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Original subtitles

UN SPECTACLE ORIGINAL NETFLIX

Mesdames et messieurs, merci d'accueillir Gad Elmaleh !

New York !

Merci.

Merci d'être là ce soir.

C'est un grand soir pour moi.

Mon rêve se réalise.

Merci beaucoup.

Merci.

Je suis comique en France depuis 23 ans.

Je viens de m'installer ici. Je recommence à zéro.

Je suis sûr que vous avez déjà entendu l'histoire

du gars qui est arrivé en Amérique avec un dollar en poche.

Il a bossé dur et il a fait fortune.

Moi, je suis arrivé avec une fortune !

Même histoire.

Mais à l'envers.

C'est plus dur, d'ailleurs.

Si je veux garder le même train de vie qu'à Paris

et que je me plante en Amérique,

je vais retourner à Paris avec un dollar en poche !

Quand je dis aux Américains que je viens de France,

ils me font des commentaires étranges.

"Oh, tu viens de France ?

L'an dernier, mon cousin est allé en Italie."

Quelle coïncidence !

Mais ils adorent Paris.

Les Américains adorent Paris.

Quand j'entends un Américain parler de Paris,

j'ai l'impression de n'y être jamais allé.

Je veux aller là-bas !

Je veux voir ce Paris-là. Jamais vu.

Surtout les femmes. Les Américaines,

quand elles parlent de Paris... Le romantisme, le rêve.

"Je veux aller à Paris.

Ça va être génial. Emmène-moi à Paris.

C'est si romantique.

Je veux marcher dans les petites rues au clair de lune."

C'est dangereux !

"Je veux voir un vieil homme sur un banc, jouant de l'accordéon."

Il est roumain !

J'adore la France. J'y ai vécu, mais je suis né au Maroc.

Y a des Marocains dans la salle ce soir ?

Là, les Américains se disent : "C'est qui, ces gens ?"

Et les Francais : "Merde, le spectacle est en anglais."

J'ai toujours mon passeport marocain.

Non, je ne m'en sers pas...

pour des raisons évidentes, de nos jours,

ce n'est pas le moment de se pointer à la douane américaine

avec un grand document vert couvert de lettres arabes dorées,

tout en leur disant que je suis comique.

Le douanier m'a dit :

"Vous êtes né au Maroc ?"

Je lui ai répondu : "Oui." Il m'a dit : "Pourquoi ?"

Et puis : "Quel est le but de votre voyage aux États-Unis ?"

Moi : "Je suis là pour vivre le rêve américain."

Lui : "C'est fini, ce temps-là."

Oh non !

Mais c'est ça, le rêve américain ! Allez !

C'est mon rêve américain.

Quand j'étais gamin au Maroc,

mon père m'emmenait voir l'océan.

Face à l'océan, il me montrait l'horizon et disait :

"Mon fils, si tu prends un bateau et que tu vas tout droit,

tu atteindras l'Amérique !"

Je me suis toujours demandé si de l'autre côté de l'océan,

il y avait un père américain avec son fils...

qui lui parlait du rêve marocain.

"Papa, y a quoi, là-bas ?" "Aucune idée."

Donc je fais des spectacles en anglais.

Je suis obligé, les Américains ne parlent aucune autre langue.

Si vous leur demandez s'ils parlent français, ils disent tous :

"J'ai fait deux ans de français au lycée.

Mais j'ai tout oublié."

C'est pas grave. Je parle pas vraiment anglais.

Je mémorise tout le spectacle.

Je sais même pas ce que je dis, là.

Je fais des blagues, vous riez. J'attends, et je continue.

Voilà.

Ça marche.

Mais je peux pas interagir avec les spectateurs.

Les comiques américains parlent au public.

Ils improvisent. Ils échangent avec le public. Moi, je peux pas.

J'ai essayé.

J'étais dans un club, ici à New York,

et je dis à un type au premier rang : "Vous êtes d'où ?"

Il me dit : "Denver."

Je lui dis : "D'accord."

"Attendez un peu. Denver ?

L'an dernier, mon cousin est allé au Canada."

Parler dans une autre langue, c'est fatigant.

Vous me suivez, les immigrés ?

C'est épuisant, peu importe la langue.

Si c'est pas votre langue maternelle, c'est dur.

Ça doit beaucoup vous arriver, à New York.

Vous allez à une réunion avec des anglophones,

et pendant dix minutes, tout se passe bien.

"Comment ça va ? Quoi de neuf ?

Oh non. Oui. Super !"

Dix minutes plus tard...

Vous êtes super à l'écoute, tout à coup.

C'est tellement dur ! Et la grammaire est complexe.

