All language subtitles for Gruppo Di Famiglia In Un Interno

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Original subtitles

VIOLENCE ET PASSION

Il est sublime.

Indéniablement.

Oui, vraiment sublime.

Excusez-moi. Permettez que je débarrasse...

Ne vous dérangez pas. En fait, j'aimerais aller sur la véranda.

Je vous en prie. Pardonnez le désordre.

Ne vous en faites pas. Ça ira très bien.

Eh bien, professeur ?

Il est sublime, comme je l'ai dit, mais...

je ne peux pas.

Le prix n'est pas excessif.

Au printemps, chez Sotheby's, vous avez payé...

3 000 livres. Pas un penny de plus.

Allons, professeur...

J'avais moi-même fait une offre à 3 500.

Je peux sortir la facture.

Non. Il n'en est pas question.

Mais cela m'étonne.

En tout cas, félicitations.

Avouez tout de même que les prix

ont beaucoup augmenté depuis le printemps.

Hier encore, on nous a demandé...

Il y a quelqu'un ?

- J'ai une faveur à vous demander. - Oui ?

Nous allons vous le laisser. Réfléchissez-y.

C'est tout réfléchi.

Je ne conteste pas le prix.

Ça tombe mal, en ce moment. Les impôts,

les travaux de rénovation...

Emportez-le.

Je ne veux pas en avoir la responsabilité.

Ne vous en faites pas.

Vous nous rendriez service.

Nous devons passer à la villa de la Via Cassia.

Je préfère ne pas le laisser dans la voiture.

Nous l'enverrons chercher.

Faute de quoi, je vous le renverrai. Je ne suis pas intéressé.

J'ose espérer que vous changerez d'avis.

Ne vous dérangez pas, Professeur. Nous connaissons le chemin.

- À bientôt, j'espère. - Au revoir. Rentrez bien.

Au revoir.

Vous devriez le prendre.

- Je ne change pas d'avis. Au revoir. - Au revoir.

Ils sont partis ?

Oui, à l'instant.

Tant mieux.

Pardonnez-moi...

…vous êtes la propriétaire du tableau ?

De ça ? Mon Dieu, non !

Est-ce qu'il vaut vraiment autant ?

Ce qu'ils étaient mielleux ! Ce sont des receleurs ?

Des receleurs ?

Ce sont les propriétaires de la galerie Blanchard, à Paris.

Mais... n'étiez-vous pas avec eux ?

Non. On s'est croisés sur le palier.

Alors que me vaut l'honneur ?

Selon votre bonne et le concierge,

l'appartement du dessus est libre. Je désire le louer.

Le louer ?

Il n'est pas à louer.

Je vais y monter des livres. Je manque de place.

Allons, professeur ! J'ai visité.

Les couloirs, les pièces de service, une tonne d'étagères...

Et si vous aviez des étagères plus simples

dans votre bureau, le problème serait réglé.

Merci pour vos conseils, mais...

Mon mari n'a jamais lu un livre,

enfin pas que je sache, et adore les pièces tapissées de livres.

Il est fou, de vous à moi.

Eh bien, il a fait faire des étagères.

Pas en métal, c'est affreux.

Mais en bois, en merisier. Elles ont une contenance énorme !

Mes étagères me plaisent. Et l'appartement n'est pas à louer.

- Excusez-moi... - Laissez-moi le voir.

Voir quoi ?

L'appartement. S'il ne me plaît pas, on n'en parlera plus.

Ce ne sera pas long. Ne bougez pas.

Votre bonne peut me le montrer. "Erminia", je crois. C'est bien ça ?

Erminia !

Elle m'a dit qu'elle était ici depuis 25 ans.

Vous avez de la chance.

Erminia !

Le professeur a consenti à...

Apportez-moi les clés de l'appartement du dessus.

Je ne veux pas vous vexer, mais vous perdez votre temps.

Je sais, mais nous allons jeter un œil.

Je regarde ces fenêtres depuis des années.

Je me gare Piazza Campitelli, quand je viens en ville.

Il est devenu si difficile de se garer.

D'où mon envie d'avoir un pied-à-terre ici.

J'habite à 25 km, vous savez.

Eh bien ?

- Ma fille, Lietta. - Salut.

Oh, excusez-moi. Je suis Bianca Brumonti.

Tu en as mis, du temps !

Ce n'est pas chauffé, là-haut.

- C'est très compliqué. - Ah bon ?

C'est chouette, ici.

Je demanderai à Stefano s'il connaît les gens de la galerie Blanchard.

- On dirait des escrocs. - Galerie Blanchard ? Bien sûr.

Elle est connue, comme Christie's ou Sotheby's.

Ce qui ne les empêche pas d'être des escrocs, comme tu dis !

Je n'ouvre pas les fenêtres, à cause des barres.

Et comme je vous l'ai dit, je suis pressé.

Lietta, aide-moi.

- Madame, je vous en prie... - Je la refermerai.

Je veux me faire une idée. Du reste, ça sent le renfermé !

C'est absolument parfait. Bianca, vous êtes géniale !

C'est parfait !

Du calme. Il refuse de nous le louer.

Comment ça ?

Il le réserve aux souris ou aux chauves-souris.

- Il veut plus d'argent. - Tu crois ?

Ce n'est pas la question !

Maman ! Viens voir !

S'il est à louer, où est le problème ?

J'ai été très clair avec votre mère : cet appartement n'est pas à louer.

Votre mère a insisté pour le voir.

Ce n'est pas mon fils, Dieu merci !

Selon la rumeur qui court, c'est le fils de ses parents.

Hé, Bianca ! T'as intérêt à rappliquer en vitesse !

Tu vas hurler de rire !

Que fait Konrad ici ?

Excusez-moi.

Je ne le vois pas.

Je l'ai vu. Pourquoi reste-t-il en bas ?

Je ne sais pas.

Il ne m'a pas accompagnée parce qu'il allait te voir.

Quoi ? Moi ?

Je l'ai entendu te dire qu'il passerait te prendre.

J'ai dû m'emmêler les pinceaux.

Ça ne me plaît pas ce que tu insinues.

J'ai dit que je le ferais. Vous allez vous salir.

La police embarque ta voiture.

Tu ne les as pas empêchés ?

Tu ne m'as jamais confié tes clés, ma chère.

Tu m'exaspères.

Tu ne vas pas me montrer ma garçonnière ?

N'essaie pas d'être drôle.

Lietta, Stefano, s'ils l'ont déjà embarquée, essayez de les rattraper.

Mademoiselle... M. Blanchard est-il là ?

Oui. C'est moi.

Blanchard ! Mon concierge est-il encore là ?

L'homme qui a rapporté le tableau.

Tant pis.

Je dis ça parce que vous allez devoir dépêcher quelqu'un d'autre.

J'ai changé d'avis. Je vais l'acheter.

Vendu ? C'est pas possible. Quand ?

Maître Micheli.

Entrez, Micheli.

- Je vous dérange ? - Non, non. Entrez, asseyez-vous.

Ne restez pas là.

Hier, la marquise Brumonti m'a téléphoné. Vous la connaissez.

Je ne la connais pas vraiment. Et je n'y tiens pas.

Vous n'êtes pas venu pour ça ?

Attention, vous parlez peut-être

de la mère de quelqu'un !

Content ? Sinon je fais un infarctus. On l'a acheté.

Où le voulez-vous ?

- Ils sont avec vous ? - Il a capitulé.

Comme je le disais,

la marquise m'a téléphoné hier et a fait une offre généreuse...

Je suis votre avocat. Je me devais d'étudier cette offre

et de vous conseiller...

Où voulez-vous en venir ?

On lui a forcé la main. Je sais ce que vous pensez

et je sais comment est maman. Mais écoutez-moi un instant.

Juste pour un an. Un an.

Si vous saviez comme on y tient, vous nous le céderiez.

Si j'ai bien compris, professeur, Mme Brumonti

vous a expliqué qu'elle ne voulait l'appartement que pour 1 an.

Vous ne rénoverez pas la bibliothèque avant le printemps prochain.

C'est pourquoi je me suis permis...

Non. Je suis navré.

Rome regorge d'appartements qui vous conviendront.

Maman inventera mille excuses pour ne pas les visiter.

Selon Madame, il semblerait…

…que la demoiselle soit fiancée.

Stefano et moi faisons un essai.

