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Les archiduchesses.
Première position.
Le dos bien droit. Musique !
Prague 1723
Le dos bien droit.
Attendez !
Un tour sur vous-mêmes.
- Arrêtez. - Relevez-vous.
Relevez-vous.
Que fait une jeune femme distinguée par terre ?
Je ne sais pas danser.
Mais si, voyons.
MARIE-THÉRÈSE D'AUTRICHE PREMIÈRE PARTIE
Monsieur le duc, dites-moi !
- Voulez-vous m'épouser ? - Moi ?
Vous régnerez un jour et je devrai vous couronner.
Les femmes ne règnent pas. Mon frère sera souverain.
Vous avez un frère ?
Pas encore, mais Dieu nous l'enverra.
Le Seigneur nous l'enverra quand Il sera prêt.
N'est-ce pas, mon Père ?
Allons-y...
9 ans plus tard
Encore une fois.
Merci, Majesté.
Ce n'est pas indiqué, Votre Majesté.
C'est un remède
et je suis une patiente exemplaire.
Sans conteste, mais...
L'empereur veut-il...
un héritier mâle, oui ou non ?
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Présentez-lui les tableaux.
Dr Bassand, qu'est-ce qui ne peut attendre demain matin ?
Pardonnez-moi. Vous vouliez être informé...
L'impératrice attend un heureux événement ?
- Non. - Que se passe-t-il ?
Je crains fort que tout espoir ne soit perdu.
L'empereur vit pourtant à ses côtés.
En effet, cependant...
Son foie est...
Quel rapport entre un foie et un héritier du trône ?
Le remède prescrit par mon prédécesseur...
Ne soigne rien. Ce n'est que de l'alcool.
C'est un fait.
Le foie de Sa Majesté est dur.
Et si vous ajoutez à cela son âge béni de 41 ans...
Sans héritier mâle, Marie-Thérèse accèdera au trône.
Nous savons que son époux régnera à sa place
et cela pourrait bien être un certain duc de Lorraine.
Notre pays a besoin d'un souverain fort.
Combien de soldats obéissent au roi de Prusse ?
80 000.
Ce Lorrain n'est pas maître de son propre entrejambe, paraît-il.
Un tel personnage nous protègerait des Prussiens et des Ottomans ?
Nous avons besoin d'un Habsbourg.
Que comptez-vous faire, Dr Bassand ?
La science a ses limites. Je ne suis que médecin.
Médecin personnel de l'impératrice.
Une place de choix !
Ce serait fâcheux de vous perdre.
Assurément.
Cette place m'a coûté très cher.
Alors faites preuve d'imagination.
Sauf votre respect,
vous devriez vous tourner vers le père Kampmüller.
Pourquoi donc ?
Car vous exigez un miracle.
Elle dort. Joignez-vous à mes prières, Pr Spannagel,
afin qu'elle offre un fils à l'Autriche, un héritier.
Et si nos prières n'étaient pas exaucées ?
Ne devrions-nous pas préparer Marie-Thérèse à régner ?
Vous opposez-vous à la volonté de Dieu ?
Une femme sur le trône ? Impossible.
Mon cher Spannagel.
Votre Altesse impériale.
Je vous ai apporté un nouveau Racine.
La distraction que vous demandez.
Quelle délicate attention.
Le Pr Spannagel et moi-même avons un différend.
Il souhaite parfaire l'éducation de votre première-née.
C'est absurde.
À quoi bon posséder tout ce savoir ?
Si nous savions tout sur tout,
la vie deviendrait insupportable.
Heureux les simples d'esprit.
Vous avez raison.
Seule la foi rend heureux.
Marie doit donner des enfants aux États héréditaires.
Le Seigneur est à ses côtés.
Il me tarde d'arriver à la cour.
Nous allons nous divertir avec ces dames.
Nous allons à Vienne pour l'archiduchesse.
Les Habsbourg ne transigent pas avec l'étiquette.
Rien à voir avec Prague.
Quel dommage.
Ne sous-estimez pas le charme de Marie-Thérèse.
Comment se mesure le charme d'une archiduchesse ?
À la taille de son royaume ?
Oui, ou à celle de l'armée.
Je ne suis pas présentable !
Regarde.
C'est la mode de chez eux.
Le style à la française !
On voit presque...
Justement, Anne.
Voici à quoi doit ressembler un décolleté.
Tiens-moi ça.
Marie, Anne !
Avez-vous perdu l'esprit ?
Que faites-vous ?
J'ai l'air d'une nonne.
Les vertus d'une jeune fille sont la chasteté et la modestie.
Et...
une robe raffinée.
Comme c'est joli !
Assez de simagrées. Vous devez étudier.
Nous trions des robes pour en faire don aux pauvres.
Vous mentez.
Allez vous recueillir à la chapelle, toutes les deux.
Nous allons dîner.
Ces demoiselles jeûnent aujourd'hui.
J'ai vu dans vos yeux la coquetterie et le désir.
L'Église ne tolère pas certaines choses.
L'arrivée imminente du duc de Lorraine
mettra à l'épreuve votre foi en l'Église et en votre pays.
Ne l'oubliez pas, Marie.
Vienne
Charles VI s'est fait construire un palais
depuis ma dernière visite.
Ce n'est pas à l'empereur.
C'est le Belvédère,
la résidence d'été d'Eugène de Savoie.
C'est une plaisanterie ?
C'est plus somptueux que la Hofburg.
Le prince Eugène est si influent que l'empereur lui-même le craint.
Dois-je jouer les échansons du banquet ?
Un honneur.
Réservé aux nobles de haut rang.
Une tradition séculaire.
Une aberration.
Vous servirez Marie-Thérèse en personne.
Espérons qu'elle ait appris à danser.
Sa Majesté Charles VI,
empereur romain germanique,
archiduc d'Autriche,
souverain des États héréditaires des Habsbourg,
roi de Bohême,
roi de Naples,
roi de Sicile,
accueille ses sujets à la table impériale.
Mangez et buvez, et faites honneur à l'empereur.
Les archiduchesses, Marie-Thérèse et Marie-Anne,
vont interpréter une opérette.
Vous chantez divinement.
Oui, cela me convient.
Je chante à la gloire de Dieu.
Dans les jardins du château de Prague...
Oui, un instant de faiblesse.
J'en remercie encore le ciel.
J'ai vivement espéré vous reprendre dans mes bras.
C'est inutile.
Je pourrais sentir vos cheveux et effleurer votre nuque.
Cessez vos obscénités.
Le désir n'est pas répréhensible, mon ange.
