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LA MORT D'UN MA�TRE DE TH�
Ma�tre !
Fais demi-tour !
Ce chemin n'est pas pour toi.
Alors...
Il m�ne � l'autre monde ?
Ma�tre !
Ma�tre !
Ma�tre !
Ma�tre !
Bonjour.
Je vous ai vu en r�ve.
Ne vous sentez-vous pas seul ?
Ma�tre.
Ce chemin sombre et froid...
conduisait vraiment dans l'autre monde ?
� nous, ses adeptes, la Voie du Th�
montre aussi le chemin que nous devons prendre.
N'en est-il pas ainsi ?
Le pavillon de Th� de l'ermitage du Seigneur Uraku,
au Temple Kennin � Kyoto,
venait d'�tre achev�.
J'y fus invit�
en m�me temps qu'un riche marchand, appel� Daitoku.
Il vendait des ustensiles pour la c�r�monie du Th�.
C'est ma premi�re rencontre avec Uraku.
Je l'ai seulement vu de loin, plusieurs fois � Jurakudai.
Il m'a laiss� le souvenir d'un homme sage mais s�v�re.
Tr�s sage, en effet.
C'�tait il y a 27 ans. A-t-il chang� ?
Non pas du tout.
M�me le Seigneur Hideyoshi le craignait.
Apr�s tout, c'est le fr�re du Ma�tre du Seigneur.
Ils sont l�.
Je suis Honkaku.
Bienvenue.
Il parait que tu as longtemps servi Rikyu, le Ma�tre de Th�.
En effet.
Est-ce bien celui-ci, le fameux bol appel� Ido ?
Une cuill�re � th� faite par le Seigneur Oribe.
Elle est r�sistante, comme lui.
Il faut une volont� de fer pour faire seppuku.
Tout comme Rikyu.
Et Soji, aussi.
Oribe a fait la m�me chose.
Tous �taient Grands Ma�tres de Th�.
Faut-il mourir ainsi, pour �tre un Grand Ma�tre de Th� ?
Allons, la nuit est froide.
Buvons un peu de sak�.
Quand Rikyu a-t-il re�u l'ordre de mourir ?
Il y a vingt-sept ans.
Tant que �a ?
Et moi, je vis encore, sans honte.
Pourquoi Hideyoshi a-t-il ordonn� sa mort ?
De quoi fut-il puni ?
Nombreuses sont les rumeurs, toutes calomnieuses.
Il vendait les objets de c�r�monie tr�s cher.
Et s'enrichissait.
Mais seul le prix permet d'estimer la valeur de tels objets.
Autrement, on ne la conna�trait jamais.
C'est de cette fa�on que tu as fait fortune.
On m'en fait le reproche.
Tout ce que choisissait Rikyu convenait parfaitement
aux plus beaux pavillons de Th�.
Il est normal que de tels objets soient tr�s chers.
Ce n'est pas une escroquerie.
Il parait qu'il �tait victime de mauvaises langues.
Elles �taient nombreuses.
Le chef Ishida en faisait partie.
Que disaient-ils ?
Qu'il �tait chr�tien.
Et qu'il s'opposait � l'invasion de la Cor�e.
Et c'�tait vrai ?
Puisque la Voie du Th� pr�conise le respect mutuel,
il �tait normal qu'il accepte le christianisme
et s'oppose � la guerre.
Et l'�pisode de Daitoku ?
Ah, la statue en bois le repr�sentant ?
Il l'avait mise � l'entr�e du temple
pour surveiller les invit�s.
Tu pr�tends qu'il avait voulu faire �talage de son pouvoir !
- Pas du tout ! - Jamais il n'aurait fait cela !
Je sais !
�a suffit.
Ces temps-ci,
je perds vite mon sang froid.
�a t'amuse ?
C'est votre fa�on de parler. Elle me rappelle le moine Toyo.
