All language subtitles for Gelosia (Pietro Germi, 1955) DVDRip VO

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Original subtitles

JALOUSIE

Rocco Criscione,

acceptes-tu de prendre pour �pouse Agrippina Solmo

selon les rites de notre sainte m�re l'�glise ?

Oui.

Et toi, Agrippina Solmo,

acceptes-tu de prendre pour �poux Rocco Criscione

selon les rites de notre sainte m�re l'�glise ?

Oui.

Joignez vos mains droites.

Je vous d�clare unis par les liens sacr�s du mariage...

La mari�e �tait si belle

Belle comme une p�che

Je vous salue tous et je rentre chez moi

Mon amour, regarde par la fen�tre

Les belles fleurs que je t'ai cueillie

Mon amour, regarde par la fen�tre

Les belles fleurs que je t'ai cueillie

Rocco !

Suis-nous Neli.

- C'est pour Rocco ? - Oui.

Si c'est pour Rocco, vous faites erreur, commissaire.

- Ce n'est pas moi. - Tu seras vite rentr� alors.

Je suis p�re de famille. Je ne m�rite pas cet affront.

Pourquoi faire un scandale ?

La foule va s'attrouper.

Faisons en sorte que tout se passe bien.

Un simple interrogatoire.

L�chez-moi !

Laissez-le !

Emmenez-le !

Laissez-le.

Papa !

Il est innocent ! Vous n'avez pas le droit !

Excellence, voyez comment on me traite !

Avance !

Excellence, rendez-nous justice !

Mon p�re est innocent !

Je ne suis pas Dieu le p�re.

Je ne peux rien contre la justice. Ils doivent avoir leur raison.

Que vais-je faire sans lui ? Qui donnera � manger aux petits ?

Je te ferai donner un sac de farine.

Neli Casaccio, Tu es accus� du meurtre de Rocco Criscione.

Qu'as-tu a d�clar� ?

Votre honneur, je suis innocent.

Tu l'as d�j� dis. Assieds-toi.

Les t�moins.

Lo Curzio, Carmine !

La ranc�ur, excellence, la ranc�ur

Le motif, j'en sais rien.

Mais un jour, Neli croisa Rocco sur la route du ch�teau...

Neli hurlait : "Je te brulerais vivant !"

Ils ont sorti les couteaux mais c'est pas all� plus loin.

Je dis que Neli a bien fait de tuer Rocco.

Qu'est-ce que tu dis, Turi ?

- Ce n'est pas moi ! - On est amis depuis 30 ans.

M�me moi, j'aurais veng� l'honneur de ma fille.

Ce n'est pas vrai. Je le jure sur le Christ en croix.

Rocco ne vous avait-il pas compromis en public ?

Il venait chanter sous ma fen�tre. J'ai essay� de l'arr�ter.

"Tu as toute les femmes que tu veux." "Ne viens plus."

Mais il revenait tous les soirs.

Je voulais qu'il se taise. Mon p�re pouvait l'entendre.

"Laisse-moi en paix.", je lui disais.

Quelle �tait la nature de vos relations ?

Nous nous aimions.

Est-il vrai que votre p�re a tir� un soir ?

Pour lui faire peur.

Il voulait qu'il arr�te. Les gens commen�aient � parler.

Ils se sont querell� mais Rocco lui a jur� qu'il m'�pouserait.

Mais il a �pous� Agrippina Solmo.

Et votre p�re l'a tu� par vengeance.

C'est faux, votre honneur !

Quand Assunta est venue nous dire qu'il s'�tait fianc� � Agrippina,

mon p�re �tait content.

Il avait toujours pens� qu'il n'�tait pas fait pour moi.

Il disait, "Mieux vaut une vieille fille chez soi que mal mari�e"

Mon p�re n'en a jamais voulu � Rocco.

Le jour de son mariage mon p�re est all� le f�liciter.

Pourquoi l'aurait-il tu� ?

Vous pouvez disposer. Le Marquis de Roccaverdina.

Plut�t mourir que de porter tord � mon p�re.

Crois-moi, papa, tu n'as pas � rougir de moi.

Le Marquis de Roccaverdina !

Excellence.

M. le Marquis.

La cour regrette de vous importuner,

mais votre t�moignage a �t� jug� n�cessaire.

Je ferai tout mon possible pour aider la cour.

Jurez-vous de dire la v�rit� toute la v�rit�, rien que la v�rit� ?

- Dites "Je le jure". - Je le jure.

Asseyez-vous, M. le Marquis.

D'apr�s l'enqu�te, le feu Rocco Criscione,

�tait � votre service depuis 7 ans.

Il �tait contremaitre de ma propri�t� de Margitello.

