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Original subtitles

En 1986, Marie Colvin a entrepris une carri�re de correspondante

et a couvert sur le terrain les pires conflits arm�s,

de l'Irak � l'Afghanistan, jusqu'en Syrie.

HOMS, SYRIE

Une derni�re question.

Dans 50 ans, un jeune sortira ce disque du bo�tier

et songera peut-�tre � devenir journaliste.

Que voudriez-vous lui dire sur vous et sur le m�tier

de correspondante de guerre ?

Une question tr�s difficile. C'est comme �crire son �pitaphe.

Avec le recul, je dirais que je tenais

� me rendre dans ces pays-l� pour �crire des articles

qui r�ussiraient � captiver le lecteur sur le sujet

autant que moi.

Et ensuite, on ne peut pas se rendre dans ces contr�es

si on s'arr�te � la peur.

La peur nous vient plus tard, lorsque c'est fini.

LONDRES, ANGLETERRE 2001

(Onze ans avant Homs)

- Tu bloques ? - Oui.

La fin me donne du fil � retordre.

Le h�ros s�duit toujours la fille.

Il s'agit d'une guerre navale, mais je garderai �a en t�te.

On devrait se remarier.

Un �chec la derni�re fois, pas vrai ?

On pourrait partir en voilier.

Je me suis renseign�e sur Antigua. C'est magnifique.

Je voudrais un petit b�b�.

Je doute que ce soit une bonne id�e.

Pourquoi pas ?

On a d�j� tent� le coup.

Tu n'as plus 35 ans.

- Zoe ? - Oui.

- Simon est en Palestine ? - Non.

Merde ! Le Telegraph est d�j� sur place.

On va perdre le scoop sur Arafat.

Qui d'autre pourrait y aller ?

Merde.

L'�cran bleu mortel.

Laissez-moi...

On fait "control", "alt", puis on supprime.

On enfonce le bouton durant trois ou quatre secondes.

Et voil�.

Merci. Tu es nouvelle ?

Oui. Je m'appelle Kate Richardson.

Aux actualit�s internationales depuis la semaine derni�re.

- Super. Marie Colvin. - Oui, je sais qui vous �tes.

Je vous admire tant ! J'aimerais vous consulter � l'occasion.

Eh bien...

Mon premier conseil est

de refuser tout ce qu'il te demandera.

Qui �a ?

Marie, tu dois te rendre en Palestine, pas au Sri Lanka.

Sean, c'est une guerre oubli�e.

Oui, parce que les journalistes y ont �t� bannis il y a six ans.

Je ne peux pas te laisser y aller.

Des milliers d'enfants affam�s.

Si le gouvernement te surprend, il te fera assassiner.

�coute, j'ai une entrevue avec un chef rebelle tamoul.

Trouve quelqu'un d'autre.

Le Sri Lanka.

WANNI, SRI LANKA

Le gouvernement refuse de laisser passer l'aide de l'ONU.

Le gouvernement nie que le Wanni est soumis � un embargo.

Le gouvernement ment.

On sait que vous dites la v�rit�, Mme Colvin.

Les gens vous �coutent.

Vous devez faire savoir au monde

que les Tigres tamouls sont pr�ts � signer une entente politique.

On ne veut que l'�galit� des droits.

�a remonte � l'�poque de la colonie britannique.

Je ne peux rien y faire, et ce n'est pas l'objet de mon s�jour.

Sur quoi �crirez-vous, alors ?

La moiti� des habitants meurt de faim ici,

et l'autre moiti� est malade.

Le gouvernement bloque l'aide,

mais ce qui arrive � passer est vol� par votre arm�e de lib�ration.

Les gens meurent ici sans que le monde le sache.

Dans les zones de guerre, les parents angoissent la nuit

sans savoir si leurs enfants vivront jusqu'au matin.

Je n'�prouverai jamais cette peur-l�,

mais quand on couvre une guerre,

il faut se rendre dans des endroits o� on risque la mort

et o� des gens se font tuer...

Allez l�.

... et avancer malgr� la peur au ventre,

pour faire conna�tre cette souffrance.

C'est s�r ? On peut traverser l� ?

C'est la seule issue. De ce c�t�-l�.

- C'est la seule issue ? - La seule.

D'accord.

Marie, soyez prudente.

Baissez-vous.

Je ne suis pas arm�e !

Journaliste ! Am�ricaine !

Ne me touchez pas. Je ne vois rien.

O� suis-je ? Je ne vois rien.

- Ne me touchez pas. Je ne vois rien. - Calmez-vous. Tout va bien.

O� suis-je ? Mon Dieu, je ne vois rien.

- Vous devez vous reposer, Mme Colvin. - Il me faut mon calepin.

Les paroles...

Les paroles conciliantes sont difficiles pour Thamilselvan,

le vice-commandant des Tigres tamouls.

La canne qui l'aide � marcher

rappelle les trois fois qu'on lui a tir� dessus

depuis le d�but de cette guerre sanglante pour l'ind�pendance.

David. La porte.

J'y vais.

Il me regarde avec tendresse et inqui�tude,

ce qui m'�nerve au plus haut point, et il me dit :

"On peut essayer de sauver votre �il."

Et j'ai dit : "Arr�tez d'abord cette foutue musique de baleine."

Je t'aide, ma chouette.

Non, ne m'aide pas. Pas question, tu m'entends !

C'est notre derni�re bouteille. Pas de gaffe.

La table a bu plus de vin que moi.

Allez. Allez.

En voici une.

"Nous, Tamouls, sommes fiers de votre brave correspondante Marie Colvin.

"Merci � elle d'�tre venue dans la r�gion du Wanni

"pour d�crire notre r�alit� au monde. Prompt r�tablissement."

- Dis donc ! - Sting et Trudie te saluent aussi

et te font savoir que bien des vedettes ne voient que d'un �il.

Sammy Davis fils.

Le type de Radiohead.

- James Joyce. - Moshe Dayan.

Moshe Dayan.

Ils portaient tous un cache-�il.

Un cache-�il. Quelle id�e fantastique !

C'est la pire id�e du monde.

