinard.

C'est important pour toi ?

- Tu veux pas répondre ? - Si.

Je sais pas encore si c'est important.

Mais je suis très bien.

- C'est ton bateau ? - Ouais.

C'est moi, à l'avant.

- T'en as jamais fait ? - Oh non, quelle horreur !

- Un jour, je t'emmènerai si tu veux. - Là-dessus ?

Peut-être.

- C'est ton fils ? - Oui, Patrick. Il va avoir 18 ans.

C'est pas ta fille ?

Non, c'est pas ma fille.

T'es vraiment obligée de partir ?

Écoute, je crois que vraiment je suis obligée de partir.

Tu sais quelle heure il est ?

Dommage.

Oui, c'est bien quand on veut pas se quitter.

- Alex, vous êtes bien matinal ! - Oui, M. doit aller à Roissy ce matin.

Ça va, Fanny ?

Je me demandais si vous alliez avoir le temps de rentrer vous reposer un peu.

- Rien de spécial ? - Non, rien. M. doit être prêt à partir.

- Je vous sers votre petit déjeuner maintenant ? - Je vais d'abord prendre mon bain.

C'est pas le jour du caravanier ?

Ah oui votre mère. Si, elle vient déjeuner.

- T'es déjà levée ? - Non, je faisais pipi.

Dis donc, tu pars tôt ce matin !?

- Je peux ? - Bien sûr.

Ça va ?

- Tu pars tôt ce matin. - Oui.

Des Africains à réceptionner à Roissy.

Un ministre des finances et un collègue des monnaies et médailles.

De l'Oubangui, fascinant.

Encore inexpérimenté pour les monnaies, mais pour les médailles, il se débrouille pas mal.

Raciste !

Ça s'est bien passé, ton urgence ? Tu as sauvé une vie ?

On a téléphoné de l'hôpital vers minuit.

C'est Élisabeth qui a répondu.

Et puis Chabret a rappelé à 2h.

Je lui ai dit que t'avais été appelée chez un de tes malades.

À 2h ?

C'est un salaud !

Tu vois, à l'hôpital aussi, ta vie les concerne.

Mais je ne dispose pas de mes 5 à 7.

J'ai l'hôpital, mes consultations, les cours...

Je te ferais remarquer que je ne te reproche rien.

Mais ça t'arrangerait bien que les enfants me fassent la morale.

C'est un comble si on ne peut plus s'envoyer en l'air de temps en temps

sans qu'ils nous jugent, c'est qu'on les a mal élevés.

C'est certain.

Tu devrais te recoucher une heure ou deux.

Pas le temps. Les médecins ne s'arrêtent jamais.

Tu déjeunes ici ?

À tout à l'heure.

C'est toi, Julien ?

Mais entre !

Bonjour mon fils.

Je viens t'embrasser avant de partir.

Qu'est-ce que t'as fait hier soir ?

Rien, j'ai lu et j'ai écouté de la musique.

C'est bien.

C'était pas si bien que ça. Tu t'es ennuyé ?

Je te rappelle que ce soir, on devait dîner ensemble.

- Ce soir, tu es sûr ? - Oui.

Ça m'étonnerait. Précisément ce soir, j'ai une réunion.

Comme d'habitude.

Julien, ça suffit !

Passe-moi mon peignoir.

Ce que tu peux être vieux jeu !

Frotte-moi le dos.

Si seulement tu pouvais t'occuper de moi autant que tu t'occupes de tes malades !

- Mais tu n'es pas malade, Julien. - Non, je suis désolé.

Tu es malheureux et c'est de ma faute ?

C'est pas le moment de parler de ça, maman.

Bon.

- Quand ? - Quoi ?

Quand nous dînons ensemble ?

Vendredi soir, ça te va ?

Tu promets ?

Ça va.

Et ton travail ?

Mon carnet est sur ton bureau depuis deux jours.

Ce qui prouve que j'ai confiance en toi.

Qu'est-ce que tu fais ?

- Quoi ? - Oh, tu es en retard !

Mais non, j'ai pas cours ce matin.

Y a ton Chabret qu'a téléphoné hier soir à minuit.

On me l'a déjà dit, merci.

Tu lui laisseras tes coordonnées la prochaine fois.

La lumière !

Bonjour madame.

Vous m'avez téléphoné deux fois la nuit dernière, Chabret.

Pourquoi ?

Il y a eu une tentative de suicide. Le fils d'un de vos malades personnels.

- Qui ? - Étiévant.

Et vous l'avez accepté ? Il n'y a plus de place chez Fournel.

Probablement, puisqu'ils me l'ont collé d'office.

- Voilà pourquoi je vous ai appelée. - Vous vous fichez de moi ?

Voulez-vous que je commence à passer seul la visite de la salle Cury ? Ça vous avancera.

Vous teniez en plus à me faire remarquer que je suis en retard ?

Non, vous avez l'air un peu fatigué, c'est tout.

- Vous trouvez que j'ai une sale gueule ? - Je n'ai pas dit ça, madame.

Voulez-vous savoir pourquoi j'ai une sale gueule, mon petit Chabret ?

Parce que j'ai trop baisé la nuit dernière et à mon âge, ça pardonne mal.

