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Original subtitles

Je suis Paul Verhoeven.

Je vais commenter un de mes 1ers films,

Turkish Delight.

Turkish Delight a �t� film� en 1972

et est sorti en 1973.

Beaucoup de gens au g�n�rique sont dans mes autres films.

Notamment le producteur, Rob Houwer,

G. Soeteman, le sc�nariste qui a fait tous mes films hollandais,

Jan de Bont qui est un r�alisateur c�l�bre, et beaucoup d'autres.

C'est amusant de voir que quelques personnes

sont devenues r�alisateurs. Nouchka van Brakel et Annette Apon,

qui �taient assistante et scripte,

sont devenues r�alisatrices toutes les deux.

Le d�but n'est pas conventionnel, pas tr�s am�ricain,

car il contient une s�rie d'�v�nements tr�s durs.

Les deux premi�res sc�nes sont des fantasmes.

Il imagine se d�barrasser de ces personnes qui l'ont trahi.

Surtout elle, car elle s'est acoquin�e avec un autre.

Et lui car c'est son amant.

Il se demande : "Comment me d�barrasser d'eux ?"

Plus tard, on le voit sur son lit et on r�alise que c'est un fantasme.

Ce n'est pas une vraie vengeance, c'est son imagination.

On passe � Rutger Hauer allong� sur son lit

et qui vient d'avoir ces pens�es.

On lui fait avoir un autre fantasme, une id�e de meurtre,

pour qu'on sache bien que ce n'est pas vrai.

Le film est ouvert sur la sexualit� comme vous avez pu voir.

On montre les parties naturelles du corps humain

comme dans le jardin d'Eden.

C'est donc son imagination. Apr�s �a,

on repassera � la r�alit� pendant quelques minutes...

J'ai rencontr� Rutger Hauer en faisant une s�rie T.V., Floris.

Il avait le r�le principal : Une sorte d'lvanho� hollandais.

Rutger �tait le "lvanho�" hollandais.

C'�tait pour les enfants mais c'est devenu une �mission familiale

tr�s populaire en Hollande.

Rutger est devenu une star.

Mais ceci est son premier r�le principal dans un grand film.

Je m'�tais bas�

sur ce qu'on avait fait avec le "lvanho�" hollandais.

C'�tait stressant de passer � ce sculpteur, peintre et �crivain

du roman Turkish Delight.

Apr�s cette sc�ne peu commune de masturbation,

on le voit nettoyer le bazar

qui s'est accumul� pendant des mois

apr�s qu'elle soit partie, apr�s qu'elle l'ait trahi.

C'est un moment o� il souffre encore

du fait qu'Olga, celle qu'on a vue sur la photo

et dans son imagination, l'ait quitt�.

Il semble essayer de repartir � z�ro,

Il semble essayer de repartir � z�ro,

de rattraper le temps perdu, de regarder d'autres filles.

La fa�on dont il se comporte avec ces filles

est toujours tr�s marqu�e par sa col�re et la blessure

qu'Olga lui a faite en disparaissant de sa vie

et en le trompant avec un autre homme, comme on le verra.

Ces filles sont juste des actrices...

Bizarrement, Monique van de Ven qui joue Olga,

devait faire partie de cette "mosa'�que",

ces vignettes de lui en train de faire l'amour � plein de filles.

Je l'ai auditionn�e pour ce r�le. Elle �tait si bonne

que l'actrice pressentie au d�part

n'a pas �t� prise.

Le contrat �tait presque sign� quand on a fait ces auditions.

Je crois que c'�tait pour la troisi�me femme qu'on va voir.

Elle a si bien jou� qu'on l'a fait revenir

pour essayer le r�le d'Olga, ce qu'elle a tr�s bien fait.

On a d�cid� de changer compl�tement.

On est pass�s d'une actrice connue, respect�e et talentueuse,

qui avait fait beaucoup d'autres films,

� cette fille totalement inconnue qui �tait encore � l'Acad�mie de Th��tre

de Maastricht, au sud de la Hollande.

Fous le camp !

�te ton cul de l� !

Monique van de Ven �tait cens�e jouer ce r�le ou le prochain.

Mais apr�s l'avoir vue dans le r�le d'Olga,

nous savions qu'elle serait parfaite et qu'un nouveau visage

serait mieux qu'un ancien.

Il n'aime pas ses seins. On a eu du mal

� trouver une actrice qui montrerait des seins imparfaits.

Il ne les aime pas.

L'actrice a d�cid� de faire �a

car d'un point de vue f�ministe, elle voulait dire

qu'on n'a pas � avoir une poitrine parfaite.

M�me si elle n'est pas tr�s jolie,

on n'a pas � en avoir honte.

Je ne suis pas s�r qu'elle n'ait pas regrett�.

C'est arriv� � beaucoup de gens dans mes films.

Je les convaincs que c'est g�nial, et je le pense.

Mais parfois, les r�percussions personnelles,

comme pour Elizabeth Berkley dans Showgirls,

peuvent �tre tr�s d�vastatrices.

On est dans la r�alit�, il va d'une fille � l'autre

pour oublier Olga. C'est plus ou moins son id�e.

Je baise mieux que J�sus !

Cette r�plique...

Quand mon p�re a su qu'elle �tait dans le film,

il m'a demand� fermement de la retirer.

Il trouvait que c'�tait un tel blasph�me,

qu'il a toujours refus� de voir le film. Il ne l'a jamais vu.

Ma m�re et une tante

ont �t� le voir sans que mon p�re le sache.

A cause de cette phrase, pas � cause du sexe.

Mon p�re qui �tait protestant a trouv� cette r�plique

offensante et pensait qu'elle n'avait rien � faire dans un film.

Mais j'�tais un artiste ind�pendant � ce moment

et j'avais d�cid� de le faire.

�a n'a rien cass� entre nous

mais �a a �t� un sujet br�lant pendant longtemps.

Turkish Delight est le deuxi�me film que j'ai fait

apr�s Business is Business,

une com�die sur deux prostitu�es.

On a fait Turkish Delight gr�ce au succ�s de Business is Business,

Wat Zien ik ? en hollandais.

On a pu r�aliser ce projet

qui �tait bien plus difficile et outrancier.

Le producteur, Rob Houwer, a d�cid� de le faire

apr�s le succ�s de Business is Business,

m�me si l'id�e nous est apparue

en... 1969 � peu pr�s.

Apr�s ce film, j'ai fait Katie Tippel,

puis un autre film que j'adore, Soldier of Orange,

suivi de Spetters et Le quatri�me homme.

Tous ces films ont �t� �crits par Gerard Soeteman

et la plupart, sauf Spetters, ont �t� produits par Rob Houwer.

C'est la derni�re fille. Dans cette sc�ne, il croit voir Olga.

C'est un sculpteur. Il voit cette image

et croit vraiment que c'est Monique van de Ven.

Mais on s'aper�oit que c'est une statue

qui a provoqu� cette vision.

Le fait de la revoir, m�me si ce n'est qu'une vision,

fait qu'il ne peut pas faire l'amour � l'autre fille.

La blessure est encore trop profonde

et il lui demande de partir.

A partir de ce moment, juste apr�s cette sc�ne,

on va expliquer pourquoi il se comporte ainsi,

� faire d�sesp�r�ment d�filer des filles

les unes apr�s les autres dans son lit.

Jan Wolkers �crivait : "Tel un animal, je les tra�ne jusque chez moi."

Deux ans auparavant

On revient deux ans en arri�re.

On va voir comment il a connu Olga

et d�couvrir leur histoire d'amour.

Puis, aux trois quarts du film environ,

le flash-back sera termin� et on reviendra au pr�sent,

le moment o� il rencontre toutes ces filles.

Je vous pr�viendrai pour qu'il n'y ait pas de confusion.

Il semblerait que le public am�ricain ait eu du mal

� accepter cet ordre anti-chronologique.

Ceci a �t� film� dans les grottes de Valkenburg,

une petite ville pr�s de Maastricht.

Vous connaissez Maastricht pour les trait�s europ�ens

sign�s l�-bas il y a quelques ann�es,

sur l'Euro et tout �a.

Ce sont des grottes

o� des artistes ont fait des sculptures

afin de les rendre plus int�ressantes.

Eric, Rutger Hauer, sculpte

La r�surrection de Lazare.

Son approche est tr�s r�aliste

car il veut montrer que Lazare est vraiment mort,

et il fait sortir des vers de son corps,

de ses jambes et autres parties de son corps.

Je ne sais pas si vous savez,

mais c'est une histoire mythologique.

�a ne veut pas dire qu'un ami de J�sus ne pouvait pas mourir.

Mais on ne peut pas faire revivre les morts.

C'est une histoire imaginaire, mythologique.

Et je crois que le personnage que joue Rutger Hauer

veut insister sur le fait que c'est mythologique

et que ce n'est pas du 1er degr�.

D'o� son travail tr�s r�aliste.

Car dans un pays chaud comme la Jud�e,

le corps se serait tout de suite d�compos�

et il y aurait eu des vers de toute mani�re.

Fais-moi un gros bisou !

Oh, mon vison !

Nous esp�rons que ce repas restera dans votre souvenir.

Tchin-tchin !

Lci, c'est une fa�on de se sortir de la situation.

C'est pr�sent� presque comme une blague.

Il trouve un �il de b�uf ou de cheval dans sa ratatouille,

un plat fran�ais qui a beaucoup de go�t.

Il d�cide de faire peur � tout le monde.