- Mon chou. - Je ne suis pas un foutu pirate.

Tu serais ravissante.

Tu serais s�duisante.

- Pour moi, ma ch�rie. - C'est dit.

C'est Amy.

Tu as bonne mine, Marie. Splendide.

- Contente de te voir. - Moi aussi.

F�licitations.

Au nom du journal, nos remerciements chaleureux.

CORRESPONDANTE � L'�TRANGER DE L'ANN�E

- Salut. - Salut.

- Je vais te chercher un autre verre ? - Non, j'y vais.

Je vous laisse parler travail.

Merci.

- Ne reste pas l�. Je ne te vois pas. - Pardon.

- C'est mieux ? - Oui.

- C'�tait la meilleure de moi ? - Oui.

- On dit que c'est stupide. - La photo ?

Non, ton voyage l�-bas.

Je trouve qu'il est stupide d'�crire une chronique

sur une r�ception � laquelle on a assist�.

Le journal fera ce que tu voudras, tu le sais, non ?

Absolument tout ?

Oui, tu �tais notre meilleure journaliste aux actus internationales.

"�tais" ?

Je ne d�pose pas ma veste pare-balles, Sean.

Tant mieux. Voil� qui est clair.

Voici la correspondante � l'�tranger de l'ann�e,

celle qui a co�t� le plus cher au Sunday Times en appels par satellite,

notre l�gende vivante...

PRIX DU JOURNALISME BRITANNIQUE 2001

Marie Colvin.

Fais-tu des cauchemars ?

- Quoi ? - Des cauchemars.

Au sujet de tes s�jours sur le terrain.

Oui.

La Bosnie.

Des soldats serbes qui posent avec des t�tes d�capit�es.

Ils �taient fiers comme des paons.

J'en r�ve encore parfois.

Quand l'appelleras-tu ?

Qui �a ?

La fille.

Tu lui as demand� son num�ro, j'imagine.

Merci. Pour vous.

Oui, soit. J'ai not� son num�ro.

Je vais l'appeler demain.

Ou apr�s-demain. Ou peut-�tre jamais.

C'est fou comme tu me respectes.

Allez, tu me laisses seul pour te rendre au bout du monde.

Et malgr� cela, je te soutiens sans rel�che.

- Je ne t'ai rien demand�. - Le Sri Lanka �tait une erreur.

Je t'ai dit d'arr�ter il y a longtemps,

mais tu es un papillon de nuit attir� par une flamme mortelle.

Regarde-toi.

Tu �tais magnifique.

Va chier.

Allez, va chier. Retourne � tes romans.

Ne me touchez pas, bas les pattes.

FRONTI�RE IRAKIENNE 2003

(Neuf ans avant Homs)

Mme Mary.

Mourad.

- Tu as pris le camion � patates ! - Oui.

- Tr�s bien. Beau cache-�il. - Merci, Mourad.

Comment te portes-tu ?

J'ai r�ussi � survivre jusqu'� midi, c'est fabuleux.

Merde. On va �tre en retard.

J'ai besoin d'un truc dans la Zone verte avant d'aller � Fallouja.

D'accord, allons-y.

Heureux de vous voir, Mme Mary.

Et je suis contente de te voir.

Vous �tes les h�tes de la Direction de la coalition provisoire.

Tout refus de coop�rer et d'ob�ir aux r�gles d�crites

pour les journalistes int�gr�s

vous fera perdre vos privil�ges de journalistes.

Vous devez demeurer au sein de l'unit� durant toute votre affectation.

Bon sang, avant, on allait o� on voulait.

Salut, Norm.

C'est comme s'ils droguaient les foutus journalistes.

- Oui. - Vous serez d�sint�gr�s.

- Tu tiens le coup ? - Incapable de mesurer les distances.

L'�il gauche est plus important qu'on le pense.

- Quand as-tu dormi ? - Je ne dors pas.

- O� t'en vas-tu ? - Un peu de subtilit�, bon sang !

Apr�s tout ce que j'ai fait pour toi au Timor oriental ?

- Raconte. - Le Timor oriental, je m'en souviens.

Tu t'es acoquin� avec l'ONU.

Au moins, je t'ai gard� une place.

- Vous �tes all� au Timor oriental ? - Oui.

Tu fr�quentais encore l'universit�.

Je n'y suis pas all�.

Mis�re. Je prends ma retraite apr�s �a.

Norm, tu ne saurais pas quoi faire.

Et tu aurais trop peur de rater quelque chose.

J'invite la t�l�vision � aller par l�

et la presse �crite, au fond du hangar.

Rebienvenue. Tu nous as manqu�.

On se voit au Hamra, Norm.

- Garde-moi une place au bar. - C'est certain.

Je ne me f�che pas, vous m'emp�chez de travailler.

Comment t'appelles-tu ?

- Paul. - Et moi, Marie.

- Je sais. - Journaliste � la pige ?

- Toujours. - Dou� ?

Le meilleur.

- Suis-moi. - Tout de suite ?

J'ai besoin d'un photographe.

Je n'ai pas trouv� de bon photographe. On verra bien.

- L�, maintenant ? - Oui.

Tu crois que je me plierai � ces conneries-l� ?

- O� va-t-on ? - � Fallouja.

- On ne peut pas y aller. - Pourquoi pas ?

- On deviendra des cibles. - Tu as peur ?

- Non. - Tr�s bien.

Feras dit qu'il a conduit un camion

rempli de cadavres jusqu'� un camp sur la rive du lac Habbaniyah.

�coute-moi. �coute, Marie...

Six cents personnes tu�es par Saddam en 1991,

enterr�es dans des tranch�es � 100 km de Bagdad.

On n'y arrivera pas si on attend le convoi am�ricain.

- Ce n'est pas envisageable. - Non.

- On s'en va � Fallouja. - C'est trop dangereux.

C'est trop dangereux partout.

Et l'histoire de Ramadi, les hommes de Saddam collaborant avec Al-Qa�da ?

On n'a pas de source encore, mais le charnier, c'est du s�rieux.

On cherche �a depuis des ann�es.

Bon alors, trouve les cadavres.

Je t'appellerai d�s que ce sera fait.

