All language subtitles for El.Embrujo.De.Shanghai.(2002).Z2.FR

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Original subtitles

L'ENVOUTEMENT DE SHANGHAI

Je ne sais pas trop par quoi commencer.

Tu ne reconnais pas ce relent, petit ?

Ça sent quoi ?

La merde de chat ?

Les œufs pourris ?

Pas du tout !

Ici ! Dans cette entrée !

Je sais ce que c'est !

Du gaz !

Ça pourrait commencer par là.

J'aurais aimé avoir mon père à mes côtés... Mais

pour tous, il avait définitivement disparu et ne reviendrait plus.

Ma mère travaillait en cuisine à l'hôpital "Sant Pau".

Elle partait tôt le matin et me laissait le repas prêt.

La nuit, je jouais au billard avec Finito Chacón, au bar "Juventud".

Quand je rentrais ma mère dormait déjà.

Les mardis et les jeudis, je déjeunais chez Mme Concha,

une voisine qui était une parente de mon père et que Finito

appelait Betty Boop.

Et ma mère, chaque fois qu'elle venait du village,

lui apportait un panier de légumes.

Betty Boop fume ?

Ou c'est pour un des ses chéris ?

Ne te mêle pas de ça, n'écoute pas les commérages et monte le panier,

ce qu'il contient ne te regarde pas. On a tous

un petit vice, n'est-ce pas ?

Son ton me fit craindre le pire : la découverte

de mes dessins secrets.

Je les changeai de place.

Salut, Dani.

- Les bas de ma mère sont prêts ? - Oui.

Mais un jour,

je compris pour qui étaient les cigares.

Quelle enfoirée !

Parle comme il faut, vieille mule !

Il faut... il faut ! C'est les autres qui commandent.

Je vis le capitaine pour la première fois.

- Et toi, qui es-tu, petit ? - Dani.

Je vais sortir, comme ça, déguisé en piéton

- amoché... - Qu'est-ce que tu racontes ?

- Toi, je ne t'ai rien demandé. - Que tu es con, pauvre Blay.

Je vais sortir, ma jolie.

Quel âne, celui-là !

Au retour, j'irai à "Las Animas" et je mangerai un curé.

Parle-moi catalan, bougre d'imbécile !

Où tu vas maintenant, malheureux ?

Va avec lui, petit. Ne le lâche pas et surveille-le de près.

Donnez-moi le "Solidaridad Nacional".

Ma mère me dit que le capitaine avait perdu la tête

quand il apprit la mort de son fils.

Il s'enferma dans son bureau

et n'en ressortit plus du tout.

Et maintenant, on va prendre un petit vin, pardi.

Sans trop le vouloir je devins le guide du capitaine.

La plus belle, Melle Anita, celle du guichet.

Après le cinéma, elle faisait de la dentelle pour Mme Concha.

Mais, c'était surtout la femme de Kim.

Kim, la légende,

du quartier, même si les hommes

parlaient de ses exploits au maquis ou à la résistance

à voix basse.

Salut, les beaux.

Salut !

Anita et Kim avaient été riches,

à la fin de la guerre, il partit en France.

Elle dut vendre ses bijoux et se mit à travailler.

Kim et Anita avaient une fille.

Elle avait 15 ans et d'après Finito,

était la plus belle de Barcelone.

Je ne l'avais jamais vue. Elle était malade.

La tuberculose la clouait au lit depuis 2 ans.

Quelle honte messieurs ! Quel rafistolage !

Ils attendent le technicien de la compagnie.

Ça fait une semaine, qu'ils attendent.

Bizarre ! Il y a anguille sous roche.

Ni anguille, ni rien du tout mais l'inefficacité historique

de ce pays.

- Bonjour. - Une eau de vie.

Bonjour.

C'est vrai que Forcat est revenu ?

Forcat ? On l'aurait vu

- traîner par ici. - Oui, c'est vrai.

Il est venu enterrer sa mère. On l'a coincé dans le train.

Il subit encore un interrogatoire.

C'est un délinquant, c'est tout.

Comme tous.

Finito me dit que Forcat, le réfugié, venait de France,

et que c'était le bras droit de Kim.

Je les imaginais le révolver en main.

Tu as vu la taille de la tranchée ?

C'est une tombe.

Ils attendent que Forcat vienne voir la femme de Kim.

Ce trou, c'est pour lui, j'en suis sûr.

Mange, mon garçon, tu dois être fatigué

d'aller ci et là toute la journée avec cet enjôleur.

Ce jour-là, le capitaine ne mangea rien.

Il se souvenait de son fils.

Où crois-tu qu'ils l'ont enterré ?

Ils pourraient au moins nous rendre ses jumelles.

Elles étaient de bonne qualité.

Le capitaine resta au lit pendant 3 jours,

il ne se levait pour rien.

Cette nuit-là, je rêvai de mon père, vivant et en France.

Il accompagnait Kim dans ses aventures.

J'avais eu une bonne note en dessin,

ma mère pensait que je devais en faire mon métier.

Elle me proposa comme apprenti à M. Gallart, le bijoutier.

Il a la main, ce petit,

mais il faut attendre que mon fils parte à l'armée.

Tu dessines bien.

Je m'en réjouis.

Tu as la main d'un artiste, ça se voit.

Dessine-moi une Vierge ou des anges pour les dentelles des religieuses.

Il ne va quand-même pas gâcher son talent en inutiles supercheries.

J'ai un projet pour toi

qui mettra à l'épreuve tous ces dons que tu possèdes.

Allons, petit !

J'ai réfléchi et j'ai une idée

qui va chambouler ce quartier,

paralysé par le laisser-aller, l'abandon de Dieu

et, pire encore, de ses habitants.

Ainsi, le capitaine conçut la plus folle de ces idées,

m'enrôlant dans cette histoire.

Tout est arrangé, j'en ai parlé à la mère

et elle est d'accord. Tu feras un portrait réaliste

de cette pauvre malheureuse agonisant sur son lit,

les poumons détruits. Et par la fenêtre, on verra

ce relent toxique.

Je veux cette fumée,

flottant comme une menace au dessus de la petite,

comme un mortel nuage noir.

Ce sera troublant.

Une plainte convaincante appuyée

par plus de 50O signatures.

