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INSPIRÉ DE PERSONNES ET D'ÉVÉNEMENTS RÉELS.

VINGT ANS APRÈS LE 11 SEPTEMBRE

QUATORZE MOIS APRÈS LE CONFINEMENT

"UNE ODE À L'HUMANITÉ"

LES PREMIERS SPECTATEURS REVIENNENT À BROADWAY

Au nord-est de l'Amérique du Nord, sur l'île de Terre-Neuve,

il y a un aéroport.

Il était l'un des plus grands au monde.

À côté se trouve la ville de Gander.

- Deux policiers. - Une école primaire.

- Une SPA. - Une station de télé.

Et une patinoire.

C'est une petite ville sur un gros caillou dans l'océan.

Tout le monde se connaît.

Tout le monde ici se souvient de comment sa journée a commencé.

Bienvenue sur le rocher

- Si vous venez d'ailleurs - Hé !

Vous ne comprendrez pas Tout ce qu'on dit

- Hé ! - L'homme ne fait pas l'île

C'est l'île qui fait l'homme

Surtout s'il vient de Terre-Neuve

Bienvenue sur le rocher

Ce matin-là, je suis en classe.

C'est la rentrée et les bus scolaires sont en grève,

je remplace Annette qui a du retard.

Désolée, Beulah. Les enfants, ça va ?

Ils ne sont pas ravis d'être enfermés par une si belle journée.

Je leur ai dit qu'on ferait une demi-journée ce matin.

Ils étaient contents avant que je leur parle de cet après-midi.

Découvrez la météo La plus dingue qui soit

Tout le monde est gentil Mais il ne fait jamais beau

Ici, c'est tout sauf Disneyland

- Fish and chips et naufrages - C'est Terre-Neuve

- Bienvenue sur le rocher - Je suis un insulaire

Je suis un insulaire

Je suis un insulaire Je suis un insulaire

Je suis un insulaire Je suis un insulaire

Je suis un insulaire Je suis un insulaire

Ce matin-là, je suis en voiture.

Les enfants traversent Airport Boulevard pour aller à l'école.

À cette heure-là, les gens sont pressés d'aller travailler,

j'ai mon radar allumé.

S'ils vont trop vite, je les arrête pour leur donner un avertissement.

J'écris "RP". "Ralentissez, ******."

Bienvenue Là où l'hiver a voulu nous tuer

- On a rétorqué - On ne mourra pas

Bienvenue Là où l'eau a voulu nous noyer

- On a rétorqué - On ne se noiera pas

Bienvenue Là où on a perdu nos proches

- Et on a rétorqué - La vie doit continuer

Bienvenue Là où le vent a essayé de souffler

Et où on a refusé

Ce matin-là, je dépose mes enfants à l'école et je file à la SPA,

où mes autres enfants m'attendent.

Ils aboient et miaulent pour manger et avoir un câlin.

Je ne me plains pas, je les adore.

Mais une fois nourris, je dois retourner chercher mes enfants.

Je souffle une minute, seule. Je suis en voiture.

- Je suis en salle des professeurs. - Moi, à la bibliothèque.

Et j'allume la radio.

Vous êtes là où tout commence

Aux confins du monde

Là où rivière et océan se rencontrent

Ici

Au bord de l'Atlantique

Sur une île entre

Ici et là-bas

- Je suis un insulaire, un insulaire - Mon radar est allumé. Bonnie arrive.

- Je suis un insulaire, un insulaire - Elle me fait de grands gestes.

- Je baisse ma vitre et elle dit… - Oz, allume la radio.

- Doucement, Bonnie. - Oz, allume la radio.

- Notre histoire commence ici - C'est mon premier jour.

- Et à la fin de la nuit - Je prends du café pour les grévistes.

- On connaîtra par cœur - Plus que 5 min avant ma pause.

- Chaque vol - Je vais travailler à l'aéroport.

Bienvenue dans le brouillard Et les arbres

L'océan et le ciel Et ce qu'il y a entre les deux

Ceux qui sont partis Ne nous quittent jamais

Une bougie à la fenêtre Une bouilloire toujours allumée

Quand le soleil se lève Et que le monde débarque

Si vous cherchez un havre Vous trouverez une porte ouverte

En hiver, depuis l'eau Et malgré les obstacles

À ceux venus d'ailleurs Bienvenue sur le rocher

Je commence la journée à Tim Hortons.

Je ne bois ni thé ni café, je me fiche des beignets.

Mais je prends un Pepsi et je m'informe.

En tant que maire, c'est comme ça que je me tiens au courant.

Tout commence et finit à Tim Hortons.

- Bonjour, Garth. - Claude.

- Bonjour Crystal. - Bonjour, M. le maire.

- Dwight. - Bonjour, Claude, Garth, Crystal.

Claude, Crystal, Dwight, Garth, bonjour.

- Bonjour. Un Pepsi ? - Oui, Crystal.

- Oui. - Quoi de neuf ?

- Les bus scolaires sont en grève ? - On y travaille.

On se prépare à négocier.

Nous aussi.

- Ils démolissent l'aéroport ? - Pas aujourd'hui.

Il paraît que Don Burton et sa femme ont gagné au loto.

- Sans blague ! - Quel bol !

4,6 millions.

Pardon, je cherche le maire.

M. le maire, je suis Janice Mosher, de Rogers TV.

Je suis nouvelle en ville et dans le métier.

- C'est mon premier jour. - D'où venez-vous ?

Port aux Basques.

Si vous me voyez griller un feu rouge,

excusez-moi, nous n'en avons pas, là-bas.

- Bienvenue à Gander, Janice. - Janice.

- Janice. - Janice.

Janice.

Si vous voulez des nouvelles, adressez-vous à cet homme qui court.

C'est l'agent Oz Fudge. Il connaît un tas d'histoires.

M. le maire, j'ai vu votre voiture dehors.

Crystal, allume la radio, qu'on écoute.

Doug, tu devrais retourner à la tour de contrôle.

Il ne devrait y avoir que deux contrôleurs aériens,

mais à la place, il y en a 14.

Ils ont appris la nouvelle et sont venus spontanément.

Il paraît que plus de 200 avions vont être déviés.

Lufthansa 414, ici Gander, affichez 7235.

Suite à un incident, vous devez immédiatement vous poser à Gander YQX.

Bien reçu. C'est un ordre.

Non, vous n'avez pas le choix.

Non, ce n'est pas un exercice.

Oui. Je comprends que vous avez des VIP à bord.

Je me fiche de vos VIP, moi, j'ai une urgence internationale.

Posez votre avion.

- Bien reçu, Gander. - Ici Air France.

- Aer Lingus - Lufthansa.

- British Airways. - Emirates.

Ici American 49. Que dois-je dire à mes passagers ?

Mesdames et messieurs, ici votre capitaine.

Il y a eu un incident aux États-Unis.

Nous avons des problèmes de… avec l'éclairage en cabine.

Nous allons nous poser pour réparer.

Mesdames et messieurs, veuillez accrocher vos ceintures.

Nous allons faire un arrêt inopiné à Gander, sur Terre-Neuve.

Dans le milieu, on sait qu'un arrêt à Gander, c'est pour une urgence.

On ignore ce qui se passe,

mais le capitaine nous dit d'éviter un mouvement de panique.

Veuillez relever vos tablettes.

Nous allons baisser l'éclairage en cabine.

Appuyer sur le bouton rouge allumera votre lampe.

Mais appuyer sur le bouton d'appel de l'hôtesse

n'allumera pas votre hôtesse.

Je regarde par le hublot pour voir si c'est mécanique,

si on a perdu un réacteur ou s'il y a le feu.

Je ne vois rien.

J'ai dit à la direction que je devais moins voyager.

Sur ordre du médecin.

Ils m'ont forcé à aller à la conférence.

Mon père me dit toujours : "Bob, tu dois te détendre."

Mais l'hôtesse tremble comme une feuille,

alors, j'ai le droit moi aussi.

Mon fils m'a envoyée en vacances.

Il dit : "Maman, tu ne vas jamais nulle part."

À mon retour, je vais lui dire : "Voilà pourquoi."

Soudain, un trou d'air.

Un brusque changement de direction.

Je vole beaucoup, c'est anormal.

Dehors, je ne vois que des arbres, des rochers et… rien.

Approche finale, nous arrivons sur la piste 22,

et je me dis : "Où vais-je mettre cet avion ?"

Les avions sont serrés comme des sardines.

Et d'après ce que je vois, il y a des voitures.

Tout Terre-Neuve est là.

Un avion, puis un autre

Et encore un autre

Et un autre

- Ça marche ? Je suis nouvelle. - 13 avions puis un autre

- Un autre et encore un autre - Ici Rogers TV, sur la 9.

- Ici Janice Mosher. - 19 avions…

Je suis en direct de l'aéroport de Gander

où 19 avions se sont posés.

Je suis avec…

- Bonnie Harris. - Et 26 avions…

D'habitude, on a six vols par jour,

on en a eu trois fois plus en deux heures.

- C'est bruyant. - …et 29 avions…

On sent le kérosène, les fumées.

- C'est un gros avion. - …et un autre

- Entre 250 et 300 passagers. - Et 32 avions…

Il est gros. 200 passagers.

- Je fais le total. - Un autre et

- On a 38 avions. - 38, 38…

Avec 200 passagers en moyenne.

38, 38 avions

Nom de Dieu !

D'après la tour de contrôle, cinq avions au sol ne répondent pas.

Reg dit qu'ils sont sur la mauvaise fréquence.

Merci, Dwight.

La FAA ne sait pas quand l'espace aérien rouvrira.

Les équipages doivent se reposer ou ils ne repartiront pas.

American Trans Air 25 demande, à la descente des passagers…

S'ils descendent.

- …d'être une priorité. - Pourquoi ?

Il allait à Disney World avec 90 enfants malades.

- Bon sang. - La vache.

Tous les hôtels de la ville ne suffiront pas.

Il faut envisager d'autres villes.

Appleton et Gambo sont d'accord, mais impossible de les emmener.

Les chauffeurs de Garth sont en grève.

Sans eux, personne n'ira nulle part.

Nom de Dieu ! Ils feront ce que je dirai !

Ne le notez pas.

La dame de la SPA est au téléphone au sujet des animaux.

Dites à Bonnie qu'on est occupés.

Les cinq avions qui ne répondent pas

sont considérés comme dangereux !

Bon !

La police montée va s'en charger.

J'ai presque 7 000 personnes susceptibles de passer la nuit ici.

Presque autant que le nombre d'habitants.

Il faut les héberger et les transporter.

Ne me regardez pas.

Sans parler de la nourriture, des fournitures et autres.

Pourquoi ils viennent ici et pas à Toronto ou Ottawa ?

Car si ça tourne mal, il y aura moins de victimes ici.

Janice Mosher, la voilà, votre actualité.

"Le conseil municipal de Gander déclare l'état d'urgence."

- 11 h 53. - Mardi.

11 septembre 2001.

Tous les bâtiments communaux disponibles seront transformés en abris.

L'arrivée de milliers de passagers étant imminente,

la ville demande de l'aide pour…

Toute l'aide possible.

Crystal, j'ai vu aux infos Qu'ils cherchent

Des couvertures, des draps Et peut-être à manger

Savez-vous en quelle quantité ?

