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Original subtitles

- Tu connais mon mari ? Lui, c'est Frédéric. - Enchanté. - Enchanté.

Nous nous sommes rencontrés à ce concert, il me semble.

- Je m'en souviens. - N'est-ce pas ?

Mesdames et messieurs, si vous voulez bien vous asseoir,

nous allons pouvoir commencer.

- Nous devrions aller nous asseoir là. - Au revoir. - Merci.

Allons-y.

Je vous remercie d'être venus aussi nombreux.

L'écrivain dont nous devons parler n'est pas avec nous,

mais ceux qui le connaissent n'en seront pas surpris.

Vous le savez, personne n'a jamais vu Serge Novak.

Personne n'a jamais vu ses traits,

sauf bien sûr son agent, David Ginsberg,

cet homme à l'air rusé assis à mes côtés

et qui se garde bien de trahir son ami.

Novak est un pseudonyme

et, pour ce que j'en sais, c'est aussi un des secrets littéraires

les mieux gardés.

On ne connaît rien de la vie de l'auteur

au-delà des conjectures de certains de ses biographes

qui lui prêtent l'âge de celui auquel il doit

sa consécration internationale, son héros Lâszlô,

le protagoniste tourmenté de "Voyage d'hiver".

Sa célébrité commence en 1978 avec ce roman épistolaire

qui a étonné les critiques les plus exigeants,

ainsi qu'un vaste public.

Je voudrais demander à David de nous dire quelques mots.

C'est un des hommes les plus érudits que je connaisse,

même si dans le milieu de l'édition internationale"

il aime à se faire passer pour un vulgaire homme d'affaires.

Je remercie Claire pour son aimable tentative

de me présenter sous un meilleur jour.

Quand j'ai commencé ce métier,

ma seule et unique règle de conduite était de disparaître,

de laisser le devant de la scène uniquement aux auteurs.

Depuis que je m'occupe de Serge Novak, je ne fais que la transgresser !

Et maintenant j'ai l'impression de faire du spiritisme !

Le regard de la jeune adultère me fixe, hésitant.

entre la peur et le plaisir.

Elle a reconnu l'étrange jouissance que l'on ressent quand on est vu,

vu contre sa volonté. Parce qu'elle est de celles

qui ne vivent que de leurs instants de trahison.

Je pensais que tu n'aurais pas le temps.

Ah, viens, entre. Comment s'est passé ton voyage ?

Bien. Je découvre sur le tard que j'écris mieux en dehors de la maison.

Mais tu es très élégant !

Tu as vu ça un peu...

Mon tailleur parisien me l'a coupé, il ne paraît pas mal.

Je viens de la Bibliothèque Mazarine.

Je voulais voir comment se passait la conférence

qu'ils ont eu la mauvaise idée de faire sur moi.

Je suppose que tu t'es bien amusé !

Autant que si j'assistais à mon propre enterrement.

Tu dors ici ce soir ?

Non, papa, je ne peux pas.

Je dois aller en Italie pour le mariage de Fabrizio, tu sais.

Ah, oui... Il faut dire

que tu ne t'es jamais beaucoup occupé de ton beau-fils.

C'est à qui, ce stylo ?

Il est arrivé ici

il y a quelques semaines à ton nom

avec cette enveloppe.

- Je me suis permis d'ouvrir, comme d'habitude. - Tu as bien fait.

- Il n'y avait pas un mot, quelque chose ? - Non, rien.

Bon, écoute la dernière qu'on m'a racontée.

Si tu ne peux pas t'en empêcher, vas-y !

C'est deux martiens qui se rencontrent par hasard en Amérique.

- "Comment tu t'appelles ?" - "4343".

- "Et toi ?" - "3342". - "Tiens, pourtant t'as pas l'air juif !"

Mon chéri,

j'ai fait une bêtise. Je suis désolée mais j'ai raté le bateau.

Mais non ! En fait, c'est peut-être mieux comme ça.

C'est plus romantique. Tu me pardonnes ?

Non, bien sûr je prends le premier demain.

Tu me manques.

Je t'embrasse.

Je suis désolé, je n'aurais pas dû écouter.

- Vous restez longtemps ? - Deux jours. Merci.

Ce n'est pas grave.

- Vous êtes en vacances ? - Non.

- Bien. - Si ça vous ennuie d'attendre, on peut partager celui-ci.

Avec plaisir. Merci. Tenez.

Oui, oui, je sais. Il a eu du retard, je n'y suis pour rien.

Non, je tenais vraiment à arriver ce soir.

Je pensais que j'y arriverais.

Là je suis à Naples, à l'hôtel.

Ne t'inquiète pas, je me suis renseigné.

Je prends le premier bateau demain matin.

Bonne nuit, je t'embrasse.

- Elle est fâchée ? - Pas plus que ça.

C'est la première fois que je fais ça.

Ma vie est sur le point de changer.

Ah, mais je ne te demande rien.

Je vous invite à échanger, devant l'Église, vos consentements.

