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Passe les allumettes.
Quoi donc ?
Les allumettes.
- Passe les allumettes. - Oui, minute.
Oh ! Toi ! Fais le guet au bout de la rue. Faudrait pas qu'on nous voit.
HĂ© ! Vous faites quoi ? Vous ĂŞtes des bandits ?
Mais non.
Ben si. Vous essayez de rentrer dans la banque.
Mais non. C'est eux, les bandits.
On essaie pas d'entrer, au contraire.
On fout des alloufs dans les serrures pour bloquer les portes.
C'est quoi, des alloufs ?
Tu aimes les superhéros ?
On est comme des superhéros. Mais vieux.
Mais pourquoi vous voulez bloquer la banque ?
Pour gripper la machine capitaliste.
Comme un grain de sable dans l'engrenage néolibéral.
'scuse-moi.
- AllĂ´. - Ouais, Pierrot ?
- Mimile ? - Qu'est-ce que c'est que ces conneries ?
Antoine me dit que tu ne viens pas Ă l'enterrement de Lucette ?
Elle voulait plus me voir.
Elle me l'a dit assez clairement il y a trente-cinq ans.
Je respecte sa volonté.
Bon dieu ! Ne te fais pas plus con que tu ne l'es.
T'es déjà en surrégime.
Antoine a besoin de nous. Il vient de perdre sa femme.
Alors t'as intérêt à ramener ton vieux cul à l'enterrement.
...sinon je te jure que... - Je croyais que c'était une crémation !?
Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi ?
Lucette est partie et Antoine a besoin de nous. C'est notre pote.
Tu te souviens d'une seule période de ta vie sans Antoine ?
Je ne passe pas mon temps Ă me souvenir. J'ai d'autres choses Ă foutre !
Tu me prends au passage ? C'est sur ta route.
De toute façon, j'ai pas de bagnole.
Mimile ?
Alors ?
Tu la mets, cette allumette ?
Tu sais bien que je vois que dalle.
Petit, tu veux bien nous aider ?
Mais t'en va pas, petit. C'est pour toi qu'on fait ça.
Bonjour ! Bonjour monsieur ! Bonjour madame !
Bonjour Mimile !
Bonjour.
La cérémonie est à 15 h.
Papa !
Tu t'entends ?
Je vais pas me retrouver dans la même pièce qu'Ampère.
Je ne suis pas une tribune VIP.
Ça t'arrive de ne pas penser à toi une minute ?
Joue les victimes. Tu ne viens pas à l'enterrement de ta propre mère...
Oh merde ! Fais ce que tu veux. De toute façon, tu m'emmerdes.
M. Pichardier, ça va aller. Ne vous embêtez pas.
C'est rien du tout.
Je dois y aller, de toute façon.
Il faut faire bien, quand même. Comme ça, s'il pleut...
Vous m'avez fait un prix pour la maison, c'est gentil.
C'est normal. Je connais ton grand-père depuis toujours.
Et puis ça fait plaisir de voir des jeunes qui s'installent ici.
Oui enfin... Une jeune !
Avec bientĂ´t des petits qui gambadent.
Enfin, « des petits »... Un, pour commencer.
Oui, mais après... Qui peut savoir ?
Super.
Merci.
Vous partez en week-end, Monsieur Mimile ?
- Oh, je vais Ă un enterrement. - Et de qui donc ?
Le mien, j'en ai bien peur.
C'est vraiment paumé, ta piaule. On a déjà une heure de retard.
« Meuricy », tu parles d'un nom à la con pour une maison de retraite !
Tu peux me dire pourquoi tu emmènes des tranches de pain à une crémation ?
Tu veux faire des toasts ?
C'est mon pain complet, jeune crétin !
Il est de ce matin. Je ne vais pas le laisser perdre.
- Où est ton rétro ? - Dans la boîte à gants.
Bonjour tonton !
Il se passe quoi avec papi ?
Tu vois, il tond la pelouse.
- Maintenant, en costume ? - En costume, ouais.
Il trouve que je ne l'ai pas bien fait hier.
« On ne peut pas accueillir les invités dans ces conditions ».
Il dit que ça va faire honte à la mémoire de Lucette.
VoilĂ .
C'est quand même pas compliqué de passer correctement la tondeuse pour les obsèques de sa mère.
Oui papa, je suis vraiment un fils indigne.
À propos de fils indigne, tu as des nouvelles de ton père ?
Plus tard.
- Il vient au moins ? - Non.
Oh, l'enfoiré !
Papi, tu ne veux pas te détendre un peu avec ta pelouse ?
C'est quoi tout ça ? - C'est ta grand-mère.
Ses affaires. Il y en avait partout dans la maison, alors j'ai tout foutu lĂ .
Ça me fait mal de tomber sur tout ça dès que j'ouvre un placard
En mĂŞme temps, j'arrive pas Ă jeter, alors...
Jeter ? Il manquerait plus que ça !
Il y a toutes ses premières marionnettes.
Ses anciens spectacles ! - Oui, des vieilleries, quoi !
Quel merdier ! Que vont dire les invités après la cérémonie !?
D'après moi, il n'y aura pas beaucoup de gens qui viendront dans la remise pour pleurer mamie.
Faudrait faire le tri. Je suis sûre qu'il y a des trésors.
Tu peux tout prendre. Le plus tĂ´t sera le mieux.
Mais pas maintenant. On y va, je te signale.
Papa, monte devant.
Tu vas oĂą ? Tu montes pas avec nous ?
Tu l'avais pas vue depuis quand, la Lucette ?
OuhlĂ ! Et toi ?
Pas ce noël, pas celui d'avant. Celui d'encore avant.
À noël ? Pourquoi à noël ?
Parce qu'ils m'invitaient toujours pour noël, Lucette et Antoine.
Pourquoi foutre, bon dieu ?
Ben, pour que je ne passe pas noël tout seul.
Oh, chochotte !
Il voulait pas passer son petit noël tout seul.
- T'es con. - Il mettait ses chaussettes sur son clouclou.
J'arrête de te parler. Ça sert à rien.
Il est né le divin enfant. Chantez hautbois, résonnez musette...
Regarde ce que tu fais. Tu te fous dans la file automatique.
T'inquiètes.
Qu'est-ce que tu fous avec ton zinzin ?
Mon zinzin, comme tu dis, est une merveille de technologie...
bricolée par un pote militant pour échapper au racket des autoroutes.
Ah, et voilĂ le travail !
Dans le cul, la mafia du bitume !
Tu perds une épouse dévouée.
Mais nous, nous perdons une grande artiste, une passionnée...
Regarde, c'est la Berthe.
Quel culot !
Antoine, mon ami, mon frère !
tu perds une épouse dévouée.
Si passionnée, si passionnée ! Une grande artiste !
C'était une sentinelle.
Nous sommes des passeurs de culture en milieu rural.
Nous devons lutter... - Je sais, merci.
C'est un musicien ? Il fait quoi comme genre de musique ?
Je te souhaite de ne jamais le savoir.
Hohé !
Alors, y a de la gonzesse, un peu ?
- Salut Pierrot ! Salut Mimile ! - Désolé pour le retard.
Mais on a crevé. Vise mes pognes. On dirait Balkany.
Ne te tracasse pas. Pour toi, au moins, ça part avec du savon.
Antoine est parti ramener des invités.
Il va pas tarder. Entrez, servez-vous.
