All language subtitles for 1984.Les nuits de la pleine lune .8Go. (fr)

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Original subtitles

Allô, Octave ?

C'est Louise.

Écoute, excuse-moi de pas t'avoir joint hier.

Je pouvais pas.

Alors, c'est d'accord pour ce soir ?

Tu viens me chercher à l'agence ?

6 heures ?

Non, je me dépêche.

Je crois pas qu'il vienne.

À ce soir. Je t'embrasse.

Oui.

Qu'est-ce qu'on fait pour ce soir ?

Mais je sais même pas si tu viens ou pas.

Ça t'embête que je vienne ?

Non, mais tu vas t'ennuyer.

Et comment rentreras-tu ?

Demain, par le premier train.

Et en attendant le train ?

Je sais pas. J'irai dans un café.

Mais tu vas encore te fatiguer.

Mais non. Demain c'est samedi. J'aurai toute la journée pour récupérer.

Depuis que je travaille, je sors plus.

C'est ça qui m'épuise.

J'ai plus de vie à moi.

Écoute, n'exagère pas. C'est moi qui pourrait me plaindre.

Chaque soir tu rentres à la maison de plus en plus tard.

Bientôt tu viendras ici uniquement pour dormir.

Je peux voir mes amis, quand même.

J'appelle pas ça « sortir ».

Puisque j'en ai l'occasion ce soir, j'en profite. C'est tout.

J'ai un besoin absolu de passer une nuit blanche de temps en temps.

C'est pas contre toi. Je suis comme ça.

Et puis si tu n'aimes pas, ne viens pas.

Mais j'aime être avec toi. Quand on vit ensemble, on sort ensemble.

C'est normal, hein !?

Pas forcément. Si l'autre n'aime pas.

Faut pas que l'un oblige l'autre à faire ce qu'il n'aime pas et...

à pas faire ce qu'il aime.

Je ne t'ai jamais dit que je n'aimais pas sortir avec toi.

Si tu rentrais à des heures possibles.

C'est très possible pour moi, si ça l'est pas pour toi.

Demain, je dormirai.

Tu as ton tennis, je te comprends.

Fais l'effort de me comprendre.

Écoute.

De deux choses l'une :

ou je viens et tu rentres à une heure normale

ou je ne viens pas et tu rentres par tes propres moyens.

Passe un moment et rentre seul, c'est très simple.

Eh bien je ne viens pas, c'est encore plus simple.

Eh ben ne viens pas.

Au revoir.

- Bonjour. - Bonjour.

- Comment ça va ? - Ça va.

Au revoir tout le monde. À demain.

Ça va ?

Faut que je repasse un instant chez moi.

Ben moi aussi, faut que je repasse chez moi.

Comment ? Tu retournes là-bas ?

Pas chez moi à Marne-la-Vallée, chez moi à Paris.

Ben tu sais bien que j'ai une piaule.

Oui, mais tu l'as louée.

Mais ma copine est partie. Alors j'en profite.

Viens la voir. C'est l'occasion.

Je vais te montrer.

Chicos, dis-donc !

Voilà.

- C'est grand ! - Ben oui.

Tu repeins tout ça ?

Je me fais aider par des copains. T'es candidat ?

Tu sais très bien que je suis pas doué.

Toi, tu es une manuelle.

- À te voir, on dirait pas. - Ben pourquoi ?

Ben parce que tu donnes l'image de quelqu'un complètement éthéré

alors qu'en réalité, t'es tout à fait physique

pratique, matérielle.

Tu veux un café ?

Oui.

Et chez toi, tu repeins aussi ?

Tu sais, chez moi, c'est ici.

Non mais, chez ton mec.

Pas la peine, c'est tout neuf.

Ça doit être terrifiant d'ennui, non ?

Moins que je pensais.

Viens nous voir, un jour.

La banlieue me déprime.

Je comprends pas comme t'as pu aller t'enterrer là-bas.

Rémi a trouvé une situation très bien

à la mission d'aménagement de la ville nouvelle.

Je pourrais m'asseoir ?

J'aurais dû y penser.

Les villes nouvelles, j'y crois pas.

Lui, il y croit.

Il aurait pu habiter Paris.

Non. Tu sais bien. C'est deux fois plus cher.

Il pense qu'il faut habiter sur les lieux,

c'est plus franc.

S'il contruisait une prison, il y habiterait sur les lieux ?

Je le crains, c'est assez dans son style.

Et tu le suivrais ?

Même maintenant. Je l'ai pas vraiment suivi.

J'ai gardé cette chambre et j'y ai laissé quasiment toutes mes affaires.

Justement, où est-ce que tu vas les mettre, maintenant ?

Maintenant ?

- Quand tu auras loué. - Mais je veux plus louer.

- Alors tu repeins pour qui ? - Pour moi.

- J'ai besoin d'un pied-à-terre. - Oh là là, c'est dangereux.

Peut-être, mais tu sais j'ai pris mes précautions.

T'es là ce soir parce que c'est pas encore fait

mais après pas question ni pour toi ni pour un autre de venir ici.

J'ai besoin d'être seule de temps en temps. Vraiment seule.

Même si je quittais Rémi, ce qui arriveras pas de sitôt,

ce serait sûrement pas pour vivre avec un autre.

Imagine quand même que depuis l'âge de quinze ans,

y a pas eu une journée ou une période où j'ai pu me dire complètement seule.

Quand j'ai quitté le premier garçon avec qui j'ai vécu,

je connaissais déjà le second.

La transition s'est faite sans secousse.

Je m'attachais de plus en plus au nouveau tandis que je me détachais doucement de l'ancien.

Une chose qui me manque absolument est d'avoir éprouvé la solitude.

Et peut-être même d'en avoir souffert.

La solitude n'est pas marrante du tout.

Je verrai. Qu'on me laisse au moins voir par moi-même.

Qui t'en empêche ?

Les autres. Les gens qui m'aiment en général.

On m'aime trop.

T'as jamais aimé des gens qui ne t'aimaient pas ?

Sois franche.

Ben non. Franchement je pense pas.

Parce que contrairement à beaucoup, il me serait invraisemblable

d'aimer celui qui est contre moi ou de vouloir quelqu'un qui m'ignore.

C'est le désir de l'autre qui suscite le mien.

Il y a une explication.

- Mais ça va te vexer. - Ben vas-y.

Tu es très très belle.

Tu plais à un nombre considérable de gens

parmi lesquels, je suis sûr, des types très bien.

Enfin, il y a quelques débiles mentaux à qui tu déplais.

- Et si ils ne m'intéressent pas ? - Attends.

Tu leur déplais

et tu le sens, tu paniques.

Tu peux pas supporter l'idée du moindre échec.

Tu te rabats par précaution sur des mecs qui sont infiniment en-dessous de toi.

Comme ça t'es sûre.

Entre parenthèses, tu as tort parce que tu plairais encore mieux aux gens très bien.

Qu'est-ce que tu racontes ?

Je te dis pas que ça soit conscient chez toi.

C'est un choix qui s'opère entièrement à ton insu, mais c'est vrai.

Mais c'est faux ! J'ai jamais aimé que des garçons très bien et très difficiles.

Non ! Ils ne sont pas bien et très difficiles.

Tu pourrais en trouver des beaucoup mieux.

Mieux !? Mais qu'est-ce que tu veux dire, mieux ?

Je t'oblige pas à aimer Rémi pas plus que tu m'obliges à aimer ta femme.

D'ailleurs je l'aime bien et je trouve que vous allez très bien ensemble.

Permets-moi de te dire que je trouve que vous n'allez pas bien ensemble du tout.

Et puis tu ne l'aimes pas.

Sinon tu ne chercherais pas à faire chambre à part.

Je veux pas faire chambre à part du tout.

J'aime sortir et lui pas.

C'est le seul point sur lequel on soit en désaccord.

Sinon pour le reste, tout va bien.

Et puis il a besoin de se lever plus tôt que moi.

