Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Arabic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Croatian
Czech
Danish
Dutch
English
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
Frisian
Ga
Galician
Georgian
German
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Brazil)
Punjabi
Quechua
Romanian
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkish
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
L'AFFAIRE MATTEI
Milan, 27 octobre 1962.
A 18h58, l'avion d'Enrico Mattei, président de la Société
nationale des hydrocarbures,
s'est écrasé près de Bascapé.
Ont perdu la vie avec Mattei le pilote, M. Bertuzzi,
et le journaliste William Mc Hale.
Ce bruit était inhabituel.
Il pleuvait, mais ce n'était pas une tempête.
- Qu'avez-vous fait alors ? - Ce que j'ai fait ?
Je suis sorti de la maison en courant. Le ciel était en feu.
Ça brûlait comme un feu de joie
et des étincelles volaient partout.
Au début, j'ai cru à un incendie, puis j'ai vu que c'était un avion.
- Vous avez couru vers lui. - J'ai mis mes bottes et j'ai couru.
Mais les flammes étaient très hautes.
India Alpha Papa, ici Linate, vous me recevez ?
India Sierra Novembre Alpha Papa, Linate.
India Alpha Papa, ici Linate.
India Sierra Novembre Alpha Papa, vous me recevez ? A vous.
India Sierra Novembre Alpha Papa, ici Linate, vous me recevez ?
Pas de réponse. Urgence ! Envoyez les équipes de secours !
Pompiers, formez des équipes de secours, appelez les ambulances.
Les flammes étaient si hautes. Il était difficile d'approcher,
..alors je suis allé appeler. - Qui est arrivé le premier ?
Il y avait beaucoup de monde, j'ai appelé la police et ils sont venus.
Il y avait des flammes partout. - Les autorités sont venues ?
Bien sûr.
Il s'est écrasé près de Bascapé, on a eu l'appel de la police.
Ils ont été alertés par un paysan.
Mme Mattei !
L'ingénieur a eu un petit accident.
Non, Enrico est mort.
Oh non ! Ce n'est qu'un accident.
Reculez-vous !
Veuillez vous écarter de notre chemin.
- Enrico, tu te sens mal ? - Non, ce n'est rien.
Retourne te coucher, j'arrive dans un instant.
Pourquoi es-tu si inquiet ?
- C'est cette lettre ? Fais-moi voir. - Ce n'est que des menaces.
S'il te plaît. Retourne au lit.
S'il vous plaît, laissez-nous ! Poussez-vous ! Mme Mattei !
Regardez par ici s'il vous plaît !
- ENI. Puis-je vous aider ? - C'est pas sûr.
Monsieur Mattei est mort
Libérez la ligne s'il vous plaît. ENI. Puis-je vous aider ?
Veuillez attendre. La télévision prépare..
.. une déclaration pour le journal de nuit.
- La vallée Padane, vous la convertissez en une sorte de...
Il n'y a pas beaucoup de pétrole à Cortemaggiore , on en espérait plus,
mais il y a beaucoup de méthane.
Dans chaque foyer, du golfe de Gela aux collines de la Basilicate.
Le plus pauvre de tous les Italiens
vivait autrefois dans ce malheureux pays.
Mais dans toute cette zone, l'ENI a trouvé du méthane.
Bientôt ces découvertes provoqueront la transformation
d'une terre où, pour ses habitants, le Christ n'est pas encore arrivé.
Pour Enrico Mattei, le pétrole n'est qu'un passe-temps,
son vrai métier c'est ça, la pêche.
..Il a fondé l'ENI, Ente Nazionale di Idrocarburo, en 1953...
pour promouvoir l'intérêt national...
Bonjour ! Oui ?
New York en ligne.
Il allait à Milan dans l'avion de Mattei
C'est tout ce qu'on sait.
Puis il a changé d'itinéraire.
Ils pensent qu'à première vue c'était un sabotage.
Je pars pour Milan immédiatement !
Je sais combien vous l'appréciiez.
Oui Excellence, il sera difficile à remplacer.
Il était de Sicile
Je me souviens qu'avant de partir,
il a reçu un coup de téléphone bizarre.
Je dois vous informer d'un problème grave.
Pendant la nuit, il y a eu un sabotage à l'aéroport de Gela.
Vous êtes sûr que c'est du sabotage ?
C'est l'avis des techniciens de la police.
Il faudrait demander une protection à votre arrivée.
Je ne veux pas contacter le ministère de l'Intérieur.
C'est déjà trop inquiétant.
S'ils veulent me tuer, qu'ils me tuent.
Il y avait à manger pour cinq chiens, ils n'étaient que deux.
Soudain, on a entendu un miaulement. Je me retourne et je vois un chaton.
Grand comme ça.
C'était un de ces chats faibles, affamés et faibles.
Il avait très peur et très faim.
Il s'approche lentement, surveillant les chiens,
qui, heureusement, n'avaient rien vu.
Il a finalement atteint le bol et émis un petit miaulement,
Il a posé une patte au bord du bol.
Un des chiens l'a attrapé et l'a envoyé voler à 3 ou 4 mètres.
La colonne vertébrale brisée, il a survécu quelques minutes
puis il est mort.
Cet épisode m'a beaucoup marqué
et je m'en souviens toujours, surtout ces jours-ci.
Ce que je veux dire, c'est que toutes ces années, nous avons été les chatons,
à devoir lutter contre des intérêts multiples et importants,
On a été très critiqués,
on s'est limités à travailler, à se fortifier,
essayant de ne pas être écrasés.
L'attaque devait nous couler ou nous écarter du chemin.
Non, on ne sort pas ça, comme si on voulait encourager
la critique anti-américaine.
Quoi qu'il en soit, avec le temps,
le chaton s'est transformé en tigre.
Un tigre de papier ferait mieux.
Si on l'avait laissé faire, il aurait coulé la démocratie en Italie.
Qu'avez-vous vu ou entendu exactement ?
- Il y a eu une explosion dans le ciel. - Où étiez-vous ?
À la maison. En regardant par la fenêtre...
..on a vu de grandes flammes.
- Alors c'était dans le ciel. - Oui.
- Vous avez d'abord entendu une explosion. - Oui, après nous avons vu les flammes
qui sortaient de terre. on a cru qu'une botte de foin brûlait.
Vous êtes allés sur les lieux.
Oui, et on a vu alors que c'était un avion en feu.
- Quel est votre nom ? - Carlo Veloni. J'habite à Bascapé.
Il y avait plein de gens qui regardaient.
En arrivant, j'ai vu un gant.
Il y avait une main dedans
- Une main ? - Oui. - Elle était où ?
Près d'un arbuste, à presque 40 mètres de l'avion.
Vous aussi madame, êtes arrivée juste après l'accident.
Nous sommes arrivés tout de suite.
Qu'est-ce qui a attiré votre attention ?
On sortait de la maison pour aller au bar regarder la télévision..
- Vous étiez avec qui ? - Mon mari, un ami et moi,
On a d'abord entendu une explosion, puis on a vu un éclair.
- D'où venait cet éclair ? - De l'endroit de l'explosion..
- Depuis le ciel ou de la terre ? - Il avait l'air de monter...
- Je veux dire l'éclair. Il était où ? - Il semblait monter, parce que…
- Ce sont des morceaux de la queue ? - Non, c'est le cockpit par ici.
- Le reste est par là. - Dans les peupliers ?
Oui, c'est là qu'on a trouvé la queue et d'autres morceaux.
Il y aurait quelqu'un de plus précis ?
D'abord j'ai vu de la fumée et j'ai entendu une explosion,
et j'ai couru sur les lieux.
- Quel est votre nom ? - Giuseppe Gamberini.
Au début... J'ai pensé que c'était une bombe.
Puis j'ai vu que c'était un avion...
..J'ai vu une veste sur un arbre..
..et plus tard on a appris que c'était Mattei.
Au début on ne savait pas qui c'était.
Alors j'étais avec lui.
Vous étiez donc ensemble.
Près du fossé, j'ai vu un bras avec la montre de M. Mattei.
Dans les arbres il avait une veste, un imperméable
et des morceaux de l'avion.
Un journaliste américain, pour vous.
Janeth, c'est Donald, on ne trouvera rien..
..il y a des morceaux partout.
le curé ne bénit que des kilos de chair et d'os.
New York a appelé. la nouvelle a déjà été diffusée,
ils veulent savoir qui était Enrico Mattei en 500 mots.
Tu vois, mort, Mattei ne vaut que 500 mots.
15 ans d'enquête ont amené le problème
du pétrole de la vallée du Pô à un autre niveau,
enfin, les perspectives d'avenir semblent prometteuses.
Signature : ingénieur Ferrari.
Le gisement est, en volume, plus important
que ce qui fut envisagé avant.
Près de 30 kilomètres. Et 3 kilomètres de large.
Sur la base des données actuelles, de grands espoirs sont justifiés.
- Bonjour. - Bonjour. Le domicile de Mr Ferrari ?
