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Les personnages et les événements décrits dans ce film
sont imaginaires,
Toute ressemblance avec des personnes vivantes ou décédées
serait pure coïncidence,
LES CHAUSSONS ROUGES
Les étudiants s'impatientent.
Laissez-les entrer.
Vous êtes assis sur mon habit.
Quarante-cinq minutes plus tard
Je ne le vois pas.
Programmes !
Deux, s'il vous plaît.
Alors ?
Pourvu que la musique de Palmer soit bonne !
Boronskaïa ne danserait pas si elle ne valait rien.
Boro... comment ?
Qui est Boronskaïa ?
Depuis 6 h que vous faites la queue pour la voir danser !
Je ne viens voir personne... mais écouter...
Connaissez-vous le professeur Palmer ?
Non.
Ça viendra.
Le programme dit :
"Coeur de Feu". Musique d'Andrew Palmer.
Notre professeur !
"Boro... comment ?" Devra se distinguer.
Elle en a l'habitude.
Nous le connaissons.
Te rappelles-tu ma Rhapsodie ?
C'est ta Rhapsodie. C'est le même thème.
- L'a-t-il vue ? - Comme toutes mes oeuvres.
Il l'aurait copiée ?
Lever du rideau
Cher Professeur Palmer,
Je reçois quelques amis ce soir.
Venez et amenez M. Lermontov.
C'est une protectrice des arts.
Lermontov viendra.
Ça aussi, c'est de toi ?
Qu'attends-tu ?
Pardon...
Nous sommes tous fiers de vous et vous devez l'être de vous-même.
Vous êtes trop gentille.
Voici enfin le grand homme.
Je n'aurais jamais imaginé
que je réussirais à vous faire venir chez moi.
Si l'on chante, je pars. J'ai horreur des amateurs.
Lady Neston aussi.
Elle a une nièce qui danse... professionnellement.
Restez assis, M. Lermontov.
Vous allez avoir une surprise.
Une bonne ou une mauvaise surprise ?
J'ai demandé à ma nièce de danser devant nous ce soir.
- Quelle surprise est-ce ? - Une mauvaise !
Vous êtes vraiment très franc, mais soyez sûr
que je n'oserais pas vous ennuyer avec un spectacle d'amateur.
Ma nièce a interprété
de très grands rôles.
La critique en pense le plus grand bien.
Comment définiriez-vous un Ballet ?
On pourrait peut-être l'appeler la poésie du mouvement, ou...
Pour moi, c'est beaucoup plus.
Pour moi, c'est une religion,
et on ne tient pas
à voir sa religion pratiquée... dans une atmosphère
telle que celle-ci.
J'espère que vous comprenez.
Quelle séduisante brute !
Dans les soirées, on doit se montrer souriant.
Vous les détestez peut-être aussi ?
Pourtant celle-ci aurait pu être pire.
Vous croyez ?
Elle a failli être une catastrophe.
On devait nous offrir un spectacle de danse
mais cette horreur nous est épargnée.
Je suis cette horreur.
Il est un peu tard pour m'excuser.
Oui, un peu tard.
Pourtant, je suis désolé.
Que je n'aie pas dansé ?
Pourquoi ?
Parce que, chère Mademoiselle...
Victoria Page.
Quand j'accepte de me rendre à une soirée,
je ne vais pas à une audition.
Oui, vous avez raison.
Pourquoi vouloir danser ?
Pourquoi tenez-vous à vivre ?
Je ne sais pas pourquoi, mais j'y tiens.
C'est aussi ma réponse.
Venez.
Nous allons bavarder.
Je n'en ai pas envie.
C'est moi qui parlerai.
Qui est-ce, Dimitri ?
Un certain Craster. Il est déjà venu cent fois.
Je lui ai dit que vous dormiez, mais il ne me croit pas.
Ou tu mens mal ou M. Craster est intelligent.
Fais-le entrer.
Que puis-je faire pour vous ?
Excusez-moi de vous déranger, mais c'est très important.
Je vous ai écrit une lettre idiote. Rendez-la-moi avant de la lire.
C'est celle-ci.
Malheureusement, je l'ai déjà lue.
Vous êtes élève de M. Palmer.
Vous avez écrit un concerto pour piano.
Très intéressant.
Voudriez-vous jouer quelque chose ?
Une de vos oeuvres, bien entendu.
Si vous le voulez.
C'est une étude pour piano.
Je l'introduirai dans un opéra auquel je travaille.
Vous avez déjà fini ? C'était intéressant.
J'espère ne pas avoir gâché votre déjeuner.
Tant que j'y suis...
J'ai besoin d'un répétiteur pour l'orchestre. Etes-vous intéressé ?