Attends, le moine Toyo du Temple Shinnyo
est mort en 1598.
C'�tait il y a vingt ans.
Les disciples du Th� n'adorent qu'une fleur.
Mais Hideyoshi fit planter mille cerisiers.
Puis il organisa une f�te. Et Toyo quitta son service.
Parle-moi un peu de Toyo.
Je suis all� � son temple, admirer les feuilles d'�rable.
Apr�s que j'ai pass� la porte...
Honkaku ?
C'est toi, Honkaku ?
Moine Toyo !
Tu es devenu ermite, si jeune ?
Maintenant que tu as perdu ton Ma�tre,
tu dois travailler encore plus dur pour la Voie de Th�.
Quelle autre voie s'offre � toi, sinon devenir un Ma�tre � ton tour ?
�tais-tu avec Rikyu, la derni�re fois qu'il est venu ?
En effet.
Ce jour-l�, il m'a donn� un tr�sor. Le bol � th� Chojiro.
Un d�licat bol noir et profond.
Viens, tu vas boire dedans.
Six ans apr�s la mort de Rikyu,
Kokei, du Temple Daitoku mourut � son tour.
Cela marqua la fin d'une �re.
Ils �taient les deux piliers de cette �poque.
Une �poque o� le Th� avait un sens pour les guerriers.
Mais ce temps est r�volu.
La Voie du Th� � cette �poque-l�...
Boire le Th� avant d'aller se battre...
Plonger dans la bataille...
�tre tu�...
J'ai bu le Th� de Rikyu... je suis pr�t � mourir.
C'est bien.
Le Th� de Rikyu avait une force.
Contrairement � celui de tous les autres Ma�tres.
Il r�gnait en ma�tre absolu dans le monde du Th�.
Il y avait consacr� sa vie enti�re.
Son Th� �tait puissance.
Ainsi, il devint le rival d'Hideyoshi.
Et Hideyoshi lui ordonna de mourir.
Pourtant il me semble que c'est lui-m�me qui a appel� la mort.
Rikyu n'acceptait pas de sabre
dans son pavillon de Th�.
Hideyoshi devait entrer sans arme dans le pavillon de Th� de Rikyu.
Alors il n'avait...
aucune chance.
Combien de fois est-il entr� dans le pavillon de Th� de Rikyu ?
Des douzaines... Des centaines de fois.
Chaque fois, il go�tait le parfum amer de la d�faite.
Je vois que vous l'appr�ciez.
Pauvre Hideyoshi, priv� de sabre, buvant du th�.
Oblig� de regarder des bols... autant de coups de sabre.
Une d�faite pour lui.
Bien s�r...
Il voulait vaincre Rikyu.
Ne serait-ce qu'une fois.
Alors finalement, il bannit Rikyu de Kyoto.
Que s'est-il pass� ensuite ?
Tu en as une id�e ?
Nous ne le saurons jamais.
Il est tard.
Reste ici.
Non, merci.
Je pr�f�re rentrer � pied, au clair de lune.
Comme tu voudras.
Cette rivi�re me rappelle toujours
le jour o� Rikyu fut banni.
Son bateau descendit la rivi�re, l'emportant prisonnier.
Deux semaines plus tard, sa mort fut ordonn�e.
Je sais que les Seigneurs Sansai et Oribe
vinrent � la rivi�re le voir partir.
Ils pensaient qu'Hideyoshi
changerait d'avis apr�s le d�part de Rikyu
et qu'il le rappellerait rapidement.
Sinon, ils n'auraient jamais os� venir saluer
un homme ha� par leur Seigneur.
Mais Rikyu devait entendre les pas de la mort
se rapprocher de plus en plus.
L'air qu'il avait alors, je l'imagine sans peine.
Bien que je ne l'aie pas vu partir.
Car je me souviens d'un air terrible
que je lui ai vu, une fois.
C'�tait le matin du 4 septembre 1588,
� la demeure d'Hideyoshi o� vivait Rikyu.
