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Il était une fois un homme qui vivait dans l'opulence,
mais qui n'avait plus d'appétit pour la vie
et qui avait renoncé à prendre soin des siens.
Permettez-moi de vous raconter son histoire.
Il gagnait beaucoup d'argent, mais une aigreur lui restait en bouche.
À force de mener cette vie douce-amère,
et trop souvent
remplie de tristesse,
son corps autrefois svelte s'était enrobé de graisse,
son cœur s'était serré,
et son ventre avait gonflé.
Au fil des années,
il avait cessé de s'épanouir,
prisonnier de la froideur de cette vie bourgeoise.
Mais au fond de lui,
il souhaitait rompre avec ce rythme inhumain,
et partir à la recherche du temps perdu.
Tel était le souhait qu'il cultivait secrètement.
Comme ce grand chef,
j'ai toujours privilégié mon travail
au détriment de ma famille.
Résultat,
je me retrouve aujourd'hui à vivre dans un hôtel capsule.
Et maintenant, commençons notre histoire,
celle de deux mondes totalement différents qui,
bien qu'opposés à maints égards,
finiront par ne faire qu'un.
Bienvenue !
Merci d'avoir patienté, installez-vous ici.
Un miso rāmen, oui.
Un miso rāmen, s'il te plaît !
RAMEN ITTETSU
Un instant, je vous prie.
Dégagez d'ici !
Sais-tu combien ma fille a souffert à cause de toi ?
Il y a tout ce que tu aimes, dedans.
Merci.
Désolé...
Le prochain train part demain matin,
à 6h20.
Demain matin.
Demain matin, demain matin...
Trop petit,
mais terriblement confortable !
Vous aussi, vous venez pour la fête des Lumières ?
Allez-y, entrez.
Pas trop chaud,
trop bon !
Ma première rencontre avec cet illustre chef
a eu lieu ce soir-là.
Je lui ai parlé de ma vie sacrifiée au travail
et des quelques misérables petits honneurs,
péniblement arrachés.
J'ai donc littéralement vidé mon sac
et le pèlerin-diabétique qu'il était
ne comprenait pas un traître mot de ce que je lui racontais,
mais quelle importance...
Car comme tous les clients qui séjournent dans cet hôtel,
nous partagions ce soir-là un moment de solitude commune.
Je n'ai pas vu ma fille depuis cinq ans.
Elle refuse de me voir,
mais comment pourrais-je lui en tenir rigueur ?
Le temps passé avec ma fille
se résumait à 37 minutes par jour en moyenne,
quand je passais 9h13 avec mes collègues et mes clients,
sans inclure le temps passé au bar avec eux.
Ce quotidien insipide m'a englouti.
La vie est si courte.
Oui,
la vie est bien trop courte.
Comme toujours,
c'est l'estomac
qui venait au secours des cœurs attristés.
Trop de sel !
Loterie perdue !
Je ferai mieux la prochaine fois...
Une minute.
- Bye-bye, "Mister Too". - Au revoir, oui !
Attendez un peu.
Une minute...
Ma carte de visite.
À bientôt !
OK, je vous en prie.
C'est automatique.
S'il vous plaît !
Laissez, c'est automatique.
Bonjour.
GALERIE TANUKI
Bienvenue !
Par ici, je vous prie.
Vous parlez anglais ?
Non, désolée ! Pas d'anglais !
Toutes nos soupes de nouilles sont pleines d'umami.
Ça, ça et ça, c'est de l'umami.
Pourquoi pas un shôyu rāmen, la recommandation du chef ?
Shôyu rāmen et comme boisson ?
Bière ? Saké ?
Un instant, s'il vous plaît.
Allô ?
Aujourd'hui,
avez-vous vu
un Français, un ami du chef ?
Effectivement,
j'ai devant moi un client français, mais...
Un instant, s'il vous plaît.
Euh... c'est pour vous.
Allô ?
Ah oui... Je vais appeler ma fille, elle parle français.
Tu en as mis du temps !
Bah...
J'allais me coucher.
Désolée... Tu peux parler à un client en français ?
Il a un problème, mais je ne comprends rien.
Je n'ai pas parlé français depuis des années.
Demande plutôt à grand-père.
Il est en cuisine,
je ne veux pas le déranger.
S'il te plaît, il a vraiment l'air perturbé.
Allez, je t'en prie.
Ça a l'air très important.
Passe-le-moi.
Oui !
Apparemment,
il voudrait discuter avec grand-père.
Pourquoi ?
Lui dire que c'était bon.
Merci, tu peux aller te coucher.
À plus tard.
Attendez, je reviens.