- Je dois m'occuper - Je ne peux plus regarder la télé

Puis-je aider ? Que faire ? Je dois m'occuper

Ça m'empêchera de ressasser Les images à la télé

Je dois m'occuper Je ne peux plus regarder

Je ne peux plus regarder la télé

En hiver, sur l'eau Et malgré le vent

Si un inconnu frappe à ta porte

Décroche le téléphone

C'est Beulah Davis, à l'académie.

Il paraît qu'on pourrait avoir des… invités.

Qui s'occupe d'organiser les écoles ?

Combien de passagers on peut prendre ?

On a 400 élèves…

On doit pouvoir en caser 600.

Ou 700, si on les serre bien.

Ils arrivent quand ? À tout moment ?

Contente d'avoir appelé.

Beulah m'appelle,

elle cherche "ce dont 700 personnes pourraient avoir besoin".

Je vais au supermarché,

le manager me dit de prendre ce que je veux.

Brosse à dents, fil dentaire, bain de bouche, déodorant.

Je retourne à l'école quand Beulah me dit…

Il doit y avoir des bébés à bord des avions.

Je retourne acheter des couches.

Je les déballe quand Annette dit…

Ces bébés auront sûrement faim.

Je retourne acheter du lait en poudre et des petits pots.

À mon retour, Beulah dit…

Il doit y avoir un paquet de femmes en âge de procréer.

Alors…

Je vais au supermarché acheter des tampons et des serviettes.

L'église baptiste doit déplacer ses bancs.

La pharmacie du Dr O'Brien est prête à délivrer des médicaments.

Le Lions Club vous demande d'apporter du papier toilette.

- Médicaments - Dentifrice

- Sous-vêtements - Aspirine

Manteaux de nos enfants trop petits

Au commissariat On s'occupe des dons

- On les distribue - Les produits affluent

C'est mieux qu'être seule chez soi

- À se demander ce qui se passe - Tout le monde appelle

On prépare des lits à l'école

J'ai pleuré tout l'après-midi Comment être utile ?

De quoi a-t-on besoin ?

- J'ai fait des sandwiches. - Il en faut 50 de plus.

- Sandwiches ? - Cartons.

De quoi a-t-on besoin ?

200 tapis de gym. Ça suffira ?

On n'en sait rien.

De quoi a-t-on besoin ?

Pour l'amour de Dieu, n'apportez plus de papier toilette !

Comment savoir ce qu'il faut

Quand on ignore Le nombre de bouches à nourrir

Combien resteront dormir

Et pour combien de temps

Prions pour que la météo reste belle

En hiver, sur l'eau Et malgré le vent

En hiver, sur l'eau

En hiver, sur l'eau Et malgré le vent

En hiver, sur l'eau

Si le destin vous envoie un inconnu

Serons-nous prêts ?

Il faudra bien.

Si on compte le vol d'origine,

on a passé 12 ou 13 heures en avion.

On y a passé 15 heures.

Vingt heures.

Vingt-huit heures.

On a passé plus d'une journée à bord.

Vingt-huit heures

Plus d'une journée

Il y avait une allée au milieu

On connaissait l'appareil De fond en comble

- On pouvait se lever… - 28 heures

…mais pas descendre.

On n'y pense jamais, mais la porte d'un avion est à 6 m de haut.

Même si on survit à la chute, on nous aurait abattu.

On connaissait l'appareil de fond en comble.

On pouvait aller en première, se dégourdir dans le couloir.

Le vol était complet. Des enfants dormaient par terre.

Il y avait trois sièges de chaque côté.

Un seul couloir au milieu.

On était privés de nouvelles.

Tout le monde n'avait pas de portable,

- seuls certains ont pu appeler. - …de fond en comble

- Allô ? - Maman ?

- Bonjour. - Opératrice ?

Tom ?

Dieu merci, j'arrive à te parler

J'ai emprunté un téléphone Comment ça va ?

Les enfants vont bien ?

Je vais bien, Tom

Je vais bien

On est sains et saufs à Terre-Neuve

On ne sait pas grand-chose À part la BBC…

Je n'ai pas longtemps

Fais quelque chose pour moi

- Je vais bien. - Ça va.

- Oui. Bien. - Réponds.

Dis aux enfants que je vais bien

Emmène-les dans la cuisine

Montre-leur la carte Où on mettait les punaises

Pour montrer les endroits Qu'on avait visités

Dis-leur que je vais bien

Et mets une épingle à Gander

- À bord, quelqu'un a un portable. - Mais la batterie s'éteint.

- Il y a des téléphones sur les sièges. - Ils sont en panne.

La moitié des passagers ne parle pas anglais.

Même si on savait ce qui se passe, on ne parle pas leur langue.

À bord, on demande au personnel.

Le capitaine nous demande de minimiser et les rumeurs commencent.

- Il y a eu un accident. - Un accident ?

- L'espace aérien américain est fermé. - Pour la 1re fois.

Pourquoi elle ne dit rien ?

- Un hélico s'est écrasé en Pennsylvanie. - Sur un immeuble.

- Sur la Maison-Blanche. - Elle a été bombardée.

- Il faut faire quelque chose ! - Du calme.

C'est la Troisième Guerre mondiale !

Pendant ce temps, à bord On ne savait rien

- On devenait dingues - On s'ennuyait ferme

Puis le capitaine s'est excusé

"Au nom de la compagnie Je vais offrir à chacun…"

Une mini bouteille d'alcool

Ouvrez les portes de l'avion Saluez les voitures

Qui que vous soyez, bonjour !

Où que nous soyons

Le personnel au sol distribue le nécessaire.

- Patch de nicotine. - Médicaments.

- Couches. - De quoi boire !

Le personnel de cabine Apporte les mini bouteilles

Et les distribue à chacun

Les gens se radoucissent

J'ai pris des photos avec mon appareil

- On ne savait pas où on était - Mais on savait qu'on était bourrés

Ouvrez les portes de l'avion Saluez les habitants

On pourrait faire autre chose Que se garer

Où que nous soyons

Ça fait 14 h qu'on est là quand on sort la vodka.

Kevin et moi, on la cachait parce que…

On ne voulait pas partager.

La femme derrière nous était à bout, elle paniquait.

Pourquoi on ne nous laisse pas descendre ?

Rien que pour nous dégourdir les jambes.

J'ai besoin de respirer.

Je dois sortir de cet avion !

Et Kevin, mon petit ami…

On s'appelle tous les deux Kevin. On s'en lasse.

Bref, Kevin en avait marre.

Je vais la trucider.

Excusez-moi ! Je veux descendre de l'avion.

Je suis claustrophobe !

Pardon. Voulez-vous un calmant ?

Vous flippez, ça me fait flipper

et vous nous faites tous flipper !

Ouvrez les portes de l'avion Laissez entrer l'air

- On a besoin d'une douche ou d'un bar - D'un bar

Ouvrez les portes de l'avion Regardez les avions alignés

Il doit y avoir une convention C'est bizarre

- Où que nous soyons - 28 heures

- 28 heures - Par le hublot

- 28 heures - 28 heures

Rien que l'obscurité totale

- 28 heures - 28 heures

L'obscurité et des phares

- 28 heures - 28 heures

Rien à voir

Allô ? C'est Bonnie Harris à la SPA de Gander.

Je suis allée voir les avions, comme le reste de la population.

Oui. En effet.

Je me demandais s'il y avait des animaux à bord.

Non ?

Aucun animal à bord ?

Pas un seul ?

Oui. D'accord. Merci pour votre aide.

Doug.

Doug, y a-t-il des animaux à bord ?

Sûrement.

"Sûrement" ? Est-ce qu'ils les nourrissent ?

- J'y vais. - Bonnie, il y a des gardes armés.

L'armée, la police.

Ils devront m'abattre.

Bonnie ? Bonnie ?

- Garth. Écoutez. - Claude. Écoutez.

- Comprenez mon point de vue. - Et vous le mien.

- On vient négocier ! - Mais nous aussi !

L'université, les églises et les hôtels sont prêts.

On a besoin des bus !

Mais on ne peut pas les transporter.

Emmenez-les dans votre voiture.

Je peux en mettre quatre dans ma Corolla.

- C'est un bon début. - C'est un bon début.

- Super. Réfléchissez. - Super. Vous aussi.

- Réfléchissez ! - Réfléchissez !

Bon sang !

14 h 10. Les chauffeurs de bus envisagent d'arrêter la grève.

À quoi sert une urgence si personne ne la traite comme telle ?

Ça, vous pouvez le noter.

L'hôtesse nous dit que tout va bien.

J'ai des enfants et des petits-enfants, je sais quand on me ment.

Quand un parent veut que son enfant arrête de poser des questions,

il le met devant un film.

On a passé tous les films disponibles.

La Revanche d'une blonde, Docteur Dolittle 2…

et Titanic.

Loin, près, où que tu…

Rien à faire Rien à voir

Heureusement qu'on était passés Au duty-free

Où que nous soyons

Puis-je m'asseoir ici ?

Je dois travailler et certains à l'arrière sont très éméchés

et chantent à gorge déployée.

Oui, allez-y.

- Je suis Diane. - Nick.

Comment allez-vous ?

Je m'inquiète pour quelqu'un.

Il devait prendre l'avion.

J'aimerais pouvoir lui dire où je suis.

À Terre-Neuve.

Vous le savez, mais vous ne pouvez pas le lui dire.

J'espère que vous êtes de celles

qui rigolent quand un Anglais se montre maladroit.

- J'aimerais savoir ce qui se passe. - Que se passe-t-il ?

Que se passe-t-il ?

Quelque part entre

- La vie - Et le travail

Quand le monde semble s'écrouler

On se dit

- Je suis seule - Je suis seul

Je me sens impuissant

Il ne reste plus qu'à boire

Ouvrez les portes de l'avion Montrez votre soutif aux voitures

Je ne l'avais jamais fait

28 heures d'écoulées

Plus d'une journée

On est à court De sujets de conversation

On se demande si quelqu'un Pourra nous éclairer

Nous dire ce qui se passe

Le soleil se couche On est assis dans le noir

Où que nous soyons

Plus tard, je suis dans le cockpit avec d'autres passagers

quand le pilote met la radio sur haut-parleur

et que le silence tombe pendant le discours du président.

Je demande au peuple américain de se joindre à moi pour remercier

ceux qui se battent pour sauver nos concitoyens,

et de prier avec moi pour les victimes et leurs familles.

La détermination de notre nation est mise à l'épreuve.

Mais ne vous trompez pas :

nous montrerons au monde que nous avons passé ce test.

Que Dieu vous bénisse.

Tu as pu parler à la compagnie

Tom, je vais bien

Dis-moi ce qui se passe

C'est grave ? Dis-moi tout

Tom, qui pilotait ?

Non, je ne les connaissais pas

Non, personne de cette compagnie

Charles ? Tu en es sûr ?

Non, je vais bien, Tom

On les voit de l'avion,

cette longue file de phares qui émergent de l'obscurité.

Claude, vous permettez ?

Je n'ai plus à perdre mon temps avec vous.

L'armée va livrer un millier de lits…

Le syndicat a voté. Vous avez vos bus.

Nous en avons après vous,

- pas après ces voyageurs. - Merci.

On reprendra la grève dès que ce sera fini.

Oui.

On descend de l'avion

Mesdames et messieurs, prenez vos bagages à main.

Les valises resteront dans la soute.

