All language subtitles for Doucement Les Basses 1971

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Original subtitles

- Bonjour, M. le curé. - Bonjour.

- Comment va ton père ? - Il a la grippe.

- Ta mère ? - Elle a la tousse.

Très bien.

Je vais sonner la cloche. Il y a peut-être dans la lande quelques retardataires.

Vous êtes l'abbé Médieu ?

Il paraît.

Ce que j'ai à vous dire est assez délicat.

C'est venteux, chez vous.

Dieu et les éléments règnent ici en maîtres.

Cher monsieur, les âmes des damnés courent sur la lande

et leurs pleurs se mélangent aux cris des goëlands.

Mais ce que j'ai à vous dire est très délicat.

Vous avez volé, violé, incendié, flétri, tué peut-être ?

- Ce n'est pas ça. - Ah !

- Je suis marié. - Très bien.

Et alors ?

M. le curé, je suis le mari de votre femme.

Vous voulez répéter ?

Je suis le mari de votre femme.

Oui, je suis le mari de Rita.

Rita est morte.

Morte il y a 7 ans. C'est pourquoi j'ai pris la robe.

- Non ! - Si !

Non, votre femme n'est pas morte noyée au large de Saint-Tropez.

- J'étais à son enterrement. - Le cercueil était vide.

- Et pourquoi ? - C'était une machination.

Elle voulait vous libérer.

Votre vie était un enfer, souvenez-vous.

Elle vous rendait tellement jaloux.

Vous ne pouviez plus donner de concerts.

Il est vrai...

Une fois, je l'ai tellement giflée que j'avais la main gauche paralysée.

On a dû annuler un concert salle Pleyel.

Il a fallu rembourser.

La garce !

Rita morte, elle n'avait plus d'état civil.

Comment vous a-t-elle épousé ?

- Je lui ai fourni de faux papiers. - Vous êtes un flic ?

L'inverse.

Épouser un truand !

La garce !

Elle vous avait presque oublié.

Un jour, elle a vu votre photo dans le journal.

Quand vous avez donné ce concert à Saint-Eustache.

Depuis, elle ne vit plus que dans l'espoir de vous revoir.

Me revoir !

La garce !

- Dites donc, mon vieux ! - Je ne suis pas votre vieux !

- Appelez-moi « mon père ». - Mon père.

- Où est-elle ? - Là.

Là ?

- Où ça ? - Dans le confessionnal.

Charogne !

Évangile selon Saint-Luc du 4e dimanche après l'Avent.

En ces temps-là, Jésus dit à ses disciples : « Ne craignez rien, petit troupeau.

« car votre père a bien voulu vous donner le royaume ».

Mes filles, vous n'entendrez point la messe aujourd'hui.

Je ne suis hélas pas en état spirituel de remplir mon office.

Les voies du Seigneur sont impénétrables. Lui seul sonde les reins et les cœurs.

L'état-même où nous sommes...

L'état-même où nous sommes n'a rien de continu.

Moi-même ministre de Dieu, il y a une heure à peine,

alors que je vivais parmi vous en marge des cités,

dans cette pauvre paroisse quasi-de haute mer,

le cœur dans la musique,

la tête dans les nuages,

pas loin du paradis.

Et voilà tout à coup, comme disait Bossuet,

que madame ne se meure pas !

Que madame n'est pas morte !

La chair parle.

Elle hurle à nouveau, agitant devant moi les abysses noirâtres des antres de Satan !

Diabolicum perseverare !

Celui qui persévère est diabolique.

Abyssum invocat.

L'abîme appelle l'abîme. Amen.

Vous, le mari complaisant, attendez-moi là-bas !

Mon père.

Crapule !

Salut, Simon.

Simon est mort, contrairement à toi qui a le mauvais goût de remonter à la surface.

Jolie parole, dans la bouche d'un prêtre et d'un mari qui m'aimait !

Quand je pense à toutes les messes que j'ai dites pour le salut de ton âme !

Elles serviront plus tard.

Comment me trouves-tu ?

Indigne.

Tentatrice infernale ! Marie Madeleine !

C'est un compliment ?

Que deviens-tu ?

- Je me suis remariée avec Francisco. - Grotesque !