Fabrizio et Mila,

vous êtes venus pour vous engager l'un envers l'autre, librement

et sans contrainte,

conscients de la portée de votre décision.

Êtes-vous disposés, dans la sainte union du mariage,

à vous aimer et à vous honorer tout au long de votre vie ?

Êtes-vous disposés à accueuillir avec amour

les enfants que Dieu voudra vous confier

et de les éduquer dans la foi chrétienne ?

Si tel est votre souhait,

donnez-vous la main

et échangez vos consentements devant Dieu et devant l'Église.

Fabrizio, veux-tu prendre pour épouse Mila,

veux-tu l'aimer fidèlement, dans le bonheur et dans les épreuves,

dans la santé et la maladie,

l'aimer et l'honorer tout au long de ta vie ? - Oui.

Mila, veux-tu prendre pour époux Fabrizio,

veux-tu l'aimer fidèlement,

dans le bonheur et dans les épreuves, dans la santé et la maladie,

l'aimer et l'honorer tout au long de ta vie ? - Oui.

- Nul ne sépare ce que Dieu a uni. Amen. - Amen.

En place pour la photo !

Maman, où est Daniel ?

Il a disparu, comme d'habitude.

C'est qui, elle ?

C'est le témoin de la mariée, c'est sa seule invitée.

Mais tu as vu Mila ? Elle n'est pas merveilleuse ?

Si, si.

Tu vois maintenant pourquoi Fabrizio a voulu aller si vite.

Mais ça, c'est de famille, toi aussi...

Mais que tu es bête ! Toi, je te connaissais.

Tu es sûre ?

Et qu'est-ce qu'on sait de la mariée, alors ?

Tout ce qu'il y a à savoir.

Laisse-moi deviner...

Elle débarque à Paris,

devient mannequin et met le grappin sur le jeune héritier.

- C'est ça ? - Arrête !

J'espère seulement qu'elle empêchera Fabrizio de faire des bêtises.

Mila, voici le personnage important de la famille, l'homme invisible.

Je suis ravie de vous rencontrer.

On peut se tutoyer.

Daniel ?

Amusez-vous bien !

- Vous allez où, alors ? - Au Guatemala.

- Ah, c'est un joli voyage. - Tout à fait.

- Et vous, vous restez encore longtemps ? - Non, je ne crois pas.

On y va ?

J'ai beaucoup pensé à toi ces jours-ci.

Bonjour.

Je pense qu'il n'a pas eu beaucoup de chance de te rencontrer.

Toi et moi, on va se revoir, on ne peut pas l'éviter.

Qu'est-ce que vous avez vu de beau ?

On n'a pas vu grande chose.

En fait, on n'est presque pas sortis de l'hôtel.

C'est de ma faute,

ou plutôt c'est la faute de Mila.

Et maintenant que vous êtes rentrés, qu'est-ce que tu penses faire ?

En tout cas plus le mannequin. Je ne la laisserai plus partir.

Qu'est-ce que tu sais faire d'autre ?

- Rien. - Menteuse.

Elle parle parfaitement quatre langues.

- Ce n'est pas vrai. - Mais si, c'est vrai. - Ah, bon ?

- Et lesquelles .7 - Fabrizio exagère.

En plus de ma langue maternelle,

je parle l'anglais, le français et le yiddish.

- Et d'où te vient ce talent pour les langues ? - Aucune idée.

C'est ce qui me vient le plus facilement.

Quand j'étais petite, on me tenait pour un prodige.

Ma mère aimait la France. Elle m'a envoyée pendant deux ans

chez une amie à elle, à Paris, pour étudier.

C'est là que j'ai eu envie d'apprendre le yiddish,

la langue de mon grand-père.

Mais tu viens d'où exactement ?

Mes parents étaient de Wielopole.

Je suis née là-bas, mais j'ai toujours vécu à Cracovie.

Ma famille aussi vient de Cracovie. Je ne suis jamais allé en Pologne.

C'est un événement d'entendre Daniel parler de sa famille !

Je viens d'avoir une idée...

Peut-être que Mila pourrait t'aider.

Tu ne cherchais pas quelqu'un pour des traductions ?

Tu sais bien que Daniel a des rituels un peu particuliers quand il écrit.

Tu ne peux pas le laisser répondre, pour une fois.

Je n'ai besoin de personne.

C'est agréable !

C'est un vrai plaisir d'être en ta compagnie !

Fabrizio, je t'en prie...

Ça fait dix ans que j'essaie de ne pas irriter le grand écrivain.

J'en ai ras le bol maintenant !

Bonjour.

Qu'est-ce que tu viens faire ici ?

Ne pense pas que c'est moi qui lui ai demandé de travailler pour toi.

C'est une idée à lui.

C'est tout ?

- Pourquoi tu me traites comme ça ? - Je n'aime pas les acrobaties.

Je ne pouvais pas imaginer ce qui se passerait.

- Tu dois te comporter comme si rien ne s'était passé. - Je ne peux pas.

Je n'arrête pas de penser à toi.

En ce qui me concerne, c'est une histoire qui n'a jamais commencé.