Vous plaisantez, madame.

- Salut. - Bonjour, madame.

Vous ne deviez pas fumer le matin, madame.

C'est trop tard, j'ai oublié.

Mme Gailland, on vous demande au téléphone.

J'ai déjà dit que je ne veux pas qu'on me dérange pendant les visites. Qui est-ce ?

Ce monsieur n'a pas dit son nom, mais il insiste.

Bon, j'en ai pour une minute.

Oui ?

Mais non.

J'ai osé.

C'est mal ?

- Tu m'en veux ? - Oui, c'est mal.

Enfin, je suis pas trop fâchée quand même.

Qu'as-tu, Chabret ? Tu sers une drôle de tête à la patronne, ce matin.

J'aime pas que le service soit perturbé.

Bon ben tu raccroches.

Mais si, je suis seule.

Tu peux pas venir maintenant ?

Alors, je viens.

Ah non, c'est pas possible ?

Idiot!

Raccroche ! Il faut que je m'en aille.

- Au revoir. - Ne raccroche pas !

- Beaucoup de travail, Mme Héron. - Des dossiers.

Je n'aime pas votre toux, Mme Gailland.

Vous devriez cesser de fumer et passer un exament de contrôle.

J'ai pas le temps !

Ça va bien, vous retournez en traumato demain. Content ?

Jacques Étiévant, glucose et iso, sonde à oxygène, réanimation classique.

Le rapport de police dit qu'on a retrouvé dans sa chambre un tube de tranquilisant vide.

Rien d'autre à signaler sinon qu'il refuse de coopérer.

- Épargnez-moi votre baratin. - Vous êtes pas obligé de nous fréquenter.

C'est vrai. La prochaine fois, je réussirai mon coup.

Calmez-vous, Étiévant. Nous sommes là pour vous aider.

Regardez-moi.

Prenez les miennes, vous les fumerez dans les chiottes. Ici c'est interdit.

- Que fait-il dans ce service ? - Ils sont plein chez Fournel.

Continuez sans moi.

Je vous accompagne, madame.

Sale petit con !

- Où sont-ils ? - Salle Pasteur.

- Allez voir Mme Liénard. - Demain.

Je me permets d'insister. Il faudrait lui parler dès aujourd'hui.

Il y a quelque chose qui ne va pas ?

Mme Liénard se pose des questions. Il faudrait lui dire la vérité.

Depuis que vous vous êtes débarrassé de moi, vos visites se font rares.

Vous plaisantez ?

Vous savez que vous êtes mieux soignée dans ce service que dans le mien.

Vous ne supportiez pas que je sache la vérité.

C'est pour ça que vous aviez demandé mon tranfert ici.

La vérité, c'est que vous avez été opérée d'un abcès.

Le reste, c'est votre imagination.

C'est probablement maintenant que vous mentez.

Comme les autres.

Vous êtes dans les meilleures conditions possibles pour une guérison définitive.

J'ai peur.

J'ai peur de ne pas pouvoir supporter les jours qui vont venir.

J'ai peur de craquer.

Devant mon mari, devant mes enfants.

Taisez-vous.

Vous devez tout de même savoir, vous docteur.

Des cas comme le mien, vous en avez vu des centaines.

Oui, mais aucun malade ne ressemble à un autre malade.

Vous pouvez tout de même prévoir certaines choses.

La souffrance, par exemple.

Quand vais-je commencer à souffrir ?

S'il me reste encore un peu de confiance en quelqu'un,

c'est en vous.

Vous ne voulez pas me répondre ?

Je pourrais vous dire que c'est encore plus effrayant que vous ne pensez.

Mais ça ne vous concernerait pas.

Vous avez eu une opération parfaitement réussie.

C'est la vérité, alors je vous en prie.

Accrochez-vous, défendez-vous, battez-vous.

Je vous jure que je vous sortirai bientôt de cette chambre.

Soit.

Je veux bien croire que c'est un abcès.

Mais si c'était un cancer, me le diriez-vous ?

Oui.

Avec vous, le bluff ne durerait pas longtemps.

- Pourquoi ? - Vous êtes une femme intelligente.

Si vous aviez un cancer du poumon, je serais obligée de vous empêcher de fumer.

Merci docteur.

J'espère que vous allez manger aujourd'hui !?

Aujourd'hui j'ai faim.

C'est bien. À bientôt, Liénard.

Étiévant, Jacques Étiévant.

Au revoir.

Merci. Il sera beaucoup mieux soigné chez Fournel.

Ne vous sauvez pas.

- Vous avez bien une minute. - Pas tellement.

Je suis déjà arrivée en retard ce matin. On a dû vous le dire.

Vous savez très bien, chère madame, qu'on ne me dit rien.

Ou plutôt quand il arrive qu'on cherche à me dire certaines choses,

je ne les entends pas.

Sauf quand on me rapporte que vous avez eu un malaise.

Oui.

Vous savez comment vont les choses, quand on est médecin.

Je sens que vous avez quelque chose à me dire.

Vous savez, on se connaît depuis si longtemps.

J'aime me rappeler cette époque où vous étiez mon interne.

Ça nous rajeunit ni l'un ni l'autre.

