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Les voisins sont déjà partis.
Nous allons être vraiment tranquilles.
C'est une chance qu'il n'y ait pas de téléphone.
Ici, je me sens capable de rester des heures
et des heures sans bouger.
Tu ne veux pas aller à la plage?
Si, pour me baigner.
Mais c'est pas tellement bien pour y rester.
Pour lire ou travailler, c'est mieux ici.
Moi, je préfère la plage.
Tu seras déçue.
Non, j'ai envie d'aller à la plage.
J'y suis pas encore allée cette année.
Et en Espagne?
On se baignait mais on restait pas.
Chaque jour on changeait d'endroit.
Ah bon? Mais c'est mieux.
Ça donnait de la variété, non?
Non, on n'avait pas le temps de connaître.
J'étais avec mes parents, je ne pouvais pas m'amuser.
C'était pas amusant ton voyage?
lntéressant mais pas amusant.
Qu'est-ce que tu appelles t'amuser?
D'abord, être avec des gens de mon âge.
- Mais ici, tu n'en connais pas. - Je peux en trouver.
En cette saison? lls sont tous rentrés. Il n'y en a plus.
Bon, enfin, j'espère.
C'est pas drôle de passer deux mois de vacances
avec ses parents même s'ils sont très gentils.
En vacances, je me suis toujours fait des amis sauf cette année.
- Des garçons ou des filles? - Les deux.
Mais ici, qui aimerais-tu rencontrer?
- Les deux. - Plutôt des garçons?
Non, pas spécialement.
Tu aimerais trouver un petit ami?
- Un copain. - Copain-copain...
Viens.
Dis-moi.
Est-ce que tu as déjà été amoureuse?
Non.
Mais si. J'en suis sûre.
Tu as bien eu un garçon
à qui tu as dit que tu te marierais avec lui...
quand tu seras grande.
Oui, bien sûr, quand j'étais toute petite.
- Et depuis? - Rien.
- Rien? - Non.
Ou alors, si tu veux, il y a bien des garçons
qui m'ont impressionnée.
- Et alors? - C'est tout.
C'est tout? Mais tu les a impressionnés toi aussi.
Peut-être.
En général, c'était des gens que j'ai vu un instant
et qui ont disparu. Alors, je ne sais pas.
Comment ça?
Par exemple l'année dernière en Italie, j'étais au restaurant,
il y avait un garçon à la table voisine
qui me regardait et on se souriait.
- Et puis il partait. - Un garçon de ton âge?
Un peu plus vieux. Seize ou dix-sept ans.
J'avais 14 ans l'année dernière.
- C'était un Italien? - Non, un Français.
Alors, vous pouvez vous revoir?
Peut-être. Même parisien d'après le numéro de la voiture.
Alors tu t'attends à le rencontrer un jour ou l'autre.
Penses-tu?
Si jamais tu le rencontres, qu'est-ce qui se passera?
Je ne sais pas.
- Tu oseras lui parler? - Oh, non!
- Tu crois qu'il osera? - Peut-être.
Mais au fait, je ne crois pas qu'il m'intéresse vraiment.
Il y a pas beaucoup de chances pour qu'on se rencontre.
Je me l'étais imaginé mais j'y croyais pas.
Maintenant, il est trop tard.
Autant que je ne le vois pas.
Je vois. En fait, tu aimerais rencontrer un autre
mais qui ne t'échappe pas.
Non, j'aimerais rien du tout.
Tu fais semblant de ne pas comprendre, hein?
Non, peut-être que je suis trop vieille.
Non, tu n'es pas vieille.
J'ai même l'impression que tu as mon âge.
J'arrive pas à croire que tu as été mariée.
Moi non plus.
En fait, je ne l'ai peut-être pas été vraiment.
Je veux dire que...
je n'y ai jamais cru au fond de moi.
C'est pourquoi ça n'a pas marché.
Ton dos...
Mais...c'est Pierre!
- Qui? - Pierre. Un très vieil ami.
On ne s'est pas revus depuis mon mariage.
Pierre!
Marion!
- Quelle surprise! - Oui! Quelle surprise.
Tu connais Pauline, ma cousine?
Non, vous ne vous connaissez pas,
c'est la première fois qu'elle vient.
- Bonjour. - Bonjour.
Et toi? Il y a au moins 5 ans que tu n'es pas venue!
Exactement. Tu as bonne mémoire. Eh bien je reviens.
Moi, je viens tous les ans.
Il y a longtemps que tu es ici?
Non, nous venons d'arriver.
La maison est libre, alors, j'en profite.
Mon frère et sa famille sont rentrés à Paris.
Oui, je l'aperçois de temps en temps.
Il me dit que t'as tellement de travail!
Oui. J'ai passé tout le mois d'août à préparer ma collection.
Je viens me reposer un petit peu là.
Et toi, tu as fini tes études?
Oui et non...Enfin, je me spécialise.
Dis-moi, tu es seule?
Oui, jusqu'à la rentrée avec Pauline.
Ses parents me l'ont confiée.
Enfin, si je puis dire.
Et toi? Tu as l'air d'un véritable champion là!
- Vous en faites? - Non, pas du tout.
Je peux vous apprendre.
On n'a pas le temps. On ne reste que quelque temps.
Vous pouvez toujours vous initier cette année
et reprendre l'année prochaine.
Ce n'est pas du tout une question de force
mais une question d'équilibre.
- Ça m'a l'air très très calé. - Non.
Eh bien, Pierre...
tu me trahis. T'avais promis que tu m'apprendrais.
T'as pas besoin de leçons.
Ça va?
Est-ce que c'est un bon professeur?
Excellent. Je vous recommande.
- Marion. Henri. - Bonjour.
- Pauline, ma cousine. - Bonjour.
Est-ce que c'est aussi facile qu'il le dit?
Non. L'autre jour il m'a prêté sa planche...
et j'ai pris conscience de la difficulté.
T'exagères. Tu fais des choses bien plus difficiles.
Il passe les brisants en pirogue.
Où ça? En Afrique?
Non, en Océanie.
J'habite là-bas. Je suis ethnologue.
Tiens, voilà ma fille.
Bonjour. Je vous présente ma fille, Marie.
D'où vient tout ce sable dans les cheveux?
Je jouais à la lutte bretonne avec Gaëlle.
Mais, la lutte bretonne on se tient debout par les épaules.
On est tombées.
- Elle t'a fait tomber? - On est tombées toutes les deux.
Mon pauvre chéri.
Mais c'est plus la lutte bretonne
- c'est de la gréco-romaine. - Gréco nous-mêmes?
Non. Gréco-romaine. Allez, file.
Va prendre ta douche. Je te suis.
Dépêche-toi.
Elle est marrante.
Qu'est-ce que vous faites ce soir?
Venez dîner à la maison. J'habite à deux pas.
On ne devait pas aller au restaurant?
J'aime pas tellement les restaurants par ici.
Si, d'accord. On vous aidera à faire la cuisine.
C'est gentil.
Je t'aide à arranger ta planche?
Non merci. Je le ferai tout à l'heure.
- Tu nous rejoins? - Oui.
- A tout de suite. Vous venez? - A tout de suite.
- C'est là? - Oui.
Elle est la seule qui me rattache au monde.
Au sens géographique du terme,
qui me fixe en un point précis de la carte.
C'est elle qui fait de moi un propriétaire foncier.
Mes frères voulaient vendre la villa,
et je leur ai acheté leur part.
Comme ça, je peux faire venir Marie en vacances.
C'est commode. Elle habite à Rennes avec sa mère.
Mercredi tu me ramènes chez maman?
Oui, mon chéri. Tu es pressée de partir?
Les vacances sont finies, ou presque.
Le temps passe trop vite avec toi.
Avec toi aussi.
Comme c'est gentil.
File te coucher mon chéri.
Je viendrai t'embrasser tout à l'heure.
Au revoir.
Votre travail ne vous retient pas dans un lieu précis?
Evidemment. Il m'impose des séjours prolongés,
mais actuellement je n'ai pas de domicile fixe.
Je suis un peu comme un nomade, libre d'aller où je veux,
sans avoir de comptes à rendre à personne.
Mais là-bas, vous n'habitez pas seul?
Depuis quelques années je n'ai eu que des liaisons,
pas d'attachements.
La mère de ma fille est une femme...
qui tient absolument à s'identifier avec la maison,
or, moi, j'ai pas de maison.
Sauf celle là qui n'en est pas une.
Je n'ai pas de meubles.
Et je n'aime pas qu'une femme me force à la considérer
d'une façon comme une autre comme du mobilier.
Heureusement.
Je vous dis, elle le faisait.
J'aimerais qu'elle fut aussi libre et mobile que moi...
aussi légère, aussi transportable,
sans bagage au physique comme au moral.
- Mais elle avait sa fille! - Moi aussi je l'avais.
Mais ce n'est pas vous qui vous occupiez d'elle.
Si. Je l'ai élevée les deux premières années de sa vie.
Elle ne vous encombrait pas?
- Très peu. - Moins que sa mère.
Cent fois moins.
Alors, gardez-la.