- Que pouvez-vous nous dire de lui ? - il �tait honn�te et travailleur.

On le disait grand coureur de jupon.

La vie priv�e de mes gens m'importe peu

tant qu'elle n'empi�te pas sur mes droits.

Il apparait qu'Agrippina Solmo, la veuve de la victime,

�tait � votre service avant son mariage.

Qu'avez-vous � dire sur elle ?

Une employ�e mod�le.

Comme le veut la coutume, Rocco vous-a-t-il demand� votre autorisation ?

Avez-vous encourag� ce mariage ?

Je n'avais aucune raison de m'y opposer.

Quelqu'un d'autre aurait-il eu un motif pour s'y opposer ?

Il est important de le savoir. La justice doit suivre son cours.

Pensez-vous que quelqu'un d'autre

que Neli Casaccio, ici pr�sent ai pu avoir une raison, un sentiment,

un int�r�t, pour s'opposer

ou contrarier ce mariage ?

Non, je ne vois pas.

Je suis innocent !

M. le Marquis,

la cour vous remercie pour votre coop�ration.

Agrippina Solmo.

Aidez-moi, M. le Marquis. Je suis innocent !

Levez la main droite.

Jurez-vous de dire la v�rit� toute la v�rit�, rien que la v�rit� ?

- Dites "Je le jure". - Je le jure.

Asseyez-vous.

Votre mariage, Agrippina Solmo,

�tait-il un mariage d'amour ?

Oui.

D�fendre l'honneur de sa famille, c'est bien.

Mais par tous les diables,

si on devait tous faire justice � coups de fusils...

Je joue le roi, et je vous parie 20 ans pour Neli Casaccio.

Votre roi peut aller en enfer, cher docteur,

et 5 ans pour Neli avec circonstances att�nuantes pour crime d'honneur.

Si vous travaillez comme vous jouez

pauvre cadastre, cher ing�nieur.

Pr�m�ditation ! Pas de circonstances att�nuantes !

- Ils sont arriv�s ? - Pas encore, monsieur.

Je suis impatient de savoir combien il va prendre.

Une condamnation serait une injustice.

- Ce n'est pas lui l'assassin. - Qu'en savez-vous ?

Je ne changerai pas d'opinion m�me s'il est condamn�.

- Un jury n'est pas infaillible. - Vous savez donc qui a tu� Criscione.

Non, cher Marquis. Et quand bien m�me, je me tairais.

Alors taisez-vous et arr�tez de rendre justice.

Nous sommes ici pour jouer.

Si le sort de Neli Casaccio vous passionne, allez attendre

sur la place.

- Ils arrivent ! - C'est bien eux !

Coupable ! Ils l'ont condamn� !

30 ans ! Un verdict incroyable !

Excellence !

Que veux-tu ?

Rien.

Pourquoi es-tu venue alors ?

Excellence, pardonnez-moi. Je voulais vous voir.

Viens. Il ne faut pas que l'on nous voit ensemble.

Pourquoi es-tu venue ?

Je t'avais demand�e de ne plus venir.

Silence ! On va t'entendre.

Que vous ai-je fait, pour �tre trait�e comme �a ?

Vous avez �t� g�n�reux. Je ne le nie pas.

Mais moi aussi. Je vous ai donn� ma jeunesse,

mon honneur, mon c�ur, tout.

Je vous ai aim�.

- Tu as �t� mon enfer. - Pourquoi dites-vous �a ?

Je vous ai apport� un peu de bonheur.

Au d�but, oui.

Je suis seule. On me regarde de travers.

Personne pour dire une parole de compassion.

Tu as besoin de quelque chose ?

- Tu souffres de faim ? - Non, �a non.

C'est de vous voir me traiter comme un chien enrag�

qui me fait souffrir.

J'aurais du mourir � la place de Rocco.

Va-t'en !

Je ne veux jamais entendre parler de Rocco ! Va-t'en !

Et ne reviens plus !

Si tel est votre d�sir, je m'effacerai de votre m�moire.

Non !

Va-t'en !

Pars !

Oublie le chemin de cette maison.

Vous, M. le Marquis ?

Je veux me confesser.

- A cette heure ? - Oui.

- Vous �tes seul ? - Bien s�r.

Agenouillez-vous, M. le Marquis.

Le Seigneur soit en votre c�ur afin que vous puissiez confesser vos p�ch�s.

Au nom du P�re, et du Fils et du Saint-Esprit...

Vous ne vous adressez pas � l'humble pr�tre,

mais � Dieu tout puissant qui est notre seul juge.

Parlez librement.

Don Silvio...

C'est moi qui ai tu� Rocco Criscione !

Vous ? Vous !