Au début, je ne pourrai vous donner que 8 livres par semaine.
Ce sera merveilleux.
Allez déjeuner et rendez-vous à Covent Garden.
Voici votre lettre.
Un bon conseil,
déchirez-la et oubliez toute cette histoire.
"Coeur de Feu" est votre oeuvre, n'est-ce pas ?
Ce sont des emprunts inconscients.
Oui, c'est pourquoi...
C'est pourquoi il est plus déprimant d'être le voleur
que le volé.
Belle môme !
J'ai déjà essayé de la joindre.
Pour la scène ?
- Quel nom ? - Julian Craster.
Comment ?
Pas sur la liste !
J'ai rendez-vous !
Excusez-moi, mais j'ai du travail...
Et votre femme ?
Elle est très jalouse.
Vous voyez, c'est à cause de cette photo avec vous.
On vous cherche depuis ce matin.
C'est ce que j'ai dit !
Dois-je attendre encore longtemps ?
Quel est votre nom ?
J'ai rendez-vous avec M. Lermontov.
Si ce jeune homme est convoqué par M. Lermontov, laissez-le passer !
Venez avec moi.
Etes-vous danseuse ?
Oui, le soir, mais peu le matin.
Je connais mal la danse.
Vous êtes artiste ?
Je suis compositeur.
Qui voulez-vous voir ?
Je ne sais pas très bien...
Tous sont là. Faites votre choix.
Qui commande ici ?
Cinq ou six se croient le patron.
Qui commande ici ?
Je ne suis que la mère d'une danseuse et je compte peu.
Qui commande ici ?
Qui commande quoi ?
M. Lermontov m'a convoqué.
- Il m'a engagé. - Pas comme danseur ?
M. Ljubov veut qu'on le déplace.
Il est sur le plan, il restera là !
Si vous le dites.
Voici la géniale Boronskaïa.
Et elle n'a que 43 minutes de retard !
Et dois-je m'en féliciter ?
Ma patience est à bout, lrina !
Je vais expliquer à Lermontov
qu'aucun théâtre n'est assez grand pour nous conserver toi et moi !
Je n'ai qu'à partir !
Inutile. Il peut préférer se passer de mes services.
Il est assez fou pour ça.
Si tu pars, nous partirons ensemble, Grischa chéri !
- Qui êtes-vous ? - Victoria Page.
M. Lermontov a dû vous parler de moi. Il m'a convoquée.
Trop, c'est trop !
II les convoque et c'est moi qui dois leur apprendre
à danser !
Faites-moi le plaisir d'aller dans le fond de la scène
où vous trouverez cinq autres jeunes personnes
auxquelles M. Lermontov accorde sa protection.
Je veux répéter le 1er acte de "Coeur de Feu".
Que ceux qui n'ont rien à faire sur le plateau, sortent.
- Où allez-vous ? - Parler à M. Lermontov.
Il vaudrait mieux attendre la fin de la répétition.
Non. Je le connais personnellement.
Dans ces conditions, c'est différent.
Ratov ! Ne restez pas où vous êtes !
II faut faire quelque chose avec ça.
Hier, les danseuses avaient à peine la place pour bouger.
Ljubov a toujours raison.
Vous le pensez ?
M. Lermontov est un homme fort occupé.
Pourquoi n'allez-vous pas l'attendre avec les autres ?
Oui. J'y vais.
Connaissez-vous Julian Craster, compositeur et chef d'orchestre ?
Moi non plus !
Ce qui prouve combien nous sommes ignorants, car il est là !
Lermontov l'a engagé ce matin.
Vous êtes libres !
Maintenant, messieurs, figure 29 !
Je crois que ça ira.
Il faudrait vous occuper des cuivres demain.
Répétition spéciale pour tout l'orchestre à 9 h 30.
Je suis désolé de vous avoir convoqués si tôt...
mais j'ai déjà vu plusieurs fois le ballet et je tiens à...
Il y a une ou deux choses que je veux régler.
Alors, "Coeur de Feu". L'ouverture.
Depuis le début...
A propos, les trompettes...
Deux mesures avant la figure 2...
Avez-vous un mi naturel ?
Non. J'ai un mi bémol.
Ah ! Voilà la différence !
Ce doit être un mi naturel. Reprenons au début.
Je sais qu'il est pénible de jouer si tôt
mais il faut que nous réussissions.
On reprend.
Reprenons au début !
C'est parfait.
Que se passe-t-il ?
Etes-vous devenu fou ?
Savez-vous qu'en convoquant l'orchestre une heure plus tôt
il faut le payer ?
Pourquoi répétez-vous "Coeur de Feu" ? L'ai-je demandé ?