Appelez-moi Marie-Thérèse.
Marie, celle qui chante si joliment à la gloire de Dieu ?
Oui, au nom de ma patronne, sainte Marie,
qui porta tous ses fardeaux avec bravoure.
Car elle résista au désir charnel ?
Pardonnez-moi.
Il semblerait que la familiarité française
ne convienne pas à la cour d'Autriche.
Beaucoup de choses diffèrent de l'Europe moderne.
Ici, c'est l'intrigue qui donne le ton.
Vous devriez sans doute partir.
Pourquoi cela ?
Vous n'avez plus personne à servir.
François, je vous ai attendu si longtemps !
Je n'ai cessé de penser à vous !
Je vous croyais absorbée par la prière.
J'ai placé votre portait chaque nuit sous mon oreiller.
Vous en souvenez-vous ?
Vous me l'aviez offert pour mon 12e anniversaire.
Et notre danse dans le parc du château de Prague ?
Ma présence dans la garde-robe des dames est inconvenante.
Ai-je dit une bêtise ?
Non, aucunement.
Ne devrions-nous pas respecter le protocole ?
Voyons-nous ce soir ou demain...
Marie ?
Que se passe-t-il, Dieu du ciel ?
François m'aide à me changer.
Venez.
Revenez à la raison, Altesse,
si elle n'a pas déjà perdu la sienne par votre faute.
Partez, de grâce.
Ils se sont vus en secret.
Marie et le Lorrain !
Voilà ce qui vous met hors d'haleine, mon cher abbé ?
Si le Seigneur n'exauce pas mes prières,
ce duc sera notre régent.
Non, en aucun cas.
En aucun cas ?
Non.
Avez-vous trouvé un autre fiancé pour Marie ?
Bien.
Parlez. Qui est-ce ?
Un homme qui nous épargnera la guerre contre la Prusse.
À tout jamais.
Non...
Vous savez qu'il se dit...
que le prince héritier Frédéric
préfèrerait les hommes dans son lit.
Il est des délits plus graves.
Il est protestant.
Vous êtes un fidèle serviteur de l'empire.
Oui, évidemment, mais...
Priez pour que le protestant accepte.
Messager !
À l'attention de l'ambassadeur de Prusse.
Bonjour.
Qu'a donc déclenché mon rossignol, hier ?
Rien. Pourquoi ?
Ce n'est pas ce qui se dit à la cour.
François est allé la voir.
Nous nous aimons.
Seigneur, mon enfant !
Qui se soucie de l'amour ?
Courtiser relève de la politique.
Mais je vais l'épouser. N'est-ce pas ?
C'est entendu.
Ne t'inquiète pas de l'avenir. C'est mon rôle.
Tout ira bien.
L'homme en gris, ne le laissez pas passer.
Laissez-moi passer.
Sa Majesté m'a demandé.
Avec une fille aussi hardie,
Votre Majesté doit manquer de sommeil.
Le mariage l'assagira.
Je vous rejoins entièrement.
Nous allons nous mettre en quête d'un fiancé pour Marie-Thérèse.
- Mon choix est déjà fait. - Ah oui ?
Nous allons négocier avec le Lorrain.
Nous l'avons promis depuis l'enfance.
Sauf votre respect, Majesté...
François-Étienne ne ferait-il pas un époux trop faible ?
C'est l'idée.
Il ne doit pas éclipser mon fils quand il me remplacera.
Cela m'ôte d'un grand poids.
Ce n'étaient que des cancans.
Quels cancans ?
Rien, des balivernes.
Votre Altesse dit
que les rumeurs sont faites pour être ignorées.
Je dois connaître la rumeur pour pouvoir l'ignorer.
Alors ? Quels sont ces cancans ?
Il se murmure à la cour
qu'il n'y aura plus d'héritier mâle du trône.
Balivernes !
Qui raconte cela ?
Le médecin de l'impératrice.
Amenez-moi le médecin.
Sur-le-champ !
Comment osez-vous affirmer cela ?
Êtes-vous Dieu ?
Vous croyez-vous au-dessus du Tout-Puissant ?
Dieu seul décide s'Il veut me donner un fils.
Pourquoi colporter de tels mensonges ?
Le remède prescrit à l'impératrice par mon prédécesseur
est fortement alcoolisé.
Oui. Poursuivez.
Il a hélas beaucoup affaibli l'organisme de l'impératrice.
Alors faites quelque chose.
Changez son remède, faites-lui une saignée.
Le médecin, c'est vous !
À quoi servez-vous ?
Je crains, Majesté,
qu'une saignée n'y change rien.
L'impératrice, Majesté, est...
trop vieille.
Je suis navré, Majesté.
Sortez.
Dehors !
Ne vous inquiétez pas, Majesté.
Nous trouverons à Marie-Thérèse un époux qui régnera
comme l'aurait fait votre propre fils.
Je lui ai promis François-Étienne.
Je le sais.
Mais nous devons nous adapter.
Non.
Le Lorrain sur le trône
ferait figure d'un faon appâtant les prédateurs.
Les Prussiens, les Hongrois, les Ottomans nous anéantiraient.
Elle en aura le cœur brisé.
Mieux vaut le cœur que la nuque.
Vous savez le sort réservé aux souveraines d'un pays vaincu.
Je crains qu'il n'y ait plus de compromis possible, mais...
Mais je vous promets,
si vous m'accordez votre confiance, de me vouer corps et âme
pour vous trouver un gendre
qui saura protéger votre fille et l'empire.
Mon époux, je ne vous attendais pas.
Dois-je m'allonger ?
Vite, apportez les tableaux.
Dépêchez !
Sortez !
M'accorderiez-vous une danse ?
- Sans musique ? - Ne l'entendez-vous pas ?
À l'intérieur ?
Monsieur le duc !
Vous devez vous consacrer à d'autres obligations.
Sauf votre respect, Majesté,
quoi de plus important qu'une danse avec Son Altesse ?
Les préparatifs pour votre départ.
Le duc ne peut délaisser son pays trop longtemps.
Votre Majesté impériale.
Votre Altesse.
Papa ?
Pas maintenant. Pas un mot.
Le maréchal von Grumbkow arrive de Prusse.
Merci. Laissez-nous seuls.
- Votre Altesse ! - Mon ami !
M'apportez-vous de bonnes nouvelles ?
Frédéric-Guillaume est enchanté.
Si le plan se concrétise, vous serez grandement récompensé.
Et je l'admets, moi aussi.
Un homme de mon âge sait se contenter de peu.
Savoir l'empire en sécurité me suffit.