On entre dans l'aéroport

Le capitaine et le personnel nous disent

de prendre nos couvertures et nos oreillers.

Par le hublot

On prend des bouteilles d'eau.

Personne ne sait où on nous emmène.

De l'obscurité et des arbres

Dans l'aéroport, ces phares sont toujours braqués sur nous.

On a peur. Eux aussi, probablement.

Les gens ne savent pas qui descendra de ces avions.

L'aéroport semble tout droit sorti de la guerre froide.

- Kevin s'exclame… - On est remontés dans le temps !

Toute la procédure, les soldats, les formalités,

ça me stresse beaucoup.

- Nationalité ? - Américaine.

Britannique.

But de votre voyage ?

- Des vacances. - Une conférence.

Destination ?

- Dallas. - Le Texas.

Merci.

Nationalité ?

- Américaine. - Égyptienne.

But de votre voyage ?

La famille.

Les affaires, rien de plus.

Destination ?

- LA. - Dallas, puis Washington, DC.

- Merci. - Suivez-moi, monsieur.

Il y a une carte au mur de l'aéroport,

quelqu'un a écrit "Vous êtes ici" au marqueur rouge.

- Pardon. Je dois téléphoner. - Je dois appeler mon fils.

Les téléphones sont là-bas. Ça risque d'être long.

Ils font la queue aux cabines de l'aéroport,

on finit par mettre un panneau "hors service"

pour qu'ils prennent les bus.

23 h 48.

Bus et chauffeurs conduisent les passagers aux abris.

À Gander, mais aussi Gambo, Appleton et d'autres villes

comme Lewisporte, Norris Arm et Glenwood.

- Notre bus poireaute. - Les autres sont partis.

Enfin, cet autre… passager monte à bord.

Il est du Moyen-Orient.

On dit qu'il a été interrogé.

Qu'il a été fouillé.

Et le voilà dans notre bus.

J'ai essayé d'interroger la Croix Rouge et l'Armée du Salut,

mais ils ont mieux à faire.

C'est là que je vois les passagers à travers la vitre.

La peur se lit sur leurs visages.

Ils ne savent pas où ils vont.

Mon équipage et moi prenons un autre bus.

Je regarde par le hublot pour voir où nous sommes,

mais il fait nuit noire.

J'ai survolé cette zone des centaines de fois,

il y fait noir et il y a très peu d'éclairage.

Voilà que j'y suis.

Bon sang. C'est vraiment isolé.

- Dans l'obscurité - Les étoiles et la lune

- Mais tout autour de nous - Rien que l'obscurité

- Par la fenêtre - Dans l'obscurité

L'obscurité et les arbres

Les bus scolaires font la navette toute la nuit.

Au camp de l'Armée du Salut,

on dépose des passagers venus d'Allemagne, d'Angleterre et de France.

À 3 h, mon bus est choisi

pour conduire tous ces Africains.

Dans l'obscurité

Ma famille et moi essayons de voir par la fenêtre.

Personne ne nous dit où on va.

Sur la route de gravier

Le bus est silencieux.

En sortant de Gander, on pourrait entendre une mouche voler.

- Et tout autour de nous - Ma femme et ma fille ont peur.

Elles me demandent ce qui se passe, je ne sais pas.

- Un homme s'approche de moi… - L'obscurité et les arbres

…et me dit à voix basse.

Quoi ?

Mesdames et messieurs, on a besoin de traducteurs.

Si vous parlez mandarin, venez à la bibliothèque.

Si vous parlez hindi, venez à la cafétéria.

Si vous parlez le terre-neuvien,

grand Dieu, soyez bénis.

On a des passagers des quatre coins du monde,

ils parlent tous une langue différente. Impossible de dire bonjour.

- Si quelqu'un parle… - Le moldave.

Le moldave, ce serait pratique.

D'autres passagers nous aident à traduire.

Mme Noonan, notre prof de français connaît un peu de russe.

Et M. Michaels, le prof de gym…

Apparemment, il parle espagnol.

Où en étais-je ?

Tu as cinq minutes, Bonnie.

Il y a des centaines de valises.

J'entends un aboiement, mais je ne vois rien.

Ils jeûnent avant de voyager, ils doivent avoir faim

et soif.

Monsieur ! Doug !

Tu dois partir. Défense d'accéder aux soutes tant que…

Désolé, Dwight. C'est ma femme.

Bonnie, de la SPA ?

Elle nourrit les animaux à bord. Aucun ne descendra.

J'ai trouvé un chat. Il s'appelle Lyle.

Un cachet est scotché sur sa cage.

Heureusement que je suis là pour le lui donner.

Tout va bien, Lyle.

Bonnie, tu dois sortir.

Bonnie, bouge tes fesses !

Doug, j'ai trouvé un chat. Tu crois que c'est Lyle qui aboie ?

Non.

Voilà de quoi manger, Lyle. Je reviens pour ton cachet.

Écoute, la FAA a changé les ordres.

On doit considérer ces avions comme potentiellement piégés.

- Bon Dieu ! Bonnie ! - Doug ! Doug !

- Bonnie, parle-moi ! - Doug ! Il y a des singes à bord.

- En voiture. - Montez.

- Vous semblez fatigué. - Pas de quoi s'inquiéter.

On vous mènera à destination.

Vous n'avez jamais entendu parler de Gander.

C'est dans le rétroviseur.

Remettez vos montres à l'heure.

On a notre propre fuseau horaire.

Tout a une demi-heure de retard, à Terre-Neuve.

Vous avez vu l'aéroport. C'était le plus gros d'Amérique du Nord.

Les avions s'arrêtaient pour faire le plein.

- Frank Sinatra. Albert Einstein. - Mohamed Ali.

La reine.

C'est là que les Beatles ont posé le pied en Amérique du Nord.

Mon père a fait de la luge avec Fidel Castro.

Puis les avions ont été capables de traverser l'Atlantique.

Plus besoin de refaire le plein.

On s'est retrouvés avec cet aéroport.

Ils parlent de le démolir.

Heureusement pour vous, ça n'est pas encore fait.

Voilà pourquoi je conduis lentement.

Là, au milieu de la route…

Oui, c'est un élan.

Il bougera quand il voudra.

Je peux ?

Les éméchés de l'avion ronflent à l'arrière.

Bonsoir, Nick. Allez-y.

Je croyais vous avoir perdu.

Non, j'avais juste besoin de récupérer des médicaments.

Les miens sont dans ma valise.

Rien de grave.

Pas : "Oh non, il n'a pas ses médocs !"

- J'arrête de parler. - C'est rien.

C'est pour mon cœur. Je fais de l'arythmie. Rien de grave.

Voilà, vous savez tout à mon sujet.

D'accord.

Je suis allergique à la banane. Je n'ai jamais eu la varicelle.

Des nouvelles du vol de votre mari ?

Mon… Non.

On peut éviter d'en parler ?

Je n'ai pas trouvé de téléphone.

Je suis désolé.

Je vous aiderai à en trouver un quand on arrivera… à destination.

Mon bus arrive enfin au camp de l'Armée du Salut.

On franchit un portail et le bus s'arrête.

À travers la vitre, dans le noir,

on voit des gens sortir du bâtiment.

On les utilise rarement,

mais tout le monde a sorti son uniforme de l'Armée du Salut

pour les accueillir.

Il y a des soldats partout.

L'homme ouvre la porte.

"Vous êtes arrivés. Allez-y."

Mais il ne bouge pas. Personne ne bouge.

Je vois que sa femme tient la Bible.

Je ne peux pas la lire.

Mais sa bible aura la même numérotation que la nôtre.

Je demande à la voir.

Je cherche quelque chose.

Philippiens 4:6.

Je leur donne la Bible et leur montre : "Philippiens 4:6."

"Ne vous inquiétez de rien."

"Ne vous inquiétez de rien."

Et on s'est mis à parler la même langue.

Loin de l'obscurité

Soudain, la lumière

Tout change

L'obscurité et les arbres

Loin de l'obscurité

Soudain, la lumière

Bienvenue à Gander Académie, le meilleur hôtel de la côte est.

Parmi ceux qui n'ont pas de lits.

Je suis Beulah. Les toilettes sont au fond du couloir.

Il y a de quoi manger si vous avez faim

et de quoi vous changer.

Je vous montre où vous dormirez.

Dites-nous si vous avez besoin de quelque chose.

Que s'est-il passé ?

Que saviez-vous ?

Qu'il y a eu un accident à New York.

Bon. Je vais vous montrer vos chambres.

Ensuite, vous pourrez revenir.

On a installé deux télés dans la cafétéria pour voir les nouvelles,

vous pourrez voir par vous-mêmes.

Je n'avais pas réalisé.

Ils n'ont encore rien vu.

Sauvez-nous de l'obscurité

Nous regardons tous les images.

On les regarde, impuissants.

Conduisez-nous en sécurité

On ne sait pas où on est, mais nous ne sommes pas là-bas.

Conduisez-nous loin du danger

Charles Burlingame était le capitaine du vol 77

qui s'est écrasé contre le Pentagone.

Je venais de le voir dans un pub, à Londres.

Si vous saviez.

Un pilote donnerait tout pour sauver son avion.

Vraiment.

Sortez-nous de l'obscurité

On regarde pendant des heures.

Jusqu'à ce que quelqu'un éteigne enfin.

1 h 15.

- Mercredi. - 12 septembre.

Des conseillers sont envoyés à Gander Académie.

Les passagers sont épuisés mais ne veulent pas dormir.

On se tient prêts, avec toute la nourriture.

Mais ce n'est pas ce qu'ils voulaient.

Ils voulaient des téléphones.

1 h 45.

Six téléphones sont installés

pour les passagers, gratuitement,

et alignés le long de la route.

Une heure plus tard, on installe 20 téléphones de plus.

Une heure plus tard, il y 75 téléphones et des ordinateurs connectés à internet,

ils sont utilisés en permanence.

Allô ? Oui, c'est moi.

Papa, je vais bien, ça va

J'appelle du Canada

Sain et sauf à terre En Islande

- Non, à Terre-Neuve. - Oui.

On a vu les nouvelles

- Des nouvelles de Kev ? - Ou de Celena ?

- Appelle Micah - Et Lauren

- Mes parents - Ma tante

C'est Di

Non, je vais bien Où est David ?

Dieu merci.

Allô. Ici Nick Marson.

Mon avion a été dévié.

Pouvez-vous prévenir la direction que je vais bien ?

Non. Mais je voulais prévenir.

3 h 45.

La population locale est passée de 9 000 à 16 000 en une nuit.

Très peu d'entre nous ont pu dormir.

On espère que nos visiteurs reprendront les airs au matin.

Je me réveille d'un rêve assez flou,

mais il y avait une musique que j'avais déjà entendue.

Je me réveille d'un rêve où on était coincés dans un trou paumé du Canada

et où mon matelas était dégonflé.

L'odeur du pain frais me réveille.

4 h à Terre-Neuve, c'est le petit déjeuner en Allemagne

et nous avons de nombreux passagers de Francfort,

alors le petit déjeuner commence à 4 h et on fait des œufs brouillés.

- Œufs pochés, brouillés, omelettes. - Saucisses grillées.

Un plat appelé "toutons".

J'ai vu un gratin que je n'aurais pas pu soulever.

Ils ont fait à manger pour 7 000 personnes.

