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Zulu
Je vous ai !
Écoutez...
Mais m'dam !
Fermez la fenêtre, John.
Pour Sherlock Holmes, elle a toujours été "La Femme",
la belle Irena Adler de douteuse et discutable mémoire.
À l'époque de notre enquête sur l'affaire Irena Adler,
Holmes et moi partagions un appartement dans Baker Street
depuis quelques années.
Mon travail m'avait conduit à m'absenter quelques jours à la campagne.
Comme toujours après avoir quitté Holmes pendant un certain temps,
je rentrai rempli d'appréhension quant à son humeur.
Bonjour, Mrs Hudson.
Dr Watson, regardez-vous ! Trempé jusqu'aux doigts de pied !
Oui, ça ne m'étonne pas.
J'ai passé 20 minutes sous une pluie battante à attendre un fiacre.
C'est mauvais pour vos douleurs de tant vous mouiller.
Je sais bien.
Je prends juste vos manteau et chapeau
et veillerai à ce qu'ils sèchent correctement.
Mrs Hudson, je n'ai pas mangé de la journée.
J'espère que nous souperons bientôt.
C'est plus que douteux.
Je ne sais pas ce qu'a Mr Holmes,
il semble être à fleur de peau.
Je ne dois pas monter le souper avant qu'on me le demande.
Ce sont ses ordres.
Merci, Mrs Hudson.
Mon cher Holmes,
qu'avons-nous ce soir, morphine ou cocaïne ?
Je vous recommande chaudement une solution à 7 % de cocaïne.
Voulez-vous essayer ?
Non, à vrai dire !
Je parle non seulement en tant qu'ami, mais aussi en tant que médecin.
Comment pouvez-vous mettre autant en péril les grands pouvoirs
dont vous avez été doté ?
Je ne puis vous dire combien cela clarifie et stimule l'esprit.
Et le détruit par la même occasion !
Mon esprit est rétif à la stagnation.
Qu'on me donne des problèmes, du travail,
le cryptogramme le plus difficile,
l'analyse la plus embrouillée, et je suis dans mon élément.
Alors, je peux me passer de stimulants artificiels.
Mais j'exècre la morne routine de l'existence.
J'implore l'exultation mentale.
C'est pourquoi j'ai choisi cette profession, créée plus exactement,
car je suis le seul au monde.
Le seul détective non officiel.
Le seul détective consultant non officiel.
Je ne m'attribue aucun mérite dans mes enquêtes.
Le travail en lui-même,
le plaisir de trouver matière à exercer mes pouvoirs particuliers
est ma plus grande récompense.
Vous pouvez fermer ce tiroir.
Vous n'avez pas fait le bon diagnostic, Docteur !
Mon stimulant est ici.
J'espère que vous avez apprécié votre semaine à la campagne.
Elle fut bonne pour l'appétit.
À propos, j'aimerais que vous sonniez pour le dîner.
Qu'est-ce ?
Je dois me préparer pour mon visiteur.
C'est arrivé par le courrier du matin.
Donnez-moi vos impressions.
Voyons, ce n'est pas daté et il n'y a ni signature ni adresse.
Bien, lisez-le à voix haute.
"Cher Mr Holmes :
"Vous recevrez un appel ce soir à huit heure et quart
"d'un homme qui..."
Bon sang, c'est dans quelques minutes, Holmes.
Continuez.
"d'un homme qui désire vous consulter
"à propos d'une sombre affaire.
"Vos récents services dans une des maisons royales d'Europe
"ont montré que vous étiez quelqu'un en qui on peut avoir confiance
"dans des cas dont la gravité
"peut difficilement être exagérée.
"Telles sont les louanges entendues partout pour votre compte,
"alors soyez dans votre chambre."
Bon sang, c'est mystérieux, en effet.
Que cela peut-il bien vouloir dire ?
Je n'ai pas de donnée pour l'instant.
C'est une erreur capitale de théoriser avant d'avoir des données.
Mais du mot en lui-même, qu'en déduisez-vous ?
C'est une écriture d'homme.
Bien.
On peut facilement supposer que le papier est coûteux.
Il est particulièrement résistant et raide.
