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Original subtitles

LE SECRET DERRIÈRE LA PORTE

Je me souviens... il y a longtemps, j'ai lu un livre

qui disait le sens des rêves.

Si une jeune fille rêve d'un bateau,

elle parviendra à bon port.

Mais qu'elle rêve de jonquilles,

elle court un grand danger.

Mais je ne vais pas penser au danger !

Aujourd'hui je me marie !

C'est ancien, c'est nouveau,

c'est prêté, ou c'est beau.

Ce qui est ancien, c'est l'église.

Elle a quatre siècles.

Mark dit qu'elle est fortunée.

Ses voûtes, ses piliers, ses murs,

ses autels, ses candélabres

sont en parfaite harmonie.

Construits pour que seuls des événements heureux s'y produisent.

Quatre cents ans de joie !

Ce qui est nouveau, c'est Mark lui-même.

Et l'amour est nouveau pour moi.

Mon cœur bat si fort que son bruit noie tout le reste.

Quand on se noie, dit-on,

votre vie défile sous vos yeux, comme un film accéléré.

Je lis en gros titre

que ma jeune sœur a encore rompu ses fiançailles.

Je n'ai jamais rêvé de l'épouser !

Un joueur de trombone. Dieu t'en garde !

Mieux vaut encore ton sorcier.

Curtis ? Un brillant psychanalyste.

Sérieusement, qu'est-ce que tu attends ?

J'ai le temps, Rick. Pourquoi m'attacher ?

Je ne veux pas te bousculer, mais...

être tes père, mère et banquier n'est pas de tout repos.

New York est rempli

d'excellents maris possibles.

Te valent-ils ?

Je ne parlais pas de miracle.

Je ne serai pas toujours là.

Il n'y a pas de pièces de rechange pour ça, et il est usé.

Excuse-moi, Rick. Ta secrétaire disait...

C'est en tout bien, tout honneur.

Quand on parle du loup...

Un célibataire, et un excellent avocat.

Bob Dwight, ma sœur Celia.

Mon frère Rick... notre dernier moment d'intimité.

Quand tu es mort, Rick, j'ai été bien seule.

Rick était un investisseur prudent.

J'ai ouvert pour vous un fonds en fidéicommis.

Personne ne peut toucher au capital,

pas même votre mari.

Y a-t-il déjà des coureurs de dot ?

À chaque coin de rue, vous le savez.

Je ne fais pas attention.

Je vous aime beaucoup, Celia.

Quand vous vous fixerez, je vous demanderai en mariage.

Cher Bob, je suis déjà fixée.

J'en ai assez d'être traquée par les hommes seuls.

Je ne demande pas de réponse.

Rick est mort il y a seulement deux mois.

Vous devez être sûre.

Les Potter vous ont invitée au Mexique, allez-y.

Vous viendrez ?

Ce sera votre dernière fugue. Je vous attendrai.

Ça fait très commercial.

Parfait pour Bob.

Les initiales sont R.D.

J'ai failli épouser un sosie de Bob.

Il a rompu quand il a appris...

Celia, partons !

Je ne veux pas être un témoin innocent.

Qu'est-ce que tu as ?

Je n'avais rien, mais j'étais fascinée.

J'avais déjà vu des combats.

Des bagarres de café pour une serveuse.

Un homme à terre, et c'était fini.

Mais c'était autre chose.

Une femme et deux hommes, qui la connaissaient à peine

et se battaient au couteau pour elle.

Il y avait de la mort dans cette rue.

Et je comprenais sa fierté.

Soudain, je sentis qu'on m'observait.

Un frisson dans la nuque, comme un courant d'air froid.

Des yeux qui me touchaient

comme des doigts.

Un courant passait entre nous,

chaleureux et doux, effrayant aussi.

Il voyait en moi ce que personne n'avait vu,

ce que j'ignorais moi-même.

Allons-nous-en.

On aurait dit que tu avais vu la mort.

Ce n'est pas l'effet qu'il m'a fait.

Si tu appelais Arthur ?

Un verre de trop, et c'est un monstre déchaîné !

Où est le téléphone ?

Je vais demander qu'on le mette au lit.

Je renvoyais Edith, ma stratégie était au point.

Je voulais le rencontrer sur mon terrain,

pas sur le sien.

Le combat s'est terminé après votre départ.

Comment ?

Le grand gitan avait le couteau.

Et la femme ?

Au vainqueur les dépouilles.

En partant, je l'ai vue accrochée à son bras.

Au fait, ce portefeuille ne plaira pas à R.D.,

pour peu qu'il me ressemble.

Il ne vous ressemble pas.

Ni vous à vous-même. Vous n'êtes pas ce que vous semblez.

Votre visage a quelque chose que j'ai déjà vu.

Dans le Dakota Sud, en terre à blé, par temps de cyclone.

Juste avant le cyclone, il y a dans l'air un silence,

un silence total, vibrant.

C'est dans votre visage. Le calme avant la tempête.

Quand vous souriez,

c'est le premier souffle qui plie les blés.

Derrière ce sourire, il y a une... turbulence...

J'entendais sa voix. Puis je ne l'entendis plus.

Le battement de mon cœur était plus fort.

C'est ce que j'avais cherché, ces années à New York.

Je le sus avant de savoir son nom, de toucher sa main.

Pendant un moment infini, je flottai

comme une plume portée là où le temps s'était arrêté.

Étrange...

Je pensai à des jonquilles.

Vous viviez ce combat.

Vous absorbiez tout : amour, haine, passion...

Vous êtes affamée

d'émotions réelles.

Une belle au bois dormant du 20ème siècle.

Une riche Américaine, qui a toujours vécu protégée.

Mais elle veut s'éveiller.