C'est perturbant, pour nous.

Le passé, avec "had, have, have gone, had, had.'

"Had you... Had you have had already had... Should..."

"Should we have had already eat... Eaten... yet ?"

Et si vous demandez aux Américains : "On dit 'have had' ou 'had have'",

ils vous disent toujours : "Peu importe."

Parce qu'ils ne savent pas !

"Ça se prononce 'Either way' ou 'Either way' ?"

"C'est du pareil au même."

Le plus dur en anglais pour les francophones,

c'est de savoir où mettre l'accent tonique.

On connaît les mots, on les a appris. Pas de problème.

On sait qu'il y a une syllabe à viser, mais...

on ne sait pas laquelle.

On voit le mot : "Bon sang, la première, la deuxième. Comment savoir ?"

Mon prof d'anglais me dit toujours :

"Il faut savoir comment accentuer les mots."

Et moi : "Accentuer, ça ve me tuer !"

Je ne sais pas si on dit...

Et si vous mettez pas l'accent sur la bonne syllabe,

les Américains vous comprennent pas. Ils savent pas de quoi on parle.

Un jour, je dis à un type :

"I was on va-cation." Il me dit : "Quoi ?"

Moi : "Enfin. Va-cation."

Il me dit : "Oh, on vaca-tion."

C'est ça.

Juste pour le faire marcher, je lui dis : "No, va-cation."

Ils ne vous aident pas.

Parfois, c'est si on change une lettre.

Si je prononce mal une seule lettre,

je n'ai pas de seconde chance.

Je suis monté dans un taxi l'autre jour, à New York,

et j'ai dit au chauffeur : "Emmenez-moi à G...

FK Airport."

Je sais.

G au lieu de J. C'est pas une si grosse erreur.

Il aurait pu être indulgent.

Il n'avait aucune idée de ce que je voulais dire.

"Combien de lieux y a-t-il à New York

qui ont un F, un K et 'Airport' ?"

Si j'étais taxi et que vous me demandiez de vous amener à KFC Airport,

je vous emmènerais à JFK.

Ce chauffeur n'arrêtait pas de corriger mon accent.

Et il était indien.

Je lui dis : "Soit dit en passant, vous maîtrisez le J de JFK,

mais vous avez dit Airput."

Je les respecte, ils bossent dur, les chauffeurs indiens de New York.

Je sais pas ce qu'ils ont, comme forfait téléphone.

Ils peuvent rester au téléphone des heures.

À parler à un type qui apparemment ne dit jamais rien.

Ça doit être un forfait spécial, gratuit

pour les monologues. Va savoir.

On est assis à l'arrière et on entend une petite voix.

Je sais qu'il est en train de se moquer de moi.

Je ne parle pas la langue, mais j'entends...

"JFK... JFK."

Comme je viens de Paris, je suis fasciné. Pour avoir un taxi à New York,

on lève la main, le taxi s'arrête.

Deux mains, deux taxis.

À Paris...

vous pouvez lever tout ce que vous voulez.

Vous pouvez sauter, faire de la danse classique...

Il est disponible, il vous a vu, il ne s'arrête pas. On sait pas pourquoi.

Au Maroc, c'est encore plus dingue.

Il n'est pas disponible, et il s'arrête !

Y a déjà huit personnes dans la voiture.

Je crois qu'UberPOOL a été inventé au Maroc.

Vous montez, vous vous serrez, et c'est lui qui vous dit où vous allez.

C'est pas vous qui lui dites.

Quand je suis arrivé à New York,

c'était génial d'être anonyme.

C'est intéressant, d'être très célèbre

dans une partie du monde,

et totalement inconnu à New York.

Les premiers jours, j'en ai profité

pour me balader dans la rue. "Super.

Je peux faire ce que je veux. Personne va m'embêter."

Trois jours plus tard : "Qu'est-ce qui se passe ?"

Je tapais mon nom sur Google le soir.

Ils ne captent même pas mon nom, ici.

Ils comprennent pas. Parfois, ils n'essayent même pas.

J'étais à l'aéroport.

Cette employée de la compagnie aérienne saluait tout le monde par son nom.

Ils font ça souvent.

"Bon voyage, M. Smith", ou "Bonjour, Mme Robinson."

Elle a pris ma carte d'embarquement :

"C'est bon, allez-y."

Je ne suis personne ici.

J'ai voulu louer un appartement.

Ils m'ont demandé sept lettres de recommandation.

Je ne rigole pas. Sept !

Je ne connais même pas sept personnes en Amérique.

J'ai dit à l'agent : "Pouvez-vous me faire une lettre ?"

Je me suis souvenu que j'avais un cousin à Brooklyn.