Don Silvio, aidez-moi !

Aidez-moi !

Mais pourquoi avoir fait �a ?

Je ne sais pas !

J'�tais devenu fou ! Fou de jalousie !

Et Neli Casaccio ? Comment avez-vous pu ?

C'�tait de leur faute ! Ils avaient jur� ma perte.

Si je ne l'avais pas tu�, ils m'auraient trahi.

Et maintenant, je ne peux plus la voir.

Qui ne pouvez-vous plus voir ?

Elle, Agrippina Solmo.

Racontez-moi tout.

C'est difficile.

Cela remonte si loin en arri�re.

Il est �trange

que des �v�nements qui semblaient si simples et naturels

m'apparaissent d�sormais comme autant de pierres

qui l'une apr�s l'autre ont construit mon malheur.

Agrippina, je l'ai rencontr�e pour la 1ere fois, il y 3 ans

quand ceux de Modica sont venus pour la r�colte des olives.

Les femmes aux granges, les hommes aux arbres.

Les enfants de moins de 10 ans ne sont pas pay�s. Compris ?

Ce soir l�,

je ne sais pourquoi, je me retrouvais hors du bourg,

pr�s du campement des cueilleurs.

Ils dansaient.

Je ne savais m�me pas pourquoi je venais l�.

O� peut-�tre ne le savais-je que trop bien.

Mais je refusais de me l'avouer.

Assez ! Demain, il faut se lever � l'aube.

Excellence.

Laisse-les, Rocco.

Alors, en avant la musique !

Qui c'est, celle-la ?

- Vous �tes bien cavalier. - Et toi, tu es belle. Ton nom ?

Agrippina Solmo.

- Mari�e ? - Je n'ai pas encore voulu.

- Tu es venue seule ? - Non.

Tu sais que tu plais � quelqu'un ?

Rocco �tait alors un serviteur fid�le.

Le lendemain, il me dit qu'Agrippina �tait affect�e

dans un secteur isol� de l'oliveraie.

J'allais la retrouver � travers la campagne.

Tu m'as vu, et tu ne me salues pas.

Excellence.

Tu sais qui je suis ?

Le maitre.

Comment peux-tu savoir sans me regarder.

Son Excellence est le maitre.

Approche.

Tu as peur ?

Je n'ai pas peur.

Tu es belle.

Tu le sais ?

Si Son Excellence le dit...

Nous fumes tous les deux emport�s par la passion.

Nous ne pouvions plus nous passer l'un de l'autre.

J'en �tais arriv� � croire que cette femme �tait une b�n�diction,

tant le bonheur me submergeait

Chaque jour, notre amour devenait plus profond.

C'�tait une cr�ature merveilleuse, passionn�e et soumise.

Elle aurait fait tout ce que je lui aurais demand�.

Je ne voulais pas la perdre,

mais la r�colte des olives s'achevait.

Laisse-nous.

Un miracle est arriv� � ta fille.

Certains miracles se transforment en mal�dictions.

- Ce miracle est bon. - Quel saint l'a fait ?

M. le Marquis.

Quel honneur peut faire le Marquis � nous, pauvre gens ?

Il veut Agrippina pour aider sa gouvernante malade.

Nous ne sommes pas d'ici.

Demain, le travail fini, nous rentrons chez nous.

Ne t'inqui�te pas pour elle.

Elle sera bien trait�e, nourrie et habill�e.

Et vous n'aurez jamais eu autant d'argent : 20 pi�ces d'or.

M. le Marquis croit que les pauvres n'ont pas d'honneur.

Qui parle d'honneur ?

C'est un bon march�.

Si tu te sens capable de dire non � M. le Marquis...

Ma fille est assez grande pour d�cider elle-m�me.

Mais si elle reste,

elle sera comme une chienne �gar�e sans regret.

J'ai parl�. Fais ton choix.

Ma fille...

Le malheur s'abattra sur toi.

- Que veux-tu ? - Je suis Agrippina Solmo.

Et alors, que veux-tu ?

M. le Marquis m'a envoy� cherch� pour servir au palais.

Une nouvelle servante ?

Je ne serais plus bonne � rien ? Je n'ai besoin de personne.

Passe par derri�re.

Une autre servante. Approche que je te vois.

�a fait quarante ans que je m'occupe de tout ici.

J'ai nourris le Marquis de mon propre lait.

Il est plus qu'un fils pour moi.

Viens.

Par l�.

Voil� ta chambre.

Ton lit est fait.

Tes affaires, range-les l�. Le peu que tu as.

Je suis robuste. Je travaille depuis toujours.

Ordonner et j'ob�irai.

J'ai toujours �t� servante.

Je te servirai aussi.

Peu m'importe.