- Oui, qui êtes-vous ? - Vous êtes sa femme ?
- Qui parle ? - Enrico Mattei, commissaire de l'AGIP.
- Mon mari n'est pas là. - Pouvez-vous le trouver, Mme.
..Je dois lui parler. - Il n'est pas à Milan. Je ne sais pas où il est.
Ne craigniez rien, ce n'est pas pour des raisons politiques.
Je ne sais vraiment pas où il est.
Essayez de le trouver.
Appelez-moi à mon bureau, à l'AGIP, rue Moscova.
J'ai déjà dit que je ne sais pas où il est.
Je vais l'attendre pendant deux heures.
- Allô. Ingénieur Ferrari ? - Qui êtes-vous ?
On ne se connaît pas. En fait je vous remplace depuis quatre mois.
- Allô ? Allô ? - Oui. Dites-moi !
J'ai lu un de vos rapports.
Je dois vous voir tout de suite.
Il est trois heures du matin, ça ne peut pas attendre demain ?
Je dois vous voir immédiatement. Pouvez-vous passer au bureau ?
Je ne préfère pas.
Si on se retrouve Piazza del Duomo ça vous conviendrait ?
Le Ministère de l'Industrie veut liquider l'AGIP et la vendre au privé.
Je m'y suis opposé.
J'ai trouvé une confirmation de ce que je pensais...
dans votre rapport et je voudrais tous les détails.
Si vous le souhaitez, je suis à votre disposition.
Êtes-vous sûr de tout ce que vous avez écrit ?
M. Mattei, l'étude a été menée par un groupe de techniciens.
Je n'étais pas seul.
Tout est vérifié.
- Cette équipe, ces techniciens... - Oui ?
Peuvent-ils, ensemble, m'écrire une note détaillée,
et me la signer ?
Pour ce qui me concerne, absolument.
Alors allons-y.
Voilà le puits.
L'année dernière, le 20 février,
ce puits, le numéro 1, a révélé la
présence de méthane à 140 atmosphères.
On s'est arrêtés à 1400 mètres de profondeur.
Je pense que ce gisement est énorme.
J'ai décidé de ne pas informer les autorités militaires et de tout arrêter.
A l'époque, les Anglo-Américains avançaient vers le Pô.
Et ils ont parfois mitraillé de petites installations comme celle-ci.
Il m'a été facile de convaincre les Allemands qu'il fallait
démanteler la tour de forage.
Ensuite, les paysans ont aidé à cacher
les pièces parmi les machines agricoles.
Elles se camouflent bien.
Regardez, celle-là est encore où je l'avais mise.
On l'a tirée ici. Qui sait ce qu'on en fera.
Continuons.
- Et avec les Allemands ? - Ils n'ont rien compris.
J'ai gardé un flux de gaz, juste assez pour remplir quelques camions.
Comment un homme comme vous a-t-il pu suivre les fascistes ?
Je suis un technicien, pas un politicien.
Bien sûr, bien sûr.
Mais vous avez adhéré à la République de Salo.
Voulez-vous revenir à l'AGIP et travailler pour moi ?
Je ne sais pas si c'est possible. On a tous subi l'épuration.
Ne vous en faites pas. L'épuration, je m'en occupe.
- Qui êtes-vous ? - Vous le demandez ? Et vous ?
- Je suis le commissaire de l'AGIP. - Désolé, je devais demander.
Il y a toujours des gens qui rentrent...
Vous faites bien. Je suis Enrico Mattei.
J'ai entendu parler de vous. Enchanté. Stabellini.
Comment ça va ? On préférerait rester à la maison, non ?
- Que vous dire ? - Et les ouvriers ?
Ils sont là tous les matins, et passent le temps à jouer aux cartes.
..il n'y a rien à faire.
- Et la paye ? - Rien depuis deux mois.
- Tout ça va changer. - J'espère, on a besoin de vous.
À plus tard. C'était un plaisir Stabellini.
Je ne demande pas grand-chose. Je n'ai besoin que d'un million.
Vous n'avez pas de garantie à offrir à la banque.
L'AGIP ne vous suffit pas ? C'est une entreprise d'État.
- Mais ils veulent la liquider. - Pas moi ! Nous verrons.
Je suis surpris. Voulons-nous garder un héritage fasciste ?
Quatre petits puits ridicules !
Le bluff du méthane était de la propagande de Mussolini.
Qu'importe le vent qui souffle sur notre pays,
vous restez derrière le même bureau.
Dans votre bouche, ces mots ont-ils bien leur place,
permettez-moi de vous le dire.
Alors Mattei, que je ne dirais pas désespéré,
mais qui cherchait tous les appuis possibles, est venu à Rome.
Pour Mattei, le gouvernement de Rome était représenté
par son ami Parri qui a fini Président du Conseil.
Je dois avouer que cela n'a pas été facile pour moi.
J'avais une responsabilité gouvernementale.
Les alliés nous pressaient, usant de
leur autorité, qu'on ne pouvait ignorer.
Nous avons dû supporter un armistice coûteux.
Je représentais un pays qui
était traité comme un pays vaincu
et qui devait se plier aux lourdes conditions de l'Armistice
qui influaient sur chacune de mes décisions.
Tant qu'on n'avait rien trouvé, il n'était pas injuste de dire que
les trépans ne creusaient que dans les ressources de l'État.
Mais maintenant, nous savons
qu'il y a un énorme gisement de méthane à Caviaga.
L'Italie ne s'est pas industrialisée comme le reste de l'Europe
parce qu'elle manquait de fer et de charbon.
Le méthane remplace le charbon, et peut changer le visage de l'Italie !
D'autre part, comment pouvions-nous être sûrs que
c'était une bonne idée de ne pas la liquider ?
Ou qu'il n'aurait pas été préférable d'adopter l'autre idée
soutenue par les libéraux du gouvernement,
qui étaient en principe contre
ces concessions faites dans le passé qu'ils considéraient,
comme je l'ai dit, parasitaires.
Je sais tout ça, j'ai parlé à tout le monde.
Ils ont tort parce qu'ils ne connaissent pas le problème.
Ils répètent ce qu'ils lisent dans les journaux, mais les journaux
défendent certains intérêts.
Pourquoi Esso veut-il la concession de toute
la vallée du Pô s'il n'y a rien ?
Pourquoi Edison a-t-il offert 60 millions pour acheter AGIP ?
Que veulent-ils faire de ce dinosaure fasciste ?
Je te dis, moi, ce qu'ils veulent faire.
Ils connaissent la quantité de méthane et ils veulent tout.
Ils ne veulent pas de concurrence,
surtout si le concurrent est une entreprise publique.
Recherches et exploitations Chantier de Caviaga
Le gaz !
Partez ! Éloignez-vous ! C'est dangereux !
Vite, c'est dangereux !
Vas voir M. Mattei à Milan, aussi vite que possible !
Continuez, continuez.
Bonjour, continuez.
Connectez la torche.
Milan, 1947. "Distribué sur un vaste réseau de conduites,
le méthane fournira du carburant
aux industries du nord de l'Italie.
assurant la reprise et le développement de notre économie.
1948 IL PAESE Gisement de pétrole entre Piacenza et Milan.
1949 CORRIERE DELLA SERA Le pétrole italien est une grande réalité.
L'Italie a gagné la guerre du pétrole.
La fièvre du pétrole a duré 4 jours, et fait gagner des fortunes.
Puis, soudain, le clash. Tout était une arnaque.
Du méthane, oui, mais une quantité insignifiante de pétrole.
Alors pourquoi Mattei a-t-il écrit dans les journaux
avoir trouvé du pétrole à Cortemaggiore, s'il savait qu'il n'y en avait pas ?
Simple. Il voulait que les gens comprennent l'importance du méthane,
et éviter que certains industriels prennent le contrôle de la vallée du Pô.
Mais cela a provoqué une énorme spéculation !
C'était calculé. Sinon, ça n'aurait pas paru dans les journaux
Et toutes les sociétés d'État ont fait beaucoup d'argent en bourse.
L'ANIC, Civil Petroli.
Il a lui-même investi. Mais même un enfant sait cela aujourd'hui.
Ce n'est pas vrai. Les gens ne savent rien de ce que cachent les faits.
J'écris un livre sur Mattei.
Où que je mette la main, je trouve un nid de vipères.
C'est vrai. Il n'y a pas beaucoup de pétrole à Cortemaggiore.
Nous en espérions plus. Mais il y a du méthane,
beaucoup, beaucoup de méthane. C'est pour cela que je vous ai appelés.
Vous représentez l'opinion publique de notre pays.
Vous seuls pouvez faire comprendre aux gens, avec des explications claires,
que la société d'État, l'AGIP, mérite tout le crédit
d'avoir découvert cet énorme trésor que recèle notre sol.
L'État doit conserver le contrôle des richesses de la vallée du Pô
pour que la collectivité puisse en profiter.
Conformément aux lois italiennes, l'État est propriétaire de tous
les produits du sous-sol.
Il peut les exploiter lui-même ou permettre à d'autres de le faire.