D'abord, parce que j'en ai pas le droit,
c'est à dire le droit légal,
ensuite, je considère qu'un enfant doit avoir des racines.
C'est à lui de se déraciner plus tard si ça lui plaît.
Je crois que vous vivez seule, d'après ce que vous avez dit.
Oui. Mais pour moi ce n'est qu'un état d'attente.
D'attente de quoi?
Tout simplement de cette chose totalement imprévisible
qu'est l'amour.
Je n'ai jamais rencontré le grand amour jusqu'ici.
Je veux le rencontrer.
Je me suis laissée mener par un homme
qui m'a persuadée qu'il m'aimait et que je l'aimais.
Je l'ai cru.
Ce n'était pas de l'amour.
C'était de la fidélité.
J'accordais du prix à la fidélité.
J'en accorde toujours, d'ailleurs.
Je crois même qu'il n'y a pas d'amour
sans la croyance qu'il est éternel.
Mais on a le droit de se tromper.
Et tu ne te tromperas plus?
Je ne sais pas.
Mais je ne prendrai plus pour de l'amour ce qui n'en est pas.
L'amour est une chose brûlante.
Je veux brûler d'amour.
A bon escient, j'espère.
Et pour qui?
Je ne sais pas. Cela viendra. Je ne sais pas quand,
d'une façon inatendue.
Peut-être jamais.
J'espère que non. Mais je brûlerai.
Cette fois-ci, tu sauras où diriger ta flamme?
Non.
Je t'ai dit que ça arriverait d'une façon totalement imprévue.
Alors, tu te tromperas encore.
Effectivement, je pourrais me tromper.
Pour le moment vous êtes libre, alors profitez-en.
Ne vous laissez pas confisquer votre liberté.
Ça dépend par qui.
Ce n'est pas la liberté qui m'intéresse.
Je ne raisonne pas comme vous.
Ce qui me gênait, si je peux m'exprimer ainsi,
ce n'est pas d'être attachée,
mais attachée à un homme pour qui je ne brûlais pas.
Je n'ai jamais brûlé d'amour, sauf en rêve.
Comme toutes les filles. Pour un acteur, un prince, un champion,
un visage aperçu et jamais revu.
Mais ce n'était pas de l'amour.
J'ai sans doute allumé des feux en des gens,
des gens qui ne me plaisaient pas,
alors, je ne l'ai même pas remarqué.
Il y a peut-être même des hommes qui se sont suicidés pour moi!
J'espère que non.
Mais s'ils l'ont fait, je n'en ai rien su.
Aussi étrange que cela puisse paraître,
une chose ne m'est jamais arrivée.
Allumer un amour en moi et en un autre être
instantané et réciproque.
Je ne désespère pas.
Un jour, l'étincelle jaillira
et je serai tout à coup comme un immense brasier.
Pas forcément tout à coup et tant mieux.
Quand la passion flambe trop vite au début,
sa flambée est brève.
Non. Le feu doit prendre tout de suite et comme par surprise.
Et après la surprise?
Après on va de surprise en surprise.
Pourquoi toujours parler par après?
Parce que l'amour, comme la vie, est dans le temps.
Dans le temps, oui, mais dans le temps présent.
Toi par exemple, Pierre, tu es dans le futur.
Une espèce de futur improbable et tu ne vis pas.
Qu'est-ce que t'en sais? Tu me connais pas.
Un peu...je te devine.
Je te perce.
Et alors?
Permets-moi de te poser une question.
Tu vis seul?
Oui, pour le moment.
Et ça te plaît?
Non, je suis comme Marion, j'attends.
Quoi? La passion? La flamme?
Je dirais plutôt un amour profond et durable.
J'y crois et ça ne m'empêche pas du tout de vivre.
Vivre?
Disons tu vis d'espoir.
Peut-être, mais je vis bien. Mieux que dans le compromis,
je veux dire avec quelqu'un que je n'aimerai pas totalement.
Je suis dans la même situation que vous deux.
Je vivais avec une fille...
nous nous sommes supportés beaucoup trop longtemps.
Il y a quelques mois, nous avons eu le courage de nous quitter.
Maintenant, tu attends de rencontrer une femme
tout à fait selon ton goût.
Je dirais plutôt...
quelqu'un sur qui je pourrai compter...
même si au départ il peut se trouver que...bon rien.
- Et même si quoi? - Rien. J'en ai assez dit.
Moins que moi.
Moins que moi. Tu es celui qui en a dit le moins.
Ah non. Je pense pas.
Il est vrai que Pauline n'a rien dit.
C'est vrai.
Voyons un peu. Et vous, vous attendez?
Oui, bien sûr.
Vous espérez?
Oui, évidemment, à mon âge, ce serait bête.
Vous avez déjà été amoureuse?
- Non. - Tu l'as été. Tu me l'as dit.
Je ne t'ai rien dit du tout.
Je peux te raconter des histoires.
Même si ce sont des histoires, raconte, ça ne t'engage à rien.
- Ça n'a rien d'intéressant. - Si, c'était très intéressant.
Non.
Nous racontons bien nous, pourquoi pas toi?
Je n'ai pas envie de raconter.
Et même si c'est intéressant, à mon âge, on n'a pas envie.
- Et au nôtre? - Oui. La preuve, vous racontez.
Et ça ne t'intéressait pas ce qu'on dit?
Si, ça m'apprend des choses.
Dans ce cas, tu n'es pas coopérative.
Tu pourrais nous en apprendre aussi.
T'as pas besoin d'apprendre. Tu en sais assez.
Elle en fait des manières!
Allez, Pauline, sois gentille, répond.
- Tu as déjà été amoureuse? - Oui.
- D'un garçon. - De ton âge?
- Non, d'un vieux. - De quel âge?
Douze ans. J'en avais 6! C'était très vieux pour moi.
- Et c'est tout? - Oui.
Là, elle se fiche de nous.
Je ne suis pas d'accord avec ce que vous disiez tout à l'heure
sauf peut-être avec Pierre.
Ah oui? Qu'est-ce que tu penses
Je ne m'emballerais pas pour quelqu'un sans le connaître.
Il faut apprendre à connaître les gens pour les aimer.
- Les gens? - Elle dit toujours ''les gens''.
Les garçons, si vous voulez.
Les aimer d'amour ou d'amitié?
- Les deux. C'est pareil. - Ah non.
- Pour ça, si. - Ah non, justement.
En tous cas, je ne tomberai jamais amoureuse
de quelqu'un que je ne connais pas.
Qu'en sais-tu?
Et le garçon dont tu m'as parlé?
- Lequel? Celui de douze ans? - Non, un autre,
mais ça ne compte pas, c'était comme un rêve.
Tu as raison. L'amour est un rêve.
- Pas seulement. - Elle a les pieds sur terre.
Tu disais il n'y a un amour que quand c'est partagé.
Tu voudrais que ça soit partagé tout de suite,
à la seconde même où on se rencontre.
Moi je ne m'intéresse pas aux choses superficielles des gens,
je ne fais attention qu'aux qualités profondes.
Mais on les devine sous la surface.
L'amour c'est quand, sous la surface,
on saisit d'un seul coup d'oeil toute la profondeur d'un être.
Mais tu l'as dit, on peut se tromper.
Oui. Effectivement, mais que faire!
J'ai l'impression qu'elle lit dans nos âmes.
Non. Il faudrait pour cela que je sois amoureuse.
Pour l'instant, vous m'êtes tous très opaques.
Y compris Pauline.
- Bon, si on allait danser? - Où ça?
Il y a rien dans le coin.
- Je ne sais pas...au casino. - Non, c'est affreux.
Ça n'a pas d'importance.
A nous tous on saura se défendre.
Moi, je rentre.
Pierre, si!
D'accord, mais je vous aurai prévenus.
Viens.
C'est merveilleux de s'être retrouvés, non?
Je me sens rajeunie tout à coup.
- T'as pas changé depuis 5 ans! - Toi non plus.
Je t'aime toujours autant, tu sais?
Moi aussi.
Qu'est-ce qui te prend?
Enfin, embrasse-moi. Tu m'embrassais bien avant!
Avant! Avant mon mariage!
Il y a tellement de choses qui se sont passées depuis!
Tu dis toi-même que t'as pas changé.
Physiquement.
En tous cas je n'ai jamais été amoureuse de toi,
sans ça, je t'aurais épousé.
Tu t'es trompée. Tu l'as dit.
Oui, mais je me serais trompée avec toi aussi,
donc tout est bien ainsi.
Viens, ils vont se demander ce que nous faisons.
Attends. Ecoute-moi un instant.
Tu dois me comprendre.
Si tu crois au coup de foudre, tu dois me comprendre.
Quand je t'ai revue ce soir, tout mon ancien amour a reflué.
Je me suis aperçu qu'aucune autre femme ne m'a fait l'effet
que tu m'as fait auparavant et encore maintenant.
- Ecoute, tu as bu! - Mais non!
Si tu as un peu d'amitié pour moi, laisse-moi.
Ecoute,
je n'ai pas du tout envie qu'on parle d'amour en ce moment.