Il possède un bar sur le port de Brest.

- ...Rita ! - Tu bafouilles comme avant.

Tu ne me feras plus me mettre en colère.

Dans le bar de mon mari, je m'occupe de la clientèle.

Tu t'occupais déjà avant de mes nombreux amis.

- C'est plus fort que moi. - Malheureuse !

Garde ta pitié pour tes vieilles Bretonnes !

Dis-moi ce que tu veux et finissons-en !

Je t'ai quitté par amour.

Pour que tu ne me tues pas dans un moment de rage.

Seulement, je n'ai jamais réussi à t'oubleir.

Tu es inoubliable, Simon.

Au fait !

Je te veux. Je te reveux.

Paul. Inconséquente femme.

Quand je te vois, quand je t'entends, je hais les femmes.

- Je hais les femmes ! - Et les prêtres !

Fous le camp ! Ou alors confesse-toi.

Ce serait trop long.

Alors sortons de là.

Suis-moi au presbytère.

- Allez viens ! - Simon.

Non !

Alors ?

- Il fait froid ici. - C'est exprès. Parle, j'ai peu de temps.

Bon.

Je veux revivre avec toi.

Mais je suis prêtre !

Si je réapparais, si je ressuscite, mon mariage n'est pas valide.

Toi, tu n'es plus veuf et le Vatican te relève de tes vœux.

Tu redeviens mon mari et en plus, tu n'es même pas un défroqué.

Je dois tendre l'autre joue ?

L'autre joue se tend par humilité,

pas par perversion outrancière de tes sens abusifs.

Tu parles toujours aussi bien.

Hors de ma vue et ne reviens jamais !

Et pourquoi je repartirais ?

Pense à ton nouveau mari. Un si brave homme !

Justement. Il ne pense qu'à mon bonheur, lui.

- Simon, si tu me renvoies, je retourne au Vieux Pirate. - Connais pas !

C'est le bar de mon mari.

Et là, tant que tu ne seras pas venu me chercher,

je me donnerai en pâture à tous les marins de la rade de Brest.

Seigneur, quelle ordure !

- Décampe ! - Simon, tu es fou !

Messaline, gorgone, créature !

Allez.

- Dehors, allez. - Simon, tu es fou !

Vade retro, Satana !

Au moindre geste, je vous envoie ad patres !

Allez, allez !

Et ne revenez jamais !

Je t'attends.

Même pour l'extrême onction.

Merde !

Allez !

Eh ben, ton curé !

C'est un artiste.

Au fond, t'es gelée.

Jouer les mortes pour sauver la paix de l'âme de ton jules,

Et tout ça pour lui retomber sur le râble 7 ans plus tard !

T'es vraiment gelée !

Je suis sûre qu'il me reviendra.

Et moi, je t'aime. Qu'est-ce que je deviendrai ?

Toi, c'est pas les femmes qui te manquent, tandis que mon pauvre Simon, lui...

il est un peu comme un homme qui viendrait de faire 7 ans de centrale.

Sa taule, c'est lui qui l'a choisit.

Roule doucement et tais-toi. Tu me gênes pour penser.

Arrête de pleurer. Je ne supporte pas les hommes qui pleurent !

Bonjour, M. le curé.

Monseigneur.

Soyez le bienvenu, l'abbé.

Ma vieille bonne m'a plaqué et mon 1er diacre fait une tambouille horrible,

mais sentez-moi ça.

C'est un garenne des Flandres.

- Divin. - C'est pour ce soir.

Merci de m'avoir reçu sans délai.

Vous savez en quelle estime je vous tiens. Comment va votre paroisse ?

Elle s'effiloche, Monseigneur. Les marins qui ne meurent pas en mer s'adonnent à la télévision.

Thym, raisin de corinthe.

Mais ce lieu habité, unique, ce site rare,

c'est bien vous qui l'avez convoité, demandé ?

C'est un site propice à la méditation et à la musique sacrée.

J'y avais trouvé la paix.

Dites-moi l'abbé, à bien vous regarder, je vous trouve

la mine agitée et l'élocution incertaine.

Je ne vois plus en vous le fils spirituel de Fléchier et de Bourdelle.

Monseigneur, une épreuve me frappe.

