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...
Brouhaha lointain
-Ca va ? -Oui.
La porte claque.
Discussions des élèves
Gémissements, cris
Soupirs
Sanglots
...
...
...
Sanglots retenus
...
Sanglots
...
Elle entre dans l'immeuble.
Sonnette
...
-Jeanne venait d'être mise à la porte par son fiancé.
-Oui ? -C'est moi, papa.
Il ouvre la serrure.
Ca va ? -Et toi ?
-Ca va, ça va. -Qu'y a-t-il ?
-Ca va, ça va.
-Y a rien de grave ? -Non, non.
-Rentre.
Soupir
Elle souffle.
Je vais te faire une tisane.
-Oui, merci.
...
...
Merci.
...
...
...
Il m'a dit que...
Que je pouvais rester chez lui.
Jusqu'à ce que je trouve un endroit.
Mais j'ai fait ma valise et je suis partie.
-T'as bien fait.
-Mais... il était complètement indifférent.
Pleurs
Il me regardait faire ma valise.
Ca lui faisait rien.
Comment on peut devenir si indifférent tout à coup ?
-Il doit pas être indifférent... -Si, je te jure.
Je veux plus avoir d'histoires si ça doit finir comme ça.
-S'il n'arrive plus à t'aimer,
perds pas de temps à lui en vouloir.
Hm ? -Mais, papa...
Je sais pas comment je vais faire.
Sanglot
C'est la 1re fois que j'aimais quelqu'un comme ça.
...
-(Tiens, bois un peu.)
T'es maigre comme un coucou. Faut manger et dormir.
-Pourquoi tu dis que je suis un coucou ?
Elle souffle.
Grincements
Y a quelqu'un ? -Oui.
-Elle va partir ?
-Non, elle est là pour un moment.
-D'accord.
Je peux rester quand même ? -Bien sûr.
-D'accord. -Installe-toi sur le canapé.
J'apporte une couverture. -OK.
Balbutiements
Je peux partir, si je dérange. -Et tu irais où ?
-Bah...
-(Tiens.)
(Essaie de dormir.) -Merci.
Bonne nuit.
-Bonne nuit. Je suis à côté.
Frottements, bruissements
...
-En essayant de s'endormir, Jeanne pensa à sa vie
et à son père qui dormait à côté avec cette femme.
Puis elle pensa à celui qu'elle aimait et qui ne l'aimait plus.
C'était comme si on l'avait écorchée vivante.
Il l'embrasse.
Soupir
-Attention, tes mains.
-Merci.
Elle sert à boire.
-Tu vas t'en remettre.
On s'en remet toujours.
-Tu parles pour toi ? -Je parle pour toutes les femmes.
-T'es pas si géniale que ça, en fait.
-Mais je ne pr...
J'ai pas prétendu être géniale. Je sais pas.
-T'es moins belle que ma mère.
-Ah bon ? -Hm.
Tant mieux, d'ailleurs. -Pourquoi, tant mieux ?
-Parce que...
Pardon.
Sanglots Je dis n'importe quoi, excuse-moi.
-(C'est pas grave.) ...
...
-Pardon. Pardon...
Gémissements
-Je vais te faire de la place.
-Elles sont belles, tes fringues. -Tu trouves ?
Tu peux m'en prendre.
-C'est vrai ? -T'hésites pas.
-Toi aussi, tu peux m'en prendre. -C'est gentil.
Hop là !
-Au début, je voulais pas.
Mais il m'a tellement dit qu'il m'aimait...
-T'as fini par le croire. -Ouais.
C'est fou parce que...
Je le savais très bien.
Dès le début.
Je suis vite tombée dans ses bras.
En fait, je sentais que ça se passerait mal.
J'ai été conne ! -T'étais amoureuse, c'est tout.
Soupir
A la base, j'étais insupportable.
C'est lui qui est venu me chercher.
Et tout à coup, y a plus rien.
On n'est plus ensemble.
Non...
Je me suis fait avoir. -Mais non.
C'était important pour lui aussi. -Non, je veux dire...
Je me suis fait avoir par l'amour.
Pas par lui.
-Et si t'es si triste, c'est que c'était bien, avec lui. Non ?
-Oui...
Pour que ça finisse comme ça...