Je ne l'ai jamais rencontré, mais j'ai appelé ma mère à Paris.

"Maman, je lui demande ?"

Elle me dit : "Non, il est vieux et schizophrène."

J'ai dit : "Super. Ça fera plus de personnes !"

C'est dur, de nos jours, pour les immigrés.

Ça aurait été plus facile d'acheter une arme.

Alors j'ai acheté une arme.

Ils m'ont donné l'appart tout de suite.

J'étais en tournée récemment. J'ai fait cette blague au Texas.

Personne n'a ri. Je sais pas...

"Ouais, t'as acheté une arme. Et alors, que s'est-il passé ?"

J'adore voyager aux États-Unis. Super pays à découvrir.

On croit le connaître, mais non. C'est super.

De voyager dans tout le pays. Partout !

Beaucoup de nourriture, partout.

Sur les routes en Amérique, si vous ne trouvez pas de nourriture,

c'est la nourriture qui vous trouve.

Vous conduisez, et la nourriture surgit.

"Cheesecake Factory."

"Factory."

Vous mangez tellement de cheesecake qu'il vous faut une usine ?

Ça va pas, la tête ?

"International House of Pancakes" !

Est-ce vraiment international ? On n'a pas ça, en Europe.

"Petit-déjeuner toute la journée."

"Déjeuner toute la nuit."

"All you can eat."

Tout ce que vous pouvez manger.

On devrait dire "à volonté", "selon votre envie".

"Non...

Si vous pouvez vous empiffrer, allez-y."

J'étais à un hôtel. J'ai vu un type au buffet.

Il pelletait la nourriture.

Il s'empiffrait, fourrait la nourriture dans sa bouche.

J'ai dit : "Vous avez envie de manger tout ça ?" Lui : "Non."

"Alors pourquoi vous le faites ?" Lui : "Parce que je le peux !"

Tout est extrême, en Amérique.

C'est soit hamburgers et frites, soit...

salade de kale et jus de betterave.

Les trucs bio. J'étais à LA récemment.

Mes amis m'ont dit : "On t'emmène dans un resto fusion bio."

"Fusion".

"On t'emmène manger le meilleur kebab japonais."

C'est pas la fusion.

C'est la confusion.

Mais vous avez de bons restos.

J'aime bien le rituel des restaurants, ici.

Ils parlent toujours de "party".

"Vous rejoignez la party ?"

Party of two ? Party of four ?"

"Non, pas de party.

Je vais d'abord dîner. Après, on verra."

Un jour, je me suis pointé tout seul.

Elle a dit : "Party of one."

C'est l'éclate totale.

J'aime bien aussi, quand on dit :

"Une table pour deux."

Ils demandent : "Vous avez une réservation ?"

"Non." Et eux : "Suivez-moi."

Ils m'emmènent où ?

Y a une zone spéciale pour losers ?

Mais le service client est bon.

Très bon.

Les serveurs sont sympa. Ils bossent dur.

Ils veulent être vos amis.

Ils rentrent dans votre intimité.

"Salut. Je m'appelle Chris.

Je serai votre serveur ce soir."

"Salut, Chris. Moi, c'est Gad,

enchanté. Je serai le client...

ce soir, et voici Vanessa.

J'espère coucher avec elle, après. On verra."

Ils vous posent toujours cette question idiote :

"Vous êtes déjà venus ?"

"Pourquoi ? Y a un truc que je devrais savoir sur ce lieu ?

C'est le genre de lieu

où on commande à manger, vous allez le chercher,

on mange, on paye, et on s'en va ?

Je connais.

Je suis déjà allé dans un endroit comme ça."

Mais ils bossent dur.

Pour le pourboire.

C'est dans la culture...

en Amérique, le pourboire.

C'est pas un problème. Les Français n'aiment pas ça.

Même s'ils vivent aux États-Unis depuis 35 ans,

quand ils voient l'addition,

c'est comme s'ils n'avaient jamais vu ça.

"Attends un peu.

Quinze pour cent ?

Vingt pour cent ?

Vingt ?

C'était pas si bon que ça."

"Mais tu as dit que c'était délicieux."

Les Marocains donnent des pourboires.

Mais après, ça les énerve.

Ils ne l'admettent pas.

Vingt pour cent ? Allez !

C'est le pays du service. Pour gagner de l'argent, on bosse.

Ça ne leur pose pas problème.

Je faisais du shopping, un jeune mec m'a abordé :

"Bonjour et bienvenue. Comment allons-nous aujourd'hui ?"

"Nous" ?

Il m'a inclus ! C'est mon ami.

"Dommage que je ne t'aie pas rencontré avant.