Maman me laissera vivre ici chez Konrad avec Stefano.

Qui est Konrad ?

Vous l'avez vu hier. L'appartement est à lui... pour lui.

Vous êtes d'une franchise déconcertante.

Je vais être tout aussi franc avec vous.

Je ne suis pas pressé de monter mes livres.

Je suis un homme âgé,…

névrosé, quelque peu hystérique,…

que les bruits inhabituels et les inconnus dérangent…

et que les formalités insupportent.

Je ne peux donc pas louer l'appartement.

Vous n'êtes ni âgé ni hystérique. Vous êtes fascinant et vous le savez.

Vous êtes un peu fou, soit.

Tous les gens intéressants le sont.

Et vous êtes fou de choses comme ça.

Ne dites pas qu'il ne vous plaît plus.

Il a appelé Blanchard quand on y était.

Exact.

Maman avait raison. Blanchard nous a vendu la toile…

à un prix bien inférieur.

- Il ne fallait pas le dire. - Pourquoi pas ?

C'est un escroc. Autant qu'il le sache.

Ils savent qu'il est collectionneur et ils essayent d'en profiter.

Nous sommes quittes. Voici 3 mois de loyer, payés d'avance.

Alors, allons-nous faire le bonheur de ces jeunes gens ?

Un bail d'un an.

Que se passe-t-il là-haut ?

Mon Dieu ! Que se passe-t-il ?

Ils sont devenus fous ! Le plafond s'écroule !

Au secours ! Au secours !

Au secours !

Vous êtes fous ? Arrêtez ! Vous vous rendez pas compte !

Domenico ! Domenico ! Où êtes-vous ?

- Bonsoir, professeur. - Bonsoir, Erminia.

Que s'est-il passé ?

Vous n'allez pas le croire !

Ce n'est rien. Il faut voir la cuisine et l'office.

Dieu merci, vous étiez sorti.

Je n'aurais même pas pu vous faire bouillir de l'eau.

C'est trempé !

Sur les autres murs, c'est pire.

C'était fou ! On se serait crus en guerre.

On aurait dit qu'on nous bombardait.

Je suis montée leur parler, mais ils m'ont claqué la porte au nez.

J'allais appeler la police,

mais Domenico a dit que vous sauriez quoi faire.

Cessez de jacasser.

Apportez-moi les clés de l'appartement.

Et la lampe électrique !

On dirait vraiment que ça a été bombardé.

Appelez Micheli.

Qui est là ? C'est toi, Maro ?

Ma maison est pleine de gravats.

L'eau s'infiltre de partout.

Et au vu de ceci, je m'étonne que le bâtiment tienne encore debout.

C'est de la folie ! C'est intolérable !

Tout comme votre présence ici. Vous entrez comme un voleur !

J'aurais pu tirer.

Ravi d'être en vie, ne serait-ce que pour que vous m'expliquiez.

Je fais ce que je veux chez moi.

On m'a dit que vous aviez autorisé les travaux, même sans l'acte.

La réfection d'une salle de bains. Le bail n'autorise que cela.

Et je ne compte pas le signer, vu les circonstances.

En revanche, je compte déposer une plainte.

Pardon, mais on m'a aussi dit que le bail

n'était qu'un papier à produire en cas de besoin.

- Mais l'acte de vente sera à mon nom. - Votre nom ?

L'avance qui vous a été faite prouve qu'il y a eu vente.

Il s'agit d'un bail d'un an non renouvelable !

- Je dois passer un appel. - Un appel ?

Vous réglerez la question avec Mme Brumonti, en ma présence.

Volontiers.

Il n'y a aucun risque que Mme Brumonti me contredise.

- Avez-vous joint Micheli ? - Il était sorti.

J'ai demandé qu'il vous rappelle dès son retour.

Je vois.

Puis-je avoir un whisky ? Sec, je vous prie.

Je n'ai pas d'alcool.

Pas même...?

Que je suis bête ! Pardon, Tony.

Oui... Bientôt. Au revoir.

Ça m'arrive tout le temps.

J'appelle la maison de Londres au lieu de Paris.

Ah ! au sujet du téléphone…

vous ajouterez ces appels aux dégâts.

Vous n'avez pas de whisky ou vous refusez de m'en donner ?

J'ai du vin.

Vous avez une faiblesse. Je suis soulagé.

Du vin rouge, je vous prie.

Allô ?

Ah, c'est toi !

Espèce de sale menteuse !

Explique-moi ces conneries et n'essaie pas de me baiser !

Quelles conneries ?

Ces conneries avec l'appartement, mon ange !

Pourrais-tu préciser ?

Je vais préciser, ou plutôt, quelqu'un d'autre va le faire.

Tu oses me parler ainsi ?

Tu me le paieras cher, petit enculé ! Konrad, tu m'entends ?

Madame, ici le professeur.

- Je m'en fiche... - Écoutez-moi.

Passez-moi ce salaud ! Il va m'entendre !

- Laissez-moi lui parler ! - Madame !

Vous, cessez de mentir !

Je ne dis que la vérité. C'est entendu ?

Pour le reste, voyez mon avocat.

Je vous en prie, professeur. Écoutez-moi ! Soyez aimable.

Je vais revenir à Rome et tout vous expliquer. Tout !

C'est un malentendu.

Je raterai l'explication.

Tu pensais me garder encore un an. Eh bien, tu as fait erreur.

C'est terminé, madame la marquise...

de merde !

Pauvre conne.

Il est bon ?

Atroce. Merci.

Bonne nuit, Erminia.

Voilà qui est fait.

J'ai horreur d'intervenir dans ce qui ne me concerne pas.

Du reste, je ne comprends pas bien...

Vous avez très bien compris.

Plus ils sont riches, plus ils sont pourris à l'intérieur.

Mon Dieu ! Que s'est-il passé ?

Ça, ce n'est rien.

Il faut voir les autres pièces.

Ne les lâchez pas. Faites-les cracher des millions.

Des millions !

De quand date ce disque ?

C'est une nouveauté, du Mozart. On me l'a envoyée de New York.

Bernstein va venir donner un concert pour la RAI.

J'ai la version de Bernstein. Vous permettez ?

Je n'assiste jamais aux concerts. Mais les disques...

Voilà qui est mieux.

J'adore Mozart.

Je dois passer un coup de fil. Excusez-moi.

J'attendais un ami là-haut et...

Ici Konrad. Qui est à l'appareil ?

Tu as vu Maro ?

Dis-lui de ne pas venir. Je passerai.

J'en ai pour une minute.

Jane ?

Content de te trouver… Dis, tu pars à St Moritz demain ?

Eh bien, décide-toi. Si tu y vas, j'y vais.

Mais non, enfin ! Seulement moi.

Arthur Davies.

Pas toi, idiote.

Bon. Je te rappelle tout à l'heure. Au revoir.

Un tableau de Davies, non ?

C'est d'un peintre anglais du XVIIIe.

Des amis à moi ont un tableau d'Arthur Davies.

Un portrait avec un paysage. Je l'ai étudié de près.

C'est intéressant.

Dans le leur, au centre, pas sur le côté comme ici,

il y a le même temple de l'amour.

Ce tableau date d'environ 1750.

Je pourrai vous en apporter une photo.

Vous aimez la peinture ?

Sans plus. Mais j'ai eu l'occasion d'étudier ce tableau.

Il est à côté de leur téléphone.

Qui est-ce ? Marcello ?

Mes copains sont là ?

Qui d'autre ?

Si c'est pas loin.

Que se passe-t-il ?

Non. Je me suis assez fait baiser pour cette nuit.

Je te raconterai demain. Bonsoir.

Drôle de maison.

Elle ne me plaît pas, elle me fascine beaucoup.

Ne vous dérangez pas. Je connais le chemin.

C'est dommage que ça finisse comme ça.

J'aurais bien aimé venir bavarder de temps en temps.

- Bonne nuit, professeur. - Bonne nuit.

Si vous voulez la paix, débranchez le téléphone.

Mme Brumonti rappellera sûrement.

Et elle vous cassera les couilles.

Je ne veux pas parler à votre avocat. Ça ne m'intéresse pas !

Vous avez raison, d'accord.

Vous ne croyez pas que j'ai pris un vol de nuit de Paris

plein d'Arabes pour vous dire qu'ils ont eu tort de démolir un mur.

Un mur ? Vous appelez ça un mur ?