Vous placez l'intérêt de l'empire avant le vôtre ?
Je commence à m'inquiéter pour vous.
N'en faites rien.
Dites-moi plutôt ce que pense le prince de cette union.
Il est ravi.
Je suppose.
Il ne sait rien, en somme.
Tôt ou tard, son père lui annoncera la bonne nouvelle.
Un verre de tokay ?
Les États héréditaires autrichiens et la Prusse...
Buvons à cette alliance.
Imaginez.
Les Russes, les Anglais et les Français
perdraient toute influence.
Des acteurs mineurs dans une Europe redessinée.
Avant de négocier un mariage
entre le prince Frédéric et Marie-Thérèse,
je dois être certain d'arriver à mes fins.
Doutez-vous de mon influence ?
L'archiduchesse ferait preuve d'un certain orgueil, paraît-il.
C'est ce qu'il se dit.
Marie-Thérèse est dévouée
à l'empereur, à l'Église et à l'empire.
Bien entendu.
Frédéric-Guillaume n'aime pas se ridiculiser.
Si le plan venait à échouer,
sa vengeance serait terrible.
Il est au courant ?
Tu sors par la fenêtre.
Un carrosse t'attend et François te rejoindra.
Anne, merci. Prie pour moi.
Je vous ai mise en garde.
L'œil de Dieu voit tout.
Montez, Monsieur le duc. Il y a un courant d'air.
Surpris ?
À vrai dire, non.
Je vais être franc avec vous.
Je n'ai pas les mêmes intérêts que l'empereur.
Il se soucie de la gloire éternelle des Habsbourg,
et moi, de l'Autriche.
Je donnerais la couronne aux Tatars
si ce pays devenait intouchable pour les 50 années à venir.
Comprenez-vous ?
Vous pourriez être accusé de haute trahison, Altesse.
Vous ne me dénoncerez pas.
Vous êtes un bon garçon.
Et vous êtes amoureux. Quelle erreur.
Ce n'est pas la seule, mais c'est la plus grave.
Vous ignorez tout de moi.
Un jour, vous serez un époux et un père formidable,
ainsi qu'un excellent intendant.
Mais vous ne ferez jamais un grand guerrier.
Vous n'êtes pas en mesure de vous imposer.
Je peux tout de même épouser Marie-Thérèse.
Hélas, c'est impossible.
Mais dans un an ou deux,
je vous donnerai sa sœur Anne.
Plaît-il ?
Ce n'est pas difficile à comprendre.
Ce mariage vous permettra de voir Marie-Thérèse quand vous voudrez.
Vous n'aurez plus à vous cacher dans la garde-robe des dames.
Votre père sera ravi
de vous voir revenir avec une princesse Habsbourg.
Elle peut bien s'appeler Marie-Thérèse ou Anne.
Quant à l'amour, ce sera votre affaire.
Mais Thérèse...
Si vous l'aimez sincèrement,
mon ami...
souhaitez-lui un époux
qui ne laissera pas son pays se faire piller.
Dans mon dos.
Contre le protocole !
Pardonnez-moi, Majesté.
Tu épouseras celui que nous te choisirons.
François-Étienne de Lorraine épousera Anne.
Il n'acceptera jamais.
Il a donné son accord.
François, ce n'est pas ce que tu souhaites.
Peu importe ce que nous souhaitons.
Nous ne sommes que des pions, ne le vois-tu pas ?
Viens, mon enfant. Tout ceci sera bientôt oublié.
Ce n'est qu'un homme.
La personne à tes côtés finit par ne plus compter.
On s'habitue à tout.
Nous sommes faits l'un pour l'autre et personne ne comprend !
Marie !
Tu es trop orgueilleuse.
Il faut se résigner à certaines choses.
Ce sera lui et personne d'autre.
Je vote pour l'Espagnol, Don Carlos.
Nous nous mettrons à dos l'Angleterre.
Le prince de Saxe serait un bon choix.
Un souverain qui porte des langes !
Et la Saxe est sans le sou, comme la Lorraine. Mauvais choix.
Cette alliance nous ruinerait.
C'est ce que je dis !
Et vous, Prince, vous ne dites rien ?
Il y a trois possibilités, Votre Majesté.
Dès que ces seigneurs auront retrouvé leur calme,
ils partageront cet avis.
Du calme, je vous prie.
Nous écoutons.
L'infant d'Espagne.
Trop jeune.
Le prince-électeur de Wittelsbach.
On le dit diminué par l'âge.
Il doit donner des héritiers mâles à l'empire.
Mauvais choix.
Nul n'est parfait, cher comte.
Un vieillard et un enfant.
N'avez-vous rien de mieux ?
Le prince Frédéric, l'héritier du trône de Prusse.
Un protestant ?
L'heure n'est pas à la plaisanterie.
Et leurs négociations avec les Brunswick-Wolfenbüttel ?
Elles sont suspendues.
La France et l'Angleterre ne le toléreront pas.
Un pacte avec la Prusse apportera une chose :
la guerre.
Oui.
Mais avec Frédéric, nous pouvons la gagner.
Mon remède !
De la piquette.
Votre Altesse impériale.
Le compositeur de la cour a terminé.
Répète ce morceau pour dimanche,
en l'honneur des envoyés prussiens.
Vous avez là un sérieux prétendant.
Le prince Frédéric de Prusse.
La cour de Berlin confirme qu'il s'intéresse à toi.
Ce n'est pas réciproque.
Si la volonté de Dieu est que tu me succèdes,
il faudra quelqu'un de fort sur le trône.
Si c'est la volonté de Dieu, Il me dotera de votre force.
Ah oui ?
Combien d'impôts percevons-nous chaque année ?
Combien pèse notre armée ?
- Les ministres me le diront. - Les ministres !
Que pense la Bavière des États héréditaires ?
Que revendique la France ?
As-tu une réponse ?
Elle doit se marier, pas partir en guerre.
Tout juste. Elle va épouser le Prussien.
Et lui donner un fils avant d'être une bonne à rien comme vous.
Apprends ces notes !
Fais bonne impression.
Magnifique, Votre Altesse sérénissime.
Imaginez une flûte,
quel merveilleux duo.
Le prince héritier Frédéric est un flûtiste remarquable.
Sa Majesté Frédéric-Guillaume n'est pas un fin musicien,
paraît-il.
Il aurait châtié le prince pour son jeu à la flûte.
Le prince s'était exercé en secret.
- Un châtiment mérité. - Étrange...
Les parents sont si cruels avec leurs enfants.
Quand c'est pour leur bien.
Devant tant de bienfaits, le prince a voulu fuir en Angleterre.