T'as fait que parler de ça toute la soirée.
Oui, mais en général.
Je préfère que tu saches.
Si jamais je me remets à aimer quelqu'un ce ne sera pas toi.
- Je peux attendre. - Non.
J'ai beaucoup d'estime et d'amitié pour toi,
mais l'amour, ça se commande pas.
- Tu peux changer d'avis, non? - Non.
Pourquoi? Pourquoi c'est à priori contre moi?
Cesse de parler de ça. Viens.
Bon, d'accord. Il fallait que ce soit dit, je l'ai dit.
Pauline, Pierre veut danser avec toi.
Vous ne voulez pas passer chez moi?
C'est sur votre chemin. On prendra un dernier verre.
Allons plutôt chez moi.
- Pauline a sommeil. - Bon, d'accord.
Allez-y, je vous suis.
Pas ça. C'est pas fini.
Attendez. Laissez-moi tout voir.
Bonsoir.
- Au revoir. - Bonsoir, Pauline.
On est en retard.
Vous avez bien dormi?
Je me suis réveillée à 11:30.
Ne touche pas.
- Je vais te montrer. - D'accord.
Je vais te montrer.
Vous soulevez la voile très doucement.
Attends. Mets-toi derrière moi.
Très doucement.
Après, tu laisses flotter la voile, tu croises la main,
et tu tiens comme ça.
Sur le sable.
Attends, mets-toi juste comme ça.
- Je vais mettre le pied là. - En arrière, alors?
Sens le vent qui vient. Attends.
- Et le bras? - Sans le bras.
Mais écoute...
- Viens, on va recommencer. - Mais c'est très difficile.
Attends, on va recommencer.
- Elle est trop? - Ouais, c'est une jolie fille.
Non, j'ai compris. D'accord.
- C'est très dur. - C'est une question d'équilibre.
Mais il sait pas y faire.
- Je peux lui montrer? - Tu sais en faire?
T'as une planche?
Non, j'aime pas tellement ces machins-là.
Mais j'ai un voilier à Grandville.
Là, tu places mal tes mains.
- Comme ça? - Comme ça.
Avec la main.
C'est dur!
Le vent a l'air d'être à l'envers.
- Il y a longtemps que t'es là? - Non, on vient d'arriver.
Mets-toi mieux avec tes jambes.
- C'est ta frangine? - Non, ma cousine.
Elle est mignonne, hein?
Et lui?
Ecoute et regarde, sinon t'apprendras rien.
Pauline, prends ma place.
Moi, j'abandonne, là.
- Tu viens demain? - Peut-être.
- A tout de suite. - Mets-toi mieux comme ça.
Voilà. Attention.
Prends bien le vent.
Henri.
Tu m'attendais? Je suis en retard?
Je viens parce que je préfère te voir seule, d'abord.
Pas devant les autres. Ça m'aurait gêné.
Bon, alors, rentre. Viens.
Je suis toute honteuse.
C'est la première fois que ça se passe si vite.
Au contraire. C'est très bien.
Toi qui disais que tu voulais t'enflammer instantanément.
Si c'était réciproque.
Ça l'est.
Hélas, j'en doute.
Je ne suis que ta conquête d'un jour.
Voyons, Marion.
Tu raisonnes en terme d'appartenance et de possession.
Moi, je ne vois pas les choses comme ça.
Nous avons passé une nuit délicieuse, passons-en d'autres.
- Autant que tu voudras. - Non.
Pourquoi? Tu n'as pas envie?
Ne serait-ce que matériellement, c'est impossible.
Pourquoi? Qu'est-ce qui nous en empêche?
Si tu ne veux pas que je viennes chez toi, viens chez moi.
lnstallons-nous ici, tu seras mieux.
- Et Pauline? - Qu'elle vienne aussi.
Marie s'en va demain. La maison est assez grande.
Je n'oserais lui dire. Non, ça me gênerait.
Et si elle savait, où est le mal?
Ses parents me l'ont confiée.
Marion, ne sois pas ridicule.
Le mieux serait qu'elle se trouve un petit ami.
Il est temps qu'elle connaisse le loup.
- Alors, entendu? - Mais non, tu sais bien.
En plus, Pierre qui me fait des scènes de jalousie.
Comment, tu lui as dit?
Non, il ne se doute de rien.
Il veut que je dîne avec lui ce soir.
Sans moi, bien entendu.
Ça me gêne pas. C'est pas grave.
Je te verrai après le dîner?
Ce soir, je ne dîne avec personne.
Je reste à la maison. Je suis fatiguée.
Pauline aussi, doit dormir. Nous nous verrons demain.
Demain, je peux pas. Je raccompagne Marie chez sa mère
Je ne serai de retour qu'en toute fin d'après-midi.
Viens dîner chez moi demain soir.
- Dînons plutôt chez moi. - C'est à mon tour d'inviter.
Pierre y sera?
Oui. Je ne peux guère faire autrement.
Je l'aime beaucoup, mais il est impossible.
Tout ça est très très compliqué.
Mais non, c'est très simple.
Apprends à vivre dans le présent.
Ça te donnera beaucoup plus de force.
Non, je suis faible, faible.
Viens.
Pauline.
Ça s'est bien passé?
- Tu as pris ton petit-déjeuner? - Oui, merci.
- Bonjour. - Bonjour.
Pourquoi t'as fait semblant de ne pas nous voir hier?
Parce que ton Henri m'agace.
Ce n'est pas mon Henri, c'est le tien,
tu me l'as présenté.
Il s'est présenté tout seul. Je le connais à peine.
Un jour on a parlé de bateaux,
mais je n'ai aucune raison particulière de le voir.
Tu ne peux pas l'empêcher d'aller sur la plage.
C'est autant à lui qu'à toi,
même d'avantage, puisqu'elle est devant chez lui.
T'es pas obligée de te baigner à cet endroit, t'as une voiture.
Tu peux aller ailleurs.
Je suis très bien là.
Je ne fuis personne.
Parce que...
Parce qu'il y est?
Peut-être.
Quand il viendra, je partirai, comme ça vous serez seuls.
Écoute Pierre, tu es complètement fou.
C'est toi que je comprends pas.
Tu veux être libre, mais tu t'intéresses à ce type.
Ma liberté, c'est de m'intéresser à qui je veux.
Il n'est pas intéressant.
Si, il est très intéressant, au contraire.
Si tu veux me le faire dire, il est plus intéressant que toi.
Je regrette, mais sous de multiples aspects.
Relativement à toi non.
Relativement à moi je suis seul juge.
De quel droit me fais-tu cette scène de jalousie?
Tu m'avais promis de ne plus rien dire.
J'accepte à la rigueur que tu ne m'aimes pas,
mais que tu t'intéresses à ce type qui se fout de toi,
avoue que ça m'est difficilement supportable.
- Il ne se fout pas de moi. - Mais c'est lui qui le dit.
Il glane les fille comme elles se présentent.
Tu comptes pas plus que n'importe laquelle.
Ecoute, Pierre,
plus tu me le rendras intéressant.
Alors, ne parlons plus de ça et restons amis, d'accord?
C'est un conseil d'ami: méfie-toi de lui.
Peut-être est-il dangereux,
mais j'ai toujours eu la fascination du danger.
Mais, ne dis pas ça.
Dommage que tu ne sois pas mon ami
parce que si tu l'étais, tu pourrais m'aider.
T'aider comment?
Justement, à résister à cette fascination.
Avec ton attitude jalouse, tu me pousses dans le feu.
Si tu avais su me conseiller au moment de mon mariage...
je n'aurais pas épousé un homme que je n'aimais pas.
T'avais cessé de me voir.
A cause de ta jalousie. Si tu n'étais pas jaloux,
si tu t'intéressais à quelqu'un d'autre?
Je vis seul, c'est comme ça,
mais ça ne m'empêche pas d'être ton ami.
Fais la cour à Pauline.
Je parle très sérieusement.
Enfin, c'est une gamine.
Tu lui apprends bien la planche pourquoi pas l'amour?
J'espère que tu plaisantes.
J'aurais aucune chance,
elle s'intéresse qu'aux garçons de son âge.
Oui, mais à cet âge, ils sont tous bêtes et brutaux,
je t'assure tu pourrais lui faire beaucoup de bien.
Je n'ai pas ce genre de dévouement.
- Bonjour. - Sylvain.
- Pauline. - Tu es seule?
Oui, ils sont partis là-bas.
lls vont loin?
C'est une très bonne nageuse
et elle peut faire des kilomètres.
Et toi?
Moi, au 25 m benjamine, je me défendais.
- Tu te baignes? - Non, pas tout de suite.
On va s'asseoir.
- Tu pensais que je viendrais? - Et toi?
Je savais que tu venais ici.
C'est pour moi que tu viens?
En général, je ne fais pas 10 bornes juste pour me baigner.
- Tu pourrais venir pour Marion. - T'es folle.
Avoue qu'elle te plaît bien.
Y a de quoi, mais c'est pas tellement mon genre.
Moi j'aime plus...nature.
Le type d'hier, c'était son mec?