Mon cher professeur, votre conduite est inqualifiable.

Si, pour une raison personnelle, je donne à quelqu'un

ma version du bail, vous n'avez pas à intervenir !

Si vous vous en mêlez, je croirai que vous avez des arrière-pensées.

Cherchez-vous à protéger les intérêts de M. Huebel ?

Que racontez-vous ? Je ne protège les intérêts de personne !

Certainement pas ceux de M. Huebel, qui m'est inconnu !

Je vais vous le dire.

C'est mon gigolo. Mon amant et mon gigolo. Vu ?

Voulez-vous aussi savoir combien il me coûte ?

C'est affreux, d'en arriver là.

Maman ! Que se passe-t-il ? Quand es-tu arrivée ?

Petit imbécile !

Tu vas devoir tout remettre en l'état.

J'ai suivi vos instructions.

Tu remettras tout en l'état. Ne discute pas.

Jeune homme, j'ai à vous parler.

Où est Konrad ?

Je ne l'ai pas vu. Hier soir, on est passés au "74", mais il était tard.

Maro m'a dit que Konrad avait l'intention

d'aller à Saint-Moritz pendant ton absence.

Il ne sait pas que tu es là ?

Non. J'ai pris le vol de nuit.

Que des têtes de pirates de l'air !

- Pourquoi ? - Tu ne sais pas ?

Cet idiot lui a dit que je n'avais pas acheté l'appartement.

Le professeur ne te le vendra jamais. N'est-ce pas ?

Quels conseils pourrais-je vous donner ?

Les folies de votre mère ne me regardent pas.

Les gens qui ne maîtrisent pas leur destin ne m'intéressent pas.

Je n'exprimerai pas d'opinion.

Ce serait aussi futile que les drames auxquels vous tentez de me mêler.

Ça ne m'intéresse pas !

Si, comme vous le dites,

nos avocats ont signé ce foutu bail,

et si vous promettez de tout remettre en état à vos frais,

vous pourrez garder l'appartement.

Si vous n'en voulez plus, je vous rembourserai le tableau.

Tout de suite.

Choisissez et laissez-moi tranquille.

C'est ma faute. Vous sembliez si accommodant...

Vous avez fait erreur.

Je ne vous embêterai plus avec nos histoires.

Pouvez-vous expliquer à Stefano ce qui doit être fait ?

Nous étions d'accord pour une salle de bains

et je la veux deux fois plus grande.

Qu'est-ce que j'ai dit ? Pourquoi riez-vous ?

Nous parlons deux langues différentes.

Jamais nous ne nous comprendrons.

Et c'est drôle ?

Tragique, en fait. C'est moi qui suis "dépassé", comme on dit.

Regardez les nouveaux plans de l'appartement.

Les murs que je voudrais faire abattre sont en jaune.

- Puis-je utiliser votre téléphone ? - Oui. Par là.

Il est en dérangement ?

Il était débranché !

- Quoi ? - Le téléphone !

Ah oui. J'ai oublié, hier soir...

Et vous vous plaignez qu'on ne vous appelle pas !

- Je ne me suis pas plaint. - Mais ça vous étonne.

Jane, comment vas-tu ?

Je croyais que tu allais à Saint-Moritz.

Qui devait être du voyage ?

Jane, tu débarques ?

Toute l'Europe occidentale sait que Konrad est une pute !

Stefano ! Il n'y est pas allé. Je le déteste. Vraiment !

Chéri !

De quel lit tu tombes ?

On te cherchait. Où as-tu atterri hier soir ?

Ici. Nous avons écouté de la musique.

Ici ? Pourquoi n'avez-vous rien dit ?

Tu sais que Bianca est là ? Vous vous êtes disputés ?

Non. Je lui ai dit que c'était fini.

Elle est dans un état ! Elle a pris le vol de nuit.

J'ai récupéré ça hier soir

chez mes amis. Voyez si j'ai raison.

Intéressant...

Nous en reparlerons plus tard.

Très intéressant.

C'est dur de juger d'après une photo.

Ce n'est pas que le paysage, c'est plutôt la technique.

Les arbres ne ressemblent pas à ceux des peintres de cette époque.

C'est très bien observé.

Avez-vous étudié l'histoire de l'art ?

Un petit peu. Ça m'a plu.

Pourquoi avoir arrêté ?

C'était le bon vieux temps... 1968...

J'ai rejoint le mouvement étudiant.

Je me suis engagé à fond. J'ai eu des ennuis et j'ai dû filer.

Dieu sait comment j'ai atterri ici.

Ça ne fait aucun doute.

Félicitations.

Savez-vous pourquoi ça m'a échappé ?

De tous mes tableaux, c'était le mieux documenté. Venez.

Konrad est ici. Et vous ne vous êtes pas disputés.

- Comment ? - Il n'en a même pas parlé.

Pourquoi diable t'en parlerait-il ?

Maman, repose-toi.

J'ai dit que tu n'étais pas fâché et elle s'est fâchée !

Appelle-la ou va la voir chez Anna.

- C'est terminé ! - Vous ne vous êtes pas disputés.

Je la quitte.

Tu vas lui faire du chantage ?

C'est tentant, mais je m'en passerai.

Espèce de salaud !

Sois gentil. Fais-le pour moi.

Je ne supporte pas de la voir comme ça.

Professeur...

Dites-lui, vous.

Non, non. Je vous en prie.

J'ai besoin de prendre l'air.

Si tu songes à Jane, laisse tomber. Elle a dit à Lietta...

T'occupe !

Où vas-tu ?

À Fiumicino… voir le bateau de Gigi…

Moi aussi ! On pourra peut-être faire une sortie. Il fait si beau !

Cette amie a commandé un bateau formidable.

Il devait lui être livré en juin.

Mais il vient seulement d'arriver.

Konrad, tu es un génie !

Allons-y.

- Tu restes ? - Pourquoi ?

Pour t'occuper de l'appartement et de maman.

Tu n'as qu'à l'appeler.

Et le professeur devrait parler au contremaître.

Ça se passera mieux.

Viens si tu veux, mais maintenant.

Gardez la photo. Si vous voulez voir l'original, dites-le-moi.

Un coup de fil !

Non. J'appellerai du bar. Je dois manger un sandwich.

Je ne t'attends pas.

J'ai des crampes d'estomac !

Professeur, pouvez-vous m'offrir quelque chose ?

J'en ai pour une seconde.

Erminia !

Lietta, fais vite.

Venez.

Que désirez-vous ?

Stefano, Konrad, venez voir !

Le professeur nous cache des choses !

Stefano, prends ta voiture, c'est mieux.

Je dormirai peut-être là-bas.

Tu quittes vraiment Bianca ?

J'ai besoin de liberté. J'ai des projets.

À Fiumicino ?

Va te faire foutre.

Quelle odeur formidable ! Ça attise ma passion.

Stefano, du fromage ?

-Oui, merci. - Des verres, s'il vous plaît.

Veuillez excuser mes doigts...

Ça va vous plaire.

Puis-je avoir du fromage ?

Erminia, la porte. Goûtez ceci.

J'y vais.

Professeur, soyez gentil, mettez-les tous à la porte.

- Juste pour goûter. - Ce n'est pas prêt !

Doucement, Stefano, Erminia n'est pas habituée à autant d'agitation.

Il peut parler ! Il ne supporte même pas le bruit de mes pas.

Espèce de salaud !

Il ne voulait pas le louer, et je l'ai convaincu de le faire.

Il ne voulait pas de travaux, or, on fait des travaux.

Il aurait bien fini par accepter de nous le vendre.

Mais il a fallu que tu gâches tout !

Tu es méfiant, mesquin et égoïste !

J'ai honte de tout ce que j'ai fait pour toi !

J'ai honte de moi !

Ça, je ne te le pardonnerai jamais. Jamais !

Pas si vite !

Lâche-moi !

Lâche-moi ! C'est fini. Lâche-moi !

Je m'en fous de l'appartement.

Mais pourquoi faire semblant de me faire des cadeaux ?

Tu me fais mal. Tu as perdu la tête ?

Tu me mords ! Lâche-moi !

- Vas-y, hurle ! - Oui !

Professeur, écoutez-moi.

1. Vous nous accompagnez à Fiumicino.

2. Ce soir, nous revenons dîner ici, nous dévorons ce ragoût,

et nous réglons ces histoires de travaux.

