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- Isabel... - Oui, maman ?
On n'avait pas une autre boîte avec des cadres photo ?
Aucune idée, tu en as fait une ?
- Non, mais... - Que cherches-tu ?
Le petit cadre noir.
Où est-il passé ?
Madame Tencha, où puis-je poser ça ?
A côté de la bibliothèque.
Merci beaucoup.
C'est moi qui ai dû la mettre là.
Les livres...
Bienvenue, camarades.
Bonjour.
Bonjour.
M. le Ministre de l'Intérieur.
Président.
M. le secrétaire de Presse.
Président.
Le directeur de Télévision Nationale
vous attend pour une photo de groupe.
Merci beaucoup.
Monsieur le Président.
S'il vous plaît !
Président...
Par ici.
- Impeccables. - Très bien.
Très bien.
Regardez vers la caméra !
Prêts à écrire l'histoire, mes amis ?
Oui, oui.
Par ici, souriez. Trois,
deux, un...
- Très bien. - Très bien.
Président.
Il rêvait de ce moment depuis des années.
Certains ont déjà leur destin tout tracé
et ceux qui tenteraient de le changer
sont condamnés à une fin tragique.
Pour Allende, nous sommes les maîtres de notre destin.
La question est de savoir si cela nous mènerait à une histoire épique,
ou, au contraire, vers le début de notre tragédie.
Marcheur, ce sont tes traces
Marcheur, il n'y a pas de chemin
Si tu ne marches pas
Il n'y a pas de chemin.
"Le chemin se fait".
"Le chemin se fait en marchant"
et pas "il n'y a pas de chemin".
C'est pareil, Perro.
L'idée est la même.
- Bonjour. - Bonjour.
- Ca va, Perrito ? - Bonjour.
Que disent les Ricains ?
Il est passé de troublemaker à shamless,
de problématique à crapule.
La presse qui manipule l'opinion publique, un classique.
Que dit-on en anglais ? Allez-vous faire foutre ?
Et ne nous menacez pas de peines éternelles
si on ne paie pas les mines.
Après des décennies à se remplir les poches.
Sans rien laisser au Chili.
Bon, blague à part...
Qu'allons-nous répondre, Président ?
Il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué.
Nous allons d'abord nationaliser le cuivre.
Que le bras de fer commence.
Et en "spanish".
Au travail !
C'était un équilibriste. Il était sur la corde raide.
Un pas était déjà trop pour certains et insuffisant pour d'autres.
Il avançait sans aucun filet
et il semblait aimer cette sensation.
Vieux, mais jeune.
Humble, mais orgueilleux.
Pour ne pas tomber,
il devait maintenir le centre de gravité sur lui-même.
Certes, il n'avait pas une bonne oreille,
mais un bon coup de main.
Comment ça va, Sénateur ?
Vous n'êtes toujours pas habitué à me voir ici.
Non.
Seulement voilà, vous nous manquez au Congrès.
En voyant leur couleur, j'ai cru qu'elles étaient fausses.
Vous avez de l'imagination, Président.
Pour survivre ici, il faut bien.
Alors, nous avons réussi ?
D'après ce que j'ai entendu,
vous y arrivez très bien sans nous.
Nous savons tous deux que c'est faux, Patricio.
Et vos camarades ? Le savent-ils aussi ?
Bien évidemment.
Mes camarades le savent, tout comme vous.
Je le sais et Frei aussi.
A propos...
Comment va ce cher Eduardo ?
L'Europe lui fait du bien ?
La distance fait du bien.
Ca donne une autre perspective.
C'est vrai.
Vous vous souvenez quand on jouait au ping-pong à Algarrobo ?
On était jeunes, Eduardo se vexait quand je le battais,
alors, il montait dans sa barque et il prenait le large.
Il fait toujours pareil.
N'oubliez pas que c'est lui qui a commencé cette partie.
Bien évidemment.
Vous avez nationalisé la moitié des mines de cuivre du Chili.
Et nous nationaliserons les 50 % restants.
Que faites-vous des Etats-Unis ?
Nous ne sommes pas faits pour être une colonie, Patricio.
Ne soyons pas non plus naïfs.
Avec tout mon respect, Président,
il vaudrait mieux éviter de se les mettre à dos.
Je le sais bien.
Ils se fâcheront si on n'indemnise pas les compagnies.
Que voulez-vous faire,
on va les applaudir alors qu'ils nous volent ?
Ne vous en faites pas.
Je me chargerai d'éviter les représailles.
Mais ne me laissez pas seul au milieu des requins.
Nous fêterons ensemble la nationalisation du cuivre.
Nous fêterons ensemble la nouvelle indépendance du Chili.
Imaginez les gros titres.
Le gouvernement et la DC reprennent les rênes.
Qu'en pensez-vous ?
