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Original subtitles

OTHELLO

Il ressemble à ce qu'il était dans la pièce précédente.

Vous vous rappelez ?

N'est-il pas magnifique ?

Merveilleux.

Salut, les gars.

Quelle allure, dis donc !

C'est le chapeau ça !

Il vient d'où, Lily Daché ?

Je l'ai fait moi-même.

Quel chic type !

Tu l'as dit.

On se voit tout à l'heure.

Salut, Barry.

Ça va, M. John ?

Un vrai méchant.

Il paraît.

Il est bon acteur.

Oui, mais tout de même.

Tony !

Bonjour, Ellen.

Bonjour.

On ne s'est pas revus depuis...

Sands point.

C'est ça.

J'ai perdu votre numéro.

Je m'en doutais bien.

Que faites-vous en ce moment ?

Une comédie musicale.

C'est bien ?

Horrible.

Eh bien... Bonne chance.

Merci. Au revoir.

A une prochaine fois.

Au revoir, Tony.

Qu'il est chou !

Quel mufle !

Hein ?

Bonjour, M. John.

Bonjour, Anna. Bonjour, Max.

Voici qu'arrive le sémillant Anthony John.

Il salue son ami et s'assied.

Rideau.

C'était bien hier ?

Parfait.

Une émeute. Une vraie partie de plaisir !

Cette pièce te réussit, tu sais.

Cette chère Anna et son café.

Si c'était possible,

j'aimerais ne te donner que des comédies.

Qu'est-ce qui t'en empêche ?

Je lis une pièce chaque matin,

une autre tous les soirs,

365 jours par an. 730 pièces !

Et si dans le lot,

il y en avait une qui peut être montée

avec un rôle pour toi, j'ai de la chance.

Tu dois te souvenir d'une chose.

Tu es un acteur.

Tiens donc !

Et un grand acteur.

Soit.

Tu as des devoirs.

Tu ne peux pas te limiter.

Tu t'emballes.

Je suis comme ça.

Allez, je te vois venir.

Crache le morceau.

Othello.

Je relisais hier

ton ancienne mise en scène.

C'est bon, tu sais.

Il y avait des choses bien.

Bien ?

Rappelle-toi ton idée pour la fin.

Tu étrangles Desdémone en l'embrassant.

Ça m'a l'air ridicule.

Pas du tout !

C'est génial. Et crédible,

N'est-ce pas, Victor ?

N'est-ce pas quoi ?

N'est-ce pas génial ?

Et crédible ?

La fin d'Othello ?

Ça va, Tony ?

Je rougis, et c'est à cause de Max.

Il me décrit tableau par tableau mes propres idées.

Tu vas dire oui, Tony ?

Avec toi à la mise en scène ?

Réponds à ma question.

Je n'en sais rien.

Je ne sais pas, je...

Certains rôles me fichent la trouille,

sur scène et en dehors.

Où est passée ton ambition ?

Elle s'est tarie, Max.

Elle m'a mené loin, tout de même.

Tu te souviens quand j'étais encore jeune premier ?

Toujours fringant, la raquette à la main.

"Un petit tennis ?

D'ac, allons-y."

Et avant ça,

les opérettes.

J'étais heureux, à cette époque.

Avec sept mots à mon vocabulaire.

Je me souviens de mon père,

qui passait me voir en coulisses.

Qui me disait d'en profiter.

"Profites-en, fiston.

"Moi, je n'ai pas réussi.

"Mais tu y arriveras pour nous deux."

Je lui filais 5 $ et il se carapatait.

Je ne l'ai jamais écouté.

Je n'ai jamais écouté personne, à part Brita.

C'est en l'épousant que j'ai découvert l'ambition.

C'est grâce à elle que j'ai voulu m'améliorer.

Devenir un comédien, un vrai.

J'ai dû apprendre à parler.

A bouger. A penser.

A me déchirer et à me rafistoler, encore et encore.

On doit pouvoir retrouver des morceaux

sur telle ou telle scène.

J'y ai laissé des plumes.

Le rire, le repos, les amis, la vie privée.

Le destin faisant toujours mal les choses,

j'ai même perdu Brita.

Je vous raconte l'histoire de ma vie ?

Ton père était bon acteur.

Marci, Max.

Ça ne l'a pas empêché de finir portier.

Passe voir la pièce ce soir.

Ça se passe bien, mais ça ronronne.

Qui en a marre ?

Tout le monde. Sauf Brita bien sûr.

Bien sûr.

Elle est toujours formidable.

Parlons d'une chose qui ne me regarde pas.

Toi et Brita,

tu es divorcé depuis quoi, 2 ans ?

Et 4 mois.

Mais vous vous aimez toujours ?

Alors ?

Pourquoi ne pas nous remarier ?

Nous nous aimons trop pour ça.

Je vois.

A plus tard.

Et notre Othello ?

Ne compte pas trop sur moi.

Je ne crois pas que je devrais accepter

ce genre de rôle.

Bien ou pas bien.

Penses-y et on en reparle.

D'accord.

Nous aussi, on devrait y penser.

Pourquoi ?

Il serait formidable.

Pour quelqu'un qui baigne dedans,

tu connais mal les acteurs.

Qu'y a-t-il à savoir ?

C'est un don. On l'a ou pas.

Non.

Chez Tony, c'est bien plus que ça.

Il devient quelqu'un d'autre, tous les soirs.

Pour quelques heures. Du tout au tout.

Ne viens pas me dire que ça ne l'affecte pas.

Je n'ai rien remarqué.

J'arrive avec un projet formidable,

et personne n'est enthousiaste.

Je veux éviter tout problème.

Nous verrons.

Soit, nous verrons.

Bonsoir, Bill.

Bonsoir, Max.

Victor est là ?

Juste ici.

J'ai les photos de Brita pour le journal de dimanche.

Parfait. Attends de connaître ta prochaine campagne de promo.

Tu devrais tendre l'oreille.

Une nouveauté ?

Du neuf avec du vieux. Je t'en parle demain.

Pardon, M. Lasler.

Je vais me marier avec...

l'homme le plus merveilleux du monde... Martin.

Mon valet ?

Du café ?

Merci, Martin.

Quand tout ceci a-t-il commencé, Martin ?

Miss Cole a bien voulu

accepter ma demande en mariage le 14 mai.

Le lendemain, le 15...

Merci.

De rien.

Je vous ai donné mon congé

en vous annonçant mon mariage.

Sans préciser qu'il s'agissait de ma fille.

Ce n'eût pas été convenable.

Convenable !

Quel toupet !

Quel charme !

Ça ne me surprend pas

qu'il soit le gentleman d'un gentleman.

Et bientôt celui d'une lady.

Surtout ne pas pleurer.

Mon ange.

Mon coeur.

Martin !

Mais monsieur,

j'ai terminé mon service.

J'espère vous avoir comblé.

Au revoir !

Au revoir. Au revoir.

Maman !

Étais-je bon ce soir ?

Max, je te cherchais.

Bonsoir, M. Lasler.

Posez-le sur le bureau.

Bonsoir, Victor.

C'est à toi.

Tony !

Je dois te parler.