T'es avec mon père depuis quand ? -3 mois.
C'est tout nouveau.
Ca te gêne ? -De quoi ?
-Qu'on ait le même âge, toi et moi.
-Non. (Ca me gêne pas.)
Tu l'as rencontré où ? -En cours.
-C'est vrai ?
T'es une élève ? Rires
-Non, mais c'est moi qui...
Je lui ai couru après jusqu'à ce qu'il craque.
Au début, il était tellement embarrassé...
-C'est toi qui l'as dragué ? -Oui.
Il m'a résisté un trimestre entier.
Petit rire Quoi ?
-J'imagine sa tête.
Il me fait rire.
-Ca va mieux ? -Oui.
Elle l'embrasse.
Conversations éparses
-Le jour suivant,
Jeanne avait cru reconnaître dans la rue
le visage de celui qu'elle aimait.
-Elle se calme. Je lui ai donné un truc pour dormir.
Tu me trouves joufflue ?
-Viens te coucher, Narcisse.
-Une femme qui n'aime pas son corps n'est pas un bon coup.
-Tu m'apprends des choses, toi.
Pas maintenant. -Pourquoi ?
-Jeanne pourrait nous entendre. -Je sais.
Mais je ferai attention, promis.
Et je crois que je vais jouir très vite.
Brouhaha, échos de voix
...
-A l'université, tout le monde ignorait
qu'Ariane était la maîtresse de Gilles.
Ils étaient très discrets.
-La 1re fois que tu m'as regardée,
tu te souviens ? -Non.
-Tu faisais ton cours de philo.
Et... Je m'en rappelle tellement bien !
Quand t'as dit...
"La philosophie n'est pas un divorce avec la vie."
Tu te souviens pas ?
Tu m'as regardée, tu t'es arrêté en face de moi...
Et, je sais pas, je me suis sentie complètement nue.
Et je suis tombée amoureuse de toi.
Soupir
-Comme il avait peur de la perdre,
Gilles dit à Ariane
que malgré les infidélités qu'ils pourraient commettre,
ils resteraient ensemble.
On ouvre une porte. -Je reviens, papa !
Claquement
-A ce soir.
Gilles ferme la porte.
-Ariane pensa que peut-être, un jour, elle partirait.
Qu'elle ne pourrait pas faire autrement.
-Oh, là là... -Quoi ?
-Je fais n'importe quoi. -Coupe encore plus petit.
C'est pas comme ça.
-Coucou ! -Ca va, papa ?
-Ca va.
-On a fait des courses. -Bonjour, ma fille.
-Ca va ? On a même préparé à manger.
-Tu m'embrasses pas ? -Ma fille d'abord.
Claquement
-Qu'est-ce qu'elle a ? Elle est folle.
-Je crois qu'elle a un grain.
-Tu dis ça sérieusement ? -Oui, je le pense vraiment.
-Tu t'en es pas rendu compte ? -Si, mais trop tard.
-Ah bon ? Pourquoi trop tard ?
Parce que tu l'aimes ? -Oui. Je crois bien que je l'aime.
-Et tu l'aimes pour ça ? Parce qu'elle a un grain ?
-Qui sait ?
On entre dans la chambre.
Tiens, c'est pour toi.
-Je veux rien.
-T'es malade ?
-Juste laisse-moi.
-Si tu changes d'avis, je te le laisse dans le four.
-Ce soir-là,
Gilles sortit seul avec sa fille.
-Papa... -Oui ?
-Selon toi, c'est quoi, la fidélité ?
-Personne l'a jamais su.
C'est un mot comme un autre.
Certains sont fidèles à des choses sans importance pour d'autres.
-Par exemple ?
-A des souvenirs, à des détails...
-Oui, c'est ça.
Y a plus important que la fidélité physique.
-Pour certains, non.
-Et pour toi ? -Pour moi ?
-Oui.
-Pour moi, je sais pas.
Je sais pas à quoi je suis fidèle. Ni à qui.
Que vas-tu faire de ta vie ?
-Pourquoi tu me demandes ça ?
-Parce que je t'ai donné cette vie.
-Tu le regrettes ? -Pas du tout.
Toi non plus, j'espère.
-Je sais pas, papa.
T'inquiète pas, ça va.