Elle vomit du sang ? C'est vrai ?

Pas devant moi.

Madame Concha dit qu'elle frotte son dos avec des fleurs de sureau.

Mais quel mensonge !

Le sureau ne guérit que les hémorroïdes

des évêques et des pédés.

Ne te distrais pas, merde !

Si tu as peur

de la contagion tu peux dessiner de mémoire. Ça sera moins bien.

En plus, je ne sais pas dessiner de mémoire.

Alors, commence le plus tôt possible.

Elle ne va pas tarder à mourir.

Cette nuit-là, je ne rêvai pas de mon père.

Un instant.

- Où vas-tu si tard ? - Chez elle.

Et quoi faire, dis-moi ?

Un portrait de Susana. C'est le capitaine qui m'envoie.

Susana et sa mère le savent

- et en sont d'accord. - Ah, oui ? Alors, vas-y !

- Bon... - Un instant.

Si elle se fatigue ou si sa tête tombe, tu pars.

- D'accord. - Et donne-lui ça de ma part.

Et ça aussi.

Fais très attention,

sois obéissant ou tu le paieras cher.

Tu peux rentrer, couillon.

Je viens de la part de Blay, pour le dessin.

Bien sûr, j'avais oublié,

rentre.

Je ne sais pas si Susana sera décidée.

- Je peux revenir, si vous voulez. - Non, non.

Allez, rentre.

Par ici.

Ne dis rien à Blay...

mais ce qu'il propose ne tient pas debout.

Bon, mais

tu tiendras compagnie à Susana.

Ça lui fera du bien d'avoir un ami...

et des plus beaux !

- Comment tu t'appelles ? - Daniel.

Daniel.

Même ton prénom est joli.

Daniel et les lions.

Continue jusqu'au fond. La galerie est à droite.

Ma puce !

C'est Daniel, le garçon du dessin !

Ne t'en fais pas,

si elle fait la tête, n'en tiens pas compte.

Elle aime faire son intéressante, allez, va.

Bonjour...

Tu t'appelles Daniel, pas vrai ?

Oui.

C'est toi qui as découvert la fuite de gaz.

Non, c'est le capitaine Blay.

Tu habites rue "Cerdeña" ?

Oui.

Tu n'as pas de père, c'est ça ?

Tu n'en as pas, pas vrai ?

Je ne sais pas.

Tu ne sais pas si tu as un père ! Tu es bien, toi !

Il n'est jamais revenu de la guerre. On ne sait s'ils l'ont tué ou si...

C'est comme si tu n'en avais pas. Pareil que moi.

Tu es un peu bizarre,

n'est-ce pas ?

Tu sais que je suis malade, tu ne devrais pas t'approcher.

Et tu sais ce que j'ai.

Tes poumons sont malades.

Non, monsieur, pas mes poumons.

Le... poumon, un seul. Tu sais lequel ?

Eh bien, non.

Le gauche.

Finito m'a donné ça, pour toi.

Et ça.

C'est vrai ? Tu sais dessiner ?

Voyons !

Qu'elle est jolie !

Celui-ci est très bien.

Eh bien, tu es prêt ? Moi, oui.

Je veux que tu me dessines comme si j'étais guérie.

Avec des couleurs aux joues, une fleur dans les cheveux

et avec des chaussures.

Avec une robe verte que je ne peux pas

- mettre, je te la montrerai. - Le capitaine Blay t'a dit...

Oui, il veut que tu me dessines comme une phtisique.

Avec des cernes, maigre. Une horreur, quoi ! Mais, non !

Je veux pas de dessin comme ça.

Tu seras jolie. Je te dessinerai allongée, comme si tu te reposais.

Une fleur dans les cheveux, si tu veux.

Si le dessin était pour toi, je le ferais à ton goût.

Ça va.

Je te laisse me dessiner comme une idiote pour le capitaine.

Mais, tu m'en feras un autre...

dans la position que je veux,

habillée et coiffée, comme je veux.

- En couleur, d'accord ? - D'accord. Mais

l'autre sera bien, tu verras.

Je m'en fous de l'autre. Mais le mien, je veux qu'il soit bien.

C'est pour mon père. Je ne veux pas qu'il me voie mal.

Ça te va, comme ça ?

On le fera demain.

Tu sais jouer aux petits pois ?

Oui...

Approche, tu ne vas pas mourir.

C'est... ton père ?

Oui.

Tu sais que tous les projecteurs du ciné espagnol sont à mon père ?

Tous, tant que ça ?

Oui, bien sûr, il les a installés.

C'étaient les meilleurs et les plus modernes.

- Tu aimes le cinéma ? - Bien sûr.

Moi aussi mais je n'y vais pas depuis longtemps.

La nuit, si je ne peux pas dormir,

je ferme les yeux et je revois les films, ici.

Parfois je les mélange un peu.

Tu te souviens de lui ? Tu l'as vu quand ?

Il y a deux ans.

Tu ne me crois pas mais c'est vrai.

Il est arrivé à l'aube, est entré sans allumer

et est resté un long moment

à mes côtés, me tenant la main.

Il ne savait pas que j'étais si mal.

Maman pleurait.

Je sais qu'il est beau d'après ma mère et les photos.

Mais je ne l'ai pas bien vu.

Il portait un blouson de cuir et sentait la pluie.

Il m'a fait pitié et j'ai fait l'endormie,

il m'a embrassée très fort sur le front.

Il m'a dit à l'oreille pour que personne ne l'entende :

"Je viendrai te chercher".

C'était un petit bourgeois.

Un aberrant produit des jésuites.

Le premier fils d'une famille très riche de Saragosse.

- Son père l'a déshérité. - Pourquoi ?

Que se passe-t-il ?

Nous sommes du quartier

et nous faisons une pétition de grande importance,

qui concerne la vie de chacun de nous.

Mais quelle connerie d'allonger la cheminée ?

Allez, partez d'ici.

Encore un âne à l'état pur.

Et pourquoi il l'a déshérité ?

- Qui ça ? - Kim.

Pourquoi, à ton avis ?

À cause de ce qui meut toutes les actions de l'homme.

- À cause de la politique ? - Non, mon garçon.

À cause du sexe.

Il s'est amouraché de la bonne,

elle est tombée enceinte. Jusque-là, rien de grave.

