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Des fruits frais !
Légumes de primeur !
Venez voir !
Des fruits frais ! Légumes de primeur !
Viens.
Regarde.
Tu as vu ?
Respecte ta soeur !
- J'ai rien fait. - Ton père va te dérouiller.
Compris ? Arrête !
Tais-toi !
Je ne veux pas entendre un mot de plus !
Viens avec moi.
Tu dois rester avec moi.
Tu entends, Elisa ? Réponds !
Oui.
Pourquoi ils me frappent ?
Pourquoi, mon coeur ?
C'est des garçons, des vauriens. Voilà pourquoi.
Tu verras.
Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'as-tu ?
Qu'as-tu ?
Tu ris ? Tu n'as plus mal ?
Tu vas mieux ? Tu aides maman ?
Où va-t-elle ?
Ca suffit !
Je vais te casser la gueule !
- Tu vas déguster ! - Arrête !
Je vais te fendre le crâne.
Non, pas avec le petit cheval !
Lila !
Arrête de gueuler. Lila n'est pas là.
- Où est-elle ? - J'en sais rien.
Chez Carmela.
Qu'y a-t-il, Lenu ?
Donne-moi celles-ci.
- Elles sont bonnes. - Celles-ci sont meilleures.
Celles-ci ?
Non, elles sont trop grosses.
Enzo.
Tu as vu Lila ?
Non, je viens d'arriver.
C'est bon ?
Rajoutes-en. Y en a pas assez.
Vas-y, rajoutes-en.
- Lenu. - Salut.
- Où est Lila ? - On ne l'a pas vue.
- Vous voulez des verres ? - Non, on les emporte.
Qu'y a-t-il, Lenu ?
Rien.
Au revoir.
Lila !
Qu'y a-t-il ?
Je dois te parler.
De quoi ?
Seule à seule.
Carmela peut rester ?
Bon, tu peux écouter aussi.
- Je saigne entre les jambes. - Quoi ?
Là-dessous ?
J'ai ça depuis un an. Une fois par mois, c'est normal.
Tu as mal au ventre, au dos,
et après, ça passe.
Vraiment ?
C'est dans la nature des femmes.
Tu dois le dire à ta mère.
J'ai pas envie.
- Et les serviettes périodiques ? - De quoi parlez-vous ?
Elle a eu ses coquelicots.
C'est quoi ?
Tu es grande et tu peux faire des enfants.
J'ai cru mourir.
Si on en mourait, il n'y aurait plus de femmes.
T'as eu ça, toi ?
J'ai rien eu, car je veux pas.
- Tu les auras quand même. - Ca me dégoûte.
Tout comme celles qui ont ça.
- Carmela, tu viens ? - Je dois aller travailler.
Regarde, Lenu.
Il y a une tache.
C'est vrai, il y a une tache.
Ne t'inquiète pas, c'est rien.
Je sentais que Lila ne voulait plus être mon amie.
Depuis le collège, je n'existais plus pour elle.
Elle traînait avec Carmela.
Elles étaient à la cordonnerie,
moi, à l'école.
Tout ça me rendait vraiment triste.
Tu pleures ?
Il n'y a pas de quoi.
Lave la tache aussitôt à l'eau froide,
sinon, le sang ne partira pas, compris ?
Je t'ai préparé des serviettes.
Tu les fixes dans ta culotte avec une épingle.
Ca doit frotter entre les cuisses.
Tu m'écoutes ?
Fais pas cette tête !
Ca doit frotter, sinon ça coule et c'est la honte.
Et ferme la porte à clé.
Davide Canciano.
C'est bien.
Alfonso Carracci.
Très bien.
Cristaldi.
Peine perdue.
Alors, lisez
les corrections et rendez-moi vos copies.
Cannella.
Greco.
Continue comme ça et tu rateras ton année.
Tu as quelques mois pour te rattraper.
Melchiorre.
Toujours ric-rac, hein ?
Palmieri.
Rien, Palmieri.
Rien à faire.
Gigliola Spagnuolo.
Rien de ce que je faisais seule,
le collège, les livres, le latin,
ne me passionnait.
Lila ne montrait aucun intérêt pour mes études.