- Non. - Son frère?
- Tu crois? - Je ne sais pas.
lls se ressemblent.
- Enfin... - Non, c'était un copain.
Elle est mariée, mais son mari n'est pas là
et elle va bientôt divorcer. T'as tes chances.
Pas pour moi la nana.
- Tu as une petite amie? - Oui, à Paris.
Ici, je sortais avec une fille, et puis on s'est disputés.
- Et toi, t'as un mec? - J'en ai plein.
Tu peux peut-être en prendre un de plus.
En tous cas, ce sera pas toi.
J'ai pas dit que j'étais candidat.
J'aime pas qu'on me touche.
- Et tes petits amis? - lls n'oseraient pas.
Alors, c'est pas tes mecs.
On va se baigner?
Pauline! Viens!
- Bonjour. - Bonjour.
- Henri. - Sylvain.
Vous êtes allés vous baigner déjà?
Non, on y allait.
J'irais bien avec vous, mais il faut que je rentre à la maison.
J'étais à Rennes et j'ai laissé la voiture au garage.
- Marion n'est pas là? - Elle est avec Pierre.
Là-bas. Regarde, tu vois?
- Où ça? - Là-bas.
Ah, oui. Formidable.
On avait rendez-vous à 6h, et je suis arrivé plus tôt que prévu.
En passant j'ai acheté ça.
J'avais l'air qui me trottait dans la tête,
et puis l'autre jour, tu te souviens, au casino?
Il l'avait vraiment écorché.
- Tu connais? - Moi, non.
Moi, je vais rentrer. Venez l'entendre.
Allez-y. Ne vous dérangez pas pour moi.
Je passe à la poste. Je reviens tout à l'heure.
Si vous voulez sortir, vous poussez juste la porte.
Il n'y a rien à cambrioler ici.
Au revoir.
Il est sympa, ce mec. C'est ton cousin aussi?
Non. On s'est rencontrés l'autre jour.
- Il vous a draguées? - Non, c'est un copain à Pierre.
C'est pas lui plutôt le mec à ta cousine?
Je te dis qu'elle ne le connaît que depuis deux jours.
Moi je crois qu'il a plus de chances que l'autre.
Non. Moi, j'aime mieux Pierre.
Il est plus beau et plus jeune.
Marion et lui vont très bien ensemble.
Moi, je suis sûr que ce sera ce mec.
- Tu paries? - Non.
En tous cas, elle est pas pour toi.
- Bonjour. - Tiens, salut.
- Ça va? - Ça va.
Donne-moi un paquet de cacahuètes.
Merci. Tiens.
Je ne t'ai pas vue ces temps-ci.
J'étais partie au mariage de mon frère à Saint Lot.
- Je ne sais pas si je resterai. - Pourquoi?
Ça a bien travaillé au mois d'août, mais je m'ennuie.
- Tu vas pas te baigner? - Toute seule? Si on y allait?
Je dois poster cette lettre, après, je suis pris.
- Demain matin si tu veux. - Je viens pas le matin.
On se verra un autre jour.
- Salut. - Salut.
- Je te cherchais. - Tu étais chez moi?
- Oui. - Il fallait m'attendre.
Tu sais ce qui se passe en ce moment chez toi?
Pauline et son copain, ils dansent.
Drôle de danse. lls sont carrément au lit.
Pas possible. Et qu'est-ce que tu leur a dit?
J'étais si suffoquée, j'ai pu rien dire.
- Très bien. Laissons-les. Viens. - Mais enfin...
Qu'est-ce qui te choque? A cause des parents?
Mais non, écoute...à cause de moi.
Je pense qu'elle a mieux à faire
que de ramasser tous les petits crétins sur la plage.
Elle ne veut pas m'écouter...
C'est pas un petit crétin, ils sont très bien ensemble.
Elle est marrante, cette fille.
- Tu veux une pomme d'amour? - Non, merci.
Viens.
J'y vais pas tant qu'ils sont là.
Et voilà, justement.
lls ont pas eu le temps de faire grand-chose.
A tout à l'heure.
Tu ne crois pas que ce serait plus simple
si tu t'installais ici?
Non.
Ne serait-ce qu'à cause de Pauline.
Je ne veux pas qu'elle amène n'importe qui.
Moi, je peux mettre à la porte qui je veux.
Finalement, c'est mieux que tu viennes à la maison.
Pour dîner?
Ça t'embête pas si je m'en vais à 6h du matin?
C'est la meilleure heure pour travailler.
Comme ça, la petite cousine n'en saura rien.
Je crois qu'elle sait déjà.
Tant mieux.
Ce qui était gênant, c'était de le lui dire.
Attends...
Dis, tu viens avec nous demain au Mont St Michel?
St Michel demain?
- Quelle idée! - Pauline veut le voir.
Elle ne le connaît pas.
Il faut bien qu'elle ait quelque chose à raconter à ses parents.
Autre que ses expériences amoureuses.
Tu vois, la vue d'un touriste me rendrait criminel.
Et la petite cousine n'a pas l'air de m'aimer tellement.
Je crois...
qu'elle est déçue que je ne sois pas amoureuse de Pierre.
- Salut. - Ça va?
Les filles sont allées au Mont St Michel.
Oui, mais je passais au cas où elles ne seraient pas parties.
Je devais aller en bateau, mais ça a été reporté à demain.
Viens te baigner avec nous, tu veux?
- D'accord. - Allez.
J'arrive.
Nul ne regrette de quitter le bassin
pour retrouver les eaux bleues du grand large.
Pour ce nouveau départ,
deux nouveaux venus se joignent à la flotte.
Le trois-mâts barque portugais Sagres,
un sister-ship de Tovaritch.
et le quatre-mâts goélette aux couleurs de l'Espagne
Juan Sebastian de el Cano.
Le quatre-mâts a été baptisé en hommage au premier espagnol...
ayant réussi une circumnavigation en l'an 1526.
Sagres a connu une existence mouvementée.
Construit en Allemagne en 1937,
confisqué par les Etats Unis en 1945,
confié au Brésil en 48, racheté par le Portugal en 61.
- Ça te plaît? - Oui.
...une cinquantaine de voiliers entament au ralenti
la traversée de l'Atlantique en direction des Bermudes.
L'atmosphère du port de Hamilton
nous ramène à l'époque de la marine hongroise.
Le spectacle attire de nombreux plaisanciers
en provenance des Etats unis.
A peine 650.000 milles nous séparent de la côte Américaine.
A bord de Barba Negra, on se croirait revenus au temps...
Attention, voilà la fille.
Dis-lui de s'habiller vite!
Pardon, mais j'ai vu la télé allumée, alors je suis montée.
Tu as bien fait.
Je reviens du bain. Il faisait pas chaud aujourd'hui.
- On descend? - Oui, mais ta serviette mouillé.
T'as raison. Je vais me changer. Tu m'attends en bas?
Il y a des gens qu'on dérange, là.
Des gens?
Tant pis pour eux, je peux bien te le dire.
Dépêchez-vous, s'il vous plaît, je voudrais m'habiller.
Merci.
Et maintenant, c'est ton lit que tu prêtes.
J'ai rien prêté du tout.
lls sont montés quand j'étais au téléphone.
J'étais en train de les faire partir quand tu es arrivée.
Tu vois, j'avais bien raison de me méfier de ce type.
Où est Pauline.
Heureusement...elle est à la maison.
Elle se repose.
Je crois qu'il vaut mieux ne rien lui dire.
Si ce garçon essaie de la revoir, je lui parle.
C'est pas la peine de la faire pleurer pour rien.
- Bonjour. - Bonjour.
Bonjour, Pauline.
- J'espère que je te dérange pas. - Non.
Je passe le matin, puisque je peux pas te voir le soir.
Dis plutôt que tu ne veux pas.
Je ne peux pas. C'est physique.
Ce type me repousse au sens concret du terme.
Eh bien, moi, il m'attire.
Je le hais. Tu sais à quoi il me fait penser?
A un serpent.
Le serpent, c'est plutôt moi.
On m'a toujours dit que j'avais des formes serpentines.
Son pouvoir ne repose pas sur la sympathie, mais l'envoûtement.
Tu es envoûtée.
S'il y en a un qui fascine l'autre, c'est moi.
- Il est arrivé à ses fins? - Quel vilain mot!
C'est pas le mot. C'est la chose.
Ecoute, Pierre, je t'en prie.
C'est oui, bien sûr.
Pourquoi cherches-tu si loin ce que tu as tout près.
Je me sens tellement proche de toi.
Eh bien justement. Tu l'es trop.
Je ne cherche pas quelqu'un qui me ressemble
mais quelqu'un qui me complète.
T'es parfaite. T'as pas un complément.
Tout être vit dans la complétude.
C'est seulement l'amour
qui lui permet de se réaliser pleinement.
L'amour. Coucher avec un type que tu ne reverras plus,
tu appelles ça de l'amour?
Mais nous nous reverrons, écoute.
Quand on s'aime,
on peut faire le tour de la terre en deux jours.
J'irai le voir, il viendra me voir.