Ce sont tous des �tudiants � Amsterdam

venus � Maastricht ou Valkenburg pour faire ces sculptures.

Ce sont tous ses amis, tous des artistes.

Il veut juste leur faire peur.

Il veut qu'ils se rendent compte qu'ils mangent

de la viande qui vient des abattoirs,

l'endroit o� on tue les animaux.

La nourriture vient de l'abattoir.

Evidemment, d'un point de vue narratif,

c'est une fa�on de se sortir de sa position � Maastricht

et de rentrer � Amsterdam avant les autres.

Et comme il est seul,

il fait du stop et Olga le prend.

C'est l'id�e derri�re tout �a.

C'est bas� sur les m�moires de l'�crivain, Jan Wolkers.

Turkish Delight �tait un roman tr�s connu

avant d'�tre un film.

Jan Wolkers �tait l'un des plus grands �crivains hollandais,

de la m�me veine que Gerard Reve

qui est le personnage du Quatri�me homme.

Quoiqu'il en soit, ce sont les m�moires de l'�crivain du roman original.

C'est amusant

car c'�tait un livre tr�s extravagant.

Et on devait le lire au lyc�e pour les examens

du fait de sa popularit� et de son �criture impressionnante.

Le film est devenu, gr�ce au choix des acteurs,

le film hollandais qui a eu le plus de succ�s.

Il a �t� vu par 3,5 millions de spectateurs en Hollande.

Sur 15,5 millions d'habitants, environ 20% ont vu le film.

Apr�s 30 ans, �a reste le film le plus appr�ci� en Hollande.

En 2000, les Hollandais l'ont �lu

En 2000, les Hollandais l'ont �lu

le meilleur film du si�cle.

Il a �t� �lu n� 1 avec une majorit� �crasante.

Tout le monde conna�t le film, m�me les jeunes,

car il est tr�s souvent pass� � la t�l�.

Tu prends tous les mecs ?

Non.

- Non ? - Non.

C'est naturel ?

Marque d�pos�e tr�s connue.

Les cheveux de Monique sont roux.

Ils sont color�s et il lui demande

de lui montrer ses poils pour voir si c'est une vraie,

ou si elle est color�e.

Gare-toi.

Me garer ?

Il dit "P" pour "Parking".

S'ils veulent faire l'amour,

ils peuvent le faire dans le parking.

C'est dans la continuit� du personnage

qu'on a vu au d�but du film

mais qui se d�roule, en fait, plus tard.

C'est un de ces moments

o� il tombe vraiment amoureux d'une femme,

ce qui signifie plus que des simples rapports.

Elle est son mod�le, comme on dit en latin, sa muse.

Elle est sa d�esse

dont il s'inspire pour sculpter, etc.

Et il y a toutes ces choses qu'il fait avec elle.

Ce qui est int�ressant,

c'est que dans le roman et le film, la fille meurt.

Pendant longtemps, tout le monde croyait,

du fait que c'est autobiographique, qu'Olga �tait morte.

Alors qu'on tournait, on a �t� tr�s surpris d'apprendre

qu'ils l'avaient trouv�e et qu'elle �tait vivante.

Elle habitait au nord de la Hollande et s'est pr�sent�e � la t�l�.

Le personnage de Rutger Hauer dans le livre

�tait bien plus gentil que dans le film.

Mon sc�nariste, G. Soeteman, disait : "Ll ne peut pas �tre aussi gentil.

"Ll faut qu'il ait des c�t�s sombres."

Il est un peu sadique.

La vraie fille qui �tait interview�e � la t�l�

a dit au public que Jan Wolkers, l'auteur du livre,

avait �t� tr�s sadique avec elle.

En fait, on l'avait devin�.

Mais nous pensions qu'elle �tait morte.

Une autre fille que Jan Wolkers connaissait

a confirm� ce qu'a dit la premi�re.

On peut penser que s'il l'a tu�e dans le livre

alors que ce n'est pas vrai,

c'est pour se venger du fait qu'elle l'ait trahi

et soit partie pour un autre.

Je leur dis quoi ?

Qu'un gars s'est coinc� le sexe !

La situation du sexe dans la fermeture

rappelle la sc�ne dans Mary � tout prix.

Je vais vous aider.

Non, pas la peine.

Merci.

Les sc�nes que vous voyez ici,

m�me si elles sont exag�r�es par le r�alisateur et l'auteur,

sont bas�es sur le roman, sur la r�alit�.

Le fait que ce soit si dur de sortir un petit morceau de m�tal

est exag�r�. Le fait qu'il saigne

et que le type s'aper�oive du sang sur les ciseaux,

est une petite libert� filmique.

Mais c'est ce que Jan Wolkers d�crit dans le roman :

Il s'est coinc� le p�nis dans la fermeture �clair.

Mon jean est foutu.

Tu as froid ?

En g�n�ral, beaucoup de ces sc�nes

sont autobiographiques.

Pas par rapport � moi mais par rapport � Jan Wolkers.

Voici une des quelques cascades du film.

On a eu du mal � trouver un couple pour la faire.

Sans industrie du cin�ma, il n'y a pas de sp�cialisation.

Trouver des sp�cialistes pour faire une cascade �tait dur.

Heureusement, c'est mieux organis� aux Etats-Unis.

Vous pouvez voir, par le style,

qu'on a beaucoup improvis� dans la fa�on de tourner.

Pas de story-board.

J'inventais le soir, avant le tournage ou sur le plateau.

Tout a �t� film� � l'�paule et postsynchronis� apr�s.

J'y reviendrai.

C'est marrant de voir que le seul...

On est en Hollande avec des conducteurs hollandais,

on le voit sur les plaques d'immatriculation.

Mais le seul qui s'arr�te est un Anglais.

C'est un peu comme une d�nonciation

du manque de compassion des Hollandais,

ou une co'�ncidence.

Car Jan Wolkers avait �crit que c'�tait un Anglais.

�a permet de montrer, surtout aux Hollandais,

que pas un seul ne se serait arr�t�.

C'est un �tranger qui le fait.

Ceci est une ville au nord de la Hollande,

� environ 20, 30 minutes d'Amsterdam

o� la famille d'Olga vit.

C'est une petite ville du nom de Zaandam si je me souviens bien.

Rutger, apr�s quelques semaines, essaie de retrouver Olga

qui, visiblement, n'a pas envie de le revoir.

C'est � cause de la m�re, comme on va le voir,

qui ne veut pas avoir

un artiste comme gendre.

Elle veut un docteur ou quelqu'un qui a de l'argent.

Le p�re est un homme bien. Il est formidable pour Olga, il l'aime.

La m�re est une femme terrible, une "salope".

C'est la perception que Jan Wolkers en avait

quand il avait affaire � sa belle-m�re.

Ici, le magasin et la maison

o� les parents d'Olga vivent et ont leur usine,

est un grand supermarch� d'�lectronique

o� on ach�te des radios, des t�l�visions

ou autres appareils �lectriques.

Olga est l� ?

Non.

C'est l'amant de la m�re.

On comprend vaguement au cours du film

qu'il a une relation avec la m�re d'Olga,

m�me si on n'a pas vraiment de preuves.

Tonny Huurdeman est le nom de cette actrice.

C'est quelqu'un qui vient du cabaret, pas du th��tre.

Tous les autres viennent du th��tre.

Il n'y a pas d'industrie du cin�ma en Hollande.

Les deux ou trois films qu'ils ont faits

font qu'ils ne peuvent pas �tre acteurs. Ils ne pourraient pas en vivre.

Si bien que tous les acteurs que vous voyez

sont des com�diens. Ils viennent du th��tre.

A l'exception de Tonny Huurdeman, la m�re,

qui vient du cabaret.

L'autre type, Hans Boskamp, qui se bat avec Rutger,

�tait l'un des personnages principaux de la s�rie

que j'ai faite en 68, 69, Floris o� Rutger avait le 1er r�le.

C'�tait un de ses ennemis dans la s�rie.

Tu n'es pas le seul !

Je vais parler du son du film.

La musique est de Rogier van Otterloo qui a fait Katie Tippel.

Malheureusement, il est mort tr�s jeune. Mais c'est sa musique.

Au d�but, on voulait du son direct.

J'avais en t�te une technique de cam�ra bien plus statique.

Je me basais sur le film d'avant,

Business is Business, aussi tourn� par Jan de Bont.

Mais Jan de Bont sentait que ce film

devait �tre diff�rent, moins statique, plus libre, cam�ra � l'�paule.

A cette �poque, la steadicam n'existait pas.

A cette �poque, la steadicam n'existait pas.

On devait filmer avec une cam�ra Arriflex,

ce qui faisait beaucoup de bruit.

On ne pouvait pas enregistrer le son direct.

Apr�s deux ou trois jours de tournage,

je me suis dit que Jan avait raison.

Le film devait avoir un autre style, moins statique.

Surtout quand on voit ces sc�nes, tout est film� � l'�paule.

Jan a film� tout le film comme �a, m�me les longs plans.

Apr�s deux ou trois jours, on a laiss� tomber le son.

On a juste enregistr� une piste t�moin.

Tout le film a �t� postsynchronis� en studio.

Toutes les voix sont artificielles

en ce sens qu'elles ont �t� ajout�es en studio.

On s'est servis du son original comme guide,

mais il �tait inutilisable � cause du bruit de la cam�ra.

C'�tait il y a longtemps,

mais en 73, la steadicam n'existait pas.