T'en fais pas pour moi.
Conversation inaudible
Eclaboussures -Ah !
Je déteste les gens qui font couler l'eau des fleurs sur les passants.
C'est toute la bourgeoisie !
Pleurs
Porte d'entrée
-Vous étiez où ?
-Rien, on était ensemble.
J'ai faim ! -T'as eu peur qu'on revienne pas ?
-T'as pas faim, papa ? -Non.
On boit un dernier verre ?
On ouvre une bonne bouteille.
-Pour fêter quoi ?
-Bah, je sais pas.
-Merci.
-Je vous demande pardon.
-Pardon pour quoi ?
-C'est bon, c'est oublié. T'inquiète pas.
-Je vous aime.
Ariane quitte la pièce.
-Une nuit, Gilles est sorti parce qu'avec Ariane,
ils commençaient à se disputer.
Il a croisé une fille de l'université.
Ils marchent sur la place.
Elle sait qu'il enseigne à l'université,
il est quand même une sommité,
et la fille a l'âge d'Ariane. -Tu faisais quoi ?
-Quoi ? -Tu faisais quoi ?
-(Je montrais ma zézette.) Rires
-Pour un chewing-gum ? ...
-Pas toi ? -Non, ben, non.
-Pourquoi ? Tu montrais pas ton...
...
-Non.
-Ca pourrait, hein. -C'est ton tour.
Non, c'est ton tour.
-Il pense à Ariane, d'ailleurs.
Et qu'il devrait rentrer, car la nuit avance.
Mais il est bien avec la fille
et retarde plusieurs fois ce moment de se séparer.
-On y va ? -Oui, je vais y aller.
Euh...
Volet mécanique -Je croyais que tu...
-C'est quoi, ton nom ?
-Yentel. -Moi, c'est Gilles.
-Oui, je sais.
-Bon. Tu veux que je t'appelle un taxi ?
-Non, j'habite au-dessus, là-bas. -Bon.
Bon, ben, salut.
A bientôt. -OK...
A lundi !
Grande inspiration
-(Putain !)
-Cette nuit-là, Jeanne rêva de Matéo,
son fiancé envolé.
Soupir
Tonalité
...
*-Allô ?
Allô ?
Jeanne ?
Jeanne, c'est toi ?
Elle coupe.
-Ariane ?
Il a appelé. -Qui ?
-Matéo.
Il osait pas parler,
mais c'était lui. -Sûr ?
-Oui. J'ai reconnu son souffle.
-Ah...
-Tu me crois pas ?
-Si. Mais pourquoi il ferait ça ?
-J'en sais rien.
Tonalité
Le téléphone sonne.
-Allô ?
Allô ?
Allô ?
Elle respire fort.
Matéo, c'est toi ?
Elle coupe.
Matéo a rappelé Jeanne.
-Ah ? -Oui.
Il appelle, et quand on dit allô...
il répond pas. -Comment ça ?
-Si, il l'a appelée 2 fois. Ce matin, c'est moi qui ai répondu.
J'ai entendu son souffle, comme s'il avait du mal à respirer.
Et il a raccroché.
-S'il continue, j'irai le trouver. -Hm.
Serrure
-Coucou, c'est moi !
Pleurs Jeanne !
... -Va-t'en ! Laisse-moi !
-Jeanne, descends de là ! -Ca te regarde pas, va-t'en !
-Ta vie dépend pas d'un ex, c'est trop con !
... Jeanne ! OK, il a été égoïste.
Mais ça arrive à tout le monde.
Même toi, tu feras du mal, un jour. -Non...
-Arrête ! -Je peux pas,
je veux plus vivre ça.
Ca fait trop...
Cris
Laisse-moi ! -Arrête ! Jeanne !
...
... Je comprends que t'aies mal.
... Mais ça va passer, je te jure !
-Tu comprends pas !
Je veux qu'il sache ce qu'il m'a fait !
... -Jeanne... Arrête !
Si tu sautes, tu seras pas là pour t'en rendre compte.
Jeanne pleure. Jeanne...
... Putain...
...
Halètements
... (Allez, viens.)
(Viens là.)
Sanglots de Jeanne
-Tu le dis pas à papa, hein ?
Jure-le-moi.