Tu penses pouvoir toujours tout contrôler, mais tu te trompes.

Pourquoi tu l'as épousé ?

Ne fais pas semblant de t'intéresser à Fabrizio,

il m'a dit que tu t'es toujours foutu de lui.

Qu'est-ce qu'il en dit, David ?

Il ne l'a pas encore lu, mais ce n'est pas important.

Pourquoi ça ?

Parce que cette fois-ci c'est ton opinion qui m'intéresse.

Ça va être quelque chose de différent, de plus personnel.

C'est-à-dire ?

Cette fois il n'y aura pas Lâszlô.

- Tu as décidé de le laisser tomber ? - Ça fait vingt ans qu'il me colle.

Pourquoi le lâcher maintenant ?

Je pense qu'il a tout donné, qu'il n'a plus rien à dire.

Je ne m'attendais pas à ça.

Ça me rend très curieuse.

C'est que le début, tu l'auras vite lu,

mais tu seras peut-être déçue.

Je ne crois pas.

- Tu pourrais te tromper. - Ça ne m'est jamais arrivé.

- Tu as vu ? C'était Daniel. - Où ça ?

Dans la voiture qui vient de passer. Il a fait semblant de ne pas nous voir.

- Peut-être qu'il est gêné devant toi ! - Devant moi... Pourquoi ?

Parce qu'il sait qu'il ne pourra jamais t'avoir.

Pourquoi tu m'as dit ça sur Daniel ?

Il trompe Nicoletta ?

Pas vraiment mais c'est un libertin.

- Qu'est-ce que t'en sais ? - Ça se voit.

Ils ont l'air tellement inséparables...

Ils s'aiment,

mais si tu avais lu ses romans,

tu saurais que les filles de ton âge lui plaisent beaucoup.

C'est étrange qu'il me fasse confiance.

Donne m'en un.

Qu'est ce que tu veux dire ?

Pour cette histoire de pseudonyme,

c'est étrange qu'il ait accepté que tu m'en parles.

Il ne l'a pas accepté, il l'a subit.

C'est Mila.

Daniel...

J'ai un endroit à moi maintenant. 80, rue du Port. Je t'y attendrai.

- Où vas-tu ? - Je n'arrive pas à dormir.

Elle vient de mon pays,

elle parle ma langue.

Je ne sais rien d'autre d'elle,

je sais qu'elle est entrée dans ma vie

et qu'elle ne veut plus en sortir.

Daniel !

- Comment vas-tu ? - Assez bien, merci.

Ça se voit que tu vas bien.

- Alors, ça te plaît ? - Beaucoup, c'est très différent d'avant.

- C'est Mila qui a suivi les travaux. - C'est vrai.

C'est elle qui a pratiquement tout choisi.

Sans l'architecte je n'y serais pas arrivée.

Je n'avais jamais décoré de maisons.

Tu devrais arrêter d'être trop modeste.

Ce n'est pas de la modestie, c'est la vérité.

Tu devrais t'en foutre de la vérité de temps en temps, crois-moi.

Je vais voir s'ils ont besoin de rien.

Tu as vu Daniel ? Je ne sais plus où il est passé.

Non, je ne l'ai pas vu.

Merci.

- À la vôtre. - À la tienne.

On était mignonnes, n'est-ce pas ? Surtout Mila.

Il me semble que vous l'êtes encore.

Merci.

Vous vous connaissez depuis longtemps ?

Pas depuis très longtemps, mais nous sommes très proches.

Seulement nos relations ont un peu changé récemment.

Pourquoi ?

Elle s'est mise dans une situation compliquée, j'ai l'impression.

Nicoletta te cherche.

En regardant Fabrizio et Mila,

j'ai compris une chose. - Quoi, donc ?

- J'ai un peu honte de le dire... - Vas-y.

C'est une de ces idées qu'on ne devrait jamais dire à personne.

Je me suis rendue compte

que ce qui les tient vraiment unis c'est qu'ils n'arrêtent pas de baiser

et je dois dire que d'une certaine manière

ça m'excite.

Mais oui, tout à fait. Excusez-moi un instant.

- Votre mari est là. - Ah, bon ?

Il est dans le bureau de votre fils. Je vous l'appelle ?

Non, non, ce n'est pas la peine. Je n'ai pas le temps.

À tout à l'heure.

Je l'ai vue à votre soirée.

Elle aime bien s'occuper de ce qui ne la regarde pas.

C'est vrai, Ewa se faufile partout.

Je ne la supporte que parce que c'est la meilleure amie de Mila.

À propos, tu ne m'as pas encore dit ce que tu penses d'elle.

Apparemment, c'est quelqu'un qui a du caractère.

Je m'attendais à une réponse moins diplomatique.

- Qu'est-ce que tu veux savoir ? - Si elle te plaît,

si tu penses qu'elle est faite pour moi.

Je pense que c'est quelqu'un avec qui tu ne t'ennuieras jamais.

Je voulais te dire, si ça l'intéresse encore,

j'ai besoin de quelqu'un pour travailler avec moi.