Nous recevons aujourd'hui trois invit�s du Temple Daitoku.
Le plus important est Shunnoko.
Les autres sont Kokei et Gyokuho.
Moi, bien s�r, je suis leur h�te.
Tout doit �tre parfait pour cette importante c�r�monie.
Une c�r�monie ?
Une c�r�monie d'adieu pour Kokei
qui est envoy� en exil � Kyushu.
En exil, mais pourquoi ?
Je l'ignore.
Je ne sais pas non plus quand il sera pardonn�.
Quel manuscrit y aura-t-il sur le mur ?
Le po�me de Kido.
Celui que vous a confi� Hideyoshi ?
Sans son autorisation ?
Vous risquez un ch�timent.
Tel est mon but.
Le po�me...
convenait parfaitement � la situation. Il disait :
"Les feuilles tombent des arbres."
"L'air vif de l'automne est frai."
"L'homme sage est sur le point de partir."
"Prions pour qu'il rentre vite et nous raconte son histoire."
Le po�me �tait comme un adieu
au pr�tre condamn� � partir en exil.
Telle �tait sa seule signification.
Mais...
Faire une c�r�monie d'adieu pour celui qui a provoqu� Hideyoshi,
et dans sa propre demeure, qui plus est !
Quel h�te !
Quels invit�s !
Quel exil, qui accepte une telle hospitalit� !
Et le sang-froid de l'h�te
qui utilise le manuscrit d'Hideyoshi sans autorisation !
Quel courage !
Je voulais vite enlever
le po�me de Kido du mur.
Mais lorsque je revins...
Ils sont partis.
Laisse-le pour l'instant.
Honkaku !
Voulez-vous de la lumi�re ?
Est-il d�j� si tard ?
Il �tait rest� ainsi... la moiti� de la journ�e.
Car tel �tait son d�fi au pouvoir d'Hideyoshi.
Ainsi,
il avait cette m�me attitude dans le bateau.
Il d�fiait ainsi, � sa mani�re, la vengeance d'Hideyoshi.
Ma�tre.
Le Seigneur Uraku veut conna�tre la v�rit�.
Moi aussi.
Jamais je n'ai �prouv�...
pareille tristesse, pareille douleur,
avant ce soir.
Que s'est-il vraiment pass� ?
Tu peux penser ce que bon te semble.
Non, dites-moi, je vous en prie.
Faut-il que je raconte
l'agonie dans laquelle a pris fin ma vie ?
Es-tu vraiment si insensible que cela ?
Pardonnez-moi. Je ne dirai plus rien.
Pardonnez-moi.
Je vous en prie.
Tu travailles dur.
Seigneur Uraku !
Pourquoi avez-vous fait tout ce chemin ?
Je suis venu pour te voir.
Vraiment ?
Pourquoi te mentirais-je ?
Merci.
Par ici, Seigneur.
Par ici.
Cette partie de Kyoto me manque. C'est vivifiant, ici.
Je suis heureux de vous accueillir.
Excusez-moi de ne pas �tre all� vous voir.
Je suis venu t'emprunter le livre.
Celui que t'a donn� Okano.
Le livre qu'a �crit Soji ?
Tu me le pr�tes ?
Bien s�r.
Vous auriez pu envoyer un messager au lieu de venir vous-m�me.
C'est un livre pr�cieux.
D'autre part, je voulais voir le lieu de ta retraite.
Vraiment ?
Cela n'en vaut gu�re la peine.
Tu as des conversations intimes avec Rikyu, ici.
M�me depuis qu'il est mort.
Je t'envie.
Vous me flattez.
Voulez-vous un vrai Th� ?
Je garde toujours la th�i�re sur le feu.
�a te ressemble.
La pi�ce d'un homme pauvre.
Simple et propre.
�a me plait.
Rien de solennel, Ma�tre.