Du moment qu'il est content.

- Ta chambre te pla�t ? - Oui. Excellence.

- Tu regrettes d'�tre venue ? - Non.

Alors pourquoi gardes-tu la t�te basse ?

Tu resteras ici. A jamais ici.

Comme vous voudrez, Excellence.

On raconta partout que le Marquis de Roccaverdina

avait install� une �trang�re dans son palais.

Les aristocrates du pays ne me pardonn�rent jamais

d'avoir choisi une femme qui n'�tait pas de mon rang.

Cela offensait leur vanit�, leur vanit� de caste.

Ils n'�taient pas meilleurs que moi.

Je connaissais chacun de leurs vices,

mais eux, conservaient intacte une respectabilit� de fa�ade,

qu'� leurs yeux, j'avais perdu.

Ces comm�rages m'irritaient

m�me si j'affichais la plus grande indiff�rence.

Comment je vivais et avec qui ne les regardait nullement.

Mais la nouvelle se propagea

et fini par provoquer le retour de ma tante.

Antonio !

Ma tante.

Tu es Christine, n'est-ce pas ? Ravi de te revoir, Zosima.

- Comment vas-tu, Antonio ? - Bien, merci. Et toi ?

J'ai r�ussi � la ramener de Messine malgr� l'hostilit� de ma s�ur

Mais l'envie de Zosima de revoir les lieux de son enfance

et son cousin n�gligent a �t� la plus forte.

Moi, n�gliger Zosima ?

- Tu restes longtemps ? - Quelques jours.

Ou quelques mois.

L'air de Rabatto lui va si bien. Chaque jour, elle embellit.

- Ma tante... - Quoi "Ma tante" ?

Quand arr�teras-tu de te d�consid�rer ?

Arriv�e � l'improviste, je n'ai pas m�me un th�

� offrir � ces pauvrettes. Invite-nous chez toi.

Avec plaisir, ma tante.

Dois-je attendre, Mme la Baronne ?

Oui... non.

Am�ne la jeune dame voir le vieux ch�teau

- Je veux rester ! - Hors de question. Suffit !

Va, Giuseppe.

Te souviens-tu,

quand tu d�gringolais ces marches au moins une fois par mois ?

- Et Mamma Grazia ? - Elle va bien.

- Bien s�r, elle a vieilli... - Naturellement.

Cette demeure a une �me.

Tant de Roccaverdinas ont habit� ces murs.

Va chercher Mamma Grazia.

Madame ! Cela fait si longtemps !

Vous �tes resplendissante moi qui suis si vieille maintenant.

Et vous, Madame !

Les ann�es ne marquent que les pauvres gens.

Je te trouve bonne mine. Tu n'es pas si vieille.

La soif de changement de tant de gens

n'est que sacril�ge.

Ceci dit,

cette maison de c�libataire est trop grise.

Une femme de go�t saurait

apporter un peu de joie dans cette vieille demeure.

- N'est-ce pas Zosima ? - Je ne sais.

Sers-nous de ce vin de Margitello. Ou pr�f�reriez-vous du caf� ?

Le vin.

Reste, Mamma Grazia.

Tu as une nouvelle servante. J'aimerais la voir.

Pour se sentir bien dans une maison, il faut en conna�tre ses habitants.

Assieds-toi, Antonio. Donne-nous de tes nouvelles.

Zosima �tait si impatiente � l'id�e de te revoir.

Ma tante !

Alors ?

Ob�is � la Baronne.

La vie d'ici est bien monotone.

La campagne, la s�cheresse chronique,

les ennuis avec les m�tayers infect�s par le socialisme.

Et la solitude au milieu de cette morosit�.

Il te faut une femme, des enfants !

Mais oui, ma ch�re Zosima ! Des enfants ! Des fils !

Si mon coquin de neveu, h�ritier direct de notre lignage,

ne se soucie pas de la post�rit� du nom des Roccaverdina...

Ma tante !

Je d�cide seul de ces affaires.

Je suis assez vieux pour en �tre le seul juge.

Tu as perdu ton sens du jugement. Mais tu le retrouveras,

une fois mari�.

Pose �a l�.

Montre-toi un peu Fais-toi voir.

Va, Agrippina.

Elle ne nous sert pas ?

Dans une maison noble, les domestiques sont l� pour servir.

Vos ongles sont sales.

Vous n'�tes pas faite pour servir dans cette maison.

Nettoyez !

Laissez. Ce n'est rien.

- Tes souliers sont fichus ! - Assez !

Va, Agrippina. Fais venir Mamma Grazia.

Va !

Ne t'inqui�te pas, Antonio.

La servante est maladroite mais un verre n'est pas une grande perte.