Si elle le peut.

Est-ce si difficile ?

La plupart des gens dorment.

Ça a dû être atroce.

Mark Lamphere.

Arthur a craqué après douze bourbons.

Il a pourchassé la bonne sur trois étages. Pour la pincer.

Il est tombé dans la fontaine devant cent spectateurs !

Asseyez-vous, je ne mords pas.

Ils ont dû le calmer de force.

- Comment avez-vous dit ? - Mark Lamphere.

Je suis une belle au bois dormant.

Entrée en matière originale !

Vous, le prince charmant, vous tuerez le dragon,

franchirez les buissons et lui donnerez le baiser magique.

Jusqu'ici, j'avais oublié le dragon.

Et les buissons ne sont qu'un camouflage.

Tu ne devrais pas t'occuper d'Arthur ?

Si, bien sûr !

Arthur sera touché de ton intérêt.

Le dragon est écarté, M. Lamphere.

Les jours suivants, nous ne nous quittions plus.

Le troisième soir, au puits des souhaits...

Quand retournes-tu à New York ?

Par l'avion de midi, demain.

Je ne voulais pas te le dire.

Je voulais que tu me connaisses mieux.

Tu es architecte, apprécié par les connaisseurs.

Tu publies une revue sur l'architecture moderne.

C'est Mark Lamphere en quelques faits.

Tu devrais connaître l'autre Mark.

Je veux être sincère.

Pendant ces trois jours,

quelque chose en toi m'a inquiétée.

Je crois que je vais te préférer une chambre familière et sûre.

Avec du feu dans la cheminée...

Et R.D. ?

- Tu veux faire un vœu ? - Tu y crois ?

Un type doit ramasser les centavos chaque matin

en bénissant les naïfs qui les jettent.

Ne prenons pas de risques.

Quel est ton vœu ?

J'ai besoin de toi. Plus que de...

Une porte se ferma. Une autre s'ouvrit.

J'entrai sans me retourner.

Le vent, les grands espaces, le soleil, la tempête,

il y avait tout derrière cette porte.

Ce soir-là, j'écrivis à Bob.

Soudain, j'ai peur.

J'épouse un inconnu.

Un homme dont je ne sais rien.

Je pourrais partir, m'enfuir. Il est encore temps.

Mais que dirait-on ?

Non, je ne peux pas. Ça ne se fait pas. Mais j'ai peur.

Vous allez être unis par la volonté de Dieu...

Par cette alliance, je te prends en mariage...

J'aurais peut-être dû obéir à la voix de mon cœur

et m'enfuir.

Cela commença pendant notre lune de miel.

La Hacienda de los encantos. La fameuse fontaine.

D'après la légende, si des amoureux y boivent,

ils laisseront toujours parler leur cœur

et n'auront plus de secret l'un pour l'autre.

Leurs deux cœurs ne feront plus qu'un.

Les portes, les grillages, les murs...

L'amour est construit dans ces murs.

- Tu sais ce que je pense ? - Ne pense pas.

Sens, simplement.

J'aurais dû le savoir. Une femme ne pense pas.

Elle ne devrait même pas essayer.

La pensée est le propre des hommes.

Les femmes sont plus proches de la nature. Elles ressentent.

Un homme réfléchit des heures

pour arriver au même résultat qu'une femme en une seconde.

Un poète a dit : "Femmes, enfants et animaux sont heureux,

"mais pas nous, pauvres humains."

Si c'est ton cœur qui parle, au diable la fontaine.

C'est vrai, ma colombe.

L'intelligence croît et l'instinct diminue,

nous devenons trop civilisés, inhibés.

Inhibé, ça te va bien.

N'approche pas.

Il m'aurait fallu des mois pour trouver un tel endroit.

Il est vraiment fortuné. Une invitation à l'amour.

C'est un endroit heureux.

J'ai un passe-temps.

Une collection de chambres fortunées.

Pour des êtres fortunés ?

La revue, c'est pour ça.

Si je ne construis pas mes maisons, je peux en parler.

La construction d'un édifice détermine ce qui s'y passe.

Dans cette église, en Autriche, se produisent des miracles.

Les paralytiques marchent, les aveugles voient.

Et il existe une pièce

dite "la pièce du refus" parce qu'elle contrarie les amours.

Washington y fut éconduit,

plus tard Jefferson y essuya un refus.

Certaines pièces suscitent la violence ou le meurtre.

Mon chéri, tu es un peu timbré.

Peut-être.

Viens.

Cette fontaine a fait assez de mal.

Je parle trop ?

Parlons un peu moins.

Votre bain est prêt.

Paquita manque d'à-propos. J'allais te servir un verre.

Sûrement.

Viens dès qu'elle sera partie. Je compte sur ce verre.

Aujourd'hui, deux cents coups de brosse.

Je vais être en retard.

Dans le mariage, si l'un est sage, deux sont heureux.

La femme a de la patience,

l'homme pas du tout.

Faites-le attendre.

Dehors !

Deux cents coups de brosse.

Mark, où es-tu ?

Doux idiot !

Tu ne peux pas m'échapper.

Je t'aime tellement !

La séparation ne sera pas longue.

Je serai à El Valle dans 5 heures, malgré les routes et la nuit.

Puis le vol de nuit pour Mexico.

Que dis-tu ?

Stanton, un éditeur de New York,

veut acheter ma revue.

Mais l'offre ne tient que jusqu'à après-demain.

Tu veux vendre ta revue ?

- Elle a toujours été en déficit. - Si c'est l'argent...

Je sais que tu en as. Je ne t'ai pas épousée pour ça.

Tu y tiens, pourquoi y renoncer ?

Leur offre est assez importante pour me décider.