- Et l'initiative privée ? - Je soutiens l'initiative privée
Mais ils doivent aller au-delà des limites de la vallée du Pô
Là où pétrole et méthane n'ont pas encore été découverts.
Ici, c'est une entreprise d'État qui a gagné le droit
de profiter seule de ce qu'elle a découvert.
Cette vallée padane est devenue comme un coffre-fort ouvert,
et il suffit d'y plonger les mains pour en sortir les trésors qu'il contient.
Cela peut changer le visage de l'Italie.
Pourquoi le contrôle des commandes s'est-il retrouvé ainsi ?
Il a dû penser être à une mauvaise altitude
Il a trop poussé le manche et l'avion est parti en vrille.
En tant que constructeurs de l'avion, cette hypothèse semble juste.
Cet avion est très sensible aux changements brusques de manœuvre
qui entraînent une perte de contrôle et une mise en vrille.
Le pilote a été très courageux.
Il a pu avoir un geste instinctif de peur, provoqué
par exemple, par une valeur inattendue de l'altimètre.
Il était fatigué, le temps était mauvais, sans visibilité en fin de vol.
On ne peut exclure la fatigue du pilote.
Trop de temps a passé depuis l'enquête,
Il a fallu reconstruire tout le processus. Nous n'excluons aucune possibilité.
Le sabotage était bien sûr notre première hypothèse.
Regardez ces photographies.
L'accident a été attribué à la perte de contrôle et mise en vrille vers la droite.
Mais il a été impossible d'en établir les causes.
Regardez, le train d'atterrissage, les freins et les volets sont à l'intérieur.
Il n'y a aucun signe indiquant une manœuvre d'atterrissage.
Il s'est mis en vrille. Cela n'arrive que si on force le manche.
Mais certains témoins disent que l'avion a explosé en l'air.
Si l'avion tombait, les ailes auraient rasé des arbres ou des branches
Mais les arbres sont tous intacts.
Les restes de l'avion se sont retrouvés dans un rayon de 400 mètres.
Cela indique qu'il a explosé en l'air.
Il n'a pas explosé en l'air. Ça ne fait aucun doute.
Aucun expert n'accepterait cette théorie.
Pourquoi la commission n'a-t-elle pas demandé des données balistiques ?
Pour quelle raison ? il n'y avait pas de traces de blessures
causées par des explosifs dans les restes des cadavres des victimes.
Et pourquoi aucun arbre n'a été touché par l'avion ?
Simplement parce que l'avion était en vrille,
il est entré dans le bois de côté, entre deux rangées d'arbres.
Il y a une autre théorie. On parle de petites quantités d'explosifs.
50 grammes de plastic dans la queue.
En allumant les feux de position, le pilote a activé l'explosif,
qui a endommagé le câble de commande.
L'avion aura tourné en vrille, comme vous le prétendez.
C'est impossible. Dans ce cas, l'explosion aurait eu lieu plus tôt.
Au coucher du soleil, les feux s'allument pour la visibilité.
Et le fermier ? Au début, il a dit qu'il l'avait vu exploser en l'air.
Ce n'est pas exact, il dit avoir vu des flammèches tomber du ciel.
L'avion explose sur terre..
et ces flammes n'étaient que des fragments qui retombaient.
Mais le fermier a donné une version différente à la commission
Et il m'a dit la même chose quand je l'ai interviewé il y a 10 jours.
Je n'ai rien vu.
Mais vous avez appelé la police en premier.
La nuit où l'avion de Mattei s'est écrasé, où étiez-vous ?
- Je l'ai déjà dit. - À qui ?
- Aux gens du gouvernement. - Bien, dites-le moi aussi.
A la ferme, il pleuvait et je devais aller chercher ma fille.
Continuons avec les diapositives
Don Sturzo.
Scelba.
Di Gaspéri.
L'ingénieur Valerio.
Sans Vanoni, derrière Mattei, tout aurait fini entre les mains d'Edison.
Où trouverait-on un acteur avec une tête pareille ?
Là c'est Vanoni. Après sa mort, Mattei l'a rapproché de différentes personnes.
Avec Fanfani, d'abord amis, puis ennemis,
puis de nouveau amis.
Comment comprendre quelque chose
à la Démocratie Chrétienne ?
Ils étaient d'abord blancs, puis rouges, puis ils réfléchissaient.
Même la princesse Gabriella, ils voulaient qu'elle tombe dans le labyrinthe.
Rosi, Palerme au téléphone, c'est le journaliste Di Mauro.
Pour avoir son pétrole, Mattei aurait marié le Shah de Perse
à la princesse de la maison de Savoie.
Même les Jésuites étaient d'accord.
Salut Di Mauro, comment tu vas ? J'ai un travail pour toi.
On fait un film sur Mattei. Il faut la reconstitution de ses deux
derniers jours en Sicile avant sa mort.
Les gens qu'il a vu, les lieux visités, ses discours.
D'accord, j'ai compris, pas besoin de continuer.
Ça ira très bien puisque mon journal m'a envoyé
interviewer le fermier où il a fait son dernier discours.
Parfait. A bientôt donc.
Montrez-moi la diapo de ce magnat du pétrole américain.
Celui qui a rencontré Mattei à Monte-Carlo, en 1960 je crois.
Vu la situation du marché international, nous pensons que vous,
les Italiens, devez augmenter vos prix.
En raison de la situation sur le marché international
nous, les Italiens, devons augmenter le prix de manière significative.
Dis-lui que c'est le contraire de ce que je dois faire.
Comme directeur d'une entreprise d'État, je me dois d'offrir à mon pays
un produit au prix le plus bas possible.
M. Mattei pense qu'il doit maintenir
ses prix au plus bas niveau possible.
Non, écoutez, essayez d'être clair, peut-être qu'ils ne comprennent pas.
Dites-leur qu'en Italie, nous décidons de notre politique de prix.
Et que l'ère du chaton est révolue.
Mr Mattei, ce ne sera pas facile de leur expliquer l'histoire du chaton.
Allez, c'est une jolie histoire. C'est aussi un exemple clair
M. Mattei veut que je vous raconte une histoire
qui représente notre situation.
Deux chiens agressifs mangent dans une seule assiette et un
chaton s'approche pour manger et l'un des chiens, tout à coup,
le jette, brisant sa colonne.
Nous pensons avoir été le chaton trop longtemps, nous devons
sortir de scène ou grandir.
Nous ne voulons plus être le chaton.
Allez.
Nous n'avons pas l'intention d'utiliser votre oléoduc vers la Bavière.
Il dit qu'ils n'ont pas l'intention d'utiliser notre oléoduc vers la Bavière.
Mais que feront-ils ?
Construire le leur depuis Marseille.
- Pardon mais qui vous a dit ça ? - Ils m'ont d'abord interrompu.
- De Marseille ? - De Marseille.
Et je ne comprend pas cette langue. C'est un désastre.
Je dois vous parler directement, pardonnez-moi.
- Comprenez-vous l'italien ? - Oui.
Notre oléoduc est direct : Vallée padane, Suisse, Allemagne.
Si vous partez de Marseille ça fait un circuit très long,
Où est l'intérêt ? Pourquoi ne pas utiliser le notre ?
C'est politique. De la vengeance. Notre oléoduc est moins cher.
Il dit que le sien est plus direct et économique.
Demandez-lui pour la Tunisie.
Nous voulons savoir ce que vous comptez faire en Tunisie.
Je veux construire une raffinerie, avec le gouvernement Tunisien.
Il dit qu'il veut construire une raffinerie
en collaboration avec le gouvernement tunisien.
- Non - Vous ne pourrez pas. Nous construirons
la raffinerie en collaboration avec d'autres entreprises pétrolières.
Pourquoi ne lui demandes-tu pas si, au lieu de deux partenaires,
il ne pourraient pas être trois ?
M. Mattei dit cela parce qu'il ne le considère pas comme un partenaire.
Je ne traite pas avec des vendeurs de pétrole, mais avec des pétroliers.
Qu'a t-il dit ? Dis-moi !
Il a dit que vous êtes un vendeur, pas un pétrolier.
On ne parle pas de la raffinerie.
Allez, on arrête là. Mais dis-lui bien ceci :
il se souviendra de cette réunion pour le reste de sa vie.
Parole de Enrico Mattei, dis-lui !
J'ai peur que ce soit la fin. Adieu messieurs.
Il faut leur rappeler que nous ne sommes pas faibles.
Avec la guerre, l'Italie a perdu ses colonies. Beaucoup pensaient que
c'était une honte. Je pense que c'est un avantage.
C'est pourquoi nous sommes les bienvenus en Iran, Tunisie, Maroc, et ici en Russie.
La France devrait aussi renoncer à son passé colonial et
échapper à la tutelle du cartel pétrolier international.
Ah, les Sept Sœurs !
Quand on parle en France, au général de Gaulle, on dit que vous êtes un
ennemi dangereux qui cherche à nuire
aux intérêts français en Algérie et dans le monde arabe.