Réjouissez-vous.

Dieu ne frappe vraiment que les fils qu'il aime.

Alors Monseigneur, j'ai la cote là-haut.

Êtes-vous sûr de ne pas pécher par orgueil ?

Ma femme qui était morte n'est plus morte.

Elle est vivante et remariée.

Son mari est venu me voir avec elle. Elle veut le quitter et se remettre avec moi.

Tudieu, mais vous connaissez la position vaticane sur le mariage de prêtres.

- Je l'approuve, monseigneur. - Et en plus, elle est bigame !

Un peu de calvados. Une cuiller à café seulement.

Et que pense de tout cela votre successeur auprès d'elle ?

C'est un mou.

A-t-il au moins bon genre, bonne façon,

peut-on compter sur sa discrétion ? - Non point. C'est un malandrin.

Une vedette d'assise. Un pilier de correctionnelle.

Dans quel siècle vivons-nous ?

Mon fils, mon pauvre fils, venez.

Avez-vous vu comme Mirliflore a prospéré ?

- Un vrai chanoine. - Certes, monseigneur.

Et qu'avez-vous répondu aux propositions de votre femme ?

- Non, non et non ! - Qu'a-t-elle répondu à son tour ?

La bienséance la plus ordinaire m'interdit de le répéter devant vous.

Il le faut, pourtant. Parlez, je suis au-delà de la puissance des mots.

Tout d'abord, il faut que vous sachiez qu'elle tient le Vieux Pirate.

- Quel est ce mauvais drôle ? - C'est un bor... un bar mal famé.

Je vois.

Elle menace de se donner à tous les marins de la rade si je ne vais pas la chercher.

Fâcheux.

Le péché de la chair n'est pas péché capital.

Dès le concile de 30, les esprits éclairés ont saisi

que le seul péché qui perde sans retour est le péché contre l'esprit.

La connaissance sans la transcendance de l'amour.

J'entends bien mais je la connais. Elle va le faire. C'est ma femme.

Vous n'êtes marié qu'à Dieu.

En secondes épousailles, monseigneur. Mon premier lit, c'est elle.

L'abbé, l'abbé...

Vous avez là sur les bras une méchante affaire.

D'ordinaire de nos jours, les prêtres veulent prendre femme,

et vous, vous avez femme et vous n'en voulez point.

Vous posez là une problème dogmatique qui pourrait faire jurisprudence.

Que dois-je faire ?

Réfléchissez. Rentrez en vous-même. Suivez votre conscience.

Ma conscience est noirâtre, monseigneur.

- Desinit in piscem. - Multi sunt vocati, pauci vero electi.

Alea jacta est.

Amen.

C'est Pascal qui avait raison.

Tout mon malheur d'homme vient de ce que je ne peux rester en repos dans une chambre.

Bossuet n'avait pas tort.

Les femmes ne font qu'enflammer nos humeurs peccantes et poussent nos débordements jusqu'à l'extravagance.

Écouter ma conscience ? Facile à dire ! Perturbée, envolée, ma conscience.

Dans ces conditions, science sans conscience n'est-elle pas ruine de l'âme ?

Alors, alors...

Ça y est, la paix revient.

Je sens que je me calme.

Ma décision est prise. Je vais aller la voir.

Je lui parlerai doucement.

Je saurai trouver les mots.

Elle comprendra.

Il faut qu'elle comprenne et qu'elle me laisse.

Ah, comme tout est simple une fois qu'on a choisi.

La femme est infidèle.

L'homme est infidèle.

L'enfant est infidèle.

Il n'y a vraiment plus que le chien qui soit fidèle.

Maman, y a un curé qui se déshabille.

Ça t'apprendra à dire des saletés.

Je vous sers quelque chose, mon père ?

Un blanc sec, mon fils.

Vous n'êtes pas venu chercher Rita ?

Non, seulement lui parler.

Où est-elle ? - Là où elle vous avait dit qu'elle serait.

C'est une charognarde mais elle n'a qu'une parole.

Expliquez-vous.

Ben, elle travaille.

Là-haut.

Vous laissez faire ?

Elle a dit qu'elle arrêterait pas tant que vous l'auriez pas reprise.

Et vous ne faites rien ?