Ça arrive tous les jours,

et même chez les gens bien.

Ce qui est plus rare,

c'est qu'ils fuguent à Barcelone et se mette

- en ménage avec elle. - Madame Anita ?

Elle même.

Il a fait tous les travaux que tu puisses imaginer.

Il est devenu représentant

de projecteurs allemands et s'est rempli les poches.

Un petit vin.

À cette époque, il était avec les libertaires,

Forcat et son groupe de rêveurs du paradis, voulant changer le monde.

Quand la guerre a éclaté, il était

sur le front à Aragón et à Barcelone.

Alors, Blay, combien de signatures ?

Je te demande combien de verres de cet infâme vin tu as servi ?

Il faut le faire !

- Mets-le-moi, là. - Ici ?

- Merci, chéri. - Au revoir, Madame Anita.

- Laisse-moi voir le dessin. - Quand il sera fini.

- C'en est un comme ça ? - Tu es bête.

- Lâche-le ! - Laisse-moi.

- Madame Anita Yanes habite ici ? - Oui, monsieur.

Anita...

Je viens de Toulouse et j'ai

des nouvelles de Kim.

Où sont-ils ?

Pourquoi ne viennent-ils pas ?

Je crois qu'ils arrivent.

Laisse-le là.

Voilà monsieur Forcat. Papa le considère comme un frère.

Moi aussi.

Il va rester quelques jours

avec nous.

Ce garçon si poli, c'est Dani, un ami de Susana.

Enchanté Dani.

- Susana, comment te sens-tu ? - Formidablement bien.

- De mieux en mieux. - C'est merveilleux.

Ton père s'en réjouira.

- Vous venez de sa part ? - Oui.

Vous l'avez vu ? Il va bien ?

- Susana, ne reste pas là. - Quand l'avez-vous vu ?

- Il y a moins d'un mois. - Où ? À Toulouse ?

Oui, mais il n'y est plus.

Où est-il maintenant ?

Eh bien...

Beaucoup plus loin.

Tu sais, ton père ne tient pas en place.

À présent, il doit se reposer.

Il y a longtemps qu'il n'a pas dormi.

Bon, je vais voir la chambre, en haut.

Monte ta valise !

Ta mère a raison. Je dois me reposer.

Du voyage.

À plus tard, les jeunes.

Ce n'est pas marrant !

Bon, on continue ?

- Qu'est-ce que tu fais ? - Viens si tu veux savoir.

- Ta mère va se fâcher. - Ta mère va se fâcher !

Qu'est-ce que tu attends, nigaud ?

Dessine !

Ce n'était qu'un rêveur.

Il servait des cafés-cognac

dans le bar "La Tranquilidad", au "Paralelo",

il vendait des livres anarchistes et des brochures révolutionnaires

aux clients.

Il était serveur pour se payer les études d'instit.

Mais Forcat était votre ami ?

Tu l'as dit : "était". Et pas le mien, celui de mon fils.

Regarde, voilà le fleuve Huang-p'u et l'avenue Bund,

la promenade la plus connue de l'orient lointain.

C'est un cadeau de mon père. L'éventail, aussi.

De la soie chinoise authentique.

Il les a donnés à Forcat, pour moi.

Et que dit-il sur la carte ?

Ça t'intéresse ?

Bon, si tu es sympa, je te la lirai un jour.

Comment va la malade,

aujourd'hui ?

Cette robe de chambre, c'est un cadeau de ton père.

Je ne comprends pas pourquoi il est parti si loin.

C'est une longue histoire.

Je veux que tu me la racontes.

Tu lui manques, si tu savais !

- Pourquoi est-il allé à Shanghai ? - Je dirais

qu'il est allé chercher quelque chose

qu'il a justement oublié ici.

C'est du propre !

C'est une histoire trouble. Je ne sais si vous la raconter.

Tout a commencé, dans la piaule

d'une pension de Toulouse

que l'on partageait depuis les années les plus dures.

Il y avait Kim... Denis,

son lieutenant...

Et moi.

Nualart, Betancort et Camps étaient à Barcelone.

Kim avait planifié la prise d'une fabrique électrique.

Il allait les rejoindre la veille de l'opération.

Mais il reçut l'ordre de tout annuler.

Il partit au rendez-vous pour tout arrêter.

Fais attention !

Donne ça à Carmen.

À la gare, Denis lui donna une lettre et de l'argent pour ses parents,

et lui demanda d'emmener Carmen et son fils si tout allait bien.

Tu peux être tranquille.

Sois confiant, tu l'auras saine et sauve !

Kim se refugia chez les parents de Denis.

Il expliqua à Carmen que Denis était blessé.

Il lui raconta le plan.

On passera dans trois nuits. La route est dure mais on a un guide.

Ce soir-là, il vint vous voir, ta mère et toi.

Il me dit que ton front brûlait.

Il parla de l'odeur à eucalyptus de ta chambre.

Il ne put rester que quelques minutes,

les meilleures de sa vie.

Le lendemain il rejoignit Nualart à la terrasse d'un café.

À ce moment-là, Betancourt et Camps

étaient faits prisonniers dans l'appartement de Poblenou.

La mission échoua mais Kim tint sa promesse.

Mon Dieu !

Bonsoir ! Bonsoir !

Te voilà, Dieu merci, mon garçon. Laisse-moi m'appuyer.

- Je me suis déchaussée. - Je vous aide, madame Anita.

Tu es si gentil.

- Je suis désolé. - Non.

C'est cette chaussure, je ne sais pas ce qu'elle a.

Elle est vielle.

Voilà, ce qu'elle a.

Le talon est tordu...

Le chausson de cendrillon, regarde.

Tu viens de chez toi ?

- Susana est seule ? - M. Forcat est avec elle.

Quelle bonne compagnie, a-t-elle dernièrement !

Toi et monsieur Forcat.

Quelle chance !

Oui, madame.

On est si bien maintenant ! C'est vrai ?

Oui, madame.

Oui, je suis très contente.

Regarde ces vieux collants !

Pas de reprise qui tienne !

Prends-moi, donne-moi la main.

Que tu as les mains chaudes !

À bien y réfléchir,

on a juste besoin d'un peu de chaleur,

au bon moment.

Juste un peu, tu ne crois pas ?

Si... madame.