Tant mieux. Je me sens d�j� � l'aise.
Parle-moi de ce livre qu'a �crit Soji.
Dis-moi en un mot ce dont il est question.
En un mot.
C'est une initiation aux objets rares de la c�r�monie du Th�.
- Seulement... - Oui ?
Il y est dit aussi...
"Si je devais �tre convoqu� par Hideyoshi,"
"ou condamn� � mourir,"
"donne ce livre � l'un de tes disciples."
"Convoqu� par Hideyoshi"
"ou condamn� � mourir..."
Oui, Seigneur.
"Condamn� � mourir."
Extraordinaire !
Une sc�ne �trange et inoubliable
est rest�e grav�e dans mon esprit.
Cela a un rapport avec Soji ?
Cela se passait dans l'un des pavillons de Th� de Rikyu.
J'�tais � son service depuis quelques ann�es.
Je savais peu de choses
des invit�s que nous recevions.
La c�r�monie de Th� s'�tait prolong�e jusqu'au soir.
Et elle continuait.
Un po�me comportant le mot "N�ant" ne nous prend rien.
Lumi�re !
Celui qui porte le mot "Mort" prend tout ce que nous avons.
"N�ant" ne prend rien.
"Mort" prend tout.
Il ressemblait � un terrible Fudo ?
Exactement.
Alors c'�tait Soji, sans aucun doute.
Son visage �tait terrible.
M�me sans la lumi�re des bougies.
Peut-�tre que le parchemin sur le mur... portait le mot "Mort".
Personne n'aurait �crit cela.
Soji l'aurait fait.
Cela reste n�anmoins une r�flexion admirable.
"N�ant" ne prend rien. "Mort" prend tout.
Soji a �t� l'un des Ma�tres du Th� d'Hideyoshi.
Il fut banni...
parce qu'il avait offens� le souverain.
Puis, quand Hideyoshi attaqua le ch�teau d'Odawara, Soji �tait l�.
Comme s'il s'�tait laiss� prendre expr�s.
Peu apr�s on lui ordonna
de pr�parer le Th� pour Hideyoshi.
Attends.
Tu es r�put� �tre le meilleur �l�ve de Rikyu.
Que fais-tu ?
Arr�te !
Tu utilises la mauvaise mani�re pour m'humilier.
Vous avez raison.
Ce n'est pas la mani�re de Rikyu.
Je t'ai dit de faire selon la mani�re v�ritable.
La mienne est pourtant encore meilleure.
Silence !
Tu es cens� servir Sa Seigneurie.
Seigneur Hideyoshi, Chancelier.
Vous �tes le plus grand, et vous affichez pourtant votre pouvoir.
Vous n'atteindrez jamais la Voie du Th�
en agissant de la sorte.
Le style Wabicha est destin� � un vrai Ma�tre.
Il n'est pas pour vous.
Coupez-lui le nez et les oreilles.
C'est assez loin. S�parons-nous.
Bien. Faites bonne route.
Porte toi bien.
Je suis de retour, Ma�tre.
Le Seigneur Uraku vient de repartir � Kyoto.
Bien.
Les gens parlent encore de moi.
Mort ou vivant, on ne me laisse jamais en paix.
- Pardonnez-moi. - Ce n'est pas ta faute.
Dois-je vous faire du Th� ?
Volontiers.
Plus tard ce soir, c'est moi qui t'en ferai.
Pourquoi �tes-vous si triste, Ma�tre ?
Je ne suis pas triste.
Je n'�tais en proie
a aucune tristesse, sur ce froid et sombre chemin.
Dans mon r�ve, vous me disiez de partir.
Et je vous ai ob�i.
Tr�s bien.
Le Th� ne doit pas servir � gagner sa vie.
Les temps changent, de m�me que la Voie du Th�.
Soji et moi sommes les derniers de notre genre.
Soji s'est-il vraiment ouvert le ventre, comme on le dit ?