-Comment tu veux que je garde ça pour moi ?
C'est pas vraiment anecdotique.
-Je ne recommencerai plus, promis.
-Dis-moi que tu vas tout faire pour reprendre goût à la vie.
-Oui. -Tu vas recommencer
à voir des gens, des amis, des garçons.
Tu vas écouter mes conseils.
Tu vas sortir avec moi... Tu me le jures ?
-Oui. Porte d'entrée
-Coucou !
Ca va, vous deux ? -Oui, et toi ?
-Ca va. C'est quoi, cette histoire
de Matéo qui t'appelle ? -Rien, c'est peut-être pas lui.
Ballade au piano
-Lorsqu'il faudra quitter ce monde
Fais que ce soit en ta présence
Fais qu'en mes ultimes
secondes
Je te regarde avec confiance
Tendre animal au sein
troublant
Que je tiens au creux de mes paumes
Je ferme les yeux
Ton corps blanc est la limite
du royaume
Un matin de grand clair beau temps
Tout rempli de pensées charnelles
...
Et puis le grand
reflux du sang
La condamnation
essentielle
...
La vie qui s'en va en riant
Remplir des entités nouvelles
La vie n'a pas duré longtemps
La fin de journée est si belle
-Il fait quoi, ton père ?
-Les divorces.
-Il est avocat ? -Ha !
C'est lui qui divorce.
Pour la 3e fois.
Je crois qu'il adore ça.
Ca l'occupe. -Ah ouais ?
-C'est une fausse blonde. -Oui...
-Elle a les cheveux gris, aujourd'hui.
-Ah bon ? -Non. Non, non.
Rires
-Pas sûr. -En fait, je l'ai jamais vue.
-Si, une fois. -Je crois pas.
-Si, c'est sûr. -A la fac ?
T'as dû la voir. -Ah, merde.
-Mon père m'a raconté...
Mes grands-parents avaient une boutique dans la Bouzareah,
et une fois que la guerre a été déclarée, ils ont écrit
sur sa porte : "La valise ou le cercueil".
Et mon père est parti d'Alger, avec sa famille, pour Marseille.
Ils étaient pieds-noirs.
-Oui...
Quand on en arrive à penser que l'ennemi a raison
et est la victime,
alors la pensée bascule.
On se range au côté de l'ennemi, jusqu'à militer avec lui,
à mourir pour lui. -Mais tu peux pas dire
que c'est l'ennemi. -Ah, bé...
Confondez pas avec le jihadisme, c'est autre chose.
-Bah... -A l'époque...
On leur piquait leurs terres. -Il fallait du courage,
quand même.
-Oui ! Ca, il en fallait.
Il fallait même être inconscient.
-Fallait être en accord avec ses convictions.
-J'étais contre la guerre, jeune fille.
-"Ariane". -Je ne voulais tuer personne.
Mais j'ai dû le faire, comme tout le monde.
Même si j'avais de la sympathie pour la cause algérienne,
j'aurais pas pu trahir mon pays. -Même sachant que votre pays
n'avait rien à faire là-bas ? -Oui, même en le sachant.
-Tu crois qu'ils étaient combien ?
-Plus d'un million d'appelés. -Ah oui ?
-Parmi les élèves, à part Jeanne,
personne ne savait qu'Ariane était avec Gilles.
-C'était une guerre qui n'était pas appelée une guerre
et qui suscitait plus... Qui n'était pas voulue, quoi.
-T'as du feu ?
-Je me demandais...
Question inaudible
Tu vois, les histoires que t'as entendues...
La conversation continue.
...
-Tiens.
-Le pire, c'est quand ils étaient...
-Oui ? -Quand ils...
Quand ils revenaient...
Personne ne voulait en entendre parler.
-C'est ton truc, hein.
Ca marche pas avec moi. -Y avait pas de témoignages, donc.
-Comment ?
-Il est pas mal, ce mec.
-Quel mec ? -Tu me prends pour un con ?
Quand il t'a donné ton manteau, il te frôlait la nuque.
Ca avait pas l'air de te déplaire.
-T'es complètement fou.
C'est pas moi, c'est toi qui fantasmes.
-Je connais ce genre de mec.
Pas causant, mais ça vous enveloppe les femmes du regard.