Ne m'appelle pas madame.

Je ne suis pas une dame.

Je sais ce que tu penses :

madame Anita en tient une ! C'est ça ?

Laissez-moi vous aider.

Je peux marcher toute seule.

Bon,

merci.

Tu sais que tu peux venir au cinéma quand tu veux.

Si je ne suis pas là, tu dis au placeur que tu es mon ami.

- Tu rentreras gratuitement. - Merci.

Promets-moi de ne pas

dire à Susana que tu m'as vue dans cet état,

ni à monsieur Forcat.

Tu es idéal.

Bonsoir, madame Anita.

Blay, vous êtes resté longtemps enfermé,

de la mitraille dans la tête.

Il vaudrait mieux ne pas vous laisser sortir seul, à votre âge.

- Allez, petit, ramène-le... - Monsieur,

le gaz est un spiritueux, un miasme

un fluide, qu'on ne peut ni voir, ni sentir comme l'odeur des vaches,

les mensonges des femmes ou les pets des évêques.

- On a compris ! - Alors, vous signez ou pas ?

Allez, partez, j'ai du travail.

Mettre de l'eau dans le lait ! Voilà votre travail !

C'est vrai que l'homme qui est chez cette prostituée

ne vient pas de France mais de la prison de Burgos ?

Non, madame Clothilde.

On vous a mal informée.

C'est un guérisseur, en réalité

et il soigne la petite

avec de l'eau de vers luisants et de roses cuites,

un vieux remède oriental contre le bacille de Koch.

Mesdames.

Pourquoi vous n'avez pas fui avec Kim, Forcat et les autres ?

Tu vois ce quartier, c'est chez moi.

Je mourrai à "La Salud". Je ne bougerai pas d'ici.

Mais que faites-vous ? Pas ici ! S'il vous plaît !

Que veux-tu que je fasse ?

Tu n'as pas compris que je suis un vieux fou ?

La dame du kiosque a dit que le projectionniste avait vécu ici.

C'est un parent lointain d'Anita.

Il lui avait trouvé le travail au ciné. Il était malade,

avait été renvoyé de la pension et n'avait plus où dormir.

Il toussait et crachait tout le temps.

J'ai toujours cru qu'il avait contaminé la petite.

Va savoir !

Anita m'a dit qu'elle était écœurée, quand elle changeait les draps.

Mais il était... très beau.

Voyons cette fièvre qui ne veut pas tomber.

37,8. Bon,

ça monte toujours le soir.

Montre-moi ton dos.

Tousse.

Tu vas très bien

et tu es très belle.

Anita, tu le sais : repos, de bons biftecks,

et de la joie, surtout de la joie.

J'aimerais bien qu'on me prescrive ça.

Il ne te faut ni biftecks, ni joies...

Je peux deviner ton foie enragé... Et d'autres

organes que je ne nommerai pas.

Ne fume pas ici...

Personne ne fume ici...

Au cas où.

Le gaz ? De quelle couleur,

- tu le fais ? - Le gaz, invisible.

Alors, il t'a dit ça,

ce fou de Blay ?

Eh bien, eh bien...

Vous pouvez lui prescrire

quelque chose contre l'insomnie ?

Docteur Barjau, Nandu Forcat,

un ami de mon mari qui loge chez nous.

Il n'y a rien contre l'insomnie.

J'ai eu une patiente

qui a guéri avec une tasse de lait chaud

tous les soirs, au coucher...

et avec les sermons du père Laburu, à la radio...

À plus tard, les jeunes.

- Enchanté. - Je vous accompagne.

Je connais le chemin mais tu peux m'accompagner au bout du monde.

Bon,

tu as entendu le médecin, n'est-ce pas ?

D'accord, si tu continues l'histoire.

C'est d'accord.

Que veux-tu que je te raconte ?

Pourquoi papa est parti à Shanghai !

Il y a une chose que je ne comprends pas.

Ah, oui ? Quoi ?

Pourquoi il a pris la famille de Denis et pas nous ?

Il aurait bien aimé traverser les Pyrénées avec vous.

Alors ?

Dans ton état, traverser les montagnes...

Kim ne risquerait jamais la vie de sa fille malade... Il t'aime.

Au début,

il ne voulait vous amener à droite, à gauche...

il était dans la Résistance. Alors qu'il aurait pu le faire

tu es tombée malade.

La femme et le fils de Denis sont avec lui ?

Ils se sont rejoints

et Kim est alors parti à Paris

voulant en savoir plus sur les détentions de Barcelone.

On eut dit que je les avais vendus en échange d'impunité.

Mais ton père ne l'a jamais cru.

À Paris,

il vit son ami, Michel Lévy, chef de la Résistance.

Et en 43, lors d'une embuscade,

il lui sauva la vie. Il avait une dette envers lui.

Lévy, issu d'une famille très riche,

ayant des négoces en Extrême Orient, partit à Shanghai après la guerre

s'occuper d'affaires de famille.

Il épousa une jeune chinoise, fille d'un trafiquant d'opium.

Tout allait pour le mieux mais il rentra à Paris pour 2 interventions.

dues à des tortures qu'il subit, détenu par la Gestapo.

Assieds-toi.

Tu te souviens de Kruger, le colonel de la Gestapo qui m'a torturé à Lyon ?

Comment oublier ce salopard ?

Tu l'as déjà vu ?

On a mitraillé sa voiture et il s'est sauvé. Je n'ai pu le voir.

Il est Shanghai.

Lévy raconta à Kim que Kruger avait changé de nom et d'aspect.

Mais il l'avait reconnu.

On le surnomme Omar Meiningen.

Souviens-toi : Omar Meinigen.

S'il lui arrive quelque chose,

je préfère mourir.

Tu veux que je le descendes ?

Avant tout, je veux qu'elle soit protégée.

Tu sais ce que c'est, camarade ?

Une balle courte, numéro 9.

La balle que Kruger m'a mise dans l'échine.

Je veux que tu la lui fasses manger, une fois mort.

Une semaine après Kim embarqua à Marseille,

dans un bateau de la famille de Lévy.

Lui disant au revoir, il lui demanda autre chose.

Dans la cabine du capitaine, il y a une chose qui

m'appartient et que je veux. C'est un livre chinois,

d'un certain Li yan...