Quelle importance ?
La mani�re dont il v�cut et mourut ne regarde que lui.
Lui auraient-ils coup� le nez et les oreilles,
sa mort reste celle d'un grand Ma�tre du Th�.
Cette �trange nuit, dans votre pavillon de Th�...
Pr�s de vous, il y avait Soji.
Et qui d'autre ?
Qui d'autre aurait pu convenir ?
Mais il y avait quelqu'un.
La place est rest�e vide.
Mais quelqu'un...
Oublie cela.
Peu importe qui c'�tait.
Certains conviennent, d'autres pas.
Tu peux choisir quelqu'un pour moi.
Le 28 f�vrier, date d'anniversaire de la mort de Rikyu,
j'allai visiter sa tombe au Temple Daitoku.
L�, je revis le Seigneur Uraku.
J'ai termin� le livre de Soji que je t'ai emprunt�.
J'allais te le rapporter,
lorsque je songeai au si�ge d'Odawara.
Soji pr�parait le Th� pour les d�fenseurs � l'int�rieur du ch�teau.
Tandis qu'� l'ext�rieur, Rikyu servait les hommes de l'arm�e d'Hideyoshi.
Ils burent le Th� et moururent...
Amis et ennemis.
Rikyu vit beaucoup d'hommes courir � la mort.
Combien ?
Ils buvaient son Th�, partaient se battre...
et mouraient.
Comment pouvait-il esp�rer une mort naturelle pour lui-m�me ?
Il les aidait � mourir. N'est-ce pas ?
Son pavillon de Th� �tait un lieu o� les hommes
se pr�paraient � mourir.
Oribe aussi...
Son nom ?
"Vie".
Je voudrais assister � une c�r�monie du Th� aussi sobre.
Ce n'est pas si facile de nos jours, j'en ai peur.
Les temps ont chang�.
Le Th� doit changer aussi.
Les guerriers comme les artistes.
Apr�s Rikyu, vint le temps d'Oribe.
Peux-tu me parler un peu de lui ?
Apr�s la mort de Rikyu, je me suis enferm�.
La seule personne que je voyais �tait le moine Toyo.
Puis la bataille d�cisive de Sekigahara apporta
un nouveau souverain.
Il y a dix ans en 1610,
j'appris qu'Oribe servait le Shogun Ieyasu
comme Grand Ma�tre de Th�.
J'estimais qu'il �tait temps pour moi d'aller le voir.
J'allais jusqu'� sa demeure.
Sois le bienvenu.
Tu sembles aller bien.
Vous aussi, mon Seigneur.
Qu'y a-t-il ?
Vous pr�parez le Th� � la mani�re de notre Ma�tre.
Je suis flatt�.
Que penses-tu de cela ?
J'ai l'impression de revoir Ma�tre Rikyu.
Je m'assois toujours � c�t�, lorsque je suis seul.
"Simplicit�, pauvret�, modestie, toutes r�unies au c�ur du Th�."
Cela exprime sa philosophie.
"Souviens-toi toujours de la Voie du Th� dans la vie quotidienne."
"Ne n�glige jamais la pr�paration du Th�."
Il faut une autodiscipline s�v�re.
Il resta fid�le � ses propres paroles.
Jusqu'au moment o� il dut se donner la mort.
Pourquoi aurait-il voulu s'enrichir en vendant les objets du Th� ?
Ou �riger une statue de lui-m�me pour faire �talage de son pouvoir ?
Rikyu avait de la chance.
Vous le comprenez si bien.
Mais j'ignore une chose...
Ses sentiments � sa mort.
Durant ces deux derni�res semaines dans sa ville natale...
Que pensait-il ?
Quels �taient ses sentiments ?
Tu l'as servi pendant longtemps.
- Qu'en penses-tu ? - Eh bien...
Je ne sais pas...
Il aurait pu sauver sa vie s'il s'�tait excus�.