Dis donc, c'est pas Sophie lĂ -bas ?
C'est Sophie, ça ? La vache ! C'est le sosie de sa grand-mère.
Tu le découvres maintenant !?
Dis donc, je ne passais pas mes noëls ici.
J'espère qu'elle n'a pas le même caractère que Lucette !?
Qui est le grand neuneu qui brasse de l'air à -côté ? C'est son Jules ?
Salut les cons !
C'est gentil d'ĂŞtre venu, Pierrot.
J'ai pas eu le choix.
J'ai reçu des menaces physiques extrèmement impressionantes d'un vieillard sénile.
Méfie-toi du vieillard sénile. Il peut encore te découenner d'une main.
Sans poser son verre.
Comment tu te sens ?
Comme un amputé des deux jambes.
J'ai les pieds qui grattent.
Putain, cachez-moi ! - Antoine !?
Antoine ?
Je voulais te saluer, même si je sais que tu vas trouver ça con.
Janine, comme c'est gentil d'être passé.
Bon ça va. Je suis venue parce que j'aimais bien Lucette.
Ça a dû te fendre le cœur de la licencier à l'époque.
J'étais jeune DRH, j'avais des ordres.
Et puis, tu sais très bien que Lucette ne voulait pas rester dans la boîte.
Elle avait même négocié son départ.
Évidemment qu'elle a négocié, vu que déjà à l'époque...
le prestigieux laboratoire Garan-Servier se torchait le fion avec le code du travail.
Oh, dis !
Quand on fait fortune en vendant des antidépresseurs...
forcément, un monde de merde, ça fait rêver.
C'est quand même très gentil de la part de M. Garan Servier...
d'avoir envoyé son petit personnel rendre les derniers hommages.
Enfin, il aurait pu se déplacer en personne.
Lucette a quand même bossé pour lui pendant huit ans et moi quarante.
Mais tu n'es pas au courant ?
Depuis que les fils l'ont écarté des affaires, il dépérit, le vieux.
Oh, pauvre petit père ! - Mais sérieux.
Et puis la succession n'est pas claire. Le compte n'y est pas.
Il y aurait un trou de 100 millions.
Mais alors, il ne reste que 6 milliards et une île dans le Pacifique.
Mais quel malheur ! Attendez, j'ai peut-ĂŞtre un peu de monnaie.
J'en ai pas moi !
Charriez tout ce que vous voulez. Mais ça grince au conseil de famille.
Impossible de savoir oĂą est l'argent. Et le vieux ne dit rien.
Ils ont fini par l'envoyer dans leur maison de Toscane tellement ils voulaient l'étrangler.
- En Toscane ?
Oh, le salaud !
Papi ?
Je reconnais que c'est bon.
C'est avec des œufs de ferme, et tout et tout.
Je les prends chez ma voisine Ă la ferme des Ravines.
Quoi ? Chez Berthe ?
Ben oui. C'est ça, Berthe.
Ben papi !?
Je peux te parler une seconde ?
Tu prends tes œufs chez Berthe ?
T'es malade ou quoi ? Tu sais qui est Berthe dans la région ?
C'est ça ta conception de la vie à la campagne : prendre ses œufs chez Berthe ?
Je suis connu ici, je te signale.
Il est hors de question qu'on dise dans la région...
que ma petite-fille prend ses œufs chez Berthe !
Et ta grand-mère ? Tu y penses un peu ?
Antoine.
Tu devrais venir.
Y a un truc fâcheux qui s'organise.
Enfin, quelqu'un m'explique, lĂ !
C'est quoi, ce délire, encore ?
Alors, d'après ce que j'en sais...
Berthe aurait entièrement labouré le terrain de rugby la veille d'un match important.
Personne m'en a parlé. C'était cette semaine ?
Pas vraiment, non. En 1955.
- Tu plaisantes ? - Pas du tout !
C'est pas possible, ça ne peut pas être ça. Il y a des trucs pas nets dans ce patelin.
Pierrot voulait pas venir à cause de mamie. Mon père, je sais...
Si tu veux garder un semblant de santé mentale dans ce recoin du monde...
je te déconseille de t'intéresser aux vieilles histoires.
Oh non, pas lui !
Qui est-ce qui l'a laissé s'installer ici ?
Un vibrant hommage...
Sortez-moi de là , les mecs, ayez pitié !
Qui est-ce qui lui a bombé la guérite, comme ça, la môme ?
Il y a six mois, quand Lucette a commencé à être très malade...
Sophie nous débarque de Paris. Elle nous dit qu'elle a tout plaqué...
la communication, la carrière...
elle rachète la vieille ferme des Charbiers et reprend le flambeau du Loup en slip.
Là -dessus, paf ! On s'aperçoit qu'elle en a un gros sous le tablier...
et pas de géniteur à l'horizon.
Ha, c'est bon, ça !
C'est du jeune qui se secoue la pulpe !
Ouais, elle vient quand même de m'annoncer qu'elle prend ses œufs chez Berthe.
Dis donc...
ton Bernard, son père...
Ă l'enterrement, il est pas venu !?
Non, vraiment. Ce n'est pas compliqué. Je ne suis pas d'humeur.
C'est pas parce que Lucette est partie que les règles ont changé.
Le prochain qui prononce ce nom-lĂ devant moi...
je lui colle cinq marionnettes dans son manège, et puis c'est marre !
Vous avez compris, maintenant ? Hein ?
VoilĂ comment passe la vie, tiens !
40 piges à charger les camions dans cette saleté d'usine !
De la drogue légale à pleines palettes.
J'aurais mieux fait de me barrer Ă 20 ans, comme toi mon Pierrot.
Bon dieu, si j'avais su, j'aurais dĂ».
Merci bien ! Tu traces ta route, point barre.
Droit devant, camarade ! Le cap !
Et le rétro dans la boîte à gants.
Qu'est-ce qu'il dit, le pain complet ?
Rien, rien, profite !
Vieille morue !
Et tu laisses ma petite-fille tranquille !
Et tes œufs pourris !
Quand vous aurez fini, j'aimerais bien rentrer. Je suis crevé.
Qu'est-ce que tu fouines lĂ -dedans ?
C'est bon, j'arrĂŞte.
J'aurais dû y aller carrément et foutre tout ça au feu.
Tu es devenu accro à la crémation. Carrément !
Ça finira genre viking, avec un grand brasier.
En vieillissant, il nous fait un retour de moyen-âge, le père Antoine.
C'est pas vrai ! Elle nous emmerde avec sa brocante !
Papi, c'est toi et mamie, ça non ?
Oh, la touche !
C'était au début, quand elle s'exerçait. Elle nous avait fait.
C'est vrai que t'as eu cette moustache.
La moustache du syndicaliste.
N'importe quoi.
Mais si. C'était la moustache de Lech Wałęsa hier,
de Martinez aujourd'hui. - De Staline, diraient les mauvaises langues.
L'accent circonflexe noir sur la bouche fâchée du cégétiste.
Ils sont cons, ces mecs ! Tu as vu, la tienne, de moustache ?
Rien Ă voir, mon cher ami.
L'élégance de Clark Gable, et la signature graphique de Don Diego de la Vega.
Zorro n'est jamais qu'un rupin qui se la joue défenseur des pauvres.
Tu l'as déjà vu bosser dans un épisode ?
C'est comme l'autre, lĂ , Garan-Servier.