Soit on le faisait sur la dolly, soit comme on l'a fait.

Et c'�tait dans l'int�r�t du film

d'opter pour ce style, cette dynamique

propos�e par Jan.

Jan et moi avions travaill� sur 3 films,

Business is Business, Turkish Delight et Katie Tippel.

Il est all� aux Etats-Unis en 1975

et moi j'y suis all� en 1985.

On s'est retrouv�s quelques ann�es plus tard

en 1992 ou 1993, peut-�tre 1991, je ne me souviens pas...

C'est l� qu'on a fait Basic Instinct.

C'est un des derniers films de Jan en tant que chef op.

Tout de suite apr�s, il s'est lanc� dans la r�alisation.

Il a commenc� par faire Speed, puis Twister,

puis Speed 2.

La collaboration avec Jan

m'a toujours beaucoup apport�.

M�me s'il y avait beaucoup de conflits

et que nos approches �taient diff�rentes.

On se disputait mais on s'aimait.

Les films qu'on a faits ensemble,

comme Basic Instinct et Turkish Delight,

ont une atmosph�re merveilleuse et sont magnifiquement �clair�s.

Surtout ici o� il y a tr�s peu de lumi�re.

C'est �clair� � la bougie avec de l'�clairage d'appoint

pour montrer des choses � l'arri�re-plan.

On a essay� de le filmer aussi naturellement que possible.

�a vient du n�or�alisme italien d'apr�s-guerre.

Les Italiens filmaient comme �a.

Aujourd'hui, cette m�thode est r�actualis�e

par un groupe europ�en du Danemark

appel� Dogma.

Lars von Trier en fait partie. Ils filment tout � l'�paule.

On a essay� de ne pas trop bouger la cam�ra

car il n'y avait pas de raison.

On a essay� d'�conomiser les mouvements de cam�ra

car en en faisant trop, on ne peut plus cacher qu'on tourne.

Parfois, on voudrait que le public oublie

que c'est un film et croie que c'est vrai.

Fais pas �a !

C'�tait une exp�rience de faire �a.

Surtout avec Monique van de Ven qui n'avait rien fait.

Elle avait 19 ans et n'avait que 6 mois d'�cole de th��tre.

Je connaissais bien Rutger

car j'avais travaill� avec lui un an � la t�l�.

Je savais ce dont il �tait capable.

Quand on leur a fait passer l'audition,

ils se sont si bien entendus,

qu'il �tait clair, � ce moment,

pour moi, le producteur, le sc�nariste et l'auteur

que c'�tait le choix id�al. C'�tait inattendu

car Rutger �tait connu comme un chevalier m�di�val,

certainement pas comme un amant ou un sculpteur.

C'�tait �trange,

il y a eu beaucoup de critiques du genre :

"Ces gens ne travaillent m�me pas avec des professionnels."

"Pourquoi Rutger Hauer ? Il n'est m�me pas cr�dible

"en chevalier...", vous connaissez les critiques.

Mais quand le film est sorti, le jeu des deux acteurs

a compl�tement balay� les critiques.

Tu as froid ?

Tu m'aimes toujours ?

Il y a �norm�ment de symboles dans le film.

Je ne parlerai pas de tous,

mais ils sont tous li�s au th�me du film : L'amour et la mort,

Eros et Thanatos, qui sont des termes psychologiques.

Ces deux aspects sont toujours l�, ensemble.

On la voit � l'envers dans le miroir.

Cette image revient plus tard

dans le film dans un contexte beaucoup plus n�gatif :

Quand ils la scannent sur la chaise � l'h�pital

et qu'elle se retrouve � l'envers,

la t�te en bas comme dans le miroir.

Le couvre-lit bordeaux sur lequel elle est allong�e

a une connotation extr�mement religieuse, catholique.

C'est comme un sacrifice.

Malgr� toute la beaut�,

on a, au fond, le sentiment d'une menace,

que �a peut mal tourner. Et c'est le cas.

Comme on le voit dans la sc�ne de la voiture.

Plus tard, on verra qu'Olga a tr�s peur

d'avoir un b�b�.

On apprendra que sa m�re

a eu une mastectomie et a perdu un sein.

Elle a dit � sa fille que son sein avait disparu

parce qu'elle l'avait trop t�t�.

C'est pourquoi Olga ne peut pas envisager un enfant.

Elle fait tout pour �viter d'en avoir

en utilisant des capotes ou autre.

Elle ne veut pas que quelque chose grossisse dans son ventre.

Elle veut �viter

d'avoir un enfant dans son ventre.

Mais � refuser que quelque chose grossisse en elle,

une tumeur finira par grossir dans sa t�te.

C'est d'un symbolisme �vident

m�me si les gens ne le voient pas forc�ment.

On voulait que sa mort, due � une tumeur,

On voulait que sa mort, due � une tumeur,

soit li�e � l'id�e

qu'elle m�prisait tout ce qui pouvait grossir en elle.

Dans une sc�ne, plus tard,

elle croit avoir le cancer car il y a du sang dans ses urines.

Mais en fait, ce sont les betteraves qu'elle a mang�es la veille.

Le rouge n'est pas du sang mais la couleur des betteraves.

Ce th�me de la mort et de l'amour

est l'essence m�me du film.

De m�me, l'accident de voiture

est un pr�lude � sa mort d'une certaine fa�on.

On a essay� de faire passer l'id�e aupr�s du public

qu'il doit avoir conscience

que tout n'est pas chaleureux et positif.

Il y a une menace latente

qui se concr�tise dans la derni�re partie.

Tu entends, que fait-il ?

Sous mon toit !

Nous avons discut� tr�s pr�cis�ment du jeu

mais nous les avons laiss�s libres,

plus qu'on ne peut le faire aux Etats-Unis.

C'est diff�rent avec les effets sp�ciaux.

Mais � cette �poque, le cam�raman �tait plus libre.

Si les acteurs changeaient, le cam�raman n'avait qu'� faire un pas de c�t�

et filmer. �a nous donnait une libert� incroyable

et des mouvements magnifiques.

Je leur laissais cette libert�

mais j'�tais tr�s pr�cis quant � l'�motion que j'attendais de la sc�ne.

Je ne faisais pas faire de lecture,

je disais : "Voil� l'ambiance, voil� le mouvement de cam�ra..."

Je n'ai jamais plus pu tourner comme �a,

que ce soit en Hollande ou aux Etats-Unis.

Tu crois que je plaisante ?

Tu vas t'en d�barrasser d'ici ce soir.

Conseil d'amie !

Laisse courir.

Pour Olga, le p�re est

le h�ros de la famille et elle l'adore.

Ce chapeau... Je lui mets quelque chose sur la t�te

en guise de symbole.

Ici, c'est un geste d'amour

mais c'est aussi la menace qui p�se dans sa t�te.

Vous connaissez celle du plombier ?

- Non. - Moi non plus.

C'�tait une blague tr�s connue :

L'histoire des types qui sont all�s � Paris

et qui, en fait, n'y sont jamais all�s.

C'�tait une blague tr�s connue, pas tr�s dr�le, je dois dire.

Je voulais pr�senter le p�re

comme quelqu'un de chouette

mais qui transpire le clich�.

Quelqu'un qui ne prend pas de risques,

qui n'est pas tr�s aventureux.

Voici une des sc�nes

qui est devenue c�l�bre en Hollande.

Voici Dolf de Vries, le docteur dans Le quatri�me homme,

l'ami de Rutger dans Soldier of Orange.

Il est beaucoup plus jeune ici car c'est 12 ou 13 ans avant.

Dolf de Vries est pour moi synonyme de tact, d'int�grit�,

d'intelligence et de vision rationnelle de la vie.

Je l'ai toujours pris pour �a.

En g�n�ral, il est docteur ou quelque chose comme �a.

En ce grand jour...

Je ne sais pas s'ils font �a en Am�rique,

d'avoir 4 ou 5 personnes

qui se marient en m�me temps.

Cette sc�ne traite encore principalement

de sa peur d'avoir un b�b�.

Elle se rend compte que tous ces gens se marient

parce qu'ils vont avoir un b�b�.

En Hollande, c'�tait encore difficile. Malgr� le courant progressiste,

avoir un enfant sans �tre mari� �tait un malheur dans la bourgeoisie.

Eric Vonk, voulez-vous...

�a vient !

�a vient !

On montre Olga d�go�t�e.

A la fin de cette sc�ne, j'ai essay�

d'offrir deux diff�rentes visions de ce qui se passait,

avec le sang de la poche des eaux.

On voit de l'eau avec un peu de sang sur la chaise.

Le chien qui l�che est une autre vision de la vie.

J'essayais juste de casser la pens�e conventionnelle

en pla�ant ces fluides

dans un contexte de naissance.

Mais pour un autre mammif�re, c'est juste un truc � l�cher.

... jusqu'� ce que la mort vous s�pare ?

Oui.

La musique est jou�e en partie par un petit orchestre

avec la participation d'un tr�s c�l�bre artiste belge

du nom de Toots Thielemans. Il joue l'air siffl�

ou l'harmonica.

Ceci a �t� tourn� � Amsterdam, improvis� en partie,

sauf pour la sc�ne de la voiture

o� c'est un cascadeur...

Pour le reste, rien n'a �t� vraiment mis en sc�ne.

On a juste film� dans la rue.

Pour beaucoup de ces plans,

on se cachait dans un coin

et on surgissait soudainement pour suivre Rutger.

On filmait avant que les gens ne se rendent compte du tournage.