J'ai pas de voiture et je ne veux pas l'obliger à être mon chauffeur.

C'est tout.

Cette chambre est autant dans son intérêt que dans le mien.

Comme ça, si je couche ici de temps en temps, je ne le réveillerais pas en rentrant.

Et ça, il le pense ?

Je sais pas. J'ai encore rien dit.

- Tu lui as rien dit ? - Non.

Oh là là ! Et tu oseras ?

Ben oui, même si ça fait un drame.

Ça en fera un, sois sûre.

Tant mieux, comme ça t'auras un prétexte de le quitter.

Je veux pas le quitter. C'est le contraire !

Je veux l'aimer. Je veux le garder.

La seule chose qui m'empêche de l'aimer comme je voudrais

est qu'il m'aime trop.

Automatiquement, quand on m'aime trop,

j'aime moins.

Normal. Tu es tellement au-dessus de lui.

Je veux pas être méchant mais votre couple est le cas typique d'une désagrégation.

Tous les symptômes sont là et le processus est irréversible.

Ben t'es méchant.

Je veux tenter quelque chose.

S'il me comprend, s'il y met un tant soit peu du sien, ce sera merveilleux.

Une femme est jamais insensible. Quand un garçon fait un effort pour elle,

elle est touchée, profondément.

Ce serait si peu à faire pour lui.

Comme je le connais, ce sera immense.

Et pourquoi il ne ferait pas quelque chose d'immense pour moi ?

S'il m'aime autant qu'il le dit.

Écoute, je m'habille.

Alors si tu veux passer chez toi, c'est le moment.

C'est un peu tôt. Agathe doit être en train de coucher la petite.

Je la dérangerais parce que

elle a son concert tout de suite après.

Si ça ne t'ennuie pas, je vais rester ici.

J'ai un article à finir.

Je veux bien, mais j'en ai au moins pour une demi-heure.

Oh, ça va.

Ça va, ça va.

Moi aussi.

Attention, il faut pas réveiller la petite.

- Elle est seule ? - Non. Y a une nana qui regarde.

- Je vais te compromettre. - Non.

- Ah, bonsoir Tina. - Bonsoir.

- Je vous dérange ? - Non, pas du tout.

- Vous étiez en train de travailler ? - Je lisais.

- Est-ce que la petite fille dort ? - Depuis dix minutes.

Très bien. Je repars dans une demi-heure.

D'accord. Très bien. Bonne soirée.

Installe-toi. Enlève ton manteau.

Je la trouve très jolie, ta femme.

Tu devrais pas la négliger.

Je la néglige pas.

Tu penses que je n'aime pas Agathe ? Tu te trompes.

Les gens s'imaginent que je suis jamais avec elle. C'est faux !

Je pourrais même dire que nous sommes la plupart du temps ensemble,

puisque moi avec mes articles et elle avec sa musique,

on a pas de travail à heures fixes.

Donc on reste toute la journée à la maison.

Je la quitte le soir, et encore pas tous les soirs.

Pour beaucoup moins de temps que si j'allais, par exemple, au bureau.

Et puis n'importe comment,

ça fait partie de mon inspiration. Elle le comprend très bien.

T'aimerais avoir un enfant un jour ?

Un jour peut-être. Pas maintenant.

Je pense que les enfants, faut les avoir quand on a 16 ou 18 ans.

Quand on est complètement inconscient.

Ou peut-être vers 30 ans, quand on a pris une direction.

Et lui, il en veut ?

Tous les garçons que j'ai rencontrés en voulaient.

Normal. C'est une façon de te retenir.

Mais tu sais, moi aussi. Dans ma tête, avoir des enfants...

c'est à rattacher à la catégorie des gens installés.

Terrifiant.

Mais en fin de compte, j'y suis pas entré.

Enfin, j'espère. J'espère.

Je dois dire que je dois énormément lutter pour résister à cet engloutissement.

Moi aussi. Je ne me sens pas encore adulte et je n'ai pas envie de l'être de sitôt.

Rémi au contraire croit l'être et veut que je le soit.

Il est en train de tuer ma jeunesse.

Tu vois, il y a des choses auxquelles je tiens par-dessus tout

et qui font partie de cette jeunesse.

C'est sortir avec des amis,

voir des gens nouveaux.

Aller danser.

Ne pas toujours avoir un plan pour le dimanche ou pour le soir.

C'est ça qu'il m'empêche de faire.

Moi, je crois qu'on est vieux quand on éprouve plus le besoin de séduire.

Moi je suis jeune, et j'ai pas envie de séduire tout le monde tout le temps comme toi.

T'es séductrice même à ton insu et c'est normal.

Quelqu'un qui a perdu le goût de la séduction est mort.

Plus que mort.

Moi j'aime séduire et c'est tout.

J'aime la séduction pour la séduction.

Peu importe qu'elle aboutisse.

Je veux dire physiquement.

Moi, les relations physiques m'intéressent pas.

J'ai jamais eu de ma vie une relation purement physique.

Cela étant dit,

je ne suis pas contre le fait que tu aies de temps en temps...

des relations physiques abouties

mais pas avec des hommes physiques.

Avec moi par exemple.

Je te plais pas ?

Tu me plais mais tu m'attires pas.

C'est ça justement qu'il faut : un homme qui ne t'attire pas bestialement

comme tous tes mecs,

y compris l'actuel.

T'es fou !

Bon.

En tous cas, j'ai une grande attirance pour toi, mais je la domine puisque tu l'exiges.

Fais attention, si la fille entrait !

T'inquiète pas. C'est une discrète.

Alors, c'est simplement parce que t'as peur qu'elle nous voit ?

Assez ! Octave !

T'es fou ! J'suis pas d'accord.

T'es la fille que je respecte le plus au monde.

Il y a quelque chose en toi de virginal.

Un air d'amazone farouche qui subsiste en dépit de tout.

J'ose pas te toucher. Je supporte pas que les autres te touchent.

L'idée de te savoir dans les bras d'un homme est insupportable.

À plus forte raison, les types que tu fréquentes,

qui sont d'une animalité... pathétiquement bestiale.

« Bestial », tu ne sais dire que çà !

Toi aussi, t'es bestial à ta façon

Louise !

- Ça me fait plaisir de te voir. - Bonsoir.

- Ça va ? - Mais oui.

- Tu connais Octave ? - Bonsoir.

Et ton travail, finalement ?

Ça va.

C'est un peu subalterne.

Tu sais, c'est dur quand on a plein d'idées mais ça va, quoi.

Mais tu continues à travailler un peu pour toi, tout de même ?

Oui : peinture, maçonnerie, plomberie.

- Je fais des lampes aussi. - Ah, tu fais des lampes !

Tiens, ça m'intéresse parce que... Enfin, il faudra que tu me les montres.

- Tu sais que j'habite juste à côté de chez vous ? - Ah bon ?

Mais oui. J'ai trouvé un pavillon 1930 à Émerainville.

C'est très joli. Je suis ravie parce que vraiment, à Paris je me dispersais trop.

- Et comment va Rémi ? - Ben il va bien.

Il a beaucoup de travail. Il voit pas le temps passer.

J'ai l'impression qu'il n'aime plus tellement sortir.

Et toi, tu sors toujours beaucoup ?

- Ben non, plus beaucoup. - Tu t'assagis.

Non, mais il y a plus tellement d'occasion. C'est tout.

Ben oui. Mais comment tu fais pour venir à Paris. Tu as une voiture ou bien ?

Non, mais j'habite très près de la gare.

Et Rémi t'a pas trouvé un job dans le coin ?

Tu sais, travailler là où j'habite, ça m'amuserait pas beaucoup.

Ça, je te comprends.

C'est exactement l'inverse de lui.

Oui, sur ce point, on peut pas être plus différent.

Eh bien, tiens, justement. Le voilà.

Ça va ?

Tu vas bien ?

Bonsoir Rémi.

- Ça va bien et toi ? - Ça va.

- Tu sais qu'elle habite à Émerainville, maintenant ?