Maman !

Ça me va. Erminia doit être un formidable cordon-bleu.

Exceptionnel !

Du ragoût et...?

- Mousse d'artichaut. - Parfait.

On y va ?

Où ça, mon chéri ?

Konrad nous emmène voir le bateau de Gigi.

Le professeur nous accompagne.

Il y a un vent d'ouest. La mer sera belle.

Elle est toujours belle.

Les couleurs de la mer, les voix de la mer, ses humeurs...

Comment les artistes grecs ont-ils pu créer tant de merveilles…

alors qu'ils avaient toujours sous les yeux…

ce spectacle obsédant, fascinant, envoûtant ?

Quand je pense à la mer, mon imagination déborde.

Alors vous venez ?

Hors de question.

Mais pourquoi pas ?

Le professeur hait les distractions.

Il veut être seul, souvenez-vous.

Tout le monde prétend vouloir être seul,

mais c'est faux.

Pourtant, il habite seul.

Dites-nous la vérité.

Vous êtes un homme énigmatique.

Vous deviez être très bel homme. Vous l'êtes encore !

Vous me fascinez.

Mais pourquoi... Pourquoi vivez-vous ainsi ?

Quand on vit au milieu des gens, on doit se préoccuper des gens…

au lieu de leurs œuvres.

Souffrir pour eux, se sentir concerné.

Du reste, il a été dit :

"Les corbeaux volent en groupes, l'aigle s'élance seul."

Tu l'as cherché ! Allez, les corbeaux, en route.

- Professeur, à ce soir pour le dîner. - À ce soir, Laetia.

Madame...

Mais la Bible dit : "Malheur à celui qui est seul.

"S'il tombe, il n'a pas de second pour le relever."

Konrad ! La Bible ?

- Au revoir, professeur. - Au revoir.

Erminia... débarrassez la table.

Oui, tout de suite.

Personne. Ce doit être un malentendu.

S'ils se savaient invités, ils auraient prévenu.

Ils paraissent si courtois et raffinés.

Ce ne sont pas des gens raffinés !

Ils sont grossiers, stupides et inutiles, par dessus tout !

Je vais dîner. Je n'attendrai pas une minute de plus.

Comme vous voulez, professeur.

- Bonjour, professeur. - Bonjour.

- Regardez ceci. - Ce sont les échantillons ?

Je n'ai aucune nouvelle de ces gens depuis 2 semaines.

Je perds mon temps.

Faites ce que vous voulez, c'est votre appartement.

Pour ce qui était des murs, je pouvais choisir, mais là...

- Vous devez choisir, professeur. - Maintenant ?

Alors d'accord.

Voyons...

Pour la cuisine. J'aime bien... J'aime cette couleur.

C'est une couleur intense.

Très intense. Pour les murs.

Professeur !

Professeur, ouvrez-nous !

On a quelque chose pour vous.

Nous n'entrerons pas. Ouvrez-nous simplement la porte !

Ça ne prendra pas longtemps.

C'est une surprise !

Je vous en prie, ouvrez-nous, professeur.

Ne les écoutez pas. À demain, professeur. Bonne nuit !

Je vais ouvrir.

On est crevés, mais on a quelqu'un qui vous fera penser à nous.

C'est beau, en haut !

C'est vrai. On regardera ça de plus près demain.

Mais il manque un lit.

Professeur ! Avez-vous ma couverture ?

Votre couverture ? Oui. Elle est où vous l'avez laissée.

J'y vais.

Il s'appelle Simon.

Je vous préviens : il ne dit que ça et ne se tait jamais.

C'est ce qui nous a plu.

Je n'ai jamais eu d'animaux.

Ils devraient pouvoir vivre dans leur milieu naturel.

S'il vous emmerde, je me chargerai de lui casser le cou.

Il a rendu Konrad fou. Il était dans sa cabine.

Vous avez eu tort de ne pas vous joindre à nous.

Au contraire !

Vous l'avez échappé belle.

Gardez-le ce soir, et demain, nous verrons...

Écoutez, jeune homme, je dois vous dire un mot.

Je ne veux pas que l'histoire se répète.

Vous deviez revenir étudier les plans avec moi.

C'était il y a un mois.

Hé, venez par ici !

J'ai trouvé des squelettes. C'est Barbe-Bleue !

- Pas mal... - Pas mal ? C'est fantastique !

Vous l'avez fait faire ?

Elle existait déjà. Elle a abrité bien des gens pendant la guerre.

Il n'y a rien d'intéressant. C'est une pièce comme une autre.

Stefano, viens.

Ma mère, qui était italienne, a passé la guerre ici.

Elle a fait faire cette pièce pour cacher des réfugiés politiques.

Des résistants... des Juifs...

Je sais peu de chose sur sa vie.

Elle est morte avant la fin de la guerre.

J'étais en Amérique. Je suis venu avec la 5e armée.

Et depuis, j'habite ici.

Professeur, nous partons. Je tombe de sommeil.

Tu ne viens pas, Konrad ?

Je prends ma couverture.

Je suis déçue. J'étais sûre que vous adoreriez Simon.

Ça viendra peut-être.

Bon. Je suis prêt.

Une fois de plus, je vais dormir au-dessus de vous.

- Mais motus. Vous comprenez ? - Non.

- Bonne nuit, professeur. - Bonne nuit.

Bianca le croit parti à Vienne.

Il a mérité des vacances, après un mois dans sa cabine !

Tais-toi, Stefano ! Bonsoir, professeur.

Bonsoir, Lietta... Venez.

- Bonne nuit, Stefano. - Bonne nuit.

Qui est là ?

Arrêtez !

Mon Dieu ! Que s'est-il passé ? J'appelle la police.

N'appelez personne.

Restez en dehors de ça. Si vous voulez m'aider, emmenez-moi.

D'accord.

Descendons.

Doucement...

Ne bougez pas. Tout va bien.

- Où suis-je ? - Chez moi.

Vous vous êtes évanoui 2 fois. J'ai quasiment dû vous porter.

Je reviens.

Ces salauds !

Venez vous recoucher.

Connaissez-vous vos agresseurs ?

Je... Non.

Je n'ai rien vu. Ils m'ont surpris.

Moi, il y en a un que je saurais reconnaître.

Mais vous avez insisté pour que je n'appelle pas la police.

J'ai pensé que vous les connaissiez, que vous vous étiez querellés.

Je vérifiais avant d'appeler.

Je vous en prie, non !

Je dois vous aider.

Appeler la police.

Vous n'avez aucun devoir.

Je ne veux pas avoir affaire à la police.

Elle ne se donnera pas la peine de chercher ces fumiers.

Elle a déjà tant à faire dans cette ville :

meurtres, viols, vols, grèves, manifestations...

La police se fout pas mal de ma lèvre fendue.

Elle ouvre un dossier et le classe.

Et c'est là que ça se gâte...

Non. La police s'en fout royalement.

Mais un con de reporter pourrait reconnaître le nom du jeune homme.

"Le cavalier de ces dames."

C'est leur expression de choix.

"Mme Brumonti, l'épouse du célèbre fasciste."

Vous comprenez ?

Bon.

- Le sang. - Le sang ?

- Il doit y avoir du sang partout. - Ils nettoieront ça demain.

Mais enfin, je vous ai dit que personne ne devait savoir !

- Les ouvriers viennent demain. - C'est bon.

Je vais aller nettoyer. Restez ici.

Ne bougez pas. Mais permettez-moi d'appeler le médecin.

Merde.

Vous ne pensez qu'à appeler les gens !

D'accord. C'est bon.

Professeur...

Je peux passer la nuit ici ? L'idée de remonter me terrorise.

Bien sûr. Restez là et reposez-vous.

Je n'en ai pas pour longtemps.

C'est humiliant, de se faire tabasser.

Si on se fait tuer, l'honneur est sauf.

Mais là, les gens vont se moquer de moi !

"Vous êtes au courant ? Ils l'ont démoli !"

Je vais vous chercher un calmant.

Non. Je n'en prends jamais.

Vous m'aviez enfermé ?

Erminia arrive tôt pour faire le ménage.

Excusez-moi.

Je suis sur les nerfs.

Non, laissez ouvert ! Je ne supporte pas d'être enfermé.

Vous devez me prendre pour un lâche.

Et Dieu sait quoi d'autre.