Que voulez-vous dire ?
Puis Frédéric-Guillaume
aurait fait décapiter le meilleur ami du prince,
qui a dû assister à l'exécution.
Un châtiment mérité, n'est-ce pas ?
- Marie-Thérèse ! - Altesse.
Vous interférez dans les affaires d'une maison étrangère.
Elle ne me sera bientôt plus étrangère,
mais une telle cruauté me sera toujours étrangère.
Devrai-je épouser une cour aussi barbare ?
Silence.
Pardonnez-moi, maréchal.
Est-ce là votre position sur la cour de Prusse ?
- Bien sûr que non. - Vous pouvez l'en informer.
Ceci est ma position.
Les appartements de l'empereur vous sont interdits.
Vous êtes priée de partir, Altesse.
Je dois lui parler.
Sa Majesté n'en voit pas la raison.
- Je suis sa fille. J'ai le droit. - Non.
Tu as perdu ce droit.
Tu as offensé l'émissaire.
Tu as fait les yeux doux au Lorrain et craché au visage de Frédéric.
Bientôt, l'Europe tout entière le saura.
Tu ne sers à rien.
- Mais mère, je... - Plus personne ne t'épousera !
Tu es inutile,
tout comme moi.
Je suis prête à me repentir et à accepter mon châtiment,
mais vivre sans François,
c'est impossible.
Vous êtes d'un tel égoïsme, Altesse,
alors qu'il en va de la paix en Europe.
Anne assurera la paix.
Votre sœur est la puînée.
Néanmoins, si vous lui laissez la place...
Devrai-je me donner la mort ?
Seigneur, non !
Vous pourriez vouer votre vie et votre amour au Créateur.
Entrez au couvent et laissez la place à votre sœur.
L'empire a besoin d'une main ferme
et le duc de Lorraine ne l'a pas,
quoi que l'on pense de lui.
- Ne puis-je pas être forte ? - Vous êtes une enfant.
Pire encore, une femme.
Regardez-vous.
Voyez-vous une souveraine ?
Servez votre empire et entrez au couvent.
Je dois vous prévenir.
Pour les Jésuites, il n'est pas de mise
qu'une femme étudie l'art de gouverner.
Pour les Jésuites, il est de mise
qu'une femme prie, enfante et serve l'homme.
Ne prenez pas cela à la légère, Altesse.
Si on trouve ces livres, on vous accusera d'hérésie.
Et vous, Spannagel, qui me les avez donnés ?
Je suis un vieil homme.
Mais vous, réfléchissez bien aux risques que vous encourez.
Par où commence-t-on ?
Les plus grands dirigeants de l'histoire.
Une lecture obligatoire pour tout souverain.
L'apprentissage sera-t-il long ?
Pour les fondamentaux, un an.
Plutôt deux.
Plutôt trois mois.
La France voulait voir Stanislas Leszczynski
sur le trône de Pologne
et provoqua la guerre avec le Saint Empire romain.
Le candidat de Sa Majesté votre père impérial
était le prince-électeur de Saxe,
qui règne aujourd'hui en tant qu'Auguste III.
Pourquoi dois-je savoir tout cela ?
Altesse, Machiavel a écrit :
"Un bon souverain doit acquérir un savoir
"et en user sans scrupules."
Un bon souverain doit être charitable.
Le prince Eugène de Savoie est un admirateur de Machiavel.
Il achète ses amis, et ceux qui ne sont pas à vendre
deviennent ses ennemis.
Et vous, Spannagel, admirez-vous Machiavel ?
Vous aussi agissez par intérêt et fuyez le danger.
Altesse, si je peux faire de vous une vraie souveraine,
cela donnera un sens à ma vie futile.
J'agis par intérêt.
Leszczynski rencontra, pour la Confédération lituanienne,
le roi de Suède, qui lui promit la couronne.
Bien !
En 1713,
l'Angleterre signa, avec les alliés habsbourgeois,
le traité d'Utrecht avec la France,
reconnaissant Philippe d'Anjou comme héritier du trône d'Espagne.
Je suis ravie de pouvoir rester ignorante.
Anne, tu es la plus intelligente des jeunes filles.
Je t'aime.
Cela ne se dit pas.
C'est contraire au protocole.
"Le protocole est le fondement du cérémoniel de la cour."
Le traité de Rastatt mit fin
à la guerre de Succession d'Espagne en 1716.
En 1714.
En 1714.
Pour compenser la perte du trône espagnol,
l'Autriche acquit les Pays-Bas espagnols, la Sardaigne,
les duchés de Milan et de Mantoue,
- la Lombardie... - Mais encore ?
Florence ?
Le royaume de Naples !
Comment régner sans savoir sur quoi on règne ?
Il y en a tellement !
Oui, beaucoup.
C'est votre empire.
Poursuivez.
Les troupes impériales
- furent en guerre en 1716. - Jusqu'en ?
- 1718. - Poursuivez.
Dirigées par Eugène de Savoie,
qui les fit triompher contre les Ottomans.
Marie !
Marie !
Que faites-vous ici ?
Un cadeau pour Sa Majesté mon père.
Nous brodons une scène de chasse.
Pour réchauffer son cœur.
Je vous conseille vivement d'obtempérer.
À moins que vous ne vouliez entrer au couvent contre votre gré.
Allons, poursuivons.
Je n'en peux plus.
En ce moment même, Sa Majesté
négocie avec les émissaires hongrois.
La Hongrie a pris conscience des difficultés des Habsbourg
et convoite désormais le trône.
Mais ils se sont engagés à reconnaître une héritière femme.
Exact.
Comment se nomme ce document ?
La Pragmatique Sanction.
Alors récitez-la de mémoire,
et incluez les signataires.
Écoutez bien, Altesse.
Majesté, vous savez certainement
que le paragraphe sur la succession de votre fille
s'est glissé dans la Pragmatique Sanction.
L'émissaire hongrois aurait signé un document
sans l'avoir lu au préalable ?
Accuseriez-vous un compatriote ?
Monsieur le comte !
Il nous faut la main ferme d'un homme.
Sans cela, les forces séparatistes en Hongrie vont s'étendre.
Des paroles fortes !
Le pays aura son héritier mâle. L'impératrice...
se prépare à un pèlerinage pour implorer la Sainte Vierge.
Votre Altesse, permettez-moi de vous adresser mes compliments.
Permettez.
- Que sont ces textes ? - Des poèmes.
J'aimerais les lire.
Et vous êtes ?
Votre nom m'a échappé quand vous vous êtes présenté.
Alors écoutez bien.