Un verre ?

Pourquoi décider si soudainement ?

J'ai reçu leur télégramme il y a une heure.

Je te renverrai la voiture.

Tu me retrouveras à Levender Falls.

Pas à New York ?

Les Lamphere habitent Levender Falls depuis 1698.

À un peu plus d'une heure de New York.

Notre premier au revoir.

Tu n'es pas monté, à l'instant ?

J'étais trop énervé à la lecture du télégramme.

J'ai vu la poignée tourner.

Tu t'es blessé !

Rien de grave.

La fin parfaite d'une belle journée.

Alors... à Levender Falls.

Son baiser était glacé.

Une heure après, il était parti, et j'étais seule.

Je n'ai plus besoin de vous ce soir.

Ça ne me regarde pas. Mais je connais le chagrin.

Autant vous le dire. Il n'y a pas eu de télégramme.

Les télégrammes n'arrivent pas ici.

Merci, Paquita. Mais vous devez vous tromper.

Il n'y avait pas eu de télégramme.

Quand Paquita me le dit, la douleur me saisit.

Pourquoi était-il parti ? Pourquoi avait-il menti ?

C'était atroce.

J'essayais de ne plus penser.

J'étais à la torture.

Pourquoi avait-il menti ? Pourquoi était-il parti ?

Parce que j'avais fermé à clé ?

Il disait qu'il n'était pas monté, mais c'était faux.

Je savais que c'était Mark à la porte.

Ma gaminerie n'avait pas pu changer son amour ?

Pourquoi était-il parti ? Pourquoi avait-il menti ?

Je n'en pouvais plus. Je devais essayer de dormir.

Paquita se trompait peut-être.

Le télégramme avait pu venir de la ville voisine.

Mais elle ne se trompait pas. Il n'y avait pas de télégramme.

Pour une raison impensable, il m'avait menti.

Je restai couchée des heures.

Du moins c'est ce qui me sembla.

Je n'arrivais pas à dormir.

Encore et toujours, la même pensée :

pourquoi ne m'aime-t-il plus ?

Je finis par tomber dans un demi-sommeil.

Je rêvai que la voiture revenait.

Elle se rapprochait... pour s'arrêter devant l'hacienda.

Mark était dedans. Il était revenu !

Je n'étais pas contente. J'avais peur,

et ma peur me réveilla.

La voiture est revenue.

Le chauffeur m'a remis ceci pour vous.

Celia chérie, j'ai juste eu l'avion.

Viens vite à Levender Falls. Je t'attendrai à la gare.

J'ai besoin de toi. Je t'aime.

Une bonne lettre ?

Quelle idiote j'ai été !

Cinq jours plus tard, le train arrivait à Levender Falls.

Je cherchais Mark.

Mais il n'était pas là.

Je fus embrassée par une inconnue.

Vous devez être Celia. Mark a dit que vous étiez belle.

Je suis Caroline. Carrie, la sœur de Mark.

Bien sûr.

Il a parlé de moi ? Il néglige parfois ces détails.

- Tout est à vous ? - Une partie,

- et il y a des malles. - Je les ferai prendre demain.

J'ai télégraphié...

Mark a été retardé. Il sera là demain.

Je le trouve cruel !

Mettez ces bagages dans ma voiture.

Il y a 20 km jusqu'à Blaze Creek.

Mark travaille à la maison.

Il voulait déplacer son bureau ici, quand les loyers ont augmenté.

Nous avons dû économiser,

mais Mark a besoin d'être vu à New York.

Nous n'avons que deux vieux domestiques.

C'était sans doute David

qui vous examinait.

Le fils de Mark.

Andy et Sarah traînent toujours.

Vous n'avez pas entendu la voiture ?

Voici Mme Lamphere.

Ses bagages sont dans la voiture.

Je vous montre votre chambre.

Pourquoi Mark ne m'a-t-il rien dit de son mariage, de son fils ?

Je veux des enfants de Mark, mais pas celui d'une autre femme.

Les masques viennent de mon arrière-grand-père, un marin.

Hideux, n'est-ce pas ?

J'imagine que David les adore.

Plus maintenant.

Étrange. J'aurais cru qu'un enfant les aimerait.

David est un enfant étrange.

Cette aile est récente.

Mark l'a terminée pour y travailler.

Je crois que vous serez bien ici.

J'en suis sûre.

Il vous faudra un ou deux jours avant de prendre en charge...

Pardon, j'étais distraite.

Posez-les n'importe où.

Quand dirigerez-vous la maison ?

Je suis paresseuse. J'aime dormir jusqu'à 11 h.

Je ne suis réveillée qu'après trois cafés.

Sauvez ma vie et continuez.

Comme vous voulez.

Je tenais la maison avant la mort de notre mère.

Et je dois devenir amie avec David.

Cela prendra du temps.

Sarah a fait chauffer l'eau. Je vous fais couler un bain.

Qu'est-ce qu'il aime ?

Les livres.

C'est tout ?

Il est difficile depuis la mort de sa mère.

- Mark ne vous a rien dit ? - Si, bien sûr.

- La chambre à coucher. - Charmante.

Le papier mural est ancien. Mark l'a trouvé à Paris.

Les chandeliers aussi.

Merveilleux.

J'aime cette chambre.

Eleanor avait le sens de la décoration.

Mark ne vous a rien dit.

J'avais oublié son nom.

Vous n'êtes pas jalouse.

Ce serait plutôt stupide.

Très raisonnable.

Eleanor avait du charme, mais elle était figée, distante.

Mais vous n'avez pas faim ?

Je mange de tout.

Je vous prépare un plateau.

Pardon, je cherchais Mlle Lamphere.

Je suis Mlle Robey, la secrétaire de M. Lamphere.