Professeur, avez-vous déjà eu peur ?

Oui.

Oui, j'ai eu peur. J'ai fait la guerre et j’ai eu peur.

Mais la peur a de nombreux visages.

Abandonner mon métier m'a fait plus peur encore.

Je craignais de ne pas savoir recommencer à zéro.

- Votre métier ? - Docteur en sciences.

C'est drôle. Je vous avais pris pour un prof de sciences.

C'est du passé.

La destruction est le prix du progrès.

J'ai compris que la science ne peut plus être neutre.

Elle doit avoir une fin utile.

Elle a transformé une technologie libératrice

en une sorte d'esclavage.

Quant à la réalité, elle...

Vous êtes déjà là ? Les jeunes sont avec le professeur ?

Non.

Ne sont-ils pas venus, hier soir ?

Tais-toi ! C'est atroce, hein ?

- Votre téléphone ? - Je vous l'apporte.

Je suis désolée. Nous aurons bientôt le nôtre.

Excusez-moi, professeur.

Je suis venue chercher le téléphone. La dame du dessus en a besoin.

Vous avez passé la nuit là ?

Pardon ? Non, non. J'ai...

Je me suis réveillé tôt, je suis venu travailler et j’ai dû m'endormir.

- Je prépare votre petit déjeuner. - Apportez-le ici.

- Le téléphone est dans le salon. - Merci.

Le pauvre. Il doit être affamé !

Un café, je vous prie.

Bonjour, Erminia. Je cherche Mme Brumonti.

Elle est au salon. Elle téléphone.

Richie, c'est toi ? Je suis ici, dans le salon.

Bonjour, madame. Je voulais vous dire que Stefano vous attend.

Soyez gentil. Dites-lui que j'arrive.

En attendant, qu'il aille acheter des graines pour l'oiseau.

Les voilà ! Daniele ! Daniele, venez vite !

- Donnez-moi ça, mademoiselle. - Merci.

Je veux dire "madame".

Et voilà notre petit Américain ! Il vous ressemble.

- Veuillez nous aider. - Tout de suite.

Dis quelque chose.

Dis bonjour à Luisa.

Tu n'aimes pas ma maison ?

Obéis à ta maman.

Il est timide, madame.

Posez ça sur la table.

Mme Brumonti désire un café. Je lui en porte un ?

Allez-y.

J'ai dormi 16 heures.

- Il fallait me réveiller. - Vous en aviez besoin.

Et vous auriez eu du mal à vous éclipser.

À mon réveil, ce matin, la Signora Brumonti était au salon

- Elle me cherchait ? - Non.

Elle est juste venue téléphoner,

puis elle a demandé à Erminia de l'aider là-haut.

Beaucoup d'allées et venues.

- Erminia sait que je suis ici ? - Non.

Non. Elle n'a rien remarqué.

J'ai mis cet oiseau de malheur dans l'escalier.

Laissez-le dans la cuisine. Il a besoin de chaleur.

Donnez-le donc à Domenico. Il l'adore.

Je vais le rendre à la personne qui me l'a donné.

- Autre chose ? - Ce sera tout pour l'instant.

- Bonne nuit. - Bonne nuit, professeur.

J'ai quelque chose à vous dire.

Je vous ai menti, hier soir.

Je sais qui m'a tabassé et pourquoi.

Je le savais.

- Vous avez le droit de m'interroger. - Non. Je ne suis pas curieux.

Votre lèvre va mieux.

Ça va aller.

Vous avez hâte que je parte ?

En un sens.

Bon.

C'est gentil de m'avoir aidé.

Je comprends votre réticence à être mêlé à tout ça.

Ce n'est pas ça. J'ai l'habitude de vivre seul.

La présence d'un autre me perturbe,

m'empêche de travailler.

Je vais téléphoner, voir si je peux partir ce soir.

Comme vous voulez.

Les choses que je vous ai dites sur moi...

elles sont vraies.

En voulant m'extirper de petits ennuis,

je m'en suis attiré de gros.

Je n'ai pas toujours été comme ça.

Avant, je...

Et merde !

Je suis devenu tellement cynique...

envers tout ce qui me tient à cœur.

Je n'ai pas vraiment dormi.

Je me suis réveillé plusieurs fois, je vous entendais.

Je m'imaginais... Je m'imaginais vous parlant de moi.

- Vous demandant conseil... - Je n'en ai pas.

Un homme de votre intelligence devrait savoir quoi faire.

Tourner la page ?

Bien sûr.

C'est simple.

Je vais vous chercher à manger.

Puis je me coucherai. Téléphonez tant que vous voulez.

Fermez la porte doucement en partant. Je rangerai tout demain.

Je veux tout te raconter.

Te dire tout ce qui m'arrive.

J'ai besoin que tu sois là, que tu m'aides.

Hé, on l'a réveillé.

"Quand tu vois une belle forme, poursuis-la, si possible étreins-la.

"Fille ou garçon.

"Ne sois pas timide, sois effronté, culotté.

"La vie est courte, alors jouis de tout contact

"que ta chair désire.

"Il n'y a pas de sexe dans la tombe."

- Qu'est-ce que tu racontes ? - Tu me l'as appris.

C'est le dernier poème d'Auden.

Vous qui savez tout, vous le connaissiez ?

Le grand blessé nous a demandé sa valise et une voiture.

Il part enfin pour Munich.

Tourner la page, c'est un mythe.

Qu'entends-tu par là ?

Le professeur m'a compris.

Tant mieux pour lui. Maintenant explique-moi.

Le professeur pense que je devrais changer de vie.

Le professeur ne sait pas ce qu'il demande !

Qu'est-ce que tu en sais ?

Le gros problème de Stefano, c'est la jalousie.

Il faudra que tu me dises ce que je pourrais envier à Konrad.

Un jour, je te le dirai.

Le pauvre professeur s'endort. On va partir.

Vous savez, ce n'est qu'un jeu. Rien de terrible, je vous assure.

Vous avez été jeune, vous aussi. Vous n'étiez pas comme ça ?

Non.

Pas du tout.

Vous avez raté quelque chose.

Vous avez bien dû vous amuser.

Vous étiez riche, beau... Qu'avez-vous fait ?

Ce que j'ai fait ?

J'ai étudié, j'ai voyagé, j'ai fait la guerre.

Je me suis marié.

Ça n'a pas marché.

Quand j'ai enfin regardé autour de moi,

j'ai vu que j'étais entouré de gens avec qui je n'avais rien en commun.

Allons, on n'est pas si différents que ça !

Non. Il a raison.

Rappelez-vous que la société est ce qu'elle est.

La faute est...

Ne commence pas avec ces âneries.

Je veux en savoir plus sur le professeur,

son passé, son présent...

Le présent ? À présent, je suis vieux.

Arrêtez de dire

que vous êtes vieux ! Vous oubliez que vous êtes très séduisant.

C'est mon avis. Que feriez-vous si je voulais vous embrasser ?

Je ne vous envierais pas, car si j'étais à votre place,

je verrais s'approcher de moi le visage d'un homme

qui a cessé d'être jeune il y a très longtemps.

- Arrête ! - Je ne plaisante pas.

Il me fait de l'effet. S'il voulait, je l'épouserais.

Je ne vous le demanderais pas.

Me voyez-vous comme un de ces personnages d'opéra bouffe ?

Le vieillard dont on se moque et qu'on trompe ?

La seule histoire d'amour qui vaille à mon âge est celle du roi Lear,

l'amour d'un père pour ses enfants.

Vous l'avez bien négocié : pas d'enfants, pas d'histoires.

Le professeur ferait un père formidable.

Vous savez quoi ?

Quand un de ces deux crétins m'engrossera par mégarde,

pas question d'avorter ! Je vous donnerai le bébé.

Je n'ai pas le temps. Il me faudrait un enfant plus âgé.

Quelqu'un à qui transmettre le peu que je sais.

Konrad ! Adoptez Konrad !

Il est intelligent, beau,

distingué...

Et s'il renonçait à ses combines pour s'enrichir... Konrad,

fais-toi adopter.

Je vous préviens, professeur,

au début, il vous coûtera très cher.

Ce soir, il pourrait réclamer 5 millions de lires.

Pauvre Konrad ! Une dette de jeu dans un tripot.

C'est pour ça qu'ils l'ont amoché.

Tu avais dit que tu piocherais dans l'argent des travaux.