Non, je suis pas folle.
Ma folie, ça a été de vivre avec quelqu'un
qui me suivait pas à pas comme un petit chien.
Toi aussi tu ressembles à un bon chien.
T'y fie pas trop.
Si Henri m'échappe,
tant mieux.
Comme ça, je pourrai rêver de lui en son absence
et jouir de sa présence mille fois plus.
J'aime mieux vivre avec lui quelques moments intenses
plutôt que de partager une existence douillette
comme la tienne. Moi j'ai besoin d'exaltation.
Exalte-toi pour toi-même, pour ta vocation.
Quelle vocation?
Ton métier. Ton travail.
Il est à Paris, pas dans les mers du Sud.
Tu es une fleur qui ne peut s'épanouir
que sur sa propre terre.
Bientôt tu m'accuseras de trahir la France.
Qu'est-ce que la jalousie ne te fais pas dire!
Ça m'afflige de te voir donnée
dans un exotisme de pacotille. Parlons plus de ce type!
Il t'a déjà oubliée!
C'est ton attitude générale que je déplore.
Je n'ai pas d'attitude générale!
J'aime un homme en particulier.
- Non, tu l'aimes pas. - Je l'aime.
- Il m'aime. - Ça non! Il t'aime pas!
- Tu n'en sais rien! - Je le sais.
- Ça, tu ne peux pas savoir. - Je te dis que je le sais!
Parce que j'en ai la preuve.
La preuve photographique, matérielle!
Si j'avais eu un appareil de photo en ce moment-là!
Comment ça? Qu'est-ce que tu veux dire?
Hier après-midi en ton absence dans sa villa...
il était avec la marchande de bonbons.
Tu les a vus?
En passant par hasard derrière le jardin.
J'ai vu la fille toute nue dans sa chambre.
Et lui?
J'imagine qu'elle n'était pas toute seule.
Tu ris? Tu crois j'invente?
Non. Tu n'inventes rien.
C'est vrai, parce que j'y étais.
Quoi?
Heureusement que je suis passée par chez Henri hier en rentrant.
La fille y était mais avec le petit Sylvain.
Comme ça il prête sa chambre.
On a dû les déloger. Enfin, nous sommes montés
et ils sont partis se cacher dans la salle de bains.
Et Pauline était là?
Non, elle était à la maison.
- Tu le lui as dit? - Je crois qu'il vaut mieux pas.
Si tu t'étais intéressé à elle tout ça ne serait pas arrivé.
Si vous vous intéressiez à des types plus intéressants,
tout ça n'arriverait pas non plus.
Vous êtes attirées par des types qui se foutent de vous!
Henri ne se fout pas de moi!
Tu vois à quoi ça te mène de faire l'espion
si tu as que des trucs comme ça à me dire!
De toutes façons je voulais plus rien dire.
Et je m'étais juré de ne plus te voir...
et puis je m'en vais.
Non...
Ecoute Pierre...
tu es insensé, tu veux dicter leurs sentiments aux gens.
Je t'aimerais beaucoup si t'étais pas aussi jaloux.
Je le suis.
Je le suis parce que...
Parce que je t'aime, voilà.
Assez. Je m'en vais.
Emmène au moins Pauline Elle a envie d'aller à la plage.
Pour que tu ailles avec l'autre. Vas-y.
Tu ne pourras pas dire dire que je porte atteinte à ta liberté.
Pauline! Tu viens?
Je t'assure, elle t'aime beaucoup.
Elle t'aime beaucoup plus que tu ne crois.
Voilà. Parfait.
Mets-toi bien en arrière, contre toi, et voilà.
- Tu sens le vent, là? - Oui.
On va s'arrêter là. On reprendra tout à l'heure.
- D'accord. - Allons manger quelque chose.
- D'accord? - D'accord.
- T'as pas froid? - Non, ça va.
Tu ne veux pas mettre ça? Sûre?
Salut.
Bonjour.
Tu n'aurais pas vu Sylvain aujourd'hui?
- Je ne l'ai pas vu. - Merci, au revoir.
De rien. Salut.
S'il était là, tu le verrais.
C'est quand même étrange qu'il ne soit pas là.
Il m'avait dit qu'il viendrait sûrement ce matin.
- Il te l'a dit quand? - Avant hier.
Hier on n'a pas pu se voir. J'étais au Mont St Michel
il faisait du bateau avec son père.
La journée n'est pas finie. On peut emprunter un dériveur.
La mer est tellement belle.
- Non, j'ai pas envie. - Qu'est-ce que tu as?
- Rien. - Mais écoute...
Tu ne vas pas pleurer pour tous les petits mecs
qui te posent des lapins.
Il n'est pas comme ça. Tu ne le connais pas.
Et puis, il ne t'a rien fait.
Tiens, on va prendre des bonbons.
Tu veux quelque chose?
Des cacahuètes.
- C'est combien? - Cinq francs.
5 francs...voilà.
T'aurais pas vu Sylvain par hasard?
Sylvain? Non, je ne l'ai pas vu.
J'ai vu personne. Je viens d'arriver.
Tantôt.
Tu sais qu'elle ne le connaît pas.
- Elle racontera n'importe quoi. - On ne sait jamais.
Qu'est-ce qu'il y a? Tu as l'air bizarre.
- Mais non. - Tu te moques de moi.
Mais non, je ne me moque pas. Je voulais te rendre service.
Je suis sûre qu'il y a quelque chose.
Qu'est-ce que vous êtes allés raconter à Sylvain
pour qu'il ne vienne pas.
Je n'ai jamais parlé à ce garçon, écoute.
Pas toi, mais Marion ou Henri.
Qu'est ce que tu ne vas pas imaginer.
Elle en est capable.
En tous cas, elle t'a monté contre lui.
Si elle s'imagine que ça va m'empêcher de le voir!
Elle ne m'a jamais parlé.
Bon, après tout, si. Pauline si tu me provoques,
je te dirai que je n'ai rien de particulier
contre ce garçon que je ne connais pas.
Un conseil d'ami: à ta place,
je me fierais pas à ce mec qui se balade
qui drague une fille sur chaque plage quand c'est pas deux.
- Il n'est pas comme ça. - Qu'est-ce que t'en sais?
Et toi, qu'est-ce que tu en sais?
Ecoute, Pauline.
Lâche-moi.
S'il faut que tu me dises des méchancetés
j'ai pas envie de te parler.
Tu es bien gentil de me donner le son de cloche,
mais enfin, tant pis, j'apprendrai plus tard.
- On va tout de même manger. - J'ai pas faim.
Bon, d'accord.
Pourquoi vous voulez tous me critiquer?
Je pourrais vous critiquer aussi. Toi, Marion, Henri...
Marion est responsable de toi.
Elle a pas envie que tu vois des gens louches.
Elle en voit bien, elle, des gens louches.
Son Henri est très louche, et toi aussi tu es louche.
Vous êtes tous louches, et vous faites toujours tout en dessous.
Sylvain, lui est franc.
- Franc? Sylvain? - Oui, franc.
Et toi tu n'es qu'un sale hypocrite.
Et si t'apprenais qu'il est avec une autre fille?
Tout ce que tu peux raconter.
Quand? Maintenant?
Non. Hier.
J'en ai marre de voir ces petits cons vous mener en bourrique.
Demande à Marion
ce qu'il faisait chez Henri avec la marchande.
Hier, il faisait du bateau.
Dis plutôt qu'il t'amenait en bateau, ma pauvre fille.
- Demande à Marion. - Eh bien, allons-y!
Pas maintenant. On va la déranger.
Excuse-moi de te déranger.
Mais je ne supporte pas qu'on m'accuse de mentir.
Il ne dit que des méchancetés.
Je dis ce qu'on m'a dit.
Tu n'es tout de même pas allé lui dire...
C'est pas vrai. Tu n'as pas dit ça.
Si j'ai dit quelque chose,
c'est que je comptais sur ta discrétion.
Pauline...
Pardonne-moi.
Je voulais pas te faire de mal.
Je ne supporte pas qu'on se foute de toi.
Tu es assez grand pour savoir la vérité.
Ça ne s'imposait pas de raconter cette histoire.
Surtout à quelqu'un qui ne sait pas tenir sa langue.
Je n'ai rien raconté. Il a vu la fille. Il espionnait.
C'est entièrement faux. J'espionnais pas.
- Je passais par hasard. - Par hasard.
Pauline, écoute-moi.
Il y a rien eu.
Sylvain t'aime bien, crois-moi.
Il s'est rien passé entre cette fille et lui.
Je te le jure.
C'est elle qui a essayé de lui sauter dessus.
Elle l'a entraîné dans la salle de bains, c'est tout.
C'est dommage que Sylvain ne soit pas là.
La balade en bateau a été reportée à aujourd'hui.
Il a pas pu te prévenir.
Je l'aurais fait si je t'avais vue.
Je me demande de quoi tu mêles.
T'as vu le résultat?
Alors, elle a trouvé le gars qu'elle cherchait?
Ça t'intéresse?
Dame, non! C'est toi qui me demandait là où il est!