Puis-je vous aider ?

Je suis Celia Barrett. Je veux dire, Mme Lamphere.

Je vous ai vue à la fenêtre.

C'était bien vous ?

Caroline pense que c'était David.

C'est probable.

J'ai hâte de le rencontrer.

Il ne se sent pas bien depuis cet après-midi.

Sans doute à cause de moi.

Il était très attaché à sa mère.

Je comprends ses difficultés.

Il n'est pas difficile.

Il suffit d'avoir le temps et l'envie de le connaître.

David est un bon garçon.

Nerveux et sensible. Il n'aime pas être dominé.

Ridicule, Mlle Robey.

Il est gâté.

- Nous avons failli être inondés. - Le bain !

Je l'ai arrêté. Votre dîner vous attend.

De quoi se mêle-t-elle ! Dominé !

David a besoin d'amour, bien sûr, mais aussi de fermeté.

Sa mère doit lui manquer.

Eleanor l'a dorloté, quand elle s'est éloignée de Mark.

Ils ont rompu à son retour de guerre.

Il s'est installé près du bureau.

Lors de sa maladie, Eleanor n'a plus vu personne,

sauf David.

J'ai vu qu'il n'y avait rien à Mark ici. J'allais protester.

Arrivées cet après-midi. Sarah les avait mises au froid.

La canaille !

- De Mark. - Je m'en doutais.

Et maintenant, je mangerais un cheval !

Tout est produit à Blaze Creek, même le lait.

Elle est très belle.

Qui ?

Mlle Robey.

Oui, elle l'était.

Quand David avait quatre ans, elle l'a sauvé du feu.

Son visage a été brûlé.

Je me demandais pourquoi l'écharpe.

C'est affreux, mais ça lui donne prise sur lui.

La gratitude a ses limites, mais vous connaissez Mark.

Il devrait savoir ces choses.

Les hommes n'apprennent jamais.

À quelle heure arrive la bête ?

En pleine nuit pour vous. 10 h du matin.

Me faire une chose pareille !

Je me vengerai. J'y serai !

- On a réussi ! - Avec une minute d'avance.

Ton cœur bat si fort !

Je suis de chair et de sang. Je sens ton cœur aussi.

Je suis fatigué.

Ça se voit.

Une solide fatigue. Ça s'est mal passé ?

Pas bien.

La vente ne s'est pas faite ?

Quand ils ont vu que j'avais besoin de l'argent,

ils ont retiré l'offre.

Je dois passer à la banque.

Notre premier jour !

Andy viendra me prendre.

Je te verrai au dîner.

- Le prochain train pour New York ? - À 16 h 40.

Voulez-vous qu'Andy prenne vos malles ?

Laissez-les ici.

À la maison.

La maison ! Où est-ce ?

Pas avec Mark. C'est fini.

C'était un pari, j'ai perdu.

Je retourne à New York.

Vers quoi ?

La vie creuse que je menais... avant Mark ?

Si Rick était vivant,

je pourrais aller le retrouver.

Que dirait-il ?

"Il y a une seule question. L'aimes-tu ou non ?

"Oublie ta fierté et tes sentiments blessés.

"Veux-tu un homme

"ou le premier mari venu, que tu mènes à la baguette ?

"N'oublie pas ce que tu as dit devant l'autel.

"Amour, honneur, pour le meilleur et pour le pire...

"y compris la dépression et la mauvaise humeur.

"Toi non plus, tu n'es pas un cadeau. "

Pourriez-vous retourner à la gare ? Je voudrais mes malles.

Je suis David.

Bonjour, David.

Je vois que tu te sens mieux.

Je te dérange ?

Je suis heureuse de te voir seul.

Mlle Robey m'a dit beaucoup de bien de toi.

J'aime bien Mlle Robey.

Caroline n'est pas de cet avis.

Qu'est-ce qui t'intéresse ?

En quel sens ?

Pour l'avenir. Architecte aussi ?

Qu'est-ce que tu lis ?

Vous essayez d'être amie avec moi.

Mais vous ne pouvez pas tout comprendre.

Je ne veux pas remplacer ta mère.

Impossible.

Restons-en là.

Vous paraissez sincère. C'est inhabituel ici.

J'étais prêt à vous détester,

mais je n'ai rien contre vous.

Je vous appellerai Mme Lamphere.

D'accord.

J'espère que plus tard...

Mon père.

Je te porte sur le seuil ?

Tu n'es pas fâchée ?

J'ai pris une décision, je dois faire avec.

Je choisis les armes et le terrain. Monte avec moi.

- Un cyclone ? - Un tremblement de terre.

Je marche sur un terrain dangereux.

Les squelettes des Lamphere tombent des placards.

Tu ne m'as pas dit que tu avais été marié ?

Tu as dû le voir au moment du mariage.

Je t'ai trouvée délicate de ne pas en parler.

Rick me disait de tout lire, même les petits caractères.

Mais même pas David !

Cela semblait si loin, sans aucun rapport avec toi...

À la gare, j'ai décidé de rentrer à New York.

Puis j'ai parlé avec Rick.

Je l'ai fait apparaître, pour lui demander quoi faire.

Il m'a posé une seule question. La réponse était oui.

Oui, je t'aime.

Mais je me demande si tu m'aimes.

Tu veux parler d'Eleanor.

C'était un être bon.

Pas froide, mais...

je ne pouvais pas l'aimer.

Je m'en veux, mais ce n'était pas un vrai mariage.

Vous avez eu un fils.

Je n'ai jamais été proche de lui.

Il me reproche le malheur de sa mère.

Elle était malheureuse ?

Je ne la comprenais pas, elle ne me comprenait pas.