Merde.

Mme Mary.

Ils ne sont pas Am�ricains.

Ils font partie de la police de Saddam ou de sa milice.

Ils ne voudront pas de nous de toute fa�on.

Il veut savoir qui vous �tes.

On est des travailleurs humanitaires.

On est venus aider les m�decins au lac Habbaniyah.

Vous voyez ? Je suis infirmi�re. C'est �crit "sant�".

"Sant�".

SANT�

Merde alors !

La carte de votre centre d'entra�nement ?

Bon, voil�.

Oui, oui, oui.

Il veut savoir o� est votre mat�riel m�dical.

Dis-lui qu'il nous pr�c�de.

Retournez-vous. Retournez-vous.

Que dit-il ?

Il a dit qu'on n'a pas besoin de m�decins l� o� on va.

On y va ?

Merde.

Putain.

Votre carte de centre d'entra�nement.

- Une br�lure de cigarette ! - Pardon. Bon sang de merde.

- Que dit-il ? - Il s'excuse pour son retard.

Il n'y a pas de probl�me. Merci d'�tre venu.

Je veux commencer par l�. �a va ?

La tristesse nous a accabl�s.

Nos fr�res et s�urs sont enterr�s dans ce sol.

Nos familles ont �t� d�cim�es.

C'est mon fr�re.

Il est enterr� dans cette zone depuis douze ans.

Et si vous ne trouvez rien ?

Je suis venue ici aujourd'hui.

On a entendu dire qu'il y avait un charnier ici.

Mon p�re a disparu il y a treize ans.

On est venues voir s'il y avait des restes humains.

On pourra alors prier pour les morts et organiser des fun�railles.

Je veux conna�tre les histoires personnelles.

Je veux raconter �a. Peut-elle me parler de son p�re ?

Ne me touchez pas !

Paul, il veut la cam�ra et que vous arr�tiez.

Non.

Il y a des centaines de corps ici.

Mme Mary, ils vont nous arr�ter si on n'arr�te pas.

Demande-lui dans quel camp il est.

Dis-lui en arabe. Dis-lui.

Soyez respectueux.

... les forces alli�es ont atteint des cibles � Bagdad, au nord de Mossoul

et au sud de l'Irak, pr�s de la fronti�re du Kowe�t.

Les autorit�s am�ricaines nous ont dit que Saddam Hussein

et certains de ses hauts fonctionnaires �taient sous la mire...

- �a va, Paul ? - �a m'obs�de.

Prends un autre verre.

- Tu en veux un ? - Pas au travail.

On vend une guerre artificielle ?

Paul, ce qu'on a vu �tait artificiel ?

Non.

"La guerre ne fait pas mal aux gouvernements,

"qui ne sont ni bless�s ni tu�s comme les gens ordinaires."

MARTHA GELLHORN LA GUERRE DE FACE

On a accompagn� la Septi�me brigade en patrouille

et essuy� des tirs nourris des insurg�s en banlieue de Bagdad.

Nous avons atteint des points strat�giques...

Elle parle des forces am�ricaines en disant "nous".

- Ne t'en fais pas. - Pourquoi pas ?

�a n'a pas d'importance.

Peu importe le type d'avion qui a bombard� un village.

Ce qui compte, c'est le co�t en vies humaines.

Les gens s'attachent aux gens,

et il faut trouver et raconter leur histoire

et oublier tout le reste.

Tu sugg�res de fermer les yeux ?

- Elle a d�j� un �il ferm�. - Ce n'est pas dr�le.

Merci.

�coute, c'est un aper�u de l'Histoire.

Il faut en extirper la v�rit�.

Quand on perd �a de vue, on n'aide personne.

On veut juste se donner bonne conscience.

Je vais me coucher.

D'accord. Bonne nuit, Kate.

Dors bien.

Va chier.

Merde alors !

Paul, sais-tu comment r�cup�rer un fichier ?

Donne-moi �a.

Pourquoi m'acharner ?

Je devrais revenir au dictaphone.

- C'est bizarre. - Quoi ?

Je t'ai toujours admir�e et me voici en train

de conserver ton travail.

Tu as sauvegard� mon travail ?

Un instant.

Je ne vaux rien sous pression.

- Ta-da. - Tu es un foutu g�nie.

Bonne nuit, Marie.

Bonne nuit.

Des os et des habits d�compos�s ont �merg� dans la terre soulev�e.

Un petit bassin mis au jour

semble avoir appartenu � un adolescent.

Les membres d�chir�s, la terre, la roche et la chair sont m�l�s.

La notion de la fragilit� du corps humain ne s'oublie pas

une fois qu'on a vu...

une fois qu'on a vu...

la facilit� avec laquelle le m�tal chaud peut tordre la chair humaine.

Une fois qu'on a vu...

Merde.

Salut, c'est Marie. Laissez-moi un message

m�me si je ne les prends jamais.

C'est tant mieux, � vrai dire.

La politique m'accapare,

et il faut faire un reportage sur le redressement de l'euro.

Oublie �a. Publie l'article sur le charnier.

Lui as-tu parl� depuis qu'elle est rentr�e de Bagdad ?

Mais bien s�r.

C'est macabre pour l'�dition dominicale.

Oui. Est-ce provocateur ? Oui.

Assez pour s'�touffer en mangeant ses c�r�ales

en lisant cet article sur ces pauvres gens ? Oui.

C'est un foutu filon. Tant pis pour l'euro.

Je ne crois pas pouvoir venir te voir en fin de semaine.

Je voudrais que tu voies Chloe.

Elle va marcher bient�t.

Et j'ai revu la fille.

Qui �a ?

Le corps inanim� de l'enfant, j'y pense sans cesse.

- J'y pense sans cesse. - Quelle enfant, Marie ?

La fille qui est toujours sur mon lit.

Va chier, allez.

Bon sang. D'accord.

Dis donc � Sean d'arr�ter de m'appeler.

- Je veux �tre seule. - D'accord.

Entendu.

Marie, on peut se parler ?

Tiens bien la voile, tu veux ?

Tu �vites notre discussion depuis des mois.