Ah, oui, elle va être folle de joie !

- Allô ? - Mila ?

Je suis avec quelqu'un qui veut te faire une proposition,

je te le passe.

Mila, c'est Daniel. C'est à propos de ce travail pour moi.

Pourquoi tu me fais appeler par Fabrizio ?

Il faut qu'on s'organise. Si ça te va, tu pourrais passer demain

pour qu'on en parle.

- Demain je ne peux pas. - Bon, quand tu veux, alors.

D'accord.

Qui c'était ?

- Je t'ai demandé qui c'était. - Tu me fais chier !

C'était lui...

Oui, c'était lui.

- Qu'est-ce qu'il a dit ? - Il veut me voir.

- Ne dis pas oui tout de suite. - C'est bien ce que j'ai fait.

Bien.

C'est joli ça.

Je te l'offre.

- Il n'y a pas un seul de tes livres. - Ça t'étonne ? - Non.

Tu en as déjà lu ?

Tous.

Lequel te plaît le plus ?

- Le premier. - Pourquoi précisément celui-là ?

Quand j'ai lu "Voyage d'hiver", je suis tombée amoureuse de Laszlô.

Maintenant que je te connais, j'ai du mal à faire la part des choses.

Je n'ai jamais su non plus.

Tu dois bien savoir ce que tu as mis de ta vie dans ce roman.

Ce n'est pas si simple.

Ce n'est pas une réponse.

Qu'est-ce que tu veux savoir ?

L'histoire de la mère du héros...

Si je me souviens bien, elle meurt pendant l'accouchement.

Après avoir survécu à Auschwitz.

Oui, c'est ça. Tu te souviens parfaitement.

Je me suis toujours demandée si c'était ton histoire et celle de ta mère.

- Non. - C'est inventé ?

C'est une histoire qu'un ami m'a racontée.

Les écrivains font tous ça, ils volent la vie des autres.

Parle-moi de cet ami.

Qu'est-ce qui t'intéresse ?

Comment il était ?

C'était un être très compliqué.

Il ne se contentait pas d'avoir une seule vie.

Il s'est suicidé à vingt ans

et c'était mon meilleur ami.

Alors ? Qu'en pense ma critique préférée ?

Cette fois je crois que les lecteurs de Serge Novak

vont avoir une surprise. - Ah, bah, j'espère bien que non.

Les lecteurs détestent les surprises. Tu imagines Graham Greene

abandonnant Dieu, le péché et la grâce

et commençant à écrire des romans cochons ?

Tu imagines si, au lieu de se mettre à "Finnegan's Wake",

Joyce avait toute sa vie continué à écrire "Gens de Dublin" ?

Arrêtez de vous chamailler comme des collégiens

et laissez-moi expliquer pourquoi ça m'a plu.

C'est la première fois que l'énigmatique,

le cérébral, le tortueux Serge Novak

nous laisse entrevoir un peu de sa propre vie

et, si vous me le permettez, de la mienne aussi.

Ah, non, je ne suis pas d'accord du tout.

Les écrivains mentent toujours

et moi je n'ai jamais cru aux foutaises d'Hemingway

et encore moins aux dix mille coups tirés par Simenon.

Ewa, cette conne, elle veut m'éloigner de toi.

Elle dit que tu me feras du mal, notre histoire est sans avenir.

Elle a peut-être raison.

Je ne crois pas que c'est ce que tu veux,

mais si tu le penses, tu es un con.

C'est sur une petite salade ?

Qu'est-ce que tu fais ?

Vous vous parlez souvent, avec Daniel. Il t'appelle plus que moi.

C'est toi qui as eu l'idée de me faire travailler pour lui.

Je vous ai vus ce soir en train de discuter, toi et Mila.

Pendant un moment je me suis demandée

si au lieu de t'aider, elle n'est pas en train de te créer des problèmes.

Non, c'est rien.

Elle a besoin de méthode. Elle est jeune, il faut qu'elle apprenne.

Je n'en doute pas.

Je l'ai juste fait pour te faire plaisir.

Je sais et je te suis reconnaissante,

mais je ne veux pas que tu te sentes piégé.

J'ai une amie qui m'a demandé de l'aider à trouver quelqu'un.

On pourrait en profiter.

C'est trop tard, ça la vexerait.

- Tu sais, elle n'a pas l'air comme ça, mais elle est fragile. - À moi,

elle ne semble pas fragile

du tout.

Merci.

Laisse, je m'en occupe.

- David est déjà parti ? - Il y a une demi-heure.

Excuse-moi, il faut que j'y aille. Je suis en retard. À ce soir.

- C'est qui ? - Daniel.

Tu veux parler à Mila ?

Oui, il faut que je lui parle.

Elle dort.

Réveille-la.

- C'est Daniel. - Oui ?

Viens immédiatement chez Ewa.

Pourquoi ?

Fais ce que je te dis !

- Je dois y aller. - Maintenant ?

Tu pouvais ne pas répondre.

Tu pouvais l'éteindre !