Particulièrement, c'est le mot.
Il n'a rien d'un papier anglais.
Mettez-le devant la lumière.
Grand E, petit g, grands P et G
et un petit t incrusté dans la texture.
Et c'est ?
Le monogramme du fabricant.
Élémentaire, mon cher Watson !
Suivez-moi !
Allons consulter notre gazette continentale.
Vos cigares ! Vous voyez, je n'avais pas oublié votre retour.
Voulez-vous un peu de whisky ?
Plus tard peut-être, quand nous aurons mangé.
Le monogramme est une abréviation pour Papier Gesellschaft,
qui, en allemand, veut dire "entreprise de papier."
Et le Eg, Eglow, Eglonitz, Egria !
"Land de Bohème germanophone
connu pour ses nombreuses usines de verres et ses fabriques de papier."
Bohème, le royaume de Bohème.
Et le mot est écrit par un Allemand.
Écoutez : "Telles sont les louanges entendues partout pour votre compte".
Seul un Allemand est aussi maladroit avec ses mots !
Donc nous devons nous attendre à un Allemand de Bohème.
Le voilà,
tiré par deux chevaux, un joli petit Brougham.
Il y a de l'argent dans cette affaire, Watson, s'il n'y a pas autre chose.
Holmes, je pense que votre visiteur ne voudra pas de moi.
Pas du tout, Docteur, restez où vous êtes !
Je suis perdu sans mon greffier.
Mais cela semble si confidentiel.
Je peux avoir besoin de vous, et lui aussi.
Maintenant, restez dans ce fauteuil, et donnez-moi toute votre attention.
Il arrive.
Désolée, mais vous ne pouvez pas entrer ainsi sans vous faire annoncer !
Mr Holmes ne voit personne sans rendez-vous !
Je suis vraiment confuse, Mr Holmes !
Je n'ai rien pu faire !
Tout va pour le mieux, Mrs Hudson !
Si vous pouviez avoir la gentillesse de nous laisser,
et de fermer la porte.
Avez-vous lu mon mot ?
Oui. Asseyez-vous !
Voici mon ami et collègue, Dr Watson,
qui, occasionnellement, est assez doué pour m'aider dans mes enquêtes.
Comment allez-vous, sir ?
À qui ai-je l'honneur de m'adresser ?
Vous pouvez m'appeler Comte Von Kramm, noble de Bohème.
Je préférerais vous parler seul à seul.
Non, c'est nous deux, ou personne.
Vous pouvez dire devant ce gentleman tout ce que vous avez à me dire.
Bien, j'ai votre parole qu'il s'agit d'un homme d'honneur et de discrétion.
Je dois commencer par vous astreindre tous deux au plus grand secret
pour une période de deux ans.
Vraiment ?
À la fin de cette période, ça n'aura plus aucune importance.
Mais à présent, cela a un tel poids
que cela pourrait avoir une influence sur l'histoire européenne.
J'en fais la promesse.
Moi aussi.
Vous excuserez ce déguisement.
L'auguste personne qui m'emploie
tient à ce que son agent vous reste inconnu.
En fait, je dois vous confesser que le titre que je vous ai donné
n'est pas exactement le mien.
J'avais connaissance de cela.
Les circonstances sont d'une grande délicatesse.
Toutes les précautions doivent être prises afin d'éviter un immense scandale
qui pourrait sérieusement compromettre
l'une des maisons royales d'Europe.
Pour parler clairement,
l'affaire concerne la grande maison d'Ormstein,
Rois héréditaires de Bohème.
J'avais connaissance de cela aussi, votre Majesté.
Vous avez raison...
Je suis le Roi.
Pourquoi essayerais-je de le cacher ?
Pourquoi, en effet ?
Votre Majesté n'avait pas encore parlé que je savais déjà m'adresser à
Wilhelm Gottsreich Sigismond von Ormstein,
Grand Duc de Cassel-Felstein, et Roi héréditaire de Bohème.
Et, soit dit en passant, le plus affûté duelliste d'Europe.
Vous avez tué quatre adversaires.
Honorablement.
Bien sûr.