Crois-tu souffrir

du syndrome du choc post-traumatique ?

Non.

C'est le syndrome des soldats.

�a touche m�me les t�moins d'accident de voiture.

Tu dois consulter un sp�cialiste.

- Je ne suis pas folle, Rita. - Je n'ai pas dit �a.

Sean n'a pas le courage de t'affronter

ou alors, il ne veut pas perdre sa vedette payante...

Tu ne vas pas bien.

On veut que tu consultes.

Merci de m'avoir laiss� venir te visiter.

Si tu n'es pas atteinte de folie � l'arriv�e,

tu le deviendras � ton d�part.

Donc, c'est l� que tu as grandi ?

Oui, c'est la rive nord de Long Island.

Oyster Bay.

Pas la zone hupp�e.

C'est qui ? Ton petit ami ?

Non, c'est d�gueu. C'est mon p�re.

Pardon.

Marie, en cas de catastrophe, notre cerveau subit un choc.

�a pi�ge le traumatisme � l'endroit o� on traite les �motions,

l� o� les souvenirs sont cens�s vivre.

C'est pour cela que c'est si pr�sent.

- �a explique ton d�part de l'arm�e ? - Non. On m'a jug� en cour martiale.

J'avais mis du haschich dans mon casier pour en sortir.

�a t'a pris du temps pour t'en sortir ?

Une foutue �ternit�.

Marie, tu as vu plus de guerres que la plupart des soldats.

Prends �a au s�rieux.

Tu veux du blabla de psy ?

D'accord, voici donc.

J'admirais beaucoup mon p�re.

Sa mort m'a tourment�e

puisqu'il n'avait jamais compris que j'avais mes opinions � moi.

J'aime ma m�re, mais j'ai du mal avec elle

parce que je fuis sa morne vie au foyer dans une foutue banlieue.

Je suis au r�gime pour ne pas engraisser,

mais j'ai vu tant de gens affam�s dans le monde

que j'aime manger.

Je...

Je veux devenir m�re, comme ma s�ur, mais j'ai fait deux fausses couches

et je dois accepter le fait que cela n'arrivera pas.

J'ai peur de vieillir.

Mais j'ai peur de mourir jeune.

Le bonheur, c'est d'avoir un vodka martini � la main,

mais je ne peux accepter

que la clameur dans ma t�te ne cesse jamais

tant que je n'ai pas bu un petit coup.

Je d�teste me trouver en zone de guerre,

mais je m'y sens oblig�e,

oblig�e d'aller voir par moi-m�me.

C'est ta drogue.

Tout va bien.

H�.

H�.

Tout va bien.

Pardon.

Tout va bien.

C'est permis.

� qui mon p�re ressemblait-il, as-tu dit ?

Tante Marie

Chloe voulait mettre du brillant dans ta vie. Avec tendresse, Rita

- Qu'en penses-tu ? - �a te va bien.

Le noir semble si lugubre � pr�sent.

Tu veux plus de fleurs ?

Merci. C'est tr�s gentil.

L'Irak, l'Afghanistan, Blair, Bush. C'est dur de tout couvrir maintenant.

- Merci. - Mais pourquoi ?

D'avoir tent� de me flatter.

Ce n'�tait pas mon intention. Je voulais voir comment tu allais.

Et pour...

Tu peux parler franchement.

Paul et moi nous sommes rapproch�s en Irak.

Tu nous laisses un moment, Paul ?

D'accord.

�a va ?

Tu nous manques, Marie.

Tu as le talent fou de susciter l'�moi chez les gens.

O� te vois-tu dans dix ans, Sean ?

Je n'y ai pas pens�.

Arr�te de faire l'Anglais. Sois franc.

Eh bien, je veux �tre le r�dacteur en chef

le plus estim� et le plus prim� de l'histoire de Fleet Street.

Renvoie-moi sur le terrain alors.

Je ne peux pas.

Tu n'es pas pr�te, n'est-ce pas ?

Je devrais peut-�tre trouver un psy ici

pour attester de mon �tat mental.

Tu as convaincu Yasser Arafat de te raconter sa vie, alors...

J'ai rendez-vous ce midi, mais...

Ne t'inqui�te pas, ta place aux actualit�s n'est pas menac�e.

(Trois ans avant Homs)

- C'est inqui�tant. - Mon Dieu, non !

Un engin explosif amateur ?

Sans nul doute.

- C'est Norm ? - Oui.

On aide ce petit gar�on, quelqu'un ?

- On peut trouver un secouriste ? - Je m'en occupe.

Tu vas t'en tirer, d'accord ?

La guerre est la bravoure muette des civils

qui endurent bien plus graves �preuves que moi,

la bravoure des recrues et de ceux qui ne tentent que de survivre.

Des m�res, des p�res, des fils, des filles,

des familles traumatis�es,

endeuill�es et inconsolables.

Le barrage pr�s de Lashkargah a �t� attaqu�.

Des talibans ont tir� sur des civils. �a semble dangereux.

Ce n'est pas du tout notre destination.

Qu'est-ce qu'on fait ?

Il faut y aller.

Norm. H�, Norm.

Si je laisse tomber les nounous, tu as de la place pour deux ?

Oui.

La couverture de guerre peut-elle faire changer les choses ?

La vraie difficult� est de croire assez en l'humanit�

pour penser qu'un nombre suffisant s'indignera

� la lecture de notre article.

Oh, jeune Danny

La cornemuse appelle

De vallon en vallon Sur le flanc de la montagne

Oh, jeune Danny

Oh, jeune Danny, je t'aime tant

C'est beau. Magnifique.

Choisis une chanson plus triste la prochaine fois.

Merde.

Mesdames et messieurs,

je tiens � vous remercier d'avoir brav� le froid

pour participer � notre quatri�me f�te de la fin de "janvier sobre".

Il y a quatre ans, en d�cembre, apr�s une bonne ann�e,

nous avons d�cid� d'inviter notre meilleur client de cargo

� un repas festif � Milan.

Apr�s abus d'alcool et d'autres substances,

je ne sais plus ce qu'il est arriv�.

J'ai donc d�cid� de me sevrer un peu en janvier.