Il me fallait une lettre de recommandation pour mon appart."

"Je m'appelle Jason. Si vous avez besoin de quoi que ce soit,

n'hésitez pas. Je serai plus qu'heureux de vous aider."

"Jason, c'est trop intense.

Tu nous mets la pression à tous les deux.

Je ne suis pas prêt pour cette relation."

Mais je lui ai demandé un truc.

Comme j'adore regarder les Américains bosser. C'est fascinant, inspirant.

Je lui ai demandé un pull,

il s'est mis à courir dans le magasin.

Il volait. Jason était en feu. Les gens voulaient l'arrêter.

"Non, j'aide déjà ce monsieur.

Désolé ! Trop occupé !

Je suis trop occupé !"

Jason est allé à l'arrière pour chercher le pull,

et je repense à ce qu'il a dit.

"Je serai plus qu'heureux de vous aider."

Plus qu'heureux.

Les Américains sont un peu extrêmes, parfois.

Comment on peut être plus qu'heureux ?

"Heureux", c'est déjà un grand mot.

Je n'arrive pas à imaginer ce que serait "plus qu'heureux".

"Que lui est-il arrivé ?" "Il était heureux...

et il a eu une super nouvelle et il est devenu plus qu'heureux.

Et on l'a perdu."

Attendez.

S'il est plus qu'heureux de trouver ce que je demande,

s'il ne le trouve pas,

il va revenir complètement dévasté ?

En pleurs ? C'était presque ça. Il est revenu :

"Je suis désolé. On ne l'a pas."

J'ai dit : "C'est rien, Jason. Calme-toi. Ça va aller."

Lui : "Je ne peux pas vous laisser partir. Je suis vraiment désolé. C'est mon boulot.

J'aime que les clients soient contents. Je panique, là."

Puis il a dit une chose que vous n'entendrez jamais à Paris.

"Je vais aller revérifier."

En France, ils ne vérifient même pas la première fois !

Et en plus, ils sont arrogants.

Voyez, sur ce mot-là, je sais pas où mettre l'accent.

Attitude.

Je le mets où, l'accent ?

Intéressant...

Le premier T n'est pas un vrai T, mais le deuxième, si.

Qui décide de tout ça ?

On dit...

tooth au singulier, teeth au pluriel.

Et fish ? Il s'est passé quoi ?

Y a eu une réunion. Ils ont dit : "One fish...

Many fish. Peu importe, on s'en fout."

"Pourquoi pas foosh ?" "Non, ça fait moche."

"Et fishes ? Faut bien un truc

pour ces fish, fishes et foosh."

"Non, rien. On laisse comme ça."

L'arrogance.

Le seul lieu où j'ai vu de l'arrogance en Amérique,

c'est dans les boutiques hipsters.

Les boutiques hipsters.

Je comprends même pas ce qu'ils y vendent.

Un vélo, deux pommes...

et des bougies parfumées.

Bougies parfumées. Au fait,

à quel moment les parfums sont-ils devenus si spécifiques ?

J'ai vu une bougie parfum "Lundi matin en Alaska".

Il se passe quoi, là-bas, le lundi ?

Le vendeur est venu me voir :

"Je peux vous aider ?"

Moi : "Tu devrais t'aider toi-même."

Puis j'ai utilisé un mot...

Je viens d'apprendre un nouveau mot anglais.

C'est super, les Américains ont des mots pour tout.

Il dit : "Je peux vous aider ?" Et je dis...

"I'm browsing."

Fantastique, ce mot. On ne l'a pas en français.

Un Français, il faudrait dix minutes pour expliquer ça.

"En fait, je sais pas vraiment si je vais acheter un truc.

Je cherche quelque chose de bien, mais pas trop cher.

Ça dépend du service. Si je le trouve, j'achète.

Sinon, je vais juste faire un tour et regarder

Si j'aime, j'achète. Si j'aime pas, j'achète pas.

Mon problème, c'est ma femme. Elle a dit : 'N'achète pas ça !',

et si je l'achète, ce sera un drame à la maison."

Ici, non. "Browsing". "D'accord."

Ils ont des mots pour tout.

Les Américains ont des mots précis pour définir des choses non précises.

"Bunch of stuff".

"C'est combien, un bunch ?" "Je sais pas. Un paquet, quoi."

"Combien ?" "Aucune idée."

"Stuff, c'est quoi ?" "Je sais pas. A bunch of stuff."

"Peu importe ?" "Ouais !"

Mon favori, c'est le mot "toddler". C'est un enfant âgé de...

Ils savent pas.

Beaucoup de mots français en anglais.

Ménage à trois. Pied-à-terre.