Moi, je m'en fous.
C'est la petite qui s'inquiétait.
Normalement, ils avaient rendez-vous.
Il faut pas s'inquiéter pour les gars. C'est sa petite amie?
Tu ne savais pas?
Le gars, je ne le connais pas, enfin, vaguement.
- Vaguement? - Oui. Qu'est-ce que t'insinues?
Moi, je n'insinue rien.
- Et Henri, tu le connais? - Son copain, oui.
Vous êtes flic, ou quoi?
Marion, la fiancée d'Henri
m'a dit qu'elle t'avait surprise avec lui.
Lui qui? Henri ou Sylvain?
Elle m'a dit Sylvain.
Qu'elle dise ce qu'elle veut. Je m'en fous.
- Alors, c'est vrai? - Je m'en fous.
Il n'y a que la vérité qui blesse.
Bon, alors, c'est faux.
Ça ne vous regarde pas! Je ne vous connais pas!
Je ne me mêle pas de vos salades!
Et celui qui dit que j'étais avec Henri ou Sylvain
je lui ferai casser la gueule par mes copains
et par mon fiancé.
J'ai un fiancé moi, j'en ai même deux.
Un à Grandville et l'autre en Amérique!
lls n'aiment pas qu'on dise du mal de moi.
lls acceptent comme ça que tu cours les garçons?
Je ne cours pas les garçons, moi, pour qui vous me prenez?
Remarque que les garçons, si je voulais,
je pourrais en avoir autant que je voudrais.
Mais il n'y a que les très beaux gars qui m'intéressent.
Alors, Henri, il t'intéresse?
Il n'est pas mal, mais je ne cours pas après lui.
La petite est désolée,
elle croit que t'étais avec son copain.
C'est malin d'avoir raconté ça.
C'est la blonde qui le lui a dit?
Oui. Mais c'est vrai ou c'est faux?
C'est faux. Tu me vois avec ce petit mec?
- Alors, t'étais avec Henri? - Ça te regarde pas.
La nana s'imaginait des choses. J'étais avec personne.
Avec qui t'étais dans la chambre d'Henri?
J'ai jamais été dans sa chambre.
- Si. - Qui t'a dit ça?
- Répond. Avec qui t'étais? - Qui te l'a dit?
La fille? Qu'est-ce qu'elle en sait?
Je vous ai vue à travers la fenêtre.
Vous êtes vraiment des flics, vous autres.
J'étais peut-être avec Henri. Et après?
Ce n'est pas une raison pour le crier sur les toits.
Je me mets à la place de la fille.
Elle m'a rien fait. Je n'ai pas envie de lui faire du chagrin.
Alors, il vous a dit de vous enfermer dans la salle de bains
et de faire comme si vous étiez ensemble.
Il nous a rien dit du tout.
C'est moi qui suis allée dans la salle de bains.
Je ne veux pas me faire surprendre au lit.
J'aime pas ça.
- Et Sylvain alors? - Il l'a poussé dedans.
J'ai pas compris pourquoi.
Ah, je comprends maintenant.
La fille nous a vus à travers la porte.
Mais qu'est-ce que tu voulais qu'on dise?
Moi, j'avais honte. J'étais toute rouge.
J'avais rien sur moi. J'avais qu'une serviette.
J'avais mis mon maillot à sécher en bas.
Après, il a pu raconter tout ce qu'il a voulu.
Moi, j'aime pas rendre ce genre de service aux gens.
J'aime pas être manipulée.
- C'est ta soeur? - Qui? Marion?
- Oui. - Je pensais.
- Tu vas pas lui répéter? - Non.
Je vais quand même le dire à la petite.
Son gars lui dira bien. C'est ta soeur aussi?
Non, c'est la cousine...enfin c'est ma cousine.
Ça me regarde pas,
mais je trouve pas qu'elles aient de bonnes fréquentations.
C'est une jolie fille pourtant, surtout la grande.
Dommage que tu sois son frère.
Je t'aurais bien vu avec.
Qu'est-ce que tu fais ce soir?
- Ce soir? - C'est mon dernier jour ici.
Je voudrais fêter ça.
Tous mes copains sont partis, sauf mon fiancé.
- Mais lui, je le vois trop. - Non merci, je suis pris.
- Je t'invite. J'ai de l'argent. - Non, t'es gentille, mais...
C'est parce que je suis une marchande?
Mais t'es folle? Enfin, ce soir...
on dîne chez nos cousins.
Tant pis, je trouverai bien quelqu'un.
- Bonne soirée. - Au revoir.
- Vous avez pas vu Pauline? - Elle doit être chez Henri.
Merci.
Au revoir.
Attends!
Je crois pas que c'est le moment pour une explication.
Je n'ai pas à m'expliquer.
Qu'est-ce que t'es allé leur raconter encore?
Tu dis aux autres de la boucler, et c'est toi qui parle.
- Moi j'ai rien dit. - C'est ta nana, alors?
Non.
C'est Pierre.
- Le mec, là? - Oui.
Il sait rien.
Il était derrière le mur, il espionnait.
Il a vu la fille dans ma chambre.
S'il l'a vue, c'est avec toi, pas avec moi.
Il l'a vue, elle, c'est tout.
Heureusement, ça m'arrange.
Moi, ça m'arrange pas. J'ai pas envie de payer pour les autres.
J'ai dit à Pauline que c'était la fille
qui t'avait fait des avances, que t'avais refusé.
Tu parles, si je te crois!
T'es vraiment un salaud.
Tu profites de notre jeunesse pour tout faire tomber sur nous
et pour arranger tes petites histoires
Je trouve ça vraiment dégueulasse.
Où est-ce qu'elles habitent?
Tu ne sais pas?
Là-haut, dans la colline à 5 km.
Tu peux aller si tu veux, je ne t'empêche pas.
Quel endroit exactement?
Je sais y aller en voiture, mais pour t'expliquer, voyons...
Bon, sois sûr d'une chose, demain,
Pauline et Marion sauront tout.
Demain, c'est pas pareil.
Il y a des choses qu'on ne peut dire à une fille brutalement.
Il l'a pas dit brutalement à Pauline l'autre Charlot?
L'autre Charlot c'est pas moi.
Pourquoi faire pleurer l'autre?
Elle, elle ne devrait pas, alors que l'autre, c'est normal.
C'est pas grave.
Vraiment, je ne te comprends pas.
T'as une nana, tout ce qui a de plus super,
et tu vas te brancher cette bouffonne.
J'ai pas de préjugés.
Cette bouffonne, elle est vachement excitante.
Pour les vieux, peut-être.
Merci.
Mais disons que je suis vieux, je vais te dire une chose.
Dans la vie, j'ai aimé et j'ai été aimé.
Maintenant, j'en ai marre. Je me repose.
Plus de grande passion.
- Marion m'agace. - Ne lui cours pas après.
Je lui cours pas après. C'est elle qui me court après.
De toute façon, une comme ça, ça se laisse pas passer.
Alors, tu t'en fous.
Non. J'ai de la sympathie pour elle, même de la tendresse,
mais j'aime pas faire pleurer les gens.
Tu vois? En fait, je suis trop gentil.
Ça me met dans des situations impossibles.
Ça me désole de te voir triste.
Je n'aurais jamais rien dû dire à Pierre.
Il fallait mieux que je sache.
Et puis, je ne suis pas triste.
Sylvain me plaisait bien, mais j'étais pas vraiment amoureuse.
Moi, il me déplaisait.
- A chacun ses goûts. - Tu as pris le premier venu.
Et toi alors?
Oui. Bon, ne discutons pas.
Tu vois, même ici, je crois que tu aurais pu trouver mieux.
Ne serait-ce que pour enrichir ton expérience.
- Tu vois qui je veux dire? - Non.
- Pierre. - C'est un vieux.
Il est jeune et beau.
Il y a des filles de mon âge qui aiment les adultes, pas moi.
Pierre est très gentil avec moi,
il m'embête pas, et puis...
j'aime pas que tu me parles de lui de cette façon là.
Une façon très flatteuse. Pierre a beaucoup de charme.
Prends-le pour toi. Vous iriez très bien ensemble.
Peut-être...
mais l'amour ne se commande pas.
Pour moi, Pierre est un petit garçon.
Pour moi, c'est un vieux. Aussi vieux qu'Henri,
mais plus gentil et plus beau.
Je ne peux pas te persuader de l'aimer
pas plus que tu ne peux me persuader non plus.
Tout ce que tu me diras contre Henri,
et que je peux me dire moi-même, d'ailleurs,
ne peut me détacher de lui.
Tu te dis quoi?
Je ne sais pas. Que notre amour est impossible,
que je suis folle de m'éprendre de quelqu'un
qui habite l'autre bout du monde,
de quelqu'un qui m'aime
certainement moins que je ne l'aime.
Bien que je crois qu'il est bien accroché
malgré ses airs d'indifférence.
Moi, je sens mon amour si fort,
que je saurai lui faire partager...
si le temps ne manque pas.
Je peux le rendre très, très, très amoureux.
Et si je souffre, il souffrira.