Je suis ravi de vous accueillir ici

pour c�l�brer la fin de ce triste mois

et le fait d'�tre en vie.

� la vie !

- Sant�. - � la vie ! � la vie !

H�, Rita. Ne t'en va pas. Il est encore t�t.

Ma ch�rie, il est 2 heures. Je dois faire d�jeuner Chloe demain.

Reste, et je rentrerai avec toi.

- Non, pas dans cet �tat. - Que veux-tu dire ?

Pas de vodka au d�jeuner.

Non, tout va bien. Depuis quand es-tu aussi aigre ?

Depuis quand es-tu alcoolique ?

Je bois depuis mes 15 ans, donc, �a date un peu.

Qu'entends-tu quand la musique s'arr�te ?

Je n'entends rien du tout.

Merde.

Mon petit taxi est arriv�.

Je regrette, mais je suis fatigu�e.

Oublie la r�ception et rentre chez moi que je te fasse du th�.

Donne un bisou � ton petit ange demain matin

de tante Marie, la pirate.

Sois prudente en haute mer, compris ?

Au revoir.

Je t'aime.

- Bonsoir. - Bonsoir.

- Merci de l'invitation. - C'est un plaisir.

- Marie. - Tony.

- Enchant�. - Enchant�e.

- Je peux t'en voler une ? - Absolument.

D'o� vient ton cache-�il, Marie ?

De l'�le aux Tr�sors.

C'est vrai ?

J'avais entendu dire que c'�tait du Sri Lanka.

- C'est vrai. - C'est dur � dire parfois.

J'ai demand� � Amy.

Et tu enqu�tes sur toutes tes baises d'une nuit ?

Je n'ai jamais de baise d'une nuit.

Non, pas du tout.

J'ai des aventures sexuelles.

Des baises d'une nuit, non.

Je rencontre toujours des d�sax�s.

Parfait.

Tu le prends comment ?

Noir.

- Tu travailles dans la City ? - Oui.

Parfois. Je voyage beaucoup, donc...

�a ressemble � l'appartement londonien de Patrick Bateman.

Merci.

Et tu ressembles � un religieux que j'ai rencontr� � T�h�ran.

Oui.

Je devais me s�cher le cheveu.

Celui-ci.

Tu criais contre lui la nuit derni�re ?

De quoi tu parles ?

Je crois que tu as fait un cauchemar.

Pas du tout.

- Je ne fais pas de cauchemars. - D'accord.

�coute...

Je suis un p�re divorc� qui �tait un mauvais mari

et quand je ne travaille pas fort, j'aime bien...

- T'amuser � fond. - Oui.

La soir�e m'a beaucoup plu, et j'aimerais te revoir.

Dans la foul�e du printemps arabe au Moyen-Orient et en Afrique du Nord,

la col�re s'intensifie en Libye, o� des milliers de Libyens

sont descendus dans la rue pour protester

contre leur dirigeant, Mouammar Khadafi.

D'apr�s les t�moins, des dizaines de civils auraient �t� tu�s

au cours de manifestations spontan�es dans les villes du pays.

- Sean. - Oui.

Des rebelles se mobilisent dans toute la Libye, mais Khadafi ne c�de pas.

- Est-ce que Kate est arriv�e ? - Je vais v�rifier.

Simon est arriv�, et Marie aussi, je crois.

Comment cela ?

MISRATA, LIBYE 2011

(Un an avant Homs)

Les officiers ont viol� les filles et ont �cout� de la musique.

Ils m'ont appel� et ordonn� de violer une fille.

Elle n'a presque pas boug� quand je l'ai viol�e.

Elle a dit tout bas : "Allah vous observe en ce moment."

J'ai dit : "Khadafi est Allah."

Il a dit : "Khadafi est Allah" ?

O� nous emmenez-vous, Abdallah ?

Chercher les autres soldats qui ont viol� les filles � Tawergha.

- Combien de filles ? - Je ne sais pas.

Allons, Abdallah.

Je dois savoir de quoi on parle.

Je n'en suis pas s�r. Peut-�tre mille. Peut-�tre plus.

Un millier de filles ?

La punition de Khadafi pour le soul�vement.

Je pense qu'on �choue si on n�glige les effets de la guerre,

si on ne songe pas aux horreurs subies et qu'on ne les raconte pas

lorsque les camps tentent de dissimuler la v�rit�.

Baissez-vous.

Allez.

- Venez, on y va. - Non, attendez !

Baisse-toi. Viens.

�coute-moi la prochaine fois.

�coute-moi, merde. �coute-moi.

Le chef des rebelles affirme qu'ils avancent vers l'ouest.

- Ils pi�gent les forces de Khadafi. - Marie...

On d�voile des crimes de guerre, Sean.

- Tu as envoy� Kate aussi ? - Il y a plein de sujets en Libye.

Tu as peur que je ne trouve pas de titre choc ?

Je ne veux pas m'obstiner avec toi. As-tu re�u mon texto ?

J'ai bien peur

que tu me demandes d'�crire pour la rubrique de jardinage.

- Ne me tente pas. - Marie.

R�mi ? Que s'est-il pass� ?

- Attaque � la grenade. - Attaque � la grenade ?

- As-tu re�u mon texto ? - Quel texto ?

Marie !? - APPELLE-MOI Veux savoir si tu es saine et sauve

JOURNALISTES CIBL�S NE VA PAS SUR LE FRONT !

Marie ?

Marie ?

Marie ?

Marie ?

On devrait retourner � l'int�rieur.

Paul, �a s'est calm� l�-bas.

�a s'est calm�.

Viens.

Arr�te de d�conner.

Marie ?

Tiens.

Tu m'as foutu une de ces frousses.

Je te traiterais de "minet", mais les minets sont coriaces.

Au Timor oriental, Norm m'avait fait ce t-shirt.

�a disait : "Ne tirez pas sur moi. Je suis journaliste de guerre."

Il �tait le premier � arriver et le dernier � partir.

Il �tait invincible.

Il y a de vieux journalistes et des journalistes t�m�raires.

Il n'y a pas de vieux journalistes t�m�raires.