Le bateau portait une cargaison de cognac et de vins français,

des pièces de rechange pour les ateliers de la famille Lévy.

Stromboli.

Ils traversèrent la Méditerranée,

avec escale en Tunisie et à Port Saïd,

arrivèrent à la Mer rouge par le Canal de Suez.

Ils poursuivirent l'Océan Indien, en bordant Ceylan.

La nuit, le capitaine et ton père jouaient aux échecs.

Après deux jours à Singapour, ils atteignirent les mers de Chine.

Demain, il se sera volatilisé sans laisser de traces.

Les marins de Malaisie disent que ce nuage

est l'annonce d'une trahison. Les marins sont superstitieux.

Ce que je n'aime pas,

ce sont ces airs de pute, ses jupes moulantes et sa démarche.

Écoutez, madame Pili,

quoi que cette blondinette fasse de son cœur ou de ses fesses,

ça n'est aucunement inquiétant, ce qu'il l'est,

ce sont les dégâts que le bacille Koch

fait subir à sa pauvre fille,

et ce gaz qui nous pourrira tous.

Allez, ça va,

je signerai.

Personne ne peut tenir tête à ce vieux dingue.

La tuberculose, c'est romantique mais faut pas exagérer.

Attention, toutes les femmes sont romantiques.

Ne regardez pas les étoiles, la nuit.

Car elles dégagent une poudre blanche

qui sèche le nerf optique et peut rendre aveugle.

Pauvre homme !

Vous en avez de bonnes !

Les étoiles n'éclairent pas. Elles sont mortes !

Mortes depuis la nuit des temps.

"Radio Independiente" l'a annoncé hier soir.

Tous les égouts de Barcelone

ont tant de gaz, accumulé,

qu'une simple étincelle de tramway,

pourrait faire voler la ville entière :

le port, les Ramblas et la montagne de Montjuic.

Regarde ce garçon, foudroyé par le gaz.

Mais non, ils abaissent le drapeau... et on l'entend pas.

Vous êtes gazéifié, et bien gazéifié !

Laissez-moi tranquille, circulez. On abaisse le drapeau !

- Quel drapeau ? - Le nôtre, pardi !

Le nôtre ?

Comment vous le savez ? Et si ce n'était pas le nôtre ?

Peut-être vous vous moquez des drapeaux, comme moi,

qui en est rien à foutre.

Je fais ça, au cas où.

Ce monsieur, lui aussi, le fait.

Fadaises !

Vous savez, je vous trouve plutôt décent,

avec tout ce qui court les rues.

On pourrait prendre un verre de vin !

Arrêtez, vieux fou !

Pauvre diable !

Tu as vu ses dents pourries et ses oreilles transparentes ?

Pas dans la rue, capitaine, ne recommencez pas !

Regarde-les, tous adhésifs au régime.

- Vous voulez dire adhérents ? - Quelques-uns sont tellement

lâches, ils n'en ont pas les couilles. Ils ne sont qu'adhésifs.

Capitaine, la braguette...

S'il y a un mort, il faut ouvrir la fenêtre.

Si vous me forcez à manger, je vomirai sur le lit.

Mange ou tu ne sauras pas l'histoire de ton père,

pourquoi il a dû voler le livre.

Pourquoi Lévy lui a demandé ?

Mange et tu le sauras.

Je ne comprends pas qu'il ne soit pas venu ici.

C'était très dangereux, il devait y aller seul.

Je n'ai jamais pris le bateau.

Bois ton lait,

et mange au moins une tranche.

On ne fait pas cadeau du jambon à ta mère.

Arrête ton char.

Il est grand, mon père ?

Tu ne te souviens pas ?

Je l'ai vu accroupi...

Il est comme moi, mais il fait plus grand.

Bon, allez, tu m'embrouilles.

Pas d'histoire, si tu ne manges pas, pas vrai, Dani ?

- Mange et grossis un peu ! - Morveux !

Tu vas le finir ce dessin, ou pas ?

Je me moque de ce bateau et de tout ça.

Vous croyez que je veux savoir ce qui arrive à mon père !

Et qu'on ne peut vivre sans lui ?

Il peut aller se faire voir,

en bateau, en avion,

en trottinette ! Je n'ai pas besoin de lui.

Ton père m'a dit que tu étais douce et obéissante.

Qui, moi ? Ah ! Ah ! Ah !

Je me fous des petites obéissantes ! Compris ?

J'ai compris.

Tu connais Shanghai, toi ? Tu y es allé ?

Bien avant ton père.

Je servais sur un bateau. J'ai beaucoup voyagé.

Je connais Shanghai

comme le creux de ma main.

Tu peux demander à ta mère !

C'est fait.

Je boirai le lait et le repas, vous pouvez vous le foutre au cul.

Le lait froid me répugne.

Il est chaud !

Regarde, touche.

En arrivant en Chine,

l'associé de Lévy, Charlie Wong, reçut Kim.

Il lui donna de l'argent, comme Lévy le lui demanda.

J'espère que vous serez bien ici, M. Yanes.

Je ne me sens pas menacée,

vous comprenez, monsieur ?

Je suis un ami de votre mari.

On a partagé dangers et idéaux. Il m'a demandé de venir.

Je tacherai de ne pas vous déranger

mais votre mari veut que je vous suive.

Il a ses raisons et je ferai ce qu'il m'a demandé.

Bon, n'en parlons plus.

Vous désirez prendre un bain, vous reposer ? Deng

s'occupera de vous.

Lévy l'avait prévenu que Chen avait une vie mondaine.

Il devait s'acheter des habits élégants pour l'accompagner.

- Bonsoir, madame Lévy. - Bonsoir, monsieur Lambert.

M. Yanes, un ami de mon mari qui vient de Paris.

Très heureux.

Pardon.

Excusez-moi.

Vous ne pensez pas me lâcher une seconde.

Je n'ai pas dit ça.

Je pourrais aller aux toilettes toute seule ?

Merci.

Vous n'êtes pas venu ici au bon moment.

Les troupes communistes de Chen Yi

sont prêtes à avancer

en Manchourie, le long du Yang-Tsé jusqu'à Shanghai.

- Je partirai avant leur arrivée. - Quelle chance !

Partez quand vous voudrez.