Voici brièvement les faits :
Il y a 10 ans, au cours d'un long séjour à Varsovie,
j'ai fait la connaissance de l'aventurière bien connue,
Irena Adler.
Le nom vous est sans doute familier.
Veuillez consulter mon index, voulez-vous, Watson.
J'en déduis que votre majesté a commencé à se lier à cette femme,
lui a écrit quelques lettres compromettantes
qu'elle est à présent désireuse de récupérer.
Précisément.
Mais comment avez-vous deviné ?
"Entourage du Général italien...
Adler Irena, née au New Jersey en 1858."
Est-ce bien elle ?
New Jersey, laissez-moi regarder.
"Chanteuse, contralto,
a chanté à La Scala et aux opéras de Saint-Pétersbourg et Varsovie,
retirée de la scène, vit maintenant à Londres,
apparaît occasionnellement lors de concerts."
C'est elle.
Y a-t-il eu mariage secret ?
Non.
Pas de papiers légaux ni de certificats.
Aucun.
Alors je ne vous suis pas, Majesté.
Si cette personne venait à publier vos lettres
pour vous faire chanter ou autres,
comment pourrait-elle en prouver l'authenticité ?
Il y a l'écriture.
Falsifiée !
Mon papier à lettre personnel.
Volé !
Mon propre sceau.
Imité !
Ma photographie.
Achetée !
Nous étions tous les deux sur cette photographie.
Oh, mon cher...
Oui, c'est très mauvais.
Votre Majesté a certainement commis une imprudence.
Elle était belle, ensorcelante, intelligente, audacieuse.
Je n'étais alors que Prince héritier.
J'étais jeune !
Je vais avoir 30 ans maintenant.
Votre Majesté a bien sûr essayé de récupérer la photographie ?
Nous avons essayé et échoué.
Alors votre Majesté doit payer.
Il faut l'acheter.
Elle ne la vendra pas.
La voler, alors.
Cinq tentatives ont été faites.
Deux fois j'ai payé un voyou pour fouiller sa maison.
Une fois nous avons détourné ses bagages alors qu'elle voyageait.
Deux fois on lui a tendu un guet-apens
mais aucune trace de la photo.
Vous vous moquez !
C'est sérieux !
Oui, c'est très sérieux, en effet.
Bien, que se propose-t-elle de faire avec cette photographie
si ce n'est pour vous extorquer ?
Me gâcher la vie.
Comment ?
Je suis sur le point de me marier.
Je l'avais entendu dire.
Avec la princesse Clotilde Lothman von Saxe-Meningen,
fille cadette du Roi de Scandinavie.
Jolie prise !
Précisément.
Mais apprenez que sa famille a des principes très stricts.
Elle est elle-même l'essence de la délicatesse.
L'ombre d'un doute quant à ma conduite pourrait amener notre histoire à sa fin.
Et Irena Adler ?
Elle a menacé de leur envoyer la photographie.
Et elle le fera.
Elle a une âme d'acier.
Elle est plus belle que toutes les femmes que j'ai connues,
plus déterminée qu'aucun homme.
Elle ira aussi loin qu'elle pourra
pour empêcher mon mariage avec une autre femme !
Votre Majesté,
pourquoi cette femme est-elle si vindicative ?
Un jour, nous avons parlé de mariage.
Elle ne voulait pas voir que c'était impossible !
Vous êtes sûr qu'elle n'a pas déjà envoyé la photographie ?
J'en suis certain.
Comment le savez-vous ?
Elle pourrait être acheminée en ce moment même.
Parce qu'elle a dit qu'elle l'enverrait
le jour où les fiançailles seraient publiquement proclamées.
C'est-à-dire lundi prochain.
Mais je dois quitter Londres vendredi pour être rentré avant la cérémonie.
Nous avons donc trois jours.
C'est une chance car j'ai d'autres enquêtes en cours.
Où pourrai-je trouver votre Majesté à Londres ?
À l'Hôtel Langham,
au nom de Comte Von Kramm, rappelez-vous en.
Bien sûr. Et concernant les frais ?
Voici 300 livres en or, et 700 en billets.
Et l'adresse de Miss Irena Adler ?