Si sa voix se détachait des choses,
celles-ci se souillaient, se couvraient de poussière.
Salut, Lila.
Salut.
Tu rentres de l'école ?
Oui.
Et toi ?
Que fais-tu ?
Rien, je travaille.
- Je t'ai vue écrire. - Non.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Tu écrivais, n'est-ce pas ?
- Qu'est-ce que tu racontes ? - Tu écris un autre livre.
Tu remets ça ?
Ecrire, c'est ton truc.
Moi, j'ai fait une croix dessus.
Lila ! Tu viens ?
- Je dois y aller. - Si tu veux, je t'attends.
J'irai déjeuner chez Carmela.
A plus.
Salut, Lenu.
- Salut. - Salut, Elena.
- Salut, Carmela. - Salut, Lenu.
- Que fais-tu ? - Je rentre de l'école.
- Salut, Lenu. - Salut, Alfonso.
- Il va au collège avec toi ? - Oui.
Il est dans ma classe.
Carmela...
- Que fabrique Lila ? - A ton avis ?
Elle travaille.
Elle fait quoi ?
Elle bosse.
Ada !
Voilà les Solara avec leur voiture neuve !
Ada !
Vas-y.
Ada, viens ici !
Mais vas-y !
Comment fais-tu pour être aussi belle ?
En te voyant, on pense qu'à une chose.
On veut juste te regarder.
Que se passe-t-il ?
Tourne-toi, montre-nous ta robe.
Elle a grandi, la petite.
Elle a mis du rouge à lèvres.
Fais voir.
Viens ici.
- Tu en as mis pour nous ? - Non, parce que j'aime ça.
On t'emmène faire un tour.
Je peux pas.
- On reste dans le quartier. - Je peux pas.
Allez, monte.
- Je peux pas. - Monte !
Regarde.
Elle monte.
Allez !
Démarre, Marcello.
Ils vont faire un tour.
T'inquiète, ils vont revenir.
Madame, j'ai terminé.
Va manger.
- A tout à l'heure. - Au revoir.
Vous avez vu ?
Quelle veinarde !
Michele est beau comme un ange.
Les Solara ont toujours des visages rayonnants.
- Ils sont allés où ? - Qu'importe ?
Elle voulait faire un tour.
Un tour ?
T'es aveugle ? Ils l'ont enlevée.
- Et si Antonio l'apprend ? - Il ne doit pas l'apprendre.
Ada fait juste un tour.
Quel tour ? Arrête.
Ils l'ont alpaguée, je l'ai vu.
- Et s'ils lui font du mal ? - Mais non.
Ils lui font du bien. Ferme-la.
C'est des câlins, des baisers,
ça ne fait pas mal.
C'est même chouette.
Vous délirez, ils lui font très mal.
Ils embrassent pas, ils mordent, tels des chiens enragés.
Et à la place du zizi,
ils ont un serpent mauve qui crache du venin.
Du venin ?
Qu'est-ce que tu racontes ? Quel serpent ?
Faut toujours qu'elle exagère.
Tu as vu comme ils sont beaux ?
Pleins de santé.
Oui, ils sont beaux.
Et ça les autorise à nous pousser dans leur bagnole ?
Ils prennent Ada, et on dit rien à cause des baisers ?
Et si demain, ils te prennent, toi ?
Et s'ils prennent tout le monde ?
T'inquiète, Lila.
Toi, ils te voient même pas.
T'es qu'une morveuse.
Vous pigez que dalle.
- Tu vas où ? - Où je veux.
Tu devais déjeuner chez moi.
Je n'ai plus faim.
Lila, attends !
Je suis occupée.
Si vous aimez l'attitude des Solara,
c'est vos oignons.
Mais moi, je dois bosser.
Gagner du fric.
Sinon, ici, on se fait piétiner juste pour le plaisir.
Regarde les Solara.
La belle Pinuccia Carracci, ils ne l'embêtent pas.
Tu sais pourquoi ils harcèlent Ada ?
Non.
Elle est pauvre, elle compte pas.
Pour fuir ce quartier, il faut du fric.
Pour faire du fric, il faut un boulot rentable.
Moi, je suis moche, on me touchera pas.
Mais si ça arrivait...
avant que je ne sois riche...