Il devait y avoir un moyen d'apaiser la col�re d'Hideyoshi.
Et pourtant, il ne s'est pas excus�.
Il n'a demand� l'aide de personne.
J'ai autre chose � te montrer.
Quelque chose de nouveau pour toi.
Il a fait cette cuill�re � Th� pour moi.
Y a-t-il mis... ses derniers sentiments ?
Son nom est "Larmes".
L'�tui avait la forme...
d'un objet mortuaire.
Apr�s tout, je n'�tais pas le seul...
� avoir v�cu avec Rikyu.
"Larmes".
Maintenant, je crois comprendre Oribe.
Comment, mon Seigneur ? J'aimerais savoir.
Oribe a suivi Rikyu dans la tombe.
Dans la tombe ?
Tel �tait son d�sir.
Il s'�tait d�vou� � Rikyu.
Le nouveau souverain �limina les partisans du fils d'Hideyoshi.
Oribe...
fut arr�t� pour avoir servi Hideyoshi comme Ma�tre de Th�.
S'il me l'avait demand�, j'aurais pu le sauver.
Il ne l'a pas fait.
Comme Rikyu ne s'�tait pas excus� quand il est mort,
Oribe ne le fit pas non plus.
C'est Oribe... qui assistait � cette �trange c�r�monie du Th�.
C'�tait forc�ment lui.
Un po�me comportant le mot "N�ant" ne nous prend rien.
Lumi�re !
Mais celui qui porte le mot "Mort" prend tout.
"N�ant" ne prend rien. "Mort" prend tout.
Les trois hommes assis l�
ont d� se mettre d'accord et faire un serment silencieux.
Un serment de mort.
Vous dites
que Oribe a suivi Rikyu dans la tombe, mais...
se pourrait-il qu'il ait ainsi respect� son serment ?
Son serment ?
Peut-�tre.
Soji s'est fait hara-kiri, de m�me que Rikyu...
Et Oribe...
Maintenant...
il n'y a plus de Ma�tre de Th� aussi brave, aussi grand.
Je ne me tuerai pas.
Pourtant, je reste un vrai Ma�tre de Th�.
C'�tait en d�cembre, l'ann�e suivante.
J'�tais all� chercher � manger
pour pr�parer le Nouvel An.
Son ermitage est l�-bas.
Merci.
Vous devez �tre Ma�tre Sotan.
Honkaku !
Vous vous souvenez de moi.
Bien s�r.
Je suis venu te voir.
Je te cherchais.
Vraiment ?
Depuis que grand-p�re Rikyu est mort, tu te caches.
Certains t'auraient vu au village, d'autres dans les montagnes.
Je n'ai r�ussi � te localiser que r�cemment.
Vous n'aviez que 14 ans quand Ma�tre Rikyu est mort.
Vous �tes un adulte, maintenant.
Dis-moi...
De quoi a-t-on puni mon grand-p�re ?
Que lui est-il arriv� ?
Durant les six mois qui ont pr�c�d� sa mort.
Il dirigeait parfois trois c�r�monies du Th� par jour.
Presque cent en tout.
Je ne l'avais jamais vu si s�rieux, si absorb�.
"Un Ma�tre de Th� doit pr�parer le Th� seul."
Je croyais qu'il voulait transmettre ses croyances
� travers son attitude.
Et Hideyoshi assista cinq fois � ces c�r�monies.
Cependant,
un jour que Rikyu recevait... le Seigneur Ieyasu,
Hideyoshi fut m�content de lui.
Cela changea tout.
Pourquoi ?
Hideyoshi le r�v�rait tellement,
lui avait accord� tant de privil�ges.
Mais il devint soudain furieux.
Il n'y a... qu'une fa�on d'expliquer cela.
Une seule ?
Hideyoshi attendait de r�aliser une ambition.
Il en r�vait depuis longtemps.
L'invasion de la Cor�e.