Déjà-vu.

Parfois, ils les inventent.

J'ai fait faire des travaux dans mon appart à New York.

C'était le bordel. L'entrepreneur me dit :

"À mon avis, il faut mettre des portes françaises ici."

Qu'est-ce que c'est ? J'en ai jamais vu en France. On n'en a pas.

"Ah bon ? Ce sont des portes qu'on ouvre comme ça."

"Pourquoi elles seraient françaises ?"

"Quand on marche comme ça, on a l'air d'un Français."

"Encore" est un mot français.

Vous savez ce que c'est, un "encore" ? Dans un spectacle ?

Ça ne se fait pas en Amérique. Mais en Europe, si.

On finit le spectacle, on quitte la scène, on fait semblant de partir,

mais en fait, on est caché derrière...

Et les gens disent : "Encore !"

Ils font semblant d'en vouloir encore. Un mensonge commun...

On revient. On fait semblant d'être touché,

et on en redonne un peu. En Amérique, ça ne se fait pas.

Et ça convient très bien au public.

Les comiques américains : "Dernière blague. Salut."

Le public : "Il a fini. On rentre."

Ils n'en rajoutent pas.

Mais moi, je ne le savais pas.

Pour mon premier spectacle à New York,

à la fin du show, j'ai dit : "Merci, bonsoir",

et je suis sorti de scène.

Je suis allé me cacher.

Je suis revenu, ils étaient tous partis.

Attendez.

Sauf un gars.

Au milieu de la salle. Je lui ai dit : "Que se passe-t-il ?"

Il m'a répondu : "Je suis français."

Ce soir, quand je quitterai la scène,

pas la peine de...

Je reviendrai, quoi qu'il arrive.

Y a tant d'expressions anglaises que je comprends pas.

J'ai envoyé un Texto à une fille,

et je lui dis : "Tu veux boire un verre ?"

Elle me dit : "I'm down."

Je lui dis : "Je suis navré.

Tu es déprimée,

tu préfères repousser,

on se verra la semaine prochaine."

Elle me dit : "Non, I'm down, ça veut dire je suis partante."

"Donc tu veux sortir ?"

Elle me dit : "I'm in."

J'ai envoyé un Texto à une autre fille.

Je m'en fiche. J'ai un visa.

Elle a dit un truc que j'avais jamais entendu.

Elle me dit : "Would be dope."

Dope ?

Je demande à un ami américain ce que ça veut dire.

"Ça veut dire qu'elle est trop jeune."

Il avait raison,

je ne comprends rien aux nouveaux émojis...

qu'elle m'avait envoyés.

"Would be dope", puis "Ça marche !",

une danseuse espagnole, une deuxième danseuse espagnole,

deux pétards, quatre verres de champagne,

un singe qui se couvre les yeux, et... une aubergine.

Je ne savais pas quoi faire. J'ai renvoyé une ambulance.

Le meilleur, c'était sa réponse.

"Super plan !"

De quel plan on parle ?

Mes amis m'ont emmené en boîte.

"T'es célibataire. Tu dois sortir."

Je ne veux pas aller en boîte, je suis trop vieux.

Mais j'y suis allé. Les gens dansaient.

J'ai vu une belle fille qui dansait avec son iPhone.

Je sais pas,

ils font ça maintenant, ils filment les Instagram Stories

de leur vie...

Elle montrait au monde que sa vie, c'est pas de la merde.

"Voilà mon body, et ma tooth et mes teeth..."

Tout ça...

Elles font des vidéos boomerang.

Je déteste ces vidéos.

J'ai commencé à danser un peu.

Elle dansait aussi, et nos regards se sont croisés.

Je lui ai lancé ce regard...

que je pratique depuis des années en France et au Maroc,

et qui marche très bien, d'ailleurs. Ce petit...

Ça marche du tonnerre en France. Même pas la peine de leur parler.

Ici, c'est différent.

Je lui ai lancé ce regard, elle a couvert son verre.

Je lui ai dit : "Je peux vous offrir un verre ?"

Elle dit : "I'm good."

Une autre expression. "I'm good."

En Amérique, quand une fille dit : "I'm good",

c'est pas bon.

Ce soir-là, il y avait un Français.

Il m'a vu, m'a reconnu.

"Hé." "Salut."

Normalement, c'est bonjour, au revoir.

J'étais bien, elle me regardait, la célébrité me manquait.

"Pas de problème. Tu veux une photo ?"

"Ouais." "Super." Elle me regardait.

Autographes, tout ça.

Puis elle est venue vers moi...

Une fille de LA. Élégance.

Classe. Distinction. Finesse.

Californie...