Pourquoi le faire souffrir si tu l'aimes?
En amour, il faut tout partager.
Les plaisirs comme les souffrances.
Tu dis que l'amour ne se commande pas,
qu'il est immédiat
et en même temps tu veux le rendre amoureux.
Plus amoureux.
Mais je suis sûre qu'il l'est plus qu'il ne veut le prétendre.
Qui est là?
- Bonjour. - J'ai un télégramme pour vous.
- Merci. - Au revoir.
Je dois être à Paris cet après-midi.
Je retournerai demain par le train.
En allant à la gare, je peux te déposer à la plage.
Pierre ou Henri te ramèneront.
Non, j'ai pas envie.
Ça va?
Vous n'êtes pas venues aujourd'hui?
Non. Marion est à Paris pour un rendez-vous.
Elle te laisse seule?
Elle aurait pu te conduire à la plage.
C'est moi qui n'ai pas voulu y aller.
Je ne voulais pas voir de gens aujourd'hui.
Bon, je m'en vais.
Je voulais te prier de m'excuser pour hier.
Non, ça va. Tu as bien fait.
Maintenant, ton copain doit être furieux.
Oui. Henri a dû lui dire que tu avais parlé.
Tu ne le lui a pas dit?
Non, il est arrivé juste quand on partait.
Comment, tu lui as pas parlé?
Non. Je ne veux plus le voir.
Mais c'est horrible!
C'est Henri qui était avec la marchande.
Henri? Mais tu as vu la fille avec Sylvain et Marion aussi.
Mais c'est Henri qui nous a trompés.
Il est diabolique ce mec!
Quand Marion est entrée,
il a poussé ton copain dans la salle de bains
avec la marchande.
Et il s'est laissé faire?
Je crois qu'il n'osait rien dire.
Ça m'étonne.
Et comment le sais-tu?
C'est la marchande qui me l'a dit,
et c'est beaucoup plus vraisemblable.
Tu as vu Sylvain aujourd'hui?
Non, il n'était pas sur la plage, ni Henri d'ailleurs.
Il y est peut-être, maintenant. On y va?
- Il n'y a personne. - Allons à Grandville, alors.
Je pense qu'il a dû aller en bateau avec son père.
Allons voir au port.
A cette heure-ci, ils sont sûrement rentrés.
Allons-y toujours, on verra bien.
- Tu sais oû il habite? - Ici, à Grandville.
Je n'ai pas l'adresse exacte. Il n'a pas la mienne non plus.
On n'a pas pensé à se la donner, on se retrouvait sur la plage.
- Si on allait dîner? - D'accord.
A quoi penses-tu?
Je pense que les gens ne veulent jamais admettre
le choix des autres.
Toi, tu n'admets pas que Marion aille avec Henri,
Marion n'admet pas que j'aille avec Sylvain, et moi,
je ne comprends pas qu'Henri aille avec la marchande.
Moi, au contraire, c'est eux que je comprends mieux.
Parce que ça t'arrange. Moi, ça a beau m'arranger...
Il y a des couples assortis, dans ce cas-là, j'admets.
Alors, admets pour Sylvain et moi,
on est assortis.
Je n'ai rien de spécial contre lui
à part cette histoire d'hier qui certainement est fausse,
cela dit, c'est sûr que tu mérites mieux
que ce genre de petit mec.
- Parce qu'il est jeune? - Non.
J'étais pas comme lui quand j'avais son âge.
- Comment étais-tu? - Tendre et romantique.
Il est tendre aussi.
Je ne comprends pas comment vous avez pu
vous précipiter sur les mecs les moins intéressants.
Peut-être pas intéressant pour toi, mais pour nous, oui.
Même pas.
Comment peux-tu décider de ce que les autres aiment ou pas.
Laissons Sylvain de côté, je t'ai dit, j'admets,
mais Henri, non.
Elle peut pas l'aimer ou alors elle est folle.
L'amour est une sorte de folie.
Non. On aime ce qui est bien, ce qui est pour son bien.
Le véritable amour ne trompe pas, ou elle se trompe.
Elle le dit elle-même, elle se trompe.
Elle n'a fait que se tromper dans sa vie.
Ce qui me met en colère c'est de voir des gens obstinés
à se fabriquer leur propre malheur.
Si elle aimait ce qui lui convient,
ce qui est bien pour elle...
je serais le premier à l'admettre à le comprendre.
Elle va toujours chercher ce qui est le plus éloigné d'elle.
Alors que moi, je me sens si proche.
Quand je l'ai revue, cette sensation de familiarité
a surgit avec une force extraordinaire.
J'ai compris qu'elle était pour moi,
qu'elle faisait partie de moi.
C'est ça. Tu es trop proche. Elle te connaît par coeur.
Tu n'es pas un mystère pour elle. Tu n'es pas étrange.
Je ne veux pas être étrange. Je déteste l'étrange.
Lorsque je l'ai connue,
elle aimait un type plus affreux qu'Henri.
Je savais bien que ça ne durerait pas entre eux.
Je comptais bien qu'elle viendrait à moi un jour.
Entre temps, un troisième s'est présenté
et qui l'a eue. Tu le connais?
Son mari? Je l'ai vu quand j'étais petite.
- Il n'est pas étrange. - Non.
Elle est allée épouser n'importe qui mais pas moi.
Tu as raté l'occasion, tu n'as pas su t'imposer.
Je n'aime pas m'imposer.
Je veux attendre qu'elle vienne à moi d'elle même.
- Attends. - J'attendrai.
Aussi longtemps qu'il faudra.
Jusqu'à ce qu'elle m'aime.
Et si elle tarde trop, jusqu'à ce que moi je ne l'aime plus.
C'est tout à fait probable que je cesse un jour de l'aimer.
Peut-être alors c'est elle qui m'aimera,
ce sera trop tard, ce sera ma vengeance.
En somme, tu ne l'aimes pas. Tu veux qu'elle t'aime.
C'est pas du tout pareil.
Si tu aimes quelqu'un, tu veux qu'il t'aime,
ça me semble évident.
Même qu'elle ne m'aime pas, mais un type comme Henri
pas que ça me rende jaloux,
mais ça la rabaisse au dessous du niveau où je peux l'aimer.
C'est un peu prétentieux ce que tu dis là.
Tu te prendrais pas pour le centre du monde, par hasard?
Non, mais si elle est fondamentalement attirée
par des gens qui sont le contraire exact de moi,
si elle n'est pas cette fille que je croyais faite pour moi,
comme je me crois fait pour elle,
et si cette conviction sur laquelle repose
tout mon amour est détruite, alors, je l'aime plus.
Voilà, c'est aussi simple que ça.
Vous étiez là?
Tu n'étais pas partie?
Partie où?
On pensait que tu étais allée avec Marion à Paris.
Non. Et toi, tu étais où?
- On est allés voir les régates- - Attends.
On a tous quelque chose d'important à se dire, alors,
si on allait chez moi, c'est plus calme.
Je dois ramener Pauline.
Il n'est pas tard et c'est sur son chemin.
Elle aimerait que tu lui dises quelque chose.
J'espère que
tu n'as pas cru à cette histoire de Sylvain avec la marchande.
Marion s'est imaginée des choses.
C'est lui qui était avec la fille.
Oui, moi...Tout ça, c'est de ma faute.
Embrassez-vous.
Je ne comprends pas comment tu as pu te laisser faire.
Ça aurait fait des tas d'histoires, et puis...
Tu ne trouves pas qu'il y en a eu assez?
Moi je compte pour rien.
Vous êtes tous aussi dégoûtants les uns que les autres.
Buvons à la réconciliation générale.
Tiens.
- Dis-moi, t'es encore fâchée? - Non, ça va.
- Avec moi, oui? - Merci.
- Avec toi, sûrement. - Même pas. J'étais pas concerné.
Si elle te pardonne, tant mieux.
A la tienne.
Qu'est-ce que tu crois? Je suis machiavélique?
Pas du tout. J'ai agi sans réfléchir.
Je pensais que vous sauriez vous cacher derrière la porte.
Vous n'avez pas su le faire.
C'est ça, accuse-moi maintenant.
Je ne te reproche rien.
Vous étiez absolument libres de faire ce que vous vouliez.
Vous pouviez même parler à Marion.
Moi, parler à ta nana? Je suis pas comme lui là, cafteur.
- Tu dis? - T'es un cafteur,
et avec les cafteurs ils ont qu'à la boucler, tu vois.
Ce que les petits cons peuvent raconter,
ça m'est d'une indifférence totale.
Les conneries des grands cons, ça m'empêchera pas de dormir.
- Bon, va dormir! - Ça suffit!
J'ai dit qu'on se réconcilie, on se réconcilie!
C'est ma faute. Je prends tous les torts sur moi, d'accord?
C'est une affaire finie, on n'en parle plus.
C'est ça, n'en parlons plus.
Je rentre à Paris demain. Il faut que je me couche tôt.
Pauline, tu viens?
Laisse tomber. Henri la raccompagnera.
C'est moi qui l'ai amenée c'est moi qui la ramènerai.