Ça m'intéresse. Votre réponse intéressera aussi M. Lermontov.
- J'aime ce ballet. - Vraiment ?
Je ne doute pas que vous aimiez "La Marseillaise"...
Convoqueriez-vous l'orchestre à l'aube pour la jouer ?
Je vous laisse ce jeune homme...
Après tout, c'est votre recrue et pas la mienne.
Je vous prierais à l'avenir de mieux contrôler votre ambition.
Votre choix de "Coeur de Feu" pour cette fantaisie matinale...
est un mystère que je ne résoudrai jamais.
Puis-je voir l'erreur de cette partition ?
II y a dans "Coeur de Feu" des passages
dont personne n'a à avoir honte.
Merci, M. Lermontov.
Lord Oldman est-il avec vous ?
Attention.
Bonjour, Vicky. Que faites-vous ici ?
Et vous ?
Je déjeune avec Boris Lermontov, le maître de ballet.
- Affaires ou plaisir ? - Les deux.
Vous vous promenez ?
Je la ramènerai à 3 heures.
J'espère ne pas vous avoir fait attendre.
Je vous présente une amie à moi, Vicky Page.
Pouvons-nous vous accompagner ?
Victoria Page sollicite de danser en matinée au Mercury Théâtre.
Qui ? Victoria Page ?
Oui, elle peut danser.
Représentation exceptionnelle de Victoria Page
avec l'autorisation des Ballets Lermontov.
Bonjour, Mesdemoiselles.
Je vous espère toutes en excellente forme.
J'ai une ou deux choses à vous dire.
Notre ballet part samedi pour Paris.
J'aimerais vous inviter toutes à nous accompagner là-bas
mais ce grand plaisir m'est refusé.
A celles que nous regrettons de laisser ici, je voudrais dire ceci :
Le fait que nous ne vous emmenons pas
ne signifie pas que vous dansez mal
mais que nous n'avons pas assez de places.
Voulez-vous approcher Miss Fane, et vous Miss Baynes ?
Je vous remercie pour le dur travail que vous avez fourni.
Je suis sûr que M. Ljubov se joint à moi.
Peut-être nous retrouverons-nous l'an prochain.
Vicky, il nous emmène.
Ecoutez tous !
Je suis fiancée. Je vais me marier.
Ma chère enfant.
Tous mes voeux de bonheur.
Je te souhaite tout le bonheur avec ton nouveau partenaire.
Où est Grischa ?
Est-ce que tu me détestes ?
Je ne te détesterai jamais, mais jamais je ne te pardonnerai.
Tu me pardonneras, j'en suis sûre.
Ne vous disputez pas autant avec votre mari qu'avec moi.
Où est Boris Lermontov ?
Cet homme n'a pas de coeur !
J'ai du travail pour vous.
Dois-je comprendre
que vous n'êtes pas heureux avec nous ?
Eh bien ?
Faire répéter un orchestre n'est pas le rêve d'un compositeur.
Le travail que je vous propose ne réalise peut-être pas ce rêve.
J'espère que vous ne le considérez pas indigne de votre talent.
"Les Chaussons Rouges" Ballet de Felipe Beltran
Les Chaussons Rouges...
Je vous demande pardon.
Le ballet des "Chaussons Rouges" est tiré d'un conte d'Andersen.
C'est l'histoire d'une jeune fille
que brûle du désir de danser avec des chaussons rouges.
Elle obtient ces chaussons, danse et au début, elle est heureuse.
A la fin de la nuit, fatiguée, elle veut rentrer chez elle.
Mais les chaussons rouges
ne sont pas fatigués.
Ils ne le sont jamais.
Ils l'entraînent dans la rue.
Ils la font danser à travers monts et vallées,
à travers champs et forêts, nuit et jour.
Le temps s'envole...
L'amour s'envole...
La vie s'envole...
Mais les chaussons rouges dansent toujours.
- Qu'arrive-t-il à la fin ? - Elle meurt.
Beltran en a écrit la musique au cours de notre dernière tournée.
Quelques passages marqués au crayon sont mauvais.
Voudriez-vous voir si vous ne pourriez pas les arranger ?
Prenez votre temps. Ce n'est pas urgent.
Regardez notre Boronskaïa. Elle est en pleine forme ce soir.
Elle ne m'intéresse plus...
Comme toute danseuse assez imbécile pour se marier.
Elle est finie !
On ne peut pas avoir les deux.
La danseuse qui s'abandonne aux douceurs de l'amour
ne sera jamais une grande danseuse.
Jamais.
Paroles magnifiques, mais on ne change pas la nature humaine.
Il faut faire mieux. Il faut la dédaigner.