Du reste, quand tu auras pris femme, tout ceci n'arrivera plus.

Allons-y, Zosima.

Nous t'attendons demain. Zosima jouera un peu de musique

et te montrera les derniers livres parus.

Au revoir, Marquis de Roccaverdina.

Au revoir, Zosima.

Au revoir, Antonio.

Pourquoi pleures-tu ?

Pourquoi pleures-tu !

Viens.

Viens !

Viens.

Viens.

Assieds-toi.

Assieds-toi.

Tu es la maitresse ici. Tu seras toujours la maitresse.

Sers d'abord Agrippina.

Agrippina me seconda docilement mais sans joie

dans mes efforts pour la transformer en dame.

J'ignorais moi-m�me si dans ma d�termination

j'agissais par amour ou par d�fi pour ces autres

qui voulaient r�gir ma vie selon leurs propres pr�jug�s.

Je me fichais compl�tement,

de l'opinion de ma famille de la ville enti�re.

J'�tais heureux aupr�s d'elle. Je vivais une fable

merveilleuse.

Je n'osais y croire.

Est-ce le palais des Roccaverdina ou une �table de Margitello ?

Je connais un docteur qui gu�rit les maladies mentales.

A ta place, j'irai le voir.

Tu �viterais ainsi un conseil de famille et la d�ch�ance.

Sors.

- Retourne � ta place. - Non.

Nous devons parler de choses que les domestiques ne comprennent pas.

Sors.

Va, je t'appellerai.

Qu'as-tu � me dire ?

Assieds-toi. Parlons calmement.

J'ai peu de temps � te consacrer.

Les Roccaverdina ont toujours �t� des t�tes folles.

Ils ont dilapid� leur fortune pour des femmes

mais des femmes qui en valaient la peine.

Toi, tu n'est pas fou, tu es stupide.

Tomber amoureux d'une servante !

Et comble du ridicule, l'habiller en dame

et la faire assoir � la place revenant de droit � une marquise !

Ce sont mes affaires.

Ce sont affaires de famille, s'il est vrai que nous fassions

encore partie de la m�me famille.

Je peux encore changer mon testament.

- Fais ce que bon te semble. - D�barrasse-toi d'elle !

Un jour ou l'autre, tu finirais par l'�pouser.

Eh bien, je l'�pouserai ! Je l'�pouserai !

Pauvre neveu. Te voil� devenu un laquais.

Je fus effray� par l'id�e qui naissait dans mon c�ur :

un Marquis de Roccaverdina, �pousant Agrippina, fille de Salvatore Solmo.

Elle avait repris sa place

humblement, m'invitant ainsi � reprendre la mienne.

Je n'arrivais pas � oublier les mots de ma tante.

Plus ils me tourmentaient,

et plus mon amour m'incitait � admettre leur justesse.

Pour mon malheur, je fus incapable de prendre la moindre r�solution.

Quelle r�solution aurais-je pu prendre ?

Ma Famille ne s'�tait jamais abaiss�e � s'allier � des roturiers.

J'aimais Agrippina, trop.

Je savais que si elle restait ici, pr�s de moi,

un jour ou l'autre, je finirai par l'�pouser.

Je ne pouvais, je ne devais pas l'�pouser.

Pourtant je la voulais mienne, mienne !

Un jour, j'appelais Rocco et lui ordonnais :

"�pouse Agrippina Solmo."

Je comptais sur sa d�votion, sur sa fid�lit�.

Il me r�pondit : "Comme vous voudrez, Excellence."

"Tu seras son mari seulement par le nom."

Il n'h�sita pas : "Comme son Excellence voudra."

"Jure-le." Il jura.

- Sacril�ge ! - Il pouvait refuser.

Mais non. Il accepta imm�diatement.

Un sacril�ge.

Je la fis alors appeler.

Je ne doutais pas de sa r�ponse.

Je l'avais vue si souvent soumise

ob�issante comme une esclave, sans aucune ambition.

Je lui dit : "Tu dois �pouser Rocco."

Elle me regarda suppliante mais me r�pondit :

"Comme son Excellence voudra.

"Tu seras sa femme par le nom seulement. Jure-le !"

Elle jura.

Quelques jours plus tard elle quittait le palais.

Que dieu vous prot�ge.

Elle partit humble et soumise comme elle �tait venue.

Sans une parole de ranc�ur contre l'homme qui avait d�truit sa vie.

J'eus alors le pressentiment d'un d�sastre.

J'aurais voulu l'appeler lui crier de revenir.

Le courage me manqua encore.

Je n'avais plus qu'� supporter les cons�quences des �v�nements

que moi-m�me, j'avais provoqu�.