Ils n'ont pas dormi.

Il y a un homme du Moyen-Orient…

Enfin, on ne sait pas. Il n'a parlé à personne.

Certains passagers se méfient de lui.

Je m'étonne de le trouver en cuisine.

- Bonjour. - Bonjour. Puis-je vous aider ?

Oui, j'aimerais vous aider à cuisiner.

- C'est inutile. - Mais je…

Non, allez donc vous asseoir.

On a travaillé toute la nuit, mais impossible de s'arrêter.

Un peu d'eau froide sur le visage et on repart.

On a 7 000 passagers effrayés et en colère qui ne veulent pas être là.

Et ils vont se réveiller.

Dans une salle bondée Remplie d'inconnus endormis

Une couverture d'avion Et un oreiller par terre

Le soleil filtre par la fenêtre

Je ne peux plus dormir

Je regarde les inconnus Qui se réveillent autour de moi

Assise dans la foule À attendre le téléphone

Dans une ville Dont la population a doublé

Je me sens si seul

On aurait tous pu mourir mardi

On nous pousse à voir les choses Différemment aujourd'hui

- Je suis différente - Distante

- Bizarre - Qui sont ces gens ?

- Où suis-je ? - Personne ne me connaît

Qui suis-je, si je ne suis pas Le moi d'hier ?

Je me réveille dans une salle pleine de gens couchés au sol,

et je vois Diane : "On s'en va ?"

Ça ne va pas tarder.

Votre coiffure a changé.

Ça vous va bien. J'aime bien.

Merci. C'est ça, quand on ne fait pas de shampooing depuis trois jours.

Ils distribuent des vêtements à ceux qui en veulent.

Je ne me suis pas changé depuis 39 h.

Je voulais brûler mes chaussettes.

Kevin met une veste à carreaux.

Il dit qu'il est incognito, qu'il va se mêler à la population,

mais il ressemble à un bûcheron gay.

Enfiler les vêtements donnés Par une autre femme

J'ai l'air différent Et je me sens différent

- Je ne peux l'expliquer - Mais au réveil

Quand David n'était pas à bord

Je suis devenu quelqu'un d'autre Mais qui ?

C'est comme être à un bal costumé

L'espace d'un instant On n'est plus nous-mêmes

Plus nous-mêmes

On regarde autour de nous Et on cligne des yeux

On reconnaît à peine

Le reflet dans le miroir Qui est devenu quelqu'un d'autre

Salut, sœurette.

Oui, toujours là où on mange des arcs-en-ciel au petit déjeuner.

Tu prends soin de maman ?

Je stresse. J'aimerais être à la maison.

Non, pas à LA, à Brooklyn.

La ferme. Quelle andouille.

Je voulais entendre ta voix.

- Pardon, vous êtes Hannah ? - C'est moi.

Je suis Beulah. On m'a dit que votre fils est pompier.

Le mien aussi, ici, en ville.

Gander n'est pas New York, mais puis-je faire quelque chose pour vous ?

Non. Je veux avoir des nouvelles de mon fils.

Je comprends.

Je prie pour un coup de fil

Je prie pour rentrer à la maison

On pose des questions

"Quand pourra-t-on remonter Dans ce fichu avion ?"

Autour de moi, les gens discutent

Ils font comme si de rien n'était

Je veux qu'on me dise qu'on rentre Avant de perdre la raison

Bonjour, je suis le capitaine Beverley Bass.

J'ai une nouvelle difficile.

L'espace aérien américain reste fermé.

J'ignore combien de temps on restera au sol,

mais un bout de temps.

- Un bout de temps - Un bout de temps

- Trop longtemps - Combien de temps ?

- Quand saurons-nous ? - Quand saurons-nous ?

Encore longtemps ?

Beulah, attendez. Aidez-moi à trouver une église catholique.

Je ne peux pas rester là. J'ai besoin de respirer.

Allons visiter le coin. Ça te fera du bien.

Non, je préfère me coucher et faire comme si de rien n'était.

Comme tu voudras.

C'est comme être coincés À un bal costumé minable

Rien ne nous est familier

On est loin de nos proches

Sur une île isolée entre

- Ici et là-bas - Ici et là-bas

À la mi-journée, le mercredi, je coordonne les repas de 7 000 personnes.

Mesdames et messieurs, le Rotary Club cherche des plats de poisson.

Des passagers allemands au Moose Club

voudraient essayer l'élan.

Non, désolée. C'est le Elk Club qui cherche de l'orignal.

Désolée, je suis nouvelle.

Si vous ne voulez pas goûter la langue de morue, on a des burgers.

Ou des hot-dogs.

Il y a un gratin de thon là-bas.

Je peux vous faire un sandwich au salami.

Il y a des légumes, au Canada ?

- On est végétariens. - Je l'ai converti.

Je remarque un autre passager qui n'a rien mangé.

Kevin se mêle des affaires de tout le monde.

Je préviens nos hôtes.

Non, merci. C'est bon.

Il s'avère que c'est un rabbin orthodoxe juif qui ne mange que casher.

Nous avons toutes sortes d'habitants à Terre-Neuve :

protestants, baptistes, catholiques, Armée du Salut-istes.

Mais très peu de juifs.

Voilà qu'on m'installe en salle des profs

pour préparer des plats casher aux autres passagers juifs,

mais aussi à deux femmes hindoues et à des musulmans.

Et quelques végétariens.

L'un des pilotes de Virgin Atlantic, le capitaine Bristol,

est un leader-né.

Il est sympa avec les passagers et très séduisant.

Bref, il me prend à part et dit…

Je vous ai observée.

Beau travail.

J'aimerais que vous travailliez en étroite collaboration avec moi,

et m'aidiez à répondre à mes besoins.

Annette !

Qu'est-ce que tu racontes ? Il n'a pas dit ça.

Quelque chose dans ce genre.

Mme Beulah. Bonjour.

Bonjour, Ali.

C'est quoi, ce plat ?

- Du gratin de morue. - Du gratin de…

Du poisson et du fromage.

Du poisson… et du fromage.

Vous ne voulez pas de l'aide en cuisine ?

Les habitants proposent aux passagers de venir se laver chez eux,

les invitent à dîner et les hébergent.

Madame, je ne suis qu'à 5 mois de grossesse.

Mais mon Terry a déjà préparé la chambre de bébé.

Votre enfant et vous y seriez plus à l'aise.

Merci de faire vos courses chez nous.

Voulez-vous venir chez moi prendre une douche ?

Les gens disent : "On vous invite chez nous."

Je trouve ça bizarre.

Ils les font payer, ces douches "gratuites" ?

Ou est-ce que ce sont des psychopathes ?

Je ne tomberai pas dans le panneau.

Mais on m'invite chez le maire d'Appleton.

Ça paraît chic. Ça ne l'est pas.

À Terre-Neuve, toute ville de plus de 1 000 habitants a un maire.

Il y a le maire de Gander. Le maire de Lewisporte.

Le maire de Gambo.

Bref, je suis chez le maire d'Appleton.

Venez, fiston. Le whiskey irlandais est en bas.

Sa femme me montre ma chambre et la salle de bain,

et tout le long, je me dis : "Où je vais ranger mon portefeuille ?

On va me le piquer."

Quelqu'un parle d'un moyen de partir. Il y aurait un bateau.

Kevin, on habite à l'autre bout du continent.

On ne prendra pas de bateau.

Je demande à un agent de police.

- Comment rentrer chez moi ? - Comment on sort d'ici ?

Eh bien… prenez le taxi jusqu'à Goose.

Il y a un bus pour Port aux Basques une fois par jour. Ça prend six heures.

Une fois là-bas, prenez le ferry pour traverser la baie.

Environ huit heures.

Puis prenez un autre bus.

Je ne sais pas à quelle fréquence il y en a, c'est 8 h jusqu'à Yarmouth,

où vous prenez un ferry pour la frontière américaine.

C'est environ quatre heures.

Et à Bar Harbor, vous pouvez prendre un bus

pour aller où vous voulez.

C'est deux ou trois jours de voyage, mais il y a une sacrée vue.

Je ne quitte pas l'hôtel. J'attends près du téléphone,

j'attends qu'on me dise de repartir.

Un avion, ça n'aime pas rester au sol.

Il doit être en mouvement constant.

Il arrive, on change d'équipage, de passagers,

on vide les toilettes et l'avion repart.

Quand il reste posé trop longtemps, c'est mauvais.

Il a des problèmes mécaniques.

Le pilote dit qu'on ne repart pas tout de suite. Nick dit…

Je vais prendre des photos.

J'arrive à convaincre Kevin de faire un tour.

Nous sommes quatre,

une Texane et un Anglais

avec un appareil jetable et un balai dans le cul.

Ils sont sympas. Kevin et moi, on évite de dire qu'on est ensemble.

Les gens peuvent vraiment être obtus.

Ce couple gay sympa vient avec nous.

On bavarde. Ils me demandent mon métier.

Il travaille pour une compagnie pétrolière anglaise, elle rendait visite à son fils.

Quoi ? Vous avez un fils ?

Oui. David. Celui qui prenait l'avion mardi.

Elle encense l'Angleterre,

dit qu'elle n'a pas pu voyager quand elle était mariée.

- Attendez. Vous êtes divorcée ? - Oui.

Depuis longtemps.

- Et vous ? - Non, pas divorcé.

Enfin, pas marié non plus. Ni l'un ni l'autre.

Je voyage beaucoup pour le travail.

Kevin et moi, on travaille dans les énergies renouvelables.

J'ai ma société, il est mon secrétaire.

Son sexcrétaire.

En tout cas, on est dans l'écologie

et on déteste ceux qui travaillent dans le pétrole.

J'ai l'impression qu'ils me détestent.

Ils veulent entrer dans un bâtiment qui ressemble à une cabane.

On leur a dit que c'est un bar,

mais pas question d'aller au bar en plein après-midi

avec trois parfaits inconnus.

Je vais rester avec Diane.

Plutôt que le couple gay qui me déteste.

Doug m'aide à nourrir les animaux.

Quand la sécurité a vérifié chaque avion, ce qui prend des plombes,

on trouve enfin huit chiens, neuf chats, dont un épileptique,

sans parler de deux bonobos rares.

La femelle bonobo est enceinte.

Il faut les faire sortir de là.

Allô, oui ? Le maire est là ?

C'est encore Bonnie Harris. Oui, je patiente.

La sécurité a été claire,

"pas de bonobos sur le sol canadien."

- Doug, prends ça. - C'est quoi ?

De la merde de chimpanzés.

- À ton avis ? - Bon sang !

- Oui. Le maire. Je patiente. - Je dois retourner à la tour de contrôle.

Doug, lève les yeux.

Tu vois quelque chose voler ?

- Je ne vois pas par-dessus l'Atlantique. - Va chercher de la litière.

- Prends-la toi-même. - D'accord. Bye.

Non, non, pas vous ! Allô ? Allô ?

Selon le ministère de la santé, la nourriture doit être réfrigérée,

mais où ? Les centres ne sont pas équipés pour ça.

On attend trois chargements pour ce soir.

- Annulez. On ne sait pas où les mettre. - Comment nourrir les gens ?

Dites à la fille de Rogers d'annoncer

que le Rotary, le hockey, les activités…

Tout est annulé.

Attendez ! Le hockey est annulé ?