Tu pourras dormir autant que tu voudras,
manger des bonbons et sortir tous les soirs.
Et toi, tu seras calme.
Ta répétition commencera à l'heure.
Plus de cris ! Plus d'énervements !
Plus d'lrina...
Etes-vous fatiguée ?
Oui. Merci. C'est-à-dire, je ne suis pas très fatiguée.
Connaissez-vous Monte-Carlo ?
J'étais ici l'an dernier.
Vous connaissez déjà l'Hôtel de Paris ?
Je croyais que j'habiterais à...
L'Hôtel de Paris. Vous y serez très bien.
J'espère que vous êtes libre ce soir.
Ma voiture vous attendra à 8 heures. Boris Lermontov.
Vous allez à une conférence.
Il y a une conférence ici ?
Oui. Ils discutent. Je suis ici depuis 7 heures.
Voulez-vous venir, Mlle Page !
J'allais sortir quand j'ai reçu votre message.
Je vous ai demandé de venir car nous préparons un nouveau ballet...
et j'ai décidé de vous en confier le rôle principal.
Mais je tiens à vous dire une chose,
mes collaborateurs ne partagent pas ma confiance en vous.
Je n'ai pas besoin d'ajouter que quelle que soit leur confiance
ils vous soutiendront tous.
Le reste dépend de vous.
Voilà. C'est tout.
Nous commencerons demain matin.
Je vous conseille d'aller vous coucher tout de suite.
Bonne chance.
Alors ?
J'ai un rôle dans un nouveau ballet.
Un nouveau ballet ?
"Les Chaussons Rouges" ?
Ce passage est impossible.
Je ne pouvais pas le réécrire !
Pourquoi ?
Vous ne l'aviez pas signalé.
De telles horreurs n'ont pas besoin d'être signalées.
J'ai quelques idées à ce sujet.
Où sont-elles ? II nous faut une partition !
Vous permettez.
C'est la scène de l'église.
Rejetons le cantique sentimental
et prenons un choeur à quatre voix.
Nous pourrions introduire le son d'une cloche.
Ou alors...
Quand le policier l'entend, les cuivres interviennent.
Puis-je jouer la danse des "Chaussons Rouges" ?
Merci, M. Craster.
Refaites tout. Je veux une nouvelle partition.
Tenez.
Où est l'orchestration ?
Quand la voulez-vous ?
Hier. Vous disiez bien que vous vouliez travailler ?
Je ne veux pas vous voir avant que vous ayez fini.
Entendu !
Vous n'êtes pas couchée ?
Vous m'avez fait peur.
Pourquoi n'êtes-vous pas couchée ?
J'étais trop énervée pour dormir, alors je suis là.
Je ne vous ai pas vue.
Vous ne m'avez pas vu non plus.
Il vous a aussi envoyé au lit ?
Non. Je travaille sur la partition des "Chaussons Rouges".
Est-ce aussi mon ballet ?
Ça doit faire drôle de se réveiller célèbre.
Vous ne le saurez jamais, si vous restez ici à bavarder.
Bonne chance.
Elle en fait trop ! Tu devrais le lui dire.
Occupe-toi de tes affaires !
Elle doit danser avec moi
et le plus dur n'est pas encore fait.
Elle ne peut pas danser tout, en donnant le maximum.
Elle ne peut pas le savoir
si vous, vous ne donnez pas votre maximum.
Voici les maquettes des costumes.
Asseyez-vous.
Il faut arranger cette musique.
Elle part un temps trop tôt.
Le mouvement est trop rapide.
Le mouvement est bon.
Recommençons.
Elle sera parfaite.
Je l'espère.
Toujours sceptique ?
Je reconnais qu'elle est charmante.
Je me moque de ses charmes.
Ils n'attendront pas la fin pour l'applaudir !
Je vous fais un pari.
Assez !
Nous essayons de créer quelque chose de beau.
Si vous continuez à agiter les bras comme un épouvantail
et à ployer les genoux comme un cheval de trait
nous allons à l'échec.
Je tiens le pari.
Montrez-moi vos maquettes.
Pourrais-je réussir ?
Pour l'instant, cela vous paraît difficile
mais dans quinze jours, tout vous semblera facile.
Et cette impression de facilité ne s'obtient
que par la souffrance du corps et de l'esprit.
Il faut ménager votre souffle.
Dorénavant, vous déjeunerez dans mon bureau.
M. Craster, au piano.
Vous déjeunez toujours en musique ?
Non, mais vous y serez condamnée pendant quinze jours.
M. Craster jouera, pour vous la musique des "Chaussons Rouges"
pendant tous vos repas jusqu'à la générale.
Je vois.