- Lâche-moi. - Ecoute, tu restes!
- Réponds! Tu restes ou pas? - Lâche-moi d'abord.
- Tu vas la lâcher! - Doucement. Tu me fais pas peur.
Ça suffit! Si vous voulez vous battre allez dehors!
Ça va?
C'est malin. Le résultat, on ne peut pas la raccompagner.
Il faut attendre qu'elle se calme.
Il est quelle heure? Tu ne peux pas rentrer à 11h?
Si, je vais encore me faire sonner les cloches.
Eh bien, toi, raccompagne-le.
Ramène-le plutôt.
C'est à côté de chez toi. C'est plus simple que ça soit toi.
Je raccompagnerai Pauline quand elle sera calmée.
Je l'ai amenée, je la ramène.
Pierre, ne sois pas grotesque.
Tu peux ramener Sylvain chez lui, s'il te plaît?
Son père va l'attraper. Henri me ramènera.
Ça ne t'ennuie pas?
Non, tu peux même passer la nuit ici si tu veux.
La maison est vide, il y a de la place.
Je vous raccompagne tous les deux. Venez.
C'est idiot. Ça te fait double trajet.
10 km de plus.
- Alors, vous venez? - Je reste ici.
- Quoi? - Je couche ici.
Henri me l'a proposé, j'accepte.
- Tu plaisantes? - Non.
J'ai pas envie de rentrer. J'aurai peur dans cette maison.
Pas question. Je vais te ramener.
Tu dois? Mais tu ne dois rien du tout.
Si, je suis responsable de toi.
Tu n'es responsable de rien.
Moi, je suis responsable de moi.
On peut dire que mes parents m'ont confiée à Marion
mais c'est tout.
Marion ne m'a confiée à personne.
Enfin, pas plus à toi qu'à Henri.
Tu ne crois quand même pas que je vais te laisser avec lui?
Pierre, qu'est-ce qui t'arrive?
Je ne suis pas le loup. Je ne vais pas la manger.
Bon, reste.
Je considère ça comme une chose tout à fait inamicale
qui me gâche la soirée que nous avons passé ensemble.
C'est toi qui n'est pas un ami.
Tu pourrais penser à moi aussi de temps en temps.
Je suis en vacances.
Et si mes parents ne sont pas là c'est pas pour que des gens
qui n'ont aucun droit sur moi s'occupent
de ce que je dois faire ou pas. Je fais ce qui me plaît.
S'il me plaît de rester ici et qu'Henri m'y invite, je reste.
Bonne nuit.
Sylvain, tu viens?
Embrasse-moi, au moins. J'espère que tu n'es pas fâché.
Bonsoir. J'ai sommeil, je vais me coucher.
Bonne nuit.
Qui? Sandra?
Quibron? Oui, Quibron.
C'est tout près d'ici.
Ça me ferait très plaisir, oui.
Quand?
Demain?
Eh bien, oui. Je suis libre comme l'air.
Marie est rentrée chez sa mère.
Bon, et après tout, pourquoi pas aujourd'hui?
Oui. Eh bien d'accord.
Donne-moi une heure. Le temps de m'habiller...
et j'arrive.
Comment s'appelle le bateau?
La Reultosa.
Rouge et noir, un deux-mâts. D'accord.
A tout à l'heure. Je t'embrasse. Au revoir.
Je t'ai vraiment fait mal?
Non, ça va. J'ai été surpris.
Excuse-moi, je voulais juste te réveiller en douceur.
Ne sois pas hypocrite.
Bon, je suis un homme, t'es une femme et t'as de jolies jambes.
Ça va? C'est plus franc?
Je ne comprends pas les hommes.
Les vieux surtout. lls ne font jamais rien franchement.
Ni toi, ni Pierre.
Sylvain lui est direct.
Tu l'aimes?
Non. Il m'a déçue. J'aurais préféré qu'il me trompe,
mais alors marcher dans tes histoires!
Il n'a pas marché. C'est moi qui l'ai poussé.
Si tu veux déjeuner, c'est prêt dans deux minutes.
Voilà. Ça c'est pour Marion.
Tu lui donneras.
Je viens de recevoir un coup de fil,
je dois partir d'urgence pour Quibron.
Le temps de faire mes valises
je te dépose chez toi et je file.
Tu reviens quand?
Je ne reviens pas; je pars en bateau sur la côte d'Espagne.
J'en ai au moins pour 15 jours.
Et Marion?
Je l'emmènerais bien, mais il n'y a pas de place.
En plus, ce n'est pas confortable,
ce n'est pas une croisière. C'est du sport très dur
avec des types très entraînés, tu vois?
Attends au moins qu'elle rentre, elle arrive à midi.
Non, j'ai pas le temps. C'est trop tard.
Et puis, franchement, je n'aime pas les adieux.
Dis plutôt que tu ne veux pas avoir à t'expliquer avec elle.
T'es un lâche.
Non, ce n'est pas de la lâcheté.
Elle ne comprendrait pas.
Moi non plus je ne comprends pas
ce que tu trouves à cette marchande.
Il faut vraiment être vicieux pour lui courir après
quand on est avec une fille aussi belle que Marion.
C'est vrai que Marion est très belle.
Elle a un corps extraordinaire, parfait.
Trop parfait, d'ailleurs. Comme une statue.
Elle a des formes auxquelles toutes les femmes inspirent
c'est un modèle.
C'est peut-être pour ça que je l'admire
mais qu'elle ne m'attire pas tellement.
En tous cas moins qu'une femme qui aurait des imperfections.
La perfection est oppressante.
lmagine que les généticiens arrivent
par des manipulations sur les chromosomes à créer
un type idéal de femme comme dans Le meilleur des mondes,
un bouquin de Aldous Huxley, tu l'as lu? C'est pas grave.
Je suis persuadé que cette femme ressemblera à Marion.
Et peu à peu, on rendra toutes les femmes
semblables à ce type.
Tu imagines la terre peuplée de milliards de Marion?
Je trouve ta marchande beaucoup plus artificielle.
Dans ses manières, peut-être, pas dans sa nature.
C'est pas vrai. Marion ne ressemble à aucune autre fille,
elle est unique.
Unique?
Oui, ben, heureusement.
Comme tous les êtres humains.
Mais d'une unicité qui, du fait de sa perfection,
tend à l'universel. Tu saisis?
Non, tu ne saisis pas.
Je ne pense pas que ce soit des pensées de ton âge.
Il y a quelque chose que tu vas mieux comprendre.
Marion s'est jetée dans mes bras.
Elle ne m'a pas laissé le temps de la désirer.
Il faut que tu apprennes à te laisser désirer dans la vie,
sinon tu seras très malheureuse.
Il y a autre chose.
J'ai pas trompé Marion avec Louisette,
mais Louisette avec Marion.
J'ai connu Louisette d'abord.
On s'était un peu embrassés,
mais j'avais jamais réussi à l'amener à la maison.
Alors, quand l'occasion s'en est présentée, j'en ai profité.
Il me semble que lorsqu'on a Marion
on oublie toutes les autres.
Eh ben, non. J'ai été fidèle à mon désir.
J'avais l'impression de m'être déjà engagé avec Louisette.
Tu étais beaucoup plus engagé avec Marion.
Physiquement, oui.
Pas en pensées. Ou du moins en désir.
Je l'avais connue d'abord. Ça lui donnait un droit.
Tu ne comprends pas ça.
Si, d'avantage.
Qu'est-ce qui te choque? Que ce soit une marchande?
Tu as des préjugés maintenant?
Ce qui me choque c'est que tu ne sois pas amoureux de Marion,
amoureux fou, comme Pierre.
Il ne va pas chercher midi à quatorze heures, lui.
Lui, il n'a aucune chance.
Pourquoi? Il te vaut bien?
Tu ne m'aimes pas beaucoup.
Canaille.
Bats les pattes.
T'inquiète pas. On s'en va dans cinq minutes.
Et à toi, qu'est-ce qu'il t'a dit?
Qu'il partait en bateau, qu'il ne pouvait pas t'emmener
parce que ce n'était pas confortable.
Tu penses?
Tant mieux. Au fond, j'aime pas les adieux.
Qu'est-ce que tu vas faire?
Qu'est-ce que tu veux que je fasse?
Ici, tu vas t'ennuyer, non?
A la campagne, on ne s'ennuie jamais.
Et si on rentrait?
Déjà?
J'ai envie de te le dire.
Je pensais à quelque chose hier dans le train.
Je me disais qu'en somme
on n'avait aucune preuve de ce qui s'était réellement passé
avec la marchande.
Henri aurait très bien pu être avec elle
et me faire croire que c'était Sylvain.
J'espère qu'il n'en est pas ainsi. Ce serait vraiment...
vraiment trop horrible.
Mais toi,
tu aurais tort de te désoler pour quelque chose
qui n'est peut-être pas vrai.
Je ne me désole pas.
Dis-toi que ce n'est pas vrai.
Essaie de t'en persuader.
Et moi, je resterai persuadée du contraire,
comme ça, on sera contentes toutes les deux.
Tout à fait d'accord.
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