Qu'est-ce que vous voulez que je fasse ?

C'est un bulldozer.

Et pourtant, j'ai 15 Suisses sur les quais qui marchent au froncement de sourcil.

Une petite tape sur le museau et je double, je triple mon chiffre d'affaires.

J'ai débuté à Montluçon, figurez-vous.

Les gonzesses tordues, je ne leur causais qu'avec ma botte,

voire le tesson de bouteille.

J'ai marqué 5 insoumises de la croix des vaches.

Et en fin de parcours, qu'est-ce que je suis devenu ?

Un ringard, un zéro !

Tel que vous me voyez là, je suis comme une Bretonne des années 30,

débutante au Chabadet.

Elle m'a passé le licou, la musolière.

On rit de moi dans tout le Finistère.

Voulez-vous que je vous dise, mon père ?

L'amour a fait de moi un homme perdu.

C'est vrai.

Vous êtes une serpillère.

Un mât, du vent, on vous accroche en haut et vous claquez, comme un drapeau.

Non mais dites donc, curé, doucement les basses !

Vous n'êtes pas dans votre cure ici.

Y a qu'une personne qui ait le droit de m'emmerder : ma femme !

Je m'appelle Mickey.

C'est ravissant.

Je te le déménage ?

Non.

Faut d'abord qu'il parle à Rita.

D'accord.

Mais Rita, tu vas lui parler gentiment.

Compris, jeune homme ?

Écoutez, je ne suis pas venu ici dans un esprit de querelle

mais pour arranger vos affaires. Rangez-moi ce pithécanthrope,

c'est dangereux pour les enfants.

De quoi que c'est-il qu'il m'a traité ?

Pithécanthrope du grec pithêkos.

Nom donné par certains paléontologistes comme anatomiquement intermédiaire entre l'homme et le singe.

Stop !

Tu es venu me chercher ?

Non, te parler.

Alors, ça ne m'intéresse pas. Je n'ai pas le temps.

- On remonte ? - Oui.

Stop !

Tu as changé d'avis ?

La femme de Loth était pure comme la vierge noire des Cathares auprès de toi.

Honte sur toi, bougresse !

Tu ne tends pas l'autre joue ?

Si.

Écoute, Mickey. Il faut que tu saches 2 choses.

D'abord, j'ai fait mon temps militaire dans les chasseurs à pied.

Mais si, patate, si !

Ensuite, je suis devenu prêtre. J'ai appris la parole du Christ.

Si l'on te frappe sur la joue gauche, il faut tendre la joue droite, tu me suis ?

Impec.

Par contre, dans l'Ancien Testament qu'hélas tu n'as sûrement pas lu,

le prophète Ézéchiel recommande de châtier l'infidèle dans la chair de sa chair.

- La chair de la chair, mais laquelle ? - Celle-là.

Quel homme en prêtre !

Je suis là !

Je vais te crever.

Quand j'en aurais fini avec toi, t'auras le physique de la terrine du chef !

La terrine du chef, j'adore, menue, hachée et digeste !

Merde !

M. l'abbé, je vous signale que les ordres guerriers n'ont plus droit de cité.

Les Chevaliers de Malte ont tous rendu l'épée, et les Templiers sont morts sur le bûcher.

Monseigneur.

- Pardonnez cette intrusion tardive. - Tardive ?

Le mot est faible. Il sera bientôt matines.

Seigneur, je serai bref.

Une question, une seule : les femmes ont-elles une âme ?

Ah mon cher, mon cher.

Cela peut se discuter.

César Borgia, qui était un pape un peu empoisonneur,

prétendait que non.

Au Concile de Pise en 1524, il fit mettre le débat aux voix.

Les cardinaux votèrent.

Figurez-vous que les femmes eurent une âme.

Mais à une très faible majorité : 2 voix.

300 bulletins noirs pour le non, 302 bulletins rouges pour le oui.

Une misère.

Alors, à 2 voix près, elles n'étaient que des bêtes ?

Oui.

Faudrait peut-être revoter, monseigneur.

En droit canon, ça ferait du bruit.

Si j'en parlais au nonce apostolique...

Imaginez que l'idée parvienne jusqu'au St-Siège et qu'elle soit adoptée,

quelle révolution !