Lucette l'avait fait en marionnette, lui aussi.
Complètement raté. Une horreur !
Il y est pas dans le bazar ? - Oh !
On peut passer cinq minutes sans dire « Garan-Servier » dans ce bled ?
Ă€ partir de maintenant, chaque fois que quelqu'un dira ce mot...
il boit une poire.
Il a raison.
Il n'y a rien de bon Ă tirer Ă fouiller dans les cartons.
Tu rigoles. Je le prends.
Ça fera très bien dans la chambre du bébé.
Bon, je vous laisse. Je suis claquée. Bonne nuit, les affreux !
Bonne nuit, Sophie.
- Tu veux pas que je te ramène ? - Non, ne t'inquiète pas.
Je t'appelle demain.
Et voilĂ .
Une vie est passée. Il reste quoi ?
Un vieux camion !? Un tas de cartons !?
Je vais vous dire une chose, les mecs...
si j'avais pas ma Sophie...
je prendrais une bonne louchée de bonbons Garan-Servier avec un litre de poire...
et j'irais retrouver ma Lucette.
Qu'est-ce que ça veut dire, des conneries pareilles ? Ho !
T'as dit encore « Garan-Servier ». À la tienne !
Et tu viens de dire « Garan-Servier ». Alors à la tienne aussi.
- T'as dis quoi ? - Garan-Servier.
Ă€ la tienne aussi.
Merde, onze heures.
Ah, tout de mĂŞme !
J'en avais marre de jouer tout seul.
OĂą est Antoine ?
Je sais pas.
Au village, sûrement.
Quand je me suis levé, il avait déjà pris la voiture. Il va pas tarder.
Touche à rien. Je vais te règler ton compte à la régulière.
Tiens !
Pourquoi tu ne reviendrais pas t'installer dans le coin ?
C'est quand même mieux que de galérer à Paris avec ton minimum vieillesse.
Oui, mais je peux pas abandonner mon groupe d'action.
Ton groupe d'action ?
À nos âges, y a plus guère que le système qu'on peut encore besogner.
Ma libido s'est reportée sur la subversion.
Et tu comptes emmerder le monde encore longtemps ?
Il faut bien se battre. Tu vois pas comment va le monde !?
Qu'est-ce que tu veux faire d'autre ?
Parce que les oppresseurs, les offenseurs, les prédateurs, les...
- Joue maintenant. - Mais tu m'énerves à la fin !
Pas mal pour une taupe.
La pétanque, vois-tu, mon grand, c'est la projection de la pensée.
Pas besoin d'y voir. Le cerveau, la main, et tac !
Regarde qui va lĂ .
Mais dis donc, il nous roulerait sur le pinceau, ce con !
Ramène-toi.
Antoine.
ArrĂŞte, Antoine. - Je dois faire un petit voyage.
Mais faites comme chez vous. Les clés sont sur la huche à pain.
Qu'est-ce que tu fous ?
Ah, tu veux jouer à ça !? Ça va chier !
Et merde, merde !
Ça se passe comment ?
Ă€ ton avis ? T'as vu la tronche de ma caisse ?
Si t'arrĂŞtais de te lancer dans des poursuites en auto.
HĂ© ho, dis ! C'est Antoine qui se lance.
Qu'est-ce qui lui prend ?
J'ai comme une vague idée.
Salope !
Eh, tu parles d'une morte, quand mĂŞme !
Bonjour monsieur. Il est par lĂ , Antoine ?
Non, pourquoi ?
Il est passé chez Brousse, le notaire, tout-à -l'heure.
Ça s'est pas très bien passé.
C'est-Ă -dire ?
Comme quoi, il lui aurait balancé une torgnole...
pour lui soutirer des informations à caractère confidentiel.
Du coup, ça fait que Brousse a déposé une main courante.
Ça fait deux mains courantes, que j'ai dit à Brousse...
avec celle d'Antoine.
On se connaît bien avec Brousse. On chasse ensemble.
Enfin maintenant, il faudrait que j'auditionne Antoine.
Oui, ben il est parti. Et nous, on doit y aller.
Si vous croisez Antoine, vous lui dites de passer Ă la gendarmerie.
Et de pas faire le con.
Michel.
Michel, c'est très gentil, mais c'est pas la peine, vraiment.
Ça me fait plaisir.
Je voudrais profiter de l'après-midi pour lire tranquille.
Justement, c'est pour ça que je m'occupe de tondre, comme ça vous êtes tranquille.
Oui, mais c'est aussi une question de silence, hein ?
Du silence Ă la campagne ?
Michel.
Merci.
Lis.
AllĂ´.
Papi, c'était il y a cinquante ans.
Ah, je vois que t'es au courant.
T'es la seule ou tout le monde savait que ma femme couchait avec Garan-Servier ?
Elle m'en avait parlé il y a un petit moment.
Écoute, elle couchait pas avec lui...
ils ont eu une vraie aventure quand ça allait mal entre vous.
Une aventure ? Se faire secouer sur le bureau du patron..
même en écoutant la charge des walkyries,
ça me paraît éloigné de ma conception de l'aventure.
Salis pas tout, papi. Il a voulu divorcé pour elle...
c'est à ce moment-là qu'elle a quitté l'entreprise et monté le théâtre.
Pour toi, papi. Elle t'aimait plus que tout, tu le sais.
Tu parles !
T'étais tout le temps dans tes réunions, il n'y avait que ça qui comptait dans ton syndicat.
J'essayais de défendre nos droits.
Bon, tu appelles pour quoi ?
Parce que je suis inquiète. Tes amis disent que tu es parti avec une arme.
C'est-à -dire que j'aurais préféré le tuer à coup de pieds...
mais avec mon arthrite.
Ça sert à quoi, tes conneries ? T'es débile !
C'est un vieillard malade.
Tu vas finir en taule. - Bon, je raccroche.
Pas la peine de rappeler. Je répondrai pas. De toute façon, j'ai plus de batteries.
M'enfin, c'est dément !
On commet pas un crime passionnel cinquante ans après les faits.
En amour, il n'y a pas de prescription. Hélas !
Qui est celui-lĂ ?
Michel.
Qu'est-ce que vous faites, Michel ?
Je le fais à la faux, comme ça, ça ne fait pas de bruit.
C'est très gentil, mais c'est pas la peine, vraiment.
Il faut appeler la police.
Parce que je passe la faux ?
C'est pas une bonne idée. Garan-Servier est connu.
Si ça sort dans la presse, Papi sera humilié.
Alors, il faut le rattraper.
On sait mĂŞme pas oĂą il est parti.
Il faut pas croire, mais la faux est très efficace. Tchac !
- Brousse le sait. - Qui ?
Il a raison.
Avant de partir, Antoine est passé voir Brousse, le notaire.
Parce qu'il doit savoir oĂą se trouve le vieux.
- M'étonne pas qu'il ait balancé, celui-là . - On y va.
Ce qu'il faut, c'est ĂŞtre souple du bassin...
et faire des gestes amples. Voyez, souples et amples.
Et pourquoi ils nous donneraient l'info ?
Pourquoi il l'a donné à Antoine ?
Parce qu'il s'est mangé une tarte aux doigts.
Exactement. Eh ben, il va en manger une autre.
Montez ! Il a mĂŞme pas une heure d'avance.
Ah non ! Si c'est toi qui conduit, je ne monte pas.
Il voit peau d'zob. C'est un danger public.