Ainsi vous vous familiariserez avec la musique.
Probablement.
Seule la musique compte, rien que la musique !
Des compositeurs sont-ils spécialisés dans les déjeuners ?
Oui.
Vous ?
Parfois.
Ne jouez pas ça maintenant.
C'est le mouvement juste.
Prenons la scène du bal, c'est la partie la plus digeste.
Cette scène a été coupée.
Oui, mais elle existe toujours dans ma partition.
J'ai écrit cette danse pour un bal,
elle ne peut évoquer qu'un bal.
Lermontov verra un bal... et même vous !
Quand votre partenaire vous soulèvera
ma musique vous métamorphosera.
En quoi ?
En fleur se balançant au vent...
En nuage voguant dans le ciel...
En oiseau blanc planant.
Dites-le à Ratov.
Il adorerait vos oiseaux et vos fleurs.
Pas vous ?
Si vous étiez danseur, vous sauriez que...
Attendez ! Rien ne compte sauf la musique.
Et pourtant, il est difficile de s'élever du sol
sans être oiseau ou fleur.
N'imaginerez-vous rien le soir de la générale ?
Si. Que la guerre est déclarée entre le public et moi.
Ma musique vous fera vaincre.
DERNIERE REPETITION
et aucun rendez-vous pour le dîner
Nous ne sommes pas au cirque ici !
C'est trop rapide.
Vous ne trouveriez pas que c'est trop rapide
si vous preniez un temps avant votre pirouette.
Le 1er temps est une pause.
Nous sommes d'accord, messieurs ?
Vous arrivez au 2ème temps.
C'est tout à fait simple. Vous voyez ce bâton...
Alors suivez-le !
"Les Chaussons Rouges"
Bonne chance !
Dansez comme vous voudrez, je vous suivrai.
C'est l'heure de descendre.
Nerveux ?
N'ayez aucune inquiétude. Votre partition est excellente.
Elle est magnifique. Je ne souhaiterais que...
Les chaussons rouges ne sont pas là.
Qu'avez-vous fait des chaussons rouges ?
Etes-vous sûr de ne pas les avoir rangés ?
Les brutes ! Ils ont massacré mon décor.
La porte ! La porte ne ferme pas !
- On la tiendra. - Qui ?
La groom n'a pas autre chose à faire.
Bonne chance.
Je ne me rappelle pas mon entrée.
Vous croyez vraiment ? Ecoutez ça.
Oui, tout revient avec la musique.
Puisque vous entendrez la musique, tout ira bien.
Seule la musique compte.
Si je doutais de vous, je serais nerveux.
Suis-je nerveux ?
Vous ne dansez pas pour le public
vous dansez pour vos amis devant qui vous avez souvent dansé.
J'ai cru en vous depuis le début.
Tous maintenant ont confiance en vous.
Il faut que vous dansiez avec la même foi
que le jour où je vous ai vue.
Au Mercury Théâtre.
Oui, au Mercury Théâtre, à Londres, par un samedi pluvieux.
Vous êtes un magicien pour avoir produit ça avec rien.
Le plus habile magicien ne peut faire sortir un lapin d'un chapeau
s'il n'y a pas un lapin dedans.
Dommage qu'il n'y ait que trois cents places
on aurait rempli l'Opéra ce soir.
Oui, mais demain le monde entier parlera de notre oeuvre.
Aucune enflure ?
Je parle de ta tête.
Tous ces applaudissements... ces bravos,
tout ça ne signifie rien.
Mais moi qui ai vu danser la Pavlova
si je te dis qu'hier tu n'as pas été mauvaise
pas bonne, mais pas mauvaise
ça signifie quelque chose.
Je vais te dire la vérité...
C'était bien.
Merci, M. Ljubov.
Mon nom est Grischa.
Le mien est Vicky.
Comment allez-vous ?
Bras tendu.
Boris Lermontov veut te voir. Pourquoi pendant ma classe ?
Oui. Qui est-ce ? Ah, c'est vous !
Non. Merci de m'avoir appelé.
Vous ne me dérangez pas.
J'ai toujours le temps pour des félicitations.
Je suis d'accord.
J'ai un contrat avec lui.
Il va composer un nouveau ballet.
Beaucoup de gaieté et de charme : "La Belle Meunière".
Oui, un rôle magnifique pour elle.
Pour la prochaine saison.
Vous êtes trop aimable de m'avoir appelé.
Plus de téléphone !
Merci, M. Craster. Je suis fier de vous.
- Je voudrais vous dire... - Une autre fois, je vous en prie.
Ah oui, "La Belle Meunière !" Vous lisez le français ?
Alors, lisez-la et nous en reparlerons.