Plus tard.

Max, tu viens à la fête ?

Non, je vais...

Un dernier ?

Laisse-les saliver.

Alors ?

Ça m'a plu.

Il y a deux ou trois choses qu'il faut revoir.

Qui voilà ? L'impresario de Shakespeare.

Bonsoir, Brita.

Bill, entre.

Je peux ?

Faites vite.

Bonsoir, Gladys.

Tes nouvelles photos.

Parfait !

Je verrai ça demain.

Tony et moi...

Oui, j'y vais aussi.

On part ensemble ?

Bien sûr.

Tu vas démarrer une nouvelle pièce avec Tony ?

Une pièce ?

Max avait l'air sûr de lui.

Je pensais que tu savais.

Non, il ne m'a rien dit.

J'espère que c'est une comédie.

Si on veut de moi...

Tu fais ça depuis un an.

Tu connais Tony.

Quand il fait du léger, c'est un bonheur d'être avec lui.

Mais dans les rôles plus intenses...

Tu dis ça pour ne pas l'épouser.

Tu crois ?

Oscar Wilde pour les fiançailles,

O'Neill pour la rupture,

Kaufman and Hart, pour le mariage

et Tchekhov pour le divorce.

Je devrais refaire tout ça ?

Tu veux un conseil ?

Moi, j'en ai un pour vous.

Filez !

Elle doit s'habiller.

Je t'attends dehors.

D'accord.

Je passe ma vie à empêcher les gens de devenir fous.

Sans y parvenir.

Tu es prêt ?

Entre, chérie.

Peu de femmes monteraient jusqu'ici pour te voir.

Tu crois ça ?

Tu serais surprise.

Comme elle est belle !

On dirait des jeunes mariés.

Des fiancés.

C'est mieux que des mariés.

Tony, lis ça ce soir.

Je ne vais pas rentrer tôt.

Parles-en à Brita.

D'accord.

Bonsoir.

Bonsoir.

Au revoir.

Me parler de quoi ?

Othello.

Tiens donc, on remet ça ?

Une idée comme ça.

Et des vacances ?

J'en prendrai avant ça,

si j'accepte.

Des vacances comme ça, je connais.

J'ai déjà donné.

Tu ne penses qu'aux futures répétitions,

Tu ressasses ton rôle, tu t'inquiètes, tu te lèves en pleine nuit.

Tu restes silencieux pendant des journées entières.

Tu disparais sans prévenir.

C'est un cauchemar, pas des vacances.

C'est vrai, mais tout de même.

Tout de même quoi ?

Ça n'en vaut pas la peine.

C'était bien, cette année.

J'ai même cru parfois que ça pouvait repartir entre nous.

Si on se lance dans Othello

tout sera fini.

Mais pour quoi ?

Tu le sais bien.

Tu ne sauras pas t'arrêter.

Je savais m'arrêter autrefois,

mais entre-temps, tu es passée par là.

Ne l'oublies pas.

Quoi ?

Tu as été mon inspiration, dirons-nous.

On reparlera de ça une autre fois.

Tu es fatigué.

Allons faire la fête, nous amuser et rire de nos broutades...

Broutades.

Boutades ! Et surtout bien dîner, viens.

Tu es prêt ?

J'arrive.

Bill nous accompagne.

Il fera le trajet avec nous.

Bien.

Dis-moi, chérie...

Oui ?

Tu veux bien y aller avec Bill ?

Je vous rejoindrai.

Pourquoi ?

J'aimerais réfléchir un peu à tout ça avant de me décider.

Tony.

Allez, file !

Je vous rejoindrai.

Bien. Aplus tard, Tony.

A plus tard.

Mes amitiés au beau monde.

Matinées demain.

J'irai acheter de quoi faire les gargarismes.

La même marque que d'habitude ?

Oui, très bien.

Bonsoir, M. John.

Bonsoir.

"Prenez garde à la jalousie !

"C'est un monstre aux yeux verts.

"Tout mon fol amour que je souffle à la face du ciel.

"Il est parti.

"Surgis, noire vengeance !"

"Peut-être parce que je suis noir...

"et n'ai pas les manières doucereuses es courtisans."

Que vaut le poulet cacciatore ?

Vous me direz.

Du café ?

Du café.

Tout va bien ?

Parfait.

Vous voulez du vin ou une cavalière, demandez au patron !

Je suis bien tout seul.

Vous parlez italien ?

Un peu.

Ça fait plaisir.

Un nouveau client, ça se soigne.

Merci. Amusez-vous

Prends soin de lui.

Vous êtes pas du coin ?

Pourquoi ?

Je sais pas.

J'aurais de Boston.

C'est vrai ?

J'y ai vécu.

C'est pour ça que je dis ça.

C'est calme, là-bas.

Pas dans le coin où j'étais.

Quel coin ?

Un peu partout.

J'avais un bon boulot là-bas.

Je suis masseuse.

Voyez-vous ça.

Bien sûr.

Vous me croyez pas ?

J'ai un diplôme.

J'ai pris des cours.

De massage ?

Bien sûr.

J'ai été sur la côte, aussi.

En Californie ?

Bien sûr. San Diego, San Pedro, L.A. Un peu partout.

Je suis revenue il y a un mois.

Vous vous plaisez ici ?

Quand j'aurai des contatcs ce sera mieux.

Je pourrais essayer d'être mannequin.

Il faut connaître du monde.

C'est exact.

Je vous laisse mon nom ?

Soit.

Pat.

Pat Kroll.

"Que nous appelions nôtres ces créatures délicates et non leurs appétits.

"J'aimerais mieux être un crapaud et vivre des miasmes d'un cachot

"plutôt que de laisser un seul..."

Vous me parliez ?

Non.

Je croyais que vous me parliez.

Oui, mais c'est sans importance.

Vous savez quoi ?

Quoi ?

Vous êtes chou.

Je finis dans trois quarts d'heure.

On pourrait se raconter nos vies

si ça vous dit.

Très bien.

C'est ouvert.

J'ai fait le tour du quartier avant de trouver.

J'y croyais plus.

Besoin d'aide ?

Non, merci.

Vous voulez du café ?

Parfait.

Ou une bière ?

Du café, c'est très bien.

Asseyez-vous !

J'aime bien rencontrer des gens.

Je t'aime bien, tu sais ?

Maintenant je sais.

Tu comptes m'en dire autant ?

Plus tard.

Merci.

Tu me dis ton nom ?

Si seulement je le savais...

Tu vas pas me la faire.

Quoi donc ?

Je connais les répliques.

Pas tant que moi.

Ça te fait rire ?

Non, c'est une blague entre moi et moi.

Allez, dis-moi ton nom.

Lequel ?

Ton nom de naissance.

On t'en a bien donné un, non ?

Ce n'est pas le vrai.

Comment ça ?

Je ne sais pas.

Oh là, du calme.

Garde-le pour toi.

Si je savais qui je suis, je serais un homme heureux.

Les gens croient savoir qui ils sont.

Pour eux, c'est facile.

Tu veux savoir mon nom ?

Martin.

Merci.

Aussi Ernest et Paul,

Hamlet et Joe

et peut-être... Othello.