Dis pas qu'il te plaisait pas.
Y avait qu'à voir tes yeux. -Ah oui ?
-Lui aussi, il te regardait. Il écoutait rien, il te regardait.
-Ah bon ?
-Tu le sais bien. Les femmes remarquent toujours ça.
-Je trouve que tu l'as beaucoup regardé.
C'est pas à toi qu'il plairait ?
C'est ce que tu souhaites, avoue.
Que j'aime les autres et que je couche avec toi.
Soupir
-Tu vas où ? -Chez ma mère.
-Tu lui as dit, pour toi et moi ? -Oui.
-Tu m'embrasses pas ?
-A tout à l'heure.
-Et ta mère, elle a dit quoi ? -Ma mère, elle s'en fout.
Salut.
-Ce jour-là,
Jeanne tomba sur la couverture d'un journal porno
sur laquelle figurait Ariane nue.
Déclic photo
-Tu dors pas ? -T'es là ?
Non, j'y arrive pas.
-T'es tout seul ? -Ben, tu vois.
Et toi ?
-Ca va.
-T'as fait quoi ? -Bah, rien.
Je me suis baladée.
-Ah oui ? -Oui.
J'ai vu des copains.
-Vous parlez de quoi, avec tes copains ?
-De la guerre. -De quelle guerre ?
-La prochaine.
Et... les profs, nos petites histoires.
Bon...
Je me couche, je suis fatiguée. -Oui.
Bonne nuit, ma fille.
-Bonne nuit, papa.
-A demain ! -Ouais, à demain.
Soupir
-Jeanne ne va d'abord rien dire. Pas plus à Ariane qu'à son père.
Elle va garder ça pour elle et ne le dire à personne.
Gémissements, cris
-Oh, mon Dieu... Oh, mon Dieu !
...
Ils halètent.
-Pardon, je me suis endormie.
-Chez ta mère ?
-Tu dors pas ? -Je m'inquiétais.
-Quand j'ai vu l'heure, j'ai pas appelé pour pas te réveiller.
-Elle va bien, ta mère ?
-C'était pas prévu comme ça. -Répète, j'ai pas bien compris.
Non, n'exagère pas.
-Tu veux vraiment savoir ?
-Je crois que j'ai pas été assez clair.
Je veux pas savoir et j'aurais préféré tout ignorer.
Si tu veux que ça dure, nous 2, faut apprendre à pas se blesser.
T'es égoïste, je le sais.
Je t'aime comme t'es, sans marchander,
mais je veux pas souffrir.
Les conflits, les engueulades, les réconciliations,
ça m'intéresse pas.
Je veux vivre en harmonie avec toi.
Tu comprends ça ? -Oui, je comprends.
Je pensais pas que ça pouvait exister,
l'accord qu'on a.
Je me sens libre avec toi. Même si je dois me corriger parfois.
Mais avec toi, je me sens libre d'être moi.
Je me sens bien.
Et tu me connais bien, je peux rien te cacher.
J'y pense même pas.
C'est fou, comme tu me devines.
Tu sais des choses sur moi que, moi, je sais pas.
-Je te connais parce que je t'aime, peut-être.
-Oui.
Va falloir que je fasse gaffe. -Je te le conseille.
-Gilles allait marcher le soir
dans la rue où il montait avec des putains quand il était jeune.
Puis il se mettait au lit.
La nuit passait sans Ariane, qui la passait dehors,
et l'éternité ne s'arrêtait jamais.
Le bonheur régnait sur leur contrée.
L'eau coule à flots.
-Que fais-tu ?
-Je vais chez Matéo.
Il travaille, il est pas chez lui.
-Fais attention. Appelle, avant. -Ca va.
Je prends mes affaires et je reviens.
J'ai la clé. -Jeanne !
-Quoi ? -C'est moi qui vais y aller.
-Pourquoi ? -C'est mieux.
-Ariane a raison, c'est mieux.
-OK ? -OK, ça marche.
-Tiens.
Tu me fais une liste.
Dis-moi ce que tu veux. -OK.
-Et donne-moi les clés. -Ouais.
-Tenez.
Voilà. J'ai mis ses bouquins là,
et vous avez des vêtements là, à côté.
-Super.
On peut se tutoyer, hein.