Je donnais en dot � Agrippina une maison � Margitello.

Rocco pr�para la maison comme pour accueillir une vraie mari�e.

Il envoya des invitations. il voulait des musiciens,

des fleurs � l'�glise comme pour de vrais noces.

"Aux yeux des gens" disait-il.

Les soup�ons, la jalousie, me submergeaient.

Je m'�tais tromp�, mais il �tait trop tard.

Rocco voulait m'enlever Agrippina.

Et elle...

M�me elle...

Je me cachais pour lire au fond de leur c�ur

Je voyais leur bonheur.

Rocco se penchait sur elle, le regard moqueur.

La preuve de sa trahison !

J'aurais voulu hurler : "Rocco m'a trahi !"

Alors que vous b�nissiez leur union,

j'eus la certitude que Rocco devait mourir.

Je l'avais tu� !

A genoux devant Dieu.

Dieu ne pardonne qu'� ceux qui se repentent.

Je me repens.

�tes-vous pr�t � r�parer les torts caus�s aux gens et � leur r�putation.

Oui, si c'est possible.

Par votre faute, un homme innocent souffre.

- J'aiderai sa famille. - Ce n'est pas suffisant.

- Je ferai des dons � l'�glise. - Ce n'est pas suffisant !

Que puis-je faire d'autre ?

Prendre la place d'un innocent !

- Mais je suis un Roccaverdina ! - Un Roccaverdina...

En prison, croupit un homme au nom plus noble que le v�tre.

- On l'appelle "innocence." - Je ne peux pas !

Vous me faites profond�ment piti�.

Dieu est mis�ricordieux, mais sa justice est implacable.

Votre lutte contre le mal et les remords est sans espoir.

La vie prise � Rocco, la vie d�truite de Neli et de ses enfants,

le sang vers�, vous poursuivront � jamais.

Vous ne trouverez jamais de paix. Ni ici bas ni dans l'au-del�.

Assez !

Vous me faites oublier qui vous �tes et qui je suis.

J'ai parl� en confession. Vous ne pouvez me d�noncer.

Puisse Dieu avoir piti� de vous.

N'oubliez pas.

Laisse-moi !

Quelle heure est-il ?

Zosima, ma tante ! Il s'est r�veill� !

Tu nous a donn� tant de soucis. Comment te sens-tu ?

Quelle heure est-il ?

15 heures.

J'ai dormi tout ce temps ?

Nous sommes samedi. Tu as perdu conscience durant 3 jours.

Le docteur t'a saign� 2 fois. Il craignait une congestion c�r�brale.

Tu a �t� tr�s malade, mon fils.

Quand je t'ai retrouv� par terre, j'ai eu peur que tu sois mort.

Assez, Mamma Grazia. Ne l'inqui�tons pas davantage.

Va plut�t chercher le docteur, qu'il vienne imm�diatement.

Et toi Cristina, avec moi. Allons lui pr�parer un jus d'orange.

Zosima, reste ici.

Tu peux la remercier. C'est � elle que tu dois la vie.

Elle t'a veill� comme un ange.

Zosima...

Du calme. Tu ne dois pas parler.

Si je te pose une question, me r�pondras-tu sinc�rement ?

Tu te fatigues.

Ai-je d�lir� ?

- Tu avais de la fi�vre. - Ai-je parl� dans mon d�lire ?

Non...

Tu m'as promis de dire la v�rit�.

Tu as prononc� des phrases sans suite.

Qu'il �tait n�cessaire d'enlever le crucifix de couloir.

Tu ne le supportais plus.

Mamma Grazia l'a donn� � l'�glise.

- Ai-je dis autre chose ? - Non.

Qu'aurais-tu bien pu dire ?

Reste calme. Ne t'agite pas.

Merci, Zosima. Je vais t'ob�ir.

Tu es si bonne avec moi.

J'ai travers� une p�riode difficile Cela ira mieux dor�navant.

Je suis encore faible, mais je me sens rena�tre.

Je gu�ris...

Tu gu�riras. Tu gu�riras s�rement.

Il gu�rira. Mais il devra mener une vie calme, et r�guli�re.

Aide-le. Redresse-lui la t�te.

L'air te fatigue ? Tu veux rentrer ?

La brise est si douce aujourd'hui. L'�t� est proche.

- Je continue ma lecture ? - Non, assieds-toi.

Je pr�f�re rester ici. Je ne me lasse pas de te regarder.

- Ne te moques pas de moi. - Je pense ce que je dis.

Tu sais que c'est vrai.

Je t'ai observ�e ces jours o� tu �tais pr�s de moi.

Tu �tais si d�vou�e. On aurait dis presque de la tendresse.