Oui, et je suis Français et Russe

et Anglais et Norvégien.

J'ai du sang mêlé aussi.

Très bien chérie,

à la fois brave et lâche ?

Amoureux ou non ?

Confiant ? Jaloux?

Es-tu tout cela ?

Qu'est-ce que j'ai là ?

Un dingue ?

"Le vent paillard, qui embrasse tout ce qu'il rencontre

"se tait dans l'antre creux de la terre et ne veut pas l'entendre.

"Ce que tu as commis... Impudente traînée !"

Ça va bien ?

"Par le ciel, vous m'outragez."

Comment ?

Rien.

J'ai demandé si ça allait.

Tu dis des trucs bizarres comme si tu étais quelqu'un d'autre.

Je l'étais.

Ça va ?

Mais oui.

Ne dis plus de trucs bizarres.

D'accord.

D'ailleurs...

Ne dis plus rien du tout.

D'accord.

Max t'encouragera à accepter.

Ça lui permettra de faire les cent pas comme un père à la maternité.

Que voudrais-tu qu'il joue Iago ?

Non, mais je n'aime pas qu'on te force la main.

Tu doutes que je sache jouer Othello.

Si je doute de moi, c'est à vous tous de me rassurer.

Ça se tient ?

Bien sûr.

Pour quel motif ?

Aucun.

Merci, trésor.

Tu serais une Desdémone épatante.

Tu le sais ?

C'est fou ça ! Personne ne m'a demandé mon avis,

toi comme les autres.

Allons, Brita...

- je suis le seul... - C'est bon, chéri...

J'ai l'habitude.

De quoi faire ?

De te suivre dans tes lubies.

Si on s'y met, il faudra que je travaill mon accent.

Tu t'en sortiras très bien.

Tu traduis ?

Oh, non.

Je vois.

C'est ça.

Quoi ?

Rien.

Mon esprit me joue des tours.

Je pense déjà à l'avenir.

Quand tout sera terminé.

J'imagine la pièce dans toute sa magnificence,

encensée par la critique.

Le plaisir d'avoir fait quelque chose de bien.

Je pense à tout ce qu'il faut faire pour en arriver là.

La terreur de la première répétition.

Les acteurs, nerveux et inquiets.

Tu te répètes inconsciemment que tu as fait une erreur

mais tu sais qu'il est trop tard pour changer d'avis.

C'est mieux ainsi.

Oh, non.

Si, Tony, c'est bien.

Tu tentes de t'appropriers les mots,

les idées d'un autre.

Encore, encore et encore.

Tu fais travailler ton imagination comme un fou.

La clé du personnage :

la jalousie,

tu vas la chercher en toi.

Qu'est-ce que ça fait, la vraie jamousie ?

Tu te rappelles tes propres crises de jalousie.

La jalousie.

La jalousie.

Tu la cherches, tu la trouves, tu la ressens !

La jalousie !

Toutes ces heures passées à parler chaussures, accessoires,

maquillage.

Les essayages.

C'est parfait.

Formidable. Vraiment !

Les répétitions en costume.

Les moments où tout semble aller bien.

Et ceux, inévitables, où tout se passe mal.

Colères,

disputes,

modifications.

Jusque tard dans la nuit.

Les cachets pour tenir...

et les cachets pour dormir.

Le rôle s'insinue dans ta vie,

et la lutte s'engage.

L'imagination contre la réalité.

Ne pas les laisser se mélanger

voilà l'enjeu.

Et soudain...

c'est le grand soir.

Tu aperçois le public.

Ce terrible monstre à mille têtes.

Tu es proche de la transe,

Tu sais que le rideau va bientôt se lever.

En place.

Et déjà, sans que tu t'en sois aperçu,

la pièce est presque finie.

La dernière scène va commencer.

Tu te rappelles que tu es sur scène.

Au théâtre,

le public face à toi.

Soudain,

tu es surpris par le son de ta propre voix.

Pourtant je ne veux pas verser son sang.

Ni déchirer cette peau plus blanche que la neige

et lisse comme l'albâtre des tombeaux.

Pourtant elle doit mourir,

sinon elle trahira d'autres hommes.

Tu tentes de garder le contrôle.

Il y a deux hommes en toi.

Tu dois les maîtriser.

Toi...

et Othello.

Eteindre cette lumière,

et puis...

Eteindre cette lumière.

Si je souffle sur toi, ministre de la flamme,

je peux restaurer ta lumière si le regret me vient.

Mais si j'éteins la tienne,

toi, le modèle achevé de la nature parfaite,

je ne sais pas où est le feu prométhéen

qui peut ranimer ta lumière.

Il faut que je pleure,

mais ce sont des larmes cruelles. Ce chagrin est céleste,

il frappe quand il aime.

Elle s'éveille.

Qui est là ?

Othello ?

Oui, Desdémone.

Vous venez au lit ?

Avez-vous prié cette nuit, Desdémone ?

Oui, mon seigneur.

Si vous avez le souvenir de quelque crime

non encore absous par le Ciel,

demandez vite pardon.

Hélas, mon seigneur,

que voulez-vous dire par là ?

Allons, faites-le, et soyez brève.

Je vais attendre.

Sans que ton esprit ne fût préparé,

le Ciel me préserve de tuer ton âme.

Vous parlez de tuer ?

Oui, je le fais.

Pourquoi mordez-vous ainsi votre lèvre ?

Une passion sanguinaire ébranle tout votre être.

Ça va, M. Friend ?

Le trac de la première.

Si Donlan et Lasler me cherchent,

dites-leur que je suis au bar.

Ils y sont depuis l'acte II.

J' espère qu'elle ne pointe pas sur moi.

Paix, reste calme !

Je veux bien.

Qu'y a-t-il ?

Ce mouchoir que j'aimais tant, tu l'as donné à Cassio.

Non, sur ma vie et mon âme.

Demandez-lui.

Prends garde au parjure.

Tu es sur ton lit de mort.

Oui mais pas pour y mourir.

Si, tout de suite.

Ainsi confesse franchement ton péché,

car en nier sous serment chaque article

ne peut ni écarter, ni étouffer

la forte conviction qui me fait gémir.

Tu dois mourir !

Seigneur, ait pitié de moi !

Je dis, "Amen."

Vous aussi, ayez pitié !

Jamais je ne vous ai offensé de ma vie,

Jamais je n'ai aimé Cassio.

Sinon de la façon dont il m'était permis.

Jamais je ne lui ai donné de gage.

Je l'ai vue dans sa main.

Oh, femme parjure !

Tu changes mon coeur en pierre

et me fait accomplir un meurtre,

au lieu d'un sacrifice.

J'ai vu le mouchoir !

Alors il l'a trouvé.

Faites-le venir.

Et qu'il l'avoue.

Il a avoué.

Quoi, mon seigneur ?

Qu'il a usé de toi.

De façon illicite ?

Oui.

Il ne dira pas cela.

Non. Sa bouche est close.

L'honnête Iago y a mis bon ordre.

Ma frayeur interprète alors...

Il est mort ?

Aurait-il eu autant de vies que de cheveux,

ma vengeance pouvait les avaler toutes.