-Comment va Jeanne ?
-Ben, à ton avis ?
-J'ai pas voulu que ça se passe comme ça.
C'est elle qui est partie.
-Tu lui as jamais dit de partir ? -Si, une fois.
Lors d'une dispute. Mais pas cette fois-là.
-Faut jamais dire à une femme de partir.
Elle le fait, après.
On n'est pas foutus pareil.
T'es avec quelqu'un ? -Non.
Rien qui compte.
-Tu peux me le dire,
je le dirai pas. -Je suis pas amoureux.
-Quoi, alors ?
-J'ai ma part de responsabilité, mais elle est trop possessive.
Ca a tout gâché. -Elle est entière.
-Ouais, voilà.
Ouais, OK...
-T'es son 1er grand amour. -Je sais.
-Tu le sais ? -Ca me fait peur.
-Peur ?
-Je me sens pas assez mûr pour lui donner ce qu'elle veut.
Et elle est hyper fragile.
-Eh ben, c'est dommage.
Ariane rassemble les affaires.
...
Quand on est jeune
et fragile comme ça,
ça peut te marquer à vie.
-C'est long, la vie.
-Oui, c'est long.
Salut. -Salut.
Ariane ferme la porte.
-Ariane apprit à Jeanne
que Matéo ne vivait pas avec une autre.
Ce qui soulagea le coeur de Jeanne.
Quelqu'un arrive.
-J'ai croisé Matéo. -Ah bon ?
-Hm.
-Ben, raconte.
-Y a rien à raconter.
-Je l'ai envoyé se faire foutre.
Ariane rit.
-Ca t'a fait quoi de le revoir ?
-Hm... Je sais pas.
J'avais un peu le ventre serré. -Hm.
-J'avais la gorge coincée.
Alors, j'arrivais pas à parler.
C'est trop tôt, en fait.
Je peux pas le revoir, encore.
C'est impossible.
-Et lui t'a dit quoi ? On entre.
-On dit rien à mon père. -OK.
-Jeanne et Ariane étaient liées par leurs secrets.
Ariane n'avait pas dit à Gilles
que sa fille avait tenté de se suicider.
-Vous avez pas vu une enveloppe ? -Quoi ?
-Ah, la voilà. C'est bon. -Ariane avait pris ce risque.
-Je ressors.
-Jeanne lui rendait la pareille avec les photos porno,
dont elle ne parla jamais à Gilles.
-Faut que je te montre un truc. -Attends. "Traditions..."
-Regarde.
Tiens.
-T'as trouvé ça où ? -Dans la rue, sur les kiosques.
-Tiens.
C'était l'an dernier, j'avais besoin de thunes. C'était rien.
-Non, mais t'inquiète pas.
Vraiment, je vais pas le dire.
Je te promets. Je le dirai pas à papa, juré.
Regarde, je l'efface.
-Je veux bien. -Voilà.
Merde. Non... Hm !
C'est bon.
Soupir
-Tu sais... -Hm ?
-Les hommes trompent sans préavis, et ça les gêne pas.
Mais ils ne supportent pas que les femmes fassent pareil.
Au final, y a qu'une solution : faire pareil, sans leur dire.
-Ah oui ? Sans préavis ? -Oui.
-Je sais pas. Si je couchais avec un autre mec,
ça voudrait dire que mon histoire est foutue.
-T'as jamais fait l'amour
pour le plaisir ? -Non.
-Allez. -Non, mais si, mais...
Une fois, au début.
Par curiosité, comme ça. -Et alors ?
-C'était nul. Enfin, c'était pas une bonne idée.
-Faut savoir choisir ses amants.
Tout est là. -Ah ouais ? Toi, tu sais ?
-Oui. -Tu te trompes jamais ?
-De moins en moins.
-Hm...
Soupir
J'ai un copain, à la fac... Un mec qui a 25 ans...
Et... Il a jamais aimé personne.
Il arrive pas à rester avec quelqu'un, en tout cas.
Et il raconte qu'en fait, quand on tombe amoureux,
on se met à tout aimer, à voir que...
A trouver que la vie est vraiment incroyable.
Se balader, c'est génial... Qu'on devient débile, en fait.
Rires
Mais c'est triste de jamais tomber amoureux.