Mais Rikyu �tait contre. Et visiblement, il l'avait dit.
Alors...
Ces mots finirent par arriver aux oreilles d'Hideyoshi.
Voil� pourquoi... il a �t� puni.
Honkaku ! Est-ce que vous �tes l� ?
C'est Daitoku qui m'envoie...
Le Seigneur Uraku est tr�s malade.
Il est mourant.
J'ai un cheval pour vous. D�p�chez-vous, je vous en prie.
C'est le bruit de la gr�le ?
Oui, Ma�tre.
Oui, la gr�le recouvre le sol.
Honkaku.
Oui.
Est-ce que j'aurai le droit de marcher sur ce chemin ?
Celui dont tu as r�v� ?
Non.
� moins que je ne me fasse seppuku
et que je me meure d'une mort honorable.
Au moins...
j'aimerais savoir ce que Rikyu ressentait lorsqu'il est mort.
Qui peut le dire ?
Moi.
Permettez-moi.
Je t'en prie, j'en serais si heureux.
Chaque nuit, je parle avec mon Ma�tre.
Je le vois en r�ve.
L'autre nuit, il m'a dit � sa mani�re
ce qu'il a ressenti � l'approche de la mort.
En r�ve ?
Le 26 f�vrier 1591,
il fut soudain rappel� � Kyoto.
Le surlendemain...
Alors qu'il �tait sur le point de diriger
son ultime c�r�monie du Th�...
Mon Seigneur.
Soyez le bienvenu dans mon pavillon de Th�.
Je vous ai rencontr� pour la premi�re fois il y a quinze ans,
dans le nouveau pavillon de Th� de votre ch�teau � Azuchi.
Depuis ce jour-l�, il y a quinze ans,
je suis � votre service.
Et aujourd'hui, je vais prendre cong�.
Pas besoin. Ce n'est pas si grave.
�a l'est mon Seigneur !
C'est votre volont�.
Ne sois pas si ent�t�.
Vous m'avez donn� beaucoup de choses.
Un poste �lev�.
Le pouvoir de cr�er et perp�tuer la Voie du Th�.
Puis � pr�sent,
enfin, la mort.
C'est le plus grand de tous les cadeaux.
Votre ordre de mourir m'a aid�
� comprendre la Voie du Th� pour la premi�re fois.
Je vous en remercie.
Votre ordre de mourir m'a soudain rendu
libre de corps et d'esprit.
Je parlais de la beaut�, de la simplicit� de la Voie du Th�
mais sans la comprendre vraiment.
Maintenant que la mort est soudain pr�s de moi,
que je suis face � face avec elle,
il n'est plus possible de s'y m�prendre.
La "simplicit�" appara�t nue, dense,
comme le squelette des morts.
Il en est peut-�tre ainsi mais oublions cela.
Ne t'obstine pas, te dis-je.
Durant les ann�es de notre association,
vous m'avez accept� tout entier comme Ma�tre de Th�.
Vous avez toujours utilis�... ce qui vous �tait profitable.
Mais l�, pour la premi�re fois, vous vous d�barrassez de moi,
de mes m�rites, comme de mes torts.
Ceci peut s'appliquer � toi �galement.
Durant notre association, toi aussi, tu m'as utilis�.
Oui.
C'est vrai.
Pourtant, vous avez sorti votre sabre.
Je n'ai donc pas d'autre choix
que sortir le mien contre vous.
De m�me que vous vous d�fendez en tant que souverain,
je dois le faire en tant que Ma�tre de Th�.
Il aurait fallu rengainer votre sabre, ou me tuer d'un seul coup,
dans un acc�s de col�re.
J'entends encore votre voix, lorsque vous avez ordonn�
que je parte en exil.
"Le Th� ? La beaut� de la simplicit�" ?
"Cela ne signifie rien pour moi."
"Ce n'est qu'un jeu."
Rikyu !