15 h 57. La ville demande à ce que la nourriture soit livrée

à la patinoire municipale de Gander.

Comme le hockey est annulé, le maire l'a surnommée…

Le plus grand frigo au monde.

Il fait chaud.

On reste au bar et on discute avec Matty, le propriétaire,

et sa femme Brenda.

On ne veut pas trop en dire.

On ne sait jamais où les conservateurs se cachent

quand on voyage.

On avait bu tout l'après-midi et je fais une gaffe en disant…

Kevin et moi, on est ensemble depuis presque cinq ans.

En affaires. Associés en affaires.

Je suis son sexcrétaire. Secrétaire.

- Le bar est silencieux. - Je redoute le pire.

- Et Matty dit… - Vous êtes… gays.

- Je vais m'évanouir. - Mais Matty ajoute…

Dieu soit loué. Ma fille est gay.

Brenda dit…

Ma sœur est gay.

La femme qui vit en face s'est enfuie avec sa meilleure amie.

Le frère de Brenda dit…

Notre oncle a 68 ans,

il vient d'annoncer qu'il est bisexuel.

On s'est retrouvés dans la ville la plus gay de Terre-Neuve.

Kevin et moi, on se regarde.

Je dis : "Ça doit venir de l'eau du robinet."

- Le frère de Brenda répond… - Alors je ne bois que de la bière.

À force de regarder les informations, on devient fous.

Les locaux décident d'organiser un grand barbecue pour tout le monde,

pour nous changer les idées.

Derm, le maire d'Appleton, me dit…

Soyez gentil, rassemblez les barbecues.

- Les rassembler ? - Oui.

Allez chez les gens et prenez leur barbecue.

Leur prendre ? Quelqu'un va me tirer dessus.

Mais non.

Allez chez les gens et prenez leurs barbecues.

Je vais de jardin en jardin…

tout en me disant : "On va me tirer dans le dos."

Bonjour.

Vous prenez mon barbecue ?

- C'est le vôtre ? - Oui, mon vieux.

Écoutez, je suis désolé…

Ma femme prépare du thé, si ça vous dit.

On m'a offert une tasse de thé dans chaque jardin.

La plupart m'aident même à voler leur barbecue.

On les apporte à la salle des fêtes, ils ne sont pas étiquetés.

Je ne sais pas comment ils les récupéreront.

C'est comme ça qu'on a droit à un barbecue gratuit.

Après ça, j'arrête de m'inquiéter pour mon portefeuille.

8 h 45.

- Jeudi. - 13 septembre.

Nous avons un… problème à Gander Académie.

Mesdames et messieurs, nous avons une demande délicate.

Il faut des volontaires pour nettoyer les toilettes.

Comme vous pouvez l'imaginer, avec 700 adultes dans une école primaire…

Le ministère de la santé veut qu'on les lave…

- Toutes les heures et demie. - …toutes les heures et demie.

On n'est pas assez. On a besoin d'aide.

Aucun volontaire.

Personne. Nous sommes trop occupés avec le reste.

- Et soudain… - Nom d'une pipe !

Une rangée d'hommes descend le couloir.

Les six meilleurs cardiologues au monde,

en route pour une conférence.

Des cardiologues de premier ordre.

Ils savent l'importance de la propreté.

Si nous ne nettoyons pas ces toilettes, on aura…

d'autres problèmes.

J'installe le déjeuner,

je note les dates de péremption sur les produits.

Je recouds le pantalon d'un pilote qui apprécie beaucoup notre cuisine,

je fais un animal avec des ballons pour un enfant qui pleure,

et je vais voir Hannah qui essaye d'appeler tout le monde.

Je suis là

Je suis sur cette île

Allô ? C'est encore moi.

Mon fils. Il travaille pour Rescue 2.

Du nouveau ?

Je suis sa mère Et je suis coincée ici

J'essaye de savoir si…

D'accord, je patiente.

Je devrais être sur place Aller dans les hôpitaux

Coller des affiches Ou faire quelque chose

Mais je suis là

Ici, au Canada

Je vous dis Que mon fils prend des risques

Il n'est pas porté disparu Il aide ou il est blessé

Il s'en sortira

Oui, je rappellerai Oui, c'est mon numéro

Oui, à l'école primaire de Gander

Je serai là

Je devrais être là-bas Quand tout sera terminé

Quand il franchira la porte Et dire : "Maman, je suis rentré"

Je devrais être là pour mon fils

Mais non, je suis ici

Je suis là

Elle n'arrête pas de laisser des messages à son fils,

son répondeur finit par être plein.

Tout ce que je sais

C'est que tu es là-bas

Tu es là-bas

Et je suis ici

Elle reçoit enfin des nouvelles.

Kev était en congé ce jour-là.

Mais apparemment, d'autres hommes ont répondu à l'appel.

Je devrais le chercher.

Il est toujours là pour moi, il me faire rire.

Il raconte des blagues idiotes. Il adore les blagues.

Il les raconte aux gamins qui viennent à la caserne faire réparer leur vélo.

Je devrais y être.

Je sais que je ne peux rien faire.

Mais je connais des blagues.

C'est l'histoire d'un marin posté dans le Pacifique Sud,

loin de la femme qu'il vient d'épouser.

Pendant son absence, il lui écrit.

"Nous allons être séparés pendant longtemps,

et cette île regorge de jolies jeunes filles.

J'ai besoin de quelque chose pour me distraire."

Sa femme lui envoie un accordéon

et dit : "Apprends donc à en jouer."

Il revient chez lui après sa mission

et dit à sa femme : "J'ai hâte de te faire l'amour."

Elle répond : "Montre-moi d'abord comment tu joues de l'accordéon."

Quelle blague idiote.

Vous en avez une autre ?

Dans tous les coins, il y a des gens du monde entier

qui passent des coups de fil, vont se doucher

et font des courses.

Je prends un café à la station-service de la grand-rue,

quand soudain, il n'y a plus un bruit.

Personne ne bouge.

Même dehors, personne ne bouge.

Je regarde la télé…

et je comprends.

C'est la minute de silence officielle aux États-Unis.

Tous ces Terre-Neuviens,

ces gens d'un autre pays, respectent cette minute de silence.

Je ne sais pas si on aurait fait autant chez nous,

dans une station-service sur un grand boulevard.

Mais ici, c'est le cas.

Beulah m'accompagne à l'église.

En arrivant, j'allume un cierge pour mon fils.

Moi aussi.

Je comprends soudain quelle était la musique dans mon rêve.

Un vieil hymne de mon enfance.

Je n'ai pas été à l'église depuis longtemps,

mais cet air trotte dans ma tête.

Fais de moi un instrument de ta paix

Là où il y a de la haine Que je mette l'amour

Là où il y a l'offense Que je mette le pardon

Là où il y a le doute Que je mette la foi

- Fais de moi un instrument de ta paix - Fais de moi un instrument de ta paix

Là où il y a le désespoir Que je mette l'espérance

Là où il y a le désespoir Que je mette l'espérance

- Dans les ténèbres, votre lumière - Dans les ténèbres, votre lumière

- Là où il y a le désespoir - Que je mette l'espérance

Il y a un habitant de la ville

qui a presque toujours vécu ici.

Quand il a su qu'un rabbin était ici,

il est venu me voir pour me raconter son histoire.

Je suis né en Pologne, je crois.

Mes parents étaient juifs.

Ils m'ont envoyé ici avant le début de la guerre.

Je me souviens des prières qu'ils m'avaient apprises.

Petit, on m'a dit de ne jamais révéler que j'étais juif. Pas même à ma femme.

Mais après ce qui s'est passé mardi, tous ces gens disparus en un clin d'œil,

je devais le dire à quelqu'un.

Pendant la prière du matin, la plupart des gens dorment,

c'est plus facile pour prier.

Mais à midi, je sens leurs regards.

Parfois, je les vois quand ils pensent m'épier discrètement,

et je lis la peur dans leurs yeux.

Excusez-moi. Beulah m'a envoyée aux nouvelles.

La bibliothèque est ouverte à ceux qui veulent prier en toute tranquillité.

Seigneur, que je ne cherche pas tant

À être consolé qu'à consoler

À être compris qu'à comprendre

À être aimé qu'à aimer

Fais de moi un instrument de ta paix

Là où il y a le désespoir Que je mette l'espérance

Là où il y a les ténèbres Que je mette votre lumière

Là où il y a la tristesse Que je mette la joie

On nous autorise à sortir les animaux, ils sont mis en quarantaine hangar 1.

C'est une grande salle pleine de chiens, de chats et de chimpanzés.

Ça aboie, ça miaule,

et les chimpanzés imitent les chiens,

ils se mettent à aboyer.

Le téléphone sonne, les gens veulent voir leurs animaux.

Ils n'ont pas le droit de s'approcher.

Je m'inquiète pour Unga, la femelle bonobo.

Les animaux aussi sont affectés par le stress, pas seulement les humains.

Certains passent leurs journées entassés à l'intérieur,

ils regardent les informations et attendent que quelque chose se passe.

À bout

La télé diffuse en continu à la cafétéria.

Plus les gens regardent, plus ils sont inquiets et en colère.

Au bout du…

Certains passagers n'ont pas dormi depuis trois jours.

Nous non plus, tout le monde est à cran.

Aux confins du monde

Jeudi, à l'heure du dîner, tandis que les gens attendent pour téléphoner,

une dispute éclate.

Qu'est-ce que vous racontez ?

- Pardon ? - Vous fêtez ça ?

Vous priez pour vos amis ?

- Pourquoi il ne parle pas anglais ? - Pardon ?

Vous dites à vos amis musulmans où bombarder ?

- Tous les musulmans ne… - Rentrez chez vous !

Je suis musulmane, née au Connecticut.

- Elle est américaine ! - On ne dirait pas !

Aux confins du monde Où que nous soyons

Nous sommes, nous sommes Nous sommes à bout

Il y a quelque chose ? Je dois m'occuper

Pour m'éviter de penser À toutes ces images à la télé

Je dois faire quelque chose Je ne peux plus regarder

Personne ne peut plus regarder la télé Au bout

La FAA retarde l'ouverture de l'espace aérien.

À terre, on a un tas d'autres problèmes.

Au bout du…

Certains avions sont sur une piste défoncée.

Si des débris rentrent dans le moteur, c'est fichu.

Aux confins du monde

L'un des avions, un 777, s'enfonce dans l'asphalte.

Si on ne fait rien, il restera coincé.

Aux confins du monde Où que nous soyons

Nous sommes, nous sommes Nous sommes, nous sommes

Nous sommes à bout

J'interviewe une femme du Queens. Une mère.

Son fils est pompier et on est toujours sans nouvelles de lui.

Elle commence à pleurer, moi aussi.

Je n'arrête pas de trembler.

Je ne sais pas si je peux continuer.

Je parle à la tour de contrôle, encore des mauvaises nouvelles.

Non seulement l'espace aérien est fermé,

mais une tempête se dirige sur Terre-Neuve.

L'ouragan Erin arrivera demain ou après-demain.

Si ces avions ne décollent pas, on sera tous coincés.

- Claude, les gens craquent. - Invitons-les à la Légion.

Tout le monde va boire un coup à la Légion.

Bonjour, vous avez vu mon petit ami ? Il s'appelle Kevin.

Il est grand comme ça et a perdu la tête.

- Je veux sortir. - Pas moi.