Tu trouves pas ?
-Peut-être qu'il a pas trouvé la femme qui le dominerait.
Tu crois pas ? -Ben... Je sais pas.
Mais il se fait toutes les filles. -Ah ouais ?
-On a tout fait à 2, avec Matéo.
Du coup, j'ai toujours été confortable, à ce moment-là.
C'est comme si on s'était laissés aller à un truc très tranquille.
-Oui, confortable.
Il faut faire attention à ça. -Hm.
-C'est aussi la personnalité.
C'est pas ce mec-là forcément.
C'est peut-être nous, aussi. On se laisse aller à ça.
C'est pour ça que ça me dérange d'être en couple.
J'adore ça,
et en même temps, je trouve ça chiant
parce que c'est confortable.
Du coup, c'est moins radical à l'intérieur de toi.
Tes choix, tes trucs...
T'as très vite juste envie de rentrer retrouver ton mec.
C'est vrai.
Alors que... Enfin...
C'est bien, mais en même temps, c'est pas hyper fou, quoi.
-Ca te fait te sentir moins seule.
C'est peut-être notre solitude qui nous fait agir, penser.
-Voilà. Tu te mets à ne plus penser du tout.
T'as juste à être bien.
A te mettre dans une espèce de gros manteau.
Pour pas avoir froid.
Alors que seule, triste...
Ca peut être une souffrance d'être seule quand on aime être en couple,
mais au moins, dans la solitude, on affronte le froid.
-Ouais...
-Jeanne !
Déclic photo
*Musique dance dans la voiture
-Ca va ? -Tu te promènes ?
-Tu perds ton écharpe. -Merci.
Tu fais quoi ?
-Tout de suite, tu veux dire ? -Oui.
-Je vais chercher une amie.
-Tu ne fais plus la bise ? -Oh, pardon.
Arrête, Stéphane.
-Jeanne rencontra ce copain.
Le tombeur dont elle avait parlé à Ariane.
-Toujours aussi farouche. -T'es vraiment lourd.
Excuse-moi, j'ai rendez-vous. Faut que j'y aille.
-Jeanne, qui n'avait jamais osé coucher avec lui,
allait le faire par procuration. -Tu viens ?
Vrombissement de la circulation
...
-Salut.
Ca va ? -Oui, et toi ?
-Oui. -C'est Stéphane.
-Ariane. -Salut.
-Je l'ai croisé dans la rue.
Ca va, si on déjeune tous les 3 ?
Brouhaha dans le café
Je lui ai parlé de toi.
Elle me parle tout le temps de toi. -Ah ?
-C'était où, ça ?
-Dans le Tyrol. -Le quoi ?
-Le Tyrol, en Autriche. -J'ai cru que c'était
comme un gâteau. -Le Tyrol ?
-Oui. -Non, c'est une région.
-C'est quoi ? -Un reportage.
-Et ça ?
-Ca, c'est aux Etats-Unis. -Oh, j'aime bien !
-C'était un truc sur l'environnement.
-Le cadre est bien. -Oui, j'aimais bien.
-T'as vraiment un regard.
Rires
-T'as vu comme les filles sont belles, ici ?
Si je reste ici, je vais partir avec une étudiante.
T'es marié ? -Je l'ai été.
-La fidélité, t'y arrivais ? -Bof.
Je vais pisser.
Gémissements, soupirs
...
Cri d'Ariane
Gémissements, soupirs
...
La porte claque.
Bon, salut.
-Ca va ?
-J'y vais.
-T'oublies ton sac.
-Pardon.
-Jeanne, bouleversée par le chagrin de son père
et se sentant coupable,
aurait voulu plaider la cause d'Ariane pour les réconcilier.
Pleurs
-T'étais au courant ?
-Non, je te promets.
-C'est vrai, elle savait pas.
Elle pouvait pas savoir. -Pourquoi ?
-Parce que c'était la 1re fois.
-Tu l'as connu comment ?
-Mais, papa...
C'est moi qui lui ai présenté.
-Tu peux nous laisser ?
-Ouais...
Jeanne quitte la pièce.
-Je t'ai vue...
si perdue, si sensuelle avec un autre.
Je suis un imbécile. -Je te demande tellement pardon.
Je te demande pardon.