Vous avez finalement agi en souverain.
Alors je dois agir comme un v�ritable Ma�tre de Th�.
Gr�ce � vous, je peux enfin me r�veiller d'un long cauchemar.
Avec Hideyoshi, Rikyu essaya de cr�er en ce monde
un petit espace lib�r� de la richesse et du pouvoir,
de toutes les id�es et contingences de la vie.
Bien s�r, c'�tait irr�alisable.
Il aurait simplement d� rester assis l�, seul.
Exactement.
Pourtant, il essaya de faire partager cela � Hideyoshi
et a beaucoup d'autres.
Quelle terrible erreur...
Il ne le comprit...
que lorsqu'il lui fut ordonn� de mourir.
Ou plut�t, il se souvint de ce qui avait �t� longtemps oubli�.
C'est � dire ?
Sa r�v�lation quand il fit son premier pavillon de Th�.
Son �vasion du monde terrestre.
Ce pavillon de Th� fut construit sur mon ordre.
J'ai le droit d'y p�n�trer.
Il n'est pas pour vous...
mais pour moi, mon Seigneur.
C'est un fort pour Rikyu, le Ma�tre de Th�.
Un fort solitaire...
o� je voulais combattre seul le monde terrestre.
Mon ma�tre de po�sie disait :
"L'issue de la Voie de la Po�sie est sombre et froide."
"Et telle doit �tre celle de la Voie du Th�"
"Sombre et froide."
Depuis que j'ai �t� envoy� en exil,
je suis face � la mort.
La mort est mon invit�e, parfois mon h�te.
Je pense que cela pouvait �tre...
l'issue de la Voie du Th�.
�a suffit, �a suffit.
Tu n'as pas besoin de te tuer.
Oublie cela. Pr�pare-moi une autre tasse.
C'est impossible.
Ce sera l'ultime c�r�monie.
Nombreux sont ceux qui attendent d�j� d'en faire l'exp�rience.
Comment ?
Beaucoup d'entre eux ont trouv� la mort
au cours de batailles contre vous.
Vous auriez d� faire attention.
Et maintenant, mon Seigneur,
je vous fais mes adieux.
Qui est l� ?
C'est Honkaku.
Je viens vous dire adieu.
Je suis tr�s flatt�.
Entre.
Nous nous sommes d�j� quitt�s sur ce chemin sombre et froid.
Oui.
Ma�tre !
Ce chemin est pour moi seul.
Pas pour toi.
Mais pourquoi ?
C'est le chemin de Rikyu.
Chaque Ma�tre de Th� a le sien propre.
Bon ou mauvais.
Rikyu a choisi ce chemin sombre et froid.
Comme l'est la Voie du Th� en ces temps obscurantistes.
O� ce chemin conduit-il, Ma�tre ?
� l'�ternit�.
Mais si une �re de paix devait arriver,
il conduirait � l'oubli.
Ce chemin est le mien.
Il doit donc dispara�tre apr�s ma mort.
Votre chemin...
Je comprends.
Je n'ai aucun regret.
Je suis r�confort�.
Les invit�s vont dans le pavillon de Th�.
Moi aussi, je dois y aller.
Maintenant...
Ceux qui p�n�trent dans le pavillon de Th� sont...
le Shogun Ieyasu...
Le Seigneur Maeda.
Le po�te Jo-o.
Le Seigneur Mori.
Le Seigneur de Sado, Seyakuin.
Le Seigneur Sansai.
Le Seigneur Takayama.
Les Ma�tres de Th�, Minbe, Shirojiro Sowa et Soan.
Kokei, Shunnoku, Gyokuho.
Les Seigneurs Matsunaga, Akechi, Miyoshi et Ishida.
Le moine Toyo...
Honkaku.
Je suis l�, mon Seigneur.
Mon Ma�tre...
Le 13 d�cembre 1623,
le Seigneur Uraku s'�teignit.
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