- Ah bon ? - Eh oui.

- Depuis quand ? - Oh, depuis un mois environ.

C'est très bien. C'est grand.

Y a de la place pour mon atelier. Et même en ce moment j'ai une amie

qui travaille avec moi qui habite là. C'est vraiment bien.

Et Xavier ?

Xavier... ben Xavier, c'est fini.

Et voilà. C'est la vie.

- Bonsoir. - Ça va ?

Ça va, ça va.

Attends, excuse-moi.

(Les tarots d'Elli & Jacno)

Je tire une carte, mauvais présage

Que faire d'un si triste message ?

L'horrible cri du fond des âges.

De cette épée le roi, la reine

On nous balance dans l'arène.

Trop de violence, bébé, je freine.

Je cherche ta petite gueule dans mon jeu.

Faut-il que je passe aux aveux ?

Allez, à trois je dis tout. Un !

Deux !

Je joue mais les cartes sont marquées.

Les jeux sont truqués.

Les dés sont pipés.

Je ne pourrai jamais tricher.

Il y a comme un présent passé

Où est passée la réalité ?

Je tire une carte, un blond me guette.

Il a le doigt sur la gâchette.

Il va me faire sauter la tête.

Accroche les toits, la droite, la lune.

En haut j'ai la roue de fortune.

Le neuf me coupe mais pas de rancune.

Quand les tables se mettent à tourner.

Je courre après mais pas de danger.

Aucune réponse à me donner.

Je joue mais les cartes sont marquées.

Les jeux sont truqués.

Les dés sont pipés.

Je ne pourrai jamais tricher.

Il y a comme un présent passé.

Où est passée la réalité ?

- Tu ne danses pas ? - Non.

- Pourquoi ? - Parce que je ne danse pas bien.

Oh voyons ! Un sportif comme toi !

Ça n'a aucun rapport. Au contraire.

La danse coupe les jambes. Je l'aime pas pour ça.

Tu joues toujours au tennis ?

Oui, plus que jamais. C'est très pratique.

Y a même un couvert à Fontenay. Et toi ?

Eh ben moi non pas tellement parce que je suis vraiment nulle.

Mais la fille avec qui j'habite, Marianne,

elle essaye de m'entraîner. Elle est très forte.

Elle est même classée je crois. - Ah bon ?

Oui, Marianne, là. Tu vois, elle.

Ça l'empêche pas de danser.

Quoi ?

Rien. C'était rien de spécial. Tu connais Rémi ?

- Non, je connais pas. - Bonsoir.

Bonsoir.

- Tu viens ? - Non.

- D'ailleurs je vais rentrer. - Déjà ?

Ouais.

Je rentre. Tu viens ?

Non. Je t'ai dit. Je reste, Rémi.

S'il te plaît. - Mais tu rentres comment ?

Mais je me débrouillerai. Camille, tu me raccompagnes ?

Oui, si tu veux. Oui.

Mais enfin, ne l'oblige pas à rester.

Mais elle reste de toute façon. Tu restes ?

Oui, je vais rester un peu. Ben reste aussi Rémi.

Tu rentres dans combien de temps ?

- Je sais pas. Là, bientôt. - Ouais ?

Écoute, nous ça va. Tu comprends ? Ça va bien nous.

- Si tu veux, si tu t'ennuies, tu peux partir ! - Ouais.

Bon. Bien. Merci Camille.

Écoute, j'suis désolée. Si ça fait des drames.

Mais non.

Arrête. J't'en supplie. Sois gentil.

Pour une fois que je peux m'amuser.

Eh bien amuse-toi. Je ne t'en empêche pas. Moi je rentre.

Écoute essaye de me comprendre.

C'est très bien. Arrête de pleurer. Je rentre. Laisse-moi.

Ça me désole de te voir fâché.

Je suis pas fâché. Laisse-moi !

Qu'est-ce qu'il y a ? Tu pleures ?

La soirée est gâchée, maintenant.

Je te parais futile ?

Il se rend malheureux puis il me rend malheureuse aussi.

Alors qu'il s'en faudrait de si peu pour qu'on soit heureux tous les deux.

Et si on allait au buffet ?

Quand j'suis triste, ça me donne de l'appétit au lieu de me le couper.

T'es gonflée tout de même avec Rémi.

C'est un violent, tu le sais bien. Et tu le provoques tout le temps.

Qu'est-ce que tu veux.

Il est venu alors qu'il avait dit qu'il viendrait pas.

Il est toujours derrière mon dos.

Oui, mais quand on vit ensemble, on sort ensemble. C'est normal.

Moi si Xavier était sorti sans moi, j'aurais pas supporté.

Eh ben moi, je le supporte très très bien.

D'ailleurs j'aimerais qu'il sorte un peu de son côté.

- Avec des copains ? - Même des copines.

Toi, par exemple. J'ai confiance.

Moi ?

Remarque, pourquoi pas ?

- Mais avec d'autres. - Je te dis. J'ai confiance en lui.

Mais et s'il tombait amoureux, ça arrive.

Je crois pas qu'il ait envie de tomber amoureux.

Mais ça peut arriver. Envie ou pas.

Eh ben si ça arrive, ça arrivera. C'est qu'il m'aimera plus.

Et moi, s'il m'aime plus, je l'aimerais plus.

- Excuse-moi. Je t'ai réveillé. - Je ne dormais pas.

Ne t'occupe pas de moi. Je vais lire.

Pardonne-moi.

Pardonne quoi ? Tu ne m'as pas réveillé. Je t'ai dit que je ne dormais pas.

Je veux dire : pardon pour tout à l'heure.

J'étais désagréable.

Ne commençons pas à discuter maintenant.

Va te coucher. Que l'un de nous deux dorme au moins.

Bon. Bonsoir. Mais je suis désolée.

« Désolée ». Tu ne sais dire que ça.

Si tu es désolée, sois désolée. Si tu ne l'es pas, ne le dit pas.

Sois franche.

Tu es parfaitement contente. Qu'il y ait au moins quelqu'un qui soit content !

J'aimerais que toi, tu sois content.

C'est peut-être un peu beaucoup me demander,

mais si tu veux que je sois content, eh ben je suis content. Très content !

Je suis heureux. Je suis un imbécile heureux.

Si je veux vivre dans mon idiotie, ça me regarde.

Va te coucher.

Tu as peur ? Rassure-toi, j'ai pas envie de te battre.

Si j'ai envie de battre quelqu'un, c'est moi. L'idiot, le crétin, le débile.

Ça ne regarde que moi !

Je peux me frapper encore plus fort. Ça me regarde !

Ça ne te fait pas de mal à toi. Et je peux y...

Laisse-moi. Ne crie pas.

Ça va. Rien de cassé. Laisse-moi !

Excuse-moi. Je ne sais pas ce qui m'a pris.

Mais vraiment, je pensais pas te mécontenter, ce soir.

Tu ne m'as pas mécontenté, pas plus qu'un autre jour.

M'enfin, tu comprends que je peux pas être content

quand tu prends ton plaisir à comptabiliser les heures que tu passes loin de moi.

C'est toi, au contraire, qui quand tu passes 5 minutes loin de moi, en fait un drame.

Parce que tu le fais contre moi.

On dirait que tu ne songes qu'à t'échapper comme un enfant échappe à ses parents.

J'suis pas ton père.

Quand je sors avec toi, tu passes ton temps à jouer à cache-cache.

J'ai l'air de quoi ?

Ce soir si tu t'embêtais, il valait mieux ne pas venir.

Oui, c'est certain. J'ai eu tort.

De toute façon, tes amis m'énervent si tu savais à quel point.

Et en particulier ton Octave.

Je me demande ce que tu peux lui trouver. Tu as vu comment il m'a dit bonjour ?

Tu pourrais au moins lui apprendre la politesse.

Moins je le verrai, mieux ce sera.

Et tu permets que je le voie, moi ?

- Mais tu n'as pas besoin de ma permission. - Si !