Ne faisons pas la même erreur.

Je peux comprendre, si tu ne me rejettes pas.

Comme ce matin.

J'étais préoccupé.

Ça n'excuse rien, mais j'étais obsédé par la revue.

Et à la banque ?

Je n'ai pas pu demander un prêt. Notre nom est respecté.

Je ne peux pas avouer notre gêne.

Il faudra que je vende.

Écoute-moi sans m'interrompre.

Quand j'ai parlé de ça, tu as été très vieux jeu.

Je ne suis pas riche, mais j'ai de l'argent.

Je suis ta femme ! Pas une fille que tu as sifflée !

Tu as sifflé avec les yeux.

Je suis aussi tout le reste. Je veux partager ta vie.

J'aurais honte. N'en parlons plus.

Tu es une vraie tortue.

Un mot de travers, et je parle à une carapace.

Un trait de famille. Le vieux Lamphere, roi des marais.

Puis-je changer de carapace pour le dîner ?

Encore une chose.

Une promesse faite au Mexique.

Tous mes péchés me sont rappelés aujourd'hui.

La première épreuve était passée.

Huit jours après, notre première réception.

Elle fut parfaite.

Tout le monde parlait, personne n'écoutait...

Puis la nature s'en mêla

et d'un seul coup mit tout le monde d'accord.

Pluie bénie ! Elle m'a tirée des griffes d'un de vos notables.

Très mignon.

Je n'ignore plus rien des côtelettes d'agneau.

Bien cuites pour moi.

Mark n'est pas au moins jaloux ?

Vous arrivez ?

Je vous ai vue dehors, vous caquetiez comme toujours.

Quelle merveilleuse fête ! Je me suis bien défoulée.

Merci, Dr Freud.

Ma chérie, mon inconscient est piégé.

Tenez-vous bien.

Elle est heureuse ?

Follement.

Il n'a pas un centime.

Pas un sou, sauf ce que rapporte la revue.

Tout est hypothéqué à mort.

Je ne t'ai pas quittée des yeux.

- Tu me manquais. - Et comment !

Combien de temps...

Je voulais vous parler à tous deux. Je peux troubler votre bonheur ?

Merci d'être venu.

La nouvelle ne m'a pas rempli de joie.

Son bonheur n'égale pas le mien, mais...

Arrêtez ! J'ai l'impression d'être en vitrine.

Il y a trop de monde ici. Si tu montrais tes chambres ?

Je n'y suis pas allé depuis mon retour.

- Je t'en ai parlé. - J'adorerais les voir.

Il faut faire des groupes.

Voyons s'il y a des clients.

Des chambres ?

Mark fait collection de chambres comme d'autres de papillons.

Rattachées à des événements heureux. Selon lui...

Une chambre peut influencer, voire déterminer

les actes de ceux qui y vivent.

La première est le salon de la comtesse

de Bleumanoir.

Elle fut murée par son époux

le matin du 25 août 1572.

Découverte à Paris. La première de ma collection.

- Ça a dû coûter cher de la copier. - Ce n'est pas une copie.

Ce sont les pièces originales, dans le moindre détail.

C'est une histoire d'amour ?

Pas exactement.

Que s'est-il passé ?

Un meurtre, ma chère.

La nuit de la Saint-Barthélemy.

Le comte était un Guise, dont la famille complotait

de tuer tous les huguenots de Paris.

Le comte était un fanatique religieux.

Quand il découvrit que sa femme était huguenote en secret,

elle ne fut plus rien pour lui.

Une chose sans âme.

Elle lisait, allongée, quand il entra.

Il l'a empoisonnée ?

Le verre ? Non, c'était du vin.

Mais voyez le mouchoir.

Il y a un peu de sang. Un coup de rapière.

Chambre n° 2,

l'arme a été moins conventionnelle.

L'inondation de 1913.

C'est la cave d'une maison à Barton, Missouri,

dévastée par l'inondation.

Un sordide petit salaud.

- La victime ? - Sa mère.

C'est plutôt rare,

un matricide.

Étudiante en psychologie !

Souvent, le meurtre d'une amie

ou d'une épouse a ses racines dans la haine inconsciente de la mère.

Le motif était parfaitement vulgaire. L'assurance de la vieille dame.

Il l'a attachée.

L'eau a monté.

Vous voyez où elle est arrivée.

Don Ignacio ne supportait pas le sang. C'était un homme cultivé.

On le voit à cette pièce. Même au Paraguay,

dans son hacienda au cœur de la pampa, il menait une vie cosmopolite.

Il avait fait ses études à Paris.

Pour lui, le meurtre, comme l'amour, était un des beaux-arts.

Il recherchait la perfection dans les deux domaines.

Constancia, Maria,

Isabela, étaient d'une beauté parfaite.

Avant d'être fusillé, il jura qu'il n'avait pas voulu tuer.

Il recherchait un amour suprême et éternel.

Mais quelque chose...

il parlait

d'une émanation maléfique de cette pièce, le forçait à tuer.

Un peu poussé.

Cela lui paraissait très apte.

Dommage qu'à l'époque,

on ait ignoré la psychanalyse.

La chambre n'y est pour rien ?

Si, bien sûr. Quelque chose lui était arrivé ici.

Dans son enfance, et il a décidé de tuer.

- Consciemment, il avait oublié. - Il tua quand même.

Sans savoir pourquoi. S'il avait pu

dire à un psychanalyste ce qui s'était passé ici,

le meurtre aurait été inutile.

Sauf si son amour pour ses victimes l'y contraignait.

Notre assassin suivant, à côté de Don Ignacio,

était un amateur.

Des "événements heureux" ?

C'est ce qu'a dit Mark.

J'ai dû mal comprendre.