Hélas, il est trahi,

et moi je suis perdue !

Oh, traînée !

Tu oses le pleurer devant moi ?

Bannissez-moi, mais ne me tuez pas.

Arrière, traînée !

Tuez-moi demain, laissez-moi vivre cette nuit.

Si vous vous débattez...

Une demi-heure !

A l'exécution, pas de sursis !

Le temps de dire une prière !

Il est trop tard.

Mon seigneur !

Mon seigneur !

Mon bon seigneur !

Mon seigneur !

Mon seigneur !

Mon seigneur...

Mon seigneur !

Holà !

Mon bon seigneur,

je voudrais vous dire un mot.

C'est presque fini, M. Lasler.

Vous m'aviez dit de vous prévenir

quand ce serait la dernière scène.

Ah oui, merci.

Dernière scène.

Quelle pièce ?

Notre pièce.

C'est bien.

Il y a un meurtre dedans.

Ça alors.

Qui ça ?

Quoi ?

Qui tue qui ?

Tony.

Il tue la fille.

Jusqu'à ce qu'elle meure.

Avec un baiser.

Ridicule.

Insensé.

Ce soir il assassine la fille.

Demain, c'est lui qui se fait assassiner.

Oh, que non.

Comment avez-vous, Cassio, obtenu le mouchoir de ma femme ?

Il était dans ma chambre.

Et il vient d'avouer qu'il le laissa tomber là, exprès,

afin d'assouvier son dessein.

Imbécile que je suis, imbécile, imbécile !

Vous devez quitter cette chambre et venir avec nous.

Vote commandement vous est retiré

et Cassio gouverne à Chypre.

Vous resterez ici prisonnier

jusqu'à ce que votre faute soit connue de l'Etat vénétien.

Allons, emmenez-le.

Doucement.

Un mot ou deux.

J'ai rendu à l'Etat qualque service et on le sait.

N'en parlons plus.

Je vous en prie, dans vos lettres,

quand vous relaterez ces événements funestes,

évoquez-les tels qu'ils sont,

sans rien atténuer,

mais sans y mettre de haine.

Puis vous devrez évoquer un homme

qui n'a pas aimé avec sagesse,

mais avec excès,

un homme qui n'était pas jaloux mais qui, manipulé,

perdit totalment la tête.

Un homme dont la main, comme celle du vil Indien,

rejeta une perle

plus riche que toute sa tribu.

Un homme dont les yeux vaincus,

peu habitués à s'attendrir, versent des larmes

autant que l'arbre d'Arabie sa gomme médicinale.

Ecrivez tout cela

et dites en outre qu'un jour dans Alep,

alors qu'un Turc enturbanné battait un Vénitien et dénigrait l'Etat,

je pris par la gorge ce chien circoncis

et le frappai ainsi !

Sanglante conclusion !

Toute parole serait de trop.

Je t'ai embrassée avant de te tuer.

Il ne me reste que ceci,

me tuant,

mourir pour un baiser.

Je redoutais cela mais j'ignorais qu'il avait une arme.

Il était grand de coeur.

Oh chien de Sparte,

plus féroce que l'angoisse, la faim, ou la mer,

contemple l'hécatombe tragique de ce lit.

C'est ton oeuvre.

Ce spectacle empoisonne la vue.

Qu'on le cache.

J'embarque à l'instant,

et vais au gouvernement,

d'un coeur triste conter ce triste événement.

Bravo, les gars. Lumière !

C'est bon, les gars.

Merci.

Tu étais parfait, Tony.

Félicitations, chéri.

Tu as été parfait Tony.

Oui vraiment.

Tu n'as jamais été aussi bon.

Arrêtez de marcher ainsi, détendez-vous.

Si vous n'aviez dû jouer qu'un rôle...

très cher, c'était absolument...

vous pourriez vous arrêter là.

Je n'espère pas.

Allons, Tont, tu ne vas pas accaparer Dolly.

Félicatations.

Merci.

Merci.

Ça va ?

- Arrête de me demander ça. - Quand j'en serai sûre.

Voilà.

Je ne te mérite pas.

Et tu ne m'as pas.

La vie est souvent injuste mais pas toujours.

Si je fonds en larmes, ce sera ta faute.

Qu'y a-t-il ?

Rien.

Brita, viens m'aider. J'ai la clique d'Hollywood sur le dos.

C'est bon, vas-y.

Prenez garde à la jalousie !

C'est un monstre aux yeux verts qui nargue la proie dont il se

"Arrière, traînée !"

"Tu ne l'as pas vue caresser la main de Cassio ?"

"C'était pure courtoisie." "Pure lubricité."

"Leurs lèvres étaient si proches que leurs souffles s'embrassaient."

"Dans son sommeil, il disait

"Douce Desdémone, soyons prudents, cachons nos amours.

Cachons nos amours...

Cachons nos amours !

- C'était autre chose en 1920. - Vous y étiez ?

Brita... Je veux rentrer, Brita.

S'il te plaît, rentrons.

Trésor !

Bon anniversaire, très chère.

Tony, merci infiniment !

Ce n'est rien. Trois semaines de salaire.

Ça les valait, merci !

regarde, un vrai sapin de Noël.

De la part de Max.

Charmant.

De Victor.

De Main et Douglas.

Le top du top.

Et un collier offert par Bill. C'est chou, non ?

Je préfère le tien. Ça te dirait d'aller à une fête...

Ecoute, chérie, je suis en retard,

tu permets ? - Tu devrais te dépêcher.

Oui, tu as raison.

Merci encore.

C'est une ruse pour me décourager.

De grâce, rappelez Cassio.

Je veux ce mouchoir, j'ai un pressentiement.

Jamais vous ne trouverez homme plus compétent.

Le mouchoir.

Parlez-moi de Cassio.

Le mouchoir !

Un homme qui a fondé sa fortune sur votre amour,

- partagé des dangers avec vous. - Le mouchoir !

En vérité vous êtes à blâmer.

Sangdieu !

Qui est ce maladroit ?

Si ça se reproduit, je lui ouvre le crâne !

- Il ne l'a pas fait exprès. - Je m'en moque !

Très bien, Tony.

Si tu y vois un inconvénient, tu me le dis !

Je cherche juste une solution.

- Ça mettra tout le monde d'accord. - Bien, M. John.

- Ils me fatiguent, tous ! - A vous, M. John.

Mais si je donne à ma femme un mouchoir...

Faites-le venir et qu'il avoue la vérité.

- Il a avoué. - Quoi ?

- Qu'il a usé de toi. - Comment, de façon illicite ?

- Il ne dira pas cela. - Non, sa bouche est close !

L'honnête Iago y a mis bon ordre.

Ma frayeur interprète alors... Quoi, il est mort ?

Aurait-il eu autant de vies que de cheveux,

mon immense vengeance pouvait les avaler toutes.

Hélas, il est trahi, et moi je suis perdue.

Traînée, tu oses le pleurer devant moi ?

Bannissez-moi, mais ne me tuez pas.

Te bannir, arrière...

Arrière, traînée !

Tuez-moi demain, laissez-moi vivre cette nuit.