Mais dis donc ! T'as qu'Ă conduire si t'es pas content de la prestation.
Je peux pas avec mon traitement. Sophie, prends le volant.
Dites, je sais pas si vous avez remarqué, je suis à six mois de grossesse.
Pardon, mais je pars pas je-sais-pas-oĂą pour balancer une torgnole Ă je-sais-pas-qui
dans ce suppositoire à camion tout flingué avec deux vieux.
Deux seniors, pardon.
Oh merde.
Mais qu'est-ce qu'il fout, lui ?
Il m'a crevé la roue, ce con !
J'ai fais trop ample.
Je rĂŞve, mais je rĂŞve.
T'as qu'Ă mettre la roue de secours et puis c'est marre.
C'était la roue de secours.
Bon, venez.
Vous êtes givrés.
Il va vous causer des ennuis, le notaire.
Qui ? Brousse ? Bah !
Vous aviez pas besoin de le gifler pour de vrai. La menace suffisait.
Gifler quelqu'un, c'est violent.
Gifler un notaire, c'est pas gifler quelqu'un.
C'est gifler un notaire.
Mimile, tu me passes mon sac, s'il te plaît ?
Attends, j'ai mon boîtier magique.
Oh putain ! Il l'a pris.
Qu'est-ce que c'est ?
C'est un zinzin insupportable.
Un outil de luxe contre le racket institutionnel, nuance !
On est déjà pas en avance.
Oui ben minute. Ça cherche.
En tous cas, elle me fait bien marrer, la Lucette.
Elle est belle, la femme idéale !
Qui avait dit que c'était la femme idéale ?
Ben tout le monde, et elle la première.
Toujours à donner des leçons de courage, d'excellence et d'abnégation.
Et résultat : hop, sous le bureau, la Lucette !
N'importe quoi !
« Sous le bureau ». Ah ça, c'est élégant. Vraiment.
T'appelles ça comment, toi ?
J'appelle ça, être humain.
Avoir des failles. Des coups de cœur.
Des coups de cœur ? Ha ! Mon cul !
De toute façon, vous êtes pas objectifs, tous les deux.
Bon, j'ai ma carte, sinon.
Jamais. Tu m'entends ? Jamais.
Ha ! Allez, fonce !
Je voulais vous demander : vous connaissez Berthe ?
Ma voisine.
Celle qui a la ferme des Ravines.
Comme ça.
Je vois qui c'est.
C'est quoi, le problème avec elle ?
Papi m'a fait une scène invraisemblable parce que je lui ai dis que je lui prenais des œufs.
Vous trouvez pas ça excessif, sérieux ?
Allô ? Allô. Vous trouvez pas ça excessif ?
Non, c'est pas excessif du tout...
C'est quoi le problème avec elle ?
C'est quand même pas cette histoire de match de rugby annulé il y a 60 ans !?
Non, bien sûr.
Ouais ?
Enfin, si un peu.
C'est des vieilles histoires sans intérêt.
Je vais faire une petite sieste, tiens.
Ben moi aussi. Je suis fatigué.
Bon. ArrĂŞt pipi.
Ah, écoutez, c'est comme ça. Les femmes enceintes, ça fait pipi souvent.
Tiens, tu veux prendre ça ? Je suis dingue de Bounty.
Je suis parti sans mon larfeuille, avec toutes ces conneries.
Bah oui, bien sûr.
Alors raconte-moi les aventures de Berthe.
T'es pénible. On s'en fout. C'était il y a mil ans.
J'ai pas envie d'en parler. - OK, pas de Bounty.
C'est une blague ou quoi ?
Pas de Berthe, pas de Bounty.
Mais c'est complètement nul de faire ça !
Tu réalises à quel point c'est nul ?
Bah oui, c'est nul. Mais c'est comme ça.
Bon, les laboratoires Garan-Servier dans les années 80, ça marchait très fort.
Encore Garan-Servier ? Quel est le rapport avec Berthe ?
Attends ! À l'époque, il était question que l'usine s'agrandisse.
Garan-Servier a décidé de doubler la surface de production...
et de créer mille postes.
Je ne te dis pas l'ivresse au village pour l'emploi.
Ton grand-père, avec le syndicat, soutenait le projet à fond.
Mais pour ça, Garan-Servier devait acheter les terrains autour de l'usine...
et devine qui a refusé de vendre les champs mitoyens ?
- Berthe ? - Berthe !
Cette garce de Berthe !
Il n'y a rien eu à faire. Une fortune, elle a refusé.
Résultat : Garan-Servier a renoncé à s'agrandir.
Il a délocalisé : l'Espagne, l'Italie, le Mexique.
Sur 30 ans, ça fait 1200 suppressions de postes.
Elle a flingué la région, Berthe.
Et tu lui prends des œufs.
Voilà , ça y est ? On peut y aller maintenant ?
C'est quand mĂŞme pas la faute de Berthe si Garan-Servier a un labo au Mexique !
Bien sûr que si.
Quel était son argument pour refuser de vendre ?
Le plaisir de faire chier. Elle a toujours fait chier le monde.
Me prend pas pour une bille.
Tu t'es barré de l'usine à 20 ans, et t'as jamais joué au rugby.
Alors, tu lui reproches quoi perso Ă Berthe ?
Je lui reproche que c'est Ă cause d'elle...
que l'un de mes deux meilleurs potes s'est barré à l'autre bout du monde.
Quand elle a labouré le terrain, cette folle furieuse, cette hystérique,
la veille de la demi-finale d'accession,
c'était un cataclysme dans le patelin.
Pour un gars comme Mimile, le rugby, c'était toute sa vie.
Résultat : il a fait son baluchon. Il est parti jouer chez les gars sérieux.
Dans l'hémisphère sud : l'Australie, l'Afrique du Sud, les Fidji.
Il devait rester un an.
Il va passer sa vie dans le Pacifique.
Merci Berthe.
Enfin là aussi, il y a forcément une raison.
AH NON !
Tu commences à me courir sur l'endive à me poser des questions sur la préhistoire.
T'es marionnettiste ou archéologue ? C'est dingue, ça !
Est-ce qu'on te demande pourquoi tu vas t'enterrer dans la cambrousse...
avec un mouflet sans père ? Allez, on perd du temps.
Déjà qu'il avance pas, ton bahut !
J'arrive, vieille enflure !
Bon, papi.
Tu te rappelles où on en était ?
Celui-lĂ , c'est qui ?
C'est Duclos, l'adjoint au maire ?
Non, c'est René.
Il avait pris trois matchs de suspension contre Agen.
Pour une fourchette dans les yeux... - Oui, non mais...
Je cherche son rĂ´le dans ton entreprise, papi. Pas au rugby.
Alors, regarde.
C'est René comment ?
Oui, voilà . C'est René.
Darrigade, c'est ça ?
Sinon, la dernière fois, tu me parlais de Berthe.
Berthe Goitreux.
Celle que tout le monde appellait la foldingue.
Tu te rappelles ?
- Elle était pas foldingue. - Ah bon ?
On lui avait repeint ses œufs, pas plus.
Quoi ?
Elle me l'a dit, après, quand on s'était vus.
Mais moi...
motus.
Quel rapport ? Y a quelque chose que je ne comprends pas.
Tu voulais ses terrains, c'est ça ?
Ce que je voulais, surtout, c'est...
voir le loup...
le loup en slip.