Je parierais que pendant que Lévy est à Paris, à l'hôpital,

elle ira se consoler dans les bras du capitaine cantonnais.

Tzu-zu, je crois.

Stapleton, vous êtes un porc.

Si vous n'étiez pas soul, je vous ferais regretter ça.

Qui est-ce ?

¿Stapleton ?

Un journaliste américain qui ne sait pas boire.

Non, l'autre.

Omar Meiningen.

C'est un allemand,

proprio du club le plus chic de Shanghai,

le "Yellow Sky".

Dangereux pour les uns, pour d'autres,

notamment pour les femmes, c'est un gentleman.

Et qu'en dites-vous ?

Moi,

à vrai dire, je crois qu'il est communiste.

Je vous interromps ?

Oui !

Susana, ma puce, on va sortir.

Qui ça ? Monsieur Forcat et toi ?

Où vous allez ?

Je ne sais pas.

Se balader sur les Ramblas et au port.

Tu lui tiendras compagnie pendant ce temps ?

Oui... madame.

Merci, que ferais-je sans toi ?

C'est le couple le plus ridicule que je n'ai jamais vu.

Va dans la chambre chercher le rouge à lèvres,

celui au tube doré.

Tu veux écouter les bruits de mon poumon ?

- On les entend ? - Viens,

approche.

N'aies pas peur, je ne vais pas te filer mes microbes.

Tu entends ?

Eh bien, je ne sais pas,

on dirait que j'entends mais...

Oui ou non ?

C'est comme un bourdonnement dans une caverne.

- Tu l'entends ? - Un bourdonnement ?

Oui, un bourdonnement mais tu es sourd ou quoi ?

Allez, réveille-toi !

Et par ici. Tu l'entends ?

Un peu mais pas très clair. Pas encore.

Tu dors, ou quoi ?

Non, non.

Bon alors, tu n'entends rien ?

Attends, ça y est, là je crois que oui.

Allez petit malin, va te faire voir.

Daniel...

Quoi ?

Tu sais à quoi je pense ?

À quoi ?

Sur l'autre dessin, le bon,

tu me dessineras avec une robe chinoise.

Sans manches avec un haut col, comme Chen.

Allongée sur le lit,

- presque endormie. - Et de quelle couleur la robe ?

Verte... Non, noire.

En soie, prêt du corps, avec des ouvertures sur la jupe.

Maman ?

Tu es réveillé, mon garçon ?

Oui, mais je vais dormir.

Allez, éteins, il est tard.

Où étais-tu ?

Je suis sorti dîné avec... des amis.

Bonne nuit.

- Mais, moi je travaille à l'usine ! - Encore mieux !

Vous êtes un sot, monsieur.

Ils sont dans la merde et refusent de le voir.

Daniel et les lions !

Susana est avec Mme Concha. M. Forcat fait la sieste. Laisse-le.

Oui, madame.

C'est bon pour renforcer le tissu pulmonaire

et pour la circulation.

Et pour la peau délicate des petites filles.

Maintenant, la poitrine, petite.

Salut.

Prince niais, embrasse-moi et je me réveillerai.

C'est du rouge à lèvres, bougre d'idiot !

Tu finiras quand de dessiner la physique et la cheminée ?

Il rallonge ses siestes, de jour en jour.

Monte voir !

Ta mère a dit de ne pas le réveiller.

On ne lui a rien demandé, à ma mère !

S'il te plaît, Dani, allez, monte...

J'espère qu'il ne se fâchera pas...

Pardon, on croyait que vous vous étiez endormi.

Qui a pensé ça ? Susana ou toi ?

Et, bien... Tous les deux.

C'est bien, ça.

- Où on en était ? - À l'hôtel Cathay.

Ah, oui...

Vous connaissez cet homme ?

Qui ne connaît pas Omar à Shanghai ?

Il est venu me demander des nouvelles de mon mari.

Pourquoi cette question ?

J'ai couru un gros risque ?

Quiconque vous approche est un suspect.

Vous craignez me laisser parmi tous ces gens ?

Cette nuit-là, après avoir ramené Mme Lévy.

Kim décida de visiter les domaines d'Omar.

La nuit tombe.

Ne bougez pas. Je reviens.

Où va-t-il ?

Aucune idée, il te plaît ?

Qui ça ?

Qui ? Forcat, tiens !

Oui, beaucoup, pas à toi ?

Ma mère en est insupportable.

Elle a arrêté de boire, de fumer.

Pourquoi ?

Il le lui a demandé.

Que fait-il ?

Va savoir.

Vite, éteins.

Moi aussi, j'en veux !

C'est quoi ?

Ouvre les mains.

Tu veux être un fantôme dans le noir ?

Frotte ton visage et tu seras un fantôme.

Un peu seulement ?

Tout bon moment a sa fin.

Ta mère va rentrer, je dois préparer le dîner.

Je vais faire un plat "surprise".

Viens, approche ta tête de nunuche.

N'aies pas peur...

Ils sont froids.

Tu veux m'embrasser ?

Mais un patin ! Tu veux bien, nigaud ?

Ça suffit.

Ça ne dure pas longtemps.

Tu sais... les bonnes choses ont une fin.

Demain, si tu veux,

je chercherai des vers luisants et on se maquillera.

Oui, demain mais, maintenant allume et pars !

Bonjour, mon cœur.

Tu es libre. Il est fiévreux, aujourd'hui.

Il va se reposer un peu.

Donnez-lui le dessin, je l'ai fini.

Rentre et montre-lui, il est réveillé.

Bonjour, capitaine.

Bonjour, fiston.

Qu'est-ce qui vous arrive ?

Qu'est-ce qui m'arrive ? Je suis vieux, c'est tout.

C'est tout ?

Ça ne te suffit pas ?

Tu sais quel âge j'ai ?

Non.

Le double que Franco, et sa mère.

D'après mes calculs,

271 ans.

Tu ne m'as pas déçu, mon garçon.

Ce que tu as fait va les émouvoir.

Maintenant,

plus personne ne refusera de signer.

- Bonjour. - Bonjour.

- Que fais-tu ici si tôt ? - Le capitaine n'est pas bien.

Daniel, mignon, rends-moi service.

Je n'ai pas d'aspirine. Va voir s'ils en ont à la taverne !

Apporte-moi une dose de cognac.