Je m'en occupe et je reviens tout de suite.

Tu m'attends ?

Quelquefois je me demande pourquoi tu m'as épousé.

Parce que tu es riche !

- Oui ? - Où es-tu ? Il faut que je te parle !

J'ai un avion dans dix minutes.

Ne le prends pas, attends-moi ! J'arrive.

Tu peux me dire de quoi il s'agit ?

Pas au téléphone.

Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Pourquoi tu me regardes comme ça ? - Qui sont ces gens ?

Les parents d'Ewa.

- Qu'est-ce que tu sais d'eux ? - Pourquoi ?

Je connaissais cet homme.

Et alors ? C'est quoi le problème avec cette photo ?

- Ewa, elle a quel âge ? - Vingt-cinq ans.

Son père était déjà mort quand elle est née.

C'est vrai, elle ne l'a jamais connu.

Elle sait depuis peu que c'était son père,

du moins c'est ce qu'elle m'a raconté.

- Et toi, tu l'as connu comment ? - Ton amie ne te l'a jamais dit ?

Qu'est-ce qu'elle aurait dû me dire ?

- Pourquoi tu ne réponds pas ? - Tu ne sais rien ?

Je l'ai reçue ce matin.

Et puis il y a ça aussi.

Qu'est-ce que Paul vient faire là-dedans ?

On me l'a fait trouver dans la même maison où cette photo a été prise.

- À qui la maison ? - À Ewa.

Qui est cette femme ?

Le livre a eu un tel succès que lorsqu'elle est venue me voir

et qu'elle m'a raconté son histoire avec Paul Dembinski,

j'ai pensé que c'était une mythomane qui essayait

de nous soutirer des sous. - Elle s'appelle comment ?

Nina... Pesko, je crois.

Mais tu ne peux quand-même pas t'occuper d'un fantôme.

Et puis même si Ewa était sa fille, elle ne peut rien te faire, tu sais.

Par contre ça doit t'inquiéter.

Ce sont des pros. Ils savent qui tu es

et ils veulent t'avoir là où ça fait mal.

- Pourquoi tu parles au pluriel ? - Tu n'as pas encore compris ?

C'est Mila et sa copine !

Ne dis pas de conneries, Mila n'a rien à voir dans tout ça. C'est hallucinant.

Ça voudrait dire qu'elle a épousé Fabrizio uniquement pour me piéger.

C'est absurde.

C'est sa copine Ewa.

Et comment tu peux l'exclure à priori ? Qu'est-ce que tu sais d'elle ? Rien !

Elles sortent de nulle part.

Alors, on joue les voyeurs ?

Il faut que je parle à Mila.

Mila ! Regarde qui est là ! Ton ami.

Il ne peut plus faire un pas sans toi !

Je vous laisse seuls !

- Qu'est-ce que tu fais là ? - Je veux l'adresse d'Ewa à Cracovie.

À Cracovie ? Pourquoi ?

Comment tu as eu ça ?

Je l'ai reçue ce matin, quand je t'ai appelée.

Elle a été prise chez ton amie.

Pourquoi tu ne me l'as pas dit tout de suite ?

Je n'étais pas sûr.

- De moi ? - Oui.

Et maintenant ?

Fabrizio nous regarde.

Pourquoi elle aurait fait ça ?

- À ton avis ? - De sa part on peut s'attendre à tout.

Je ne pensais pas qu'elle profiterait de moi.

Elle t'a demandé de l'argent ?

- Je la cherche depuis hier, elle n'est pas rentrée. - Alors ?

Skopnieka, 10.

- Oui. - J'ai l'impression que tu n'as pas bien compris.

Regarde sur ta gauche.

Écoute, mon chéri, tu devrais courir voir ta femme.

Je viens juste de déposer un message à son cabinet.

Bonjour, monsieur.

Quelqu'un a laissé quelque chose pour moi ?

- Une jeune femme l'a déposé il n'y a pas longtemps. - Merci.

- Voulez-vous que je prévienne votre femme ? - Non.

Quelle belle surprise ! Qu'est-ce qui t'amène ?

Que se passe-t-il ? Tu as l'air bouleversé.

Mon père est malade, je dois partir. Je passais pour te dire ça.

Qu'est-ce qu'il a ?

- Je ne sais pas. - Je suis désolée.

J'espère que ce n'est rien de grave.

Tu es sûr de vouloir y aller seul ? Tu ne veux pas que je vienne ?

Non, merci, ce n'est pas la peine.

Ne t'inquiète pas, dès que j'arrive je t'appelle.

Il faut du temps pour rassembler une somme pareille.

Ça fait 25 ans que tu as publié son roman. J'ai assez attendu.

Bonjour. Nous cherchons Nina Pesko. Elle habite ici ?

- Je n'en sais rien. - Attendez,

on voudrait simplement vous demander quelque chose.

Nina Pesko est morte il y a deux ans.

Je suis désolé, elle dit que Nina Pesko est morte.

Je sais, j'ai compris, laissez-la parler.