Comme ça tu ne pourras pas me reprocher de faire les choses en-dessous.

Écoute, ça fait longtemps que je voulais te parler d'une chose à laquelle j'ai pensé.

Le moment est peut-être malvenu, mais peut-être pas, finalement.

Puisqu'on a commencé à discuter, autant trouver une solution.

Une solution à quoi ?

Je vais te dire, mais je voudrais que tu me promettes de pas te mettre en colère.

Pourquoi veux-tu que je me mette en colère ?

Ça te mettra en colère. Ça doit forcément.

Tu me fais peur.

Ça n'est rien de grave.

C'est quelque chose que je ferais pour toi, pas contre toi.

Alors ça ne me mettra pas en colère.

Si. Je pense que si.

Tu verras le côté négatif de la chose. Pas le positif.

Bon alors vas-y, dis !

Mais tu te mettras pas en colère ?

Tu vois bien qu'après ce qu'il s'est passé, je suis incapable de réagir à quoi que ce soit.

Tu as... très très bien choisi ton moment. Alors vas-y, qu'est-ce que c'est ?

Écoute, j'ai pensé à une chose qui, si tu l'acceptes,

peut être la solution idéale.

Est-ce que tu veux vraiment qu'on soit heureux tous les deux ?

Que je sois heureuse d'être avec toi. Que tu sois heureux d'être avec moi.

Que je ne te cache jamais rien. Que je sois toujours détendue.

Oui. Bien sûr. Mais quoi ?

Voilà. Cette semaine, j'ai commencé à repeindre mon studio.

Tu vas le louer ?

Pas le vendre ?

Non. Je vais l'habiter.

Quoi ?

Rassure-toi. J'ai pas du tout envie qu'on se sépare.

Tu veux quand même pas qu'on aille vivre là-bas, non ?

Non, bien sûr.

Tu sais que maintenant, je gagne un tout petit peu d'argent.

Alors je peux me permettre le luxe de ne plus le louer.

Sinon faudrait que je me débarasse d'un tas d'affaires auxquelles je tient,

et que je veux pas amener ici, de peur d'encombrer.

Mais y a de la place ici.

C'est vraiment un luxe inutile de conserver un appart uniquement comme garde-meubles.

Pas uniquement. J'ai besoin d'un pied-à-terre.

Pour travailler ?

Peut-être.

Mais aussi pour dormir.

Seule. Sagement.

Dans mon lit de jeune fille. - Oui, c'est ça. J'aurais dû m'en douter.

Écoute, laisse-moi finir : ce soir par exemple

si j'avais couché là-bas, je ne t'aurais pas réveillé en rentrant.

Mais je ne dormais pas.

Arrête. C'est pour toi que je le dis beaucoup plus que pour moi.

Ne commence pas à te lancer dans des justifications.

Si tu ne m'aimes pas, qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ?

Mais je t'aime. Tu le sais.

Mais non, je ne sais rien de toi. Tu es opaque comme un mur.

Tu me mets toujours devant le fait accompli.

Je me confierais beaucoup plus à toi si tu voyais pas toujours le mal partout.

Écoute, c'est pas un crime de voir des gens, quand même !?

Je peux voir mes amis. T'as bien les tiens. - Oui, mais ce sont des hommes.

Eh ben moi aussi, je ne vois que des hommes.

Si t'avais des amies filles, je dirais rien.

J'en ai pas. Ça m'intéresse pas. Y a que toi qui m'intéresse.

T'as parlé toute la soirée avec Camille. Je suis pas allée t'espionner.

Ça n'a rien à voir. Camille, je la voyais à cause de Xavier.

Et comme elle l'a quitté...

Eh ben, tu lui plais beaucoup.

Et elle m'a dit qu'elle aimerait bien sortir avec toi.

Arrête, tu n'es pas drôle.

Mais mon idée de l'appartement est tout à fait sérieuse.

Écoute, toi le samedi, tu te lèves de bonne heure pour aller au tennis

et tu te couches tôt la veille.

Alors que moi, le vendredi soir, j'ai des tas d'occasions de sortir,

et puis j'ai pas à me lever le lendemain.

Tu crois pas que je t'aime, mais c'est complètement faux.

Moi je peux aimer profondément quelqu'un

que si je peux penser à lui de temps en temps de loin. Voilà.

Si tu m'aimais comme je t'aime, on serait déjà marié.

Ou divorcé.

Écoute.

Y a quand même un chose que je veux que tu saches.

Tu es la personne que j'ai le plus aimée.

Et je sais pourquoi ça allait pas avec les autres.

À un certain point, ils me proposaient le mariage.

Je pense vraiment que si tu acceptes que je dorme de temps en temps à Paris,

c'est la meilleure façon de sauver notre amour.

Ensuite on verra.

Ensuite, tu ne t'arrêteras pas en si bon chemin.

Un jour tu prendras un amant et tu diras aussi que c'est pour sauver notre amour.

Mais là je ne marcherai pas.

Non.

Depuis que je t'ai rencontré, aucun homme ne m'a attirée.

Mais ça peut arriver.

- En principe, oui. - Et alors ?

Ben moi j'aurai jamais d'amant.

Comme tu dis.

Écoute, je te propose un contrat.

SI jamais je rencontre une personne que j'aime plus que toi,

qui m'attire plus que toi, je te le dis.

Et puis on se sépare sans faire d'histoire.

Je ne vois pas où est le contrat. C'est tout à mon désavantage.

Qu'est-ce que j'aurai en échange ?

La certitude que je t'aime plus qu'aucun autre.

Puisque malgré mes efforts, je peux pas te trouver de remplaçant.

Mais tu en trouveras, forcément.

T'as pas confiance en ton charme ?

Mais personne n'est irremplaçable. Si tu cherches, tu trouveras.

Toi, tu cherches pas parce que tu as peur de trouver ?

Non, non, tu poses mal la question.

Je t'aime. Je cherche pas au-delà. Je suis arrivé à un absolu avec toi.

Je pense que tu peux trouver mieux.

Une personne, par exemple, qui a envie d'être avec toi tout le temps.

Et si tu la trouves, si tu l'aimes,

eh ben je te jure, je saurais m'effacer.

Mais j'aurais beaucoup de chagrin.

Bon, je te dois combien ?

On avait dit 2 000.

Oui, mais ça t'a pris plus de temps.

- 500, 2 000, 2 500. - Tu me gênes.

Écoute, on fête ça. Tu viens dîner à la maison ?

Ce soir ? Je suis prise.

Un autre jour. Et si tu veux, amène ton mec.

Ne te crois pas obligé de l'inviter. Il n'aime pas sortir.

Écoute, invite qui tu veux.

Tu veux vraiment pas louer ton appart ?

Non, écoute. Regarde comme c'est beau, maintenant.

Parce que c'est exactement ce qu'il faudrait à la sœur de Nathalie.

- Je sais. Je regrette, mais... - Écoute, tu as tes raisons.

Oui, et c'est vraiment pas celles que tu crois.

Mais je crois rien du tout.

T'as intérêt !

Allô ?

Bonjour.

T'es pas libre ? Il fallait me le dire.

Je comprends. Tu pouvais pas prévoir.

Téléphone-moi à l'agence en début de semaine.

Je t'embrasse.

Allô, Octave ?

Écoute, finalement, je suis libre.

Ben joindre quelqu'un à cette heure-ci, je sais pas, c'est pas évident.

Rentrer ? Ça jamais ! Plutôt mourir !

Bonne soirée.

Bonne soirée, Octave.

Je t'embrasse.

Allô ?

Bonjour. Pourrais-je parler à Martin, s'il-vous-plaît ?

De Louise.

Je rappellerai.

Merci.

Allô, Étienne ?

C'est Louise.

Ben si, c'est moi.

Tu vois. Je t'oublie pas si tu m'oublies.

Bon ben écoute je te laisse si t'es pressé. C'est pas grave.

Rappelle-moi à l'agence lundi.

Au revoir.

Allô ?

Ah, Octave.