Un peu comme du cin�ma-v�rit�. C'est clairement inspir�

de la Nouvelle Vague fran�aise,

des Godard, Truffaut et autres personnalit�s

qui avaient � cette �poque un style de cam�ra tr�s libre.

J'ai r�alis� que des films comme A bout de souffle,

Breathless aux Etats-Unis,

ou Jules et Jim de Truffaut,

avaient �t� film�s sans son direct.

Le son a �t� ajout� plus tard comme ici.

Parfois, il y a des plans rapproch�s tr�s bizarres,

comme le gros plan des capotes ou du v�lo

comme on vient de voir.

Ou encore le plan d'une t�te de lecture de gramophone,

comme dans la sc�ne o� ils dansent devant le miroir.

On se demande s'ils ont une signification profonde.

Pas du tout. Le producteur avait pass� un contrat avec Philips

et la marque de capotes.

Il gagnait de l'argent si je faisais des gros plans.

R�guli�rement, je recevais une note du producteur :

"Fais un peu de pub dans cette sc�ne pour qu'on fasse de l'argent."

M. Vonk ?

C'est pour vous.

Merci.

Tina Elgers. Tu connais ?

Une amie de classe. Comme c'est gentil !

O� tu vas ?

Les mettre dans l'eau.

Reprenons.

Oh la barbe !

Il y a deux fa�ons de voir cette sc�ne.

C'est un peu comique car ils sont continuellement interrompus

mais �a signifie aussi

que leur vie ensemble ne continuera pas.

Ils seront interrompus par ses tromperies puis par la mort.

Connerie !

Qu'est-ce que tu fais ? Sois pas vache.

On a ajout� des traits de caract�re � son comportement

pour montrer qu'il a des d�fauts.

M�me si dans le roman, il en a beaucoup moins.

Mais il se trouve que Jan Wolkers

attachait la vraie Olga au radiateur de son atelier

et la peignait de toutes les couleurs.

On l'a su en parlant � la vraie femme.

Mais ce n'est pas dans le roman. Gerard Soeteman, le sc�nariste,

a eu une bonne intuition en le d�crivant de la sorte.

Car ce n'est qu'apr�s le tournage

qu'on a su que la vraie Olga �tait vivante

et qu'elle avait des choses peu plaisantes � dire sur Jan Wolkers.

F�licitations, ch�rie. Sois tr�s heureuse.

Cette sc�ne montre encore

la difficult� pour un artiste � cette �poque...

On a film� en 1973 mais le roman se situe en 1958.

A cette �poque, en Hollande, c'�tait l'horreur

pour une famille convenable, comme celle de la m�re,

de laisser son unique fille � un artiste.

C'�tait tr�s difficile � accepter dans la soci�t�.

Apr�s les ann�es 50 et 60, la Hollande a connu des bouleversements �normes

qui, sur le plan de la morale,

sont encore peu accept�s dans le monde.

Comme le droit � l'euthanasie, par exemple.

L'avortement en Hollande a �t� l�galis� 20 ans

avant qu'il soit accept� ici par la Cour supr�me.

- C'est joli, non ? - Pas avec le chapeau.

Qu'� cela ne tienne !

Viens prendre des forces pour cette nuit !

Eric !

Tiens, mais pas un mot � maman.

Tu es un ange.

Tu connais celle du plombier ?

- Non. Racontez. - Plus tard.

Regardez la m�re et Rutger... On le voit plus tard

dans la sc�ne o� elle leur apporte le petit-d�jeuner...

La m�re essaie toujours d'�tre sexy

car elle veut probablement s�duire Rutger Hauer.

Ce n'est pas officiel

mais il y a quelque chose d'�trange entre eux,

quelque chose qui vient d'elle.

Car Rutger n'a rien � lui apporter, de toute fa�on.

Encore un pr�lude au th�me de la mort

dans cette sc�ne avec le p�re.

Il se passe quelque chose.

Ce th�me de la mort

est continuellement soulign� dans le film.

Ici, elle essaie d'�tre sexy.

Elle a fait en sorte qu'on voie sa poitrine

lorsqu'elle se penche.

Bonjour, mes enfants.

Un bon reconstituant.

Tiens, ch�rie. Pour toi.

On d�couvre qu'un des seins est artificiel.

Pas celui-l�, visiblement.

Il est tr�s choqu� par son comportement

et par cette esp�ce de sexualit� dont elle use

alors qu'Olga est assise � c�t�.

Rutger r�pond en allant mettre son soutien-gorge

avec un petit ballon dedans,

et en le faisant ressortir.

Son p�nis est entre ses jambes, on dirait une femme.

Ses boules et son p�nis sont cach�s entre ses cuisses.

Tous les hommes peuvent faire �a.

Il essaie juste d'imiter la m�re.

Ils ont une conversation sur le cancer du sein...

Le fait m�me de parler de cancer dans le film

annonce celui qui finira par la tuer.

Quand j'�tais petite, elle disait que j'avais mang� son sein.

Que les b�b�s faisaient �a.

Qu'ils d�voraient leur m�re.

Il essaie d'�tre gentil,

il ne veut pas lui faire de mal.

Mais il veut faire quelque chose � la m�re.

Il fait quelque chose de vraiment m�chant.

Bien � vous

Ensuite, il fait autre chose,

il lui touche le sein au lieu de l'embrasser.

La sc�ne qu'on voit ici a �t� film�e

sur une �le au nord de la Hollande, � Texel.

On y trouve de belles plages.

Cette sc�ne est compl�tement improvis�e,

elle n'a rien � voir avec le script.

Dans le sc�nario original, la sc�ne

montrait un couteau nazi, un couteau militaire.

On d�couvrait que la m�re

avait eu une relation avec un officier S.S. Pendant la guerre,

pendant l'Occupation.

Cet homme avait oubli� son couteau dans la maison.

Olga le prenait pour faire des sandwiches.

Mais quand on a tourn� la sc�ne,

ils avaient oubli� l'accessoire principal, le couteau.

Et comme on �tait trop loin pour se le faire envoyer,

le producteur a dit : "C'est fini,

"on filme pas, on oublie la sc�ne."

C'est dommage. Mais c'�tait comme �a � cette �poque,

on manquait de budget.

Je me suis alors souvenu d'une histoire de Jan Wolkers.

Il avait enterr� Olga dans le sable.

Elle avait voulu sortir mais c'�tait trop profond,

et il l'avait laiss�e l� sous le soleil pendant deux heures.

Ce n'�tait pas dans le roman. Dans le livre, il �tait gentil.

Mais Jan m'avait racont� �a au cours d'un d�ner

sous forme de blague ou d'information suppl�mentaire.

�a ne devait pas figurer dans le film, ce n'�tait pas pr�vu.

Mais comme le couteau nazi n'�tait pas l�,

on a improvis� cette sc�ne.

- Qu'est-ce que tu fiches ? - Je veux un souvenir.

Ce que tu es chiant ! Donne-moi �a !

Donne !

Twenty-Five Years �tait une chanson hollandaise tr�s connue.

Elle dit : "Dans 25 ans, je t'aimerai toujours."

C'est amusant, l'ann�e derni�re, en 2000,

le film a re�u le prix du meilleur film du si�cle.

Il a �t� projet� de nouveau

et presque 25 ans apr�s, le public

a applaudi en entendant ces paroles. C'�tait tr�s �mouvant

car c'�tait il y a 25 ans.

Ici, rien n'est artificiel.

Il n'y a pas de filtre, c'est la r�alit�.

�a a �t� film� en 10 minutes.

Le soleil sortait des nuages

et a �clair� la sc�ne pendant 10 � 15 minutes,

avec cette lumi�re rouge vif.

Aujourd'hui, il faudrait le peindre.

Mais bizarrement, on a film� �a en 6 � 7 minutes,

sous diff�rents angles, avec une seule cam�ra.

C'est mieux qu'en images de synth�se.

On ne peut pas faire plus pr�cis. En plus, �a ne co�te rien.

On a juste eu � aller � la plage, c'est tout.

Ben alors, j'aurais pu crever !

Com�dien !

Ceci n'est pas � Texel, m�me si une partie est film�e l�-bas.

Ce passage a �t� film� plus tard � c�t� de La Hague.

Le producteur avait un appartement l�-bas,

il y �tait en vacances avec sa famille.

Tous les jours, il nous appelait pour dire :

"Venez pas aujourd'hui, le soleil n'est pas bon."

Un jour, il a dit : "On peut essayer."

On est arriv�s 5 minutes avant de filmer

car on venait d'un autre lieu de tournage.

Dans 30 ans, je les regarderai.

Viens, couchons-nous.

Tout est fait dans ce style dans le film,

compar� � Hollow Man ou Starship Troopers

o� tout �tait storyboard� et r�fl�chi,

et o� tout �tait bien expliqu�.

Les gens savaient tout.

Personne n'arrivait sur le plateau sans savoir.

Ici, c'�tait le contraire, on ne savait rien.

On se disait : "Comment on va faire ?"

"Ll faut �a... essaie �a..."

Il n'y avait pas de story-board. C'�tait tr�s libre.

J'adore le style, il correspond bien au livre.

Voil� l'h�pital o� Olga mourra.

La derni�re chose qu'on voit de l'h�pital, plus tard,

c'est la statue qu'il a faite. C'est l� qu'il l'a faite.

Il la fait poser pour une sculpture

que l'h�pital vient de lui commander.

Il se sert d'elle contre sa volont�.