Elle me dit : "T'es qui, putain ?

Je peux t'offrir un verre ?"

J'ai dit : "I'm good."

Et je suis toujours célibataire.

Je ne comprends pas le dating.

C'est pas un truc méditerranéen.

Pas un truc européen.

On ne comprend pas.

Les Américaines veulent savoir ce qui va se passer.

En fait...

on dirait un entretien de boulot.

"Quel genre de relation recherches-tu ?

Que veux-tu ? De quoi as-tu besoin ?

Quel genre de fille ? Il faut..."

"I'm browsing."

Elles ont des étiquettes pour tout.

Y a les "liaisons", les "friends with benefits".

C'est quand une fille et un garçon sont amis en Amérique

et qu'ils couchent ensemble.

À Paris, on appelle ça... des amis.

Et même quand ils sont mariés,

il y a encore des étiquettes...

Ils ont des dates.

Mon pote américain m'a dit :

"J'ai un date avec ma femme, jeudi. Je peux pas te voir."

"Tu emmènes ta femme dans un bon resto ?"

"Non, c'est date night."

"C'est bien ce que je dis.

Tu vas faire un bon resto avec ta femme."

"Non, rien à voir. C'est organisé,

soirée date, je suis obligé."

Donc tu as un date avec ta femme ?

À quoi ça sert ?

Même si ça se passe très bien, c'est quoi, le meilleur scénario ?

Tu vas l'épouser à nouveau ?

Bon, tu as un date avec ta femme.

D'accord, si ça se passe bien, j'ai pigé.

Mais si ça se passe mal ?

Tu la re-déposes chez toi ?

Mais j'ai essayé les dates.

J'ai essayé de faire ça bien.

C'était à New York.

J'ai rencontré une fille, je l'ai invitée à manger chinois.

J'aime bien les restos chinois, c'est calme.

Il y a toujours...

de la musique, et un aquarium.

Je sais pas pourquoi.

Avec des fishes.

Quelques foosh qui nagent.

Les restos chinois, c'est discret.

Je vais pas l'emmener dans un resto marocain au premier date.

J'adore manger marocain,

mais si je l'amène dans un resto marocain,

le gérant va faire...

Premier date.

Je peux pas.

Je peux pas l'emmener dans un resto français,

où le serveur va dire : "Bonjour, M. Elmaleh.

Celle-ci est bien plus belle que celle...

de l'autre jour."

Donc on discutait.

Il y avait un couple à côté de nous.

Le type faisait sa demande en mariage.

Ça arrive souvent en Amérique. Les gens font ça en public.

Tout le monde était très ému.

J'étais tellement gêné.

Je me suis tourné. Même les poissons étaient...

Je vois le type un genou à terre, la bague en main,

et je me dis : "Fais pas ça en public, mon vieux.

T'es malade ? Et pas dans un resto chinois.

Pourquoi elle pleure, à ton avis, là ?"

Et la fille est très émue.

Quand tu es à un date, voir une demande en mariage,

ça met la pression.

On essaye de faire la conversation.

On se connaît à peine et elle dit : "Mon Dieu, c'est dingue.

Je vis Uptown, je bosse Downtown, et mes amis vivent Midtown.

C'est pas dingue ?"

J'ai dit : "Non."

Elle était mignonne. J'étais timide, gêné.

Je savais pas quoi faire, quoi dire.

Puis ils ont apporté les fortune cookies.

C'est divertissant.

On ouvre le gâteau et on sort le dicton.

Elle lit et dit : "C'est tout moi."

Non, c'est aléatoire...

Tu crois qu'il y a un vieux sage chinois qui t'observe ?

Quand ils ont apporté les cookies,

je me suis dit : "Et s'ils apportaient ça dans un resto français ?"

Vous imaginez ?

Vous cassez une baguette

et vous sortez des dictons bien français, genre :

"Ne tentez pas d'atteindre les étoiles, c'est perdu d'avance."

"La vie est dure, et puis on meurt. C'est la vie."

Mais on a passé une bonne soirée.

Après dîner, on s'est promenés,

très romantique.

J'ai voulu lui tenir la main tendrement,

et elle me dit : "Oh-oh !"

C'est quoi, ça ?

Elle dit : "Pas de PDA."

Moi : "Ça veut dire quoi ?"

"Démonstration publique d'affection. Pas de gestes affectueux en public."

Ils ont des mots pour tout.

Même pour quelque chose

de romantique et spontané.

Je savais pas quoi dire.

Dès que j'ai entendu :

"Pas de PDA", j'ai dit : "Mais pas de MST !"

Des mots pour tout !

Quand on est avec une Américaine,

à un date, elle vous dit :

"Tu me dragues, là."