Esterházy, Nicolas.
Descendant direct d'une grande lignée hongroise.
Un conseil : efforcez-vous d'être plus qu'un descendant.
Une lecture intéressante ?
Des poèmes.
De simples... poèmes.
N'avez-vous pas égaré quelque chose ?
Merci, très aimable à vous.
Que voulez-vous ?
Votre compagnie dans l'orangerie,
mais sans cette affreuse dame d'honneur.
Quelle inconvenance.
Et ceci ?
Est-ce convenable ?
Plus qu'une conversation ennuyeuse dans l'orangerie.
Allons-y.
Vous prétendez que Marie-Thérèse ne se prépare pas à régner ?
Malgré toute mon estime pour la princesse,
cette idée est grotesque.
Ah oui ?
Pourquoi apporter des documents sur le parlement hongrois
dans ses appartements ?
Nos filles vont à la bibliothèque pour leurs travaux d'aiguille
et pour y réciter des textes bibliques.
- Vérifiez donc vous-même. - Nicolas, à quoi joues-tu ?
Comment osez-vous parler ainsi à l'impératrice ?
Si je fais erreur,
je vous présente mes plus humbles excuses.
Je peux vous expliquer.
Je peux vous expliquer.
Les Prussiens s'arment...
La Bavière a des ambitions territoriales...
La France...
Il est l'heure, mon enfant.
Es-tu prête à accepter ton châtiment ?
Je le suis.
Je ne mérite ni votre amour ni votre pardon, Votre Majesté.
As-tu conscience de mon embarras quant aux États héréditaires ?
Oui.
J'en ai conscience.
La France, l'ennemie jurée, se renforce.
La Bavière a des ambitions territoriales.
Les Prussiens s'arment.
Et la Hongrie est imprévisible.
Notre situation est précaire.
Et vous, Monsieur le prince, vouliez assurer la sécurité du pays,
et j'ai tout fait échouer par...
mon comportement immature et orgueilleux.
J'implore humblement votre pardon.
Le duc de Lorraine est sûrement de cet avis.
Il donnerait cher pour nous aider dans cette situation difficile
et pour regagner vos faveurs.
Par exemple, il renoncerait à son pays.
Plaît-il ?
Que diable nous apporterait la Lorraine ?
À nous, rien. En effet, Monsieur le prince.
Mais la France a des revendications sur la Lorraine.
Si nous l'aidions sur ce point,
nous obtiendrions sûrement une contrepartie.
Par exemple...
Reconnaître la Pragmatique Sanction.
Par exemple.
Si François-Étienne donne la Lorraine,
il sera un duc sans duché !
Mais il recevra la Toscane,
avec notre soutien et celui de la France.
Sans oublier votre main, si je comprends bien.
Ainsi, ce mariage ne menacerait pas les rapports de force en Europe.
Nous oublions le principal intéressé.
Pourquoi se contenterait-il de votre main
et du soleil de Toscane ?
Grâce à mon amour et la foi en Dieu, Monsieur le prince.
Le conseil impérial étudiera la proposition demain.
Sauf votre respect, Votre Majesté, est-ce bien judicieux ?
Il a raison. Ce n'est pas judicieux.
Cela est plus judicieux...
que d'envoyer ma fille au couvent.
Spannagel !
Oui ?
Vous avez tout gâché. Le savez-vous ?
M'avez-vous fait venir pour me narguer avant l'exécution ?
Vous êtes libre.
L'exécution est annulée.
François-Étienne a été rappelé à la Hofburg.
Vraiment ?
Votre sourire est mal venu, Spannagel.
Vous avez précipité le pays
dans un malheur qui va coûter bien des vies.
Ne sous-estimez pas Marie-Thérèse. Elle saura régner.
Vous en avez fait un singe savant
qui répète des formules politiques.
Pensez-vous que cela en fera une bonne impératrice ?
Saura-t-elle contenir les Hongrois et résister aux Prussiens ?
Vous avez sauvé votre tête,
mais en menant l'empire tout entier à l'échafaud.
Que Dieu vous pardonne.
- Monte dans le carrosse ! - Non !
Quatre jours à cheval, tu es...
Courageux ?
En sueur.
À côté de ma mère,
j'aurais l'air d'un enfant qui va à sa confirmation.
Où crois-tu aller, mon fils adoré ?
La chasse anniversaire approche.
Il faut des participants.
Il y en a à la cour de Vienne.
Eh bien, je suis lettré, très charmant,
je sais faire de beaux discours et en outre,
c'est peut-être une réparation après mon éviction de la cour.
Alors pourquoi m'inviter ?
Altesse.
Permettez-moi d'être indiscret. Où est l'archiduchesse ?
Le fiancé ne peut voir sa promise avant la publication des bans.
Si je puis me permettre, jeune homme,
qui est ce fiancé ?
On m'a informé que votre fils
a demandé la main de Marie-Thérèse.
Mon cher fils, bienvenue.
Savez-vous que je vous ai remarqué avant ma fille ?
Vous aviez 15 ans.
Mais avec votre fusil, à la chasse,
vous étiez plus adroit que tous les comtes réunis.
J'ai prié Dieu de m'envoyer un fils comme vous.
Je n'avais pas l'impression
d'être le bienvenu dans votre famille.
Vous contempler m'a rappelé
que je ne pouvais avoir un héritier mâle.
Voilà tout.
Je sais aujourd'hui que je peux avoir mieux,
un petit-fils de votre sang.
Il sera adroit au fusil
comme son père et un grand souverain comme moi.
Il perpétuera la gloire de nos deux maisons.
M'offrez-vous la main de Marie-Thérèse ?
Si votre représentant entame les négociations, il réussira.
- Et les conditions ? - Plaît-il ?
Vous posez sûrement une condition.
Aucune condition.
Un simple acte d'humilité,
François.
Nous devrons nous passer de la Lorraine.
Que voulez-vous dire ?
Vous allez céder la Lorraine à la France.
Et la France
ne s'opposera pas à l'union de nos deux maisons.
La paix sera préservée, François,
avec ma reconnaissance éternelle.
Vous n'êtes pas sérieux ?
Je devrais donner mon pays aux Français ?
En échange du duché de Toscane et de la main de ma fille.
C'est de la folie !
La France convoite votre pays depuis longtemps.
Elle l'envahira tôt ou tard.
Épargnez à votre peuple une guerre sanglante.
Je devrais me rendre sans me battre ?
Ceci est un triomphe.
Pas une défaite.
L'Europe va connaître un nouvel ordre,
et la maison de Habsbourg en sortira victorieuse.