Elle tient une poup�e qui est suppos�e �tre un b�b�.

�a accentue le fait

qu'elle ne veut pas d'enfant.

Mais il la force � faire semblant de tenir un enfant dans ses bras.

Je mets une cassette ?

La chanson qu'on entendait dans la voiture revient ici.

Si on la traduit du hollandais, elle dit :

"Les rousses sont les plus agr�ables � embrasser".

"Elles savent ce qu'est l'amour"

est la deuxi�me phrase de la chanson.

Tout ce qu'on voit ici, ce sont les choses

qu'il utilise pour ses sculptures, ses �tudes...

Il a fait pour elle un dessin �rotique

qui jouera un r�le plus tard.

Car quelqu'un va l'acheter.

Elle est agac�e par le fait que cet objet,

qui est si important � ses yeux,

soit vendu sans qu'il lui en parle.

Fais pas �a. Je te l�cherai !

Tu serais pas chiche !

Olga ! Qu'est-ce que tu as ?

- J'en ai un aussi. - Un quoi ?

Un cancer.

Encore sa peur du cancer dont je parlais plus t�t.

Elle croit qu'elle va mourir.

C'est vrai, mais pas maintenant.

Rutger est un artiste, il n'a pas peur de la merde.

Ce n'est pas une sc�ne tr�s am�ricaine.

On voit pas ce genre de plan dans les films am�ricains.

Autre culture.

Ni dans les films hollandais depuis que j'ai quitt� le pays.

Les betteraves d'hier soir.

J'ai vraiment eu peur.

Non...

il n'y a rien de malsain dans ce corps adorable.

On a tourn� le film en 42 jours,

6 jours de plus que Business is Business.

Le quatri�me homme : 36 jours.

Des chiffres improbables si on doit faire des effets sp�ciaux.

L�, �a prendrait 120 jours.

Faire un film en 36 ou 40 jours, c'est g�nial.

On s'en d�barrasse vite et on y met toute son �nergie.

Un film � effets sp�ciaux, c'est comme un marathon.

Ces films sont plus comme des sprints courts.

On n'a pas du tout r�p�t�.

On a fait passer beaucoup d'auditions.

Mais on a commenc� � tourner en improvisant beaucoup.

Il y avait tellement d'images de rues ou de sexe

qu'on pr�f�rait voir ce qu'on obtenait en tournant tout de suite.

De cette fa�on, la cr�ation initiale n'est pas perdue.

Il faut faire attention aux r�p�titions.

Si on va trop loin, on ne peut pas revenir et c'est perdu.

Parfois, c'est mieux de voir ce que �a rend tout de suite.

Mais avec des films � effets sp�ciaux,

on ne peut pas le faire de cette fa�on.

Pour Hollow Man, j'ai pass� une semaine � r�p�ter.

Je voulais pas d�passer 3 semaines.

On n'avait pas beaucoup de prises. D'abord,

le producteur ne nous le permettait pas.

Mais en plus, on s'est dit qu'avec ce genre de film,

les deux 1 res prises �taient suffisantes.

Parfois, un acteur peut avoir besoin de trois ou quatre prises.

Mais je dois dire qu'en refaisant le son

et les voix, c'�tait bien mieux.

Rutger, au d�but, �tait tr�s tendu sur la piste t�moin.

De toute fa�on, on aurait �t� oblig�s d'en refaire, tant il �tait gauche.

Il �tait tr�s content qu'on ne fasse pas du son direct.

Il disait : "Je ne peux pas faire du visuel

et du son ou des voix en m�me temps."

Il se sentait incomp�tent pour faire �a � ce moment-l�.

Pour lui, c'�tait mieux.

Comme pour elle, qui n'avait pas d'exp�rience.

Ils pouvaient se concentrer sur les images, les expressions,

les mouvements et l'�nergie

sans se soucier de savoir s'il fallait parler plus fort.

Ils pouvaient laisser �a de c�t� et le reconstruire

avec de l'authenticit�.

Peut-�tre pas d'un point de vue acoustique mais plut�t artistique.

Du point de vue du jeu, c'�tait bien meilleur en postsynchro,

et bien plus convaincant qu'au moment de tourner.

Mais �a ne se voit pas.

Voil� la reine Juliana.

C'est quelqu'un qui joue son r�le.

La reine Juliana est la reine d'apr�s la guerre.

Aujourd'hui, la reine est sa fille B�atrix.

Celle-ci �tait l� dans les ann�es 70.

Elle s'appelait Juliana et �tait mari�e avec le prince Bernhard.

Elle �tait tr�s connue, comme sa fille � un certain degr�,

pour ses chapeaux bizarres et extravagants.

Ce truc � plumes...

En voyant cette sc�ne � cette �poque,

on aurait su que c'�tait la reine

car personne d'autre ne portait ses chapeaux.

La reine Juliana, toujours.

C'�tait comme un symbole de reconnaissance

d'avoir film� le chapeau

sans voir son visage. Car ce n'est pas la vraie reine.

Elles sont chouettes !

La sc�ne est tr�s charg�e

par rapport au livre.

Dans le livre, ils se rendent � l'inauguration de cette sculpture.

Les gens sont un peu agac�s

du fait qu'elle ne soit pas tr�s habill�e.

Mais ce qu'on voit l�, le comportement de ces gens...

les dignitaires, ce type et ses amis...

tout ce qui suit dans cette sc�ne

a �t� invent�. �a ne s'est pas pass� comme �a.

L'auteur trouvait �a compl�tement idiot.

Il trouvait �a compl�tement ringard, pas la reine mais le reste.

Il trouvait que c'�tait le point noir du film.

Pour lui, c'�tait presque un chef-d'�uvre.

Mais � cause de cette sc�ne,

�a ne l'�tait pas. �a aurait pu le devenir

sans cette sc�ne.

Il �tait vraiment en col�re.

L'inauguration de la sculpture en pr�sence de la reine

a vraiment eu lieu mais pas de cette mani�re.

L'auteur avait raison, je n'aurais pas d� aller si loin

car les dignitaires sont vraiment ridicules.

Mais c'est bas� sur une sc�ne que j'avais vue

o� la reine se rendait � une exposition en Hollande

qui a lieu tous les ans.

Il y avait deux dignitaires qui se comportaient comme �a.

Ils se r�p�taient tout le temps,

ils �taient nerveux, tout leur posait probl�me.

Ces deux personnages un peu comiques

Ces deux personnages un peu comiques

�taient vraiment bas�s sur la r�alit�.

Il y a un symbole �vident avec le landau.

Il est rempli de sculptures d'elle portant un enfant.

Le fait qu'elle jette toutes ces sculptures dans le canal

est le symbole

qu'elle ne veut absolument pas d'enfant.

Je bande.

Pas fleurs, pas baise-baise.

Il s'est servi d'un trampoline.

Elle s'assoit dans le landau.

Ouvre ton corsage.

Il y a des moments o� tout semble aller bien,

o� la vie est sans r�el danger et sans menace.

Mais on commence � passer doucement dans une autre �re.

Qui c'est, cette Pers�phone ?

La d�esse du Printemps.

C'est ici que commence, plus ou moins, la trag�die.

Pas seulement parce qu'elle va perdre son p�re.

Mais c'est � partir de l�,

qu'un nuage sombre va venir obscurcir le film.

Toute la joie, et en particulier cette joie insouciante

des ann�es 70,

lorsque les gens n'avaient pas � se soucier des maladies sexuelles

et o� les relations �taient faciles.

C'�tait l'�poque du "Flower Power". Les gens pensaient

que tout �tait g�nial et fantastique.

�a a disparu aussi, je pense,

en Hollande et aux Etats-Unis.

Cette sc�ne a commenc� avec des fleurs

qu'il a vol�es et donn�es � Olga.

Mais quand il lui apprend pour son p�re,

on voit des vers sur son corps.

On comprend : "La destruction est proche.

"Pas seulement de ton p�re mais la tienne aussi."

Beaucoup de gens m'ont demand�

aux Etats-Unis, pendant les festivals ou autre,

quelle �tait cette musique magnifique.

Elle a �t� �crite par Luke Dicker, un compositeur de jazz

qui, � ce moment, se lan�ait dans la musique de film.

C'�tait sa premi�re.

Pour ceux qui sont int�ress�s, elle est inspir�e

tr�s fortement - au point que c'est presque un plagiat -

d'une musique d'un compositeur polonais, Szymanowski.

Il avait �crit un op�ra appel� Le roi Roger.

Si vous l'�coutiez, si la musique moderne vous int�resse

- il a �t� �crit en 1940 ou 1950 -

vous reconna�triez cette musique.

Elle est presque identique.

Elle a un c�t� tr�s mystique.

Luke Dicker m'a dit :

"Si on faisait quelque chose comme �a ?"

Et il m'a jou� Le roi Roger.

J'ai trouv� �a super et je lui ai donn� mon accord.

Il l'a fait. C'�tait tr�s proche.

Quelques bi�res me remettront d'aplomb.

Quand on travaillait sur le livre,

l'histoire n'avait pas d'ordre chronologique,

il n'y avait pas une narration continue.

A la fran�aise, en ce sens que �a ne racontait pas une histoire.

C'�tait un roman plus impressionniste,

avec des chapitres sur l'amour des artistes pour les animaux,

sur les b�b�s ou encore des chapitres sur les filles...

Nous avons essay� de lui donner

un sens narratif plus fort.