Bonne nuit, votre Majesté,
je suis sûr que nous aurons bientôt de bonnes nouvelles pour vous.
Nous avons de quoi dîner chez Romano !
Mais nous n'avons que trois jours avant vendredi.
Cela doit être réglé d'ici vendredi.
Le compositeur Tchaïkovski dirige son propre opéra au St. James Hall.
Non, vraiment !
Ça doit être réglé d'ici vendredi !
Cher Watson, j'aimerais être seul.
Vous avez faim ?
Oui.
Je suis sûr que Mrs Hudson vous montera un sandwich.
Nous ne discuterons pas de cette affaire avant demain après-midi.
Bonne nuit.
C'est mieux que le travail, n'est-ce pas, camarade ?
Quoi donc ?
Regarder faire.
On échange quand tu veux, vieux.
Et quel poste tu as ?
Simple valet d'écurie de première classe depuis 8 semaines.
Vraiment ?
Tu peux me donner un coup de main, si tu veux.
Voir si t'es doué.
Pourquoi pas ?
Contre un verre de gnôle.
C'est à ça que je pensais.
Occupe-toi de la jument. Montre ce que tu sais faire.
J'ai passé quelques heures avec le cocher et ses amis.
Irena Adler a sans doute fait tourner la tête de tous les hommes du coin.
Pour un homme, elle est la chose la plus délicate du monde sous son ombrelle,
telle est l'opinion de tous les cavaliers de Serpentine.
Elle vit tranquillement,
elle sort à 5 heures de l'après-midi,
revient à 7 heures tapantes pour dîner.
Elle sort rarement à d'autres moments, excepté quand elle chante.
Elle a seulement un visiteur masculin, mais doit bien le connaître.
Il l'appelle au moins une fois par jour, souvent deux.
Son nom est Mr Godfrey Norton, du Inner Temple.
Vous voyez les avantages d'avoir un cocher comme confident.
Mr Norton est un avocat, c'est important.
Inquiétant, peut-être.
Pourquoi ces visites répétées ?
Est-elle sa cliente, amie, ou maîtresse ?
Si c'est son avocat,
la photographie doit être dans son coffre-fort.
Si c'est son amant, il ne doit même pas en avoir connaissance.
Elle avait à peine commencé à chanter,
elle a la voix d'un ange, Watson,
qu'une chaîne d'événements vraiment surprenants me submergea,
à commencer par l'arrivée de quelqu'un que j'ai supposé être Mr Godfrey Noble.
Attendez-moi, voulez-vous.
Préparez le fiacre de votre maîtresse.
Roulez à tombeau ouvert.
Église de St Monica, route de Edgeware.
Je dois arriver là-bas au moins cinq minutes avant midi.
Cela vous laisse 20 minutes. Une demi-guinée si vous y arrivez.
C'est une femme superbe, Watson,
avec un visage pour lequel un homme pourrait mourir.
"Un visage pour lequel un homme pourrait mourir"...
Langage inhabituel chez vous, Holmes.
Une métaphore, Watson, rien d'autre.
J'allais courir après le fiacre et m'accrocher derrière
lorsqu'un second fiacre déboucha dans la rue.
Il hésita devant mon accoutrement,
mais je sautai dedans avant qu'il eût le temps de s'opposer,
lui montrai une poignée de souverains et lui en promis un
s'il arrivait à me conduire à l'église de St Monica dans les 20 minutes.
Je ne crois pas
avoir déjà été transporté aussi vite en fiacre.
Mais ils arrivèrent avant nous.
Je suis vraiment désolé, Mr Norton, mais...
Pour l'amour de Dieu, il est presque midi.
L'heure légale autorisée.
J'aurais pu demander à l'un de ces fichus ecclésiastiques,
mais je ne voyais pas de raison de leur faire connaître notre affaire
et les ai envoyés boire un coup.
Mon Dieu !
Venez ici, monsieur !
Oui, vous !
Nous n'avons plus que quelques minutes avant l'heure légale !
Venez monsieur, venez !
Tenez ça et faites ce qu'on vous dit.
Vous serez payé.
Nous avons notre témoin.
Nous pouvons procéder à la cérémonie.