Venez Mlle Page, asseyez-vous.
Je veux vous parler de votre avenir.
Quand nous nous sommes connus,
je vous ai fait une réponse stupide.
Je vous avais répondu que je tenais à vivre.
En fait je désire beaucoup plus...
Je veux créer une grande chose avec une petite...
faire de vous une grande danseuse.
Mais je dois poser la même question.
Qu'attendez-vous de la vie ?
- Vivre ? - Danser.
Nous resterons encore deux mois ici.
Et nous partirons en tournée : Rome, Vienne, Stockholm, l'Amérique
et l'an prochain : Londres.
Rien que des grands rôles : Coppélia, Giselle,
la Belle au bois dormant... Vous les aurez tous !
Vous danserez et le monde suivra.
Pas un mot.
C'est moi qui parlerai
et vous qui danserez.
Elle n'était pas mal ce soir.
Ça va.
Pas mal ! Mais c'est une flamme ! Un génie !
Vicky a été vraiment étonnante dans "La Boutique"...
Il faudrait rebâtir le théâtre.
- Pourquoi ? - Il est trop petit.
C'est miraculeux.
Pourvu que ça dure.
Quel est le meilleur restaurant de la côte ?
Retiens une table.
Pour deux ?
Je n'ai pas dit bonsoir à Lermontov.
Miss Page n'est pas rentrée.
M. Ratov n'est pas là non plus.
M. Ljubov n'est pas chez lui.
Ils sont tous allés dîner à Villefranche avec Ljubov.
Bonsoir, Grischa. Puis-je me joindre à vous ?
Quel plaisir de vous voir ! Quelle joie !
Un trône pour le grand Lermontov.
Deux trônes pour le grand Lermontov !
Prenez la mienne !
C'est votre anniversaire, asseyez-vous !
II y a longtemps que je n'ai pas dîné avec ma famille.
Miss Page n'est pas avec nous ce soir.
Il ne vous manque pas un autre membre de notre famille ?
Nous savons que vous êtes très occupé...
Fêtons ça.
N'auriez-vous cependant rien remarqué ?
N'exagérez pas.
Nous avons, chez nous, un petit roman d'amour.
Un grand roman !
Roméo Craster.
Et Juliette Page.
Et quand cet amour a-t-il commencé ?
Avec les "Chaussons Rouges".
Charmant.
Et où sont-ils ce soir ?
Quelle importance cela a-t-il ?
Ils sont jeunes, ils sont ensemble
et ils s'aiment.
Chéri...
J'ai décidé de croire à la providence...
C'est vrai, ma chérie ? Je suis très heureux.
Tu vas le réveiller !
Je veux savoir où nous sommes.
Quand je serai vieux,
je veux qu'une jolie jeune fille me dise :
"Dans votre longue vie, où avez-vous été le plus heureux ?"
Et je répondrai :
"Je n'ai jamais su l'endroit exact
"mais c'était au bord de la Méditerranée.
"J'étais avec Victoria Page."
"Comment ?", dira-t-elle,
"Vous voulez parler de la célèbre danseuse ?"
J'approuverai.
"C'est d'elle dont je parle.
"Mais alors elle était jeune et fraîche.
"Et, je m'en souviens, nous nous aimions follement."
Avez-vous vu ?
Elle sourit à Craster.
Je ne crois pas.
Dites que je suis aveugle.
Regardez-la danser.
Avec plaisir...
On croirait une débutante à un gala de charité.
Je crains que la partition ne soit pas encore au point.
Oui, M. Craster,
je l'ai regardée.
Ce n'est pas de musique que je désire vous parler.
Venons-en au fait.
J'ai entendu parler de Miss Page et de vous.
Je vois...
Sortez.
Nous nous aimons.
Avez-vous vu Miss Page danser le "Lac des Cygnes" ?
Je dirigeais l'orchestre.
Vous avez aimé ?
C'est la plus jolie chose que j'aie vue.
C'était impossible !
Et vous savez pourquoi ?
Parce qu'elle n'avait pas le coeur sur la scène.
Elle rêvait !
Et le rêve est un luxe interdit chez moi.
Elle veut être une grande danseuse.
Elle vous a peut-être parlé de ses ambitions.
Elle n'est pas encore une grande danseuse.
Elle n'en sera jamais une
si elle se laisse distraire par le flirt.
Vous ne comprenez pas.
Nous nous aimons.
J'ai eu le temps de regarder votre dernière oeuvre.
Je l'ai trouvée impossible !
C'est faux ! Elle est bonne.
Puérile, vulgaire et totalement insignifiante.
Alors je la reprends.
Il existe des tas de ballets auxquels vous pouvez la porter.