Pour un film, il faut un r�cit qui vous guide,

il faut avoir quelque chose � quoi s'accrocher pendant deux heures.

Dans les films am�ricains,

c'est plus important que dans les films europ�ens.

�a aide le public � comprendre.

Cette trag�die...

C'est s�rement plus tragique pour la personne alit�e

mais la m�re a une r�action exag�r�e.

Je crois qu'elle se fiche pas mal de ce qui se passe.

Dans une des sc�nes suivantes,

elle fait une photo magnifique

du mort avec elle.

Elle la donne aux invit�s aux fun�railles.

Les R.P. Sont plus importantes pour elle que le mort.

Et comme elle a une relation avec le g�rant de son affaire,

elle n'a pas besoin de lui.

On pensait qu'il serait int�ressant

que le p�re dise la m�me chose qu'� leur premi�re rencontre.

La 1 re chose qu'il dit � Eric,

c'est la blague sur les deux types qui vont � Paris :

"Tu connais la blague des deux types qui vont � Paris ?"

"Non, je ne la connais pas."

La r�ponse est : "C'est qu'ils n'y sont jamais all�s."

C'est une blague idiote en Hollande,

mais tout le monde la conna�t.

On l'a utilis�e deux ou trois fois, je ne suis plus s�r.

C'est une fa�on pas tr�s subtile, mais au moins claire,

d'introduire le d�but et la fin du p�re.

Je vous verrai plus tard.

Messieurs !

Il n'y a pas d'�motion sur son visage, elle s'en fiche.

Elle fait plus attention � son image aux fun�railles

qu'� l'homme qui va dispara�tre sous terre.

Olga aimait son p�re

et Eric l'aimait beaucoup aussi.

Il n'avait pas une relation profonde avec lui

mais c'�tait une bonne relation,

compar�e aux deux personnes qu'on voit l�.

Ceci n'est pas juste un geste de compassion,

mais le geste d'une relation entre eux.

Soudain, il a une vision

- comme dans la premi�re sc�ne -

du p�re en train de faire de la musique.

C'est juste un passage.

C'est un artiste, il a des visions que n'ont pas les autres.

�a cr�e aussi un contraste :

Malgr� la tristesse, l'esprit survit,

quelque chose comme �a. On esp�re tous �a.

O� allez-vous ?

Loin d'ici.

Vous deviez reprendre le magasin !

Vous me remplacerez. Facilement !

Ceci est un vrai cr�matorium � Amsterdam.

On a presque tout film� sur place.

On n'a pas tourn� en studio.

Pas parce que c'est plus beau, m�me si c'est vrai,

mais parce qu'on n'avait pas l'argent pour faire des d�cors.

Ceci est une vraie usine o� on a eu la permission de tourner.

Ici, on a les premiers signes

qu'il lui arrive quelque chose.

On saura plus tard que c'est une tumeur.

Nous avons parl� avec des neurochirurgiens

pour �tudier

les effets qu'engendrerait une tumeur.

Une des choses est qu'elle perdrait pied avec la r�alit�,

elle ne saurait plus o� elle est.

Il peut aussi y avoir un changement de caract�re.

Des gens qui ont beaucoup de morale,

peuvent avoir des relations avec n'importe qui.

Nous voulions la pr�parer � �a.

Dans le livre, elle est malade et elle meurt.

Je ne me souviens de rien.

Faut l'excuser. Une jeune mari�e !

Voil�.

Nous pensions qu'il fallait lancer des signaux

pour montrer au public que quelque chose n'allait pas.

Sa col�re est exag�r�e

quand elle apprend qu'il a vendu le dessin.

L'autre hypocrite au premier plan, qui s'offusquait de sa nudit�

pendant l'inauguration avec la reine,

s'est infiltr� dans l'atelier d'Eric � la premi�re occasion,

pour obtenir ce dessin pornographique.

C'est vous le mod�le, non ?

Rutger est dur.

Il refuse de comprendre ses �motions.

Il dit qu'il peut faire ce qu'il veut avec son corps

et qu'il n'a pas � lui demander la permission.

Ici, on ressent encore la menace :

"M�me morte, je vendrais ton corps � la science

"pour qu'ils le coupent en morceaux."

Il ne le pense pas, mais c'est juste une autre menace

qui plane au-dessus d'elle.

On insiste aupr�s du public...

Il est scandalis� et �nerv�.

On sait qu'il ne le pense pas

mais il pourrait vraiment le faire s'il �tait �nerv�.

Sale con !

Lci, on passe � un autre mode

pour montrer qu'il y a quelque chose d'�trange dans sa col�re.

Elle a oubli� ce qui vient de se passer.

Elle semble perdue.

Elle retrouve Eric,

et la beaut� et l'amour entre eux r�appara�t.

C'est comme le dernier moment avant la catastrophe.

C'est pour �a qu'elle joue

et qu'il court chercher du vin. C'est v�ridique,

c'�tait dans le roman, c'est ce qui s'est vraiment pass�.

Puis, la femme arrive pour tout d�truire.

A partir de l�, tout s'�croule.

Encore une sc�ne tr�s c�l�bre en Hollande. Je l'adore.

La pluie est fausse, on a demand� aux pompiers.

On n'avait pas le syst�me que les studios utilisent.

On devait tout faire manuellement,

les pompiers sont venus � 20 pour faire la pluie.

Olga, tu es en grande forme !

Je viens te chercher.

Cette fille est un peu le symbole du Diable

qui vient d�truire ce qui semble aller bien.

La musique semble accentuer l'ambiance au cours du film.

D�s le d�but, le th�me principal

trahit une tristesse dans cette histoire d'amour.

Quelque chose cloche.

Ce n'est pas un th�me positif, c'est m�lancolique.

On a le sentiment que ce qui arrive,

tout ce qui �tait beau va dispara�tre.

Je reviens pour le d�ner

On passe � la prochaine �tape :

La tumeur dans sa t�te. M�me si on le sait pas.

Mais l'auteur et le r�alisateur le voient ainsi.

Sans trop insister,

on a essay� de tourner la sc�ne de fa�on � ce que r�trospectivement,

si vous voyiez le film une 2e fois,

vous sauriez que la tumeur est la cause de son comportement �trange.

Comportement qui va jusqu'� l'adult�re dans la sc�ne qui suit.

O� es-tu ?

Quelle chiotte, Olga ! J'�tais en train de nous faire � d�ner.

Bon, je viens.

On l'a fait aussi vuln�rable que possible.

Il l'aime sinc�rement et vient de lui pr�parer son d�ner.

Il doit la retrouver au restaurant et �a le met hors de lui.

Il essaie de g�rer.

Mais quand il entre, d�s le d�but,

il est �vident que quelque chose s'est pass�.

Ils sont tous tr�s m�chants, ils l'emb�tent

et il a l'impression que tout le monde est contre lui,

qu'ils savent qu'Olga va s'en aller.

On a le symbole des deux cornes qui signifient "cocu".

Le mari est tromp� par sa femme.

Ce qui est dommage...

La sc�ne n'est pas aussi bonne que je l'aurais souhait�.

J'avais dit � Jan de Bont de cr�er une couleur rouge,

plus diabolique.

Je pensais aux sc�nes en rouge

dans lvan le Terrible, le film de Eisenstein.

Il a utilis� beaucoup de rouge dans la deuxi�me partie du film.

J'ai essay� de voir ce qui n'avait pas march�.

Le rouge est devenu trop rouge.

C'est trop tranchant. C'est trop long.

C'est encore pire aujourd'hui qu'en 1972.

Je crois que ce que Eisenstein avait fait,

c'est de contraster le rouge avec du vert,

ce qui donnait un sentiment beaucoup plus naturel.

�a n'avait pas ce ton monochromatique,

tr�s artificiel. C'est comme les films en noir et blanc

dans les ann�es 50, o� les personnages allaient sur Mars.

Comme Mars est la plan�te rouge,

ils d�veloppaient le film en rouge.

Mais c'�tait film� en noir et blanc.

Plus tard, quand elle va aux toilettes,

on a ajout� du vert. Si on l'avait fait avant,

la sc�ne aurait �t� beaucoup plus claire.

Ici, l'ambiance est un peu terreuse.

C'est d� � l'usage, certes artistique, mais mauvais, de la couleur.

Jules �clate... Vite, un lavage d'estomac !

C'est Henry le sp�cialiste.

Et comment !

Non, par ici... docteur !

Non, il faut que j'aille l�cher un fil.

Te trompe pas de porte !

Lci, il y a un peu de vert, ce qui donne

une atmosph�re contrast�e normale.

Le rouge est contrast� par le vert

et perd de son aspect monochromatique.

Mais c'�tait une erreur. On l'a r�alis� plus tard.

Comme nous n'avions pas d'argent,

les rushes d'un film couleur

�taient en noir et blanc.

Tout le montage du film se faisait en noir et blanc.

Ce n'est qu'une fois le film mont�,

au 1er d�veloppement, qu'on ajoutait la couleur.

C'est l� qu'on a r�alis�

que ces sc�nes �taient mal �clair�es.

On aurait d� les refaire

mais avec le budget qui nous �tait imparti,

c'�tait impossible.

Et nous �tions trop pr�s de la premi�re.

On a d�couvert �a deux semaines avant la premi�re.

Aujourd'hui, on visionne les rushes en couleur.

Au moins, on voit ce qu'on fait.

La sc�ne o� il vomit dans les toilettes

est vraiment arriv�e � Jan Wolkers

quand il s'est rendu compte qu'elle le trompait avec un autre.