Non, non.

J'étais levée.

Alors tu sais que finalement je suis pas sortie hier soir ?

Je suis restée. J'avais vraiment envie d'être seule.

Vraiment.

Tu sais. Tout ce que je t'ai dit sur mon désir de solitude, c'est très sérieux.

Tu sais ce que j'ai fait ? Je suis restée dans mon lit.

J'ai lu pendant plus de deux heures.

C'était... merveilleux.

Ça fait si longtemps que ça m'était pas arrivé.

Ben dans l'après-midi, je rentre.

Non, je déjeune avec un copain.

Stanislas, tu vois ?

Après, je fais des courses.

- Bonjour. - Bonjour.

- Ça va ? - Ça va, et toi ?

Ben finalement il tient très bien ton petit pansement.

Oui, d'ailleurs, faut que je pense à en racheter une autre.

- Il est froid. Tu en voulais, peut-être ? - Non. Je te remercie.

Vas-y. Ouvre. C'est pour toi. Allez.

Waouh !

Alors voilà :

grâce à ce procédé astucieux de la petit feutrine à l'intérieur,

votre thé ne sera plus jamais froid, Monsieur. Elle te plaît ?

Elle est magnifique. Rien ne pouvait me faire plus plaisir.

Combien je te dois ?

T'exagères ! C'est mon cadeau.

Alors t'as bien joué, ce matin ? - Ouais, pas trop mal.

- T'as bien dormi ? - Pas trop mal. Et toi ?

Très bien.

Peut-être que je devrais pas te le dire. Ça te rendrait trop content.

Ben ne le dis pas.

Mais je t'aime. Tellement plus que tu crois.

Dis que je suis mondain.

C'est pas vrai.

Les mondains sont ceux qui vivent toujours dans le même cercle étroit de relations.

Qui vivent dans Paris comme dans un village.

Moi, j'aime de plus en plus des endroits impersonnels comme ici.

Des cafés sans clientèle d'habitués.

Noyé dans l'anonymat. Ça m'inspire. Tu peux pas imaginer.

La semaine prochaine, je reviens là pour écrire.

Y a des écrivains qui se retirent dans la campagne pour travailler.

Alors là, je ne comprends pas du tout.

- Tu pourrais vivre à la campagne, toi ? - Ben vivre, non.

Enfin je peux pas dire que j'aime pas la nature.

Ça m'angoisse, c'est vrai.

Oh, le matin surtout, c'est terrifiant.

Les matins ensoleillés avec les brumes évanescentes sur les prairies.

Et le silence de midi avec le bourdonnement des guêpes.

Et le calme des soirs...

Ici, ça m'angoisse pas.

L'air est mauvais, mais je respire.

Là-bas, l'air est bon mais j'étouffe.

J'ai besoin de me sentir au centre. Au centre d'un pays,

au centre d'une ville qui serait presque le centre du monde.

Tu sais qu'à un moment, j'enseignais à Orléans.

J'aurais pu très bien y trouver une chambre et tout. Bon.

Mais je préfèrais me taper 1 h de train pour rentrer à Paris tous les soirs.

Et pourquoi faire ? Ben souvent, je lisais ou bien j'écoutais la radio.

Je rentrais à Paris pour écouter la radio.

Mais je savais que la rue existait, qu'il y avait les cinémas,

les restaurants, les rencontres avec des femmes sublimes.

Les milliers de possibilités qu'exprimait la rue,

c'était là, possible, en bas. J'avais qu'à descendre.

Attends. Y a une truc que je voudrais noter parce que je trouve ça pas mal.

Mais ça n'a absolument aucun rapport avec ce qu'on était en train de dire.

Mais ça me plaît. Une seconde, hein ?

Eh ben, prends ton temps.

J'arrive.

Vous voulez passer ?

Et voilà.

- Continue. - Non, non, non.

J'ai trouvé ma phrase. C'est fini. On s'en va ?

Attends.

- Qu'est-ce qu'il y a ? - T'as rien vu ?

- Vu quoi ? - Rémi.

- Il est là ? - Il est parti, j'espère.

Il t'a vue ?

Je pense pas. Il descendait l'escalier juste au moment où j'ouvrais la porte.

J'ai eu que le temps de la refermer.

Il allait téléphoner alors j'ai attendu qu'il ait fini.

- T'es sûre que c'est lui ? - Oui, à moins que j'ai rêvé.

S'il y a un endroit où je m'attendais pas à le trouver, c'est vraiment ici.

- Tu trembles. - Oui, ça m'a fait un choc.

Je fais rien de mal mais j'ai horreur des situations gênantes.

Il m'a pas vue !?

Il t'a pas vu non plus, sinon il serait pas descendu.

Non, lui ne m'a pas vu.

Mais...

Quoi ?

Il faut peut-être mieux que je te le dise.

À un moment, j'ai levé la tête de mon cahier,

et j'ai vu une fille là qui me regardait.

Elle a détourné sa tête et elle a disparu derrière l'angle du mur.

On sait que toutes les filles te regardent, Octave.

J'ai eu l'impression très vague que je la connaissais.

Il me semble, j'en jurerais pas, que c'était ta copine.

Tu sais ? Une fille qu'on a rencontré à la soirée chez Arquin.

- Camille ? - Possible.

Enfin une de ces filles que j'ai vu quelque part avec toi.

Camille, tu la connais très bien.

Oui, je vois qui c'est, mais j'ai une mémoire sélective.

Les gens qui ne m'intéressent pas, je ne les reconnais jamais.

Écoute, c'est pourtant pas un visage qu'on oublie.

Peut-être pour toi. Moi si.

Et puis elle avait un espèce de truc sur la tête.

- Une toque ? - Ouais.

Ben alors c'est sûrement elle.

Elle était sûrement avec lui.

C'est pas possible.

Crois-moi, tout est possible.

Mais non, pas ça.

Parce que l'autre soir il y a deux mois, j'ai proposé à Rémi de sortir avec elle.

En plaisantant. Parce qu'elle-même en plaisantant m'avait proposé de sortir avec lui.

Alors, ils m'auraient prise au mot, tous les deux ?

T'as un fiancé très obéissant et une amie extrèmement dévouée.

Peut-être qu'ils nous espionnaient. - À deux ?

Ils se sont rencontrés par hasard.

Et ils nous ont rencontrés par hasard ? Ça en fait, des hasards.

Je vois une explication, mais enfin c'est une telle vue de l'esprit que...

mais non.

Enfin je peux te la dire parce qu'elle est tellement peu plausible

que c'est impossible qu'elle t'alarme.

Enfin non. Ça tient pas debout. C'est complètement...

Et alors ?

Tu penses qu'ils ont pas obéi à ta suggestion.

Ce serait trop beau, dis-tu.

Et pourtant ils se sont rencontrés, et pas par hasard, dis-tu.

Alors qu'est-ce qu'il reste ?

Que leur rencontre ait été décidé avant.

Avant ta suggestion. Tu piges ?

Ils se sont débrouillés pour que tu leur demandes de faire ce qu'ils faisaient déjà.

C'est pas étonnant que ton mec ait marché à ton histoire de chambre en ville.

Mais comment tu sais qu'ils se connaissaient ?

Ah je sais pas du tout. Je te dis. Moi j'invente, là.

Eh ben il la connaissait avant moi.

C'est pas possible. J'aurais tapé juste ?

Ce serait son ex ? - Mais non, pas du tout.

Bon, il la connaissait. Mais c'était la petite amie d'un de ses copains, c'est tout.

Et puis elle l'assommait plutôt. - Tu crois ?

D'ailleurs, elle vient de quitter le type en question, mais...

Tiens, tiens !

Rémi n'est pas quelqu'un à se mêler des problèmes sentimentaux des autres.

À moins que ce soit pour des raisons professionnelles ?

« Professionnelles », c'est toujours ce qu'on dit dans ces cas-là.

Assez, Octave !

T'emballe pas, sinon j'aurais l'impression d'avoir vraiment tapé juste.