Comment va Gérard ?

Nous y voilà.

Puis-je vous parler amicalement ?

Demain 17h.

Chez nous,

il arrive qu'il y ait

certains handicaps au bon fonctionnement d'une carrière.

Je sais.

Être Juif ou Arabe, communiste, homosexuel.

Et ne pas avoir une vie familiale convenable.

Je ne pense pas que ce soit ce dernier point qui vous tracasse ?

Vous savez que vous pourriez me succéder un jour, Françoise.

Ça m'étonnerait.

Je suis une femme communiste et gouine par-dessus le marché.

Françoise !

Tu rentres déjeuner chez toi ? Ça t'ennuie pas de me déposer au Trocadéro ?

Vous avez mis un peu d'ail comme je l'aime ?

- Bien sûr, madame. - Merci bien.

Bonjour tous. Je prendrai le repas en marche.

Je t'ai déjà dit que j'avais horreur de ces manières de salle de garde.

Embrasse-moi.

C'est tout de même pas une corvée bien longue !

Je ne comprends pas que tu n'embrasses pas tes enfants et ton mari en entrant.

- Ils ne s'en portent pas plus mal. - Vous n'allez pas recommencer !

Si ça peut vous rassurer, mamie,

nous nous embrassons chaque fois en nous souhaitant bonne nuit.

Évidemment, il arrive des fois que maman rentre tard et qu'on soit déjà couché.

Alors là, pas de baiser maternel.

Je croyais qu'un patron n'était pas de service le soir ?

- Et encore moins la nuit ? - Mais il fait ce qu'il veut.

Il n'y a pas que l'hôpital. J'ai aussi mes clients.

Figure-toi qu'ils ne choisissent par leur moment pour être malades.

Ce que j'en pense est que médecin n'était pas une profession pour une mère de famille.

Mais j'étais médecin avant d'être mère de famille.

Peu importe, tu devrais être en tous cas chez toi,

au plus tard à 8h pour pouvoir t'occuper de tes enfants.

Sans compter que je ne te trouve pas bonne mine.

Qu'en pensez-vous, Gérard ?

Ta mère a raison, tu devrais te ménager.

Laisse, j'y vais.

Allô ? Non, c'est sa fille.

Ah oui, bonjour madame.

C'est curieux, cette manie que les gens ont de t'appeler pendant l'heure du repas.

À quelle heure veux-tu que mes malades me joignent ?

Qui est-ce ?

Mme Mainesson ?

- Oui, je vous écoute, madame. - Que veut-elle ?

Elle parle de sa merde.

C'est vraiment pas possible de déjeuner dans des conditions pareilles.

Excusez-nous, mamie.

Évidemment, tes conversations avec le cabinet du ministre sont plus distinguées.

Où en est-elle ?

À la consistance et à la couleur.

Je t'en prie, fais quelque chose. C'est pas supportable !

- Attends, ça commence à être drôle. - Viens t'asseoir, Élisabeth !

Allô Mme Mainesson oui.

Je vais vous prendre demain à 17h à mon cabinet.

Je note.

Au revoir, Mme Mainesson.

Tu crois pas que t'exagères ?

Tes enfants n'en font qu'à leur tête.

Gérard n'a pas plus d'autorité que toi.

Ma pauvre enfant, avec le caractère que tu avais,

si j'avais manqué de sévérité envers toi, où serais-tu aujourd'hui ?

À Barbès, à faire le trottoir, j'imagine.

Pourquoi tu t'en prends à maman ? C'est plus une enfant !

- T'es une mère formidable. - Je t'en prie, Élisabeth, n'en remets pas.

- Et une femme formidable. - Élisabeth, ça suffit comme ça !

Merci, Élisabeth. Mais je crois pas que tu convaincras mamie, même sur ce point.

T'es chiante, mamie !

Je sers quand même la bombe glacée ?

Oui, pourquoi pas ?

Tu es mon dernier amant.

Après, je ne veux plus personne.

Comment tu peux dire ça ?

Quelque chose que je ressens. Je sais pas très bien l'expliquer.

Comment tu as fait pour quitter ta femme ?

Je l'ai quittée quand je l'ai plus aimée, c'est tout.

Évidemment, ça paraît simple.

Je n'ai jamais pu vivre autrement.

Et ton fils, comment il a réagit ?

Tu sais, il avait 14 ans.

L'humeur solide, les idées avancées.

Tu l'aimes, ton gosse ?

Oui, je crois.

Peut-être parce que je ne le vois pas souvent.

J'avais pas cours aujourd'hui. J'ai passé la journée à faire un bœuf mode.

Tu sais bien que j'ai pas le temps. Faut que je me sauve.

Attention. C'est sérieux !

Pourquoi tu souris ?

Parce que je pense que je fais bien tout ce que j'aime.

La bouffe, le bateau,

et l'amour avec toi.

Il ne nous reste plus qu'à savoir comment tu fais du bateau.

- Je te dérange ? - Non, pas du tout.

Julien s'enferme dans sa chambre, à présent ?

Il a peut-être simplement envie de dormir, t'as vu l'heure ?

Tu portes des lunettes ? Depuis quand ?

Depuis six mois.