Dans ces conditions, je dois décliner, Majesté.
Vous brisez le cœur de ma fille.
Sa décision est prise.
Tout dépend de vous.
J'avais presque oublié ta beauté.
Le duc était trop occupé à gouverner
pour penser à ma modeste personne.
Détournez-vous, Monsieur le duc.
Faites mine d'observer les oiseaux.
Bien.
J'hypnotise ce paon, là-bas. Cela vous convient-il ?
Charles m'offre la main de Thérèse.
Mes prières ont été exaucées.
Peux-tu parler normalement ?
Vous disiez qu'une entrevue privée était contre le protocole.
Vous aviez raison.
Pardonnez-moi, Altesse.
Je suis navré de vous laisser ainsi seul au jardin.
Puis-je vous présenter aux comtes Steiner et Boehm ?
C'est un honneur de vous accompagner.
Votre Altesse,
Mademoiselle de Chartres est ici.
Qu'on m'habille.
Allez, ma veste, ma perruque !
Ou dois-je me présenter à une dame en cadavre vivant ?
Allons, dépêchez-vous !
La veste.
Toison d'or.
Canne.
Qu'avez-vous manigancé pour mon fils, vieux renard ?
François-Étienne doit jouer les idiots utiles ?
Ce sont vos mots, mademoiselle, mais je n'aurais pas dit mieux.
J'ai sauvé la Lorraine, autrefois,
et mon fils devrait en faire cadeau aux Bourbons ?
La duchesse la plus belle et la plus avisée de ce siècle.
Du siècle dernier.
Parlez-moi franchement, vieux flatteur.
L'empereur Charles n'imagine pas que mon fils
régnera un jour sur les États héréditaires.
Mes compliments, mademoiselle. Vous êtes perspicace.
Seuls son épouse et ses enfants prétendront au trône, hélas.
Eh bien, l'union que vous désirez n'aura pas lieu, hélas.
Nous ne donnerons pas la Lorraine.
Vous voyez, docteur, il ne faut jamais renoncer.
Sais-tu ce que j'ai sacrifié pour la Lorraine ?
Moi, fille de France, ai dû épouser le duc de Lorraine
et donner un million de livres à ce maudit pays.
Je sais, maman.
Si tu l'épouses, toute ta vie tu seras le chevalier Sans-Avoir
et tu seras méprisé.
Et s'il lui arrive malheur,
ils te reprendront aussi cette satanée Toscane !
Altesses, vous êtes là.
Le tailleur impérial vous prie de le recevoir.
As-tu enfin compris ?
Compagnon de chasse... Tu es leur proie.
La demoiselle t'abat, son père te dépèce
et ils te jettent en pâture aux Français !
La chasse n'est plus une priorité.
À la cour d'Espagne,
les nobles aux trois premiers rangs portent du noir lors d'une union.
Très cher, croyez-moi,
si d'aventure ce mariage devait avoir lieu,
on me sera passé sur le corps.
Dans ce cas, vous pourrez vous vêtir de noir à votre guise.
Les mariés y compris.
Par ici, je vous prie.
Alors ?
A-t-il donné son consentement ?
Non.
Il ne veut pas de moi !
Tu peux te poignarder comme la Juliette de Shakespeare.
Pourquoi avez-vous manqué la première messe ?
Je me sentais mal.
Êtes-vous...
Non !
Non, mon époux.
Bien au contraire.
Allez faire un autre pèlerinage marial à Mariazell.
Mais...
si Thérèse se marie, elle montera un jour sur le trône.
Si j'ai un fils, en aucun cas.
Marie et François renonceront à ce droit.
C'est la condition à ce mariage.
Si nous recevons un frère...
François ne deviendra...
rien ?
- Il sera grand-duc de Toscane. - Tout juste.
Presque rien.
Dis quelque chose.
Ce n'est pas ce que tu veux.
Ta sœur ne pense qu'à l'amour.
Pas au trône.
Bien.
J'accepte ces conditions.
François !
De la part de Thérèse. C'est un cadeau.
Que dois-je en faire ?
Apprenez-lui à dire "Marie-Thérèse".
François !
Le monde est compliqué.
Plaît-il ?
À Prague, c'est peut-être vous que j'aurais dû porter.
Tout serait plus simple.
Il vous aurait fallu lui apprendre "Anne".
C'est vrai.
Ce serait plus simple.
Ramenez-le-lui, Anne.
Et pourquoi ?
Anne, parle. Qu'a-t-il dit ?
Que...
tout est terriblement compliqué.
C'est-à-dire ?
Je ne comprends pas.
Il me voulait aussi. En quoi est-ce compliqué ?
C'est difficile pour lui.
- Pour lui ? - Pour vous deux.
C'est difficile pour vous deux.
Oui, et sinon ?
Anne, a-t-il dit autre chose sur moi ou sur le mariage ?
Non.
Il n'a rien dit de plus.
Merci.
Marie.
Sa Majesté nous a fait demander ?
Le maître veut composer son tableau.
Si Monsieur le duc avait l'obligeance
de rejoindre Son Altesse...
Cela vous contrarie,
Monsieur le duc ?
Majesté, n'est-ce pas un peu hâtif ?
L'impératrice recevra ce tableau pour son anniversaire.
Le temps presse.
C'est au cas où vous auriez à recouvrir François-Étienne.
Je tiens à souligner qu'il ne lui a pas encore
fait la cour formellement.
Voilà tout.
Mes oreilles n'entendent plus très bien.
J'ai dû mal entendre.
Vous ne placez tout de même pas les intérêts de votre petit duché
au-dessus de ceux du Saint Empire romain germanique ?
En aucun cas.
Ou avez-vous si peu d'estime pour le cœur de Marie-Thérèse ?
Mon enfant, attends.
Il ne me veut pas.
Il ne veut pas de moi.
Tu verras.
Un autre viendra.
Puis tout ira bien, Altesse.
Je n'en veux pas un autre. Je veux l'épouser.
Personne n'y changera rien.
Pas même François-Étienne ?
Pas même lui.
Vous vous opposez au mariage de la princesse, paraît-il,
avec François-Étienne, duc de Lorraine.
L'Autriche a besoin d'un souverain fort.
Je nous croyais d'accord sur ce point.
En effet.
Nous l'étions.
Mais c'est du passé.
La Prusse a depuis connu de profonds changements.
Le jeune Frédéric s'est marié.
Il accédera bientôt au trône.
L'Europe ne peut tolérer deux maîtres dans une maison.
Vous êtes une girouette, Grumbkow.
Au moindre souffle, vous changez de direction.