- Bonjour. - Bonjour.

Camille t'a appelée. - Ah bon ?

Elle veut que tu la rappelles. Elle a laissé son numéro. Attends.

Je voudrais poser mes affaires, s'il-te-plaît.

Mais elle risque de ne plus être là.

Une minute.

- Bonjour. - Bonjour. Ça va ?

Ça va.

Eh oui, il vient enfin de paraître. - C'est formidable. Attends, excuse-moi.

Allô oui ?

Oui ben justement, elle vient d'arriver.

Louise.

C'est Camille.

Quoi ?

Elle dit qu'elle va passer.

Je la prend au mot.

- Ça va ? - Et toi ?

Ouais. Louise.

- Bonjour. - Bonjour.

Bertrand. Camille.

- Bonjour Camille. - Bonjour Louise.

Bonjour, Louise.

Tiens, je t'ai rapporté ces catalogues. J'ai pensé que ça t'intéresserait.

Écoute c'est formidable. Où est-ce que tu les as trouvés ?

À Milan. J'étais en Italie, tu savais pas ?

Ben non. Comment veux-tu que je sache ?

Tu es tout prêt de la gare.

Et là, c'est là que tu travailles ?

Oui.

Je travaille plus beaucoup parce que j'ai pas le temps à cause de ma chambre.

Enfin je fais des lampes avec des tubes incroyables qui sont nouveaux

avec tout un système de miroirs qui réfléchit la lumière.

Et puis j'ai fait peindre des petits embouts, un pied.

Je travaille sur les couleurs.

Oui, c'est joli.

Je préfère t'en montrer une entière qui est terminée, là-haut. Tu viens ?

Tu vois. C'est celle-là.

Ah oui, c'est très joli.

C'est un nouveau tube. Il chauffe pas trop.

Oui, j'aime beaucoup.

Enfin, je me suis bien amusée.

Faudrait que tu viennes avec moi un de ces jours faire un tour en Italie.

Oui, un jour. Si j'ai le temps.

Je connais plein de gens là-bas.

Ah, tu sais que j'ai un nouveau fiancé ?

C'est avec lui que je suis partie.

Ah bon ? Bravo.

Oui. Je suis très contente. Il me plaît beaucoup.

Il travaille avec une firme italienne. On a rencontré des gens vraiment intéressants.

Il va souvent là-bas. Cette fois, je l'ai accompagné.

- Et vous êtes rentrés quand ? - Hier.

- Par avion ? - Oui.

Et il arrive à quelle heure, cet avion ?

Exactement ? - À 10 h à Roissy.

Enfin, 9 h 30 en principe, mais il avait du retard.

Pourquoi est-ce que tu me demandes ça ?

Pour rien. Comme ça.

Qu'est-ce que tu veux savoir ?

Tu veux un horaire ? Je peux t'en passer un. J'en ai un en double.

Non, je te remercie. J'en trouverai un.

- Tu veux faire un voyage en douce ? - Non. Pas en douce.

Je voulais juste savoir.

T'as l'air bien mystérieux.

Non.

Oh, et puis je peux bien te le dire, après tout !

On m'a dit qu'on t'avait vue hier soir.

À Roissy ?

Non.

Place Saint-Michel. Vers 10 h.

Ça, place St-Michel, j'y étais pas. Qui est-ce qui t'a dit ça ?

Un copain.

Mais pourquoi est-ce que tu me l'as pas demandé, tout simplement ?

Excuse-moi mais j'avais peur d'avoir l'air idiote.

C'est une curiosité, toute bête. Très simple.

Ben ton copain s'est trompé. Et qui est-ce ?

Octave.

Mais qu'est-ce qu'il a dit ?

Ben qu'il t'avait vue.

- Mais quel intérêt ? - Je sais pas. Aucun.

Celui-là...

Ça ne m'étonne pas.

Chaque fois qu'il me croise, il prend des grands airs, il fait semblant de ne pas me voir.

Mais alors quand je ne suis pas là, il me voit.

Et d'après lui, j'aurais fait semblant de ne pas le voir, j'imagine ?

Non, pas du tout. Il m'a dit... « Tiens, j'ai vu ta copine », c'est tout.

Effectivement, c'est passionnant.

Et d'ailleurs, il était même pas sûr que c'était toi.

De mieux en mieux.

Mais écoute, il me connaît très bien. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?

Mais tu avais... elle avait une toque en fourrure, comme la tienne.

- Ah bon, mais qu'est-ce qu'elle faisait ? - Rien de spécial.

En tous cas, c'était pas moi.

Et puis tu sais, on en a vendu beaucoup des toques, comme ça.

Il est vraiment tordu, cet Octave. C'est un flic.

Salut.

- Alors ? - C'était pas elle.

Elle rentrait d'Italie et son avion est arrivé à 10 h.

Qui te l'a dit ?

Elle. Elle est passée à la maison samedi.

Elle m'a même ramené un cadeau.

- D'Italie ? - Ouais. Des catalogues.

T'es sûre, bien entendu, qu'elle a pas inventé cette histoire de voyage ?

Ben, je vois vraiment pas pour quelle raison.

Pour celle que je t'ai expliqué.

Mon roman. Mon histoire.

Mais non. Le roman n'était pas ça.

Elle rentrait d'un voyage d'amour et elle s'installe avec un type.

- Sûre ? - Si. Ça se sait.

On s'asseoit ?

- Tu bois quelque chose ? - Non.

- Alors te voilà rassurée. - Mais j'ai jamais été inquiète.

Dis donc t'aurais pas inventé cette histoire de fille uniquement pour me faire marcher.

Non, j'ai rien inventé du tout. La fille, je l'ai vue. J'ai vu une fille.

Ouais, mais tu savais parfaitement que c'était pas Camille.

Non, je te dis. Je suis pas physionomiste.

Y a des têtes que j'arrive pas à me remémorer.

Je ne t'ai jamais dit que c'était elle.

J'ai dit seulement qu'elle me regardait,

et que je croyais reconnaître ce regard.

J'avoue qu'à chaque fois qu'une femme me regarde,

j'éprouve comme une sensation de déjà-vu.

Peut-être simplement parce que chaque regard qu'une femme pose

sur une homme est chargé d'un tel potentiel d'éternel féminin

qu'il oblitère toute caractéristique individuelle.

Alors c'est plus du tout une femme, c'est la femme qu'on reconnaît.

Et puis j'écrivait. Quand on écrit, on a tendance à reconstruire le monde.

Pas seulement sur le papier, mais autour de soi.

Alors c'est du roman. T'as tout inventé.

Si ça peut te faire plaisir, oui.

Pourtant, la fille, je l'ai vue.

J'ai vu une fille.

Enfin, si je t'ai fait marché, c'est vraiment malgré moi.

Mais tu marches. - Non.

Mais si tu marches, enfin.

Il suffit de l'ombre de ton mec et du quart de l'ombre d'une nana pour que tu t'affoles.

Non. Tu te trompes complètement.

Si c'est elle, tant mieux, mais c'est manifestement pas le cas, alors tant pis.

Rémi, tu l'as pourtant bien vu.

Ben oui, à moins que j'aie eu une hallucination.

Cela dit, il a parfaitement le droit d'aller à Paris

comme moi j'en ai parfaitement le droit aussi.

- Sans le dire ? - Sans le dire. Je lui poserai jamais de questions.

- Et tu ne sauras jamais ? - Et je ne saurai jamais. Quelle importance ?

Si lui a la délicatesse de ne pas me demander ce que je fais

quand je suis à Paris et ben, moi c'est pareil.

De toute façon, peut-être à tort ou à raison,

je pense que je m'amuse plus que lui quand je suis là.

Non mais je suis de plus en plus contente de mon idée de coucher à Paris.

Maintenant, ça va tout à fait bien entre nous.

Tiens, il reste un peu de jus d'orange.

Tiens, t'es là ?

Je viens d'arriver.

Je pensais pas venir. Je passe un instant.