Je t'en ai déjà parlé, du loup ?
Le loup en slip ? - Ouais. Bon. Je te fatigue.
Je vais te laisser te reposer.
On est oĂą ?
En Italie, mon cher. Depuis quelques heures, déjà .
Pourquoi on est encore arrêtés ?
Parce que le camion de Lucette a beau ĂŞtre robuste, il doit souffler un peu.
Et parce que j'ai deux calzones quatre fromages Ă la place des pieds.
Si on s'arrĂŞte tout le temps, on le rattrapera jamais.
Allez hop ! En route ! - Oui, ça va !
Il a bien dĂ» s'arrĂŞter aussi, Antoine.
Ça fait trois jours qu'il n'a pas dormi.
Il a toujours roulé à deux à l'heure. C'est pas Fast and furious non plus.
Debout, les morts !
Ces dames sont du Puy-de-DĂ´me.
Elle s'en reviennent de Rome.
Bonjour !
Cinq minutes sans vieux, c'est trop demander !?
Regardez-moi ça !
- C'est pour quand ? - C'est un garçon ou une fille ?
Un tout petit qui va avoir une vie magnifique.
Ou pas.
Comment ça ?
Je sais pas. Vous trouvez le monde si merveilleux ?
C'est bien les vieux, ça !
Enfin, Sophie.
Ben quoi, c'est pas vrai ?
Vous, les vieux, ĂŞtes toujours lĂ Ă vous extasier devant les enfants.
« Oh, qu'il est mignon » Vous feriez mieux de vous excuser.
Regardez autour de vous. Vous nous laissez un monde tout pourri.
Vous avez salopé la maison et vous vous pointez pour souhaiter « bon courage » au locataire suivant.
Ah, vous manquez pas d'air.
Mais qu'est-ce qu'on vous ai fait ?
Ce que vous m'avez fait, ma petite dame ?
Mais votre génération est à l'origine de tous les fléaux du monde moderne.
La mondialisation. L'ultralibéralisme.
La pollution, la surexploitation, l'agriculture intensive,
les paradis fiscaux, la communication ! Tout !
Vous êtes inconséquents, rétrogrades, bigots, vous votez à droite.
En 80 ans, vous avez épuisé la quasi-totalité des espèces vivantes.
Vous avez épuisé les ressources, bouffé tous les poissons.
Y a 50 milliards de poulets élevés en batterie chaque année et les gens crèvent de faim.
Historiquement, vous...
mais vous êtes la pire génération de l'histoire de l'humanité.
Et un malheur venant jamais seul...
vous vivez hyper-vieux !
Je vais faire pipi.
Ah, et mon bébé vous dit merde.
Ouah, ouah. Vous avez salopé toute ma planète.
Ça va, ça va.
Merde, merde, merde et merde !
C'est pas possible d'ĂŞtre aussi con !
Regarde lĂ ! ArrĂŞte !
C'est sa caisse. Il a dĂ» prendre un petit chemin.
Laisse-nous lĂ . On va voir si on peut le choper.
Toi, tu essayes de trouver l'entrée de la baraque.
C'est l'heure des comptes, Garan-Servier.
Jean-Marie Brémeux, du service contentieux.
Vous êtes bien la dernière personne que je m'attendais à rencontrer en Suisse.
Oh, Brémeux ! Vous désirez une madeleine ?
Fermez-la ! Brémeux était un con et un délateur.
C'est vrai que vous avez cette fâcheuse habitude de laisser des lettres dans mon casier.
Vous savez que le personnel vous surnomme « la limace ».
Pendant quarante ans...
je vous ai affronté aux réunions syndicales, les yeux dans les yeux.
Pendant quarante ans...
j'ai pensé que vous et moi, on se bagarrait d'homme à homme...
à armes égales.
Et pendant tout ce temps-lĂ , vous deviez penser en me regardant...
« mon pauvre vieux »
« tu peux t'agiter autant que tu veux »
« j'ai croqué ta femme, mon petit syndicaliste ».
C'est ça que vous pensiez, pas vrai ?
Écoutez, Brémeux. Je ne suis pas venu en Corse pour entendre parler de syndicalisme.
Un peu de charité chrétienne. Pas de madeleine, vraiment ?
Et merde !
Il est forcément passé par là .
Merci.
Allez, on y va. Fais chier, ce con !
Pousse, pousse ! - Mais je pousse.
Je vais vous faire une confidence, Brémeux.
En ce moment, j'ai une liaison...
avec une mignonne de la comptabilité.
La petite Lucette Perron.
Sa peau... Si vous pouviez toucher sa peau.
la peau de ses cuisses. Et ses seins.
On dirait des petits pains frais. - Excusez-moi.
Je peux savoir ce que vous faites ici ?
Ah, Charlotte. Je te présente Brémeux...
du service contentieux. Brémeux, Charlotte.
Mon arrière-petite-fille.
En fait, je m'appelle Capucine. Je suis son infirmière.
C'est une propriété privée ici, monsieur.
Oui, c'est-Ă -dire que je suis en vacances dans le coin et...
en passant, je suis entré, presque par inadvertance...
Oui, alors je lui parlais de ma petite secrétaire, Lucette, et de ses cuisses.
N'allez pas vous imaginer des choses. Il ne voit aucune jeune fille.
Il s'agit d'une histoire ancienne qui lui revient en mémoire, voilà tout.
J'avais cru comprendre, oui.
Il bassine tout le monde avec ça. Lucette par ci, Lucette par là .
« La douceur de ses cuisses, sa poitrine ensorcelante, ses fesses »
Et je vous passe les détails graveleux.
Vous ĂŞtes bien aimable.
Ça devait être une sacrée bonne femme, la Lucette...
pour l'avoir enflammé comme ça, ce monsieur.
Et puis au bout d'un moment, il se met Ă divaguer...
Ă parler d'un camion rouge, d'un loup en slip et je-ne-sais-quoi.
- Sécurité pour Capucine. - Oh, excusez-moi.
Capucine, j'écoute ? - J'ai un camion rouge à la porte...
avec une jeune fille qui demande Garan-Servier. Elle dit que c'est urgent.
La famille a dit « pas de visite ». Tu sais bien.
Mais sur le camion, y a comme qui dirait un loup en slip.
Je reviens dans une petite seconde.
Mlle Garan-Servier ?
Et vous alors, Brémeux ?
Les femmes, vous vous en sortez comment ?
Ça y va un peu ? - Oh, je vais te...
Antoine !
Antoine, reviens !
Ça sert à rien. Il est trop loin. On est bon pour retourner sur la route.
Mais... qu'est-ce que vous foutez lĂ , tous les deux ?
À ton avis ? On visite le coin, imbécile !
Ramène ton cul de ce côté du mur, avant de te faire choper.
Mais vous avez pas réussi à escalader le mur, c'est ça ?
- N'importe quoi ! - On a pas essayé.
C'est une propriété privée.
Ah, les manches ! Ah, les manches !
Viens le dire ici, si on est des manches. Il est bon, lui, tiens !
Le loup en slip ?
Le loup en slip en vrai ?
- Vous connaissez ? - Si je connais !
C'est un mythe, ici. Une institution.
Si il existe, vous... vous...
Ben non, vous pouvez pas ĂŞtre Lucette !?
Ah ben non.
Je peux ?
Je crois que j'ai un million de questions Ă vous poser.
Je crois que moi aussi.