Uniquement pour travailler.

Ça ne te va pas mal.

T'avais quelque chose à me dire ?

Non.

Qu'est-ce qui te tracasse ?

Pas ce soir. Je suis fatiguée.

Tu as décidé qu'on allait se séparer, c'est ça ?

Séparés, on l'est presque déjà.

Non, j'ai rien décidé.

Je me pose des questions, voilà tout.

Mais c'est la première fois que tu m'en parles de cette façon.

Disons qu'avant, j'avais envie de me battre.

Et qu'aujourd'hui, je...

Je comprends pas pourquoi.

Question de fatigue, sans doute.

Alors, bonne nuit, Françoise.

Tu me laisses la salle de bain ?

- Minute. - Grouille-toi !

Salut maman.

Il charrie. Ça fait deux heures qu'il est dans la salle de bain.

- Bonjour. - Bonjour.

Tu tiens vraiment à le refermer ?

Oui, sinon la pâte sèche. Élisabeth ne la refermera pas.

Tu fais la gueule ?

Tu n'as pas oublié notre rendez-vous ?

À 6h, je passe te chercher au lycée.

Après, on fait un saut à la réception que donne ton père, et ensuite le restaurant.

D'accord ?

T'as fini, Julien ?

Tu veux pas t'habiller au lieu de rester toute nue ?

Tu trouves pas que t'en fais un peu trop ?

C'est mon jour d'attention.

D'accord pour ce soir ?

Je préfèrerais qu'on dîne ici plutôt.

Élisabeth va au théâtre et c'est le jour de sortie de Fanny.

- Tu me feras un petit plat. - Seigneur.

Ah, des petits chocolats ?

Qu'est-ce qu'on est gâté ! Il faut pas trop en manger.

Mémé Guérin, il me semble que vous allez mieux aujourd'hui ?

J'essaye de ne pas vous donner trop de tracas.

Une vieille femme comme moi ne devrait pas ennuyer les autres.

Surtout pas vous. Vous avez tant à faire.

Voulez-vous vous taire, mémé Guérin ?

Vous savez très bien que vous ne m'ennuyez pas.

Vos enfants sont venus vous voir ?

Il y a longtemps qu'ils sont pas venus.

Et pourtant,

je leur avait bien dit de ne pas se faire de souci.

Je suis pas à leur charge.

Je sais que j'en ai plus pour longtemps.

Qu'est-ce que ça veut dire, mémé Guérin ? Voulez-vous vous taire ?

On va pas vous laisser nous quitter comme ça !

Vous nous manqueriez. Que ferait-on sans vous ?

Hélène, faites-moi penser à convoquer ces petits salauds.

Ils se sont installés dans son appartement.

Vous pensez bien qu'ils ont pas envie de la voir revenir.

Vous savez, de toute façon.

Le voilà.

Si on me demande, je suis chez Fournel.

Bonjour.

Je vais voir Étiévant.

Vous n'en avez pas assez avec les malades ?

Vous êtes venue pour me confesser, vous aussi ?

Non, simplement vous dire bonjour.

Et bavarder un peu, si vous en avez envie.

C'est drôle, j'ai un fils comme vous. Un peu plus jeune.

Son père l'adore, je l'adore, évidemment.

Mais je crois qu'il n'est pas heureux.

Je fais tout pour mon fils.

Je crois.

Alors, je comprends pas.

Vous ne savez rien.

C'est tout ce que vous aviez à me dire ?

Non.

Que pensez-vous maintenant de votre connerie ?

Rien.

Je me sens paumé, c'est tout.

Mais tu as la vie, petit con !

Tu comprendras un jour combien la vie est importante.

Bien sûr, c'est pas très facile. On a tous des problèmes.

Mais il y a la vie !

- Qui invite ? - Ton père, ou plutôt le ministère.

Bonjour Françoise. Quelle surprise !

On ne vous voit pas souvent.

Ce soir, c'est une exception. Je sors mon garçon, Julien.

- Enchanté. - Bonjour monsieur.

Je ne m'attendais pas à ce que tu viennes. Je m'en réjouis.

Si, je t'assure.

Je pensais que ça pouvait amuser Julien.

Je l'espère.

Venez.

- Laissez-moi vous présenter ma femme. - Très heureux.

Je suppose que tu connais à peu près tout le monde.

Ne t'inquiète pas pour nous. On boit un verre et on file.

J'ai jamais très bien compris le travail de papa au ministère.

- C'est important ? - Tu vois !

- Un porto ? - Oui.

- Tu veux une cigarette. - Non merci. J'aime vraiment pas.

Qu'est-ce que tu aimes pas encore ?

Le porto, je crois.

Cet endroit-là aussi, je suppose ?

Non.

Madame ?

Ça m'amuserait plutôt. Et ça m'intéresse.

Bonjour madame.

- Qui c'est ? - J'ai oublié son nom.

Peut-être le secrétaire d'un cabinet de ton père.

Il va falloir que je mange quelque chose avec ça, sinon je serai complètement soûl.

Tu veux un petit sandwich ?

Je t'en ai apporte un quand même.

Tu ne te sens pas bien ?

Si, si. Je préfèrerais qu'on parte.