Pourquoi cette soudaine amertume, Altesse ?
Une Europe sûre et unie, c'est ce que nous voulions.
Oui, une Europe unie.
Mais pas pour servir l'Autriche à la Prusse sur un plateau.
Marie-Thérèse et ce petit trésor de Lorraine doivent se marier.
Menez cela à bien. Vous ne le regretterez pas.
Vous vous voyez déjà à la tête d'une armée victorieuse, maréchal.
Mais j'ai assez de force
pour vous arrêter.
Ce mariage,
moi vivant, ne se fera pas.
Fermez la fenêtre, bon sang !
Qui frappe à la porte, Altesse ?
Serait-ce déjà la faucheuse ?
J'empêcherai ce mariage, Grumbkow.
En aurez-vous le temps ?
Adieu, mon ami.
Le prince Eugène s'est endormi.
- Qu'on ne le dérange pas. - Mais...
Voulez-vous désobéir à votre maître ?
Selon le protocole,
les plus nobles doivent s'asseoir sur un tapis rouge :
les descendants des familles régnantes,
tous ceux qui portent le titre de comte...
Personne n'a demandé ma main.
Votre mariage ne fait aucun doute,
mais le tapis est trop court.
- Raboutez-le. - Impossible, Altesse.
Cela va se voir.
Nous offenserions ceux assis sur le bout rajouté.
Faites-en faire un autre.
50 toises de tapis tissé à la main ?
Vous n'êtes pas sérieuse, Altesse.
Si je...
Simple hypothèse,
si j'avais l'honneur d'être invité au mariage de l'archiduchesse,
je m'assiérais avec joie sur le bout de tapis rajouté.
Voire sur aucun tapis.
Vous, maréchal Grumbkow ?
Je peine à contenir ma joie
à l'idée que François-Étienne et vous serez bientôt...
C'est encore un secret.
Quelle bénédiction pour l'Europe,
et pour moi, personnellement.
Tous signent la Pragmatique Sanction,
reconnaissent votre succession,
et la paix régnera enfin en Europe.
Le roi de Prusse ne garde plus rancune ?
Il partage votre joie, tout comme moi.
Depuis quand êtes-vous de mon côté ?
Depuis quand ?
Depuis toujours.
Cette idée saugrenue
de vous marier au jeune Frédéric
a été fomentée par le seul prince de Savoie.
Je n'étais qu'un simple entremetteur.
Pourquoi ? Pourquoi faire une telle chose ?
Si ce mariage avait eu lieu, il aurait...
Comment dire ?
Il aurait bénéficié d'une reconnaissance
et de beaucoup d'argent.
Et je l'avoue, moi aussi.
Le prince s'est laissé soudoyer par la Prusse ?
Votre cœur est si innocent, Altesse.
Le jour où vous régnerez,
vous constaterez que, hélas en politique, il faut parfois...
recourir à d'infâmes méthodes.
Il voulait me vendre ?
Vous plaisantez.
Vous plaisantez ?
Je n'ai aucun sens de l'humour, je le crains.
C'est sûrement mon plus grand défaut.
Mais aussi ma plus grande qualité.
Où se cache-t-il ?
Il est mourant. Le prêtre est à ses côtés.
S'il se confesse, j'arrive à point nommé.
Altesse.
Vous vouliez me vendre à la Prusse ?
Je voulais simplement un protecteur à vos côtés.
Rien de plus.
- En cas de guerre. - Il n'y en aura pas.
La France reconnaît la Pragmatique Sanction.
Vous êtes bien trop crédule, Altesse.
Mon père est de mon avis.
Doutez-vous du jugement de l'empereur ?
Il se berce d'illusions.
Si vous n'étiez pas mourant,
je vous ferais exécuter pour haute trahison.
Vous devriez sortir, Altesse.
Le prince va rejoindre les cieux.
Altesse.
Quand je serai mort,
cherchez quelqu'un comme moi.
Vous en aurez besoin...
afin que l'Autriche ne sombre pas lors du massacre à venir.
Et qui devrait être cet homme ?
Kinsky.
Le comte Philippe Kinsky.
Kinsky.
Bien.
Je le ferai jeter au cachot dès qu'il demandera audience.
Peut-être ne m'a-t-il jamais aimée.
Bien sûr qu'il t'aime.
Toi seule me comprends.
Je veux être honnête, le paon.
Je ne demanderai pas la main de Thérèse au banquet.
Dites-moi pourquoi.
Par devoir envers mon pays.
Je ne peux sacrifier la Lorraine.
Comment Sa Majesté a-t-elle pu le penser ?
Venez ce soir à la bibliothèque.
Alors vous comprendrez.
"C : Lorraine, superflue." Qu'est-ce que ça signifie ?
C'est une analyse de la situation politique en Europe.
Son Altesse, Marie-Thérèse, l'a tracée.
C'était son idée ? Elle veut vraiment régner ?
Il ne s'agit pas du trône, François-Étienne, mais de vous.
Elle veut vraiment partager votre vie.
Que sont ces flèches ?
Les pays qui menacent l'Autriche.
Prusse, Bavière, France...
Empire ottoman.
Une guerre se profile ?
Nos ennemis sont nombreux.
La France en premier lieu.
Je vous remercie.
Manifestement, je finirai vraiment au couvent.
Sans époux, sans enfants,
sans empire.
Du fond du cœur, j'affirmerais le contraire.
Étrange, n'est-ce pas ?
Je reste calme malgré tout.
Je bois à la santé de mon épouse,
Sa Majesté Élisabeth-Christine.
Puisse le Tout-Puissant lui accorder santé et descendance.
En gage de mon estime, acceptez ce tableau.
Un portrait de notre chère fille,
Marie-Thérèse, et François-Étienne, duc de Lorraine,
qui sera à ses côtés à l'avenir.
Majesté, tous mes vœux de bonheur.
Car le bonheur,
dans la vie d'un souverain, est parfois un bien très rare.
J'ai moi-même reçu un trône
sans même l'avoir demandé.
J'aimerais vivre simplement aux côtés de celle que j'aime.
Mais un trône n'est pas un jouet.
Qu'implique-t-il ?
C'est un devoir, un fardeau dont on ne peut se défaire
qu'en échange d'un plus lourd.
J'ai demandé à Dieu...
et à ma conscience...
quelles circonstances
m'autorisaient à sacrifier mon pays.
Par exemple, pour un pays menacé par ses ennemis.
Comment le Tout-Puissant aurait-il pu
m'indiquer meilleur chemin que celui de l'amour ?
L'amour pour une femme merveilleuse.