T'es vraiment le roi des emmerdeurs, Antoine.
Regarde dans quel état on est.
On a bouffé rien d'autre que des sandwiches à la con sur l'autoroute.
T'as l'impression que c'est du dégueulis entre deux éponges.
On s'est rabattus sur des Bounties dégueulasses.
Alors qu'avec mon traitement, il faut peu de sucre.
Résultat : il a tout vomi. J'ai déchiré ma liquette.
Moi, j'ai jeté mon fusil dans un trou de vase...
Je l'ai jamais retrouvé, putain !
Oh purée ! La baraque !
Il y en a qui s'emmerde pas !
Ça me dégoûte !
Regarde, Marie-Amélie.
Regarde ma chère Lucette.
Et Brémeux, du service contentieux...
qui, apparemment, est comme nous en vacances en Suisse.
La vache ! C'est vrai qu'il a rendu l'antenne, le vieux.
En même temps, à 93 bougies, ça finit par peser sur le gâteau.
M'en parlez pas ! Notez, je me plains pas. La place est bonne.
Grazie mille !
Prego.
Thank you.
Miss Wormwood, vous vous rendez compte ? Je vais ĂŞtre papa.
Father.
Qu'est-ce qui t'a pris de faire toute cette route dans ton état ?
Tu voulais que je fasse quoi ? Tu pars tuer des gens, comme ça, à fond la caisse.
T'imagines ? Si t'avais eu un problème ?
Ben y en a pas eu.
Et puis, si je suis là , c'est aussi grâce à eux.
Oh, mais Mimile !
T'as vu ça, papi ? Il est tout tatoué partout.
Qu'est-ce que tu crois ?
Le Mimile, c'est trois tours du monde en bateau...
c'est un type qui a fait fortune, puis faillite, avec une mine de cuivre en Papouasie.
Excusez-moi.
C'est incroyable que vous soyez lĂ ...
parce qu'en fait, je travaille sur les mémoires de mon grand-père...
j'aimerais bien vous poser quelques questions...
en tant qu'ancien de Garan-Servier.
Oui, mais non.
On a... La route est... Non !
Dis donc, tes dossiers parlent des années 50 ? La première délocalisation ?
Oui, entre autres.
Chaque heure nous blesse, et la dernière nous tue.
- Bellissimo. - Ben oui, justement. Bellissimo.
Va comprendre.
T'inquiètes qu'il sait nager, lui.
Le voilĂ , l'argent des travailleurs.
Tu l'as lĂ , et lĂ .
Exactement.
Des années de privation, des plans sociaux...
de chômage partiel, d'heures supplémentaires.
Et ça leur suffit pas. Ils cherchent encore 100 millions.
Je vais gerber.
Alors comme ça, vous aussi avez travaillé dans l'usine de mon grand-père ?
Vous devez avoir plein de souvenirs Ă raconter.
On aurait adoré, mais là , il faut vraiment qu'on y aille.
On a déjà beaucoup abusé.
- J'en ai plein le fion de Garan-Servier. - Oui, ça, je comprends. Et moi donc.
Pardon. Pas question que vous repreniez la route ce soir.
Il est tard. Sophie est fatiguée.
On s'est mises d'accord. Vous êtes nos invités pour cette nuit.
- Hein ? Non, on doit rentrer. - On ne veut pas vous déranger.
Ah si. À la bonne franquette. Croyez-moi.
Un bon dîner italien à évoquer le bon vieux temps.
Du bon vin de Toscane, une bonne nuit de sommeil lĂ -dessus...
croyez-moi, vous verrez la vie autrement. Viens Sophie, je te montre ta chambre.
On va quand mĂŞme pas dormir ici !?
Tu m'étonnes. Dormir dans les draps du grand capital. Plutôt crever !
On a des valeurs. On en a dans la couenne.
Vous êtes surtout très con.
- Pardon ? - Gnagnagna, le méchant patron.
« On est des purs, des paladins ». Vous en avez pas marre, des fois ?
Vous n'auriez pas envie de profiter ?
Antoine, si tu penses que Garan-Servier s'est payé tout ça avec l'argent des travailleurs,
tu as bien le droit Ă une nuit. Quand mĂŞme. Un minimum. Qu'est-ce que t'en dis ?
Il a pas tort.
Mais je rĂŞve !
Y a deux heures, tu voulais lui mettre deux cartouches dans le buffet.
Parce que j'avais du chagrin. VoilĂ .
J'ai été victime d'une... d'une altération... comment ils disent ?
- Du discernement. - C'est ça. Une altération du discernement.
Ça date pas d'hier.
Là , faut reconnaître que dix heures de bagnole dans l'autre sens,
moi, j'ai pas la force.
On a pas la force, les gars !
Y a pas de honte Ă l'admettre. Allez, venez !
La signora Pivanoti va nous servir l'apéro.
C'est ça. Allez-y ! Allez péter dans la soie.
Moi, je dors dans le vieux camion rouge du prolétariat.
Attends, Antoine, je fais une photo.
L'ancien syndicaliste qui se prélasse dans la propriété cossue de son ancien patron.
- Je me prélasse, peut-être ? - Parfaitement, tu te prélasses.
Imbécile. Je me prélasse pas du tout.
Parfaitement. Au bord d'une piscine.
Ça, c'est de la propagande anarchiste à deux balles.
C'est complètement sorti de son contexte.
Le monde jugera. Je la tweete.
C'est un danger public, ce mec !
Il a pas Twister.
C'est un mot qu'il emploie parce qu'il l'a lu dans la presse.
Viens boire un coup.
Je suis très bien ici.
Mange au moins quelque chose.
Il me reste des Bounties.
Ça, c'est le tout début.
La pharmacie, lĂ .
Et puis la construction de l'usine.
Les premières équipes. Regarde.
Il y a peut-ĂŞtre des photos de vous, Antoine. Qui sait ?
Ne rĂŞvez pas, madame. On invitait pas les ouvriers...
pour les photos officielles. Et encore moins les représentants syndicaux.
Ce qui est fou dans son parcours...
c'est son goût soudain pour le business international...
alors qu'il s'était tellement investi dans sa région.
Parce que son usine, c'était sa grande fierté.
Plus que ses enfants.
Plus que tout.
Il voulait rester au pays parce que c'est lĂ qu'il voulait ĂŞtre reconnu.
Ça a tout bouleversé dans ce village. C'était pas du tout industrialisé.
À l'époque, il n'y avait que l'agriculture.
Et le rugby.
Et le rugby.
Et le loup.
Je vais me le faire.
Bon, on va aller se coucher. Hein, monsieur Armand. Oh si !
Bonne soirée. - Bonne nuit, papi.
Bonne nuit.
Là , c'est la première équipe de direction, avec...
papi, lĂ ...
un certain René et...
C'est Lucette. C'est ma grand-mère.
C'était sa secrétaire, au début.
C'est elle, Lucette ?
C'est exactement toi.
- Je ne me rends pas compte. - Ben si ! Regardez.
Depuis le temps que j'en entends parler, elle était juste là sous mes yeux.
Lucette. Antoine, regarde.
Bon, c'est pas tout ça, mais il se fait tard.
On fait comment pour les chambres ?
- Venez, je vais vous montrer. - VoilĂ .
Bonne nuit tout le monde. - Bonne nuit.
Attends Antoine. Je t'accompagne.
Vous avez la douche et la baignoire.