Sciemment ou non, c'est toujours Bianca qui paye.

Une dette de jeu...

Ce ne serait pas la fin du monde. Hélas, c'est faux.

Je dois partir, pour être à Munich demain soir.

Ta veste, Stefano.

On va t'accompagner à la voiture.

Tu dois le convaincre de t'adopter.

Je ferai de mon mieux, mais ce n'est pas gagné.

Professeur ! Dites à votre fils de ne pas conduire comme un fou.

Vous risquez de le perdre avant même de l'avoir adopté.

Et moi, de perdre ma voiture !

Viendriez-vous à mon enterrement ?

Vous seriez la seule personne respectable dans le cortège !

Toutes les putes de Rome vêtues de noir,

comme un défilé de veuves !

Suivies de tous les camés, les escrocs et les gouines !

Et une délégation de pédés !

Professeur... Excusez-moi.

Qu'y a-t-il, Domenico ?

Ces messieurs souhaitent vous parler.

Je n'ai rendez-vous avec personne.

- Ils sont de la police. - De la police ?

Puis-je vous parler, professeur ? Brigadier Bernari,

de Campitelli.

Il nous faudrait quelques renseignements.

Je sortais.

Ça ne sera pas long.

M. Konrad Huebel.

Ce jeune homme habite-t-il chez vous ?

Absolument pas.

Vous ne connaissez pas ce M. Huebel ?

Vous avez demandé s'il vivait chez moi, j'ai dit que non.

Mais vous le connaissez ?

De vue. Il est l'hôte des locataires d'un appartement qui m'appartient.

Nous aimerions que vous passiez au commissariat.

Quand cela vous conviendra.

- Je vous dis que... - L'inspecteur vous expliquera.

Le fait est que ce dénommé Huebel

maintient qu'il était chez vous la nuit du 2 février

et toute la journée du 3.

Je vais vous accompagner.

- Il est atroce ! - Tu es injuste.

C'est affreux.

Il manquait une pointe de couleur.

C'est cher pour "une pointe de couleur".

- Mais non. - 10 millions de lires, c'est bien.

Il faudrait un tableau ancien.

Je vais aller demander au professeur.

Il peut nous en prêter un.

C'est ça. Continuez de l'embêter.

Professeur, quelle surprise !

Vous cherchez Erminia ?

Je suis désolée.

J'ai abusé de votre gentillesse, ces derniers jours.

Erminia, si vous avez fini, vous avez du travail en bas.

Ça vous choque ? Vous vous y ferez.

J'ai laissé les enfants choisir, comme ce sont eux qui vivront ici.

Ne pensez-vous pas qu'il faudrait un tableau ancien ?

Saviez-vous que Konrad a été retenu à la frontière ?

Retenu ?

Par la police.

Mais... Quand ? Où ça ?

Il est à Munich.

Ils l'ont conduit à l'aéroport après la croisière.

Il est parti hier soir, en voiture, mais peu importe.

C'est important car c'est faux !

Que se passe-t-il ?

Selon le professeur, Konrad aurait pris la voiture.

On vous l'a caché parce que vous n'aimez pas qu'il conduise.

Qu'est-ce qu'il y a ? Il a eu un accident ?

Il a été arrêté.

Je n'ai pas dit ça.

Les policiers l'ont retenu parce qu'ils avaient des soupçons.

Pour se défendre, il a donné mon nom.

Il a dit qu'il était chez moi ces derniers jours.

C'est très gênant.

C'est vrai qu'il est parti hier soir ?

Oui. Nous étions là. Il est resté pour régler

quelques affaires.

Mais pourquoi tant de mystère ? Pourquoi ne m'avez-vous rien dit ?

Une fois de plus, vous vous liguez contre moi !

Professeur, vous complotez avec eux ?

Je ne fais rien de la sorte.

Je lui ai permis de rester chez moi, car il me l'a demandé.

Eh bien, professeur...

Auriez-vous succombé au charme de Konrad, vous aussi ?

Qu'insinuez-vous ?

Vous m'avez comprise.

Maman, arrête !

Ce n'est pas parce que Konrad est resté sans te le dire que...

Idiote !

Elle est maligne quand il s'agit de trouver une excuse pour découcher !

Tu n'as pas entendu ? Ils l'ont arrêté !

Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il a fait, ici ?

- Je me fais un sang d'encre ! - Non. Tu es jalouse.

Tu veux savoir où il est chaque minute.

Fiche-lui la paix ! Il a droit à un congé !

Arrêtez.

Pouvez-vous m'expliquer pourquoi Konrad vous a demandé de l'héberger ?

Je ne peux pas.

Je ne l'ai même pas dit à la police, et ça m'a été difficile.

Ce n'est pas dans mon habitude de cacher des choses.

Ils vont perquisitionner chez moi. Et ici. Ils cherchent de la drogue.

Ce que je ne savais pas, c'est que la police a un assez gros dossier

sur Konrad Huebel.

Il nous l'avait dit. Explique-lui, maman.

Konrad a rejoint un groupe radical, à Berlin, alors il est fiché.

- Ne dis pas n'importe quoi. - Allons !

Tu sais qu'il a été arrêté. C'était un membre actif.

En effet !

Il a escaladé les barricades pour suivre une fille

qui, par le plus grand des hasards,

avait pour père un des hommes les plus riches de Berlin !

Soyez sûr d'une chose :

pour parvenir à ses fins, Konrad exploiterait tout,

même une contestation !

Tu adores le dénigrer.

J'ai beau m'être entichée de lui,

je sais très bien à qui j'ai affaire !

Pourquoi n'a-t-il pas voulu débarquer, à Cannes ?

Parce que s'il foule le sol français, ils le boucleront !

Je suis consterné, horrifié ! Qui êtes-vous au juste ?

Vous confiez votre fille mineure à un homme que vous méprisez !

Je ne l'ai pas confiée à lui !

Ils vivent ensemble dans cette maison.

Maman le décrit comme un monstre. C'est faux.

Je ne juge personne.

Konrad est peut-être un saint qu'on accuse à tort !

Mais votre mère le considère comme un vaurien,

un homme immoral et sans valeur,

et elle le laisse s'occuper de sa fille,

l'impose à ses connaissances !

Mes connaissances sont vaccinées, je vous assure.

Et Lietta ne court aucun risque.

Chez moi, j'ai eu la preuve du contraire.

Mais oublions cela.

Je dois vous avertir

Non. Je ne m'en fais aucune !

C'était la seule excuse que j'aurais admise.

Nous n'avons plus rien à nous dire.

Mme Brumonti m'a dit que vous étiez d'accord

pour que je monte les aider de temps en temps.

Si cela vous dit, libre à vous. Moi, je ne désire plus les voir.

Je suis désolée.

Tu n'as pas été gentil avec ton grand-père.

Il est si content de nous avoir. Il se sent tellement seul.

C'est terrible, d'être seul, quand on est vieux et malade.

Seul ?

Il n'est pas seul. Il a une cuisinière et une bonne.

Il a même un chat.

Moi, je n'en ai pas.

Erminia !

Montez vite et dites-leur de faire moins de bruit !

Oui, professeur.

Allô ?

- C'est vous, professeur ? - Oui.

- J'espère qu'on ne vous dérange pas. - Si, vous me dérangez.

Baissez la musique, je vous prie.

- Tout de suite. - Merci.

Professeur...

Oui ?

Ça y est, nous avons un téléphone.

Il est évident que vous avez un téléphone !

Notre numéro est le 676-013. Vous avez entendu ?

676-013.

S'il vous faut quoi que ce soit, appelez-nous. Vous avez noté ?

Oui, c'est noté.

Allô ?

Je vous dérange, mais vous n'avez pas répondu à ma lettre.

Votre lettre ? Je n'ai pas reçu de lettre.

Vous ne l'avez pas vue ? Je l'ai glissée sous votre porte.

Ah, d'accord.

J'attends votre réponse.

J'ai senti que vous ne répondriez pas, alors me voici.

C'est une invitation.

Konrad est revenu, alors on a décidé de pendre la crémaillère.

Au dernier moment, on a changé d'avis.

Quelques amis sont venus quand même.

On écoute de la musique, on danse, on bavarde.

Vous voulez monter ?

Merci bien, mais...

La police vous a dit que Konrad n'était pas mêlé à cette histoire ?

Oui.