�a fait du bien de retourner � la couleur normale.

Le vomi est utilis� � la hollandaise,

de fa�on aussi d�taill�e que possible.

Comme le vomi sur le miroir ou �claboussant Olga et sa m�re.

C'est un acte de condamnation,

c'est �vident que c'est termin�.

Esp�ce de sale porc !

Je ne rentre pas.

Les d�s sont jet�s. Son comportement

dans le restaurant chinois

montre qu'elle abandonne.

Cette sc�ne rend sa col�re,

son d�sespoir et sa frustration visibles.

Il d�truit tout ce qui a � voir avec elle,

les dessins, les peintures, les sculptures...

Il la tue comme il peut.

�a nous ram�ne progressivement au d�but du film,

� la fin du flash-back.

Les prochaines sc�nes

se passent plus ou moins dans le pr�sent.

C'est l� qu'on fait la transition.

J'adore les petits mouvements de cam�ra de Jan de Bont.

Il y en a beaucoup dans Basic Instinct.

Jan n'arr�te pas de bouger la cam�ra dans ses films et les miens.

Je lui suis tr�s reconnaissant car �a am�liore le film.

Il a une jolie fa�on de cr�er le mouvement, presque imperceptible.

Nous revoil� au d�but du film avec les m�mes plans.

Le flash-back est termin�. A partir de l�,

on raconte l'histoire dans le pr�sent.

On a de nouveau ses phantasmes pour que le public comprenne

qu'on est dans le pr�sent.

Apr�s, il va commencer

� chercher les filles qu'on voyait au d�but du film.

Mais on n'a pas montr� ces images, �a avait d�j� �t� fait.

On en a beaucoup discut�

mais on a d�cid� d'oublier les filles.

On les a vues au d�but. Th�oriquement, on s'en souvient.

L'histoire continue, il essaie de joindre Olga.

La m�re est tr�s contente de s'�tre d�barrass�e de ce terrible gendre,

ce soi-disant artiste, comme elle le per�oit.

Il lui parle et elle finit par le laisser entrer.

Et le divorce...

faut bien en discuter.

Le plus t�t sera le mieux.

Le puzzle est int�ressant. Elle y travaillait

dans une des sc�nes � la fin

quand elle �tait � l'h�pital. Elle essayait

de faire ce m�me puzzle.

Mais sa tumeur l'en emp�chait,

elle ne pouvait plus r�fl�chir, sa pens�e �tait interrompue.

Elle essayait de forcer les pi�ces du puzzle.

Si je me souviens bien,

cette sc�ne n'est pas dans la version finale.

M�me si on voit plus tard

que le puzzle est l�, la sc�ne a �t� coup�e.

Tu as maigri, non ?

Qu'est-ce que �a peut te faire ?

Pourquoi tu baises avec ce con ?

C'est toi le con. Je couche avec qui je veux.

Fous-moi la paix !

Ma bouche n'est pas pour toi.

Si c'est moi qui suis en tort, je regrette.

Comme vous pouvez le voir, notre approche

est que la tumeur dans sa t�te,

apparue quelques sc�nes avant,

est responsable de son comportement.

Mais quand on voit le film pour la 1 re fois,

on croit que c'est son caract�re.

On croit qu'elle �tait amoureuse un temps

et qu'elle a eu envie de changer.

On a essay� de rendre les deux options possibles,

une interpr�tation m�dicale

ou une interpr�tation psychologique.

J'ai pas essay� de donner la mienne.

J'ai laiss� le choix. Comme dans Total Recall,

on n'arrive jamais � savoir,

le public ne sait jamais si c'est un r�ve ou pas.

J'aime �a,

laisser au public le choix du chemin � prendre,

le choix de l'interpr�tation.

Au lieu de l'enfermer dans la vision du r�alisateur,

vous donnez au public plusieurs options.

C'�tait la m�me chose dans Basic Instinct.

L'histoire dit une chose, en prouve une autre,

et vous ram�ne au d�but de nouveau, etc.

On n'arrive jamais � savoir si c'est elle ou pas.

Enfin, on semble avoir la preuve que Jeanne Tripplehorn est coupable

mais on r�alise � la fin que ce n'est peut-�tre pas vrai.

Cette sc�ne est bas�e sur la r�alit�.

C'est ce qui s'est pass�. Il est entr� dans la maison

et a essay� de lui faire l'amour pour la r�cup�rer.

Evidemment, �a ne marche pas comme �a.

Mais en d�sespoir de cause, il est d�cid� � tout faire.

Ses mots sont tr�s provocateurs.

Il se fiche de ce qu'elle a fait,

il se fiche qu'elle ait couch� avec d'autres,

il veut juste revenir en arri�re,

retrouver leur bonheur.

Il n'y arrive pas. La m�re l'en emp�che � un certain degr�.

Mais de toute fa�on, elle ne le voudrait pas.

Laissez-la, satyre ! Monstre !

Sortez de l�. Quel toupet ! Sortez !

Le blanc, ou la mousse, est un symbole pour lui.

C'est l'ultime sc�ne de purification par rapport � ce qui lui est arriv�.

Le blanc entre ici en contraste avec le noir.

Il entre dans une nouvelle phase.

Il ratisse les d�chetteries

� la recherche d'objets int�ressants.

On voyait beaucoup �a dans les ann�es 60, 70, 80...

Les gens se servaient de ce qu'ils trouvaient dans les d�chetteries

pour leurs peintures, leurs sculptures,

ou autre chose de ce genre.

C'�tait normal. Jan Wolkers, qui �tait sculpteur

et �crivain, faisait �a.

Un saut de Rutger comme il en faisait

dans ma s�rie T.V. Floris.

Mais c'�tait au Moyen-Age

et il avait une �p�e � la main.

L'oiseau est presque un hommage � Jan Wolkers

qui adore les animaux.

Il les adore et il les conna�t bien.

Il a pass� du temps sur une �le

o� il �tait tout seul � s'occuper d'animaux.

C'est un symbole d'Olga. Il l'a perdue mais il a l'oiseau.

On le voit br�ler des baigneurs.

C'est �videmment un geste anti-Vietnam

qui montre que des enfants sont tu�s par des bombes,

�a montre tout ce qui se passait.

Le drapeau am�ricain avec le bleu, le blanc et le rouge

refl�te les pens�es politiques tr�s courantes en Europe.

Beaucoup de gens protestaient contre la guerre.

Jan Wolkers �tait tr�s impliqu� dans la politique en 70.

C'�tait un communiste et il �tait contre la guerre au Vietnam,

d'un point de vue philosophique.

Dans tout ce qu'il faisait, les peintures, les sculptures

- on le verra plus tard -

il condamnait les Etats-Unis

ou leur politique � ce moment.

Laisse ouvert.

Elle a un nouveau type.

Elle revient pour r�cup�rer des affaires.

Elle gardera cet homme pendant un an ou deux,

elle partira avec lui aux Etats-Unis.

Les baigneurs dans ses mains sont symboliques

de son p�riple au Etats-Unis.

Le foss� entre eux n'en est que plus profond.

La t�te chauve qu'on voit dans le fond sur le mannequin

est symbolique de sa perte de cheveux.

C'est pour �a qu'elle les touche.

On met des choses dans l'esprit du public

afin qu'il comprenne plus tard.

C'est comme dans Le quatri�me homme,

c'est l� en permanence.

Je ne l'ai pas dit tout le temps, car c'est ennuyeux

de dire aux gens ce qu'on voulait faire.

J'esp�re que les gens comprendront tout seuls.

Tu ne penses qu'� �a !

Quelque chose est parti, un sourire sur tout.

Il en est sorti.

Il l'aime toujours

mais il a refait sa vie.

L'oiseau dans la cage est symbolique

de l'enfermement dans un monde dont elle veut sortir,

ce qu'elle fait gr�ce � ses aventures.

Pour lui, c'est le symbole d'une renaissance � la vie.

Il a renvers� l'oiseau, il se sent coupable, responsable.

Il gu�rit l'oiseau.

Quand il l'emm�ne � la mer et le l�che dans les airs,

c'est comme s'il finissait par oublier Olga.

C'est la derni�re fois qu'ils se voient.

Ici, son attitude

c'est de se dire : "C'est bon,

"je laisse cette partie de mon �me qui est Olga.

"C'est fini, je ne regretterai pas.

"J'ai souffert, c'est fini."

Je dirais que c'est Olga qui s'envole, qui sort de sa vie.

Le coucher du soleil...

- c'est cens� �tre le matin, mais on dirait un coucher -

nous rappelle leurs bons moments � la plage.

Quand la vie semblait leur sourire

et que leur amour �tait � son apog�e.

On comprend que c'est fini.

Jan Wolkers est un collectionneur d'art africain.

C'est pas dans le livre, mais on s'en est servi

car on le savait.

Il tient dans ses mains une petite sculpture.

Elle revient des Etats-Unis, �a n'a pas march�.

Elle a quelque chose d'�trange.

On a peut-�tre �t� trop loin dans le maquillage de ses yeux.

Ses cheveux sont exag�r�ment d�color�s,

elle porte des lunettes extravagantes.

Elle ne sait pas ce qu'elle fait l�, elle est perdue.

Elle ne sait pas qu'elle est malade

mais son comportement est bizarre, comme on va le voir.

Elle ne sait plus ce qu'elle a command�.

Elle s'�nerve si les choses ne vont pas comme elle veut.