Rémi n'est pas là. - Non.

- On est jeudi. C'est pas ton jour. - Et alors ?

De toute façon, je rentre par le dernier train.

Attends. Viens voir une seconde.

Qui c'est ce mec là ? - J'sais pas.

- T'es venu avec lui ? - Non.

Il était là et il danse très bien.

Bon écoute. Agathe est un peu grippée, donc il faut absolument que je rentre.

Alors, on se voit demain. C'est ça ?

- Peut-être. - Comment ça, peut-être ?

- Tu es libre ou pas ? - Et toi ?

Moi je suis libre.

Tu disais que tu savais pas.

- Je sais maintenant et je suis sûr. - Eh ben moi, je ne le suis plus.

- Pourquoi ? - Parce que !

Je sais pas encore. Je verrai. Je t'appellerai demain en fin d'après-midi.

- T'es en train de me cacher quelque chose. - Qu'est-ce que tu veux que je te cache ?

Je sais pas parce que je suis sortie ce soir alors peut-être que Rémi...

Te laisse pas faire. Ce soir, rentre à l'heure, ça le mettra dans de bonnes dispositions.

- Mais c'est mon intention. - Je peux te ramener au métro.

Non, t'es gentil mais ça m'avancera pas et puis ça te retarderait.

Ta femme t'attend.

- Alors demain c'est sûr ? - Je t'appelle vers 7 h.

- Excuse-moi, mais fallait que je lui parle. - On danse ?

Non, faut que j'y aille.

Déjà ? Il est pas tard.

Si. Je vis avec un ami.

- Celui qui était là ? - Non. Lui, c'est un copain.

Avec un autre, il est pas venu, il m'attend.

Alors le temps que je rentre jusqu'à là-bas. - Où çà ?

Loin. En banlieue.

Tu y vas comment ?

Je rentre par le dernier train. Faut pas que je le rate.

J'ai mon copain qu'a sa voiture. On te ramènera.

Ça n'avancerait pas à grand-choses.

- Qu'est-ce que tu fais demain ? - Demain je suis pris. Après je pars.

En tournée. Je suis saxo dans un groupe.

Alors tu vois. Téléphone à ton mec et reste.

Demain je peux.

Aussi tard que tu voudras.

J'ai une répetition demain. Je sais pas quand elle finira.

Je t'attendrai jusqu'à minuit et même plus tard.

Ça finira avant. Je peux te téléphoner ?

Quand ?

Je saurai à 7 h.

Eh ben, c'est parfait.

Allô ?

Oui, Bastien.

Ah bon, mais alors, on se retrouve où ?

Parfait. À tout-à-l'heure. Je t'embrasse.

Bonsoir Octave. C'est Louise.

Je suis pas libre ce soir alors je te rappellerai demain en fin de matinée.

Je t'embrasse.

Allô ?

Allô.

Ah tu es là. Génial. C'est sublime. Tu es libre alors ?

Je t'ai dit. Je suis prise.

Quoi ? Qu'est-ce que tu dis ?

Je te l'avais déjà dit.

Rémi ? T'es rentrée trop tard hier soir ?

- Je t'expliquerai. - Tu rentres à Marne-la-Vallée, là maintenant ?

Je te rappelle demain. Je t'expliquerai, Octave.

Je suis en face dans un café. Je peux venir juste une seconde.

Non, je suis très pressée.

Juste une seconde. À moins qu'il y ait quelqu'un, je ne sais pas ?

Ben oui, qui veux-tu qui soit là ?

Bon j'arrive. Le temps de t'embrasser, je repars.

Je te dis que je suis pressée.

Ça va pas. Qu'est-ce qui te prend ?

Ben j'sais pas. J'avais envie de te voir et de t'embrasser.

Enfin, je te retarde pas si ça doit faire des scènes de ménage.

- Il vient te chercher ici ? - Non.

Enfin écoute je suis très pressée. Alors si tu pouvais y aller tout de suite, ce serait gentil.

Tu rentres alors ?

T'as tort.

Faut pas trop lâcher le truc avec Rémi.

- Vous sortez ensemble ? - Oui.

Où çà ?

Chez des gens.

C'est bien vrai ?

Non. Je suis très pressée.

Alors, maintenant, s'il-te-plaît, t'y vas tout de suite. Tu comprends ? T'y vas !

- Avec qui ? Je le connais ? - Je te revois plus. Ça suffit !

Mais c'est pas possible ! Écoute, t'as fini ton interrogatoire ?

J'en ai marre, tu comprends. J'ai assez d'un mec sur les bras.

T'y vas tout de suite que je te revois plus. Tu t'y mets aussi, c'est pas possible !

J'en ai marre. Je te prenais pour un ami. Laisse-moi tranquille.

J'suis en retard.

- J'suis sûr que c'est avec le type d'hier soir. - Non !

Si, ça peut être que lui. Pourquoi pas le dire ?

T'as honte de lui

Mais non, j'ai pas honte, mais je sais que tu l'aimes pas, c'est tout.

Alors je te comprends pas. Tu me disais que ça allait très bien avec Rémi.

Mais oui, ça va très bien.

C'est pour ça que je suis plus vulnérable à la tentation, c'est tout.

Qu'est-ce que tu racontes ?

SI j'aimais plus du tout Rémi,

je serais sans défense et je m'emballerais pas si vite pour un inconnu.

Parce que tu t'emballes ?

Le mot est trop fort. Disons qu'il m'attire.

Et ça m'arrive pas si souvent de rencontrer quelqu'un qui m'attire.

Il t'attire comment ?

Il m'attire. C'est clair, il me semble.

Mais jusqu'à quel point ?

Jusqu'au bout, si tu veux savoir.

J'irai pas forcément jusqu'au bout.

Tu devrais me comprendre. Tu fais pareil avec les filles.

- C'est pas avec n'importe quelle fille. - Et moi c'est pas avec n'importe quel garçon.

C'est ça qu'est grave.

T'as des goûts bien précis.

Tu retombes toujours sur le même genre de mecs.

Je comprends que t'aies envie de séduire.

Trompe ton mec si ça te chante mais pas avec des gens pire que lui.

Pourquoi pas avec moi ?

- Oh, écoute. Recommence pas. Qu'est-ce qui te prend ?

Je suis tout à fait sensé.

Ça irait beaucoup mieux entre nous.

- Ça va très bien. Qu'est-ce que tu veux de plus ? - Non. La preuve.

Ça me guérirait de la jalousie frénétique que j'éprouve à cet instant-même.

C'est intolérable que tu accordes à d'autres ce que tu refuses à moi.

Si j'avais couché avec toi, je supporterais beaucoup mieux la situation d'aujourd'hui.

Je ne peux pas admettre qu'une part de toi m'échappe tout à fait.

Mais t'as le reste. Il est mille fois plus important.

C'est qu'une toute petite part. - Non, c'est pas une toute petite part.

C'est une très grande part. L'amour physique engage totalement.

D'accord, mais je suis engagé avec toi d'une autre façon.

C'est mieux. On peut pas tout mélanger, hein ?

Tu aimes mes caresses. Avoue.

Comme celle d'un ami, oui.

D'un ami tendre.

C'est peut-être un peu prétentieux mais je sais que je te plais.

Mais bien sûr !

Physiquement ?

D'une certaine façon.

J'aime pas les gens laids.

Tu me trouves beau ?

D'une certaine façon.

Mais tu m'attires pas. Tu le sais.

Et c'est mieux pour notre amitié. Hein ?

Bon.

Ne fais jamais des trucs comme ça !

- Tu m'as fait mal. - Excuse-moi. Ça va ?

Écoute, vraiment. Il faut pas faire des trucs comme ça.

Notre amitié, c'est la chose à laquelle je tiens le plus au monde.

C'est vrai. Je la place très haut.

C'est le seule chose solide que j'aie en ce moment dans ma vie.

Tu veux pas la gâcher ?

Bonjour Mademoiselle.