Oui, c'est ce que je suis censé faire.

Mais plus maintenant.

Je l'ai ramenée chez moi.

Je lui ai proposé un verre de vin.

Elle me dit : "Il est bio ?"

Elle était tellement belle que j'ai dit oui.

"Figure-toi que je l'ai fait moi-même ce matin...

dans la baignoire.

J'ai travaillé le raisin toute la matinée. C'était super."

On a commencé à boire,

elle était un peu pompette,

et elle a voulu parler d'amour avec des métaphores de baseball.

Maintenant, il y a deux choses que je ne comprends pas :

les femmes et le baseball.

Alors elle me dit : "Si on va en première base,

en deuxième base..."

Moi, je suis fan de foot. Soit y a but, soit y a pas but !

Je ne comprends pas le baseball.

Mais j'adore porter ma casquette des Yankees.

Le problème,

c'est quand je rencontre des fans de baseball,

ils veulent lancer une discussion.

Je connais même pas l'équipe.

Je connais ni les joueurs

ni les règles. Rien.

Mais j'ai trouvé un truc.

Quand ils disent : "Que va-t-il se passer ce soir ?",

je dis : "Ne me lance pas sur ce sujet.

D'accord ?"

Je repars en tournée demain.

Mais je vais d'abord rentrer en France quelques jours.

Je n'aime pas les aéroports.

Il y a une chose que je ne supporte plus.

Les gens... qui se baladent

avec des coussins autour du cou.

Je ne peux pas. C'est plus possible.

Mon vol peut être retardé, annulé. Pas de problème.

Mais dès que je vois quelqu'un avec ce coussin...

"Qu'est-ce qui ne va pas chez toi, mon gars ?"

Ils marchent comme si de rien n'était. Assurés.

J'ai vu toute une famille, l'autre jour, avec ces coussins autour du cou.

Papa coussin, maman coussin...

bébé coussin, toddler coussin, qui se baladaient.

"Ça va pas ? Si vous le retirez,

il se passe quoi ?

Vous allez vous dégonfler ?"

Trop de sécurité, de nos jours. C'est dur.

Et qui a trouvé cette pose ?

Qui a décidé de ça ?

On doit tous faire cette pose dans la machine à rayons X.

La seule différence entre les Américains et les immigrés,

quand on fait cette pose,

c'est que les immigrés ajoutent un petit sourire.

On devient super sympa.

"Ne nous virez pas.

On veut revenir.

Demandez-nous ce que vous voulez."

Le type pourrait me demander de faire ça avec les jambes.

Je ferais ça tout de suite.

Récemment...

je voyageais en première classe.

Merci, ça fait plaisir.

C'est l'Amérique. Quand on dit qu'on voyage en première,

les gens sont contents.

En France, c'est plutôt : "Connard."

"Connard.

Tu as de l'argent, car tu bosses dur et tu as du succès.

J'espère que tu crèveras dans cet avion de merde !

J'ai envie de rayer cet avion avec une clé.

Je vais écrire 'égalité'.

Tout le monde devrait voyager en classe éco !

Même le pilote.

Révolution !"

C'est quoi, leur problème ?

Je voyage en première. Je n'ai pas de problème avec ça.

Je suis un nouveau riche. Autre mot français.

Je suis un self-made-man. Mes parents étaient pauvres.

Je suis un nouveau riche. Vous savez ce que c'est ?

Un nouveau riche, c'est quelqu'un qui peut se payer la première classe,

mais qui demande encore autant de cacahuètes gratos que possible.

Quand on lui offre du champagne, il est super content.

Je voyageais en première l'autre jour.

Il y avait un homme d'affaires très sérieux,

en costume et tout. Il lisait le journal.

L'hôtesse lui a proposé du champagne.

Il a dit : "Non merci." Moi : "Quoi ?

Ça va pas ! Prends-le et donne-le-moi !

Vous êtes fou ?

On a bossé dur pour ça !"

Il m'a lancé un regard méprisant.

Ou alors je suis parano.

J'ai le syndrome de l'immigré nouveau riche.

Il me jugeait,

parce que j'étais habillé très décontracté. Il me regardait

comme si je voyageais dans la mauvaise classe.

Parfois, je suis un vrai gamin. J'ai voulu m'amuser un peu.

J'aime bien faire marcher les gens.

J'adore ça.

J'ai commencé à faire comme si j'essayais de resquiller en première classe.

J'ai demandé, en montrant mon siège : "Vous croyez que je peux m'asseoir là ?

Normalement, je suis là-bas, mais personne n'est assis là...

Alors je vais m'asseoir là."