Je suis italien et non français.
Je représente mon État, et mon devoir est de promouvoir une politique en
accord avec nos intérêts nationaux.
Il nous faut le pétrole arabe.
Pour l'Algérie, vous n'avez pas de soutien arabe.
On ne peut donc pas partager votre point de vue sur l'Algérie.
Ils vous accusent de vous immiscer dans le jeu politique international
surtout en Afrique du Nord, avec l'excuse que le pétrole est là.
S'occuper de pétrole c'est faire de la politique.
De la politique étrangère.
C'est le monopole des pétrolières américaines qui a eu
ces conséquences pour notre entreprise.
On parle d'une guerre du pétrole. Je n'ai pas inventé cette expression.
Nous savons tous que le pétrole sous le Sahara est la véritable cause
de la tragédie algérienne.
Dans laquelle vous êtes impliqué. Les armes de l'Algérie seraient...
On dit tant de choses. Si vous voulez mon avis,
L'Algérie a droit à son l'indépendance.
C'est qui ? Que veulent-ils ?
Des Yougoslaves. Ils veulent que nous atterrissions.
On ne peut pas. J'ai un rendez-vous urgent à Rome.
- Avons-nous la permission de survol ? - Non !
- Alors il faut atterrir. - Dis-leur qu'on n'a pas le temps !
Je l'ai fait, mais on est déroutés sur Belgrade.
Dis-leur qu'on ne peut pas atterrir !
Enrico Mattei ici, je n'atterrirai pas.
Appelez le ministre Rancovic, c'est mon ami. C'est urgent !
Il est urgent pour moi de continuer.
Oui, oui, je les vois, Merci. Nous y allons.
Vous formez des partenariats avec des Arabes. Au lieu d'être avec
les Américains qui ne voulaient pas de moi, je suis avec les Arabes.
C'est un crime de ne pas prendre tout le pétrole, comme vous le faites,
et de leur en laisser la moitié ?
Mais vous payez plus aux Arabes, 75%,
alors que les entreprises internationales ne paient que 50 %.
Si ENI créait une société commune, par exemple avec Esso,
que se passerait-il ? Nous paierions 50 % d'impôts aux Arabes.
Nous partagerions les 50 % restants. ENI gagnerait la moitié de 50 %,
soit 25 %, c'est ce que nous avons maintenant.
Donner 75 %, c'est comme donner une redevance aux Arabes.
déformer la structure de l'industrie pétrolière mondiale en
nuisant aux intérêts de l'Occident.
Les compagnies pétrolières ne sont pas l'Occident.
Ce sont des sociétés qui veillent à leurs seuls intérêts. C'est tout.
Si on admet que ces entreprises travaillent pour l'Occident,
cela signifierait-il que l'Occident veut une Italie de second rang ?
Ou voulez-vous que les pays producteurs restent sous-développés ?
Je n'aime pas un Occident qui ne comprend pas que les pays
producteurs font partie du tiers-monde,
un tiers monde qui se révolte.
Les grandes entreprises arrêteront-elles ces révoltes ?
- Vous les arrêterez ? - Non, je n'ai pas dit ça.
Je dis que le seul moyen, non pour les arrêter, mais pour les éviter
c'est considérer le tiers monde comme
un monde d'hommes, et pas d'êtres inférieurs.
Je pense comme ça.
Je veux travailler avec les pays producteurs.
Contrôler ensemble le pétrole qu'on extrait.
S'asseoir à la même table, partager les
mêmes espoirs et les mêmes responsabilités.
Qui est le plus occidental, si "occident" n'est qu'un nom géographique ?
Moi, ou les grandes entreprises ?
Écoutons ce que donne cette interview.
M. Mattei, le magazine Time veut vous attribuer la première page.
Un article complet sur votre travail et votre vie.
Présentez-vous aux Américains.
Je suis né pauvre dans un village des Marches au centre de l'Italie.
Mon père était sergent de police et il a capturé un criminel très célèbre
en Italie, Brigante Musolino.
Mon enfance fut celle d'un homme pauvre, à la vie difficile.
J'ai fait de petits boulots à Naples dans un restaurant qui s'appelle Teresa.
A 14 ans, j'ai travaillé dans une fabrique de lits, puis dans une tannerie de cuir.
A 20 ans, je suis devenu directeur de cette entreprise.
J'ai déménagé à Milan et j'ai installé mon usine.
C'était dur. Je ne parle pas anglais, mais comme disait mon
père, je suis un selfmedemen.
N'oubliez pas d'écrire que pour Enrico Mattei, le
pétrole n'est qu'un passe-temps. Son vrai travail, c'est ça, pêcher.
Les compagnies pétrolières ont assumé des tâches et des responsabilités
qui devraient rester exclusivement du ressort des États-nations.
De moins en moins l'expression d'une oligarchie restrictive,
de plus en plus l'expression de ce développement économique
et du bien-être de la société,
l'État moderne assume ses responsabilités dans le domaine économique,
propose des objectifs coordonnés dans le cadre d'une politique de développement.
L'œuvre des sept sœurs est menacée par une maladie incurable.
Il est désormais possible de remplacer l'ancien système colonialiste
par un nouveau type de relations, basé sur la collaboration directe
entre pays producteurs et pays consommateurs.
Pour qui ce Mattei se prend-il ?
il veut rompre l'équilibre mondial
ce que même une guerre ne pourrait accomplir.
Bien-sûr, bien-sûr.
Malgré le ton prudent du rapport d'accident, je ne pense pas que
l'accident dans lequel Mattei est décédé a été provoqué.
Je dois souligner qu'une importante personnalité
d'une des principales compagnies pétrolières américaines,
m'a dit deux ans avant la mort de Mattei,
qu'il ne comprenait pas pourquoi personne n'avait encore tué Mattei.
Extrait du livre "Pétrole et pouvoir" de Paul H. Frankel.
Monsieur le Ministre, vous êtes chargé de vérifier
l'activité industrielle et les participation publiques.
Vous êtes l'homme qui doit, de par la loi, contrôler ce
phénomène anormal qu'est un État dans l'État.
Ce phénomène s'appelle Enrico Mattei.
Chers collègues journalistes, vous êtes ici non pour juger,
mais aussi pour poser des questions.
Voici la question. Parlons, monsieur le ministre,
des activités secrètes de cet homme devenu maître de l'État
Il contrôle l'information,
la bureaucratie et finance les partis,
utilisant pour ses propres intérêts les services secrets de l'État.
Il a son propre journal, payé par l'État.
Il donne des ordres aux ambassadeurs, aux ministres..
Vous me forcez à expliquer ici l'histoire longue
de l'intervention publique dans l'économie de l'État moderne.
Ce n'est pas l'endroit.
La vérité est qu'aujourd'hui, les entreprises publiques
ressemblent aux entreprises privées
avec lesquelles elles sont en concurrence.
Mais rassurez-vous, n'effrayez pas vos lecteurs inutilement,
le ministre contrôle toute cette activité.
Nous voulons savoir ceci :
Est-il vrai que Mattei a contracté des dettes pour 650 milliards de lires,
qui vont vite atteindre 1 000 milliards ?
Ne pensez-vous pas que cet empire, ce bras économique de l'État
peut soudainement s'écrouler ?
Cette activité que vous décrivez de façon si romanesque,
s'effectue conformément à toutes les lois en vigueur.
L'ENI suit les directives du gouvernement et est contrôlée par le parlement.
Mr le Ministre, il y a quelques semaines j'écrivais une chose grave et précise :
Les comptes d'ENI doivent être contrôlés par la police et la justice
Un ministre, votre partenaire au gouvernement, a avoué en privé :
"Je ne veux pas aller en prison à cause de Mattei"
Soyez plus concis.
J'ai rendu cette déclaration publique, le ministre n'a pas démenti.
Votre question !
Pourquoi ne réagissez-vous pas, vous, le responsable des comptes ?
Je ne l'ai pas lue. Si je l'avais lue, j'aurais répondu
comme je le fais maintenant.
Ces comptes sont soumis au parlement et minutieusement examinés.
Tous les partis, même ceux de votre bord, sont libres de faire
toutes les critiques ou les objections.
Sur les vrais comptes ou sur les faux ? La complicité..
Passe-moi le ministre.
Tous les partis sont inclus dans la participation de l'État Mr le Ministre.
Vos insinuations ne sont pas nouvelles, on les a entendues dans près
de cinq cents interpellations au gouvernement au
Parlement l'année dernière.
Beaucoup n'ont pas reçu de réponse. Dites-le aussi.
Je regarde. C'est juste ridicule
Pourquoi, qu'est-ce qui est mauvais ?
Dois-je t'expliquer quoi répondre à ces gens ?
Tu as oublié le seul discours politique qui compte.
- Je l'ai fait. - Non, non, non.
Tu n'as pas dit que la mission d'un organisme public est d'intégrer
et de remplacer les entreprises privées lorsqu'elles sont inopérantes.
- Je l'ai dit - Quand ? Quand ?