- Andrzej est mort aussi, le mari. - Le père d'Ewa ?

Il n'était pas le père d'Ewa. Il croyait l'être.

Nina leur a dit la vérité avant de mourir.

Ewa était la fille d'une autre personne, un écrivain, je crois.

Depuis ce jour là, elle a disparu et on ne l'a plus revue.

Elle n'est même pas venue à l'enterrement de celui qui l'a élevée.

C'est une belle fille, Ewa, mais vous le savez déjà, n'est-ce pas ?

On dit qu'elle vit maintenant en Suisse, c'est vrai ?

Je vous remercie.

Je vous en prie.

- Allô ? - Daniel, comment ça va ? - Ça va bien.

J'ai l'impression qu'il va mieux.

Allô ?

Daniel, allô ? Allô ?

- Allô ? - César ?

Très bien. Et vous deux, comment ça va ?

Comment vas-tu ?

Moi, ça va,

mais Daniel n'est pas avec toi ? - Non.

Pourquoi ?

C'est moi qui ai dû me tromper.

Excuse-moi de t'avoir dérangé.

- Tu es sûre que tout va bien ? - Oui, oui, pas de problème.

Je t'embrasse.

Nic...

Où es-tu ?

Mon portable s'est déchargé.

Je voulais te dire que tout va bien, du moins, je crois.

Demain le médecin revient, on en saura plus.

Je pensais que tu étais à la maison. Je t'embrasse.

Allô ?

Fabrizio, c'est toi ?

Bonjour, Nicoletta, tu vas bien ?

Ah, Mila, excuse-moi de te déranger, mais je n'arrive pas à trouver Daniel.

Il m'a parlé d'un voyage, mais j'étais distraite,

je n'ai pas saisi où il allait.

Je pensais que peut-être il t'en aurait parlé.

Non, je n'ai pas la moindre idée d'où il peut être.

- Qui est-ce ? - Je suis désolée.

Tiens-moi au courant, tchao.

- Je t'ai demandé qui c'était. - Mon amant.

Si je découvrais que tu as un amant, je le tuerais.

Et à moi, qu'est-ce que tu ferais ?

Faut que j'y réfléchisse.

- Vous connaissez la forêt de Debno ? - Oui, bien sûr.

Vous parlez de Debno sur la route de Tarnôw ?

Il faut combien de temps pour y aller ?

- Un peu plus d'une heure. - Très bien, allons-y.

Vous avez toujours fait ce genre de travail ?

Non.

J'ai été dans la police pendant plus de vingt ans

mais ça ne m'a jamais amusé.

Ce jour-là nous étions partis de bonne heure

pour aller voir la maison

que mes parents avaient définitivement abandonnée.

Une maison dont je ne gardais que peu de souvenirs.

Le paysage de cette région paraissait très ancien,

à perte de vue des champs, des vergers,

des routes creusées d'ornières s'enfonçant dans les bois.

Lâszlô semblait étrangement intrigué et excité par cette visite.

Il le montrait de cette façon particulière

qu'il avait d'écouter et de se taire.

Il avait certainement une terreur enfantine des mots

car il connaissait parfaitement leur pouvoir.

On avait la sensation.

que son silence était une forme de précaution,

comme s'il évitait de toucher la vie des autres de ses paroles

par peur de produire un effet inattendu et redoutable.

Au fond, je ne savais encore rien de lui.

C'est le gardien.

Apparemment il a toujours vécu ici.

Il m'a confirmé que c'est bien dans cette villa

que le jeune écrivain s'est suicidé.

Avant la confiscation.

La maison appartenait à son père, un aristocrate. Ils vivaient à Paris.

Il est revenu pour faire des recherches sur sa famille, pour un roman.

Il s'est tué sans raison apparente.

- À qui appartient la maison maintenant ? - Elle est en vente.

Monsieur Boltanski !

Je m'appelle Jost, correspondant du "Herald Tribune".

J'aimerais vous poser quelques questions.

À moi ? À quel sujet ?

Certaines agences de presse diffusent une information qui vous concerne.

C'est-à-dire ?

Il semblerait que derrière Serge Novak,

l'auteur de best-sellers, il y aurait vous-même.

Et ce n'est pas tout.

Les mêmes agences prétendent qu'un plagiat.

serait à l'origine de ce pseudonyme,

un plagiat qui daterait de plusieurs années, dont vous seriez coupable

en même temps que votre agent littéraire, David Ginsberg,

aux dépends d'un certain"

Paul Dembinski.

Arrêtez !

Vous êtes complètement fou ? Je vous dis d'arrêter !

Daniel !

Arrête !

Que se passe-t-il ?

Ne t'inquiète pas,

ces minables s'en vont. - Si je peux me permettre, M. Novak,

à votre place je ne me mettrais pas dans des états pareils.

Je ne suis que le premier, d'autres viendront.

Mais qui sont ces gens ?

Mais qui étaient ces gens ? Qu'est-ce qu'ils voulaient ?

J'ai le droit de comprendre.