Victime de harcèlement sur les réseaux sociaux,
la jeune femme eut les ailes arrachées,
et ses ailes
s'échouèrent délicatement sur le sol, au son d'une triste mélodie.
De son côté,
Nino refusait d'utiliser le téléphone portable.
Avide de liberté,
il résistait au consumérisme
et au monde version 2.0.
Mais parfois,
ce genre d'idéal n'est pas à l'abri de petites contradictions.
C'est ce monsieur.
Il dit avoir énormément aimé tes rāmens.
Merci beaucoup.
On ne prend pas les cartes.
Je vous en prie,
laissez-moi vous inviter.
Ça ira, ne vous en faites pas.
Désolé...
Merci de votre gentillesse.
J'ai bien cru qu'il ne partirait jamais.
Il avait l'air déçu, le pauvre.
Ne t'inquiète pas pour lui, c'est un immense cuisinier.
Peut-être le meilleur au monde.
Mais alors, tu le connais, papa ?
Il avait terminé deuxième au concours que j'ai remporté.
Tu étais encore dans le ventre de ta mère.
On ne peut pas le laisser comme ça.
S'il est venu te voir,
ce n'est sûrement pas pour rien.
Je vais le retrouver.
Non, attends!
- Tu écoutes ? - Je suis dans le bain.
Désolée.
J'ai encore besoin de toi !
Quoi encore ?
Nous devons aider le Français !
Pourquoi ?
Je l'ai perdu.
Allô, maman ?
Je suis toujours là...
Ah ! Je crois le voir !
Fais attention.
Attendez !
Pardon.
Je suis navrée pour l'accueil de mon père.
Je vous prie de l'excuser.
Tout ce qui lui rappelle ma mère,
l'attriste et le paralyse.
Tenez.
Il veut découvrir l'umami.
C'est pourquoi il est ici.
C'est stupide, c'est une blague ?
Il trouve aussi que c'est un peu misérable.
Misérable, comme ton livre préféré ?
C'est ça.
Les Misérables, ça ne parle pas d'umami.
Bon, c'est fini ? Je suis dans mon bain.
Désolée, merci.
Ah, une dernière chose.
Dis-lui
de revenir au restaurant demain soir.
Je vais convaincre ton grand-père.
Merci, Mai.
Bonne nuit.
Sur ce,
à demain.
Après la deuxième nuit,
Gabriel n'avait qu'une angoisse,
comprendre pourquoi, en dépit de tous ses efforts,
son fils ratait la cuisine qu'on attendait de lui.
Ce matin-là, une influenceuse de renom
devait venir une nouvelle fois au restaurant faire sa critique.
Elle était supposée faire l'éloge de la nouvelle étoile
auprès de ses millions de followers
et ce à travers le monde,
mais pour l'instant, elle restait sur sa faim.
"Est-ce utile de faire ces dégustations privatives ?"
Voilà ce qu'elle commençait à se dire.
"Peut-être que ce restaurant
n'a plus l'envergure d'autrefois".
Sur Internet,
les commentaires négatifs abondaient,
et pour honorer son statut de reine des influenceuses,
elle tenait à faire une critique sans complaisance.
Non, ne touchez pas !
S'il vous plaît.
Restez assis,
il va venir vous voir après le service.
Restez tranquille, vous avez un peu trop bu.
Je t'avais dit d'ignorer ce type.
Il est juste un peu saoul.
Je m'en fous !
Je ne veux plus de lui ici. Alors dehors !
Barrez-vous !
Je te confie le service.
Papa...
Il doit être vers le parc.
Grand Park Hotel, s'il vous plaît.
Il ne va pas vomir ?
Je n'en sais rien !
Attendez ! Vous devez monter pour le surveiller !
Sinon, je ne le prends pas !
Je vois.
Bon, d'accord.
Quel bordel...
Maman, je m'occupe d'installer le jeune homme.
Je vous souhaite un bon séjour.
Si vous avez besoin de quoi que ce soit, faites-le savoir.
Vous allez où ?
- Votre ami est dans un piteux état. - Ce n'est pas mon ami.
Si ce monsieur passe la nuit tout seul,
je dois en informer la direction.
Il y a un protocole pour ce genre de situation.
C'est pour sa sécurité, vous comprenez ?
D'accord. N'appelez pas la direction.
Très bien, monsieur.
Allô !
J'ai décidé de l'aider.
Merci.
Je rentrerai en fin d'après-midi,
pour le service du soir.
Fais attention à toi.
Qu'est-ce qu'il se passe ?
Ton grand-père passe la journée avec le Français.
Tu viens m'aider au restau ?
S'il te plaît.