J'aurais fait de m�me avec n'importe qui dans le besoin.

Te souviens-tu de notre enfance ?

Le bon vieux temps.

Nous avions alors des sentiments l'un pour l'autre.

A quoi bon �voquer le pass� ? Cela ne sert � rien.

Coute-moi, je t'en supplie.

R�ponds-moi avec ta sinc�rit� habituelle.

Ma vie n'a �t� qu'une erreur.

Du d�but � la fin. Bien pire qu'une erreur.

Mais peut-�tre n'est-il pas trop tard si tu m'aides � oublier.

Oublier cette femme ? Comment pourrais-tu l'oublier ?

Elle est plus jeune que moi, plus belle.

Tout est fini avec cette femme.

Je ne veux plus jamais la voir.

Elle ne fait plus partie de ma vie.

Pr�s de toi, je me sens en confiance, en s�curit�.

Il me semble possible

d'oublier et de vivre normalement au milieu des gens.

J'ai besoin de toi, Zosima.

Rel�ve la t�te.

Regarde-moi.

Notre tante nous observe.

Quand elle m'interroge, je ne sais que lui r�pondre.

Dis-lui que tu m'as fait l'honneur

de devenir la Marquise de Roccaverdina.

Madame la Baronne, les voil� !

Pardon, ma tante !

- Mon fils ! - Mamma Grazia...

Original en tout, cher neveu. M�me dans ton silence.

Il y a si peu � raconter. Tout s'est pass� comme pr�vu.

Tu es la plus belle des marquises de Roccaverdina !

Il va falloir tout nous raconter, m�me ce qu'ignore ton mari.

Les jeunes mari�es grossissent. Ce n'est pas ton cas.

Je vais bien.

Tu n'as pas � avoir honte si tu as d�j� la chance...

Nous sommes tous dans l'attente d'un h�ritier...

Non, je t'assure...

Comment te sens tu ? Tu es si pale.

J'ai toujours eu le teint p�le.

C'est la travers�e de Naples � Palerme qui a du me perturber.

Je veux tout savoir ! Tu as du en voir des choses !

Laisse-moi me reposer un peu.

Ton mari est stupide. Prendre le bateau alors que...

Il ignore que je souffre du mal de mer.

Antonio est tr�s attentionn�.

- Tu ne m'as rien rapport� de Rome ? - Que je suis b�te ! J'oubliais !

�a vient de Florence. J'esp�re que �a te plaira.

Pour toi. Ouvre.

Je te remercie. C'est tr�s beau !

Quelle merveille. Elle est magnifique !

Elle vient de Burano, une �le de Venise.

Je suis si heureuse !

Et toi, es-tu heureuse ?

Bien s�r, ma tante.

- Marquis... fils... - Oui, Mamma Grazia ?

Je t'ai pr�par� une boisson chaude.

Depuis l'ariv�e de ta femme, Dieu prot�ge cette maison.

- Tu ne l'as plus vue ? - Non, mon fils.

- Est-ce la v�rit� ? - Je te le jure.

Je ne l'ai plus vue depuis des mois.

La derni�re fois, c'�tait � l'�glise avant ton mariage.

- Que t'a-elle dit alors ? - Rien.

Elle m'a dit : " Si la nouvelle de son mariage est vraie

"dis-lui que je lui souhaite tout le bonheur possible."

Tu la portes encore dans ton c�ur

Qui te dit que je l'aime encore ?

Je ne veux plus jamais la voir.

Si elle revient ici, peu importe ses raisons,

renvoie-la.

- Tu aimes ta chambre ? - Oui, Excellence.

- Tu regrettes d'�tre venue ? - Non.

Alors pourquoi gardes-tu la t�te basse ?

Tu resteras ici. A jamais ici.

Comme Son Excellence voudra.

- Tu te sens mal ? - Non.

Que veux-tu que je fasse ?

Reste pr�s de moi.

J'ai besoin de toi.

Bien plus que tu ne peux l'imaginer.

- Ce mariage est inesp�r�. - Il ne durera pas.

Il l'a �pous�e pour l'h�ritage de sa tante.

Cynisme de m�decin !

C'est l� mani�re de r�soudre ses probl�mes de c�ur.

- Vous croyez ? - Oui, et je m'en f�licite.

Moi aussi.

Un fou recouvrant la raison est un cas clinique int�ressant.

J'y mettrai le temps et l'argent,

mais cette propri�t� deviendra la plus riche de l'�le !

J'ignore tout des entrep�ts et des engrais,

mais construire une route ne serait pas de trop.

Les gens iraient plus facilement aux champs.

La route partira de la clairi�re,

descendra la colline, on sacrifiera quelques oliviers,

et passera entre ces deux collines.