Imaginez les titres dans la presse mondiale :

« Après avoir durement acquis le droit de vote partout,

« les femmes perdent leur âme à Rome ».

Quelle bulle papale, l'abbé !

Ce serait la bulle du siècle !

Tous les nuages du ciel et tous les parfums de l'Arabie

ne parviendront jamais à me laver de l'empreinte de cette femme.

St Médar, St Arsène, St Rigobert, Ste Thérèse d'Avila, de Lisieux, d'ailleurs,

priez pour moi.

À moi, Ste Philomène,

St Éloi et Ste Barbe.

À moi St Lazare, St Martin et St Denis.

Sans oublier St Cloud ni même Ste Radegonne.

- Oh curé ! - On se retrouve !

Demi-tour, suivons-le !

Depuis que j'ai revu Rita,

je ne me sens plus aidé.

Oh Seigneur, pourquoi m'avez-vous abandonné dans les ténèbres ?

Vous êtes blessé ?

Hélas non !

Mais... il a bu !

Non point, mes fils.

Silence, vous autres !

Il est des nuits très noires où nous aimerions tous que Dieu nous éprouvât.

Qu'il brise nos carcasses !

Pour mieux nous reconstruire.

Qu'est-ce que vous en pensez, mon brigadier ?

Faudrait voir à voir.

Silence, vous autres !

M. le curé, faut vous lever. Y a 4 jours que vous gardez le lit.

J'ai dit à maman que vous mangez rien, vous buvez rien.

Vous voulez que ma maman vienne vous soigner ?

Non, pas de femmes !

Plus de femmes.

Un prêtre.

M. le curé.

Tu vois, mon petit,

j'ai tout raté.

Je vis avec un ami.

Je vis avec un épiphyllum grimpant

qui grimpe même plus et qui refuse de fleurir.

M. le curé, votre épiphyllum ne fleurit qu'au printemps.

Y a plus de printemps, mon petit.

Y a plus personne, y a plus rien.

Mais si, mais si.

J'ai parlé de vous avec mon père.

Il dit que vous devez avoir la dépression.

Ou alors le haut mal.

C'est ça.

J'ai le haut mal.

Je vous ai préparé votre thé.

Il est sans sucre.

Tu es un bon petit.

Vous voulez que j'ajoute une rondelle de citron ?

Non, je fais maigre.

Le jeûne, y a que ça pour affuter l'esprit.

Qu'est-ce que je vais leur dire ?

À qui ?

M. le curé, faudrait voir à vous secouer !

On est le 3e dimanche après Noël !

C'est notre messe annuelle du Grand Pardon. Y a tout le pays qui rapplique.

Y a même des voitures de Parisiens.

Et voilà celle de monseigneur l'évêque. - Hein ?

Fonce à l'église, prépare l'autel, sonne la cloche, allez !

Et n'oublie rien, sinon je te coupe les oreilles.

Les pharisiens, les suppôts de week-end !

Ils viennent ici comme on va au théâtre pour voir la mer.

Vacanciers, va !

On va entendre jouer de la musique et déguster mon prêche.

Ils vont m'entendre.

Ils vont l'avoir, mon sermon.

Il va être flamboyant, roman, gothique et gratiné.

Parfaitement !

Ils vont être servis.

Il en met un coup, notre curé.

Oui, un sacré coup de tabac.

Il va peut-être péter son instrument.

Pourquoi joue-t-il si fort ?

Je n'entends rien, mon cher vicaire.

Pourquoi joue-t-il si fort ?

Je trouve qu'il joue trop fort.

C'est ce que je voulais vous dire.

Alors pourquoi ne le dites-vous pas ?

Bizarre.

Vous dites ?

J'ai dit « bizarre ».

Vous avez dit bizarre ?

Je l'ai dit.

J'ai déjà entendu ça quelque part.

Mes frères,

Qu'est-ce que la mer ?

Une gigantesque quantité d'eau dont le volume absurde friserait le ridicule

s'il n'était le symbole du siècle pesant

où se précipite le vacarme des catastrophes

et les vagues de la corruption.

L'océan est un drame.

Et la tempête, les 3 coups d'une divine comédie

où l'on change d'état

pour entrer dans l'au-delà.