Marie-Thérèse est un espoir
pour cet empire.
Et un espoir pour moi.
Jamais je n'ai rencontré
une créature aussi sage et forte à la fois.
J'accepte volontiers les conditions requises
pour demander sa main.
Longue vie à François-Étienne,
que je peux appeler mon fils.
Vous n'avez pas l'air de vous réjouir, comte Kinsky.
Que vous arrive-t-il ?
Dites quelque chose.
Seuls les idiots présagent de l'avenir.
Je vous apporte une triste nouvelle.
Le prince Eugène de Savoie vient de trépasser.
Quoi ?
Qu'il repose en paix.
François-Étienne,
acceptez-vous
Marie
Thérèse
Walburge
Amélie
Christine
ici présente
comme votre légitime
épouse ?
Je le veux.
Je le veux.
Je le veux !
Ma chérie !
Partez ! Sortez !
Dehors. Allez-vous-en !
Viens, ma bien-aimée.
Seigneur !
- Devrais-je entrer ? - Bonne idée.
- Bonté divine ! - Attendez.
Majesté !
Majesté !
Veuillez m'excuser, mais...
- C'est affreux. - Quoi ?
Qu'est-il arrivé ?
Nous nous sommes consciencieusement attelés à la tâche
que vous, Majesté, nous avez confiée.
Nous faisons tout pour avoir un héritier mâle.
Et ceci ?
La procréation d'un héritier exige de la passion.
Cela demande au contraire discernement et crainte de Dieu.
Thérèse n'a cessé d'implorer notre Seigneur.
À l'avenir, faites preuve d'un meilleur sens politique.
Sa Majesté peut-elle nous conseiller comment faire...
exactement ?
Plaît-il ?
La chose...
Comment fonctionne le sens politique.
Jamais hâtivement.
Jamais "presto".
Toujours un joli...
andante.
Et avant tout, "silenzio".
Je vous prie.
Andante...
Silenzio !
Nous devrions essayer pour ne pas oublier.
C'est impensable.
Cela dure depuis deux jours.
C'est le premier enfant. Cela peut être long.
- Mais... - Patience.
Non. J'ai perdu patience.
En Autriche, le médecin n'assiste pas à la naissance.
Et en France ?
Là-bas, on accouche au lit, pas sur une chaise.
- Vraiment ? - Oui.
- Et cela fonctionne ? - Bien sûr.
- C'est inconvenant. - Écartez-vous.
Non, Altesse.
Quand l'enfant sera né, vous serez averti.
Je vous avertirai.
Les hommes ne peuvent assister à la naissance.
Venez, docteur.
Enlevons-la de cette chaise de torture.
Tu seras mieux, chérie.
Préparez de l'eau chaude.
Nous y sommes.
Enlevez cette chaise.
Respire. C'est bien.
Votre joie ne sera pas totale, c'est une fille.
Mais elle est en bonne santé.
Elle est aussi belle que toi.
Regarde.
Je suis si heureux.
"Ce matin, la princesse Marie-Thérèse
"a donné naissance à une fille,
"qui a été baptisée Marie-Élisabeth.
"La sérénissime accouchée
"ainsi que l'enfant se portent bien."
Ajoutez ceci :
"La prochaine fois, nous serons bénis d'un héritier mâle."
Peut-être une formule consacrée, Majesté :
"Les parents sont comblés" ?
Non.
Notre princesse a donné naissance à une fille.
Nous voulons un garçon !
Le Français ne sait faire que des filles ?
Attends, je te montre !
Oui, il y a du monde, n'est-ce pas ?
Regarde autour de toi.
Regarde.
En voilà encore. Ils sont nombreux.
N'aie pas peur, Babeth.
Si vous aviez l'obligeance de me rendre Son Altesse.
Son Altesse veut sûrement voir les chevaux.
Il est inconvenant de promener les nourrissons,
car ils sentent mauvais.
- Non, tout va bien. - Altesse...
Un petit cheval. Cela t'étonne, hein ?
Un conseil, cher maître des cérémonies.
Comment se comporter à la naissance d'une fille ?
Devons-nous féliciter ou présenter nos condoléances ?
Mesdames...
Le Lorrain ne sait pas faire de garçons.
Tu le caresses ?
Mesdames, cessez ces plaisanteries.
Sans héritier mâle à la Hofburg,
nous n'aurons plus que ces plaisanteries.
- Une fille en bonne santé. - Dieu soit loué.
Qu'y a-t-il ?
Sa Majesté impériale en sera très attristée.
Sa Majesté impériale a fait en sorte
que les problèmes des Habsbourg ne soient pas les miens.
Et pour éviter tout embarras à la cour,
Marie et moi allons quitter Vienne.
Où comptez-vous aller ?
Quelqu'un doit administrer la Toscane, non ?
Regarde.
Ta petite sœur.
C'est ta petite sœur.
Qu'elle est jolie.
Florence 1740
On dit que le soleil brille 300 jours par an.
À Vienne, il se cache 300 jours.
Ton pays ne va pas te manquer ?
Qui devrait me manquer ?
Anne ?
Je peux lui écrire.
À Florence, il y a 290 ateliers de maîtres drapiers.
Nul ne peut rivaliser avec nous.
J'ai quelque chose à vous montrer.
Si vous permettez.
- Je vous en prie. - Voici.
On dirait du coton.
Mais c'est fin comme de la soie.
Qu'est-ce donc ?
Du coton.
En effet, du coton,
mais il est fabriqué à Londres dans des manufactures
avec des métiers à tisser modernes,
à une cadence bien supérieure à la nôtre.
Messieurs, j'ai le projet...
d'ouvrir ici la première manufacture de ce genre.
J'achète des métiers à tisser,
et j'invite des maîtres drapiers anglais.
Nous participons aux dépenses.
N'as-tu jamais voulu arrêter le temps ?
Comme maintenant ?
Votre Altesse.
Allez-vous vous présenter ?
Comte Philippe Joseph Kinsky.
Pardonnez mon intrusion, mais...
Kinsky...
Un ami du prince Eugène de Savoie.
J'aurais été heureux de le nommer ainsi,
mais c'eût été présomptueux.
Il était mon modèle.
Alors ?
Quelle est la raison de votre venue ?
J'apporte hélas une triste nouvelle.
Sa Majesté impériale Charles VI a été victime
- d'un grave accident de chasse. - Grave à quel point ?
Il a succombé.
Mes sincères condoléances.
Longue vie à l'archiduchesse d'Autriche.
Adaptation : Isabelle Bourgoin
Sous-titrage : IMAGINE
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