Il n'y a rien à comprendre, ils voulaient faire les malins.

Comment va ton père ?

Ça va beaucoup mieux, il n'y a plus à s'inquiéter.

Je suis désolé pour ce bordel.

Je ferais mieux d'aller prendre une douche.

Si tu veux, je te prépare quelque chose à manger.

Je te cherchais.

Je suppose qu'ils sont venus chez toi aussi.

Oui. Ils m'ont cassé les couilles toute la journée.

Bon, j'ai contacté Seligmann,

c'est le meilleur pour ce genre de situations.

On ne peut rien faire d'autre que de confier l'affaire à un avocat.

Ils n'ont rien dans les mains, mais il faut quelqu'un

qui les empêchent de continuer définitivement.

Je veux que tu organises une conférence de presse.

Qu'est-ce que ça signifie ? Qu'est-ce que tu veux faire ?

Je laisse tomber Novak, il ne représente plus rien.

- Sinon ils ne me lâcheront jamais. - C'est la pire des conneries.

C'est la dernière bêtise à faire.

J'ai pris ma décision, David.

- Il y a aussi une demande d'argent. - Combien ?

Les droits d'auteur du livre :

elle veut 5 millions de francs suisses.

Tu n'auras jamais l'assurance de l'arrêter, enfin il faut payer.

C'est la seule façon de laisser Nicoletta en dehors de cette histoire.

Je sais.

Et Mila,

tu dois la quitter, Daniel. Tu ne peux pas continuer comme ça.

Quand ton amant te donne rendez-vous dans un endroit pareil,

c'est pour te dire que c'est fini.

- Non ? - Tu as une autre solution ?

0ui,

ça dépend de nous.

Qu'est-ce que tu as trouvé à Cracovie ?

L'histoire de ton amie.

Elle t'a utilisée pour m'approcher, pour me faire chanter.

C'est une histoire très compliquée sur son vrai père. Elle t'en a parlé ?

Non.

Et si tu ne cédais pas ?

- Il me paraît difficile. - Elle n'aurait plus rien en main,

Et Fabrizio et Nicoletta ?

...rien.

Ça c'est le prix à payer.

Mais tu n'as pas le courage de recommencer une vie.

N'est-ce pas, Daniel ?

On ferait trop de mal autour de nous.

Je dois y aller, Fabrizio m'attend.

Je suis désolé.

- Depuis combien de temps tu es là ? - Depuis suffisamment de temps.

Ne dis pas un mot.

Tu dois disparaître,

mais tu vas me jurer de laisser Fabrizio en dehors de tout ça.

Je préfère que les choses restent comme elles sont entre lui et Mila,

il ne doit se douter de rien.

Il n'y survivrait pas.

Ça dure depuis quand ?

Qu'est-ce que ça change ?

Rien...

Tu es une merde.

Mesdames et messieurs,

s'il vous plaît, un peu d'attention je vous prie.

Il y a quelques jours une agence de presse a divulgué deux informations,

une fausse et une vraie,

au sujet de mon client, Monsieur Daniel Boltanski.

En ce qui concerne la vraie information, Monsieur Boltanski

a décidé de révéler aujourd'hui à l'opinion publique

sa véritable identité qui correspond au nom de plume de Serge Novak.

Par contre,

pour la fausse information relative à la soi-disant appropriation

d'un roman manuscrit de Monsieur Paul Dembinski

par mes clients, il y a vingt ans,

je précise qu'il s'agit d'une pure calomnie, dénuée de tout fondement.

Il est clair que si elle devait être diffusée dans la presse,

nous nous réserverions le droit de nous défendre

par tous les moyens que nous jugerions opportuns.

Je n'ai rien d'autre à ajouter.

Vous pouvez, si vous le désirez, poser des questions.

Maître Seligmann, ne croyez-vous pas que votre présence ici

est la preuve évidente de l'inquiétude de vos clients ?

Mon client, M. Boltanski, a déjà écrit jusqu'à maintenant neuf romans

qui sont dans les premières places

des classements des best-sellers du monde entier.

Pensez-vous qu'il ait eu besoin de les voler

à des pauvres écrivains en herbe ?

M. Boltanski, vous êtes un homme riche et célèbre

grâce au succès des romans publiés sous le nom de Serge Novak,

un nom que maintenant.

nous pouvons mettre en relation avec le vôtre.

Pourquoi avez-vous choisi d'écrire sous un pseudonyme ?

Pour que des gens comme vous n'aient pas le moindre contrôle sur ma vie.

M. Novak, vous connaissez certainement

ce qu'a écrit Stendhal à propos des pseudonymes :

c'est un problème de honte.

Stendhal avait honte de son père et vous, M. Boltanski-Novak

de quoi avez-vous honte ?

Notre rencontre est terminée, je vous remercie de votre attention.

Pourquoi tu l'as payée ?

Il n'y avait plus aucune raison de le faire.

Ça me regarde, David.

- Non. - Comme tu veux, c'est mon argent.

Tu fais une grosse erreur, avec Nicoletta aussi.