Il me reste deux pages, je peux finir ?
Matsuba ?
Oui, c'est moi.
Désolé de t'appeler si tôt.
J'ai un service à te demander.
S'il vous plaît.
Matsuba,
pardon pour le dérangement.
Merci de nous recevoir.
Bienvenue.
Venez, je vous attendais.
Suivez-moi.
Tetsu,
ton ami cherche quoi, au juste ?
Ce n'est pas mon ami.
C'est à peine un client.
Vraiment ?
Il cherche à percer le secret de l'umami.
Non ?
- L'umami n'a rien de secret ! - Oui, c'est drôle...
Bon appétit.
Ce sera meilleur que vos gâteaux secs.
Tenez.
Il aime.
Tant mieux.
Je dois prévenir son père qu'il est ici.
Il ne faut pas.
Bon, d'accord.
Vous êtes bien mieux comme ça.
Un peu plus jeune
et moins enrobé, j'aurais été tentée... dommage...
Bref,
ce vélo appartenait à mon père.
J'y tiens beaucoup.
Il a pédalé dessus jusqu'à ses 103 ans.
Tetsu !
Noriko !
Ah, Tetsu.
C'est lui, ton drôle de client
qui cherche l'umami ?
Absolument.
Au lieu de trouver l'umami,
vous allez choper la crève en restant là !
Allez, venez !
Suivez-moi !
Désolée pour l'attente.
Bon appétit.
Salut !
- Taya, tu as mis du temps ! - Désolée, j'ai fait au mieux.
Pourquoi tu es seule au service ?
- Ton père est malade ? - Il va bien.
Yuri, je te confie la caisse.
Yuri, range-moi ce portable,
ou tu n'auras pas d'argent de poche.
Et donc,
que se passe-t-il avec ton père ?
Rien de grave...
- Attends, tu peux porter ça à la 4. - OK.
Je t'expliquerai après le service.
Ça marche.
Ho ! Hisse !
Merci d'avoir patienté.
Bon appétit...
Bienvenue !
Vous êtes combien ?
Cinq ?
Au fond ? D'accord, asseyez-vous là-bas.
Santé !
Il a refait surface du jour au lendemain.
Je ne pouvais quand même pas l'inviter chez moi comme ça,
alors que j'étais sans nouvelles depuis des années.
Moi, j'ai de bons souvenirs avec ton père.
Ah bon ?
Pourtant, je ne me souviens pas que ce vieil alcoolique
ait été attentionné avec moi ne serait-ce qu'une fois.
Yuri,
j'aimerais que tu arrêtes de tripoter ton portable.
Tu veux que je fasse quoi ?
Pourquoi tu ne nous aiderais pas à débarrasser ?
Non mais attends, où est-ce que tu vas ?
Je vais prendre l'air.
Ici, ça pue la clope.
Élever un enfant après 40 ans, c'est une vraie galère.
Arrête !
J'ai eu ma fille à 16 ans.
La galère, je connais.
Tu n'as pas peur que Mai soit seule avec le Français ?
Ce qui me fait peur,
c'est quand elle est seule avec elle-même.
Pourtant, elle suit un traitement médicamenteux.
Ça devrait aller, non ?
Les psys et les médocs n'ont aucun effet.
Son salopard d'ex s'est vengé en balançant des photos d'elle nue,
ça l'a détruite.
Pour oublier, elle a besoin de voir autre chose.
Ça a été comme un viol.
Elle se sent sale...
Elle va s'en sortir.
C'est une guerrière.
Bon, assez parlé de moi.
Tu devrais reprendre contact avec ton père.
Taya, appel entrant
Félicitations ! Une boisson offerte !
Alors, c'est lui, votre vieil ami qui cherche à découvrir
le secret de l'umami ?
Oui, maître Gô.
Hum... L'umami, hein...
Toutes vos papilles sont en alerte.
L'acide, l'amer, le sucré, le salé
célèbrent l'union sacrée des saveurs.
Une bouchée en appelle une autre.
Sentez l'intarissable désir
d'un émerveillement toujours plus grand
et qui s'empare de tout votre être et vous embrase !
Vous l'aurez compris,
c'est comme le sexe !
Oh !
"Mister Too" !
Je suis moi aussi heureux de vous voir !
... je meurs de faim !
Ma petite Fumi.
Mais quelle bonne surprise !
Installez-vous dans le fond.
Voilà qui est très bien.
C'est donc ici que notre arrogant chef
réalise qu'il est inutile de vouloir décrocher la lune
alors qu'une étoile brille déjà en chacun de nous.
Ce sera désormais, "le premier jour du reste de sa vie..."
Santé !
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