Président, Sénateur...
- On vous attend. - Merci.
Pour Allende, nationaliser les mines de cuivre
redonnerait aux Chiliens la richesse du Chili,
mais c'était surtout un acte de dignité.
Le cuivre est à nous !
Et merde, vive le Chili !
C'est bien, c'est bien.
Réunir les voix des Momios et de la DC au Congrès.
A l'unanimité !
Si je croyais au tout-puissant,
j'aurais été raconter ce miracle au pape.
Ce n'est pas une question de foi.
C'est une question de science, de patience.
Bien trouvé.
Profitons de cette lune de miel, Carlos.
- On ne peut pas perdre la DC. - Tu exagères, José.
C'est plutôt une période de grâce.
Regarde.
Tu me donnes du raisin ?
Qu'elle est belle ! Carlos, regarde !
Surprise !
Monsieur l'Ambassadeur,
bonsoir.
Camarade Président, le commandant Fidel vous félicite.
- Merci. - De la glace coco.
Oui.
On ne touche qu'avec les yeux !
Le commandant veut fêter cette victoire avec nous, papa.
Dites-lui que nous l'attendons volontiers
avec du gâteau au lucuma et du poisson.
- Ca va, Papelard ? - Jorquera, je voulais te parler.
J'ai préparé des tableaux comparatifs.
On est à une fête.
Profite un peu, bois un coup, amuse-toi.
- Et le discours... - Danse.
Claudia !
Il est important de...
Un instant.
Manuel... Claudia, je te présente Manuel.
Salut.
- Ca va ? - Ah.
En Espagne, c'est deux.
- Je vois. - Claudia.
Oui. Et Manuel.
- Manuel. - Le conseiller du président ?
- Oui. Tu es journaliste ? - Oui.
- Tu travailles pour le "Neo". - Oui.
Ce n'était pas que le cuivre,
c'était enfin avoir des chaussures,
la chimère du repos, du lait sur la table, avoir un livre,
aller au théâtre...
Ne plus être invisibles.
Je me souviens avoir pensé
que les Momios devaient admettre
que l'Unité populaire avait du rythme.
Mais pour certains, c'était trop lent.
Allons-y, camarades !
Travailleurs !
D'où venez-vous, camarades ?
Nous sommes du peuple Rewe et de l'occupation Amanecer.
Et nous avons occupé l'usine
car le salaire et les heures de travail étaient indignes,
camarade.
On a établi des plans de production,
nous avons formé des comités.
A présent, nous exigeons
que l'Etat les nationalise.
Mais vous savez, la bureaucratie.
Camarades, l'important est de renforcer
votre conscience politique,
votre conscience de classe.
Raul peut vous mettre en lien avec d'autres travailleurs.
Il faut travailler ensemble
afin de construire une vie décente pour vous,
pour vos familles, et pour le Chili.
Les tentatives timides de la gauche hésitante
ne suffisent pas face aux patrons
qui veulent défendre leurs intérêts.
Nous devons prendre position,
renforcer le pouvoir populaire.
Dès que nous aurons le contrôle des fonds et des usines,
alors le bénéfice reviendra aux Chiliens.
Vous êtes le moteur du changement.
Voilà les conditions.
Il est temps de sauter le pas.
La lutte continue, camarades.
Le MIR, mouvement révolutionnaire,
ne faisait pas partie de l'Unité populaire.
Il s'agissait d'universitaires de classe moyenne
associés aux secteurs les plus mécontents des classes populaires
et marqués par la révolution cubaine.
Ils avaient un esprit rebelle,
et ils avaient aussi Miguel Enriquez.
Non, non. Chagual, non. Ne mange pas la part d'Aka.
Non ! Arrête !
Chagual... On va devoir servir sa nourriture à la cuisine.
Sinon, il volera tout.
Aka devrait apprendre à se défendre.
- Il est plus petit. - Et alors ?
C'est le grand qui pose problème, il accapare tout.
Ces temps-ci tout le monde me montre les dents.
Papa, arrête.
Les actions du MIR ne nous aident vraiment pas.
Ce n'est pas le but. Ils ne sont pas de l'UP.
Je les ai graciés
et ça leur a permis de sortir de la clandestinité.
Et ils t'ont soutenu.
A leur manière.
Miguel n'est pas le seul à se méfier de la DC.
Miguel doit comprendre...
Sans majorité au Parlement,
on ne peut réaliser notre programme.
Pour faire une maison,
tu commences par les briques ou les rideaux ?
Je ne sais pas. Moi, j'adore la décoration.
Il nous faut les votes des membres de la DC
au Congrès.
Si on va plus vite, on va les perdre pour toujours.
Nous nationaliserons 91 entreprises.
Ni une de plus ni une de moins.
Ils voudraient bien moins.
C'est déjà ça, Tati.