C'est toi qui l'as dit.

Norm savait ce qu'il faisait en franchissant la ligne rouge.

J'imagine que oui.

Je peux avoir une cigarette ?

Maudite merde.

Je dois me laver. Je dois y aller.

O� �a ?

Faruq a persuad� une vieille connaissance de m'accorder du temps.

- L� ? - Oui, dans deux heures.

Je peux te poser une question intime ?

Il n'y a pas de questions intimes.

Pourquoi porter un soutien-gorge aussi raffin� ?

Tu parles de �a ?

Ce n'est pas un soutien-gorge, c'est La Perla.

Si jamais on d�gage mon corps d'une tranch�e,

je veux impressionner.

Oui, la correspondante de guerre coriace.

Bon sang.

�a va ?

- Mary. - Colonel.

Vous souvenez-vous de notre premi�re entrevue ?

Oui. Vous vouliez prendre mon sang.

Vous �tiez tr�s p�le.

J'�tais jeune et na�ve, et vous m'aviez effray�e.

Aux pr�sidents qui me conseillent de partir,

je leur dis :

"� la fin de votre carri�re, vous prendrez votre retraite,

"mais je serai toujours le chef de la R�volution."

Que dites-vous des Libyens pers�cut�s, tortur�s, assassin�s ?

Al-Qa�da, Al-Qa�da.

Ils droguent la jeunesse libyenne pour qu'elle se soul�ve contre moi.

Vous �tes pr�t � laisser votre pays sombrer dans la guerre civile.

Des milliers de personnes seront tu�es.

Les superpuissances ne vous jugent pas assez important

pour se soucier de vous.

Vous n'avez que du p�trole.

Al-Qa�da. Ce n'est pas mon peuple.

Vous financez les massacres pour vous faire remarquer ?

Vous avez financ� l'IRA, le Sentier lumineux au P�rou,

L'�p�e de l'Islam aux Philippines.

- Pour une reconnaissance... - Al-Qa�da, Al-Qa�da.

... qui n'arrivera jamais.

Les seules personnes qui ont cru en vous

sont du mauvais c�t� de vos missiles.

C'est vraiment Al-Qa�da qui a endoctrin� les Libyens ?

Ou �tait-ce vous ?

De toutes les femmes du monde,

je pr�f�re passer du temps avec vous.

Plus qu'avec Condi Rice.

M�me si c'est une femme forte d'origine africaine.

Il traitait ses ennemis de "rats".

Il a cibl� des femmes et des enfants.

Pourtant, c'est le colonel Mouammar Khadafi qu'on a achev� dans un �gout.

Il n'avait jamais men� de guerre,

et sa dictature cruelle s'est termin�e dans l'ignominie et la mort.

Un troph�e de chasse au gros gibier

abattu en plein air.

Marie.

PRIX DU JOURNALISME BRITANNIQUE

- Zoe. Elle est l� ? - Oui.

Salut. Excuse-moi, une journ�e d�bile.

On y va ?

Je meurs de faim.

- O� aimerais-tu aller ? - Peu importe.

Tu es rest�e muette r�cemment.

Qu'est-ce que �a veut dire ?

Ton dernier article date d'octobre.

J'ai de gros maux de genou.

Tu es retomb�e amoureuse ?

Tony. On part en voilier � Antigua.

C'est merveilleux.

Tu atteints la renomm�e de Martha Gellhorn.

On attend impatiemment ce qui suivra la Libye.

Sean, je fais des cauchemars toutes les nuits.

- Je l'imagine bien. - Je cours vers une maison.

Elle �tait belle, mais c'est du pass�.

Il ne reste que des corps mutil�s et des gravats.

- Marie... - Tu n'as pas de couilles.

Es-tu ivre ?

Non, je ne suis pas ivre.

Comment se sent celui qui nous envoie aux quatre coins du globe

pour obtenir ce bout d'�tain expos� sur ta foutue tablette ?

- Tu ne peux pas fumer ici. - Va chier.

Tu savais que je couvrais la Libye, et tu as tent� de me fourrer.

Tu y as envoy� Kate pour couvrir tes arri�res ?

Tu me crois incapable de faire mon foutu m�tier.

Que veux-tu que je te dise ?

Que tu as eu tort, et que tu le regrettes.

J'ai eu tort, et je le regrette. Tu �teins �a, s'il te pla�t ?

J'ai fini.

Pourquoi dois-je jouer le r�le du m�chant ?

J'ai d� couvrir mes arri�res en Libye parce que tu es impr�visible.

Tu sais que tout le monde t'aime,

mais tu es super chiante.

- David Blundy. - Qui �a ?

- David Blundy. - Et alors ?

Il est parti pour le Telegraph avant ton arriv�e.

- J'ai pris sa place. - O� veux-tu en venir ?

Il s'est fait tuer deux ans plus tard � San Salvador.

Jo�o Silva a eu les deux jambes sectionn�es au genou � Kandahar,

en reportage pour le New York Times.

J'�tais avec lui en Afghanistan.

- Safa Abu Seif. - Il travaillait o� ?

C'�tait une jeune Palestinienne de douze ans

tu�e par une balle perdue qui lui a transperc� le c�ur.

J'ai vu ses parents la soutenir alors qu'elle se vidait de son sang.

Elle portait des boucles d'oreilles en perle.

Elle se sentait s�rement jolie ce jour-l�.

Je vois tout �a

pour t'�pargner, toi.

La rubrique de jardinage, �a te rendrait heureuse ?

J'en parlerai � Watkins, et le tour est jou�.

C'est pour �a qu'ils sont morts ?

- Je n'en sais rien. - Mais tu le sais.

Tu es t�moin de tout �a � notre place, oui,

mais aussi parce que tu ne peux imaginer le monde autrement.

Aucune personne sens�e ne ferait ton m�tier, Marie.

Mais si tu perds la foi,

quel espoir nous restera-t-il ?

HOMS, SYRIE 2012

J'aurais peut-�tre aim� une vie plus normale.

Mais ce concept m'�chappe peut-�tre.

Ou alors c'est l'endroit o� je suis le plus � l'aise.