Bonjour Monsieur. Je voudrais un petit café, s'il-vous-plaît, et un quart Vichy.

Oui.

- Je vais m'asseoir là, Monsieur. - Allez vous asseoir.

Lequel préfèrez-vous ?

C'est pour quoi ?

Pour un bouquin d'enfant.

Je dessine pendant qu'ils dorment.

C'est leurs rêves qui m'inspirent.

- Dans les cafés ? - Non, c'est une exception.

D'habitude...

je dessine de jour comme tout le monde.

Pas vous ?

Si Si. Je travaille dans la décoration.

- Art déco ? - J'en sors.

J'y étais il y a longtemps.

Et maintenant ?

J'suis stagiaire dans une agence.

Si tôt le matin ?

Merci, Monsieur.

Non.

D'ailleurs, c'est samedi.

Vous ne vous êtes pas couchée.

Non.

Vous avez bien fait.

Parce que cette nuit-là, personne n'a dormi.

Personne ?

Même ceux qui sont allés dans leur lit.

Excusez-moi, mais qu'est-ce que vous en savez ?

Ben c'est à cause de la pleine lune.

La pleine lune ?

Vous ne saviez pas ?

J'avoue que je sais même pas quand la lune est pleine ou pas.

Ah, ces Parisiens !

Ben justement.

Elle est pleine, cette nuit.

Elle nous empêche de dormir. Moi, vous.

Ça m'étonnerait. En tous cas, moi j'avais une raison.

Il y a peut-être celle-là aussi.

Non, j'y crois pas.

Vous y croyez vraiment, vous ?

En ce qui me concerne,

c'est une affaire de suggestion.

Maintenant c'est devenu un réflexe.

Voyez-vous si je vivais seul, je serais rentré chez moi, mais...

j'ai un appartement tellement petit que le moindre bruit ferait réveiller ma femme.

Et l'auto-suggestion de ma femme joue souterrainement.

Si bien que ces nuits-là, son sommeil est ultra-fragile.

Moi, je traîne de bistro en bistro.

Vous habitez dans le quartier ? - Non.

Enfin c'est-à-dire que j'ai deux appartements.

- Vous avez de la chance. - Non.

C'est très difficile de vivre dans deux endroits à la fois.

Quand je suis dans l'un, j'ai envie d'être dans l'autre.

Jusqu'ici ça avait fonctionné que dans un sens.

Mais maintenant, le sens est inversé.

Vous vivez seule ?

Non, j'ai un ami.

Un ami dans chaque maison ?

Non.

Enfin, cette nuit, y en avait un dans chaque maison.

Et j'sais plus très bien où aller.

Tirez à pile ou face.

J'ai fait mon choix.

Y a un appartement où je peux vivre qu'avec une personne.

Et dans l'autre, je peux vivre que seule.

D'ailleurs, j'ai essayé d'amener quelqu'un cette nuit.

et j'ai cru étouffer. Il a fallu que je sorte au milieu de la nuit.

Pour simplifier, disons que je suis claustrophobe.

Je me sentais comme une prisonnière dans mon appartement de banlieue.

J'étais comme en exil.

C'est pour ça que j'ai voulu avoir un pied-à-terre à Paris.

Et je m'y sens vraiment bien.

C'est comme au centre du monde.

Mais cette nuit, le rapport s'est inversé.

Et l'exil est ici, le centre là-bas.

Si je comprends bien, dans vos appartements, il y a des hommes.

- Aussi ils ont leur mot à dire. - Oui bien sûr.

Je schématise.

Je pourrais vous raconter l'histoire autrement.

Disons que je vis avec un homme beaucoup trop possessif.

Et moi, j'ai réussi à me tailler une toute petite part de liberté.

Au début, ça a été difficile. Il a résisté.

Puis peu à peu, Il m'a comprise.

Même au-delà de ce que j'espérais.

Ça m'a touchée.

Alors j'ai pensé de moins en moins à moi

et de plus en plus à lui.

J'ai une grande pitié de sa solitude.

Mais je voulais pas m'attendrir. Je voulais pas l'aimer par pitié.

Alors pour refouler cette pitié, je l'ai trompé avec un type de passage.

Et alors cette nuit tout à coup, j'ai repris conscience

et j'ai éprouvé un besoin fou d'être auprès de lui.

Alors c'est pour ça que je suis sortie.

Et là, j'attends le premier train.

Je pense que j'arriverai juste à son réveil pour lui faire la surprise.

Quelle heure il est ?

6 h, déjà. - Comment, déjà ?

Y a longtemps que tu es rentrée ?

Non. Deux heures.

Louise. Il faut que je t'explique.

N'explique rien. C'est pas la peine. On avait convenu qu'on dirait rien.

Tu y étais pas. J'y étais pas. Bon.

Maintenant j'y suis, tu y es, c'est l'essentiel.

Mais ça, tu devrais le savoir. J'étais avec une femme.

Je crois même que tu la connais.

C'est Camille ?

Mais non. Camille, quelle idée ? C'est son amie, Marianne.

- Mais elles se ressemblent pas. - Pourquoi voudrais-tu qu'elles se ressemblent ?

- On m'avait dit qu'on t'avait vu avec Camille. - Qui ?

Octave, je suppose ?

Camille lui avait prêté sa toque en fourrure, ça doit être pour ça.

Ben écoute. Mettons qu'on soit à égalité.

Moi, j'ai passé la nuit avec quelqu'un.

C'est la première fois depuis que je te connais.

Quelqu'un sans intérêt. - Marianne n'est pas sans intérêt. Je l'aime.

Tu l'aimes ?

Tu l'aimes vraiment ?

Tu l'aimes plus que moi ?

Louise, écoute-moi. Ce qui m'arrive est tellement surprenant.

Y a deux mois à peine, j'aurais juré que c'était absolument impossible.

Mais tu avais raison quand tu me disais que je pourrais trouver une femme

qui me plairait plus que toi.

C'est pas qu'elle me plaise plus. C'est autre chose.

Y a eu tout de suite entre nous une entente.

Une réciprocité. Elle m'aime exactement comme je l'aime.

Mais je t'aimais, moi aussi. Autant que tu m'aimais.

Et même plus. La preuve. Tu me remplaces.

Pas moi.

Ça ne tardera pas. Je ne me fais pas de souci pour toi.

Nous nous rendions mutuellement malheureux.

Je suis désolé de te mettre devant le fait accompli.

Mais je voulais être sûr de moi-même avant de t'en parler.

Maintenant je suis sûr d'avoir trouvé la femme avec qui je vais vivre.

Eh ben vis alors. Vivons, hein.

Tu vas au tennis, ce matin ? - Non. Pas aujourd'hui, non.

Fais ce que tu veux, Rémi. Parce que je vais rentrer à Paris.

Louise. Louise, attends. Attends, quoi.

Excuse-moi d'avoir parlé si brutalement. Y a des choses qui sont difficiles à dire.

Excuse-moi. Mon choix est fait.

Il faut choisir. C'est un choix très douloureux.

Allez, excuse-moi. Reste.

Reste en attendant que les choses s'arrangent d'elles-mêmes. Reste !

Reste.

Pars pas comme ça. Reste. Pars pas comme ça.

Non.

Je peux pas rester.

Tu vois, tout-à-l'heure je pouvais pas rester là-bas

mais maintenant, je peux pas rester ici.

J'ai la bougeotte. Tu me l'as assez reproché, hein !?

Tu n'emportes rien ?

Je passerai un des ces jours pour prendre mes affaires. Voilà.

Et puis après tout, pourquoi pas !?

Allô, Octave ?

Excuse-moi. Je te réveille ?

Rien. Je t'expliquerai.

Mais oui. Ça va très bien.

À la maison. À Marne.

Qu'est-ce que tu fais, aujourd'hui ?

Et ce soir ?

Passe me prendre à la maison. À Paris.

Chez moi.

À 8 h.

Mais oui j'y serai, c'est sûr. Évidemment, puisque je te le demande.

C'est sûr, sûr, sûr.

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