"Si vous n'êtes pas en première, vous ne pouvez pas."

Je lui ai dit : "Chut, ne leur dis rien, enfin !"

Je me suis assis là. Il me regardait,

et j'ai commencé à jouer avec les boutons.

"Super, hein ?"

Il a flippé. Il a appelé l'hôtesse.

Elle est venue me demander ma carte d'embarquement.

Elle a dit : "Vraiment navrée. Vous êtes bien en première."

Elle lui a dit : "C'est bon."

Je me suis levé et je lui ai dit : "C'est bon.

Je lui ai donné un billet de 20."

Ces...

Ces avions Air France

sont pleins de...

Français...

qui rentrent en France,

car ils ont besoin...

d'aller chez le dentiste.

Même si vous allez en France une semaine

et descendez dans un bel hôtel, faites du shopping toute la semaine,

ce sera toujours moins cher que d'aller chez le dentiste à New York.

Peut-être qu'en France,

ils sont arrogants,

mais il y a la culture, le savoir-faire,

l'élégance...

et la sécurité sociale.

Ma famille me manque.

J''adore être en tournée, sur scène.

Ma famille me manque, mais quand je vais les voir...

J'adore qu'ils me manquent.

J'adore ça. C'est super.

Quand ils me manquent, c'est génial,

super sentiment. "Vous me manquez." "Toi aussi."

Quand vous devez y aller, c'est autre chose.

Dès que tu arrives :

"Faut que je reparte d'ici."

Parfois, ils viennent.

J'ai fait venir ma mère plusieurs fois.

Elle a voulu voir mon spectacle en anglais.

J'ai dit : "Maman, tu parles pas anglais."

Elle a dit : "Peut-être, mais je connais mon fils.

Je sais quand il est drôle et pas drôle.

Peu importe la langue."

"D'accord."

Elle est venue. C'était le début,

un de mes premiers spectacles en anglais.

Je l'ai vue après, je lui ai dit : "Je le sens pas.

C'était dur." Elle a dit : "Non, mon fils.

C'est ton ressenti,

ta perception de la scène, mais j'étais dans la salle,

avec le public.

C'était pire."

Elle est folle.

Quand j'étais petit,

elle venait me chercher à l'école et me disait :

"J'ai failli t'apporter un gâteau."

Je disais : "Ah bon ?"

"Ça t'aurait fait plaisir ?"

Moi : "Oui." Elle : "Je le savais."

Mon père est un sacré personnage.

Père marocain typique.

Beaucoup d'amour, pas de mots.

Aucune communication.

Juste des expressions de visage et des gestes.

Il n'a jamais eu la patience de jouer avec nous. Il ne savait pas faire.

On jouait à cache-cache, il ne nous cherchait même pas.

Un jour, on devait se déguiser pour l'école,

mon père m'a déguisé en cow-boy.

Au Maroc.

J'avais un chapeau de cow-boy, le pistolet, et les babouches.

Laissez-moi expliquer à mes amis américains ce que sont les babouches.

Les babouches sont...

Comment dire ?

Des chaussons marocains.

Très étroits, étrangement.

La forme est bizarre, pointue.

Pas de talon.

C'est une chaussure non finie.

Elles sont vendues avec une odeur.

Croyez-moi, c'est pas "Lundi matin en Alaska".

C'est plutôt "Chameau mort

dans le désert un dimanche après-midi".

Et il y a une chose à savoir quand on porte des babouches.

Il n'y a que la marche avant.

Pas de marche arrière.

Pas de moonwalk, rien.

Si vous faites tomber un truc, faut faire le tour.

Elles me manquent.

Mes enfants me manquent aussi.

J'ai deux fils.

L'un a 16 ans...

l'autre en a trois.

Très dur de combiner ces deux énergies...

quand je les ai ensemble.

Y en a un qui court dans toute la maison,

grimpe aux meubles, pleure, jette des trucs sur son frère,

et l'autre a trois ans...

Ils viennent me voir. Quand le petit est venu,

je l'ai emmené aux Hamptons.

Chic, non ?

Un beau dimanche après-midi.

Je l'ai emmené faire une promenade. Belle journée.

Je le tenais dans mes bras.

On marchait, et je me suis arrêté

juste devant l'océan.

J'ai pointé du doigt,

face à l'océan, et j'ai dit à mon fils : "Regarde, si tu prends un bateau,

et que tu vas tout droit,

tu atteindras le Maroc."

J'ai dit : "Tu veux que je t'y emmène un jour ?"

Et il m'a dit :

"I'm good."

Merci, New York. Merci beaucoup.

Sous-titres : Hélène Skantzikas Team LiBERTAD

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