Il faut bien reconnaître les avancées, non ?
Dis ça à ceux qui gagnent une misère.
Tati...
C'est facile de dire ça dans un joli jardin.
Elle ne comprend rien.
C'est toi qui dis toujours ça.
Sans ta mère, je ne serais pas ici.
Et moi, c'est moi.
J'ai le droit de dire des bêtises et de regretter.
Ce climat de violence n'aide en rien.
Ca donne une excuse à ceux qui veulent qu'on échoue.
Ils attendent le moment
où je ferai une erreur pour me jeter dehors.
Tu te rends compte de ça ?
Je comprends, papa. Je le vois bien.
Mais le MIR n'est pas coupable des actions fascistes.
Il suffit d'une étincelle, Tati,
une seule pour allumer un feu.
Ce matin, à 10h40,
l'ancien vice-président de la République,
le chrétien démocrate Edmundo Pérez Zujovic,
a été intercepté dans son véhicule, une Mercedes Benz,
à Providencia, rue Hernando de Aguirre,
et brutalement assassiné
de multiples coups de feu en présence de sa fille.
On ne connaît pas
les responsables ni les raisons ayant pu
les mener à commettre ce crime.
La nouvelle de cet attentat a provoqué un impact national.
- On attend la déclaration... - Il faut que je parle à Paya.
Bien sûr.
Cet horrible crime fait l'objet d'une enquête.
Merci, à plus.
La mort du général Schneider résonnait encore
dans la mémoire du pays,
et maintenant, Edmundo Pérez Zujovic.
En politique, on sait affronter les tempêtes
lancées par les adversaires ou par les ennemis,
mais cet ouragan venait de leur propre camp.
Où était-ce un nouveau venu ?
Je te rappelle.
- C'était la VOP. - La VOP ?
La Voix Organisée du Peuple.
- Un groupuscule, des fous. - Je connais pas.
Je ne crois pas aux coïncidences.
La fille de Pérez a entendu les assassins
parler de Puerto Montt.
Quand il était ministre de Frei,
il a expulsé des occupants illégaux.
Il y a eu 11 morts.
Dont un bébé intoxiqué au gaz lacrymogène.
Puis il a dû démissionner.
Le docteur s'est sévèrement attaqué à lui.
C'est un coup monté ?
- Je le sens comme ça. - On connaît bien ceux du VOP.
- Exact. - Ne nous avançons pas.
C'est extrêmement grave.
Ecoute, moi, je n'en sais rien,
mais ça ne te paraît pas étrange
que cet attentat ressemble à celui de Schneider ?
Mais si 11 personnes sont mortes à cause de lui,
il s'agit d'une vengeance.
Certains camarades de gauche ont la gâchette facile.
Ils font souvent justice eux-mêmes.
José, je t'en prie.
Réunis-toi immédiatement avec tous les partis.
Et avec Carabineros.
Le ministre de la Défense arrive.
Merci, Paya.
Des nouvelles de la police judiciaire ?
Ce sont les frères Rivera Calderon.
Qui sont-ils ?
J'ai gracié l'un d'entre eux.
- Qu'en pensez-vous ? - Président Frei...
Un mot sur l'assassinat de Don Edmundo ?
Dans ce pays, on ne peut semer la haine impunément,
instaurer la calomnie, le mensonge systématique,
la grossièreté,
pour détruire l'honneur des personnes.
Ce qu'ils ont fait à Edmundo...
C'est... Ca ne finira pas comme ça.
Les responsables moraux, qui montrent leurs victimes du doigt
pour que des dépravés appuient sur la détente,
devront non seulement supporter le poids
de leur conscience coupable, mais aussi le poids de la justice.
Excusez-moi.
C'est vous qui l'avez fait tuer avec vos discours extrêmes.
Sénateur, s'il vous plaît.
Ce crime renforce la montée du terrorisme.
Calmons-nous un peu.
Se calmer, monsieur le Ministre ? Vous trouvez ça adapté ?
Laissez-le finir.
J'essaye de vous expliquer
que la police judiciaire...
Ecoutez, l'assassin...
L'assassin aurait dû être derrière les barreaux.
A quoi pensiez-vous, en graciant un terroriste ?
Un innocent révolutionnaire,
comme votre ami Miguel Enriquez ?
Quel est le rapport avec Enriquez ?
C'est la violence. Le voilà, le rapport !
C'est fortement lié.
Sénateur, nous vous avons écouté, alors écoutez-moi.
Ceux graciés par le président ont reçu cette faveur
dans le cadre d'un droit constitutionnel
et à cette époque aucun d'eux
n'était impliqué dans un assassinat.
Et je vous rappelle que le MIR
ne fait pas partie du gouvernement de l'UP.
Et la VOP, c'est encore autre chose.