Non, non, que des aspirines.

- Tu veux être dessinateur ? - Je ne sais pas.

Je voudrais être pianiste !

Oui, il aime bien jouer.

Pianiste, ça c'est merveilleux.

Voyons !

Les ouvertures sur la jupe doivent être arrondies !

Celles des films sont comme ça.

Pas du tout, tu inventes la robe !

S'il vous plaît, ne criez pas.

J'ai mal à la tête.

C'est peut-être la limonade ?

Tu n'as pas mal à la tête.

Ta tête pense que tu as mal, voilà tout.

Pas maintenant, Anita.

Pas maintenant.

Si ça ne passe pas, je n'irai pas

travailler.

J'ai vraiment très mal, vous savez ?

Mais, non, tu n'as pas mal !

Tu vois, je me sens mieux.

Enfoiré.

Mon ange.

Pourquoi tu pleures, maman ?

S'il te plaît, ne pleure pas, s'il te plaît.

À bientôt, tout le monde.

Qui voulait goûter ?

Merci Deng.

Vous n'avez besoin de rien, monsieur ?

Madame est ressortie hier ?

Tout le monde est ressorti hier soir.

Deng,

je suis le responsable de la sécurité de Mme Chen ;

je ferai mon travail malgré vous.

Deng a promis a Mme Chen de ne rien dire à Monsieur.

Deng a promis à Monsieur de ne rien dire à Mme Chen.

Ça ne se reproduira pas.

D'accord Deng, tu peux partir.

Hormis les fêtes quotidiennes, que font les gens ici ?

Le plus habituel, c'est la pipe d'opium.

Être en compagnie féminine dans un endroit agréable.

Ah, oui ? Ils font ça ?

Cet endroit en face est un des plus fréquentés.

Le propriétaire est Herr Meiningen, je crois.

Comment le savez-vous ?

Je ne le savais pas.

Mais je m'en doutais. Vous êtes amis ?

C'est quelqu'un de bien

et de très utile,

même si sa réputation est douteuse. À Shanghai, ça ne veut rien dire.

C'était un brillant officier de la Wehrmacht

- qui a su se retirer à temps. - Oui...

Vous savez quoi ?

J'aimerais me divertir comme vous avez dit.

Et, vous me présenterez Omar.

Monsieur Meiningen,

voici un ami espagnol, désireux de vous connaître.

Moi aussi, je voulais vous connaître, M. Yanes.

- Je parle votre langue. - Vous avez vécu

en Amérique du Sud.

C'est vrai.

Et que savez-vous d'autre de moi ?

Savez-vous que je vous envie plus que quiconque.

Moi ?

Oui.

Depuis que vous êtes ici, on vous voit partout avec Mme Chen.

Ne vous embêtez pas à m'envier.

Son mari et moi, sommes de vieux amis.

Je crois que vous le savez. Cela a été un plaisir.

Tout le plaisir est pour moi.

Si vous désirez

un service spécial, il vous suffit de le dire.

Ça suffit pour aujourd'hui...

J'ai un rendez-vous pour un entretien de travail.

Je reviendrai pour faire le dîner.

Je l'aime bien, cet Omar.

- Qu'est-ce qui se passe ? - Tais-toi.

- Allons-y ! - Où ça ?

- Tu marches pieds-nus ! - Tais-toi !

On va voir ce qu'il y a dedans.

C'est un jouet.

Pas du tout.

Il est chargé ?

Qu'est-ce que tu fais ?

"José Carbó Balaguer".

C'est l'écriture de mon père.

"Je dois à mon ami F. Forcat

la stupéfiante somme de 150 francs,

un cognac et un coup de pied au cul, pour m'avoir prêté de l'argent".

Joaquín Yanes. Toulouse. Mai 1941.

Allez, laisse ça, allons-y.

Suce ta blessure.

Regarde, c'est ça. On va mettre de l'alcool.

À quoi bon ? Pourvu que je meure en me vidant de mon sang.

Ne dis pas ça.

Qu'est-ce que tu fais ?

Tu veux te contaminer ?

- Ça m'est égal. - Menteur.

- Je te le jure. - Oui mais, pas moi.

Je ne sais pas ce j'ai, aujourd'hui.

Mes articulations sont comme des barbelés.

J'ai la tête qui tourne.

Un petit vin me ferait du bien.

Je crois qu'on devrait rentrer.

C'est le vieillesse prématurée.

Le problème, c'est que dernièrement,

la vieillesse prématurée s'est jointe

à la jeunesse retardée et...

On est bien.

Le pire de tout...

c'est que je n'ai personne qui me gratte le dos.

Le dossier !

Le dossier, avec les signatures et le dessin !

Je l'ai laissé dans la taverne. Petit,

tu vas voir ?

Je suis allé au ciné avec Braulio... Ton dîner est prêt. Maman.

Bonjour.

Bonjour.

Tu es déjà là, Dani ?

On t'attendait...

Où j'en étais ?

Ah, oui...

Ce soir-là, Kim reçut un télégramme de France.

De son ami Lévy, sa mission urgeait...

Cette nuit-là, Kim était parti par la Canton Road, chez Omar,

au Yellow Sky.

Très bien, maintenant prévenez votre ami Lévy.

Pas encore, Kruger.

Je ne m'appelle pas Kruger.

Pourquoi vous êtes venu ?

Terminer un travail.

Un travail qui consiste à tuer, je me trompe ?

On n'a rien fait d'autre ces dernières années, colonel.

Que dites-vous ? Pourquoi vous m'appelez comme ça ?

Qui est ce Kruger ?

Dites-le-lui, colonel.

Je vous le demande à vous.

Je suppose que votre mari vous a parlé

du colonel de la Gestapo qui a torturé à Lyon,

Helmut Kruger. Il y a cinq ans.

Vous êtes fou ?

En 1943, j'étais soldat de la Wehrmacht, à Varsovie.

Je n'ai rien fait

dont je puisse me vanter.

Vous voyez, vous faites erreur.

Il n'y a pas d'erreur, mon amour.

On croyait que vous étiez là pour me surveiller.

Vous êtes ici pour autre chose.

Mon mari vous a dit

qu'Omar est le colonel Kruger, pour justifier sa mort.

Mais la réalité est bien plus vulgaire.