Chers frères, nous sommes rassemblés ici dans la lumière de Dieu
pour unir cet homme et cette femme par les liens sacrés du mariage
honorable institution créée par Dieu du temps de l'innocence de l'homme,
nous rappelant l'union mystique entre le Christ et son Église...
Je vous ai laissé me persuader,
à présent, vous devez me laisser vous persuader.
Je vous verrai demain.
À la première heure.
Je vous aime.
Hé, vous !
Venez ici, monsieur.
Venez ici.
Godfrey, permettez.
Monsieur, je voulais vous remercier
d'avoir été si miraculeusement présent quand nous avons eu besoin de vous.
Quelle chance que soyez passé par là.
Je suis désœuvré, m'dam.
J'espère que vous accepterez ça.
Je ne veux pas de pourboire, m'dam.
Appelons plutôt ça un petit souvenir.
Elle me donna un souverain.
Le voici.
Quelle extraordinaire tournure d'événements !
Je l'accrocherai à mon bracelet de montre,
en mémoire de cette occasion.
Et ensuite ?
Au cours de la cérémonie, j'ai cru mes plans tombés à l'eau.
S'ils étaient partis immédiatement,
cela aurait nécessité de ma part les mesures plus promptes et énergiques.
Mais il retourna à l'église et elle retourna chez elle,
nous laissant ainsi un peu de temps pour agir.
Comment ?
Docteur, je vais requérir tout votre courage et votre vigilance.
J'en serais ravi !
Cela ne vous dérange pas d'enfreindre la loi ?
Pas le moins du monde.
Ni de risquer de vous faire arrêter ?
Pas pour une bonne cause.
La cause est excellente.
Alors je suis votre homme.
Splendide.
Maintenant, la... la question est...
Holmes, vous êtes remarquablement bien déguisé !
La question est : où trouver la photographie ?
La maison a été cambriolée deux fois.
Elle était trop intelligente pour eux.
C'est une femme remarquable.
Ils ont dû chercher vraiment partout.
Ils ne savaient pas comment chercher !
Et comment allez-vous chercher ?
Je ne vais pas chercher.
Alors quoi ?
Je vais la laisser me montrer.
Mais elle refusera.
Elle ne pourra pas.
Nous arrivons sur le lieu de l'action.
Nous ferions mieux de terminer à pied.
Vous connaissez les instructions.
Quand vous levez la main, j'agis.
Et nous nous retrouvons au point de rendez-vous dans 10 minutes.
La voilà.
Non, t'as pas le droit.
J'étais le premier !
C'est moi qui ai ouvert, madame.
Jamais de la vie, c'est moi !
Dégagez, vous deux !
Laissez-moi !
Ouvrir les portes des voitures est un gagne-pain comme les autres.
Tu n'empêcheras pas un homme payé un sou pour ça de le faire.
Laissez-moi passer.
Vous ! Laissez mon cocher tranquille !
Tu m'ôterais le pain de la bouche ?
Je vais te la remplir ta bouche !
S'il vous plaît, arrêtez ça, messieurs !
S'il vous plaît, je vous en supplie !
Madame, je dois vous protéger !
Maintenant arrêtez ça, vous et vous, arrêtez ça !
Arrière !
Regardez ce que vous avez fait !
Il est mort !
On bouge, les gars, avant que les flics débarquent !
Il respire encore, mais il a pris un mauvais coup.
Je suis désolé, m'dam.
Vous avez fait de votre mieux, John.
Est-il gravement blessé ?
Ce n'est que superficiel, mais il a besoin de soins rapidement.
Il ne peut pas rester allongé ici.
Emmenez-le dans la maison.
Prêt, monsieur.
Vous êtes conscient.
Grâce à Dieu, vous êtes un homme courageux.
Par ici, Willot.
Non, restez là.
Je vais m'occuper de mon ami nécessiteux.
Sir, voulez-vous me laisser regarder ?
Une femme ne doit pas voir ça.
J'ai les nerfs solides, mon cher ami.
Non, je ne peux pas le permettre.
Merci.
Un bandage.
Comme vous voulez.