Il ne me mentirait pas.

Rick m'a confié certaines responsabilités.

Je risque de ne plus vous voir seule.

Vous venez de signer un pouvoir.

Il donne à Mark les mêmes droits qu'à vous,

sur tout votre argent.

- Il en a besoin pour sa revue. - Elle se vend bien.

Vous êtes jaloux.

Pardon. Mais je connais Mark.

Il ne ferait rien de mal.

Quelle médisance !

Mark est verni. Sa première femme est ruinée, elle meurt.

La seconde, pleine aux as. Beau travail !

- Pas de scène. - C'est ignoble !

Des ragots.

Je l'ai forcé à prendre mon argent.

Vous croyez vous-même à ces ragots !

Pas un homme dans le tas !

Les femmes vous poussent à bout,

mais il y a d'autres moyens que le meurtre pour vous soulager.

Depuis Eve, la femme est la première tentation.

C'était la dernière chambre. Le guide n'accepte pas de pourboires.

Nous n'avons pas vu celle-ci.

Elle n'est pas terminée ?

Alors, voyons-la.

Elle est fermée à clé.

Ce doit être le comble de l'horreur.

Ouvre.

On doit avoir ses secrets.

Danger ! Méfie-toi des hommes à secrets.

Votre mari n'en a pas ?

Il me cache les choses d'instinct, comme un chien cache un os.

Quand la pluie a commencé, Arthur...

Tu le connais. Un verre de trop, il est parti.

Il dormait dans une chaise longue et je l'ai oublié.

Il doit être noyé.

C'est bon de se retrouver seuls.

Un dernier verre ?

Tu n'avais pas parlé d'une collection de chambres heureuses ?

Heureuses ? Non.

Tu veux dire fortunées ?

Fortuné ne veut pas dire heureux. Regarde le dictionnaire.

D'un effet heureux, approprié, apte.

Une architecture répondant à ce qui s'y passe.

Pourquoi seulement des meurtres ?

Le meurtre naît d'une émotion forte, plus encore que l'amour.

Une démonstration parfaite.

J'ai été terrifiée.

Les histoires sont impressionnantes.

Pas par ça. Par toi.

Je me sentais comme au Mexique, ce soir-là,

et comme à la gare.

Je ne sais pas de quoi tu parles.

C'était ta manière de te plonger dans ces histoires.

Comme si tu étais heureux de ces morts.

Qu'y a-t-il dans la septième chambre ?

Personne ne la verra jamais.

Pas même toi.

- Comment, jamais ? - N'est-ce pas clair ?

Je ne suis pas curieuse ou indiscrète.

Je veux te comprendre, souviens-toi.

Je dois vivre ma vie.

Depuis mon enfance, des femmes ont voulu la vivre pour moi.

Caroline, Eleanor, maintenant toi. Non merci.

Il n'y a pas de quoi nous disputer.

Je n'en discuterai pas. La chambre restera fermée !

- Levée avant 11 h ? - Je ne dormais pas.

Nerveuse ?

Une migraine.

- Que plantez-vous ? - Des œillets.

J'aime les œillets. D'un rouge profond.

- Et les lilas. - Elle aimait les lilas.

La mère de M. Mark. Il y en avait tout le long.

Blancs, violets, et des petits

- lilas de Perse. - Ils n'y sont plus ?

On les a arrachés au retour de M. Mark.

Mark les a fait enlever après la mort de notre mère.

Il y a si longtemps.

J'ai laissé l'engrais sur l'établi.

Seulement après le dîner.

Je voulais vous le dire.

Je suis contente que vous soyez ici.

Je me reproche le premier mariage de Mark.

J'ai choisi Eleanor pour lui.

Je le trouvais instable. J'ai voulu qu'il se marie, pour son bien.

Donnez-moi la cigarette.

J'ai observé Mark, hier.

Il vous aime beaucoup.

Enfant, Mark ressemblait à David.

Émotif, hypersensible.

Un jour, je l'ai enfermé dans sa chambre. Pour rire.

Quand on l'a libéré, il était hors de lui.

Il hurlait et pleurait de rage.

Tu es sourd ?

Réponds !

J'en ai assez de te voir fouiner.

Que faisais-tu dans ma chambre ?

Arrête de lire ! Que cherchais-tu ?

Cesse de sourire et réponds !

Qu'aviez-vous peur que je trouve ?

Sale petite peste !

Arrête ! Ce n'est qu'un enfant.

Si tu crois mieux réussir que moi, bonne chance.

Tu sembles l'aimer et le comprendre, je vois pourquoi.

Tu pourrais me comprendre aussi.

Je suis désolé, Mme Lamphere.

Mais n'intervenez jamais entre nous.

Voyez-vous,

il a tué ma mère.

Bizarre.

Pourquoi dois-je penser à des œillets rouges, des lilas ?

Quand la douleur devient insupportable, peut-être ne la sent-on plus.

J'étais venue

écrire à Edith

qu'on avait retrouvé le portefeuille de son mari.

David s'en va.

Je n'aurais pas dû le laisser partir.

J'aurais dû défendre Mark.

Le jardinier dit qu'il a fait arracher les lilas.

Je n'arrive plus à penser.

Je dois me ressaisir. C'est ridicule.

David est hypersensible et crispé.

Mais comment Eleanor est-elle morte ?

Comment Eleanor est-elle morte ?

Elle n'avait pas d'amour de Mark.

Lors de sa maladie, elle ne tenait plus à la vie.

Elle n'avait plus de résistance.

Elle aimait Mark, mais il ne l'aimait pas.

Peut-on tuer en refusant son amour ?

En retirant le désir de vivre ?

À son retour de la guerre, il a tout fait pour elle.