C'est un groupe de radicaux sans vergogne
qui seront appréhendés, incriminés
et poursuivis en justice.
Ecoutez,
vous devriez d'abord retirer ces pouilleux
de la garde privée du président.
- Qu'est-ce qu'il raconte ! - S'il vous plaît.
Faites attention à ce que vous dites !
Un peu de respect !
S'il vous plaît, essayons de dialoguer.
Restons calmes.
Messieurs, messieurs...
On vient de m'informer de la capture de deux des assassins.
Malheureusement, ils sont morts.
On ne peut pas permettre
de telles atrocités et ensuite feindre la surprise
devant le résultat.
Vous vouliez notre confiance.
Vous nous avez traités de fascistes,
d'ennemis du peuple.
Et vous, messieurs...
Vous tracez un chemin vers l'enfer.
Excusez-moi.
Merci beaucoup.
Comment ça se passe ?
Bien, bien. Les camarades sont engagés.
- Mais un peu nerveux. - Ca...
Avec tous les rapaces qui nous tournent autour...
Et on ne dit pas du mal des morts...
Ceux de la VOP étaient infiltrés.
C'est certain.
Bonjour, Gabriel.
- Salut, Tati. - Madame Tencha.
Un camarade m'a dit
qu'il avait même vu un Japonais à la VOP.
Il y a quelques mois.
Il les entraînait. C'est bizarre, non ?
Dans tous les cas, que ce soit eux ou pas,
les martyrs de Puerto Montt peuvent reposer en paix.
Tu sais que tu es la fille du président ?
Excusez-moi.
Ce n'est pas la vérité ?
Le dernier assassin vient de se suicider aux explosifs
dans la caserne d'investigation.
Trois policiers sont morts.
- Que veux-tu que je dise ? - Rien.
Rappelle-toi de qui tu es et où tu travailles.
Pas besoin de connaître la politique
pour savoir ce que dont ton père n'a pas besoin, Tati.
D'accord ?
Edmundo ne voulait pas la mort de ces occupants.
Quand vous voulez, Docteur.
Cher peuple du Chili...
Je m'adresse à vous pour condamner sévèrement
ce lâche attentat terroriste
qui a ôté la vie à l'ex-ministre de l'Intérieur,
Don Edmundo Pérez Zujovic.
Le gouvernement accompagne sa famille dans la douleur.
Ce crime est un crime contre le Chili,
contre l'unité,
perpétré par un groupe de faux révolutionnaires
qui cherchent à mener ce pays à l'anarchie.
Mais ils n'y parviendront pas.
Nous sommes prêts à affronter tous les obstacles
et nous irons jusqu'au bout.
Merci beaucoup et bonne journée.
Sénateur.
Que voulez-vous ?
Je représente le président
et vous présente nos condoléances.
C'est bon à savoir.
Vous attisez la haine des gens, puis vous demandez des accords.
Sénateur, vous savez que nous ne sommes pas responsables
de cette tragédie.
Les mitraillettes sont les instruments de la révolution,
n'est-ce pas ?
Pas de la nôtre.
Excusez-moi.
Patricio arrive.
Des gens du gouvernement sont là.
Tu vas continuer à défendre l'indéfendable ?
- Mais... - Il n'y aura plus de prêts,
Radomiro. Si cela continue,
il y aura un boycott. On se rapproche de Cuba.
Président, il faut garder notre calme.
Président, Radomiro...
J'imagine que vous connaissez José Manuel Varela,
chef du groupe des Industriels.
Toutes mes condoléances.
Merci.
- Président, bienvenue. - Merci.
Aujourd'hui, plus que jamais,
nous avons besoin d'hommes comme vous.
Merci.
Merci d'être là.
"Certains baisers problématiques
"renferment un code que personne n'a su déchiffrer.
"D'autres baisers sont tragiques.
"Combien de roses en broches ont-ils pu effeuiller ?"
Souvenons-nous
de notre chère amie et prix Nobel Gabriela Mistral.
Nous sommes enfin d'accord.
Président.
- Ramiro. - José.
Cette effroyable tragédie endeuille notre pays.
Toutes mes condoléances.
- Merci. - Merci à vous.
Bonsoir.
La violence ne nous amène à rien.
Elle ne... Elle ne permet pas cela, être face à face, se regarder.
Alors, camarades, nous devons être
capables de créer, en tant que femmes,
un tissu social qui nous fasse avancer ensemble.
Et ces projets de garderies,
de crèches,
sont fondamentaux pour nous, n'est-ce pas ?
Cela va nous permettre de nous développer,
de progresser en tant que femmes et travailleuses.
Ca vient tout droit de Cuba, camarade.
Merci beaucoup. C'est magnifique...
Salut, Laura.
- Salut. - Salut, Miguel.
- On a commencé ? - Non.
J'ai le temps de fumer ça ?