Je suis soulagée que vos blessures ne soient pas sérieuses.
Ce n'est que superficiel et la commotion se dissipe.
C'est incroyable.
Madame ?
Tout ce monde ainsi rassemblé dans un petit coin si tranquille.
C'était une bande, madame.
Tout était organisé pour vous voler.
Tous ces hommes pour voler une si petite bourse ?
Non, cher ami, cela n'aurait pas suffi à les payer tous.
Ma profession m'amène à être souvent parmi les pauvres
voire même les criminels, madame.
Regardez ces gens les yeux écarquillés !
La curiosité est inconvenante, mais je crains qu'elle ne soit universelle.
Je suis désolé, je sens que je vais m'évanouir.
De l'air, j'ai besoin d'air !
Willot, la fenêtre !
De l'eau !
Avez-vous des sels aromatiques ?
Madame, je crois que ça sent la fumée.
Quoi ?
Au feu, au feu !
Il y a le feu, non ?
Madame, sortez vite d'ici !
Je m'occuperai du vieil homme !
Je ne peux pas respirer.
C'est une fausse alerte !
C'est une fausse alerte, regardez !
C'est une ruse, c'est une... dites-leur... dites-leur !
C'est une fausse alerte, vous entendez ?
Nous n'avons pas besoin des pompiers !
Qu'est-ce ?
C'est une fusée de plombier, madame. L'une de mes ouailles est plombier.
On l'enflamme par la calotte,
et ça envoie de la fumée dans les tuyaux pour voir où sont fêlures et trous.
Non, tout va bien.
Ça se dissipe rapidement.
Vous avez dit que c'était une ruse.
Qui voudrait me jouer un tour pareil ?
Un des hommes de la bande, madame.
Mais dans quel but ? Je leur ai échappé.
Vengeance.
Vengeance ?
Y a-t-il des personnes si vicieuses ?
Il y a des gens dans ce monde, madame,
pour qui la vengeance est en elle-même une récompense.
Je ne puis imaginer de tels sentiments.
J'en suis convaincu, madame.
Je me sens mieux.
Je dois partir.
S'il vous plaît, restez prendre un rafraîchissement.
L'une de mes ouailles m'attend.
Mon fiacre vous raccompagnera.
Non, l'air aidera à mon rétablissement.
Dites au moins votre nom, votre adresse.
Que je puisse vous remercier correctement.
Je ne suis qu'un humble serviteur
de la très grande Providence, madame.
Bonne nuit.
Bonne nuit.
Vous avez fait du très joli travail, Dr
Vous avez la photographie ?
Non, mais je sais où elle est.
Comment l'avez-vous découvert ?
Elle me l'a montré, comme je vous l'avais dit.
Le problème est qu'elle reste en sa possession.
Vous avez peut-être manqué votre seule chance, Holmes.
Non.
Je me rendrai là-bas tôt demain matin.
Vous allez vous rendre là-bas ?
Sous ma véritable identité et avec le Roi.
- Le Roi ? - Ainsi que vous, Watson !
Vous devez assister à l'issue de notre quête.
Je crois que, pour une fois, vous allez bien dormir.
Rien de tel que le succès pour guérir l'insomnie.
Bonne nuit, Mr Sherlock Holmes,
à vous aussi, Watson.
Mais elle ne peut pas l'aimer.
J'espère que si.
Pourquoi ?
Car cela épargnerait à votre Majesté d'avoir à craindre quelqu'ennui futur.
Si elle aime son mari, alors elle n'aime pas votre Majesté.
Et si elle n'aime pas votre Majesté,
pourquoi interférerait-elle sur son mariage ?
Mr Sherlock Holmes, je présume.
Je suis Mr Holmes.
Ma maîtresse m'avait dit que vous étiez susceptible de passer.
Elle est partie ce matin avec son mari par le train de 5 h 15
de Charing Cross pour le continent.
Elle a quitté l'Angleterre ?
Pour ne jamais revenir, sir.
Tout est perdu.
À présent, voyons cela.
Ce n'est pas celle-là !
Ce n'est pas la bonne photographie !
Vous m'entendez ?
La lettre.
Elle m'est adressée.