Voilà pourquoi mes très chers frères,

avant que de célébrer l'office annuel du grand pardon,

je voudrais vous dire ici

marin, patron pêcheur,

gabier de misaine, matelot d'artimon, moussaillon,

heureux qui comme vous autres mourez souvent en mer.

Alors qu'il en est d'autres

d'autres qui vivent bêtement sur terre,

gonflés comme des dindons,

incapables de rentrer en eux-mêmes

pour y prendre la mesure de leur propre néant.

Quand aurez-vous l'intelligence ?

Jusqu'à quand les impies triompheront-ils ?

Prenez garde.

En vérité, je vous le dis.

Il ne suffit pas de vivre dans l'ombre des puissants pour échapper à la colère du très haut.

Domestiques de Dieu, courbez vos fronts.

Baisez la poussière et la grâce des pas de celui qui nous a tous rachetés.

Faute de quoi, le malin aurait pourri vos âmes jusqu'à la charogne !

Et la puanteur aurait recouvert le monde

dans l'épais brouillard du Jugement dernier.

Nous-mêmes dans le clergé

n'échapperont point à la mécanisation arbitraire et à la politisation partisane.

Nous-mêmes sommes des orphelins de l'amour, des veufs de l'espérance,

des veufs...

Ça y est, il est coincé.

J'ai connu des prêtres royalistes, des prêtres ouvriers,

des curés de campagne, des cardinaux vaudous,

l'abbé fupérioux, l'évêque noir de Harlem,

et à tous, au plus à gauche d'entr'eux, j'ai toujours répondu :

il n'y a qu'un régime totalitaire que je craigne vraiment, le femme !

Bravo !

Que d'eau !

Et encore, monseigneur, vous ne voyez que le dessus.

Vous avez été très bien en chaire.

Si, si, inattendu, plein de raccourcis abruptes mais très bien.

Je crois que cette fois-ci, elle aura compris que je ne la reverrai plus.

L'abbé, en dépit de votre haute culture, il sommeille en vous des naïvetés de jouvenceau.

On ne se débarrasse pas d'une femme par l'injure politique. Elles sont apolitiques.

Avec un « a » privatif gigantesque.

- Ah, et vous croyez qu'elle pourrait... - C'est évident.

- Vous la voyez... - Tout à fait.

Mais... demain est un autre jour.

Dites-moi, avant que de partir, je voudrais vous demander

voulez-vous bien m'entendre en confession ?

Monseigneur, c'est un honneur.

Je vous écoute, mon fils.

Eh bien voilà...

C'est assez complexe à formuler.

Je ne suis pas là. Il n'y a personne.

Je vous prie de m'excuser, monseigneur.

Vous disiez « c'est assez complexe à formuler » ?

Depuis l'adolescence...

Si on est constamment dérangés, je n'y arriverai jamais !

Une seconde, monseigneur. Je renvoie l'importun et je reviens à vous.

- C'est elle. - Oh les femmes !

Quand je pense qu'il y a des hommes mariés qui prennent en plus des maîtresses !

Excusez.

Sors d'ici !

Tu n'as pas le droit de me refuser la confession.

- Crois-moi, j'en ai long à raconter. - Impudique !

Nous traiter de totalitaires ! Est-ce que j'ai une gueule de totalitaire ?

- Tais-toi ! - Jamais, et cesse de te cacher derrière ta soutane.

Je suis ta femme, ne l'oublie pas.

- Madame, j'étais là avant vous. - Très bien, j'attendrai.

Je ne veux pas la confesser.

Pétochard !

C'est bon, je vais le faire. Donnez-moi votre place.

La porte !

Qu'est-ce que vous faites là, vous ?

- J'en ai marre. - Moi aussi.

- Ras le bol ! - Moi aussi.

- Où est votre femme ? - Avec l'évêque.

- Vous avez vraiment peu de moralité. - Il la confesse, imbécile !

Faut pas m'en vouloir, mon révérend. Je ne sais plus où j'en suis.

Ma femme qui fait le trottoir pour récupérer son mari qui est curé,

c'est pas une situation ordinaire même pour un proxénète.