Bonsoir, Anne-Marie. Le tennis vous donne la forme.

Je ne crois pas que Julien me reconnaisse.

Si, si.

Vous n'aviez que 9 ou 10 ans pourtant, la dernière fois que je vous ai rencontré.

Je vous ai vu il y a 15 jours à la télé.

Vous jouiez un match à Roland-Garros. Vous l'avez perdu, d'ailleurs.

On ne peut pas toujours gagner.

- On devait partir, maman. - C'est vrai.

Excuse-nous, Gérard. Mais notre soirée est programmée.

C'est elle.

Ça n'a aucune importance.

Pour moi, si.

Tu crois pas que tu dramatises un peu trop ?

Écoute Julien,

il y a quelques années, ton père et moi avons décidé

de continuer à vivre ensemble

et de disposer chacun de notre liberté.

Votre arrangement est du toc.

Ne me dis pas que c'est à cause de nous, Élisabeth et moi, que vous avez fait ça.

Vous feriez mieux de divorcer. Ce serait moins moche.

Excuse-moi, maman.

Vous donnerez ça à Mme Héron.

Elle me demandais de vous rappeler que vous devez passer votre radio de contrôle.

Soyez gentille, téléphonez à Catherine,

et demandez-lui si elle peut me prendre entre deux vésicules.

Elle vous prendra, je m'en charge.

Qu'est-ce qu'ils foutent à la réa ?

Tonicardiaque.

Je peux vous remplacer, madame ?

On continue ?

Non, c'est foutu. Arrêtez.

Je m'y ferais jamais.

Qu'est-ce qui t'arrive ?

Je te dérange ?

Je suppose que c'est important.

Ça l'est.

Tu n'as pas bonne mine.

Je suis enceinte.

Tu plaisantes ?

Non.

Je me suis laissée avoir.

Je croyais que tu prenais la pilule ?

Oui, mais à cette époque-là, j'avais arrêté.

La force de l'habitude, j'ai pas fait attention.

Ça doit quand même pas être une si grande habitude ?

Deux ans.

16 ans et demi.

Avant que tu me fournisses les ordonnances, je les piquais dans ton tiroir

et j'imitais ta signature.

Fais pas cette tête-là. C'est pas une catastrophe.

Et que comptes-tu faire ?

Me faire avorter, tiens !

- Je compte sur toi pour m'y aider, surtout. - Je refuse.

- Quoi ? - Je refuse.

Je croyais que t'étais pour l'avortement ?

Pour les autres oui, mais pas pour toi.

Ça alors ! Et quelle raison ?

Y a pas de raison. Je sais pas.

C'est une question de peur. Tu es ma fille.

J'ai peur pour toi. C'est incontrôlable, viscéral.

Peur pour moi ? Ça m'étonnerait !

T'as peur pour toi, oui.

Peur qu'on dise dans les couloirs de l'hôpital que ta fille s'est faite avorter.

Ta réputation avant tout.

C'est comme pour papa. Tu restes avec lui, vous vivez ensemble

uniquement pour sauvegarder les apparences.

Toujours ta réputation. Tant pis si Julien doit souffrir.

Je ne vois pas en quoi Julien serait plus heureux si nous divorçons.

Si, parce que la situation serait plus saine, figure-toi.

On peut savoir qui est le père ?

Quelle importance ?

- Tu peux pas garder l'enfant ? - Non.

Parce que je veux pas d'une histoire conjugale aussi ratée que la tienne.

Je crois que je vais arrêter mes études.

C'est trop absorbant, la médecine.

Trop contraignant.

- T'as peut-être raison. - Mais j'ai raison !

Il t'a fallu 15 ans d'examens, de concours, de bagarre, de travail pour en arriver là.

Avec 14h de travail par jour, 8h pour le sommeil et la bouffe,

et un tout petit reste pour l'amour.

Je vois vraiment pas comment tu aurais pu aimer un homme.

Tu règles tes comptes, hein ?

Ça fait du bien. Ça soulage.

Non, même pas.

Je suis pas heureuse, maman.

Aide-moi.

Eh bien, on va faire quelque chose.

Qui est-ce ?

C'est mon prof de chimie.

On peut le voir ?

Ben oui, si tu veux.

- Tu nous mène en bateau ? - De quoi je me mêle ?

On part à la mer, cette année ?

Tu m'énerves, Julien.

Si tu as quelque chose à dire, dis-le franchement.

Allez salut.

Oui, déshabillez-vous. C'est bientôt prêt.

Mettez bien les mains comme ça.

Attention, ne respirez plus. Bien contre la plaque.

Ça y est, c'est fini.

Le cliché est là dans quelques secondes. Excusez-moi, on m'appelle en chirurgie.

- Catherine n'est pas là ? - Non, elle est en chirurgie.

Moche.

Je parie pour un cancer du lobe supérieur gauche.

Vous ne me croyez pas.

C'est peut-être aussi une mycose ou un abcès.

C'est ce que vous direz à votre malade quand vous lui proposerez une intervention.

Quel âge a-t-elle ?

La quarantaine.

Quand l'opacité est aussi bien limitée, il n'y a guère de doute possible.