Oui, bien sûr. Merci d'être venu, Miguel.
De rien.
Alors, Miguel, au Sud ?
C'est une course de haies.
Une grande course des montagnes à la mer.
Les paysans mapuches s'organisent à toute vitesse
et nous avons déployé des militants de Concepcion à l'intérieur.
Tu sais que le président accélère les expropriations.
Il faut arrêter la prise illégale de biens.
Quand la vague du mouvement des masses arrive,
il faut l'accompagner, l'organiser.
Comme faire face aux vagues en mer.
Elles te frappent et c'est inéluctable,
surtout avec la faim et la pauvreté.
Je le sais.
Je le sais.
Nous avons saisi 1200 fonds, et j'en suis désolée Miguel.
Mais maintenant, le gouvernement doit donner confiance.
Puis on pourra accélérer,
mais le président veut ralentir sur certains fronts.
- Ne pas donner raison à la droite. - Nous le respectons.
Mais chacun son rôle.
On n'est pas le gouvernement.
Certains moments sont uniques dans l'histoire.
Si ce n'est pas maintenant, quand ?
Nous vivons ce moment,
et l'Unité populaire participe au changement.
Elle en est le commencement.
Fidel va venir.
Il devrait venir à l'université de Concepcion.
Tu pourrais m'aider ?
Je n'en savais rien.
On verra bien.
Car il ne sera pas là longtemps.
Les Momios vont déchanter.
Président.
La garde ne vient pas rendre honneur, Général ?
A l'école militaire,
le directeur et ses troupes sont en quarantaine.
Une épidémie de grippe.
Bien évidemment,
cela est inadmissible.
Je pense à un tout autre adjectif
pour qualifier cette faible mutinerie.
Vous savez que ce n'est pas un problème de protocole.
C'est un problème politique.
Bien sûr.
Avec le recul, ce n'était pas le meilleur moment,
mais y aurait-il eu un bon moment ?
Salvador, je suis enfin sur tes terres...
Cher ami, heureux de te voir.
Bienvenue, Fidel.
L'attachement du président à Castro est politique et personnel.
Ses décisions ne peuvent se répercuter sur les Forces armées.
Jamais.
Evidemment.
Nous sommes un livre ouvert, sans débats.
Non, non. Merci, mon Général.
J'ai eu du mal à arrêter. Mais quand j'arrête, c'est fini.
Et vous, dites-moi...
Qu'en pensez-vous, Pinochet ?
Eh bien,
je vous l'ai dit.
Un livre ouvert.
Mais, si vous me permettez,
j'aimerais que cette visite ne divise pas le pays davantage.
Le président comprend ces craintes.
Castro ne sera là que quelques jours.
En tout cas, il faut lui rendre hommage
comme à n'importe quel chef d'Etat
et maintenir sa sécurité avec des hommes de confiance.
Vous avez quelqu'un en tête ?
Oui.
Il se tient devant moi.
Merci, Général.
C'est un honneur.
Vous ne le regretterez pas.
Pourquoi dit-on des Chiliens qu'ils sont froids ?
Voilà les effets d'une mauvaise presse.
Mais ce sont eux qui causent toute cette agitation, Président.
Nous avons dû renforcer les mesures de sécurité
pour organiser cette cérémonie.
Je peux vous poser une question ?
Il y a une chose à laquelle je pense depuis longtemps.
Bien sûr.
Comment avez-vous réussi à remporter l'adhésion
de toutes les forces armées ?
Parce qu'au début, vous étiez une petite milice,
un groupuscule.
La révolution doit dépasser le sens purement politique.
Vous comprenez ?
Le mot peuple implique la nation, l'indépendance, la production.
Le peuple de Cuba a ça dans le sang, il résiste à la soumission.
Mais ça, vous le comprenez,
parce qu'ici, on résiste.
Ca, c'est bien vrai.
Ca, c'est bien vrai.
Augusto, n'est-ce pas ?
A vos ordres.
Tu le sais bien, Salvador,
la résistance de l'oligarchie à Cuba fut violente.
Ils ont fait usage de tous leurs moyens.
De toutes les armes.
Et ils ont reçu l'aide de l'impérialisme.
Et ils nous ont affrontés sur tous les plans :
sur le plan idéologique,
sur le plan des masses et le plan des armes.
- Et le plan économique, non ? - L'embargo.
Mais nous les avons vaincus sur tous les plans.
Mais nous n'avons pas inventé la résistance armée.
Cette résistance armée nous a coûté très cher.
Elle a coûté à notre patrie plus de sang et de victimes
que la guerre révolutionnaire.
Vous avez tous fait preuve de courage, mon cher Fidel,
mais le sang ne coulera pas au Chili.
Malgré les pressions économiques,
les actions agitatrices ou la presse d'opposition,
notre champ de bataille est et restera le Congrès national.