Personne ne t'écoute ! On dit la même chose depuis des années !
Et toi, au meilleur moment, tu ne dis rien !
Tu sais comment sont les débats à la télé.
Tu aurais pu les noyer sous un tas de chiffres.
- Ce n'était pas une question de chiffres. - Oh que si. Assez de chiffres
pour les stupéfier. C'était le seul moyen de les faire taire.
- Mais c'est ton travail. - Oh non ! C'est le tien,
sinon à quoi sers-tu ? Tu fais de la politique ? C'est de la politique !
- Content que ça vous ait plu. - Tu pensais que je n'en dormirais pas de la nuit ?
- J'avoue que je le pensais. - Tu pensais que j'aurais des ennuis.
Je suis incapable de vous causer des ennuis.
Admettez que je ne vous ai jamais sous-estimé.
Pourquoi ne viendrais-tu pas me voir à l'ENI demain matin !
Demain matin ? Pourquoi ? Pour m'annoncer votre inévitable vengeance,
ou m'inviter à pêcher la truite ?
Combien de voitures de service sont-elles attribuées aux cadres ?
- Une vingtaine. - Je veux une réponse précise.
Vingt à Rome ou dans toute l'ENI d'Italie ?
À Rome. Pour l'Italie, je dois vérifier. Probablement une centaine.
Bien.
À partir de demain, le service est supprimé.
- Comment ça, supprimé ? - Chacun prendra sa voiture.
- Certains en ont abusé ? - Non, personne.
J'ai été aux États-Unis, et ils ne font pas comme ça.
Quand j'ai raconté que nos dirigeants utilisaient des voitures de la société,
ils ont ri et ils avaient raison.
Les voitures de service, c'est pour les ministères.
- Oui ? - ingénieur, votre rendez-vous. - Oui.
L'ENI n'est pas un ministère.
- Beaucoup de cadres n'ont pas de permis - Ils le passeront.
Beaucoup ont plus de 50 ans. Le président de l'AGIP a 70 ans.
Je ne suis plus jeune et je conduirai ma voiture.
- C'est long pour avoir le permis. - J'ai dit demain.
- Même au président de l'AGIP ? - Même au président de l'AGIP.
Vous êtes en avance. Je suis très
ponctuel, non par vice, mais par nécessité.
Vous regardiez ma bibliothèque personnelle ? Vous trouverez ici
toutes les attaques que j'ai subies dans la presse pendant 12 ans.
Voici tout ce qui a été écrit sur moi et mon travail.
Je vous en prie.
Il n'y a pas que les articles favorables.
Avec eux, vous pourriez remplir deux étagères.
Bon, vous aussi avez décidé de m'attaquer dans le dos
dans ce débat qui était, pardonnez-moi, assez ridicule.
C'est incroyable chez un journaliste qui a vos idées, vous n'êtes pas fasciste.
Que pensiez-vous faire ? Tirer des munitions de gros calibre ?
Je voulais porter à la connaissance de quelques millions d'italiens...
des questions que je considère importantes à votre sujet.
Je peux répondre à vos accusations de cent manières différentes,
accusations que l'on se pose toujours face à l'intérêt industriel privé.
Pardon, mais c'est comme ça. Vous pensez avoir des opinions très
objectives dans notre confrontation, mais je pense que vous êtes influencé.
Comment dire...? Télécommandé.
Hier soir à la télévision je voulais vous accuser de gaspiller
de grosses sommes d'argent public, donc de tous les Italiens.
Il est facile de répondre avec des faits. Seulement des faits.
Oui ?
Vous avez une minute ?
Non, non, lisez ça. C'est le décret du ministre Soleri.
Il était libéral comme vous. Il voulait liquider l'AGIP mais je m'y suis opposé !
- Le professeur La Pira, de Florence. - Oui.
Salut, c'est Mattei. Comme vas-tu, La Pira ?
- Bien, Dieu merci. Et toi ? - Bien.
Désolé de te déranger au téléphone, mais c'est urgent.
C'est à propos de Pignone.
J'ai vu qu'ils ont des ennuis. Que se passe-t-il ?
C'est la faillite. S'ils ferment, Florence ne sera plus qu'une ville touristique.
2 000 travailleurs sont sur le point de perdre leur emploi.
- J'en suis désolé. - Mattei, tu dois m'aider.
Moi ? L'ENI est dans le pétrole, pas dans les machines textiles !
Tu es le seul capable de résoudre des problèmes !
L'ENI est une société à cycle complet, de l'extraction
du pétrole à la station-service.
Pignone serait parfait dans une telle structure.
Non, je ne peux pas t'aider. l'ENI c'est 50 entreprises, toutes compétitives.
Ce n'est pas un hôpital pour entreprises malades, comme l'IRI.
Écoute, La Pira, tu sais que je t'apprécie, mais tu ne peux pas
me demander de prendre en charge une entreprise en faillite.
Réfléchis à ma situation personnelle. Je suis le maire de Florence.
Ma situation n'est pas juste administrative, mais aussi humaine, chrétienne.
Je serai foutu si je n'y arrive pas. Je ne supporterai pas si Pignone ferme.
Je ne peux pas mettre une pomme pourrie dans mon panier.
Les politiciens ne respecteraient plus qui a fait perdre de la valeur à l'ENI.
- Je suis sûr que tu prendra Pignone. - Je pense toujours que non.
Mattei, le Saint-Esprit m'a dit que tu la prendras.
- Quoi ? - Le Saint-Esprit m'a visité cette nuit.
dans mon sommeil et m'a dit que tu prendrais Pignone.
Écoute, La Pira, tu sais combien je respecte le Saint-Esprit,
mais je ne ferai pas ça.
- Voulez-vous boire quelque chose ? Un whisky ? - Sans glace, merci.
Vérifiez mes horaires avec le commandant Bertuzzi.
Très bien.
Vous voyez qu'il est facile de vous répondre ?
Je vous en prie.
Il est vrai que je risque l'argent de l'État.
On pourrait dire que chaque jour je risque l'argent de mes actionnaires...
..Entrez, entrez.. ..50 millions d'Italiens.
Que font Faina et Valleta à Montecatini ?
Ils sont fonctionnaires comme moi et administrent des capitaux
immenses au nom d'actionnaires moins nombreux que les miens.
Ce n'est pas non plus leur argent,
mais on risque tous notre réputation et nos emplois.
- Je veux dire que nous sommes égaux. - Allons, ingénieur.
Ma loyauté est une différence, car je travaille et je prends des risques..
avec pour unique intérêt le développement de notre pays.
L'essence est moins chère. Les engrais coûtent 20 % de moins.
On a construit des dépôts de gaz, des industries,
beaucoup de gens ont du travail. Dans le sud.
Tout a commencé ici. nous avons des activités
importantes que vous ou un d'autre, la nuit dernière, avez qualifiées de mystérieuses.
Mais voici les faits, les résultats concrets.
Un travail sûr et hautement qualifié pour 50 000 personnes,
Et ce sigle de l'ENI qui représente l'Italie dans le monde.
Je crois en l'avenir de notre pays et d'autres pays similaires qui ont dû
subir un retard forcé pendant longtemps
par rapport à ses réelles possibilités de développement.
Mais pour faire tout ça, de nombreux obstacles doivent être surmontés
Je vous donne un dossier sur Mattei que vous pouvez utiliser de façon malveillante.
Mattei, le mégalomane, comment il dépense l'argent de l'État.
Quatre réacteurs, 900 km/heure, mon prochain avion personnel.
- Et combien coûte ce jouet ? - Un milliard.
J'imagine le scandale. C'est un jouet de luxe,
mais ce n'est pas pour jouer. J'en ai besoin pour travailler.
Voici mon programme. Ce soir je suis en Tunisie,
demain je dormirai en Perse, et le surlendemain à Varsovie.
Jeudi soir, je dois aller à Düsseldorf.
Tout cela ne signifie pas que Mattei est un homme puissant.
Cela signifie qu'ENI opère à l'échelle mondiale et est une
puissance économique moderne.
C'est aussi une puissance politique, qui vend du méthane et achète des partis,
même les fascistes. Je pense que vous êtes un dirigeant partisan.
Oui, c'est la vérité, mais je me sers d'eux comme d'un taxi.
Je monte, donne la direction, lis le compteur, descends et paie.
Venez donc boire un verre chez moi.
Il faut du temps pour parler. J'ai beaucoup de choses à dire.
Vous verrez que Mattei n'est pas un type coincé.
Je veux les cartes de Morigi cet après-midi
Appelez la commission technique à San Donato
- Les horaires de Bertuzzi sont confirmés ? - Oui.
Que Collodi m'attende à l'aéroport demain après-midi.
On pourra parler dans l'avion.
- Le ministre a rappelé. - Je le rappelle plus tard.
- Et Düsseldorf ? - Oui. Confirmez avec Mannerheim.
Vous savez qui est derrière Mannerheim ?
- Schacht. - Oui, le criminel nazi.
Dur à digérer, non ? Je vous en prie.