Vous avez dit des choses terribles, l'autre jour.

Ça m'a fait de la peine.

Je me suis emporté. Je n'aurais pas dû.

Vous n'aviez pas tort.

Mais ce que maman a dit... Elle ne sait pas tout sur Konrad.

Nous non plus, d'ailleurs.

Pauvre Konrad...

Il ferait n'importe quoi pour de l'argent.

Il joue, s'attire des ennuis... Vous avez bien vu.

La seule fois où il a gagné,

il a tout dépensé en cadeaux pour maman.

Il est bizarre. Il est si fier de vous connaître.

Il a peut-être eu autrefois des ambitions qu'on ignore.

En tout cas, vous allez monter ? Ça nous ferait tellement plaisir.

Quelques instants...

Non.

Ça ne se reproduira jamais.

Tâchez d'oublier. Moi, je ne dois pas.

On va repartir sur de nouvelles bases. Vous venez ?

Non. Je... Je travaille.

Si vous le souhaitez, vous pouvez tous venir dîner demain soir.

À 9h précises.

C'est le vin de votre domaine ?

Où est-il exactement ?

En Toscane, près d'Arezzo.

Il est bon.

Allez, le dîner se termine. Vous allez être débarrassé de nous.

Vous faites la tête.

Vous ne vouliez pas de nous, c'est ça ?

Lietta vous a forcé la main.

- Non. Je le jure ! - L'idée vient de moi.

Alors pourquoi vous ne dites rien ?

On est tous déprimés.

On n'y peut rien. Il y a une tragédie toutes les 5 minutes.

C'est pareil partout.

J'ai déjeuné chez moi pour la première fois depuis longtemps.

Grossière erreur. Les ouvriers de mon père

sont en grève depuis une semaine.

Mon frère et lui ne se parlent pas.

Papa est resté assis là, sans rien dire, au bout de la table.

Comme vous, professeur.

Mais vous n'avez pas d'ouvriers en grève,

ni de fils qui prétend être marxiste.

Vous êtes entouré

de gens calmes, sereins, des gens sans problèmes.

Vous les aimez tous ?

J'ai mes petites préférences, et mes infidélités.

J'ai longtemps eu un faible pour la famille Sitwell.

Je les ai même emmenés dans ma chambre.

Mais c'est une relation qui n'a pas marché.

Je me disputais avec l'aînée des filles, la grande, là.

Avec qui vous disputerez-vous dans cette famille ?

Quelle famille ? Celle-ci ?

Avec vous tous. D'ailleurs, c'est déjà fait !

C'est le passé, ça. On est là !

Les vieux sont d'étranges créatures. L'ignoriez-vous ?

Bougonnes, intolérantes...

Soudain terrifiées par la solitude qu'elles se sont créées

mais qu'elles défendent quand elle est menacée.

C'est lors d'une telle crise…

que je vous ai invités à dîner ce soir.

Et vous êtes revenu à la raison.

Il faudra que ça change.

Professeur, votre solitude, c'est de l'histoire ancienne.

Nous nous plaisons, ici.

Et nous reviendrons souvent à cette table.

Si nous formons une famille, maman présidera...

Alors je fais partie de cette famille ?

- Maman ! - Ne vous levez pas, professeur.

Mais oui, tu en fais partie. Nous venons de la former.

Le père, la mère et les enfants.

Tu es superbe.

Une famille incestueuse, si je puis me permettre.

Gros bêta.

Pardonnez-moi.

Ce n'est rien. Erminia !

J'ai déjà dîné.

Mais je vais goûter ce merveilleux gâteau.

Permettez-moi de dire, que je sus ravi…

que vous ayez pu vous joindre à nous.

Tu fais bien de prendre un père de rechange, le tien est parti.

Papa ?

Je l'ai conduit à l'aéroport.

Les aéroports, de nos jours, sont des cimetières.

Pourquoi y es-tu allée ?

Je me le demande encore. Quel cauchemar, cette soirée.

Ton père devient cinglé

Il pense la même chose de toi !

Mon mari avait invité un couple

- des amis à lui, les Gaspari - à dîner.

Comme il devait régler une affaire urgente,

il m'a demandé de divertir ses invités

le temps qu'il finisse.

J'étais en train de les accueillir quand mon mari a déboulé

comme un fou en disant qu'il devait partir immédiatement.

Et je devais l'accompagner parce qu'il avait à me parler.

Il voulait te parler ?

Et les Gaspari, alors ?

Ils n'en revenaient pas.

J'ai songé un instant à les envoyer ici.

Quelle bonne idée ! Où est papa ?

À Madrid.

Il a dit aux Gaspari que la situation politique était grave

et qu'il devait partir en mission secrète.

Ils ont eu l'air de le croire.

Si tu veux mon avis, ton père venait de se rendre compte

que c'était l'ouverture de la chasse chez les Villaverde demain.

Il y était l'an passé.

À qui parlait-il avant le dîner ?

Je ne sais pas. Je ne connaissais pas cet homme.

Il a dit aux Gaspari

que ce monsieur appartenait au service de presse

du Sénat.

Si nous prenions le café dans la bibliothèque ?

Ce n'est pas le fin mot de l'histoire.

Ce n'était pas Umberto Gisperti, par hasard ?

Je te l'ai dit, je n'en sais rien.

Je vais servir.

Café ?

Maman ne prend pas de café le soir.

Ce soir, si. Une goutte, avec un rien de crème.

- Je peux servir ? - Volontiers.

Merci.

- Professeur ? - Oui. Noir.

- Konrad ? - Je me servirai.

- Stefano ? - Non, merci.

Puisque nous sommes en famille, je vais vous raconter la suite.

J'ai bien écouté parce que tu es concerné particulièrement.

Nous avons planté là les Gaspari et filé à l'aéroport.

Savez-vous ce que mon mari voulait me dire ?

Il exige... C'est le mot qu'il a employé.

Il exige que je te quitte

et que je ne te revoie plus.

Papa ? Mais depuis quand...

Justement. Jamais !

Il était si contrarié qu'au début, je n'ai pas voulu le contredire.

Je ne l'avais jamais vu dans cet état.

Les vieilles flammes sont éternelles. Il est jaloux.

Je t'en prie !

Il n'a aucune objection à ce que je prenne un remplaçant.

Mais pas Konrad.

Il a dit de ces horreurs...

Si je ne me débarrasse pas de toi, il le fera.

Alors je me suis fâchée et j'ai dit :

"Si c'est comme ça, je préfère divorcer."

C'est ce que nous allons faire.

- Pour épouser Konrad ? - Non !

Du reste, Konrad ne m'a jamais demandé de l'épouser.

N'est-ce pas, chéri ?

Je te le demande.

Et j’en suis touchée.

Mais la réponse est non.

On se marie pour former une famille, on divorce pour redevenir libre.

- Libre de se remarier ? - Non. Libre, tout simplement.

Tu ne le penses pas vraiment.

Bien sûr que si. Qu'est-ce qui lui prend ?

- Dis-leur pourquoi tu refuses. - Tu es soûlant !

- Konrad... - Je leur dis ?

Ne te fatigue pas. Je peux le faire.

Je ne t'épouse pas parce que tu as 12 ans de moins que moi.

Et tu n'es pas du genre qu'on épouse.

Ah bon ? Et pourquoi pas ?

Tu n'es pas drôle du tout !

Je n'essaie pas de l'être. Réponds.

Il est soûl. Il a bu toute la soirée.

Je ne suis pas soûl.

Et je ne veux pas que cette femme m'épouse.

Ce serait absurde !

Je suis comme je suis.

Mais je vous connais aussi, et j’interdis qu'on se moque de moi.

Personne ne se moque de vous.

Pardon. Je ne parlais pas de vous.

Alors, chérie, dis-moi pourquoi,

selon les règles de ta respectable société,

je ne suis pas un bon parti ?

Arrête tes conneries.

Qu'as-tu ? Dis-le. Que s'est-il passé ?

D'où je viens, ça ne compte pas. Ce qui compte, c'est où je vais.

Gigolo, trafics illégaux...

Voilà ce qui compte.

Oui, mon chéri. C'est bien ça.

Ça compte parce que j'ai échoué.

Parce que je suis encore le petit chien-chien

que Madame a emmené dans des lieux interdits aux chiens !

Et les autres ont dû supporter le chien,

qu'il chaparde dans la cuisine ou qu'il morde !