C'est exact.
Vous avez tout le soutien du peuple de Cuba.
Merci.
- Santé. - Santé au président.
Santé, Président !
D'un coup, un cri nous réveille.
"Ils arrivent, ils arrivent !"
On dormait tous.
Je prends mon fusil et je sors.
Et là, je vois Camilo, je vois Che,
tout le monde est à poil, le fusil à la main.
Une armée entière avec un fusil et le cul à l'air.
S'ils nous voyaient, ils diraient :
"Ce sont ces merdeux qui font la révolution ?" "
Je me demandais ce qu'Allende pensait du brasier
qu'il avait devant lui,
mais c'était une énigme difficile à déchiffrer.
Dors un peu, garde les idées claires.
Je ne sais pas.
Pourquoi pas ? Que peut-il se passer ?
Tu vas me réveiller.
Non, je ne peux pas, je vais à San Miguel.
Je vais aider à monter une scène.
Toi, tu vas aider à monter une scène ?
Oui, bien sûr.
Et puis, j'aide aussi les organisations.
C'est beaucoup de travail et la presse sera là.
Tu veux le voir.
C'est Fidel.
Allez, je te laisse, sinon, je serai en retard.
Repose-toi.
Il faut le dire, Fidel est resté plus longtemps que prévu.
Cela rendait tout le monde euphorique.
Camarade, camarade Fidel...
Devant cette situation historique que vit le peuple du Chili,
il faut un horizon révolutionnaire et sans demi-mesure.
Pensez-vous que ce gouvernement
suive une ligne révolutionnaire, ou bien une réformiste ?
Pensez-vous qu'il s'agit réellement d'un gouvernement socialiste ?
Si je dis non, je ne peux plus rester !
Ecoutez...
Je ne suis qu'un invité dans ce projet qui est observé
par le monde entier.
Le camarade Salvador et moi-même partageons un horizon,
mais des manières différentes de s'en approcher.
- Vive Fidel ! - Viva !
Avant cela,
je n'avais jamais vu quelqu'un de plus éloquent qu'Allende.
Le président avait tout du héros épique
avec l'humanité d'un citoyen ordinaire,
mais Fidel avait dans le regard quelque chose d'unique.
Même si j'étais ébloui,
je me demandais pourquoi il se promenait toujours,
habillé en militaire, à mettre son nez partout.
Il est là pour soutenir le président.
Ils disent qu'on a baissé nos pantalons.
Ils disent que moi, j'ai baissé mon pantalon.
C'est pareil, Président.
Il faut soigner notre image.
Ces bêtises nous font perdre les gens du centre.
C'est ta hantise, José ?
On va devoir jouer le jeu longtemps ?
Il ne s'agit pas d'eux, mais de nous, Carlos.
Aucun pays n'a jamais accueilli un chef d'Etat aussi longtemps.
Nous venons à peine d'installer un gouvernement.
Et cet uniforme vert n'aide pas à délivrer notre message.
Surtout après l'assassinat de Pérez Zujovic.
Ca donne de l'espoir aux gens
qui pensent que nous sommes seuls.
Fidel nous soutient. Il se préoccupe de nous.
Vous avez vu les gens l'applaudir
quand il jouait au basket ?
Dans les rues, dans les mines...
- Ce n'est pas tout le monde. - Exactement.
Moi, je ne veux pas qu'il parte.
Je crois que...
Ca fait long.
Ce qu'il nous faut,
c'est renforcer notre pouvoir juridique,
et non attiser les anticommunistes.
Et les discussions au Congrès, José ?
Ca se refroidit.
Nous n'obtiendrons pas les votes pour nationaliser le papier.
Eh bien,
continuons à les demander.
Salvador, comment peut-on empêcher le peuple de voir Fidel ?
Carlos, toi, tu l'admires.
C'est très bien.
- Et vous non ? - Bien sûr que si.
Mais je n'arrive pas à suivre.
S'il reste plus longtemps, il me faudra un athlète
pour l'accompagner et lui dire de partir.
Ce n'est pas digne
du secrétaire général du Parti socialiste, Président.
On ne combat pas la pauvreté par la bonté,
mais par le sens des réalités.
Si vous effrayez les investisseurs et ceux qui ont du capital
et que les gringos vous bloquent...
On ne peut plus rien faire.
C'est pour cela que je vous le demande.
Que pensez-vous faire ?
Surtout au sein du parti, car nous pouvons être d'accord,
mais si personne ne fait rien,
rien ne va changer.
Oui.
C'est une situation compliquée.
Qu'est-ce qui est compliqué, une guerre civile ?
Que dites-vous !
Hors de question.
Ecoutez, je vous explique.
Notre parti se base sur la démocratie,
on ne transige pas avec ça.