Chaque jour,

il apportait des livres, des fruits, des fleurs.

Il lui donnait toujours ses médicaments.

M. Mark est la bonté même.

Je sais, Sarah.

Heurté par un chauffard. La trousse à pharmacie.

Je reste ici avec lui. Il saigne.

La bonté même. Tendre,

doux.

Comment peut-il changer d'humeur si brusquement ?

Son esprit reste fermé,

comme cette porte.

Je dois les ouvrir,

pour son bien.

Si tu ne viens plus me voir, je viens te voir.

De quoi pouvons-nous parler ?

Je crois, de David.

Je ne tiens pas à parler de David.

Cette situation est intenable.

Je n'ai pas le temps.

Je suis pressé. Je dîne en ville.

Quelle sottise de ma part, de l'avoir enlevé.

M. Lamphere dîne en ville et il est si tôt...

Pourquoi vous faire passer pour défigurée ?

Il y avait une cicatrice, très laide à voir.

En sauvant la vie de David, j'ai sauvé la mienne.

J'allais être renvoyée.

Le mot est trop brutal ?

Pour moi, c'est un des plus importants.

Mark allait... ?

Non, pas lui.

Caroline et Eleanor voulaient se débarrasser de moi.

Tous ont été très reconnaissants.

Leur gratitude a été ma sécurité d'emploi.

Chirurgie esthétique, pendant mes vacances.

Je voulais le leur dire, mais quand...

Quand vous avez appris qu'il m'avait épousée, c'est ça ?

Vous espériez qu'il vous épouse ?

Vous allez le lui dire ?

Si vous ne voulez pas, non.

Je promets de ne rien dire.

Nous oublierons, toutes les deux.

Où est votre sac ?

Qui est là ?

Je voudrais New York, GR 4-2757.

Il n'y a personne ?

Alors rappelez-moi.

Non, madame Lamphere.

Tu es occupée ?

Je reviens plus tard ?

Non, j'appelais Edith.

Tu es venue dans ma chambre ?

Non, pourquoi ?

Il m'a semblé.

Je crois que tu as raison. Nous devons parler de David.

Ce n'était pas notre première dispute.

Je l'aime, mais j'ai parfois l'impression qu'il me rejette.

Ça m'inquiète, ça me panique presque.

Et quand tu l'as défendu...

Tu comptes tant pour moi...

Alors, pour David ?

J'y ai réfléchi. Tout ici lui rappelle sa mère.

À New York, il serait avec des garçons de son âge.

Tu aurais du temps pour me dompter ?

Je n'y avais pas pensé, mais en fait...

Qu'y a-t-il ?

Une des bougies est plus courte.

Quelle importance ?

Ça me choque.

Ça brise la symétrie.

Je rappellerai Edith.

À tout à l'heure. Je dois me raser.

Et si Mlle Robey venait ? Elle connaît New York.

Pour t'acheter des vêtements, je sais ce qu'il faut.

Bob passera plus tard prendre David.

Sinon, il l'attendra à la gare.

Tu t'entendras avec Bob.

L'inscription de David y est?

Ça vient d'Edith.

Le temps paraît s'arrêter

quand on attend que tout le monde dorme.

Si je n'y vais pas maintenant, je n'oserai jamais.

La chambre d'Eleanor !

Le lit où elle est morte !

David a raison.

Mais non.

Cette chambre est une copie.

Les autres sont les vraies.

Qu'est-ce que cela signifie ?

Où sont ses affaires ?

Les petits objets qui en font sa chambre.

N'est-elle pas terminée ?

Mais Mark a dit qu'elle était terminée.

Mark chéri, tu t'accuses,

tu te tortures.

Tu crois l'avoir tuée parce que tu ne l'aimais pas.

C'est une copie parce que tu ne pourrais pas tuer.

La bougie !

C'est ma chambre !

C'est moi qu'elle attend !

La chambre de don Ignacio !

J'ai vu de la lumière chez vous.

Je veux partir !

Je prends votre manteau.

La gare est à des kilomètres.

La clé de la camionnette.

Constancia...

Maria...

Isabela...

Ce sera un étrange procès.

"L'État de New York contre Mark Lamphere,

"accusé du meurtre de sa femme Celia.

"Pièce à conviction A. "

Que répondre quand on me demande si le meurtre était prémédité ?

Prémédité ? Je l'ai préparé toute ma vie.

Vous n'avez connu votre femme que ce printemps, au Mexique.

Je l'aimais beaucoup.

J'ai eu l'impression de l'avoir cherchée toute ma vie.

Pour la tuer ?

C'est venu plus tard.

On dit que vous avez aussi tué votre première femme.

Je me suis accusé. La chambre était pour ça.

Elle est morte parce que je ne l'aimais pas

et peut-être, inconsciemment,

ai-je voulu sa mort.

Mais nul homme n'est responsable de son inconscient.

Si vous n'êtes pas responsable de vos pensées,

qui l'est ?

On est formé par ce qu'on a vécu.

J'ai toujours été dominé par des femmes.

Enfant, par ma mère.

Quand elle m'a quitté... quand elle est morte,

par Caroline, puis par Eleanor.

Je n'ai jamais vécu pour moi.

J'ai pu penser... On ne juge pas un homme pour ses pensées !

Mais pour leurs conséquences.

Je n'ai pas tué Eleanor.

Vous avez tué votre femme, Celia.

J'ai essayé de ne pas tuer.

La première fois, au Mexique, je l'ai fuie.

Le besoin de tuer s'est évanoui.

J'ai cru avoir rêvé.

Puis, quand elle est venue me chercher à la gare,

j'ai ressenti un amour profond et doux.

Et puis...

quelque chose m'a submergé, comme un brouillard.