Si vous vous débattez...

Seulement une demi-heure.

Pas de sursis à l'exécution.

Le temps de dire une prière.

Il est trop tard.

Tony, tu me fais mal.

Que se passe-t-il ?

Que fait-il ?

M. John, faites attention !

Qu'est-ce qu'il fait ?

M. John.

Arrêtez-le.

Faites quelque chose.

Pour l'amour du ciel, frappez.

Mon seigneur !

Mon bon seigneur,

je voudrais vous dire un mot.

C'est inexcusable !

Bonsoir, docteur.

Bonsoir, messieurs.

Laissez-la seule.

Restez en dehors de ça.

Qui est-ce ?

Alors qu'y a-t-il ?

- Que... - Bonsoir, Tony.

- Qui t'a prévenu ? - C'est moi.

Ça c'est de la mise en scène !

Ce n'est rien, docteur. Un accident.

Cette petite nature ne se remet pas d'un baiser.

On en a trop fait.

En plein jeu, elle me dit quoi faire, elle crie !

Je suis désolée, Tony.

Tu as cru qu'on jouait pour des sourds ?

Tony, tais-toi !

Brita...

Je suis désolé.

Tony...

Je suis désolé, mon ange.

Je mourrais plutôt que de te faire mal.

Tu le sais ?

Oui, je le sais.

C'est pardonné, Tony.

Doucement.

Seigneur, quel métier !

What a business.

Ferme les yeux, Tony.

C'est une surprise. Ferme les yeux.

Tu peux regarder.

Ça te plaît ?

Ça alors !

Merci.

Je ne m'y attendais pas.

- Arrête, Tony. - Quoi ?

De te payer ma tête.

Ah bon ?

Allons, mangeons.

Excuse-moi.

C'est pas grave.

J'aurais pu faire un effort. Je suis fatigué.

Je ne sais pas ce qui m'arrive. Enfin, si, je le sais.

Pardon, Brita. C'est un très beau gâteau.

C'est une bonne idée, une excellente chose...

N'en rajoute pas non plus.

Je peux me manger ?

Ce ne sera pas nouveau.

Croix de bois, croix de fer, tout ça...

Il vient de chez Henri's.

Quoi donc ?

Le gâteau.

On est bien ici, non ?

Pour l'instant.

On en deviendrait sentimental.

Je ne pense pas l'être plus qu'un autre.

D'ailleurs parlons-en.

De qui ?

De l'autre.

Qu'en dire ?

Il est bon attaché de presse mais crois-tu...

- Quoi ? - Changeons de sujet.

Pourquoi ?

Celui-ci ne me plaît pas et je suis chez moi.

- Tu vas l'épouser ? - Non.

Tu l'aimes ? Tu aimes quelqu'un d'autre ?

Tony, fiche-moi la paix !

- Ton gâteau. - Je n'en veux plus.

C'est jamais facile de renoncer à sa part du gâteau.

Que tu es bête !

- Changeons de sujet ? - Parfait.

- Que veux-tu faire après ? - Après la pièce ?

Max veut prolonger d'une année.

Ce sera sans moi.

- Tu n'en veux plus ? - Non, je n'en peux plus.

- Peut-être devrais-tu arrêter. - Oui, peut-être.

Mais tu vois...

Quoi ?

Quel est le pire ? Jouer ou ne pas jouer ?

Quand je ne joue pas, je suis seul.

C'est pas bien.

- Je n'aime guère. - Ne dis pas ça.

C'est pourtant vrai.

Tu étais la seule réponse.

Et ce fut un échec.

Tout n'est pas de ta faute.

Oh que si.

Et là, à qui la faute ?

- Faute ? - C'est notre faute à tous les deux.

Les bonnes choses comme les mauvaises.

Tu ne penses pas ce que tu dis.

Non.

C'est surtout la mienne.

Oui.

Toujours ?

Souvent.

Et tu ne veux toujours pas m'épouser ?

Non, trésor, je ne veux pas.

Pourquoi ?

Quand la première fois est un échec, inutile de retenter, non ?

Tu es ma seule amie.

Tu va s m'aider ?

Tout ce que tu veux Tony,

mais je ne t'épouserai pas.

- Tu penses à l'autre ? - Allons, Bill est...

- Ne dis pas ça ! - C'est son nom.

Je m'en fiche. Ne me touche pas !

Il est gentil ?

Attentionné ?

Il s'exprime bien ?

Il écrit de jolis papiers sur toi ?

Il est bon danseur ?

Moi pas, souviens-toi.

Il t'écoute, il te comprend ?

- Qu'est-ce qu'il fait d'autre ? - Arrête, Tony !

Tu veux que je parte ?

Oui.

Soit, je m'en vais.

Tony, écoute.

Je ne veux plus voir sa gueule enfarinée au théâtre.

Tu lui diras ou je le ferai !

Va le retrouver, ici, chez lui, ou dans un canot à Central Park !

Va-t'en, Tony, tout de suite !

Non.

Ne fais pas de mal à Brita.

"Pourtant elle doit mourir, sinon elle trahira d'autres hommes."

Non...

Sors d'ici. Sors.

Je mourrais plutôt que de te faire mal.

Doucement, Tu t'égares. Rentre chez toi.

Rentre, elle te l'a dit.

Brita et Bill.

Bill et Brita.

"Le Ciel sait en vérité que tu es fausse comme l'enfer."

Attends.

Rebrousse chemin.

C'est ce que je fais.

Bonsoir, Pat. Tu ne t'y attendais pas ?

Aide-moi, Pat. Où est-elle ?

Desdémone ! Non, Brita.

"Désormais, à tout jamais,

"adieu tranquilité de l'âme, adieu contentement."

Aide-moi.

Trouve-la.

Brita !

Non...

Pat !

- Qui est-ce ? - Moi !

Qui ça ?

Ouvre !

- Qui est-ce ? - Moi !

Bonsoir, Pat.

- Tu ne t'y attendais pas ? - Sûrement pas.

Tu es gonflé quand même.

Oui.

Tu m'as réveillée.

Tu me prends pour qui ?

Tu as l'air bizarre.

Tu trouves ?

Quelle idée de débarquer comme ça !

Je devais te voir. C'est important.

Où étais-tu passé ?

- J'étais parti. - Tu avais quitté la ville ?

Tu aurais pu m'écrire. M'envoyer une carte postale.

J'en ai pas trouvé.

Où ça ?

Là où j'étais.

C'est-à-dire ?

Venise !

Tu es contente de me voir ?

Bien sûr.

Comme toujours.

Merci.

Je dis toujours la vérité.

C'est pour ça que je garde pas un mec.

Tu t'en sors très bien.

Comment ça ?

Tu vois beaucoup de types ?

Quelques-uns.

Combien ?

- Ça dépend qui. - Des types comme moi.

Personne comme toi.

- Pas d'attaché de presse ? - Tu dis n'importe quoi.

- Pas de Bill ? - Non !

Le café est prêt.

Même si tu m'as réveillée, c'est bien que tu sois là.

Pourquoi ?

Je sais pas.

Je suis pas bien en ce moment.