Allende n'est pas le problème.
Les communistes et socialistes sont des têtes brulées.
Et si Allende ne s'en occupe pas, cela va mal finir.
Don Eduardo, je crois que c'est en train de mal finir.
Ce gouvernement a encore cinq ans devant lui.
Le pays ne le supportera pas.
Exactement.
Attendre ne va rien changer.
La mort sera peut-être un peu plus lente,
c'est tout.
Mais la mort finira par arriver.
Et comment pensez-vous arrêter la mort ?
Eh bien...
Avec de bonnes manières, ce qui leur fait défaut,
en étant à l'écoute de gens bien, même s'ils sont différents,
et en échangeant des idées.
J'aimerais vous présenter des amis.
Nora.
Jack.
Mister president Frei.
Président...
Voici des amis journalistes.
Enchantée.
Excusez-moi.
Tenez.
Celle-ci, peut-être.
Mais on dirait une coquille d'oeuf.
C'est pour taper dessus ou pour faire joli ?
Tu te moques de moi ?
Ne te moque pas.
Il me faut une casserole jolie, mais qui peut être cassée.
Elle n'est pas jolie comme ça.
Celle-là, c'est possible.
On n'aura pas l'air con avec nos casseroles ?
Cher Président, nous sommes venus vous dire,
à vous et aux Chiliens,
que vous pouvez compter sur Cuba.
Vous avez toute notre solidarité désintéressée
et inconditionnelle.
Ils ne pourront plus jamais nous berner.
Avec la vérité, la vérité et la vérité !
Avec la raison, la raison et la raison !
Avec la morale, la morale et la morale !
Allez au diable !
Patrie, tenez bon.
Nous vaincrons !
Je ne suis pas un martyr.
Je suis un militant social qui fait son devoir,
un devoir que m'a donné le peuple.
Je veux le faire comprendre
à ceux qui veulent retourner en arrière
et ignorer la volonté de la majorité des Chiliens
sans jouer les martyrs.
Je ne reculerai pas.
Qu'ils le sachent.
Je ne quitterai La Moneda qu'après avoir accompli le mandat du peuple.
Sachez-le.
Entendez-le.
Et retenez-le bien.
Je défendrai la révolution chilienne
ainsi que le gouvernement populaire.
Je n'ai pas d'autre alternative.
Seules des rafales de balles
pourront empêcher ma volonté
de réaliser le programme du peuple.
Ce stade rempli était la preuve de ce projet
auquel les gens croyaient,
qui n'était pas de la folie, mais un chemin possible.
Pour enfin devenir un continent libre.
Coupez. C'est terminé. Merci, messieurs.
Commandant, je fais le meilleur pisco sour.
Vous êtes invité. Docteur...
Merci.
Ecoute, tu devrais renforcer la sécurité.
Pour être honnête, tu n'as pas l'air très protégé.
Ca fait passer un message, Fidel.
Je ne veux pas qu'on associe notre projet ou gouvernement
à un état policier.
Ne sous-estime pas tes ennemis.
Ce ne sont pas mes ennemis.
Ce sont mes adversaires.
Ne t'en fais pas, je sais bien à qui je m'oppose.
Et comment va Tencha ?
Bien.
Elle travaille beaucoup.
Et Tati ? Ca, c'est du sérieux.
C'est même une chose importante.
Tu dois partir, Fidel.
Et pourquoi ?
Je suis heureux de ta visite.
Tu sais que tu es ici chez toi.
Mais nous devons avancer dans notre projet
et reprendre notre programme.
- Cigare ? - Non, non.
A ce moment, le long pays
était complètement divisé en deux.
- Tu vas souvent au ciné ? - Non.
Je n'ai pas souvent le temps d'y aller.
Une femme travailleuse. C'est exigeant, comme travail ?
Le film est pas mal.
C'est Bardot qui fait tout.
Oui, mais elle a toujours des rôles de sex-symbol.
C'est fatigant.
Oui, c'est vrai. T'as raison.
Baisse les yeux, sale merde !
Excusez-moi, excusez-moi.
- Dégage, fils de pute ! - S'il vous plaît.
Dégage, connard !
- Abrutis de fascistes... - Quoi ?
Qu'est-ce qu'il t'arrive ?
Je te connais.
Je suis journaliste, je peux te dénoncer.
- Ca va ? Ca va ? - Oui.
Vraiment ?
- Tu le connaissais ? - Les trucs du métier.
Devant les faits qui se sont produits,
nous sommes obligés de prendre la responsabilité
des pouvoirs que nous avons reçus de la part du peuple.
C'est-à-dire d'apporter la sécurité
et de rigoureusement arrêter
tous ceux qui tenteraient de nuire à la patrie.
Le gouvernement a établi un état d'urgence
dans la province de Santiago.
J'insiste et je serai très clair.