J'ai fait ce que j'ai pu.

Tu ne t'es pas arrêté à temps quand c'était encore possible.

Où vas-tu maintenant ?

Je ne sais pas.

Tu as tenté de disparaître pendant vingt ans.

- Ça ne t'a pas suffi ? - Apparemment non.

Adieu, David.

Da-dam !

Pourquoi tu ne dis rien ?

Qu'est-ce que tu as ?

Tu m'en veux ?

De quoi ?

Parce que tu l'aimes.

Prends ta part.

Merci, je l'ai déjà prise.

Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

Tu m'entraînes dans cette foutue histoire,

tu me fais jouer la comédie

et puis tu me laisses tomber comme ça ?

C'est à toi que je parle !

On se voit ?

Je ne crois pas.

- LE ROMAN QUI S'EST VENDU À UN MILLION D'EXEMPLAIRES -

Il n'y a rien de très particulier,

en tout cas en ce qui concerne l'une des deux. Voilà.

Il y a quelques années elles ont été interpellées

à la sortie d'une discothèque en état d'ivresse

et soupçonnées aussi d'usage de stupéfiants.

Elles ont été relâchées.

Mais un an plus tard, la plus jeune, Ewa Pesko,

a été condamnée pour vol et usage de drogues.

Des deux, c'est elle qui a eu le plus de problèmes avec la justice.

Celle qui était la plus difficile, en somme.

Aujourd'hui, elles sont toutes les deux résidentes en Suisse.

Officiellement, avant de quitter la Pologne,

Ewa Pesko était comédienne, l'autre mannequin.

C'est tout ce que j'ai pu apprendre.

Il y a quelque chose qui ne va pas ?

Les photos, elles sont différentes de ce que j'attendais.

- Pardon, qu'est-ce que voulez-vous dire ? - Rien.

Je vous demanderai de ne parler de ça à personne.

- Soyez tranquille. - Je vous remercie.

Quand j'étais enfant, j'adorais rester sous les arbres,

j'aimais disparaître et réapparaître

dans les trouées de lumière laissées par le brouillard.

À treize ans, sous un de ces arbres, j'ai inventé et dessiné une histoire.

Et puis, je l'ai oubliée.

Plus tard, quand elle a ressurgi, j'ai pensé l'écrire.

Je crois que c'est à ce moment qu'a commencé mon jeu de cache-cache,

le jeu d'un enfant qui ne sait pas ce qu'il craint ou désire le plus :

rester caché ou être découvert.

Mon cher Daniel, quand tu liras cette lettre, je ne serai plus là.

Ce manuscrit est l'unique exemplaire de ce roman,

il n'en existe aucune autre copie.

Tu comprendras immédiatement que Lâszô,

le personnage du séducteur, c'est toi.

Pour raconter son secret, j'ai puisé sans vergogne dans ta vie

et même dans celle de ta mère,

ce fantôme qui hante tes silences et tes névroses.

Je ne sais pas si c'est pardonnable.

Je n'aurais plus à me poser la question.

Tu es maître de décider à quel point cette histoire t'appartient

ou, au contraire, si tu n'en es que le passeur.

Il est clair qu'un étrange destin a fait en sorte

que notre vie s'est reflétée dans la même histoire.

Il ne me reste qu'à te la confier.

Madame, nous voudrions vous poser quelques questions,

si vous n'y voyez pas d'inconvénients.

Je suis obligé de commencer par une question indiscrète.

Même si tout indiquerait un suicide.

C'est cela que vous voulez savoir ?

C'était mon amant.

Depuis combien de temps durait cette liaison ?

Depuis quelques mois.

De quoi s'occupait Monsieur Boltanski ?

Il paraît qu'il était extrêmement riche.

C'était un écrivain,

un grand écrivain.

Aviez-vous quelques pressentiments ?

Pourquoi me le demandez-vous ?

Il a laissé des dispositions pour qu'il soit enterré

au cimetière juif de Debno, à côté de son ami Paul Dembinski.

Sauriez-vous m'indiquer Paul Dembinski sur cette photo ?

Non.

Nos petits événements privés attendent toujours un conteur,

quelqu'un qui sait et qui transmettra aux autres.

On ne disparaît jamais complètement.

C'est épuisant de se déplacer dans l'ombre,

c'est comme si on espionnait sans être vu.

La clandestinité et le secret exigent une mémoire infaillible.

Mais souvent les motifs d'un secret ne cachent rien de répréhensible,

le secret est simplement notre propre mélodie,

celle qui nous enchante et nous transforme

en témoins stupéfaits de la vie des autres.

Sans secret, je n'aurais jamais commencé à écrire.

Raconter c'est cela, tout simplement.

C'est comme un pacte, un enchantement.

C'est le fil invisible qui nous condamne au souvenir,

au fait que les événements et les personnes reviennent,

comme des ombres.

Le jour où nous serons libérés de l'enchantement

et où nous aurons enfin envie de raconter la vérité,

ce jour-là, nous-mêmes ne serons plus

qu'un souvenir ou une ombre.

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