Regardez cet objet, c'est marrant.

Il y a plein de clous

avec un miroir au milieu.

Plus tard, quand il le pose sur la table,

on la voit dans ce petit miroir

et sa t�te est entour�e de clous.

Ils sont presque enfonc�s dans sa t�te,

symboliquement dans le miroir.

�a annonce ce qui va arriver d'ici une ou deux sc�nes :

Elle a une tumeur et elle va mourir.

Je suis revenue avec ma m�re.

J'en avais marre de l'Am�rique.

J'ai chang� ?

Tu es superbe.

J'ai forci de poitrine.

Je l'ai mass�e avec une cr�me sp�ciale.

Votre caf�.

J'ai dit : Du th�.

Il la voit se comporter bizarrement.

Malgr� ce qui s'est pass� entre eux,

on voit qu'il sent que quelque chose

est bizarre, anormal.

Elle le pense peut-�tre aussi.

On dirait qu'elle r�alise que quelque chose ne va pas.

Mais elle ne peut pas se concentrer sur ses pens�es.

Il essaie de la soutenir.

Il ne veut plus la r�cup�rer

mais il veut �tre son ami. Il s'inqui�te

car il sent que quelque chose ne va pas.

Voil� son visage entour� de clous.

Elle le sent.

C'est le symbole que �a ne va pas.

C'�tait une tr�s jolie fa�on

d'introduire le contexte de la mort.

J'aime beaucoup ce plan dans le miroir.

Il l'attend,

elle est aux toilettes mais il s'est pass� quelque chose.

- Monsieur ! Venez. - L'argent est sur la table.

Votre femme a un malaise.

Revoil� notre ami, le docteur

qui va lui expliquer qu'elle a une tumeur

et qu'on n'y peut pas grand-chose.

Ils vont l'op�rer, lui ouvrir le cerveau

pour tenter quelque chose en vain.

Il entre sans se faire voir

pour la voir dans sa chaise � l'envers.

�a nous ram�ne au tout d�but du film

quand elle est allong�e sur le lit et qu'on la voit dans le miroir.

C'est comme un contraste.

Le film se sert beaucoup des symboles.

Ils annoncent

ce qui va se passer plus tard.

Ils ont un aspect mythologique ou occulte.

En des termes jungiens, on parlerait de synchronicit�,

de conscience de l'avenir ou d'une quatri�me dimension.

Mais d'un point de vue artistique,

il est �vident que c'est empreint d'une valeur po�tique.

Si vous regardez bien,

la tumeur, ici, est � gauche.

Mais sur les photos, elle est � droite.

Le neurochirurgien qui nous a conseill�s pour le film

nous a dit � la fin : "C'est bien mais il y a une grosse erreur."

Il y avait une sc�ne o� on le voyait acheter la perruque.

On l'a enlev�e, c'�tait assez clair.

C'�tait une sc�ne int�ressante

mais remplie de symboles, alors on l'a enlev�e.

Elle la mettait, c'�tait suffisant.

Je suis jolie ?

Une vraie rousse.

Ce qu'il ressent pour elle,

c'est surtout de la compassion.

Il sait que c'est fini,

qu'ils ne se remettront pas ensemble, que leur amour est fini.

Mais en bon soldat qu'il est, il se bat jusqu'au bout.

Il la soutient et l'emm�ne jusqu'� la mort.

Plus tard, il lui lit un livre.

C'est peut-�tre l�, d'ailleurs.

Au d�part, dans le script, il lisait � voix haute

Anna Kar�nine de Tolsto'�

o� est �crit : "Tout le monde partage le m�me bonheur,

"ce n'est que dans le malheur qu'il y a des diff�rences."

Mais c'�tait tr�s philosophique et un peu exag�r�.

On trouvait que la presse � scandales,

qui est beaucoup plus primitive et pas litt�raire du tout,

passait tr�s bien.

C'est brut et sans d�tour.

La prose est plus difficile � traduire en hollandais.

L�, c'est du langage d�pourvu d'imagination.

"Elle dit : Je t'aime

"de tout mon c�ur et de toute mon �me.

"Depuis toujours.

"Rien ne me fera changer..."

Quand on entend la bande son,

sachant que ce n'est pas du son direct,

on a vraiment fait une bonne postsynchronisation.

C'est dur avec ces sc�nes �motionnelles.

Surtout quand on a une prise.

Reconstruire l'�motion en studio,

et les voix, c'est tr�s dur.

C'est probablement le film

o� j'ai le mieux r�ussi la restauration du dialogue,

tout en me basant sur une piste t�moin.

- Comment as-tu trouv� Olga ? - Mal.

Que vas-tu faire ?

Voil� la tumeur op�r�e. Il reste des adh�rences.

On va lui faire des rayons.

Elle en a pour longtemps ?

A ce stade, difficile � dire.

Dans la r�alit� et dans le livre,

les sc�nes o� elle va mourir, quand elle est � l'h�pital,

duraient 3 ou 4 mois. On ne pouvait pas faire �a.

Gerard Soeteman a r��crit �a en 3 ou 4 sc�nes

qui durent en gros entre 6 et 7 minutes

mais qui marquent bien les diff�rents stades de la maladie

et sa d�gradation.

Je t'ai apport� �a.

Regardez le maquillage, on a fait une erreur de nouveau.

Son visage est blanc

mais pour des raisons tr�s incertaines,

ses mains ne sont pas maquill�es.

Ses mains sont naturelles et son visage est blanc.

On a oubli� de maquiller ses mains en blanc.

C'est vraiment une sc�ne pour elle et pour lui.

Je les ai choisis pour cette sc�ne.

C'�tait celle de l'audition

avant qu'on tourne, quand on cherchait l'actrice.

On a fait cette sc�ne o� elle mange ces "d�lices turcs".

Elle �tait tellement r�ussie qu'� ce moment-l�,

on a d�cid� de la prendre.

Je pense que l'audition �tait presque meilleure que la sc�ne.

Si c'est le cas, je ne pr�f�re pas le savoir.

L'audition �tait sensationnelle.

Et ce couple...

L'id�e de prendre cette fille, contre l'avis des Hollandais,

a s�duit tout le monde au moment du casting.

On joue ?

Lci, on voit le puzzle.

C'est l� qu'�tait la sc�ne du puzzle.

Les pi�ces sont encore sur le lit.

On lui fait une piq�re pour la calmer.

On a suivi les instructions du neurochirurgien

qui nous a parl� des comportements qu'elle pouvait avoir.

Avec �a, elle va dormir.

C'est marrant, on devait lui couper les cheveux.

Il n'y a ni masque, ni rien sur sa t�te, on l'a ras�e.

Jan de Bont, mon chef op,

�tait amoureux d'elle.

Ils se sont mari�s quelques ann�es apr�s.

Pour la soutenir,

lui et une des maquilleuses ont aussi ras� leurs cheveux.

Ils sont arriv�s chauves sur le plateau.

Je ne savais pas que Jan l'avait fait par amour.

Je l'ai su plus tard.

Pour le film suivant, Katie Tippel, ils �taient d�j� mari�s.

J'ai �t� t�moin � leur mariage.

Malheureusement ou heureusement, �a d�pend,

le mariage n'a pas tenu. Ils sont remari�s et heureux,

ne vous inqui�tez pas.

C'est int�ressant, il la regarde

mais au moment o� elle meurt, il la rate.

Il regardait dehors en mangeant un sandwich

et il l'a rat�e.

Rutger voulait manger son petit sandwich

car il trouvait �a sympa d'avoir �a dans les mains.

L�, on le voit.

�a contraste tellement avec le fait qu'elle meurt.

Il est en train de manger

et ne s'aper�oit pas qu'elle est morte.

M. Vonk !

Vous oubliez ceci.

Rutger et moi �tions tr�s amis

jusqu'� La chair et le sang. On a beaucoup travaill� ensemble.

C'�tait un peu mon alter ego,

comme Mastroianni pour Fellini, ou L�aud pour Fran�ois Truffaut.

J'ai toujours ador� travailler avec lui.

Je crois que c'est un de ses plus beaux r�les.

C'est un r�le tr�s sensible, il a �norm�ment de talent.

J'aimerais bien refaire des films avec lui.

Pour ne pas faire trop sentimental,

il abandonne la perruque dans une poubelle

et dispara�t � jamais.

Je voulais des tra�n�es blanches que laissent les avions dans le ciel

pour symboliser l'�me en train de s'�lever.

Je voulais un symbole plus positif.

Mais on n'a pas pu convaincre le labo.

Il n'y avait pas encore de num�rique.

J'ai film� un avion, sans les tra�n�es,

mais �a ne rendait pas

sans la symbolique.

Theo van de Sande, l'assistant cam�raman,

est aujourd'hui directeur de la photo

et travaille depuis des ann�es aux Etats-Unis.

Il a fait Volcano.

Digna Sinke est devenue r�alisatrice.

Ina Berlet s'est mari�e avec mon monteur.

C'est comme regarder un album de famille, ce g�n�rique.

J'esp�re que vous avez appr�ci� les informations compl�mentaires

et les coulisses de ce film qui est l'un de mes films pr�f�r�s

avec Soldier of Orange.

Je suis tr�s fier de ce film qui est toujours d'actualit�.

Les cheveux sont trop longs et les v�tements sont diff�rents

mais les performances, l'atmosph�re, la photographie

sont toujours innovantes et excellentes.

Adaptation : Cathie Gervais pour C.M.C.

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