Je vous mets des serviettes lĂ .
Psst. Lucette.
Qu'est-ce que vous faites lĂ ?
T'as des perles de vin, toi aussi ?
Des quoi ?
Qu'est-ce que c'est ?
Comme a essayé de vous expliquer Capucine, Je ne suis pas vraiment Lucette.
Attends.
C'est lĂ . Tu vas voir.
OĂą est-ce que j'ai bien pu la ranger ?
Vous cherchez quoi lĂ ?
Moi.
Je suis lĂ ...
quelque part, dans cette armoire.
Ça y est. Je l'ai.
Tu t'en souviens ?
Tu débutais dans les marionnettes, à l'époque.
Moi, je l'ai toujours gardée...
et maintenant que ça va mieux pour toi dans ton théâtre...
j'aimerais que tu la reprennes
pour lui donner un rĂ´le.
Mais pas le méchant patron.
Elle vous avait fait...
Je t'avais fait... une très grosse tête.
Oh oui, châmeau !
Mais pas aussi grosse que celle-lĂ .
C'est moi qui lui ait un peu bourré le crâne.
Parce que moi, maintenant...
je perds un peu la boule...
mais pas lui.
Sophie.
Je te cherchais
Est-ce que ça te dit quelque chose, Berthe Coitreux ?
Oui, je lui prends des œufs.
Viens voir.
Parce que tu sais, mon grand-père voulait absolument agrandir le site d'origine.
J'ai entendu parler de ça. Mais ça n'a pas été possible à cause de...
Berthe Goitreux, justement.
Oui. Qui est une foldingue, une emmerdeuse...
Tous les témoignages de l'époque disent ça mais mon grand-père n'est pas d'accord.
Ah bon ? Il dit quoi ?
Il dit que c'était une sacrée bonne femme, justement.
J'ai retrouvé une lettre où il raconte qu'il a tout fait pour la convaincre
mais qu'elle n'a jamais cédé. Tiens, regarde. Elle est là .
Et tu sais pourquoi ?
Parce qu'elle détestait tous les gens du village depuis l'après-guerre.
Si elle vend, l'usine s'agrandit, la région prospère et ça, elle refuse.
Et mon grand-père, en même temps, ça l'énerve...
et puis ça lui plaît.
parce que...
parce qu'il a une espèce de respect pour cette femme qui n'a jamais cédé.
Mais enfin, pourquoi est-ce qu'elle déteste tous les gens du village ?
Ça, c'est pas très clair, justement. Il raconte qu'elle était en rage...
parce qu'on lui a peint ses œufs et ses vaches.
T'as entendu parler de ça ?
Bon.
Ça commence à me gonfler. Tous ces vieux crabes du XXe siècle !
Je te garantis que quelqu'un va finir par cracher le morceau.
Je l'appelle.
Qui ? Berthe ?
AllĂ´.
Bonsoir Berthe. C'est Sophie. Je ne vous réveille pas ? Il est un peu tard.
Qu'est-ce qu'elle veut ?
J'ai besoin de savoir un truc. C'est pour pas devenir dingue.
C'est quoi, à la fin, le problème avec vos œufs ?
Ça te regarde pas, bonsoir.
Si vous raccrochez, je rappellerai. Toute la nuit, s'il le faut.
- Ben je débrancherai le téléphone. - Dans ce cas, j'arrive.
Je suis devant chez vous dans cinq minutes et je taperai Ă la porte
jusqu'à que vous répondiez à ma question.
- Tu vas réveiller ma mère. - M'en fous.
C'est à cause de ton grand-père.
Ton imbécile de grand-père...
et sa clique de vauriens.
Anarchie !
Anarchie !
Anarchie !
Merde.
Tiens. Le militant alternatif qui est sur courant alternatif.
Un coup, il milite. Un coup, il milite pas.
Je suis allé faire pipi.
Te fatigue pas. J'étais dans la chambre d'à -côté.
J'ai dĂ» me lever pour aller voir qui pouvait bien ronfler aussi fort.
À mon âge, on peut faire une ou deux entraves à ses principes.
Ça n'efface pas une vie de combat.
Ah, tout Ă fait d'accord.
Seulement tu aurais pu faire l'entrave avec nous, ç'aurait été plus sympa.
Oh !
Salut !
Non !
Qu'est-ce qu'il y a ?
Euh, rien. Bon, allez, on s'arrache.
Attends. On nous a fait le petit-déj.
Mais tu fais quoi ?
Je prépare un petit spectacle. Viens !
- Oh, mais tout le monde est déjà là . - Eh oui.
Alors, l'incorruptible ? La nuit dans le camion, c'était comment ?
Nickel.
- Et... - Oh, mais elle a ramené des marionnettes.
- Tu vas nous raconter une petite histoire ? - Exactement.
- Oh mais j'adore les petites histoires. - Tant mieux.
Moi aussi, j'adore les petites histoires
Celle-là est très spéciale. Elle s'appelle « Pouleboche et les trois ânes ».
L'histoire se passe dans un petite village du Tarn juste après la guerre.
Dans cette région, la guerre n'avait pas fait rage, car c'était la zone libre.
Mais une division de SS y avait tout de même séjourné quelque temps.
Avant le passage des allemands, tous les enfants du village s'entendaient très bien.
Mais voilĂ .
Certaines familles avaient collaboré avec l'envahisseur, et à la libération...
elles durent rendre des comptes.
Même dans la cour d'école, l'ambiance se dégrada.
« Fils de collabo » criaient les uns...
« ta mère a couché avec les schleux » répondaient les autres.
Une petite fille en particulier fut victime de cette atmosphère délétère.
Elle avait dix ans en 45. Elle s'appellait Berthe.
Mais certains enfants du village l'avaient rebaptisée Pouleboche.
Pouleboche, Pouleboche Pouleboche, Pouleboche
Pourquoi ce surnom bizarre, vous demandez-vous.
Je vais vous le raconter.
Oui, non, mais ça va, là .
Tu t'assieds et tu écoutes jusqu'au bout.
Les vieilles histoires ne ressortent pas que quand ça t'arrange.
Le papa de la petite Berthe avait été envoyé très tôt en Allemagne...
au travail obligatoire
et sa maman s'était retrouvée seule à la ferme.
Aussi, lorsque les SS avaient élu domicile dans le coin,
elle avait vu là une opportunité d'avoir des nouvelles de son mari
et, pourquoi pas, de le faire rentrer.
elle fit donc de son mieux pour rendre service aux allemands...
en pure perte.
le papa de Berthe ne rentra jamais.
Il envoya une lettre et un peu d'argent cinq ans plus tard...
en expliquant qu'il était tombé amoureux d'une allemande là -bas...
et qu'il avait refait sa vie.
Avec cet argent, la maman de Berthe s'acheta un tracteur.
Elle fut la première au village à en posséder un,
ce qui suscita beaucoup de jalousies.
Berthe finit pas ne plus aller à l'école
et resta travailler avec sa mère à la ferme.
Cela aurait pu suffir Ă lui assurer la paix...
mais c'était compter sans les trois ânes.
Ils se montrèrent très créatifs dans la méchanceté.
Il y eut d'abord l'épisode des vaches...
et puis surtout, il y eut l'histoire des œufs.
Des œufs un peu dans ce genre.
Les trois ânes entonnèrent une chanson de leur composition...
sur les poules des boches.