Je refuse de t'écouter. Tu sais très bien que c'est faux !

Bianca, ne l'encouragez pas. Il va commencer son numéro

sur la société capitaliste corrompue. On en est encore là ?

Cette société n'existe pas.

Si oui, tu as été un des derniers à en profiter !

Mais si, elle existe. Elle existe bel et bien.

Plus que jamais. Elle est dangereuse car cachée.

Vous n'allez pas vous y mettre !

Je ne suis pas réactionnaire, vous le savez.

Non. Ça a été caché, ça aussi.

Tous les intellectuels se disent de gauche.

Heureusement, ça ne se voit ni dans leur vie ni dans leur œuvre.

Les intellectuels de ma génération

cherchaient un juste milieu entre la politique et la morale.

Une quête impossible.

Une quête qui les occupe, quelle chance !

Lui ignore les affres de la politique et de la morale.

Comment peut-il haïr une société qui lui permet de mener grand train…

bien qu'il soit entré par la porte de service ?

Oui, avec une chemise usée et une veste trop étriquée

parce que j'avais grandi !

La 1re fois que je suis entré dans une de ces superbes maisons

et dans le lit de la maîtresse de maison...

Elle était moins belle que toi,

mais elle me paraissait sublime.

J'en avais la gorge serrée, les larmes aux yeux.

J'étais amoureux. J'étais tel un chercheur d'or

qui voit scintiller une pépite.

C'était ce que je voulais, et j'ai tout fait pour rester où j'étais.

Mes méthodes, dont tu as tellement honte,

c'est là que je les ai apprises. Ce sont celles de ton monde.

Seuls les noms changent, car les enjeux sont élevés.

Ils ont des noms qui sonnent bien

et que tu prononces avec respect au lieu de les cracher.

Tu crois fréquenter des gentlemen, mais ce sont des meurtriers !

Si je te disais que ton mari s'est enfui

parce qu'on a découvert

que des membres de son groupe allaient assassiner

des communistes et d'autres membres du gouvernement

de manière à prendre le pouvoir, tu serais stupéfaite !

Je ne serais pas stupéfaite. Je dirais que tu as perdu la raison !

Mon mari est un industriel, de droite, naturellement.

Mais où sont-ils, les industriels de gauche ?

Certains prétendent être de gauche.

Mon mari est de droite et n'a pas peur de le dire.

Tant mieux pour lui.

Mais de là à dire qu'il trempe dans le crime organisé...

Et pourtant, c'est vrai ! Demande à Stefano.

Il le sait, lui.

Tu es cinglé.

Le chien-chien de Madame a un excellent flair.

Je vois... Voilà donc ce que tu fais.

Pour couvrir ce que tu appelles tes "petites activités".

Quand ils débarquent, tout le monde court mettre sa coke aux WC.

Mais toi, tu es cool. Ils te chopent à la frontière mais te relâchent.

Tu es protégé, car tu es un indic et un diffamateur !

Ce n'est pas de la diffamation. Oui, je les ai balancés

et je m'en félicite.

Professeur, vous autorisez ça sous votre toit ?

Espèce de petit...

- Pousse-toi ! - Non !

Arrêtez !

C'est intolérable !

Arrêtez ! Vous et vous !

Même les damnés ne s'accusent pas comme cela !

Un instant.

Konrad a livré sa version des faits, laissez-moi compléter le tableau.

En fait, professeur,

vous avez eu l'occasion de voir le monde dans lequel il vit.

Ces petits truands

qui lui ont fendu la lèvre pour un peu de came.

Voilà son monde et c'est de ça qu'il devrait parler !

Réagis !

Salopard !

Assez, vous deux !

On dirait des bêtes sauvages.

Je croyais que vous vous aimiez, que vous étiez de vrais amis.

Nous, on s'aime ? On est des amis ?

C'est sûr, on est tout le temps ensemble.

On mange, on parle, on rit, on baise ensemble !

Mais la rigolade terminée, où sont nos amis ?

Chacun suit sa voie.

Les gens comme toi s'en sortent toujours.

Parfait.

Vous êtes d'accord, alors je m'en vais. Ça vous fait plaisir ?

C'est ce que vous voulez, hein, professeur ?

Vous avez tenu des propos choquants.

Je ne les retirerai pas et je ne m'excuserai pas.

Merci pour le dîner, professeur, et suivez mon conseil.

Restez à l'écart de ces histoires, comme avant.

Tenez-vous-en à vos charmants amis défunts,

qui sont indifférents à la violence de ces clowns fascistes !

J'espère que tu souffriras.

J'espère m'en remettre.

Toi aussi, tu t'en sortiras.

C'est dur, à mon âge, mais je ferai de mon mieux.

Où vas-tu ?

Je viens avec toi.

Non.

J'ai toujours cru que je l'aidais.

De beaux vêtements, des voyages... Ça fait aussi partie de la vie.

Et même si je m'y suis mal prise, je l'aidais quand même.

Parce que je l'aime.

Laisse-moi tranquille.

Toi, tu l'as vexé. Soit.

Toi, tu l'as mis à la porte

comme un domestique qui t'aurais dévalisée. Soit.

Mais vous, professeur,

vous n'aviez pas le droit de l'abandonner.

Pas le droit.

Non, pas vous. Pas vous.

Allons... Ces remords sont inutiles.

Si vous voulez, je peux aller le chercher

et implorer son pardon.

J'espère que Konrad ne pardonnera à personne,

surtout pas à moi...

Le jour où une certaine Mme Brumonti est venue me voir

dans le but de louer l'appartement du dessus, j'ai refusé.

J'avais peur de m'entourer de gens qui m'étaient inconnus.

Des gens qui pourraient me déranger.

Tout s'est passé encore plus mal que ce que j'avais imaginé.

En termes de locataires difficiles, vous avez mis la barre très haut.

Pourtant, ça m'a traversé l'esprit, comme Lietta l'a dit,

que ç'aurait pu être ma famille.

Une famille pour qui les choses tournent bien ou mal,

si différente de moi.

Comme j'aime cette satanée famille, je veux l'aider comme je peux,

car elle, sans le savoir, m'a aidé.

Il y a un écrivain dont les œuvres sont sur mon chevet.

Je les relis de temps en temps.

Il raconte qu'un locataire

a emménagé à la dérobée dans l'appartement du dessus.

L'écrivain l'entend aller et venir, s'agiter...

déambuler,

puis tout à coup, il semble disparaître.

Pendant longtemps, on ne l'entend plus.

Puis il revient.

Petit à petit, ses absences se font plus rares.

Sa présence, plus constante.

C'est la mort.

Le fait qu'il arrive au terme de sa vie

lui est révélé

par l'un des déguisements trompeurs que revêt la mort.

Votre présence au-dessus de moi

a signifié le contraire pour moi.

Et je ne crois pas avoir été abusé.

Vous m'avez tiré... d'un sommeil...

aussi profond...

aussi insensible...

et aussi sourd que la mort elle-même.

Professeur, on a apporté cette lettre.

Erminia, montez vite voir si M. Huebel est là.

Vite, vite !

Cher professeur, j'espère me tromper

mais je crois que nous ne nous reverrons jamais.

Votre fils, Konrad.

Oh, mon Dieu !

Ne le touchez pas.

Attendez la police.

Tâchez de respirer normalement.

C'est bien.

J'en ai pour quelques minutes.

Professeur...

Vous avez de la visite.

J'ai donné les clés à Erminia.

Mon avocat contactera le vôtre,

pour voir si l'on peut récupérer une partie des frais.

Et je vous donnerai des nouvelles de l'enquête.

Si seulement...

J'aurais aimé avoir des doutes, moi aussi.

Hélas...

Se suicider, c'était sa façon d'avoir le mot de la fin.

C'était sa manière cruelle et absurde de nous punir éternellement.

Il y a une chose que Konrad n'a pas eu le temps d'apprendre.

C'est que nous l'oublierons.

Nous l'oublierons.

Il était trop jeune pour connaître cette triste vérité.

Le chagrin, c'est aussi fugace que tout le reste.

Au revoir, professeur.

Mais ne la croyez pas.

Il ne s'est pas suicidé.

Ils l'ont assassiné.

Vous étiez le seul à avoir un peu de foi en lui.

Ne lui retirez pas ça, maintenant qu'il est mort.

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