Maudite merde.

Paul, qu'est-ce qu'ils chantent ?

Je pense qu'ils f�tent notre arriv�e.

Bon sang, Marie.

Merde. C'est plus grave que je le croyais.

Tiens.

O� est Abu Zaida ?

Abu Zaida, Marie Colvin, Sunday Times.

Un des rebelles m'a dit qu'il comptait 47 explosions la minute.

Les tirs d'obus commencent � 6 h 30 le matin.

Ils commencent par un endroit,

ils vident la zone de tout :

mortiers, artillerie, missiles.

- J'ai entendu dire 5 000 troupes. - Merde.

La 4e Division arm�e dirig�e par le fr�re d'Assad.

- Combien de civils ? - 28 000 sont pris au pi�ge.

- Surtout des femmes et des enfants. - O� �a ?

O� sont-ils ? Dites-moi o� ils sont.

C'est trop dangereux pour le moment.

La grande offensive pourrait �tre imminente.

Voil� pourquoi vous devez me dire o� ils sont

pour que je puisse m'y rendre avant le d�but.

Pour quoi ?

Les massacres sont connus, et on nous traite encore de terroristes.

Vous avez d�sert�.

- D�sert� qui ? - Vous avez d�sert� l'arm�e d'Assad.

- Oui. - Pourquoi ?

Vous vouliez �tre libre.

Laissez-moi raconter votre histoire.

Docteur ?

Oui.

Comment allez-vous ?

La situation actuelle ?

�a empire.

Nous vivons entre la vie et la mort.

- Vous traduirez pour moi ? - Oui.

Mon mari est parti chercher � manger et n'est jamais revenu.

J'ignore toujours o� il est.

Il y a eu des frappes a�riennes et des bombardements.

J'avais peur pour les enfants.

Je ne savais pas quoi faire.

Mon fils a tellement peur qu'il a cess� de parler.

Vous pouvez donner le sein � votre b�b� ?

Le stress m'emp�che de produire du lait.

Je le nourris de sucre et d'eau.

Je veux faire conna�tre votre histoire.

Le ciel nocturne s'est �clair�

lorsqu'une voiture a explos� � c�t� de notre immeuble.

Les murs se sont effondr�s sur nous � cause de l'explosion.

On est descendus se r�fugier au sous-sol,

mais j'ai vu que ma troisi�me n'�tait pas l�.

Votre fille �tait-elle sous les gravats ?

Oui.

Oui, elle �tait sous les gravats.

Quel �ge avait-elle ?

Cinq ans.

On est rest�s l� jusqu'� l'arriv�e des avions de guerre le matin.

Puis, on est venus � ce refuge.

Mais je ne sais pas si ce refuge est s�r.

Je ne sais pas ce qu'il arrivera.

Qui mourra et qui vivra.

Je ne veux pas que mes mots soient de l'encre sur du papier.

Je veux que le monde m'entende et sache que les enfants meurent.

Toute une g�n�ration se meurt.

Elle meurt de faim, de maladie et de froid.

C'est ce que je veux dire au monde.

La liaison est �tablie.

Il faut s'�loigner du t�l�phone satellitaire.

Les drones localisent le signal, et on devient la cible des missiles.

On ignore m�me si �a, c'est s�r.

Je ne crois pas que ce soit Isra�l.

L'ambassade isra�lienne a �t� bombard�e en G�orgie et en Inde.

Je pensais plut�t au printemps arabe qui s'en va au diable.

Les Fr�res musulmans en �gypte ou en Syrie.

- On a Marie qui essaie... - Elle se trouve � Homs.

Nous demandons au monde de nous aider

� obtenir des m�dicaments,

� mettre un terme au si�ge

et � nous permettre de soigner les bless�s avec des m�dicaments.

Les gens meurent faute de fournitures m�dicales.

Elle demande si vous �tes m�decin.

Non, je suis v�t�rinaire.

Il nous faut une �quipe m�dicale � Baba Amr.

Vite, d�p�chez-vous ! Mettez-le ici, vite !

D�p�chez-vous, docteur ! Mon Dieu !

Au secours, mon Dieu !

Nettoyez cette partie.

Mohammed, mon ch�ri.

Reviens � nous ! Mon Dieu !

Du calme ! Du calme !

Je veux rester avec lui !

Docteur ! Docteur !

Docteur ! Docteur !

Mon Dieu, ayez piti� de nous !

Mon Dieu, pourquoi mon fils ?

Donne-moi ta main, mon fils.

Ne perds pas conscience.

Reviens � toi, mon fils.

Piti�, mon Dieu. Quel crime a-t-il commis ?

Mon Dieu !

Docteur, je vous en prie !

Non !

Mon Dieu !

Mon Dieu !

Pourquoi, mon Dieu ? Pourquoi ?

Pourquoi, mon Dieu ?

Tu sais, le d�cor me va.

Dommage, ce foutu vacarme.

Je t'ai dit qu'on aurait d� aller � Alep.

J'aurais d� t'�couter.

C'est la derni�re fois que je r�serve par Internet !

Merde.

Merde.

- Elle l'a envoy� ? - Je l'ai. Il est ici.

- C'est � l'impression. - Va le chercher.

Le reportage de Marie remet en cause

les dires d'Assad selon lesquels il bombarde des terroristes.

Quel est le plan ?

Il faut qu'elle d�campe au plus vite.

L'attaque est imminente. On doit s'en aller. Vite, vite !

- Arr�te. - Que fais-tu ?

Je dois y retourner. Ils sont 28 000 l�-bas.

- On ne peut pas les abandonner. - �coute-moi !

Tu es intelligente et brave,

et tu as un foutu flair pour les sujets br�lants,

mais tu ne r�fl�chis pas comme une militaire.

- H�, h�, h�. - Laisse-moi partir.

On va mourir si on y retourne.

- On va mourir. - Je dois y retourner.

- Vas-y. - Non.

- Garde-moi une place au bar. - Lequel ?

O� �a ?

Marie !

Merde !

Allez. Viens.

Sean, elle est en ligne.

Vous voulez bien vous taire ?

Taisez-vous.

Que fais-tu ?