La petite Berthe quitta le marché en courant...
tandis que tous les enfants du village lui chantaient...
la chanson de Pouleboche.
Quelqu'un la connaît ?
Pouleboche, t'es sale et t'es moche.
T'as rempli tes poches avec l'argent des boches.
Non ? Personne ?
Bon. Eh bien je vous laisse tranquillement finir de déjeuner...
parler du bon vieux temps...
Profitez-en pour vous redemander pourquoi le laboratoire Garan-Servier...
n'a jamais réussi à s'agrandir.
Surtout toi, papi.
Ton combat syndical, tes valeurs...
Bla, bla, bla, bla.
Bonjour tout le monde ! Regardez qui est le dernier levé !
- On va aller faire une petite balade. - Non.
Lui, il reste.
Alors, là , Antoine. Vraiment. Merci pour tout ça.
Quoi ?
Comment ça « merci Antoine » ?
On se tape des centaines de bornes dans un vieux tas de ferailles...
pour te sauver les miches et pour toute récompense...
on passe en correctionnelle devant l'inquisition féministe...
et on est lapidés aux œufs. Non, vraiment...
c'est un des meilleurs moments de ma vie !
Parce que tu n'y es pour rien, toi ? Tu as les mains propres, peut-ĂŞtre ?
Poule boche, tu l'as pas chanté avec nous ?
Ah, un dernier truc, papi.
Tous les gâteaux, toutes les crêpes...
toutes les omelettes que t'a faits mamie Lucette ces 40 dernières années,
elle te les a fait avec les œufs de chez Berthe...
parce qu'elle est restée sa copine, elle.
Elle passait la voir avec son camion et elle lui prenait des œufs.
T'as bouffé des œufs nazis toute ta vie, papi.
On peut savoir pourquoi Mimile a pas eu droit au shampoing aux œufs.
C'est vrai. Sans vouloir dénoncer, il était là aussi.
Je lui laisse le soin de vous répondre.
Oh, Émile. Tu vas où ?
T'essayes pas de t'enfuir, par hasard ?
T'en es pas lĂ , quand mĂŞme ?
Putain, mais c'est pathétique. Pathétique !
- Mimile, reviens ! - Allez, oh !
Mais c'est pathétique.
Et maintenant, tu fais quoi ?
Tu continues Ă la nage ?
Tu te fous de nous ?
On t'a parlé, il me semble ?
Tu viens de manger.
Tu vas t'hydrocuter, gros cul. Sors de lĂ . Parle-nous !
Ă€ quoi tu penses ?
Je pense que j'aimerais bien aller Ă la fĂŞte du village, samedi.
Eh bien ma foi, vas-y. Y a pas de raison que tu te prives.
Fais pas l'idiot, Émile.
Tu sais très bien ce que je veux dire. Je voudrais que ce soit toi qui m'y emmène.
Ah, euh... mais dimanche, c'est la demi-finale d'accession. Il faut que je sois en forme.
Ben voyons. T'as jamais raté une fois la fête du village.
- Berthe, te vexe pas. - T'as honte. VoilĂ ce qu'il y a.
Tu veux pas assumer que tu fréquentes Pouleboche.
Tu m'aimes pas.
Bien sûr que si, je t'aime.
C'est juste que lĂ , c'est pas le bon moment. Encore une demi-finale.
C'est bon, ne te fatigue pas, va.
Mais attends !
OK, on ira ensemble Ă la fĂŞte.
Je viendrai te chercher Ă 5 heures samedi.
Ă€ ce soir, maman.
Alors lĂ , c'est le pompon sur la cerise.
C'est au-delĂ des mots, c'est...
Je l'ai jamais revue, Berthe.
Après la fête, jamais.
J'ai quitté la région, le pays, le continent.
Si j'avais pu aller encore plus loin.
Si j'avais pu aller sur mars...
j'y serais allé.
C'est vrai, putain, quand t'y penses à l'époque. Il est parti comme un lavement.
Et nous, mon pauvre Antoine, on l'a prit pour un aventurier.
On a rien entravé à l'histoire.
Pour nous, t'étais Marco Polo.
Escroc !
Elle était drôlement fâchée, Sophie.
Mais merde, on était môme.
Tous les mĂ´mes font des conneries.
On lui demande si elle arrachait les pattes des mouches étant gamine ?
Mais là , c'était pas des pattes de mouche.
C'était hors-catégorie.
C'était... - T'as raison.
On s'est comportés comme des gros cons.
Oui, bon ben, on l'a fait, on va pas le défaire.
C'est toi qui l'a dit, Pierrot.
Le cap. Pas de remord ni de regret.
On arrive aux termes du mandat. On a chié les trois-quarts de notre merde.
Alors c'est pas deux pisseuses de 20 piges qui vont nous coller des remords.
On va pas passer notre temps à regarder dans le rétroviseur.
Tout ça, c'est la faute de Lucette. Merde !
Elle avait pas le droit, putain !
Elle avait pas le droit de faire ça. Elle avait pas le droit.
C'est dégueulasse.
Ne recommence pas. C'était une petite aventure.
Je parle pas de ça.
Mais qu'est-ce qu'est dégueulasse, alors ? Prendre des œufs chez Berthe ?
Mais non.
Ben explique-toi mieux. Elle avait pas le droit de quoi ?
De me laisser.
Faut pas chialer, pépère. Merde !
Je veux rentrer chez moi.
Eh ben, c'est pas de refus.
J'ai un colis pour vous.
Salut, la plus belle.
Je suis venu récupérer mon bolide.
Remonte sur Paris et j'embarque Mimile.
- J'ai du courrier, aussi. - Tiens.
Encore ces horreurs ?
T'es fâchée ?
J'ai pas le temps d'être fâchée. Facture, facture, facture.
Ça s'arrête pas. Je vais jamais m'en sortir.
Si tu voulais faire fortune en manipulant des poupées de chiffon...
fallait faire le lobbyiste Ă Bruxelles...
pas marionnettiste dans le Tarn.
Oh merde !
J'ai fait trop souple. - Il est toujours lĂ , le maniaque ?
Il est déjà bien gentil de réparer mon toit.
Il a changé ta roue, aussi. T'as vu ?
Il a même réparé tes rétros.
J'ai un peu réfléchis à tout ça avec Garan-Servier...
je repensais Ă son histoire avec Lucette et...
je me demandais, comme ça, si ça t'avait traversé l'esprit que...
mon père, le fils à problème dont on doit pas dire le nom, soit...
le fils de Garan-Servier ?
Ça expliquerait pas mal de trucs.
Je ne sais pas quoi faire de ça, et papi non plus, je suis sûre.
Tu veux pas lui en parler, toi ? - Moi ?
Gamine, je connais ce type depuis 74 ans.
L'amitié, c'est comme le pinard.
Si tu veux que ça se garde, il faut pas trop de lumière.
Mais la bonne température.
Ben je fais quoi, alors ?
Bon !
Je retourne Ă Paris. Mon collectif m'attend.
La lutte continue.
Bon j'ai fini. J'ai changé pas mal de tuiles. Ça devrait tenir.
Je vous ai entendu tout-Ă -l'heure rapport Ă l'argent.
Je peux attendre. Ne vous faites pas de bile.
On va se prendre un coup de fourche. C'est sûr !
Une vieille fourche toute rouillée.
Je vais vous dire : même si on chope le tétanos, on l'aura pas volé.
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