"Cher Mr Sherlock Holmes. Vous avez très bien joué.
"Vous m'avez bien eue.
"Avant l'alerte au feu, je n'avais eu aucun soupçon.
"Mais alors, quand j'ai réalisé que que je m'étais trahie,
"je me suis rappelée qu'on m'avait mise en garde contre vous il y a des mois.
"On m'avait dit que si le Roi employait un agent, ce serait sûrement vous.
"Toutefois, malgré cela, vous m'avez fait vous révéler ce que vous vouliez savoir.
"Alors même que la présence de tous ces gens dans la rue
"avait déclenché en mon instinct comme une alarme,
"je ne parvenais pas à penser du mal d'un si gentil et aimable vieux clerc.
"Mais, vous savez,
"j'ai moi-même eu une formation d'actrice
"et les déguisements masculins ne sont pas nouveaux pour moi.
"Oui, c'est moi qui vous ai suivi jusqu'à votre porte,
"juste pour m'assurer que vous étiez bien le célèbre Mr Sherlock Holmes.
"C'est moi qui vous ai si imprudemment souhaité bonne nuit.
"Ensuite, je suis allée à l'église retrouver mon nouveau mari.
"Nous nous étions mariés secrètement,
"au cas où nous aurions eu à quitter le pays pour échapper au Roi.
"Votre irruption dans cette affaire fut le signal pour nous échapper.
"Vous êtes un trop redoutable adversaire.
"Vous trouverez notre nid vide quand vous viendrez demain.
"Quant à la photographie, votre client peut être rassuré.
"J'aime et suis aimée par un homme meilleur que lui.
"Le Roi pourra...
"Le Roi pourra faire ce qu'il voudra
"sans avoir à redouter cet obstacle qui lui a causé tant de soucis.
"Je la garde simplement pour me protéger,
"et pour avoir une arme qui garantira toujours ma sécurité
"face à tout ce qu'il pourrait tenter."
Il y a plus.
"Je laisse une autre photographie qu'il lui plaira de posséder,
"et je reste bien à vous, cher Mr Sherlock Holmes.
"Irena Norton, née Adler."
Quelle femme !
Quelle Reine elle aurait fait !
N'est-il pas malheureux qu'elle n'ait pas été de mon rang ?
De ce que j'ai vu de la dame,
elle est en effet vraiment d'un autre rang que votre Majesté.
Je suis fort désolé d'avoir échoué dans ma mission.
Au contraire, mon cher, rien n'aurait pu avoir plus de succès.
Je sais que sa parole est inviolable.
La photographie est à présent aussi inoffensive que si on l'avait brûlée.
Je suis content que votre Majesté pense cela.
J'ai une immense dette envers vous.
Je vous en prie, dites-moi comment je pourrais m'en acquitter.
Cette bague ?
Votre Majesté possède une chose qui, pour moi, a plus de valeur encore.
Vous n'avez qu'à dire ce dont il s'agit.
Ceci.
La photographie d'Irena ?
Certainement, si vous le souhaitez.
J'ai donc l'honneur de souhaiter à votre Majesté un très bon après-midi.
Voilà comment fut évité le grand scandale menaçant le Royaume de Bohème
et comment les meilleurs plans de Mr Sherlock Holmes
furent anéantis par l'intelligence d'une femme.
Il avait l'habitude de se moquer de l'intelligence des femmes,
mais je ne l'ai plus entendu le faire depuis.
Et quand il parle d'Irena Adler, ou quand il y fait allusion,
c'est toujours sous l'honorable titre de "La Femme".
À ses yeux, elle éclipse toute la gente féminine.
Non qu'il n'eût jamais laissé paraître un quelconque signe d'amour
envers Irena Adler.
Ce type d'émotions est contraire à son esprit précis et froid.
Il ne regarde les femmes que pathologiquement,
comme sources de mobiles, d'indices.
Et aujourd'hui encore, il conserve sa photographie à part, sous clé.
Il n'existe qu'une seule femme au monde pour lui :
la belle Irena Adler de douteuse et discutable mémoire.
Traduit par Karma, relu par Loupinou. © French Team - www.frigorifix.com
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