-Je me suis cru tellement plus fort que tout le monde.
Je veux vieillir près de la femme que j'aime et qui m'aime.
Et ça peut plus être toi. -Ce type
est rien, pour moi.
C'est juste un désir comme ça, ça n'a pas de lendemain, ça passe.
Et je t'ai cru quand tu m'as dit
que si j'avais envie d'être avec un homme plus jeune
sans te le dire, que...
J'y ai cru, quand tu m'as dit ça. -Maintenant, ça changerait quoi ?
-Je sais pas. Pleurs
-Tu recommenceras. T'es un Don Juan.
Tu veux t'amuser avec ta chose. -C'est pas vrai !
C'est pas vrai !
T'es horrible...
...
... -Arrête de pleurer.
Je sais trop ce que tu ressens quand tu baises pour le plaisir.
J'ai été comme toi longtemps.
J'ai fait souffrir des femmes qui méritaient pas ça.
-Alors, c'est fini ?
Tu veux que je parte ?
-Je vais faire un tour.
Gilles ferme la porte d'entrée.
Elle halète.
...
-Viens. Pourquoi t'as fait comme ça ?
Ariane pleure.
... On était si bien.
-Je sais pas.
Si ton père me quitte, je crois que je me tue.
-Arrête.
Viens...
Pas dans l'escalier
La personne passe le palier.
Tintement
-Tu ferais mieux de te mettre au café.
C'est l'heure.
-Tu crois ?
-Ariane quitta la maison.
Et Jeanne resta seule avec son père.
On frappe.
-Regarde comme elle est belle.
Qu'est-ce que tu fais ? -J'ai fini mon travail, je rentre.
-Regarde comme elle me va bien.
-Oui, elle te va bien.
Tourne-toi.
Prends-la, si tu veux. -Oui ?
Et je peux l'échanger, si je veux.
Merci.
-On se retrouve à la maison ? -Oui.
-Tu vas mieux, on dirait.
-Pourquoi, j'étais malade ?
-Avant de se séparer, Ariane avait dit à Gilles
que Jeanne avait tenté de se jeter par la fenêtre.
Trois mois plus tard, le soir de son anniversaire,
Jeanne demanda à Gilles de la rejoindre dans un restaurant
pour dîner avec lui.
Conversations des clients
-Ca va, papa ?
-Bonsoir, ma fille.
Bonjour, Matéo. -Ca va ?
-Et toi ? -Oui, ça va.
-Attends, je reviens.
-(Tu lui dis ?)
-Non, tu lui dis, toi. -Non, je veux que ce soit toi.
-OK. OK, je lui dis.
-Bon !
Joyeux anniversaire, ma fille. -Merci.
-Jeanne et moi, nous nous sommes remis ensemble.
-C'est une bonne nouvelle, ça. -Hm.
J'ai toujours attiré les fous
et les folles.
C'est toujours sur moi que ça tombe.
En fait, y avait la fille, dans la rue,
elle était là,
enfin, sur le trottoir d'en face,
elle me regardait, je voyais qu'elle me regardait,
et tout à coup, elle a traversé et elle m'a foncé dessus.
Elle me parlait, me disait plein de trucs, je comprenais rien.
Elle me lâchait pas. Et j'avais rien fait de spécial.
Alors, pourquoi moi ? -Sans doute parce que t'as pas
le regard fuyant.
-Oui, je sais pas...
Euh...
Et du coup...
Cette semaine...
je retourne chez Matéo. -Tu reprends tes affaires ?
-Ouais. -Hm.
Petits rires -Très bien.
Tu veux passer quand ?
-Ben, je passerai...
Je... La semaine prochaine ?
-Mais là, tu vas avoir besoin de trucs. Non ?
-Ben, ouais. Mais ça va.
J'ai encore des trucs chez toi, non ?
-Oui, j'ai dû garder quelques trucs, oui.
-Très bien, ma petite fille.
Bon, allez...
Bon. -Au revoir, Gilles.
-Au revoir, Matéo.
-Au revoir, papa. -Au revoir, ma fille.
-Bon, ben, je passerai. -Oui. Quand tu veux.
Bonne nuit. -Ciao.
-Bonne nuit.
Ballade au piano
Sous-titrage ST' 501
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