- Je n'irai pas sans toi. - Je n'irai pas…

longtemps.

- Un verre. - Un verre.

Hannah, tout le monde sort, ce soir.

Allez-y sans moi, Beulah.

J'attends près du téléphone.

Je vous tiens compagnie.

J'attends que la compagnie me rappelle, je serai là, Tom,

si les enfants veulent me parler.

Bonnie ? Je sais que tu restes avec les animaux,

alors je t'ai apporté du chili.

Mais je pense que tu devrais rentrer dormir un…

Doug ! Amène-toi !

On va assister à la première naissance de bonobo à Terre-Neuve.

Beulah ! Ils ont besoin de nourriture à la Légion, si vous en avez.

Mme Beulah, laissez-moi aider en cuisine.

Mais non, vous êtes un invité.

S'il vous plaît. Je suis chef dans une chaîne d'hôtels.

Je supervise des restaurants du monde entier.

J'aimerais vous aider.

Foncez !

Tout le monde va au bar. Nick aussi.

Si Diane y va, j'y vais.

Je me dis : "Personne ne me connaît. Je peux être qui je veux."

Je n'ai plus peur pour mon portefeuille. Ni qu'on me tire dessus.

Mais j'ai peur de la quantité de whiskey que j'ingurgite.

À 20 h, le bar est rempli de gens du monde entier.

Ils se demandent où ils logent, ce qu'ils ont vu,

le personnel n'arrête pas de refaire le plein en alcool.

Au bout d'une heure, certains se baignent dans la rivière.

Non, personne n'a de maillot.

Des gars du coin amènent leurs accordéons et leurs violons.

Quelqu'un apporte un "bâton moche".

Oui !

Adieux à vous, mes jolies Qui saluez depuis le quai

Souquez, moussaillons Souquez

Si nous revenons Nous ferons trembler vos lits

Souquez, moussaillons Nous partons

Adieu, Terre-Neuviens Vous nous laissez seules

Souquez, moussaillons Souquez

Si vous en trouvez une autre Nous avons aussi nos amants

Souquez, mes mignons Nous partons

Puis le karaoké commence.

Loin, près

Où que nous soyons

Nous décidons d'organiser une cérémonie.

Faisons d'eux des Terre-Neuviens à titre honorifique !

Il y a une tradition ancienne Pour être admis ou postuler

Pour passer du stade d'inconnu

À celui de Terre-Neuvien

Sinon, le seul autre moyen

C'est de casser sa pipe et prier

D'attendre d'être réincarné

En Terre-Neuvien

Allez, entrez Qui ne tente rien n'a rien

Peu de gens ont pleuré

Vous serez Terre-Neuvien

Asseyez-vous ici Ça ira mieux dans un an

Oubliez vos doutes et vos peurs

Et vous serez Terre-Neuvien

Il nous faut des volontaires.

Qui veut devenir Terre-Neuvien ?

Moi !

Bravo. Qui d'autre ?

J'ignore pourquoi j'ai levé la main. Et Kevin dit…

Bon sang. Tu es sérieux ? La vache. Tu es sérieux.

Oui, je suis sérieux.

- Ne te force pas. - Je ne le ferai pas.

- D'où venez-vous ? - Los Angeles.

LA ! Qui d'autre ?

Nous ! On veut être Terre-Neuviens.

Très bien. D'où venez-vous ?

- Du Texas. - Le Texas !

- De quel endroit au Texas ? - Non. Je suis…

- Je suis texane, il est anglais. - Attendez.

- Comment ça marche ? - Quoi ?

- Comment ça marche ? - Comment marche votre mariage ?

Vous êtes en Angleterre, elle au Texas.

Nous ne sommes pas mariés.

Pardon. J'ai supposé que vous l'étiez.

- Non. - Non.

Vous voulez l'être ?

Pourquoi pas ?

Diane avait bu deux bières, c'était sûrement l'alcool qui parlait.

Je n'avais jamais bu plus d'une bière à la fois,

c'est sûrement l'alcool qui parle.

Je suis allé chercher d'autres bières.

La première partie est la plus simple On viendra au plus délicat

Vous devrez répéter après moi

Quand vous serez Terre-Neuvien

Nous parlons une autre langue

On rajoute des "s" et du rhum

Il faudra essayer la langue de morue

Quand vous serez Terre-Neuvien

Faites de votre mieux Rien d'effrayant, pas encore

Il faudra changer Votre façon de vous habiller

Quand vous serez Terre-Neuvien

Chantez en chœur Qui ne tente rien n'a rien

- 30 couplets dans cette chanson - Et vous serez Terre-Neuvien

Mesdames et messieurs, voici le Screech.

Durant la Seconde Guerre mondiale, un officier basé ici

s'est vu offrir ce breuvage.

Tous les locaux le buvaient sans sourciller,

il fait de même et laisse échapper un cri…

Les gens viennent voir ce qui se passe et disent…

"Qu'est-ce que c'était que ça ?"

C'est à votre tour. Prêts ?

Je ne suis pas prêt.

Merci.

- Tous ensemble. Un ! - Un !

- Deux ! - Deux !

- Trois ! - Trois !

Cul sec !

Le Screech, c'est du rhum jamaïcain.

Le Screech, c'est infâme.

C'est délicieux !

Et ils apportent la morue.

La morue !

- La morue ? - La morue !

Toute transformation Requiert une prise de risque

Il faut marcher sur la planche

Ça passe ou ça casse

C'est pareil pour être Terre-Neuvien Et réaliser son rêve

Ne soyez pas bête Partez bille en tête

Allez embrasser le poisson

Je suis un insulaire Je suis un insulaire

Mesdames et messieurs, voici une morue fraîche de Terre-Neuve.

Pour devenir Terre-Neuvien à titre honorifique,

vous devez lui faire un bisou.

Mon Dieu !

Si tu embrasses ce truc, je ne t'embrasserai plus.

- Je prends le risque ! - Deux !

Je n'embrasserai pas un poisson !

Allez ! Je le fais si vous le faites !

Bon. D'accord.

Je suis un insulaire

Et de trois !

Je ne peux pas.

- Allez ! - Quoi ? Je l'ai fait.

Embrassez la morue, ça fait partie du rituel.

Je ne peux pas.

Je vous propose un marché.

Soit vous embrassez le poisson,

soit vous embrassez l'Anglais à qui vous n'êtes pas mariée.

- Quoi ? - D'accord.

Ce soir Prenez un risque et tentez le coup

Sautez à pieds joints

Vous serez Terre-Neuvien

Allez, encore une fois Qui ne tente rien n'a rien

Quand ce sera fini

Vous serez Terre-Neuvien

Quand ce sera fini

Vous vous souviendrez

Que vous êtes Terre-Neuvien

Bravo, LA !

Bonne nuit !

Kevin ?

Où tu es ?

Kevin ?

Mes parents ont dû penser Que j'étais folle

J'étais de celles qui ont toujours su Ce qu'elles voulaient

Ils m'ont emmenée à l'aéroport Pour voir les avions décoller

En les voyant voler J'ai senti un déclic

J'avais huit ans quand je leur ai dit Que je serais pilote

J'étais trop jeune, trop petite Il n'y avait pas de femmes capitaines

Mon père a dit : "Soit patiente. Tu verras bien"

J'ai pris ma première leçon Et en revenant au sol

J'ai dit à mon père Que je volerais toute ma vie

J'ai eu mon premier boulot Pour des pompes funèbres

Dans un petit Bonanza Rien que le cadavre et moi

Cinq dollars de l'heure Pour transporter des morts

Je devais les enjamber Pour atteindre mon siège

Soudain les roues se soulèvent

Le sol s'éloigne

Je me sens vivante

Me voilà dans le cockpit

Soudain, tout a changé

Je ne suis plus ni trop jeune Ni trop petite

Les passagers à l'arrière Ne disent rien

Me voilà pilotant des charters

Tout est haut

Il n'y a plus rien entre

Le ciel et moi

American Airlines Avait les meilleurs avions

J'ai postulé Comme mécanicienne de bord

Mais les pilotes de la Seconde Guerre Se sont plaints

Ils ont dit "Une femme n'a rien à faire là"

"Poupée, hé ! Va donc nous chercher à boire"

Le personnel navigant n'était pas De mon côté à l'époque

Ils disaient "Tu te crois meilleure que nous ?"

Mais j'ai enchaîné les contrats

Les pilotes de la Seconde Guerre Ont pris leurs retraites

Les femmes avaient Une meilleure opinion de moi

1986, première femme Capitaine américaine de l'histoire !

Me voilà dans le cockpit

J'ai enfin mes ailes

Soudain Les pilotes qui se plaignaient

Peuvent se servir eux-mêmes à boire

Plus personne ne dit : "Reste au sol"

Je les regarde d'en haut

Il n'y a plus rien Entre le ciel et moi

J'ai un équipage entièrement féminin

La nouvelle se répand Et fait les gros titres dans le monde

Voilà que ça s'est arrêté

- Personne ne dit - "Tu ne peux pas"

- Ou - "Pas question"

Ou "Tu n'es rien car tu es une femme"

Me voilà mariée

On marque sur une carte Les endroits qu'on a visités

Me voilà mère

Je suis choquée de la vitesse À laquelle ils grandissent

Je me demande Ce que mes parents diraient

S'ils me voyaient enseigner À des hommes

Car je suis devenue instructrice

J'ai 51 ans

Je vole entre Paris et Dallas

Je traverse l'Atlantique Et je suis sereine

Quand soudain Quelqu'un annonce sur les ondes

"À 8 h 46 Il y a eu un acte terroriste"

Et la chose Que j'aimais le plus au monde

A servi de bombe

Je me retrouve à l'hôtel

Quelque chose est mort

Il y a soudain un obstacle entre

Le ciel et…

Allô ? J'arrive.

- 1 h 34. - Vendredi.

14 septembre. Les refuges seront prévenus quand chaque avion sera prêt.

Notre pilote dit de nous préparer.

C'est soudain. En pleine nuit, on part dans une heure.

Mais ces gens nous ont préparé un déjeuner à emporter

et forment une haie pour les distribuer.

En passant, on prend notre déjeuner

et on fait nos adieux.

On veut leur donner de l'argent, mais ils refusent.

Non, fiston. Tu aurais fait pareil.

- J'ai bu tout votre whiskey. - J'aurais fait pareil.

Bonjour.

- Vous ronfliez. - J'ai mal à la tête.

Vous avez bu.

J'ai embrassé le poisson ?

Quoi ? Vous ne…

Oui.

Bien. Attendez…

Le temps presse. Notre avion pourrait être le prochain.

Notre avion pourrait être le prochain.

- Toujours fâché pour le poisson ? - Non.

Je suis fâché car tu n'as pas vu que j'étais parti.

- Tu n'as rien dit. - Après tout ce qui s'est passé,

tu fais comme si tout allait bien, mais non.

Je sais !

Mais je ne me terrerai pas.

Rentrons à LA.

Quand vous serez à Dallas, j'aimerais vous inviter.

J'ai voulu changer mon vol pour New York, ils n'ont pas voulu.

Ma conférence est annulée, je repars à Londres.

- Je ne comprends pas. - Je veux rentrer à la maison.

- À la maison. - À la maison ?

À la maison ?

Tout a une fin, non ?