Mon ambition n'est pas de travailler pour des ballets.
C'est un moyen d'expression mineur.
M. Craster nous quitte.
Payez-lui deux semaines de salaire contre reçu.
J'allais vous dire bonsoir.
Qu'y a-t-il, Boris ?
Rien, mais ne travaillez plus le nouveau ballet.
Je le supprime.
Le supprimer ? Que voulez-vous dire ?
La moitié des danses est prête.
Ce Julian est doué.
C'est une des meilleures partitions que nous ayons eues.
Julian Craster nous quitte. Je ne veux plus en entendre parler.
Vraiment ? Moi, j'en parlerai !
Je sais reconnaître une brillante partition.
Je n'ai pas travaillé jour et nuit pendant des semaines
pour le plaisir de perdre mon temps.
Je vais vous dire,
j'en ai assez de cet asile de fous !
C'est fini ! Je démissionne !
Vous avez pris une importante décision.
C'est beau, l'amour !
Qu'a-t-il dit ?
Naturellement, il ne tient pas à ce que tu partes.
Il est navré.
Dans ce cas, je vais réfléchir.
Et pour Julian ?
Je ne l'ai jamais vu dans un tel état.
Il a longuement parlé d'ingratitude et de perfidie.
Il a dit que lorsque les relations personnelles se mêlent à...
Oui, je sais.
Mes pauvres enfants, je suis désolé.
Boris peut changer d'avis.
Il part demain pour Paris,
par le train de 8 heures 15.
Vous venez me faire vos adieux ?
Je veux vous parler.
Pourquoi vous êtes-vous disputé avec Julian ?
C'est une chose qui ne vous regarde pas.
Mais puisque vous tenez à le savoir.
M. Craster a été assez fou
pour contrecarrer mes projets.
Et je ne le permets pas.
Je croyais que, dans ma vie, seule la danse comptait.
Vous le croirez encore.
Si Julian part, je partirai aussi.
Et que comptez-vous faire ?
Je danserai ailleurs.
Ce sera facile, avec le nom que je vous ai donné.
A condition que je vous rende votre liberté.
Même si je vous la rends,
tout sera-t-il pareil ?
Je ne l'ai jamais pensé.
Je pouvais faire de vous une des plus grandes danseuses.
Le croyez-vous ?
Est-ce sans importance pour vous ?
Vous savez quelle importance cela a pour moi.
Le train part.
Miss Page descend.
Je pars avec toi !
Miss Page a épousé M. Craster hier à Londres. Dimitri.
En retard ! J'espère que vous n'avez pas trop travaillé.
J'ai fini. J'ai le commandement sur moi.
Vous n'avez pas encore changé d'avis ?
Je ne veux pas l'empêcher de faire quoi que ce soit.
Elle a le droit de danser.
Sauf les "Chaussons Rouges".
Et le jeune homme ?
Pour lui, c'est différent.
Tout ce qu'il a écrit m'appartient.
Des "Chaussons Rouges" à "La Belle Meunière".
Le reste ne m'intéresse pas.
Vous devriez lui payer des droits sur les "Chaussons Rouges".
Ce ballet n'est plus à mon répertoire.
Je crois que Patrick Travelyan est à Paris.
Oui. J'ai dîné avec tous les deux hier soir.
Boronskaïa est avec lui ?
Et le mariage marche ?
Patrick semble le croire.
Aimeriez-vous rencontrer lrina ?
Non. N'arrangez rien.
Laissons faire le hasard.
Bonne saison !
Toujours, pour les ballets Lermontov !
Voulez-vous entrer et attendre ?
Bien sûr.
Des lettres !
Personne ne m'écrit.
C'est faux.
Pour toi ! Une lettre de Vicky.
De Vicky ?
- Comment va-t-elle ? - Lis, tu verras.
C'est de Julian. Il ne parle que de son opéra.
Il dit qu'elle est sa muse...
Un miracle !
Tenez. J'ai fini.
C'est le jour du courrier.
C'est de nos deux rebelles.
Nos déserteurs ! J'espère qu'ils sont heureux.
Lisez la mienne !
Lisez. Vous regretterez peut-être d'avoir perdu ce garçon.
J'en doute.
Au fait,
Jacques m'a envoyé la partition de la "Belle Meunière".
Elle me plaît. Nous pourrions la monter à Londres.
Avec lrina ?
Nous en reparlerons.
Le rôle est plein de gaieté et d'ardeur.
Jetez-y un coup d'oeil sans aucun parti pris.
Vous le dites-vous quelquefois ?
Tous les jours.
Réflexion faite, j'aimerais lire vos lettres.
Cette lettre n'est destinée qu'à moi.