J'ai pens� � un sujet pour la rubrique de jardinage.

Mais je vais crever, moi. Tu veux bien �tre s�rieuse ?

- Je veux aller en ondes. - C'est pr�t ?

- D'accord. - Tu n'es pas oblig�e.

Tu nous en as donn� plus qu'on en a besoin.

- Je veux aller en ondes. - C'est dangereux.

Et retourner � l'h�pital pour d'autres images.

Marie, �coute-moi. Tu n'es pas oblig�e de faire �a.

Oui, mais je...

Merde !

Merde.

- On a perdu le signal. - Tu parles !

- Le t�l�phone. - H�.

Je t'ai dit que le satellite

indique aux drones o� nous sommes.

- Ils vont nous pulv�riser. - Pas le temps.

- Je peux le r�parer. - Pas le temps !

Attends. Laisse-moi voir...

Channel 4, BBC, CNN, ils veulent tous diffuser.

D'accord.

Mais ensuite, tu pars d�s que tu le peux. Entendu ?

Tony ch�ri, je suis de retour � Homs, et je grelotte.

Je ne resterai qu'une semaine ici et je rentrerai.

Chaque jour est horrible. Je songe � toi tout le temps.

All� ? All� ?

On va te brancher � CNN.

Tu seras en ondes dans cinq, quatre, trois, deux...

... Marie Colvin du Sunday Times de Londres,

qui nous parle depuis Homs.

Pourquoi est-il important qu'on voie ces images ?

Pourquoi votre pr�sence surplace importe-t-elle ?

Vous �tes sans doute les seuls journalistes occidentaux � Homs.

Notre �quipe a quitt� la ville.

Pour un auditoire pour qui les conflits sont tr�s loin,

voici la r�alit�.

On compte ici 28 000 civils, des hommes, des femmes et des enfants.

C'est la ville des affam�s qui ont froid

et qui sont sans d�fense.

Il n'y a pas de t�l�phones. On a coup� l'�lectricit�.

Les familles partagent ce qu'elles ont avec parents et voisins.

J'ai pu parler � des centaines

de femmes m�res de b�b�s

qui sont prises au pi�ge de ces conditions froides et cruelles,

qui ne peuvent pas nourrir leurs enfants

� part avec du sucre et de l'eau durant des semaines.

Aujourd'hui, ce petit gar�on est mort ainsi qu'un autre enfant.

�a se r�p�te tous les jours.

Le r�gime syrien pr�tend qu'il ne cible pas les civils,

qu'il s'en prend aux bandes terroristes.

Toutes les maisons de civils ont �t� touch�es.

Le dernier �tage de cet immeuble a �t� compl�tement d�truit.

Il n'y a aucune cible militaire ici.

C'est un mensonge �hont�.

Merci d'avoir employ� le mot "mensonge".

De nombreuses personnes vous en remercient

puisqu'on ne l'entend pas souvent,

on ne l'emploie pas souvent, mais c'est la v�rit� ici.

Le r�gime syrien, leurs repr�sentants mentent depuis le d�but.

Ils ont menti � cette �mission, d'ailleurs.

Marie, vous avez couvert de nombreux conflits depuis longtemps.

Comparez-le aux autres.

C'est le pire que j'ai vu.

C'est le pire, parce qu'un soul�vement pacifique

a �t� �cras� dans la violence.

Le pr�sident Assad se trouve dans son palais de Damas, affol�,

l'appareil s�curitaire que son p�re a b�ti s'�croulant autour de lui,

et il r�agit de la seule mani�re qu'on lui a enseign�e.

Enfant, il a vu son p�re �craser

l'opposition en r�duisant la ville d'Hama � des ruines

et en tuant 10 000 civils innocents.

Il a vu, comme nous le voyons maintenant,

un dictateur tuer en toute impunit�.

Et ici, tout le monde dit :

"Pourquoi nous a-t-on abandonn�s ?"

"Pourquoi ?"

Je ne sais pas pourquoi.

Marie Colvin, il est impossible d'�tre en s�ret�, mais prot�gez-vous.

Merci de nous avoir parl�.

Marie. Marie, on doit partir maintenant.

- On doit retourner � la clinique. - Non.

- Il y aura d'autres morts. - On tient notre foutu reportage.

- Tu as r�ussi. �a suffit. - On peut en avoir plus.

- Ils multiplient les prises de vue. - Quoi ?

Ils mesurent leur port�e. Ils nous ont trouv�s.

Marie, viens. On s'en va.

Paul.

Marie.

Une question tr�s difficile. C'est comme �crire son �pitaphe.

Avec le recul, je dirais que je tenais

� me rendre dans ces pays-l� pour �crire des articles

qui r�ussiraient � captiver le lecteur sur le sujet

autant que moi.

Et ensuite, on ne peut pas se rendre dans ces contr�es

si on s'arr�te � la peur.

La peur nous vient plus tard, lorsque c'est fini.

Marie Colvin et le journaliste R�mi Ochlik ont �t� tu�s

� Homs, en Syrie, le 22 f�vrier 2012.

Paul Conroy, malgr� de graves blessures,

a surv�cu et poursuit son travail de journaliste.

Plus de 500 000 civils syriens ont p�ri depuis la mort de Colvin.

MARIE COLVIN - HOMS PHOTOS : PAUL CONROY

La seule journaliste de la presse britannique dans l'enclave assi�g�e

Marie Colvin dans une r�sidence de Homs

d�truite par une explosion qui a tu� quatre femmes

MARIE COLVIN SYRTE

Il traitait ses ennemis de "rats".

Pourtant, c'est le colonel Mouammar Khadafi qu'on a achev� dans un �gout,

et sa dictature cruelle s'est termin�e dans l'ignominie et la mort.

On nous a donn� l'ordre de violer toutes les s�urs

Comment ils m'ont men�e au tombeau secret de 600 prisonniers

Marie Colvin pr�s de Fallouja

ogives de gaz innervant

par Marie Colvin et John Witherow

Les Kurdes fuient la terreur chimique en Turquie

par Marie Colvin � la fronti�re turco-irakienne

French - Canadian

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