Nous ne laisserons pas place à la sédition.
Nous ne tolérerons aucune attaque infâme.
Il n'y aura pas de coup d'Etat.
Un des malheurs de la politique,
ou peut-être la raison de son existence,
est qu'une force fait inévitablement croître son contraire.
Plus un projet est fort,
plus les forces qui veulent l'éviter seront puissantes.
Non.
Bonjour.
Alors ?
On s'est fait enfler.
Tu vas être mis en accusation.
J'avais dit :
Ne jouons pas leur jeu.
La DC fonctionne comme ça.
C'est dans leur ADN.
Ca, c'est pour Pérez Zujovic.
Ils se fichent de Zujovic, Lucho.
Ils ont trouvé l'excuse parfaite pour faire ce qu'ils voulaient.
Qu'est-ce qui joue en notre faveur ?
Comment ça ?
Notre ministre est impliqué dans l'ordre public.
Ils ne trouveront aucune déclaration
ni preuve de soutien envers toute forme de violence.
Don José Toha,
qu'ils le veuillent ou non, est irréprochable.
Ce n'est pas contre moi.
Mais contre le président.
C'est une manoeuvre politique
qui cherche à profiter de la misère et de la violence.
Et ce sera notre argument de défense.
Très bien, camarade.
Docteur.
José n'est qu'un bouc émissaire.
Vous me dites que nous allons l'emporter ?
Nous aurons besoin de tout le monde.
Je pense qu'il réagissait ainsi
pour occulter toute faiblesse.
Avait-il peur ? Aucune idée.
Tout d'abord, cette disposition est absolument inapplicable
car elle renvoie à des dispositions comprises
dans le règlement.
- Il ne fait rien ? - Ne t'inquiète pas.
De la transition.
Entrez.
Le plaidoyer.
- Je t'aide ? - Non, merci.
D'accord, du calme.
- Bonjour, messieurs. - Bonjour.
Comment voulez-vous gagner avec ces têtes d'enterrement ?
Allez, venez. On y va !
Moi, je vous attends ici.
- Je ne veux pas porter la guigne. - La quoi ?
Porter malchance, la guigne.
- La poisse. - Oui.
- Messieurs, s'il vous plaît. - José, tu vas y arriver.
Merci.
Le ministre a fait preuve d'incompétence.
Ni plus ni moins.
De l'incompétence.
Quand allons-nous comprendre que ce gouvernement
n'a pas ce qu'il faut ?
Je me demande, combien de morts ?
Combien de morts faut-il ?
Nous savons tous
qu'il ne s'agit que d'une ruse politique.
Nous sommes loin de l'esprit républicain et démocratique
qui devrait être honoré dans cet hémicycle.
Le peuple ne veut pas de ce triste spectacle.
Le peuple nous demande de gouverner, ce que nous avons fait
et continuerons à faire
si vous nous y autorisez enfin.
Continuer à dire que notre gouvernement
est responsable de ce climat de violence,
n'a vraiment aucun fondement.
Une accusation constitutionnelle peut devenir une anecdote
ou le début de l'enfer pour un gouvernement.
Alors ?
Avec la fille ?
Quelle fille ?
Avec ta mère !
Avec la journaliste, voyons.
Ah, Claudia.
Bien, bien.
Elle veut qu'on soit amis.
Donc je suis content.
Je vois.
Fidel nous a laissé ça. Un délice.
- Tiens. - Merci.
Je me permets.
Je ne comprends pas, Docteur.
Ils ont réussi à nous détruire, comme ils le voulaient.
Ils y sont parvenus et...
Je ne comprends pas comment vous pouvez être ainsi.
Et je devrais être comment ?
Je ne sais pas.
A 65 ans, on a déjà appris beaucoup sur la vie.
Parfois, je me demande si on arrivera à faire
tout ce qu'on a promis.
Quand je pense à l'échec, c'est le désespoir.
Mais nous avons l'opposition.
Et ces imbéciles qui ne veulent pas que les choses changent.
Nous avons la démocratie.
Pensez-vous que ceux qui ont accusé Toha
ont pour intérêt la démocratie ?
Je ne sais pas. Nous verrons bien.
Mais c'est dans notre intérêt.
Et la démocratie est le chemin du peuple pour arriver au but.
Tu comprends ?
Je t'invite à voir le Festival de Vina.
C'est un festival de musique, comme San Remo,
mais du tiers monde.
Non, mais je vous remercie.
Vous avez préparé un bon plaidoyer avec José, bravo.
- José. - Président.
Tu devrais être chez toi.
Oui, je devrais.
Demain matin, je veux te voir à La Moneda en pleine forme.
Demain ?
Tu seras ministre de la Défense et je veux l'annoncer tôt.
Comment ?
Docteur, ne...
Repose-toi bien, José.
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