Je ne pouvais la lui laisser lire.
Elle le traite de monstre, de monstre cruel.
Vous auriez dû le lui dire.
Je m'excuse d'être en retard.
Lady Neston était dans la salle.
Elle est ici pour plusieurs semaines.
Et Miss Page vient la rejoindre pour un court séjour.
Nous nous rencontrons toujours dans les gares.
- Que faites-vous ici ? - Je vous attends, naturellement.
Asseyez-vous.
Vous savez que je recherche toujours les danseurs de talent.
Vous nous avez manqué
et j'espère que nous vous avons aussi manqué.
C'est vrai.
Vous n'avez qu'un mot à dire.
- Comment va tout le monde ? - Y compris moi ?
Mieux que jamais.
Et Grischa ?
II se bat toujours avec Boronskaïa.
- Et elle ? - Toujours en bataille avec lui.
- Et le vieux Serguei ? - Il rajeunit.
- Et vous ? - Je vieillis.
Et vous ? Etes-vous heureuse ?
Oui, très heureuse.
Je parle de la danse.
Je n'ai guère dansé.
J'ai toujours été au courant de votre activité.
Vous n'avez pas cessé de travailler ?
- Ni de suivre des cours. - C'est vrai.
Pourquoi n'est-il pas là ?
Son opéra est en répétition à Covent Garden.
Y renoncerait-il si vous le lui demandiez ?
Je ne sais pas. Je ne le ferai pas.
Pourquoi vous le demande-t-il ? Sait-il ce qu'il exige de vous ?
Nous préparons un nouveau ballet, depuis des semaines.
Les costumes et le décor sont les plus beaux que Ratov ait faits.
Grischa est enthousiasmé.
On n'a jamais dansé les "Chaussons Rouges"
depuis votre départ.
On ne les dansera pas.
Remettez les chaussons rouges, Vicky, et dansez pour nous.
Ici le programme de la B.B.C.
Nous assistons à Covent Garden,
à la Première de "L'Amour et Psyché"
le nouvel opéra de Julian Craster
dont la seule oeuvre connue est la partition des "Chaussons Rouges".
Ce ballet fut un triomphe à Monte-Carlo, l'an dernier.
Il ne s'est pas encore produit dans ce pays.
Un incident a dû se produire. Une annonce va être faite.
J'ai le regret de vous annoncer que M. Craster, le compositeur
qui devait diriger l'orchestre,
vient de tomber malade.
Sir Mingies dirigera l'orchestre à sa place.
Voici Sir Mingies.
Depuis Londres, je me demandais si je te trouverais ici
et tu y es.
Tu as abandonné ta Première ?
Pourquoi pas toi ?
Enfin ! Tout va bien maintenant.
Nous prendrons le train de 8 h pour Paris.
Dépêche-toi de te changer.
- Mais je danse ce soir. - N'y va pas.
On doit vous regretter à Londres ?
Laissez-moi tranquille tous les deux.
Julian, attends la fin du spectacle.
Il sera trop tard.
Il est déjà trop tard. Dites-lui pourquoi vous l'avez quitté.
C'est faux.
On n'a qu'une vie et la vôtre est la danse.
Tu pourras danser ailleurs.
Vous contenteriez-vous de la médiocrité ?
Si oui, vous ne seriez pas un grand artiste.
Pourriez-vous faire d'elle une grande danseuse ? Jamais !
Pourquoi ai-je attendu tout ce temps l'occasion de la reprendre ?
Parce que vous êtes jaloux.
Oui, mais d'une manière que vous ne comprendrez jamais.
Je t'aime, Julian. Je n'aime que toi.
Mais tu préfères cela.
Je ne sais pas.
Si vous partez, je ne vous reprendrai plus jamais.
Vicky, veux-tu détruire notre amour ?
Quel enfantillage !
Très bien, partez avec lui.
Devenez une fidèle ménagère
avec une nichée de gosses, et renoncez à la danse.
Vicky, regarde-moi.
Adieu, ma chérie.
Petite Vicky !
Songez à tout ce qui vous attend !
Le chagrin, ça passe...
La vie a si peu d'importance...
Désormais, vous danserez
comme personne n'a jamais dansé.
Mesdames
et messieurs.
J'ai le regret
de vous annoncer
que Miss Page
ne pourra pas
danser ce soir
ni, d'ailleurs
aucun autre soir.
Cependant,
nous avons décidé
de vous présenter
"Les Chaussons Rouges".
C'est
le ballet
qui a fait de son nom
un grand nom.
Nous vous le présentons
parce que
nous pensons
qu'elle l'aurait
souhaité.
Oui, ma chérie.
Enlève les chaussons rouges.
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