Vous verrez que finalement, vous arriverez à la même conclusion que moi.

Oui, entrez.

Salut, tu rentres déjeuner chez toi ?

Non, pas aujourd'hui.

Je t'emmène manger un morceau à la cantine.

Tu sais, c'est décidé.

Je quitte Jean-Marc. Je prends le gosse avec moi.

- Tu divorces ? - Oui, mais ça se passe pas bien.

Pour l'instant, il ne veut pas. Mais il se lassera.

Je t'envie de vouloir tout recommencer.

Moi, je crois que c'est trop tard.

Pourquoi tu dis ça ?

Tu sais que j'aime pas que tu dises des trucs comme ça.

Tu devrais partir, changer d'air.

Si tu le fais pas maintenant, tu le feras jamais. Tu le sais bien.

Qu'est-ce qui se passe ?

C'était pour ça ?

C'est pas important ?

Si.

Alors quand ?

Le 2 juillet, si tu veux.

Je crois que je veux.

Vous remercierez votre directeur de sa compréhension.

Il a des enfants, lui aussi.

Il ne doit pas toujours savoir non plus comment les prendre.

Ne vous dérangez pas. Au revoir, monsieur.

Qui est-ce ?

Deux inspecteurs.

Alors, tu es fier de toi ?

Tu t'es rendu intéressant ?

Qu'est-ce qu'il se passe ?

Il se passe que notre fils a volé.

- Volé quoi ? - Un miroir.

Affreux, en plus. Et il s'est arrangé pour se faire prendre.

Sans doute pour que ça fasse plus d'effet.

Ben Julien !

C'est la première fois que je vole. J'ai pas encore l'habitude !

Je sais pas dissimuler. Je suis pas comme vous !

Tu pourrais peut-être m'expliquer ?

Y a rien à expliquer !

Vous pouvez pas comprendre. Vous avez pas le temps !

T'entends, maman ?

Ne me dis pas que tu comprends pas. Je te croirais pas.

Je comprends que Julien a volé un miroir, qu'il a raté son coup,

que c'est ennuyeux, mais que c'est pas un drame.

C'est tout ce que tu trouves à dire ?

Ne te mêle pas de ça, Élisabeth.

"C'est pas un drame" ?

Pour vous peut-être, mais vous savez pas ce qu'il se passe dans sa tête.

Ça suffit. Tais-toi !

Je me tais !

- Vous m'entendrez plus avant longtemps ! - Ça m'étonnerait.

Je t'en prie, Gérard. Ne nous prive pas, laisse-la parler.

Maman, qu'est-ce qui te prend ? Je te comprends pas.

T'as toujours été merveilleuse avec nous. T'as toujours été une amie.

Non, je ne suis pas votre amie.

Et cessez de vous gargariser avec votre mère merveilleuse !

Lâche et fatiguée.

Voilà ce que j'ai toujours été.

Continue de refuser à comprendre Julien et il arrivera un malheur.

- Il est arrivé un malheur ? - Non, non.

Rassurez-vous, mamie. Il n'est rien arrivé.

Vous, je dois dire, n'arrivez pas très bien.

Enfin, qu'est-ce qui se passe dans cette maison ?

Julien, que fais-tu ? T'es fou ?

Laisse-moi tranquille.

C'est affreux !

Qu'il serve à quelque chose, le miroir.

Donne ! Laisse-moi au moins te les arranger un peu.

Tu crois qu'il a été malheureux, papa ?

Rassure-toi, il doit surtout penser à lui au cas où ça se saurait.

- Il est pas complètement inconscient ! - Tiens-toi tranquille.

- T'as pas fait ça bien. - J'ai fait ce que j'ai pu.

J'ai vraiment une sale gueule avec ça.

Ça va pas être facile.

Quoi ?

- Hein ? - Rien.

Qu'est-ce qu'il y a ?

T'as un problème ?

Non, mais si tu pouvais me présenter une copine sympa, ça m'arrangerait bien.

Tu crois que les filles font ça par gentillesse ?

Débrouille-toi tout seul, mon vieux !

Au train où c'est parti, je suis mal barré pour me débrouiller seul.

En Angleterre, y a des filles.

Et les Anglaises, 16 ans ne leur fait pas peur. Vas-y.

Faut pas avoir la trouille.

Si tu commences pas, t'en finiras jamais.

Justement, j'aimerais mieux commencer avant que ça finisse.

Tu sais, c'est pas un drame.

On en est tous passé par là.

Il avait raison, papa.

Il est vraiment con, ce miroir.

Il y a un courant d'air terrible.

D'où ça vient ?

Je continue à servir ou on attend encore les enfants ?

Non, Fanny. Continuez.

Allez fermer la fenêtre là-bas.

Bien madame.

Oh mais !

Qu'est-ce qui se passe dans cette maison ?

Ah, Fanny. Pour une fois, la blanquette est chaude.

Monte voir ? Au fond, t'es plus convenable comme ça.

Qu'en pensez-vous, Gérard ?

C'est bien.

Qu'est-ce qu'il y a ?

J'ai besoin de me reposer.

J'ai besoin de partir.

Mais ça s'arrangera, pour l'hôpital ?

Faudra bien.