C'est parti.
Je me bats avec le pire défaut des Italiens, la résignation au chômage.
Je dois créer du travail. l'ENI emploie directement 24 000 personnes,
et 65 000 indirectement.
Merci, on y va seuls.
L'itinéraire habituel.
Ces mesures sont sûrement justifiées, mais avec quoi les payez-vous ?
Sur vos fonds secrets ?
Ces décisions ne sont pas de mon fait. Je n'ai rien demandé.
Elles ont été prises après l'attentat au tournevis.
Attentat ou propagande pour le mythe Mattei ?
Pensez ce que vous voulez, le tournevis était dans le moteur
de l'avion. Je ne pense pas que ce soit par hasard.
- Combien ? - Le plein, s'il vous plaît.
Vous êtes tellement démocrate que vous payez vous-même l'essence !
Non non ! Je veux juste vérifier que les gars sourient.
Ça ira comme ça. C'est combien ?
- Mille lires. - Voilà.
- Parce que vous verrez... - Merci. - Merci, au revoir.
..dans notre formation, on leur apprend à sourire.
La misère ne fait pas sourire.
- La démagogie... - Vous l'avez déjà dit,
Épargnez-moi s'il vous plaît.
J'ai une belle maison, mais j'y habite de moins en moins.
L'hôtel est plus pratique.
Je partage la chambre avec le vice-président de l'ENI.
Il l'utilise plus que moi.
Entrez.
Ici vit et dort le président de l'ENI, l'homme le plus puissant d'Italie.
Vous buvez quelque chose ?
- Avez-vous rappelé Londres ? - Tout de suite.
Dites à Morigi que j'ai les cartes.
Pouvez-vous me passer Londres, le numéro que j'ai demandé au bureau ?
- Il y a une demi-heure d'attente. - Une demi-heure ? Pour Londres ?
C'est pour ça que les hommes d'affaires
ont besoin de moyens de communication privés.
C'est urgent ! C'est une affaire prioritaire.
Vanoni... Continue d'insister et je le prends quand tu l'as.
L'ami Vanoni.
- Puis-je téléphoner ? - Oui, bien sûr.
Insiste. Et puis appelle le maire de Florence, La Pira.
Dis-lui que... c'est bon. Il comprendra.
D'accord. Allô, je suis toujours en ligne ?
- Je ne rentre pas avant 8h30. - Ne promettez rien,
vous ne rentrerez pas ce soir. - Je te rappelle.
Dans deux heures on part dans un biréacteur français.
Bien que français, il est bien fait.
- Vous venez avec moi. - Je ne veux pas dormir en Afrique ce soir.
La valise, le passeport...
On fera prendre chez vous de quoi vous habiller. Pas besoin de passeport.
Vous allez voyager avec l'Italien le plus puissant depuis Jules César.
Un de vos collègues nord-américain m'appelle ainsi.
Cette flamme de méthane fournit assez d'énergie
pour une ville comme Turin.
- 80°. C'est le point d'inflammation. - Pourquoi toute cette richesse qui brûle ?
On est ici justement pour aider les Arabes à changer les choses,
mais on arrive très tard. Nous aussi sommes pauvres,
On a besoin l'un de l'autre.
Mais vous forez des puits à côté des dépôts américains en Algérie.
Ils vous accusent de profiter de leur gisement.
Ce n'est pas à eux. Il y a une frontière entre les deux pays.
Les Américains travaillent de leur côté et nous ici.
Vous devez savoir que les foreuses horizontales souterraines
sont l'invention des Américains.
Pourquoi pensez-vous qu'ils les ont inventées ?
Pour voler le pétrole du voisin en passant sous la frontière.
- Pourquoi ces disputes avec les Américains ? - Ils sont trop arrogants.
Ils vous ont fait une offre formidable pour être le chef Européen
d'une de leurs plus grandes compagnies pétrolières.
C'était pour se débarrasser de moi. J'ai refusé pour deux raisons :
D'abord, je veux travailler pour mon propre pays.
Et puis j'ai assez avec mon salaire de directeur général de l'ENI
Agnelli ne mange-t-il pas deux fois par jour comme vous et moi ?
Vous voyez ce désert de sable ? Dessous, c'est un océan de pétrole.
80 % des réserves mondiales sont ici, au Moyen-Orient.
Si vous, moi et des millions de personnes en Europe et en Amérique..
travaillons, mangeons, nous chauffons, c'est grâce à cette richesse.
Les Arabes souffrent encore de la faim. Le pétrole leur passe sous le nez,
et ils restent avec leur misère, l'analphabétisme, la mortalité infantile
et toutes ces horreurs que nous connaissons tous.
La plus grande raffinerie du monde. Abadan, la ville du pétrole.
Le pétrole extrait par les entreprises étrangères transite
par des oléoducs depuis les puits jusqu'aux raffineries, jusqu'au port,
et aux pétroliers qui le transportent pour accroître la prospérité des pays
occidentaux industrialisés.
Votre projet d'émancipation de l'Europe des Américains
semble parfait, mais croyez-vous vraiment que c'est possible ?
Il manque de puissance économique.
Vous avez créé un géant, mais il a peu de pétrole.
Il y a le pétrole russe.
L'Italie doit avoir une politique, pas faire celle ce que vous voulez.
Personne n'a rien dit quand Consenso a vendu des armes aux Chinois
qui ont été utilisées en Corée contre les Américains.
J'ai acheté du pétrole russe à bon prix.
Pourquoi pas ? La loi économique s'applique à tout le monde !
A qui profite cette politique ? En partie à votre parti,
la Démocratie Chrétienne, et en partie au Parti Communiste, avec 2,5 %
Quels sont les avantages pour les contribuables italiens ?
Les Démocrates, le Parti communiste italien ne sont-ils pas des italiens ?
Cette usine flottante cherche du pétrole à 3 ou 4 mille mètres de profondeur.
On les construit et on les vend à tout le monde, américains,
hollandais, français, partout dans le monde. Nous sommes les meilleurs.
Notre technologie est à la pointe. En Italie, personne n'a fait ça avant.
Vous verrez à l'intérieur, c'est comme un hôtel.
Vous voyez ? Vivre ici n'est pas une plaisanterie.
Nous avons des cas de folie. Et aussi de l'homosexualité.
Les quarts de travail sont longs : Deux mois à bord, deux semaines à terre.
Les Américains font mieux, je l'avoue.
Attention à la tête. Mais ils sont riches et nous sommes pauvres.
Mettez le casque.
C'est la salle à manger. Bonjour.
Bonjour. Ne bougez pas.
On se verra plus tard et on mangera quelque chose.
C'est une chambre pour quatre. Bon, oui... il y a quelques problèmes.
Venez, venez.
C'est une chambre simple.
Et oui...
C'est pas méchant.
Au fait, Ingénieur, vous pouvez me dire,
comment avez-vous évité le piège qu'on vous a tendu avec ces
prostituées à un million de lires ?
Il y a deux choses qu'on ne peut pas dire de moi.
Un : je ne vole pas. Mon salaire, et c'est tout.
Et les femmes. Je n'ai pas peur d'admettre que j'aime les femmes.
Vos amis du parti vous ont cherché là-dessus.
Oui. Je leur ai dit que s'ils voulaient jouer à ce petit jeu
des dossiers personnels confidentiels, j'étais prêt.
- Merveilleux, très édifiant - C'est la politique aussi.
Pourquoi n'écrivez-vous pas ce que le pétrole signifie vraiment ?
- On a beaucoup écrit dessus. - Oui, mais entre les lignes.
Vous n'avez jamais précisé que le pétrole pouvait faire tomber
des gouvernements ou déclencher des révolutions ou des coups d'État.
Il conditionne l'équilibre mondial, ce n'est jamais dit clairement.
Savez-vous pourquoi ? Si l'Italie rate le bus pétrolier,
c'est parce que les industriels italiens ne s'en sont jamais occupé.
Et vous savez pourquoi ? Parce qu'il faut toucher à des intérêts
qu'ils ne veulent pas toucher.
Ils craignent de gêner la digestion des puissants.
Ces industriels financent votre journal,
c'est pourquoi vous écrivez entre les lignes.
C'est ce qui explique aussi pourquoi j'ai dû créer mon propre journal.
Est-il possible que le sort de millions de personnes dans
le monde dépende de quatre ou cinq milliardaires américains ?
Est-il possible que l'Italie se soumette à vos décisions ?
Vous vous croyez la Jeanne d'Arc du XXe siècle ?
Les Italiens aiment les mythes et sont prêts à accepter leurs héros.
Mais ils les lâchent aussi très facilement.
Mon ambition est autre.
J'aime mieux être un serviteur de l'État peu docile mais qui bâtit qu'un vassal
très docile aux intérêts d'un parti.
Je suis fort parce que personne ne peut me contrôler.
- Vous ne doutez pas ? Vous ne vous trompez pas ? - J'avance, il le faut.
Je suis dans la même catégorie que ces hommes :
le ministre français Maginot qui a fondé l'Union Pétrolière Latine,
Une sorte d'ENI. Empoisonné.