Faut le dire, tout de même. - Eh bien disons-le et n'en parlons plus.

Sans vous fâcher,

vous êtes sûr que Rita ne va pas chercher à allumer l'évêque ?

Parce que vous savez, en ce moment,

elle fait pas le détail.

Elle m'a dit ce matin :

La monogamie, y a que mon St Simon pour me la rendre.

Faut vous décider. Faut la reprendre.

Si je la vois dans le malheur, je réponds plus de moi.

Je suis un grand calme, mais je peux m'énerver.

En 53 sur les docks, j'ai fait une colère !

Je ne suis pas Mickey, moi. Si vous me cherchez, vous me trouverez.

Y aura du bois cassé. Ça sentira le sapin.

Je vous ferai un petit Pearl Harbour, un Waterloo express.

Baudruche !

Vous l'avez confessée ?

Oui-da.

Elle a dû se sentir soulagée quand elle vous a cassé le morceau.

Elle en avait lourd sur la conscience.

Je n'ai pas pu l'absoudre. J'aurais bien voulu, mais vraiment !

Impossible.

Oui.

Impossible.

- Ben alors ? - Alors...

- Tu dois choisir, Simon. - Faut prendre une décision.

Pour vous, pour moi, pour le diocèse, ça ne peut pas durer.

Pour le Vieux Pirate.

Ma clientèle rigole. Ma réputation s'en va en brioche.

Ben alors...

Alors, vous voilà seul avec vous-même.

Simon, tu dois choisir.

Ou tu me prends et tu me sauves ou tu me laisses et je me perds.

Deo juvante.

Ouvre. Je veux pas rester seul avec toi.

Je te fais peur ?

Terrible.

Ah non !

Mon corps n'a pas changé, tu sais. Ni mes hanches.

Damnée !

Ni ma poitrine.

Y a du tangage.

Nous allons faire une expérience.

Pitié.

Rita !

Monseigneur, c'est fou, c'est fini. Je rends les armes. Je rends ma robe.

Je reprends ma gueuse.

Un ange, mon ange.

- Bas les pattes. - Doucement, l'abbé. Vous êtes encore curé.

Ce n'est pas parce que, comme Joseph, vous n'avez pas choisi la fuite en Égypte

qu'il faut brusquement pratiquer le forcing.

Alors, tu me reprends ?

Oh oui !

Je t'aime.

Et moi, je t'adore.

Ma vénéneuse mandragore.

Moi aussi, je t'adore, l'organiste.

L'abbé, vous avez craqué.

Complètement, monseigneur. Et avec un certain plaisir.

Je vous le dis sans menterie, je vais me vautrer dans l'ivresse.

- Emmenez-la. - Vous croyez ?

Viens.

Je t'attendrai au Vieux Pirate.

Et moi, je vous attends dans 8 jours, à l'évéché.

J'y serai, monseigneur.

Vous savez, l'expérience est une lanterne que l'on porte accrochée dans le dos,

mais qui n'éclaire, hélas, que le chemin parcouru.

- St Thomas. - Non, Confucius.

- Comment va ton père ? - Toujours la grippe.

- Ta mère ? - Toujours la tousse.

Très bien.

M. le curé ? Il est tard. Je peux poser une question ?

Bien sûr, mon petit.

Pourquoi vous jouez une musique si belle ?

C'est une très longue histoire

pleine de bruit et de fureur.

Y a pas de paroles.

Elle se chante pas, votre musique ?

Non, mon petit. Ça ne se chante pas.

Ça se rêve.

Ho là, séminariste !

- Mon père ? - Avez-vous un vélomoteur ?

- Hélas non, mon père. - Dans ce cas, prenez celui-ci. Il est à vous.

Et entrant dans le sépulcre, elles virent un jeune homme assis à droite,

vêtu d'une robe blanche et elles furent saisis de...

L'abbé !

Venez.

Attendez-moi.

Vous êtes bien pressé. - Pardon, monseigneur.

J'ai beau avoir le bras long. Il y a une sérieuse paperasserie

cardinalesque, apostolique et romain à rédiger.

Il ne vous reste plus qu'à signer ici.

- Sur le chat ? - Non, pas sur Mirliflore.

Là.