Au restaurant hier, Vito a renversé des verres.

J'ai fait un de ces bonds.

Tu as besoin de repos.

Non.

Je ne sais pas.

J'ai tout le temps peur d'être écrasée par un camion.

Ce genre de choses.

Ou d'avoir droit à un lavement d'estomac.

Comment tu fais, toi ?

Quoi ?

Vivre seule, ça aide pas.

Je compte emménager avec Emily. Tu la connais ?

Non.

La caissière.

Non.

Tu veux éteindre la lumière ?

Eteindre la lumière.

"Et puis éteindre cette lumière.

"Si je souffle sur toi, ministre de la flamme,

"je peux restaurer ta lumière..."

Quoi ?

"Mais si j'éteins la tienne,

"toi, le modèle achevé de la nature parfaite,

"je ne sais où est le feu promothéen qui peut ranimer ta lumière."

Tu devrais y aller, je crois.

Tu as vu Bill récemment ?

Qui ça ?

"Aurait-il eu autant de vies que de cheveux,

"mon immense vengeance pouvait les avaler toutes."

Je crois que tu a un peu trop bu.

"Il est trahi, et je suis

"Oh, traînée !"

"Tu oses le pleurer devant moi ?"

Tu devrais vraiment partir.

"Bannissez-moi, mais ne me tuez pas

"Arrière, traînée !"

Mais tu es fou !

"Laissez-moi vivre cette nuit."

"Si vous vous débattez..."

"Mon seigneur.

"Mon seigneur !

"Oui, c'est Emilia.

"Laisse-moi tirer les rideaux."

"Holà, mon seigneur !"

"Où es-tu ?"

Avez-vous touché le corps ?

Je ne toucherais pas un mort..

Je peux commencer ?

Encore une, doc.

Pourquoi être entrée ?

Le resto où elle travaillait a appelé.

Quel restaurant ?

Le Valencia.

Répétez le nom ?

Un truc italien, j'ai oublié.

Entrez.

- Vous le savez très bien. - Ils me harcèlent, Joe.

Je veux savoir le nom.

- Il connaît rien. - Mois si, je connais mon métier.

Tu sais quoi, c'est un con.

Un vrai con.

Je te le dis.

Tu te souviens de Schofield ? Il devient quoi ?

- Il est à Dallas. - Il a une greluche là-bas.

- Salut, Al. - Je trouvais pas.

- Tu as rien raté. - Vise l'adresse qu'on m'a filée.

- Pas d'excuse. - La prochaine fois demande à ta mère.

C'est quoi, le topo ?

- Voilà. - Merci.

J'ai le temps pour un café ?

C'est qui le toubib ?

Stauffer. Tu as le temps de dîner.

Ray Bonner est sur le coup. Il va pas tarder.

Quand on parle du loup.

- C'est bon ? - 5 minutes, pas plus.

Approche-toi. Kirk veut du gros plan.

Allons-y. Notez bien parce que je trépéterai pas. Prêts ?

Pat K-r-o-l-l,

Adresse : ici. Âge : moins de 30 ans.

morte à notre arrivée

Plus près de 25 ou de 30 ?

- Disons 26. - Super.

Morte à l'arrivée. Etranglée entre minuit et 5h.

Aucune trace de vol ni d'alcool.

Serveuse au Venezia. Cherchez l'adresse.

- Jolie ? - Avant ça, sans doute.

Séduisante.

Plusieurs indices importants.

Voilà ce qu'on sait. J'aurai le rapport à 17h.

Et vous, doc ?

Voilà qui n'est pas banal.

Aucun bleu sur le cou et la gorge.

Trachée et larynx intacts.

De petites marques sue les lèvres.

Ça n'est pas banal pour un crime passionnel.

Vraiment pas banal.

- Sacré loustic. - N'en rajoutez pas.

- On peut jeter un oeil ? - Oui, mais vite.

Dites, doc.

- Vous en voulez une bonne ? - Comment ça ?

Le baiser de la mort.

Comment ça ?

"Selon le Dr Stauffer qui a examiné le corps de la jeune femme,

"elle aurait été victime d'un baiser de la mort."

Non, je ne sais pas.

Ça fait le gars qui cause bien, du genre truculent.

Ça vous dit pas d'être truculent ?

Admettons.

- Le baiser de la mort. - Au poil.

Assez !

Je vous en prie, assez !

Bonjour.

Il y en a un dehors qui a son klaxon bloqué !

Je vous fais des oeufs ?

Vous avez perdu votre langue ?

- Pardon ? - Des oeufs ?

Non, merci.

Elle a dit qu'elle descendait.

Merci.

Si ça ne s'arrête pas bientôt, je crois que je vais hurler.

Tony ?

Bonjour.

Mal dormi ?

Oui, merci. Et toi ?

Très mal aussi, merci.

Tony, j'ai... J'ai fait un affreux cauchemar.

J'étais bon ?

- Heureusement, je suis réveillée. - Oui, tu l'as dit.

Contre les angoisses du réveil, au moins on peut lutter.

Face aux autres, on est...

Sans défense ?

Oui.

Sans défense.

- Qu'y a-t-il ? - Rien, je...

C'est à cause du bruit ?

Non, j'adore. Les petits plaisirs urbains.

Merci.

Mauvaises nouvelles. Comme toujours en ce moment.

- Mais non ! - Oui, j'ai remarqué.

Si vous le dites.

Il vaut mieux être de son avis, on gagne du temps.

Je te vois ce soir.

Attends une minute.

Soit gentil, reste un peu.

Ni l'un ni l'autre.

- Je dois rentrer chez moi. - Pourquoi ?

Si tu veux vraiment savoir,

j'ai besoin de me raser.

Merci de m'avoir laissé dormir sur... le truc où j'ai dormi.

A ce soir.

M. Cooley est là.

Cooley ?

Oui. Al Cooley.

Al.

Salut, mon vieux, entre.

Vous pouvez prendre une pause.

Ça fait plaisir.

Qu'est-ce qui t'amène ici ?

De l'argent vite gagné. J'ai du lourd sous la main.

Je t'écoute.

Dis-moi, ça te dit une bonne promo pour ton Othello ?

Bien sûr !

C'est mieux si ça sort des pages "spectacles", non ?

Vrai.

A la une, par exemple ?

Je n'ai pas trop le temps de rigoler.

Je te vois déjà tirer la langue. Pas qu'un peu.

Allez, crache.

Je couvre un fait divers bateau. Un serveuse étranglée.

A priori, rien de sensas. Sordide, même. Pas vendeur, ça.

Arrive le légiste, Stauffer. Tu le connais ?

Non.

Dr Roland F. Stauffer, un crétin.

Il lâche un truc, et là, j'ai une idée.

Quoi comme idée ?

Comme il a dit, elle aurait été victime d'un baiser de la mort.

- Il a dit ça ? - Il a dit ça.

Il cause bien. Il est du genre truculent.

- Je sais pas... - Tu dis oui ?

J'ai rien contre un peu de promo mais je dois en parler à Tony John.

Pourquoi ?

Il n'aime pas l'indécence.

- C'est décent. - Ça reste à voir.

C'est tout vu.