En partant, les passagers s'arrêtent et nous remercient,

essayent de nous donner de l'argent. Mais on répond…

Non. Vous en auriez fait autant.

Un type insiste tellement que Beulah finit par dire…

Mettez-le dans la boîte à idées de la mairie.

Mais franchement, un merci en partant nous suffit.

Le capitaine Bristol, de Virgin Atlantic,

vient me voir pour l'aider à rassembler ses passagers.

Annette, ma chère.

Avant de partir, je dois vous remercier pour tout ce que nous avons partagé.

Même si je rentre chez moi, mon cœur reste ici.

- Annette. - Non.

Viens…

- Au revoir ! Soyez prudents ! - Au revoir !

- Bon voyage ! - Dites-nous quand le bébé arrivera.

Donnez des nouvelles !

On arrive à l'aéroport, c'est le bazar.

Les passagers de plusieurs vols se croisent.

Chaque sac doit être vidé.

Ni ciseaux ni coupe-ongles.

Tout bagage non étiqueté sera détruit.

On parle de problème de sécurité.

Une des hôtesses vient me voir.

Il y a un musulman à bord.

Je l'ai vu prier et il paraît suspect.

Il n'a pas de bagage à main et…

Je ne prendrai pas l'avion avec lui.

J'arrive à l'aéroport, on me fait sortir de la file.

Je suis responsable de la sécurité des passagers et de l'équipage.

La sécurité m'informe que les menaces potentielles doivent être étudiées.

On me conduit dans une salle à part et ils le font venir pour l'interroger.

Au début, je ne comprends pas ce qu'on me demande.

Puis je comprends.

Dans ma culture, il y a un mot, awra.

C'est la zone entre votre ventre et vos genoux.

Ma religion m'interdit de la montrer à quelqu'un d'autre que ma femme.

Avoir une femme dans la pièce qui me regarde…

Vous n'imaginez pas.

Je n'ai jamais vu une fouille corporelle aussi détaillée.

Quand c'est fini, je m'approche et lui dit…

Je suis vraiment désolée pour tout ça.

Je peux y aller ?

On part quand ?

Bonjour ! Nous sommes parmi les premiers à partir.

Nous avons de la chance,

certains avions pourraient être bloqués un bout de temps.

Ce n'est pas moi qui décide.

Vous avez acheté un vol entre Paris et Dallas,

et si on m'y autorise, je vous conduirai à Dallas.

Mais dans le cas contraire, je dois vous ramener en France.

Mais on s'arrangera le plus vite possible

pour vous ramener aux États-Unis,

- là où vous devez aller. - Je ne peux pas rentrer.

Je viens d'adopter ma fille, si je ne…

Hé ! On peut faire un vote !

On peut les forcer à nous emmener où on veut.

Qui vote pour Dallas ?

On s'en fout ! Allons en Suisse !

Ce n'est pas une démocratie.

Je suis le capitaine, les ordres viennent de la compagnie et de la FAA.

Vous ne choisirez pas votre destination.

Si on a un problème à gérer,

on perdra notre tour dans la queue

et on sera le dernier vol à partir.

Merci de votre coopération.

Après des heures d'attente, on nous informe qu'on ne partira pas.

16 h 18. Un 747 avec un pneu crevé bloque la piste.

Les avions sont à l'arrêt.

Personne ne décolle.

Bienvenue !

Notre pilote nous demande de rester près du centre

pour être prêts à repartir.

Diane veut faire un dernier tour.

Je ne peux pas la laisser y aller seule.

On trouve un belvédère magnifique.

La faille de Dover.

Il y a un million de marches.

C'est magnifique.

Nick ! Venez voir.

Dire qu'on est ici.

Je sais.

Dire qu'on s'en va.

Je ne veux pas partir.

Qu'avez-vous dit ?

Je ne sais pas.

Je vais prendre une ou deux photos.

D'accord.

Arrêter le monde Prendre une photo

Essayer de saisir l'instant Pour qu'il perdure dans le temps

Nous sommes encore là Mais dans un instant

Ce sera fini Le présent sera devenu le passé

Nous sommes là À la croisée des mondes

Elle sera sur cette photo à jamais

Regardez.

Il y a 540 millions d'années, les continents se sont heurtés ici même.

Et il y a 200 millions d'années, ils se sont séparés à nouveau

et se sont éloignés.

Mais ils ont laissé quelque chose derrière eux.

Je devrais bouger. Je bloque le paysage.

Non. Restez où vous êtes.

- Vraiment ? - Oui. C'est parfait.

Arrêter le monde Saisir l'instant

Dès qu'il partira Je serai seule, ce sera fini

Pince-toi

Dis-toi que ce n'est qu'un rêve

Ça veut dire qu'il t'oubliera

Mais nous voilà

Là où les continents se sont heurtés

Avant qu'ils se séparent à jamais

- Arrêtez le monde - Arrêtez le monde

- Arrêtez le monde - Arrêtez le monde

- Arrêtez le monde - Empêchez-le de tourner

Je suis à un belvédère

Je surplombe quelque chose

Qui vaut la peine qu'on s'y attarde

- Regarde en bas - Arrête le monde

- Arrête d'avoir peur - Regarde autour de toi

- Regarde autour de toi - Arrête le monde

- Dis-lui maintenant - Dis-lui maintenant

Et regarde

Prends une photo de la scène

De ce belvédère De cet instant furtif

De l'océan, de la rivière

Des arbres

Arrêtez le monde, s'il vous plaît

9 h 35.

- Samedi. - 15 septembre.

Les avions se mettent enfin en route,

je vais prévenir les enfants malades

qu'on les renvoie chez eux, qu'ils n'iront pas à Disney World.

Ils s'en fichent. Ils font des tours en charrettes, du canoé,

et quelqu'un a mis la tenue de la mascotte locale, le Commandant Gander.

Et s'ils étaient allés à Orlando,

il aurait plu pendant quatre jours.

Un dernier nettoyage de litière et je les remets à bord.

Lyle.

Tu es un très beau chat.

J'ai accroché tes cachets à ta cage, quelqu'un les verra.

Tu as été sage. Ça ira.

Oui, Ralph. Tu es un gentil cocker.

Je sais que l'équipe de nuit t'a épuisé,

je veux que tu dormes dans l'avion, d'accord ?

Bon.

Unga.

Je n'avais jamais rencontré de bonobo avant toi.

On en voit peu à Terre-Neuve.

Et puisque ton partenaire aime jeter ses propres crottes,

je dirais que tu es le bonobo le plus gentil que j'aie jamais rencontré.

Sache que je suis désolée.

Désolée que tu aies perdu ton bébé.

J'en ai trois. Certains jours, ils sont insupportables.

Mais ça ira.

Le vent forcit. Des rafales à 80 km/h.

On est là depuis trop longtemps.

On encore au sol et un ouragan approche.

Je me dis : "Le temps presse."

Il faut décoller. Décoller maintenant.

Un avion, puis un autre

Neuf avions, puis un autre

- 13 avions, puis un autre - 19 avions, puis un autre

- 22, 24 - 29, 32

- 38, 38 - 38, 38

- 38, 38 - 38, 38

38 avions

Mesdames et messieurs Si vous regardez par le hublot

Sous toute cette pluie, c'est le Maine

Nous avons franchi La frontière canadienne

Bienvenue aux États-Unis

Par le hublot Je regarde le monde défiler

Il est à côté de moi Mais très bientôt, il s'en ira

- Par le hublot - Kevin, parle-moi

- Par le hublot, nous voyons - Un endroit que nous connaissons tous

Il marche ? Oui.

Désolé, bonjour

Comme la plupart d'entre vous Je suis triste de partir

Je voulais les remercier Pour tout ce qu'ils ont fait

Alors je vais faire passer un chapeau

Pour ceux Qui nous ont consacré leur temps

Qui ont renoncé à leur ville

Donnons-leur une bourse Faites passer le chapeau car

Quelque part au milieu de nulle part

- Au milieu de Dieu sait où - Qui sait

Vous trouverez

Quelque chose au milieu de nulle part

Au milieu du ciel bleu

Vous avez trouvé votre cœur Et laissé quelque chose derrière vous

Nick et moi sommes côte à côte et je veux lui parler,

mais on s'en va, c'est fini.

Elle commence à pleurer et je ne sais pas quoi dire.

Je mets mon bras autour de son épaule, me penche pour l'embrasser sur le front.

Il y a eu des turbulences

et j'ai cru que c'était voulu. Alors…

Mesdames et messieurs Si vous regardez par le hublot

Vous ne voulez pas rater Notre entrée au Texas

- Quelque part - Quelque part

- Au milieu de nulle part - Nulle part

- Au milieu de Dieu sait où - Qui sait

- Vous trouverez - Quelque chose au milieu de

- Quelque chose - Quelque chose

- Au milieu de nulle part - Nulle part

Au milieu du ciel bleu

Vous avez trouvé votre cœur Mais laissé un morceau derrière vous

Tout le monde boit et échange des anecdotes.

Vous étiez où ? Vous avez fait quoi ?

Nick et moi, on passe le voyage à se bécoter à l'arrière.

À un moment donné, une hôtesse passe en disant…

Serviette chaude ?

Serviette chaude ?

Serviette froide ?

Quelque part entre

La routine et le travail Et votre chemin

Quelque chose vous force à vous poser Et vous savourez l'instant

Quelque part au milieu de nulle part

- Au milieu de Dieu sait où - Qui sait

Vous trouverez

- Quelque chose - Quelque chose

- Au milieu de nulle part - Nulle part

Au milieu du ciel bleu

Vous avez trouvé votre cœur Mais laissé quelque chose derrière vous

Mesdames et messieurs Relevez vos sièges et vos tablettes

Au-dessous, la ville où j'ai grandi

On tourne en bout de piste Les roues touchent le sol

- Taxi - La maison, l'Amérique

- On applaudit, on est posés - La maison, l'Amérique

- Je remercie tout le monde - La maison, l'Amérique

- Merci d'avoir choisi American - La maison, l'Amérique

- J'embrasse mon équipage - La maison, l'Amérique

- On est rentrés - La maison, l'Amérique

- La porte, les escaliers - La maison, l'Amérique

- On est arrivés - La maison, l'Amérique

- Il attend dans la file - La maison

Je vais bien, Tom

Je vais bien

- Alors… - Alors…

Tu appelleras ?

Dès mon arrivée.

- Et elle est partie. - Et il est parti.

J'étais seul.

Retour à la normale

À une vie plus simple

Pendant cinq jours Il a fait beau

Quand ils ont embarqué Il s'est mis à pleuvoir

En fin de journée Après le départ de chacun

On a essayé de reprendre notre routine Mais

La ville était plus silencieuse Bien plus vide

Nous avions la même tête Mais étions différents

C'était fou de voir le gymnase En rangeant le dernier matelas

Mots de remerciements partout Et objets oubliés

Le ministère de la santé a dit De tout nettoyer

Nous avons commencé

7 h 42.

- Dimanche - 16 septembre.

Enfin, on passe la surfaceuse sur la glace et on joue au hockey.

Comme les passagers sont partis,

je dis à mon équipe : "Rentrez chez vous. Dormez."

Nous sommes tous épuisés, vidés.

La plupart d'entre nous n'ont pas dormi depuis cinq jours.

Mais je n'arrive pas à dormir.

Je m'assieds devant la télé et je commence à pleurer.