Omar n'est que mon amant.

Mais quoi ?

Un homme vous demande.

Il dit s'appeler Luis Deniso et venir de France.

Bonjour, Forcat.

Tu es certainement Susana.

Comment tu vas ?

Moi, très bien.

Je m'en réjouis.

Ton père m'a dit que tu es très belle.

Tu es plus belle encore.

Le bébête

de la "Barceloneta" !

Il a bien prospéré !

On m'a dit que tu profitais des autres, comme d'habitude.

Je ne te savais pas si bien installé.

Et, toi ? Tu es arrivé quand ?

Il y a deux semaines.

Ça t'étonne ?

Bon, allons-y...

Où est ce salopard de Kim ?

Vous avez des nouvelles, toi, ou sa famille ?

Mon père n'est pas là pour

- se défendre. - Heureusement pour lui.

Mais, où est-il ?

Très loin.

Où ?

À Shanghai !

Ah, Shanghai !

Il est parti loin, ce salopard !

Shanghai, rien que ça !

Qui t'a raconté ça, ma jolie ?

On peut savoir de quoi vous parlez ?

Que faites-vous ici ?

Demandez-le-lui.

On ne dirait pas mais il sait tout.

Même pourquoi je suis là.

Très bien, sainte nitouche.

Tu ne me laisses pas le choix.

Je cherche ma famille,

ma femme Carmen,

mon fils, Luis

que je n'ai vu qu'en photo...

Ça fait deux ans que je les cherche.

J'ai fouillé tout le Midi,

de Marseille à Tarbes et de Toulouse à Perpignan.

Et quel rapport avec nous ?

Le jour après la détention de Nualart,

Betancort, y Camps,

Carmen a fait la valise.

Ils ont passé la frontière avec Kim, elle et le petit,

comme je le lui avais demandé.

Je ne les ai plus jamais revus.

J'ignore s'ils ont passé la frontière.

Ils sont peut-être dans les Pyrénées,

ou dans une ville assez grande pour ne pas les retrouver.

Tu savais tout ça, toi ?

Dis, tu le savais ?

Laisse tomber.

Que va-t-il te dire, le pauvre ?

Alors,

la lettre et les cartes...

Madame,

rien de plus facile.

Tu es le roi de la falsification, c'est sûr.

On ne peut pas fumer ici.

- Alors, à Shanghai ? - Oui, à Shanghai, vous êtes sourd ?

Il est en mission secrète pour Monsieur Lévy.

Il est parti en bateau protéger...

Protéger une femme !

Quelle histoire !

Oui, la femme d'un allemand.

On t'a demandé quelque chose ?

Ça suffit, allez vous faire voir !

Morveux, tire-toi !

Il est tard et tu tombes mal !

Bonne nuit Susana.

On va oublié tout ça.

C'est ce qu'il y a de mieux à faire.

Forcat abandonna la maison le lendemain.

Denis me dit que Susana avait de la fièvre et ne voulait voir personne.

Je commençai à travailler en tant qu'apprenti.

Un soir où ma mère avait invité Braulio à dîner.

Je finis de mémoire le dessin de Susana.

Je partis le lui amener un dimanche matin.

Daniel et les lions !

Bonjour, madame Anita...

Rentre.

Je croyais que tu nous avais oubliées.

Tu nous manques beaucoup, tu sais ?

Tu peux venir quand tu veux, mon garçon.

Tiens, je croyais que tu étais mort.

On m'a dit que tu ne voulais voir personne.

Ça se peut. Je ne me rappelle plus.

Comment tu vas ?

Moi, comme une rose !

Tu n'as plus de fièvre ?

De moins en moins, je peux sortir dans le jardin.

Tu sais que je travaille ?

Alors, tu es bijoutier. Ça te plaît ?

Je ne l'avais jamais vu.

C'est un nouveau jeu ?

Oui, bien sûr. Tu ne le vois pas ?

J'ai fini ton dessin.

- Tu veux le voir ? - Merde, merde, merde.

Il me reste une boule et elle ne veut pas passer.

Tes dessins et toi. Tu rêves, ou quoi ?

Ça ne va pas !

Tu aurais dû me dessiner

en train de chier ! Un noir me ventilant le cul !

Tu vois ? Je suis plus forte que toi !

Allez, va-t'en.

Tu as entendu, petit ?

C'est l'heure et il fait beau,

alors, debout !

Je vis Denis pour la dernière fois.

Je vis Finito Chacón qui était livreur.

Il me dit que Denis tenait un bar de putes,

rue "Ríos Rosas" et qu'il avait vu Susana derrière le comptoir.

Il ne savait pas si elle "avalait" comme les autres.

Peu après Susana partit avec son amant et Mme Anita tomba malade.

Deux après, Forcat réapparut avec,

Susana, personne ne sait comment, et s'installèrent tous les deux.

Mais une semaine après son retour,

Denis vint la chercher.

La nouvelle parut dans la presse.

Que fais-tu ici ?

- Où est-elle ? - Elle n'est pas là.

Où est Susana ?

Susana ?

Susana ?

Susana,

- on y va. - Va-t'en ! Va-t'en, je te dis !

On y va ! Tu viens avec moi, nom de Dieu !

- Lâche-la, salopard, lâche-la ! - Sors-toi, putain !

Le journal disait qu'il en resta assis, sans mot dire.

Il refusa même de répondre à la police.

Une rumeur différente des faits courait dans le quartier.

Que veux-tu ?

Où est-elle ? Où est Susana ?

Susana !

- Va-t'en ! - On y va.

- Pars, je te dis ! - On y va !

Petite pute, tu viens avec moi.

Regarde, imposteur, regarde !

J'ai toujours imaginé tout ça différemment.

Où elle est ? Où est la gosse ?

Susana !

Où elle est ?

Où est-elle ?

Elle veut pas te voir !

Je vais l'emmener !

Que fais-tu imposteur ?

Ma mère épousa Braulio qui était pédicure.

Il nous amena vivre dans un appartement, rue "Lesseps".

Mme Concha me dit que Susana avait travaillé dans un magasin de jouets

et qu'à présent, elle remplaçait sa mère au cinéma.

Tu veux danser ?

Allez ! Il vont jouer. Une seule fois !

Allez, s'il te plaît.

Combien ?

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