De toute façon, ne t'inquiète pas. Je te dirai où je suis.

Julien part le 30.

Élisabeth parlait d'un voyage en Corse.

Tu auras l'esprit tranquille de ce côté-là.

Tu seras absente longtemps ?

Je sais pas.

Non, sûrement pas.

Bonsoir.

Évidemment, c'est pas très grand.

Comment ça, pas très grand ?

On est un peu à l'étroit.

Mais on peut aller avec ça sur les grands flots ?

Tu parles, sur les grands flots. Tu vas voir comme il tient bien.

Sur l'océan.

Je trouve pas la clef qu'il faut !

C'est pas un transatlantique, c'est sûr. Mais tu verras, c'est un bon bateau.

Que fait-on ?

Le mieux, c'est que tu rentres à l'hôtel. Je vais rester ici pour bricoler.

Bricoler ?

Oui, on peut pas prendre la mer avec un bateau qui n'est pas sorti depuis 3 mois.

Il y a plein de trucs à voir. Les drisses, la voilure, tout.

Tu en as pour longtemps ?

Au moins pour la journée. Mais j'ai pas besoin de toi.

- Je peux m'en aller ? - Ouais.

Tu n'auras pas faim ?

Un petit casse-croûte ira. Ça va aller.

Oui, tout à l'heure.

Ça marche !

Tu es content de toi ?

Oui.

J'ai bien travaillé.

Ça, par exemple, c'est trop mou.

Les couchettes sur le bateau sont plus dures.

Tu verras demain soir.

Je suis mort.

Alors dors bien.

- Où vas-tu ? - Prendre une douche.

Tu m'avais pas dit par quel train tu rentrerais.

Je suis malade, Gérard.

J'ai peur.

Évidemment, cette opacité m'ennuie.

Vous êtes médecin.

Je ne vais pas tricher avec vous.

Et si tout médecin que je suis, je refusais cette vérité ?

Voyons.

Vous-même y seriez arrivé tôt ou tard.

Vous ne pensez pas que ça peut être un abcès ?

Nous allons d'abord essayé d'y voir clair ensemble et calmement.

J'aimerais que vous vous fassiez pratiquer au plus vite

une fibroscopie, des tomographies, les examens habituels.

Et puis test de sédimentation, etc...

Dès que nous avons éliminé le pire...

Le pire, je n'en veux pas.

L'addition, s'il vous plaît.

- C'est pour quand ? - Demain.

- T'en auras pour la journée ? - Oui, c'est très long.

- Qui te rempace ? - Franchstein.

- Il est bien ? - Ouais.

Je suis en train de mettre de l'ordre dans ma vie.

J'ai le sentiment que le boulet est passé très près.

Ça donne à réfléchir.

Ça doit être ça qui s'appelle vieillir.

Tiens, j'avais oublié. C'est une lettre d'Élisabeth.

Ce qu'elle peut faire comme fautes d'orthographe !

Elle arrive après-demain.

Et Julien ?

Je l'ai eu ce matin au téléphone. Il rentre à Paris vendredi aussi.

Je lui ai rien dit.

Quoi qu'il arrive, je ne veux pas qu'ils sachent la vérité.

Ni l'un ni l'autre, je t'en prie.

Je dois filer maintenant. On se retrouve à quelle heure ?

Pourquoi ce sourire ?

Parce que tu as retrouvé le ton que tu avais autrefois pour poser la même question.

À 7h à la maison ?

Ne bougez pas.

Voilà, c'est fini.

- Anesthésique. - Ne bougez pas, madame.

Voilà, ça fait pas mal. Détendez-vous.

C'est fini.

Crachez.

Restez allongée.

Vous avez vu quelque chose ?

Pas vraiment.

Répétez-moi ça, Jourdan ?

Mon impression n'est pas bonne, si c'est ce que vous voulez savoir.

Je suis foutue !

À votre place, je ne prendrais pas le risque de m'attacher à un diagnostique

avant d'avoir le résultat de tous les examens.

Si vous étiez à ma place, que feriez-vous ?

- Je prendrais mes dispositions. - Lesquelles ?

Et j'attendrais le résultat de l'intervention chirurgicale.

Calmement.

Après tout,

Y a pas plus de risque que pour un long voyage en voiture ou en avion.

Laissez-moi.

Jourdan m'a fait porter les prélèvements. Je m'y mets tout de suite.

Qu'est-ce que tu fais maintenant ?

Rentre chez toi, va au cinéma,

fais n'importe quoi, mais reste pas ici.

Je crois que je vais aller me coucher.

Je voudrais dormir pendant 48h, en attendant les résultats.

Tiens, bois ça.

Je te le porte chez toi. Je t'appelle avant.

Pardon, Franchstein.

L'habitude.

Je vous en prie. Vous êtes encore chez vous.

Juste un livre à prendre et quelques dossiers.

Au revoir, Franchstein.

- Au revoir, Chabret. - Au revoir.

- Je voulais vous dire... - Quoi ?

Non rien.

Merci, Chabret.

Ouf, c'est fait.

Il n'y a plus qu'à attendre les résultats. C'est Christelle qui s'en occupe.

Ne t'inquiète pas, ça va aller.