Elle est devenue une autre, je devais la tuer.

Je me suis dominé plusieurs fois.

Des forces obscures sont en nous.

Nous sommes tous les enfants de Caïn. Nous avons tous pensé à tuer.

Je n'y peux rien.

Je l'aimais. Mais, je le jure,

si Celia était ici, je devrais encore la tuer.

Vous ne répondiez pas.

Mlle Caroline vous attend pour le petit déjeuner.

Dites-lui que je descends.

Je ne peux pas tenir la maison si on ne m'aide pas.

J'emmène David à New York, je dois faire la vaisselle.

Andy et Sarah vont à Levender Falls.

Personne ne se préoccupe de moi.

Mlle Robey dort encore.

Celia n'est pas dans sa chambre.

Elle ne prendra pas le petit déjeuner.

Calculez le solde de votre salaire. Vous partirez au plus vite.

J'exige une certaine loyauté. Mlle Robey a fait la preuve

qu'elle est prête à tout pour me tromper.

Elle vous a dit !

J'ai eu la sottise de la croire !

Vous n'avez plus besoin d'être reconnaissant !

De quoi parle-t-elle ?

Qui t'a dit quoi ?

Qu'a-t-elle fait, Mark ?

Elle a voulu intervenir dans ma vie.

J'en ai assez qu'on se mêle de mes affaires !

J'ai toujours pensé qu'elle...

Je vais devoir rester.

Celia semble être ailleurs.

Je ne peux pas demander à Andy et Sarah de rester.

Tu seras seul.

Je veux être seul.

Pour la première fois de ta vie,

j'aurai ce que je veux !

Je te croyais partie, hier soir.

J'étais partie.

J'ai rencontré Bob perdu dans le brouillard.

Je l'ai accompagné à la gare.

Pourquoi es-tu revenue ?

Parce que je t'aime.

Je t'ai épousé pour le meilleur... et pour le pire.

Andy nous conduit à la gare, Bob n'est pas venu.

Celia est revenue.

Je suis très heureuse, Mark.

Restez, David et toi.

Je dois partir.

J'ai réfléchi. J'ai toujours voulu ton bien.

Je réglais tout pour toi.

Je t'empêchais d'être heureux.

Tu dois rester.

Vous réglerez vos problèmes sans moi.

Parlez-en entre vous. Je sais que tu l'aimes.

Nous devons y aller.

Je ne peux pas rester seul avec elle.

Je pars. Je dois aller à New York.

Tu vas me manquer.

Tu seras seule ici. Ils sont tous partis.

Va passer la nuit à Levender Falls.

Je n'ai pas peur.

- Je t'aime beaucoup. - Je sais.

Dans trois heures, il y aura 150 km entre nous.

Dans trois semaines, 15 000.

Je dois être aussi loin d'elle que possible.

Pour New York ?

J'ai oublié quelque chose à la maison.

Mlle Robey ? M. Lamphere est allé à New York.

Je ne sais pas quand il revient.

Tu voulais me tuer hier soir.

Je sais pourquoi tu es revenu.

Hier, je voulais me sauver, mais plutôt mourir que vivre sans toi.

Ce serait une mort lente, qui durerait toute une vie.

Oui, les lilas ont quelque chose à y voir.

Interroge-toi. Quelque chose est enfoui en toi,

si profond que tu ne sais plus que c'est là.

C'est enfermé dans ton esprit,

comme tu gardes cette chambre fermée.

Personne ne doit savoir ce qu'il y a dedans.

Tu as dit que tu m'aimais.

Mais une chose cachée te force à me haïr, à me tuer.

Je ne te hais pas.

À la gare, tu voulais m'embrasser, puis tu as vu les lilas.

Ma mère aimait les lilas.

Mais tu les as fait arracher à sa mort.

- J'aimais ma mère. - Caroline me l'a dit.

T'a-t-elle fait du mal quand tu étais petit ?

Tu as entendu...

J'ai fermé la porte, au Mexique ! Ça a été le début !

C'était l'été.

J'avais dix ans. J'avais oublié cet été.

Tu ne voulais pas t'en souvenir.

Ma mère et mon père étaient séparés.

Je m'en moquais. Elle était tout pour moi.

J'étais avec elle dans le jardin.

J'entends encore les abeilles au-dessus des fleurs.

Elle a cueilli des lilas par brassées. Je l'ai aidée

à en mettre dans chaque pièce.

Et la porte fermée à clé ?

Elle sortait danser ce soir-là.

J'étais jaloux.

Carrie s'est moquée de moi, comme toujours.

J'ai supplié ma mère de rester.

Elle a dit qu'avant que je me couche,

elle me ferait la lecture dans sa chambre.

Ça comptait tant pour moi... elle aurait dû savoir.

Quand j'ai été prêt, je suis allé à la porte, et...

Tu étais enfermé !

Elle m'a enfermé. Je l'ai entendue tourner la clé.

Je l'ai appelée, mais elle est allée danser.

J'ai martelé la porte jusqu'à avoir les mains en sang.

J'ai couru à la fenêtre et l'ai vue partir, avec un homme.

Je l'ai appelée

et j'ai pleuré.

Pour la dernière fois de ma vie.

J'ai étranglé les lilas,

je les ai piétinés, tués ! Je voulais la tuer.

Je n'avais que dix ans. Je la haïssais.

Je savais qu'un jour...

Ce soir !

C'est Caroline qui a fermé la porte, elle me l'a dit !

- Fermée à clé ! - J'ai entendu tourner la clé.

Je ne savais pas que vous étiez là.

Cette nuit, tu as tué la racine du mal en moi.

Mais il me reste un long chemin.

Il nous reste un long chemin.

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