Mossadegh qui a nationalisé le pétrole persan.
Éliminé de la scène politique pour avoir fait
avancer les choses comme c'était son devoir.
Je n'ai pas fait d'erreur.
J'ai cherché en Libye, mais comme j'avais découvert la zone exacte,
Kennedy m'a fait virer.
Je suis en Iran, Egypte, Tunisie.
Je cherche les zones périphériques. S'ils me jettent, j'irai en Australie,
s'ils me virent aussi, j'irai en Inde,
Je plaiderai partout dans le monde contre ce monopole absurde.
Si je ne le fais pas, ceux qui ont du pétrole sous les pieds le feront.
Le voilà.
Le journaliste Mauro Di Mauro du journal palermitain L'Ora
a disparu hier après avoir quitté la rédaction pour rentrer chez lui.
La police pense que le journaliste a peut-être été
kidnappé par des criminels de la mafia.
Palerme le 27 : Les hypothèses sont nombreuses, deux points.
L'affaire Mattei, virgule, la drogue, virgule
des trafics illégaux, le tout dans l'ombre de la mafia.
Beaucoup virgule à Palerme virgule pensent comme la police, point final.
Il n'est pas exclu que la disparition de Di Mauro soit liée à l'affaire..
Mattei, je répète, Mattei. Point.
On reconnaît les méthodes de la mafia des Corleone - R comme Rome,
derrière cet enlèvement, point.
Di Mauro connaissait son fonctionnement.
La police pense que Di Mauro, enquêtant sur la mort de Mattei,
a découvert par hasard
une information très importante, et ayant raconté ce secret
à l'une des personnes avec qui il avait pris contact,
aurait pu ainsi signer sa propre condamnation, point final.
Ils discutaient d'un oléoduc entre l'Algérie à la Sicile, virgule,
changeant le rapport de production avec les entreprises du cartel,
rapport qui aurait changé
toute la situation sociale et économique en Sicile, point.
Di Mauro aurait découvert de quoi faire trembler toute l'Italie.
Di Mauro a suivi les derniers jours de Mattei en Sicile.
Oui, passez-moi au directeur.
Bonjour, oui, je l'ai écrit, mais il faut dire que nous sommes tombés
sur un labyrinthe d'hypothèses. Chacune peut être valable.
Une seule chose est sûre. Huit ans après la mort de Mattei,
les gens sont convaincus qu'il a été assassiné.
Au moment qui vous intéresse, octobre 1962, j'étais commissaire à Gela.
La venue de Mattei en Sicile provoqua l'agitation des personnalités
politiques que vous pouvez imaginer.
- En raison du climat de ces derniers jours... - Pardon.
..il fallait une vigilance particulière. - Pardon..
mais quel est donc ce climat, ces derniers jours ?
Il y a, entre autres,
que la piste de l'aéroport de Gela était privée.
ENI a discuté mais les propriétaires n'ont pas cessé de monter le prix.
Les négociations se sont éternisées et certains propriétaires,
peut-être encouragés par certains, ont boycotté l'accord.
Il y a même eu un incendie sur la piste centrale.
Le matin de l'arrivée de Mattei, il y avait des policiers partout.
Emmène l'avion à Catane, J'ai pas confiance ici.
- Bienvenue - Merci. - Tu as fait bon voyage ?
J'ai suivi Mattei tout le temps qu'il était à Gela.
Ce n'était pas facile de l'amener en Sicile. Il était clair qu'il
voulait faire une seconde vallée du Po :
Prendre à la Sicile pour donner à l'État.
Mais ici, nous avions Don Sturzo, qui après vingt ans aux États-Unis,
était le champion du libéralisme
Il est resté coincé dans le détroit de Messine
comme la statue de la Liberté.
Cet après-midi du 26 octobre à l'hôtel de l'AGIP de Gela,
les flèches que Mattei a lancées m'ont impressionnées,
- Quel genre de flèches ? - Des choses politiquement délicates.
Devant tout le monde, même un journaliste américain qui le publiera plus tard.
Soyons clairs : le gouvernement italien n'a pas de politique étrangère.
A Moscou, j'ai attendu 10 jours dans une chambre d'hôtel que
le ministre à Rome me donne le feu vert pour signer le contrat avec l'URSS.
Et pourquoi ? Parce que les Russes nous ont vendu du pétrole moins cher.
Et les Américains en sont agacés.
Nos politiciens ont peur. Pas moi !
A la fin, ils diront que je fais notre politique étrangère.
Mes hommes sont en Iran, en Algérie, en Égypte,
au Sinaï, pendant la guerre de 56, mes hommes ont défendu
les puits de pétrole. Sur leurs manches était écrit ENI, et non ONU !
L'année dernière en Sibérie à un technicien soviétique qui semblait
surpris par ce miracle italien, j'ai répondu
que le cliché de l'Italie fainéante et fêtarde, c'est du passé.
Je lui ai aussi dit de s'intéresser à nous, parce qu'on les rattrape.
Mao a raison !
Sénateur, vous avez dit que Mattei était heureux en Sicile. Il était heureux ?
Non, c'était un bonheur de façade. Mattei avait peur.
- Peur de quoi ? - Des menaces, de plus en plus fréquentes.
- Oui ? - Bonjour Ingénieur. Il est 6h30.
Allez, bouge toi !, bouge toi !
Regarde cette saleté ! Regarde ça.
Les hôtels de l'ENI...
..sont réputés dans le monde entier pour leur modernité et leur propreté !
On doit nous envier, et même en Sicile !
Je retire ce que j'ai dit hier soir.
Quand j'étais jeune, je travaillais dans un endroit
où on ne pouvait pas pisser à cause de la peste.
Je ne veux pas voir des salles de bain comme ça !
Bien que votre compatriote Don Sturzo, dise que je construis
des cathédrales avec mes hôtels au lieu de stations service,
Ici aussi, on a trouvé du méthane.
Le méthane ne suffit pas, Président !
J'ai été le premier à serrer la main de mon cher ami Mattei le matin du 27
quand son hélicoptère a atterri à Gagliano Castel Ferrato.
Mattei était venu à Gagliano pour rassurer les gens.
Les habitants craignaient que les richesses du
sous-sol ne soient exportées, ne leur laissant que des miettes.
Excusez-moi ! excusez-moi !
Excellence, puis-je dire à mon fils de rentrer à la maison ?
- Où est-il ? - En Allemagne.
Dites-lui de revenir car à Gagliano, il y aura aussi du travail pour lui.
À Gagliano, il y aura du travail pour tout le monde !
Dites à tout le monde de revenir, car il y aura du travail pour tout le monde !
Mattei, Mattei, Mattei !
Mattei, Mattei, Mattei !
Avant tout je veux vous remercier pour l'accueil chaleureux
que j'ai reçu sur votre terre.
Aujourd'hui me reviennent à l'esprit ces années
pas si lointaines de l'après-guerre,
quand personne ne croyait aux réelles possibilités de notre sous-sol.
Nous sommes venus en Sicile et avons découvert que nous n'étions pas à la mode,
à une époque qui favorisait toutes les compagnies pétrolières étrangères.
Nous voulions démontrer, même en Sicile, de quoi les Italiens étaient capables.
Italiens...
Les Italiens qui ont réalisé ces progrès
montrent cela pour la Sicile.
Je remercie la région de Sicile de nous avoir donné
pour nous avoir donné tout ce que les autres ne voulaient pas donner.
Nous avons trouvé du méthane, même à Gagliano.
Mes amis, nous ne vous enlèverons rien.
Tout ce qui sera trouvé appartiendra à la Sicile.
Nous ne transporterons pas le méthane. Il restera en Sicile.
Pour toutes les industries, toutes les initiatives,
pour tout ce que la Sicile pourra développer.
- Ainsi finira la misère à Gagliano ! - Comment ?
Ainsi finira la misère de Gagliano !
Cher ami, je ne connais pas ton nom mais moi aussi j'étais pauvre comme toi.
J'ai aussi dû émigrer car ma terre ne me donnait pas de travail.
On s'engage à donner du travail à tous ceux qui le désirent.
Écoutez bien. Beaucoup de ceux qui sont allés travailler
à l'étranger devront revenir.
A Gagliano, il y aura du travail même pour eux.
Restez avec nous, M. Mattei !
- Qui parle ? - Scardavilli.
J'aimerais bien, ami Scardavilli mais je dois être à Milan ce soir,
Je reviendrai bientôt avec vous.
Je reviendrai avec vous !
Le temps presse. Notre ami Mattei doit nous quitter.
- Reste avec nous ! - Il ne peut pas, il ne peut pas.
Il porte de grandes responsabilités sur ses épaules.
Avec tant d'efforts et de dangers, il ne dort pas paisiblement.
Cet homme a la moitié du monde contre lui et doit être
très actif. Nous les politiciens
nous pouvons faire des erreurs, car nous avons le temps de les corriger.