"Pour le Dr Stauffer qui a examiné le corps,

"la jolie serveuse avait été victime d'un baiser de la mort

"qui n'est pas sans rappeler le Othello actuellement joué à Broadway."

C'est indécent ça ?

Ça me va.

Et pour la peine ?

Pas la peine de me filer des places. Je les achèterai moi-même.

Dis ton prix.

Je peux me débrouiller pour te faire de la retape pendant 10 jours.

Disons 100 $ par jour.

A toi de juger quand ça vaut plus le coup, ça marche ?

Ça marche.

- Si j'y passe... - Je gagne rien,

alors fais gaffe. Je file.

Fais-voir tes clichés.

Bien sûr.

Tony.

Je t'ai attendu au bureau.

Désolé, j'ai un vilain rhume.

Tu as vu ça ?

Oui.

- Et tu ne m'as rien dit ? - Tony, attends.

Tu aurais dû.

J'ai l'air de quoi ? Tu peux y faire quelque chose ?

Je ne suis pas propriétaire du journal.

Tu y es pour quelque chose ?

- Pas tout-à-fait. - Quoi ?

L'idée n'est pas de moi, mais j'ai accepté.

Je vois.

- Tu veux ma mort ? - N'en fais pas tout un foin.

- Traître ! - Calme-toi.

Sale traître ! Tu es fini, j'y veillerai.

Si tu veux.

- Fais-moi sauter ça, sinon... - Sinon quoi ?

Fais-le !

Minute !

Reviens.

Lève-toi.

"Aurait-il eu autant de vies que de cheveux..."

"A l'exécution pas de sursis."

Va-t'en.

Sors d'ici, ...

Un cauchemar.

...espèce de malade.

C'est un cauchemar.

Et tu en fais partie.

Entrez.

Je suis à vous.

Oui ?

Je suis un ami d'Al Cooley.

Je suis l'attaché de presse de Max Lasker.

- Un producteur de théâtre. - Je connais.

Asseyez-vous.

- Je m'appelle Bill Friend. - Je connais aussi.

Si c'est pour un rôle, je suis occupé.

J'ai peut-être une piste sur cette histoire de Pat Kroll.

Comment ça, une piste ?

J'ai peut-être trouvé celui que vous cherchez.

Enfin, c'est juste une intuition.

Vous arrivez trop tard. C'est fini.

- Ah bon ? - Le type a avoué.

Qui ? Dites-moi.

Bien sûr. Joe !

Un pauvre type.

Joe, donne ça à l'inspecteur.

Un pauvre type qui habitait juste en face.

Il était ivre et a tout oublié mais pas nous, alors ça va.

Tout le monde veut devenir flic. La faute aux feuilletons.

C'était quoi, votre intuition ?

- Aucune importance. - Le type de votre pièce ?

Oui.

Vous êtes prêts à tout pour de la réclame.

- Non, vraiment... - On a vérifié.

- Ah bon ? - Oui, on y a cru aussi.

Mais il était de sortie ce soir-là.

Ah bon ?

Avec sa partenaire à la scène.

Sa femme... Son ex-femme.

La gouvernante nous a tout expliqué.

Dans ce cas...

Je vais retourner à mes affaires.

- Désolé pour le dérangement. - N'y pensez plus.

- Du sucre ou du lait ? - Nature.

Ça n'y changera rien.

- Tu veux autre chose ? - Non, ça va.

Tu pars longtemps ?

Je ne sais pas.

Max est coincé. Tony veut qu'il me vire, mais...

Je vais prendre un congé. Ça se calmera peut-être.

Tu nous manqueras.

Parle pour toi.

Bon, d'accord, tu me manqueras.

Merci.

Ça ne sert à rien que je te parle de Tony.

c'est trop long, trop compliqué.

Essaye de comprendre.

Il lui arrive d'être très affecté dans sa façon d'être

comme c'est la cas en ce moment.

Il a un bon fond sinon.

Je sais.

Quand il garde longtemps le même rôle,

il va puiser tout au fond de lui

des sentiments qu'il libère et qui ne sont pas les siens.

Comme cette jalousie maladive.

Ça ne lui ressemble pas.

Non.

Et surtout, pourquoi s'en prendre à toi ?

C'est tout simple.

Pourquoi ?

Il connaît mes sentiments.

Oui ?

Bill, lui en as tu...

Non.

Je n'ai jamais rien dit mais il sait.

Avec ce même instinct qui fait de lui un grand acteur,

il peut sentir tout...

l'amour que j'ai pour toi

dans l'air qu'il respire.

Je devais bien t'en parler.

Je ne sais que dire.

Tu trouveras.

Je reviens d'ici peu.

Pardonne-moi.

Je m'égare. Le thé me monte à la tête.

Je sais à quoi m'attendre.

Je sais ce qui vous unit.

Non, même nous, nous le savons à peine.

On se chamaille tout le temps.

L'autre soir, j'ai voulu qu'on soit amis.

Ça s'est fini par une porte claquée.

Le lendemain, je l'ai trouvé là.

Il était revenu.

J'ai l'habitude.

Il disparaît souvent pour aller errer seul.

Il a besoin de quelqu'un mais pas de moi.

Bien sûr.

Merci.

Merci d'être là pour moi.

Au revoir, Brita.

Au revoir.

Deux bières, John.

Bien.

Vous me causez ?

Non, mais merci beaucoup.

- Il est pas net, lui. - T'occupe.

Qu'est-ce que vous avez tous à râler comme ça ?

Nate ?

Bill.

Ecoute. J'ai besoin d'une fille pour un rôle.

Un profil bien précis.

1m60, blonde, généreuse,

Les yeux bleus. Tu as noté ?

Très bien.

Chez Oscar Bernard.

Le perruquier.

Ce sera fait samedi.

Alos c'est pour quoi ?

Je voudrais qu'un de ces jeunes femmes

ressemble à ceci.

Oh, excusez-moi.

Excusez-moi.

Allez vous asseoir.

Je peux les faire teindre.

Regarde les sourcils, Oscar.

Très fournis. Ça lui donne un regard dur.

C'est peut-être la photo. Regarde celle-là.

Là, elle a l'air douce et gentille, un peu ingénue.

J'étais doublure dans "Claudia".

C'est les cheveux qui font ça.

Regarde plutôt la bouche. Sensuelle et sexy.

Vous m'avez vue dans "Le chemin de terre" ?

Non.

Je jouais la belle-soeur.

Ah oui.

Approchez.

Laissez la place.

Sandra Michaelson.

Bien.

Je fais aussi des imitations.

J'espère bien.

Elle a les mêmes yeux.

J'étais doublure dans "Claudia".

Très bien.

Attends un peu, je vais voir ce que je peux faire.

- Tu penses y arriver ? - Bien sûr, c'est facile.

- Je peux téléphoner ? - Je t'en prie.

- Pourquoi ? - Ça me file mal au foie.

Parce que tu le bois avec de la crème.

Avec du lait.

C'est pour ça que tu as mal. Du lait !

Tony ? C'est Bill.

Puis-je emprunter vos ciseaux ?

Ça va.

Allons, n'en parlons plus.