Je ne l'avais pas fait jusqu'ici.

Quelque chose a disparu

Par le hublot de l'avion, je vois Manhattan,

ça fume encore.

La peur s'empare à nouveau de moi.

Des autres aussi.

Quelque chose a pris fin

Je connais l'aéroport de Newark.

On pourrait garer un camion au bord de l'autoroute

et tirer au lance-grenade sur un avion.

Quelque chose s'achève

Mais il ne se passe rien.

Je ramène Kevin chez lui. On parle peu.

Quelque chose a disparu

Je vais directement à sa caserne.

Je me demande si on m'a caché la nouvelle.

Mais ils ne savent toujours pas.

Quelque chose a changé

Mon appartement est le même, mais plus vide.

Plus calme.

Je défais mes affaires et je trouve l'appareil photo.

Quelque chose est né

Sur le chemin du restaurant, je dépose ma fille à l'école.

Elle refuse d'y aller. Elle dit qu'elle a peur.

Que dois-je lui dire ?

Quelque chose a souffert

Chez mon père, je regarde par la fenêtre

la vue qui a bercé toute ma vie.

Mais désormais… un morceau a disparu.

Quelque chose a disparu

Kevin rompt avec moi.

Il démissionne et repart vivre à New York.

Il me manque.

Ses blagues me manquent.

Quelque chose est perdu

Avec Nick, on s'appelle quand on peut, mais c'est horrible.

La seule raison de notre rencontre, c'est cette horrible attaque.

Certaines choses sont dures

Je vais à Ground Zero, c'est…

C'est l'apocalypse. Ça brûle encore.

Quelque chose n'est plus

Mon père me demande : "Ça allait là où tu étais coincé ?"

Comment lui dire que non seulement ça allait, mais que c'était bien mieux.

Quelque chose a disparu

J'appelle la compagnie : "Je suis prête à partir où vous voulez."

On me répond : "Prenez quelques jours."

J'appelle tous les jours et je suis de retour à l'aéroport jeudi.

Il est vide.

Silencieux. C'est un endroit différent.

J'arrête les quelques passagers pour leur dire :

"Merci de continuer à voler."

Allô. Ici Gander Académie. Beulah Davis à l'appareil.

Que puis-je pour vous ?

Il est mort.

C'est fini.

Oh non !

Je suis vraiment désolée, Hannah.

Tellement désolée.

Vous êtes là

Quand tout s'arrête

À la fin du monde

Vous êtes là

Au bord de l'océan

Là où l'histoire s'arrête

Là où rivière et océan se rencontrent

- Ici - Quelque chose a disparu

- À travers l'Atlantique - Quelque chose est fini

- Au bureau - À l'aéroport

À la maison

- Sur une île - Quelque chose est né

- En classe - À la gare

En voiture

- Où que vous soyez - Quelque chose a disparu

Vous êtes là

Quand le conseil municipal de Gander déclare la fin de l'état d'urgence,

ça veut dire que tout revient à la normale.

- Garth. - Claude.

- Écoutez. - Écoutez.

- Mettez-vous à ma place. - Mettez-vous à la mienne.

- On vient négocier ! - Mais nous aussi !

Bon sang !

- Bonjour, Crystal. - Monsieur le maire.

- Un Pepsi ? Oui. - Oui.

- Bonjour, Dwight. - Bonjour, Claude. Garth, Crystal.

Claude, Crystal, Dwight, Garth. Bonjour.

- Bonjour. - Bonjour, Janice.

- Janice. - Janice.

- Janice. - Janice.

- Quoi de neuf ? - La grève continue ?

- On vient négocier ! - Mais nous aussi !

- Ils démolissent l'aéroport ? - Pas aujourd'hui.

M. le maire, j'ai vu votre voiture sur le parking.

Vous devriez aller à la mairie.

On a ouvert la boîte à idées.

Quand la banque a eu fini de convertir les différentes monnaies,

les gens avaient donné plus de 60 000 $.

Pendant des mois, les passagers ont envoyé des fleurs, des chocolats…

Toutes sortes de choses.

Les cartes et les lettres arrivaient de partout.

"Chère Mme Beulah,

quand ma fille me demande ce qui s'est passé pendant ces cinq jours,

je lui parle de votre gentillesse.

Merci encore. Sincèrement, Ali.

PS : Envoyez-moi la recette du poisson au fromage."

Ralph, le cocker, est devenu champion dans des concours canins.

Unga, la femelle bonobo est bien arrivée au zoo de Columbus.

Peu après, elle a eu un bébé qu'ils ont appelé Gander.

Tom Brokaw m'appelle. Tom Brokaw.

Il fait un documentaire, comme j'étais la seule journaliste présente,

je suis la seule à avoir des images.

Tom Brokaw.

C'était ma chance,

mais je n'aimais pas mettre mon micro devant les gens

quand ils étaient en souffrance, je suis restée à Gander.

J'y suis encore aujourd'hui, pour le 10e anniversaire.

Je suis en direct de Terre-Neuve pour la BBC.

- CBC. - CTV.

Al Jazeera.

Pour Rogers TV, ici Janice Mosher, le 11 septembre.

2011.

La ville se remplit à nouveau de gens venus d'ailleurs.

Pour ce dixième anniversaire, venus des quatre coins du monde,

nous retrouvons les passagers.

- Un, deux… - Un, deux, trois, quatre !

Bienvenue aux amis Venus d'ailleurs

- Hé ! - Bienvenue aux habitants

- Qui avaient promis de rester - Hé

Que vous veniez de Toledo Ou que vous veniez de Taipei

- Nous venons de partout - Nous venons tous d'ailleurs

- Bienvenue sur le rocher - Je suis un insulaire

Je suis un insulaire

Je suis un insulaire Je suis un insulaire

Je suis un insulaire Je suis un insulaire

Je suis un insulaire Je suis un insulaire

Bienvenue sur notre île Avec ses criques et ses baies

Vous pouvez continuer à l'est Mais vous tomberez sur l'océan

Ici, tout est organisé Mais rien ne se passe comme prévu

Les plus souls dans la pièce Sont ceux du groupe

Bienvenue sur le rocher

Avec la nouvelle sécurité,

l'accès au cockpit est interdit aux enfants.

Bien sûr, pour mon dernier vol,

je fais venir ma famille dans le cockpit sur le trajet pour Gander.

Je reviens avec l'argent que nous avons récolté,

plus d'un million de dollars.

Je sors le whiskey et nous portons un toast.

Pour Nick et moi, une relation à distance ne marchait pas.

Je me suis installé au Texas et j'ai demandé sa main.

On a fait notre lune de miel à Terre-Neuve.

- Mon nouveau secrétaire est Robin. - Salut.

Tous les ans, le 11 septembre, je ferme mon bureau

et je donne 100 $ à chaque employé pour être généreux avec des inconnus.

C'est ma façon de me remémorer ce jour-là.

Beulah et moi sommes toujours en contact.

Elle est venue me voir à New York.

Je l'appelle quand j'entends une blague idiote.

Beulah, pourquoi les Terre-Neuviens sont nuls aux blagues toc-toc ?

Je ne sais pas, Hannah.

Essaye. Je fais la Terre-Neuvienne.

Toc-toc.

Entrez. La porte est ouverte.

Le don qui nous honore le plus est arrivé aujourd'hui.

Il mesure quatre mètres et pèse 1,2 tonne.

Terre-Neuve est le seul endroit en dehors des États-Unis

à avoir le même acier qu'au World Trade Center.

Au nord-est de l'Amérique du Nord, sur l'île de Terre-Neuve,

se trouve un aéroport.

À côté se trouve la ville de Gander.

Ce soir, nous honorons ce que nous avons perdu.

Et nous célébrons ce que nous avons trouvé.

Vous êtes là

Là où tout commence

Aux confins du monde

Là où rivière et océan se rencontrent

Ici

Au bord de l'Atlantique

Sur une île entre

- Ici et là - Je suis un insulaire

- Je suis un insulaire, un insulaire - Ici et là

Je suis un insulaire Je suis un insulaire

- Je suis un insulaire, un insulaire - Ici et là

Je suis un insulaire Je suis un insulaire

Je suis un insulaire Je suis un insulaire

Bienvenue dans le brouillard

Bienvenue dans les arbres

Un bisou et une morue Et ce qu'il y a entre les deux

Ceux qui sont partis Ne nous quittent jamais

Une bougie à la fenêtre Une bouilloire toujours allumée

Aux criques et aux grottes Aux passagers des avions

- Cinq jours. - 19 animaux.

7 000 passagers bloqués.

Quand le soleil se couche Et qu'il fait plus noir qu'avant

Si vous cherchez un havre Vous trouverez une porte ouverte

En hiver, sur l'eau À travers les obstacles

À ceux venus d'ailleurs

Nous vous disons bienvenue

Bienvenue, bienvenue Bienvenue, bienvenue

Bienvenue sur le rocher !

Bienvenue aux habitants Et aux gens venus d'ailleurs

À CEUX QUI NOUS ONT OUVERT LEURS CŒURS

ET NOUS ONT PRÊTÉ LEURS HISTOIRES

Mon arrière-grand-père A échoué son bateau sur ce rocher

Le paradis et l'enfer importent peu Car je suis coincé ici

Bienvenue sur le rocher Bienvenue à Terre-Neuve

C'est plus loin de Manhattan Que de l'Irlande

Ce n'est l'homme qui fait l'île Mais l'île qui fait l'homme

Surtout quand il s'agit d'une île Comme Terre-Neuve

Je suis un insulaire Je suis un insulaire

Je suis un insulaire Je suis un insulaire

Je suis un insulaire Je suis un insulaire

Je suis un insulaire Je suis un insulaire

Découvrez la météo La plus dingue qui soit

Tout le monde est gentil Mais il ne fait jamais beau

Il fait moite ou il bruine C'est boueux ou il pleut

Quand il fait enfin beau C'est qu'il va bientôt faire mauvais

Bienvenue sur le rocher Bienvenue à Terre-Neuve

Où les plus souls dans la pièce Sont ceux du groupe

Ici, c'est tout sauf Disneyland

Fish and chips et naufrages C'est Terre-Neuve

Bienvenue Là où l'hiver a voulu nous tuer

- On a rétorqué - On ne mourra pas

Bienvenue Là où l'eau a voulu nous noyer

- On a rétorqué - On ne se noiera pas

Bienvenue Là où on a perdu nos proches

- Et on a rétorqué - La vie doit continuer

Bienvenue Là où le vent a essayé de souffler

Et où on a refusé

En hiver, sur l'eau Et malgré le vent

Si un inconnu frappe à notre porte

Nous l'accueillons

Nous l'accueillons

Je suis un insulaire

Bienvenue aux morues Aux arbres et au brouillard

Aux ferries, aux fruits rouges Et aux pêcheries en faillite

Aux soirées en l'honneur De ceux qui sont partis

Dans nos cœurs Nous savons que jamais

Vous n'oublierez ce paradis Où tout a commencé

À ceux venus d'ailleurs Pour qui la chance a tourné

Nous sommes pauvres Mais nos richesses sont ailleurs

Aux filles de St John Aux voiles déroulées

À nos amis du bout du monde Nous disons

Bienvenue sur le rocher

À LA MÉMOIRE DE HOWELL BINKLEY

Sous-titres : Audrey Prieur-Drevon

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