Mais si lui fait la moindre erreur, cela finira pour toujours.
S'il dit qu'il ne peut pas rester, on ne peut pas le retenir.
Mattei, Mattei, Mattei !
Ingénieur, n'oubliez pas Troina, Gagliano n'est pas la seule ville ici.
- Venez avec moi à Milan ! - Non, j'ai un rendez-vous demain
du Conseil provincial de l'énergie.
- Professeur, vous venez avec moi ? - Demain j'ai un mariage.
- Toutes mes félicitations. - Merci.
- Alors vous ? - Président, savez-vous que ces appareils
volants me font très peur.
Quel accueil ! Comme si on avait libéré l'Italie.
Ingénieur, vous avez vu combien les gens vous aiment
Les pauvres gens, oui.
Ingénieur
En ma qualité de juge suppléant, je ne peux faire aucune déclaration.
Il suffit de savoir que si quelqu'un est arrêté pour enlèvement,
cela signifie que nous avons des preuves contre lui.
- Donnez-nous des détails. - Quelque chose de plus précis.
Pas maintenant. Encore quelques jours, et j'aurai de grosses nouvelles.
- Quand ? - Les gens doivent savoir.
Soyez patients. Nous sommes proches. Cela va exploser comme un feu d'artifice.
- Qui est cet homme ? - Un professionnel de Palerme.
Il a dit que Di Mauro est en vie à 98%.
- Mais que signifie 98 % ? - Un truc Sicilien.
On nous a laissé écrire tout ce qu'on voulait.
Et nous avons tous communiqué. Hommes du gouvernement, parlementaires
hauts fonctionnaires, on a émis des hypothèses qu'on n'aurait
jamais osé formuler par nous-mêmes.
On avait l'impression de collaborer, d'être utile
Croyez-moi, dans peu de temps, l'affaire Mattei, les enlèvements,
Di Mauro, les relations entre politique et crime, tout ça disparaîtra de
la première page des journaux,
même de l'intérieur.
Voulez-vous une preuve ? Le procureur a déclaré cet après-midi
que l'enquête serait longue et que, par conséquent, on pouvait s'en aller.
Et vont aussi disparaître la Santa Barbara,
le chef de la mafia et du crime ?
Bon, j'ai pas dit que ça finit bien comme dans les romans
On a l'impression d'avoir mis la main sur quelque chose de concret
puis ça disparaît.
Nous journalistes, quand nous sommes en Sicile et parlons de la mafia,
on a l'impression qu'on parle de choses
qu'on ne comprendra jamais.
Comme s'il y avait une morale incompréhensible dans l'île
Parce que vous êtes du continent.
Une sorte de cynisme. Mais ce cynisme a en fait traversé le détroit, est
arrivé à Rome et s'est propagé au Nord.
A propos de ce que vous disiez..
sur ces vraies choses qui disparaissent ensuite.
Mattei a créé un réseau
de complicité avec tout le monde.
J'ai rencontré une série de portes fermées,
dont beaucoup avec des panneaux officiels.
Et au final le secret d'État.
Le truc, c'est que beaucoup de gens ne veulent pas que les choses changent.
Mr le député Pantaleone, vous avez étudié
les coutumes de Sicile et surtout le phénomène de la mafia.
A la mort d'Enrico Mattei, on a parlé de la mafia.
..Quelle est votre opinion ? - La mafia laisse toujours sa marque.
Par conséquent, nous devons examiner les indices présents.
Par exemple, quand Mattei a quitté Catane, il n'y avait
aucune surveillance à l'aéroport.
Pas de surveillance ? Il aurait dû y avoir la police
comme dans tous les aéroports.
Il n'y avait aucune surveillance dans le parking ou sur la piste.
Par contre, certaines personnes ont quitté leur service et ont
été remplacées par d'autres qui n'appartenaient pas au service.
Où sont ces gens maintenant ? Comment vivent-ils ?
Quelle est leur position sociale et économique ? Que font-ils ?
Quelle super mafia les protège ?
Ph. Thyraud de Vosjoli, ancien du Service français de contre-espionnage
Je ferais une enquête pour savoir si quelqu'un qui a travaillé dans
cet aéroport de Catane
comme administrateur, mécanicien ou en tant qu'employé,
a quitté son emploi le lendemain ou le jour de la catastrophe.
Je suis sûr que celui qui a saboté l'avion a quitté son emploi le même
jour, ou quelques jours plus tard.
Dans votre livre, vous avez un chapitre sur la mort de Mattei.
Que nous dites-vous de lui ?
Les services secrets français ont utilisé un de leurs agents
connu sous le nom de Laurent.
Laurent était d'origine corse et parlait bien l'italien.
Il était habitué des instruments de navigation aérienne
notamment avec l'altimètre des Morane-Saulnier,
la marque de l'avion de Mattei.
Au bon moment, il a été envoyé à l'aéroport
de Catane, attendant les ordres.
Le plan serait mis en action quand les conditions météorologiques
conviendraient pour le sabotage.
Les mouvements de Mattei ont été suivis étape par étape
par un de ses proches, à qui Mattei se confiait, et qui travaillait
pour les services secrets français.
- Connaissez-vous son nom ? - Non je ne sais pas.
MATTEI A-T-IL ÉTÉ ASSASSINÉ ?
Connaissiez-vous le pilote Bertuzzi ? Peut-être que quand il ne travaillait pas
..il venait boire un café. - Quel pilote ? Je sais rien.
Le pilote d'Enrico Mattei, l'ancien président de l'ENI.
..Il a été dans tous les journaux. - Jamais vu.
- Ils sont partis de cet aéroport - il y a 8 ans et je m'en souviendrai ?
Bertuzzi a parlé depuis ce téléphone.
- Quand ? - On l'a appelé deux fois ce jour-là.
- Qui sait ? - C'est dans le livre "L'assassinat d'Enrico Mattei".
Il y avait un carabinier en uniforme et deux mécaniciens
qui ont effectué le sabotage.
Comment savoir ?
Je suis le seul officier des carabiniers portant ce nom en Italie.
Comment expliquer ce mystère, major ?
Si c'est un sabotage, pourquoi ce soi-disant carabinier
donnerait-il votre identité ?
J'ai réfléchi, et j'ai cette hypothèse : le 27 octobre 1962,
mon nom a été publié dans les journaux.
Je venais de résoudre la fameuse affaire Montalbano.
Pour inventer un nom pour un carabinier qui se
trouvait à ce moment loin de la Sicile,
vous le prendriez dans le journal. C'est la seule explication que j'ai.
Dans le magazine Panorama, on peut lire sur l'enquête
policière à l'aéroport de Catane : "à ceux qui ont essayé de les arrêter,
l'homme en uniforme d'officier répondit : - Je suis le capitaine Grillo,
nous devons faire une inspection".
De ce détail, dont les autorités policières avaient connaissance,
rien n'est dit dans l'enquête.
- Président, venez avec moi à Milan. - Si vous voulez, j'aimerais.
Bertuzzi, prends le sac du président qui nous accompagne à Milan.
Je dois être de retour demain à dix heures précises.
Oui, demain on sera de retour à 8 h.
Demain Bertuzzi, ramène le Président à 8 h.
Je ne peux le promettre, il y a risque de brouillard à Milan.
- Tu ne peux rien faire ? - Non, impossible de promettre.
- Une autre fois alors. - Une autre fois.
- Bon voyage. - Merci, au revoir.
Allons-y.
- Vous ne venez pas ? - J'aimerais bien, mais ma femme
..m'attend à Rome, vous allez à Milan. - Je vous y conduirai.
Dans ce cas, allons-y.
- Au revoir, bon voyage. - Au revoir et merci.
Peu de chefs d'entreprises peuvent s'offrir un avion comme celui-ci.
Je vais bientôt l'échanger contre un encore plus rapide.
..Le monde va vite. - Comme celui de Rockefeller.
Non, mieux. Il sera relié par radio à tous mes bureaux dans le monde entier !
Ingénieur, vous avez vu la lune ?
Qui sait s'il y a du pétrole là-haut.
Qui sait s'il y a du pétrole là-haut !
Linate à Alpha Papa, à 5 000 pieds, préparez-vous à l'atterrissage.
Je tente un contact visuel.
- Si c'est possible. - A l'écoute.
- À 2 000 pieds sur la balise. - Reçu Alpha Papa.
..Combien avant atterrissage ? - Une minute, une minute et demie.
India Alpha Papa, Ici Milan Linate. Vous me recevez ?
India Sierra Novembre Alpha Papa, ici Linate, vous me recevez ?
Urgence ! A vos postes immédiatement !
Je suis maintenant en Iran, Egypte, Tunisie.
Je cherche dans les zones périphériques. S'ils me jettent, j'irai en Australie,
s'ils me sortent de là aussi, j'irai en Inde,
Je continuerai à plaider partout dans le monde contre ce monopole absurde.
Si je ne le fais pas, ceux qui le pétrole sous leurs pieds le feront.
Sous-titrage exclusif montalbano.unblog.fr
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.