Viens, on va aller manger un petit truc.

Ça me fait plaisir de te voir.

J'ai entendu dire que t'avais des ennuis.

Raconte.

J'ai besoin d'être opérée.

Quoi ?

Une opacité suspecte au niveau du lobe supérieur gauche.

Qui va t'opérer ? Fressard ?

Toi.

T'es folle !

Pourquoi ?

Tu es mon ami. J'ai besoin d'avoir confiance.

Fais-moi parvenir ton dossier. Je vais l'examiner.

- Diagnostique de Riedmann ? - Pessimiste.

- Ça veut dire quoi ? - Devine.

Et le tien ?

J'en ai plus.

J'ai cessé d'être médecin le jour où j'ai compris ce que j'avais.

Mais tu vas avoir la malade la plus combative que tu aies jamais eue.

Bon, tu comptes rentrer en chirurgie quand ?

Demain.

Bien.

Tu sais...

Je suis très fier de t'opérer, Françoise.

Je vais faire du bon travail.

Merci, Lulu.

Je te jure, il est formidable.

Il en est conscient, Gérard. Je t'en prie.

Je suis sûre qu'avec Lucien, je mets toutes les chances de mon côté.

Quand je rentre à l'hôpital ? Demain matin.

Il m'opère lundi.

La gare Saint-Lazare.

Oui, je savais pas où aller.

Dans une heure, au moins.

Ça fait rien. Je vais attendre.

Elle était dans l'avion, Élisabeth ?

À tout à l'heure.

- Londres m'a un peu déçu. - T'aimes pas Londres ?

La ville, j'aime bien. Des beaux monuments, tout ça.

À Hyde Park, y a un endroit où ils viennent parler sur des caisses à savon.

Un superbe jardin.

C'est là où il y a les prédicateurs. Les gens qui haranguent la foule.

Je m'attendais à du smog...

Ben dis donc, Mme Gailland.

C'est pas raisonnable du tout. Vous devriez être couchée.

Allez !

Vous êtes bien reposée ?

J'ai pas très bien dormi mais je me sens bien.

Un peu rapide, je suppose.

Pas tellement, non.

Vous êtes une préopérée idéale.

Essayez de dormir.

Oui ?

Pourquoi m'appelles-tu ?

Parce que ce serait la plus grande des lâchetés que de ne pas t'appeler.

Je n'ai pas été long à savoir qu'on allait t'opérer, tu penses !

Je veux croire que c'est la seule raison qui t'a poussée à agir comme tu l'as fait.

Non.

Je suis à deux pas de l'hôpital. Je peux venir ?

Pourquoi ?

Parce que je ne suis pas sûre d'avoir encore envie de te voir.

Oui ?

- Je vous dérange ? - Non.

J'ai appris.

On m'a autorisé à venir vous voir.

J'y tenais beaucoup.

- Asseyez-vous. - Je peux rester debout.

On m'y encourage au contraire.

Je suis même descendue dans le jardin.

C'est beau. J'ai marché.

On m'a promis que dans deux semaines, je pourrai rentrer chez moi.

Je vais retrouver mon mari, mes fils, ma maison.

Je suis très heureuse pour vous.

C'est parce que vous m'avez redonné confiance !

C'est ça le plus important !

Les années qui vont venir, je sais qu'elles seront les plus belles.

C'est un peu à vous que je les dois.

C'est en vous seule.

Vous seule êtes responsable.

C'est en vous seule que vous avez trouvé la force de vous battre, de guérir.

Ce sera pareil pour vous.

J'en suis sûre.

Voilà la famille.

Je reviendrai vous voir avant mon départ de l'hôpital.

Je te reverrai pas avant qu'on t'emmène.

- Je te dis à plus tard. - Merci, Christelle.

Bonjour.

- Pourquoi tu pleures ? - Je pleure pas.

Tu m'embrasses pas, Julien ?

Les enfants m'ont supplié d'empêcher ta mère de venir.

- Elle arrête pas de pleurer. - Comment va-t-elle ?

- Elle a fait tout un cinéma. - Non, c'est pas vrai.

Mais qu'est-ce qu'on va te faire exactement ?

Rien, on va juste m'enlever une saleté dans le poumon qui me fait tousser.

C'est pas grave ?

T'es sûre ?

Tu crois que les médecins racontent des histoires ?

Non, pas à toi.

Ça va durer longtemps ?

Non, dans quinze jours, je suis à la maison.

Allez, sauvez-vous !

Vous prenez un taxi, hein !?

Je penserai à toi.

Je reste un peu.

- On aurait peut-être pas dû venir ? - Si, ça fait du bien.

Oh pardon !

Bonjour monsieur.

Il va falloir me la laisser, maintenant.

Alors, on s'habille ?

Françoise, on va y aller. Qu'est-ce que t'en penses ?

On y va.

À demain.

Cette histoire, je l'ai vécue.

C'est pourquoi j'ai voulu vous parler de moi, Dr Gailland,

qui, sous un autre nom, exerce la même profession quelque part à Paris.

Je me suis battue farouchement contre une vérité déchirante.

Et j'ai gagné.

Parce que tout est possible

dans l'espoir,

le refus,

et la volonté.

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