Vous mettez « lu et approuvé, bon pour accord » et vous signez.

C'est un contrat de non-contrat avec le Saint Siège.

Vous êtes libéré dès à présent de toute obligation de ministère sacerdotal.

Merci, monseigneur.

Me permettez-vous une question drôlatique ?

- Toutes celles que vous voudrez. - Comment dirais-je...

je me demande comment une femme d'un milieu si différent du vôtre

a pu vous fasciner

car enfin, elle est plus Barbès que Rochechouart.

- Je serai franc, elle me tient... - Je m'en doutais.

- Vraiment ? - Vraiment. Vous avez de ses nouvelles ?

Oui, excellentes. Elle m'attend.

Francisco m'a dit au téléphone qu'elle était sage comme une image.

Ce qui me paraît plus surprenant, c'est qu'elle soit soudainement devenue dévote.

O tempora, o mores.

Sol lucet omnibus.

Omnia vincit amor.

Amen.

Adieu, monseigneur.

Adieu, mon fils.

À vous, mes plus fidèles ouailles, je dois quelques explications.

La vie m'appelle ailleurs.

Des épreuves, très dures, m'attendent.

Je vous demande de ne pas m'oublier dans vos prières,

dans vos chemins de croix,

et dans vos rosaires.

Adieu, veuve Locronan,

adieu veuve Planqueton, adieu veuve Chenut.

Adieu, veuve Terreneuvasse.

Le voilà. C'est lui.

- Il paraît que vous avez quitté les ordres ? - Vous allez reprendre vos concerts ?

Foutez-moi la paix !

- Une photo, mon père ! - Y a plus de père.

Gendarme, vous savez ce que je vois ?

Non, brigadier.

Je vois le curé qui fait taire les crapeaux.

Je vous en prie, messieurs dames, sortez.

- Bonjour. - C'est vous qui avez convoqué la presse ?

C'est nous.

Bravo, M. Mickey.

C'est une façon comme une autre de faire la publicité pour votre bordel portuaire.

Hein, sous-produit ?

- Oh, mon père. - Y a plus de père.

Où est Rita ?

Je vous dis où elle est si vous me donnez la preuve que vous êtes bien civil.

Vraiment ?

Oh merde !

Sortez, je vous en prie. Laissez-nous.

Parle, ou je t'étrangle.

- Brigadier Temporel. - C'est ravissant.

Vous ne seriez pas par hasard le prêtre qui l'autre nuit...

- Ce prêtre-là est mort. - Vous lui ressemblez drôlement.

Pour la dernière fois, où est Rita ?

Gare.

Quelle gare ?

Sur le quai, sous l'Ardèche et la Lozère, juste en dessus de l'Hérault.

Quoi ?

Vous avez entendu cette ordure ?

- Qui l'a envoyé là-bas, ordure ? - C'est elle.

Je vous jure, c'est elle. Elle a voulu.

Pourquoi faire, ordure ?

Elle avait peur de continuer à pourrir votre vie.

Elle disait qu'elle faisait votre malheur.

Elle est rentrée comme novice dans un couvent.

Chez les bénédictines de la petite Chartreuse.

- Calmez-vous, mon cher. - Me calmer ?

Je vais détruire ton bouge comme Carthage fut détruite.

Aux armes !

Les trompettes de Jéricho, c'était du nougat à côté.

Oh non, pas mon lustre !

Holà, du couvent ?

L'abbesse, l'hôtesse, la sœur portière ?

Où est-elle ?

Rita !

Simon.

Je l'ai fait pour toi, seulement pour toi.

Écoute-moi bien, Rita :

je retourne à Brest et je vais consommer toutes les filles du port jusqu'à ce que tu me reviennes.

Pas une ne m'échappera !

Simon, ce que tu as vu au Vieux Pirate, c'était pas vrai.

- Je ne veux pas le savoir ! - C'était pour te faire peur, pour que tu reviennes.

Je vais les consommer toutes !

Dehors, satire !

Je sors, bougresse ! - Simon !

Je t'aime. Emmène-moi.

- Tu me seras fidèle. - Je te le jure.

- Ne jure pas, s'il te plaît. - Je te serai fidèle. Je te suivrai partout.

Dans ce cas...

Pardon.

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