Je vois.

Je suis si heureuse.

Allons voir.

Je ferai venir un technicien du continent.

La terre est bonne mais laiss�e � l'abandon trop longtemps.

Les paysans apprendront � fertiliser, � traiter les r�coltes.

- Ma richesse sera aussi la leur. - Qu'est-ce que c'est ?

Une procession. Trois mois qu'il ne pleut pas.

Allons-y.

Laisse-moi te montrer l'emplacement de l'entrep�t.

L'eau est importante.

Alors deux fid�les de plus ne seront pas de trop.

Assez, par piti� !

Oui, assez !

Si tu avais le courage de choisir une bonne fois pour toute !

Attention � ce que tu dis !

Mais tu as choisis. J'ai vu que tu avais choisi.

Depuis le d�but ! �a a toujours �t� elle !

Pourquoi laves-tu ici ? Les gens boivent cette eau.

Personne ne vient si haut. Son Excellence devrait le savoir.

J'ai souill� ton visage.

Son Excellence pourrait le pi�tiner.

Tu as entendu ? Deux coups.

Des chasseurs, Excellence.

On a tir�.

Coute, �a continue.

Excellence...

Ils arrivent. Tu entends, ils arrivent.

Excellence, �coutez-moi.

Il chante...

Il s'est arr�t�.

Il ne chante plus.

Excellence !

Qu'avez-vous, Excellence ?

Disparais, maudite ! Je ne veux plus te voir !

Il ne chante plus.

Halte !

Vous avez vu quelqu'un par ici ?

Si j'ai vu quelqu'un...

Neli Casaccio s'est �vad� il y a deux jours.

On l'a vu pr�s de Riesi. Il venait par ici.

Neli Casaccio...

Soyez prudent, il est arm�. Un cavalier est une cible facile.

Bonsoir. Son Excellence sait-elle ?

Oui.

Elle aussi le sait. Elle l'attend.

Mais s'il vient par ici...

On le tuera ?

On ne tire jamais les premiers,

mais si on doit se d�fendre...

Bonne nuit.

Esp�rons qu'elle soit bonne.

Antonio...

Don Silvio est ici.

Laisse-nous.

Neli Casaccio s'est �chapp� de prison.

Je sais.

Il est chez moi.

Que lui avez-vous dit ?

Il a besoin d'aide.

Donnez-lui cet argent.

Ne me regardez pas comme �a !

Prenez cet argent et donnez-lui.

Je ne peux refuser. Neli en a besoin.

Non ! Attendez !

C'est tout ce que j'ai ici.

J'irai � la banque. Je lui en donnerai plus.

Il pourra aller jusqu'� Palerme prendre le bateau pour l'Am�rique.

Je lui en donnerai plus !

Il commencera une bien meilleure vie.

Vous n'effacerez jamais votre dette.

Ses enfants le rejoindront en Am�rique.

Je les aiderai ! Ils auront une vie meilleure !

Vous avez d�shonor� un innocent. Vous en avez fait un d�sesp�r�.

- Vous avez tu� toute foi en lui. - Que faire alors ?

- Vous le savez... - Non !

Que se passe-t-il ?

Neli Casaccio ! Ils l'ont surpris chez lui !

Il voulait embrasser ses enfants.

Je l'avais conjur� de ne pas y aller.

Qu'attendez-vous ?

Qu'attendez-vous !

C'est la derni�re chance que Dieu vous offre.

Courrez avant qu'il ne soit trop tard. Pour l'amour de Dieu ! Courrez !

Dites-leur de ne pas tuer un innocent.

Tu es encercl�, Neli. Rends-toi !

- Vous voulez mourir ? - Contre le mur !

Ne tirez pas !

Antonio...

Que t'est-il arriv� ?

Antonio, ouvre !

Va-t'en !

Va-t'en !

Venez.

Non ! je te tuerai !

Sale traitre, je te tuerai !

Rocco !

- Peut-on le voir ? - Non.

Occupe-toi plut�t du commissaire.

Dis-lui qu'on ne veut pas �tre d�rang�s.

Il lui reste peu de temps. Le dernier Roccaverdina...

Fi�vre c�r�brale.

- Je veux voir Zosima ! - Allons-y.

Allez-y.

C'est vous qu'il attend.

Excellence !

Regardez-moi. Vous ne me reconnaissez pas ?

C'est moi, Agrippina.

Je suis l�, pr�s de vous.

Je suis venue pour vous.

Je ne repartirai plus jamais.

Pourquoi ne dites-vous jamais rien ? Vous �tes le ma�tre, non ?

Pourquoi n'avoir rien dit ?

Je ne vous ai jamais trahi.

Excellence.

Antonio !

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