Non, c'est juste que...

Je pars demain.

J'aimerais régler une ou deux choses avec toi.

A propos de la Drama League et de l'article du Post.

Oui.

17h, ça te va ?

Frank's bar ça te va ?

Bien.

Alors à tout à l'heure.

Parfait.

Noir, c'est amer. Comme un médicament.

Dans les endroits chics, ils le boivent noir.

- Et ils ont mal au foie ? - J'en sais rien.

C'est une question d'habitude.

Le Capitaine Bonner.

Ses boucles d'oreilles.

Bien.

Demandez à la nouvelle de porter ça.

Oui, mais vous penserez à moi.

Je viens pas souvent dans le coin. C'est animé.

Vous n'avez encore rien vu.

Vous avez quoi contre lui ?

Rien, vraiment. Je crois qu'il est dangereux.

J'avais vu une pièce avec lui. Une histoire de charbon...

- Notre Terre. - C'est ça.

Il était bon.

Le voilà.

Salut, Tony.

- Tu prends quoi ? - Rien.

- Un café ? - Oui, d'accord.

Vous avez commandé ?

Non.

Deux cafés.

Du sucre. Pas de crème.

- Tu apprends à jongler ? - Ça va, ça va !

C'est bruyant ici. Ecoute...

On se voit au théâtre.

Alors ?

J'ai vu sa réaction, mais tout de même.

- Ça vous va ? - C'est pas assez.

- C'est loin Mulberry Street ? - En métro, non.

Allons-y.

C'est bientôt fini, mon Tony.

Bientôt.

Amen.

Tu es fatigué ?

Ils ne rentreront plus chez eux maintenant

même si on leur demande ?

Non.

Ils voudront être remboursés.

Ça ne me gêne pas.

J'y arrive pas ce soir.

Je me sens vide.

Allons.

Allons.

Là, comme ça.

Respire un grand coup.

C'est bien.

Très bien.

Je suis en plein cauchemar.

J'en ai fait un l'autre soir.

A propos de cette scène.

C'était affreux.

Allons.

En place.

Allez, c'est fini.

- Et si je me défile ? - Tout ira bien.

C'est bon.

Coucou !

Lever de rideau.

Allez.

A la une, à la deux,

à la trois...

C'est parti.

Dites-moi plutôt à quoi ressemblaient ses amis.

Elle en avait deux, surtout.

Un petit, trapu.

- Bon danseur. - Petit comment ?

1m50, pas plus.

Et l'autre ?

Un barbu. Un parent, sans doute.

C'est pas lui.

Un instant. Du maquillage.

Il était peut-être maquillé.

Quelle tête, le barbu ?

Maigre,

De grands yeux. Des lunettes.

Quel âge ?

66 ou 67 ans. 70 peut-être.

Il ressemblait à ça ?

Non, rien à voir.

Quoi ?

J'ai l'impression que j'ai déjà vu cette tête.

- Les yeux, peut-être. - Et là ?

- Non. - Réfléchissez.

Attendez.

Si, il est venu une fois. Tard le soir.

Il a eu un rancard avec Pat.

Elle me l'a dit le lendemain.

Je m'en souviens, j'étais malade.

C'est lui. J'en suis sûr.

- On se rapproche. - J'en ai peur.

Allons-y.

Je prends mon manteau.

Comment avez-vous eu, Cassio, ce mouchoir ?

Etait-ce ma femme ?

Je l'ai trouvé dans ma chambre.

Et il vient d'avouer

qu'il le laissa là, exprès

afin d'assouvier son dessein.

Imbécile que je suis, imbécile, imbécile !

Vous devez quitter cette chambre

et venir avec nous.

Votre commandement vous est retiré et Cassio gouverne à Chypre.

Quand à cet esclave,

s'il est un supplice qui puisse le torturer durement,

il est pour lui.

Vous, vous resterez ici prisonnier...

Vous resterez prisonnier...

jusqu'à ce que la nature de votre faute soit connu de l'Etat vénitien.

Allons.

Emmenez-le.

Doucement...

Un mot ou deux.

J'ai rendu à l'Etat qualque service,

et on le sait.

N'en parlons plus.

Je vous en prie...

dans vos lettres,

quand vous relaterez ces événements funestes,

évoquez-les tels qu'ils sont.

Sans rien atténuer.

Mais sans y mettre de haine.

Puis vous devrez évoquer un homme...

Un homme qui n'a pas aimé avec sagesse mais avec excès.

Un homme qui n'était pas jaloux

mais qui, manipulé, perdit totalement la tête.

Un homme dont la main...

Comme celle du vil Indien,

rejeta une perle plus riche que toute sa tribu.

Un homme dont les yeux vaincus...

Peu habitués à s'attendrir...

Sa gomme médicinale. Ecrivez tout cela.

Alors qu'un Turc enturbanné

battait...

Je pris par la gorge ce chien circoncis

et le frappai ainsi.

Sanglante conclusion !

Je t'ai embrassée avant de te tuer.

Il ne me reste que ceci...

This life here.

Je redoutais cela... mais j'ignorais qu'il avait une arme.

Ce spectacle empoisonne la vue.

Qu'on le cache.

Gratiano, gardez cette maiosn et saisissez les biens du Maure.

Qu'y a-t-il, Tony ?

Brita, c'est à nous. Viens.

Non.

Tony.

- Qu'y a-t-il ? - Un accident.

Amenez-le par ici.

Rex, appelle le Dr Mervin.

Doucement...

Que se passe-t-il ? Je veux voir.

- Tony... - Doucement, Max.

On a prévenu le toubib.

Mais enfin pourquoi ?

Le capitaine Bonner t'expliquera.

Le rappel.

Je vais rater le rappel.

Reste allongé.

Je suis bien, je n'ai jamais été aussi bien.

Toi aussi.

Maintenant... avec Bill

Tout le monde... va bien.

Votre rappel, Melle Kaurin.

Non.

Vas-y, Brita. Je reste là.

C'est drôle, on pense à des choses parfois.

Bill...

Tu sais, autrefois...

Oui.

Il y avait un acteur.

Un vieil acteur, appelé Kirby,

Il y a longtemps de ça.

- Il savait mourir ! - Ne parle pas.

Attends, ce Kirby...

A la fin d'une pièce, depuis le balcon, ils criaient

"Meurs encore une fois, Kirby !"

Il se levait, il saluait et il mourait...

Tu n'as jamais entendu parler de Kirby ?

Non.

Ce soir...

On pense à des choses parfois... Je me suis dit

"Pourvu qu'on ne me demande pas de mourir encore une fois."

Parce que... je n'aurais pas pu.

Repose-toi.

On pense à des choses parfois...

Le Dr Mervin va arriver.

Je vais bien.

Je suis en paix.

C'est dans ma tête que ça ne va pas.

Pat...

La pauvre petite.

Je lui demanderai pardon une fois en haut.

Ou en bas.

Oui, en bas, plutôt.

Tu paries ?

Oui, Tony ?

Surveille les journaux.

Ne les laisse pas dire que j'étais un piètre acteur.

Brita...

Oui, Tony ?

Brita...

Brita...

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