Je me défendrai avec ça.
Salut, Lenu.
Salut, Lenu.
Salut.
Elles sont sèches, Stefano.
J'en ai d'autres à l'intérieur.
Que se passe-t-il ?
Qu'as-tu fait ?
Où étais-tu ?
- Nulle part. - Rentre à la maison.
Rentrons.
On a fait un tour. Elle a même mis du rouge à lèvres.
- Qu'est-ce que ça peut te foutre ? - C'est ma soeur.
Dis à ta soeur d'arrêter de faire la pute dans le quartier.
Ma soeur est une pute ?
Antonio...
Ma soeur est une pute ?
Ta soeur est une pute.
Antonio !
Au secours !
Au secours !
Antonio !
Michele, rentrez, maintenant.
Ca suffit. Rentrez.
Vous regardez quoi ?
Marcello, assez.
J'en ai pour vous aussi !
Allez, viens !
Compris ?
Au secours !
Au secours !
Vaurien !
Rentrez, il ne s'est rien passé.
Antonio !
C'est moi, Pasquale. Regarde-moi.
Antonio, on s'en va.
Allez.
"Ozia", Greco ? "Otia" !
Sais-tu ce que signifie "otia" ?
Nous avons dit que, dans ce cas, "otia" signifiait "paix".
Donc, la traduction, c'est...
Dieu fit cette paix pour nous.
Mieux : un dieu nous donna cette paix.
Quel est le paradigme de "fecit" ?
Facio...
facis...
Tu ne sais même pas les verbes.
Retourne à ta place.
Comme ça, on va nulle part.
"Fecit", c'est le parfait du verbe "facere".
Pour demain, révisez bien tous les verbes.
Traduisons ensemble...
Tu mets pas de coton, hein ?
Quoi ?
Tes lolos, c'est des vrais ?
Oui, c'est des vrais.
Je le savais. J'ai parié 20 lires.
Si je gagne,
je te donne 10 lires.
- Mais je veux une preuve. - Quelle preuve ?
Que tu mets pas de coton.
- T'es malade. - Attends.
10 lires. Ca prend une seconde.
Donne-m'en la preuve.
Allez.
On fera vite.
- Le fric d'abord. - Et si tu mets du coton ?
J'en mets pas.
Ce jour-là, je me rendis compte
du magnétisme exercé par mon corps sur les mâles,
mais surtout, je réalisai que Lila agissait sur moi,
tel un fantôme exigeant.
En son absence, j'avais pris sa place
ou plutôt, je lui avais fait de la place en moi
et j'avais défié Gino.
- Et voilà. - Merci, M. Spinosa.
Elle est belle, la fille des Greco !
Qu'est-ce que tu paies ?
Une sfogliatella ?
Ca fera 35 lires.
Je n'ai que 10 lires.
Maman !
C'est moi qui offre.
Tu voulais un livre ?
Allez, entre.
Ne reste pas plantée là !
Choisis le livre que tu veux.
Prends celui qui te plaît.
D'accord ? Vas-y.
Quand tu en auras pris un, viens me voir et on fera ta carte.
Ca y est ?
Tu sais ce que tu veux.
Excellent choix : Moby Dick.
Un grand livre.
- Comment t'appelles-tu ? - Elena Greco.
Greco Elena...
Date de naissance ?
25 août 1944.
Mais tu es Elena Greco,
une ancienne élève de notre école ?
Tu es une amie de Cerullo ?
Oui.
Rends-moi un service.
Donne-lui ça, elle l'a oublié ici.
C'est quoi ?
La grammaire latine.
Tu peux garder ton livre pendant 15 jours.
D'accord ?
Tiens.
Parles-en à tes amis et amies,
à ta famille,
cette bibliothèque est ouverte à tous.
Merci, au revoir.
Au revoir.
Pourquoi m'avait-elle abandonnée ?
Pourquoi me parlait-elle de travail alors qu'elle étudiait ?
Pourquoi étudiait-elle le latin ?
N'insiste pas,
on peut pas te payer des cours de rattrapage.
On a tout dépensé en livres, en dictionnaires.
Je n'irai pas m'endetter auprès des Solara.
Tu n'es pas si douée que ça.
Ca me désole vraiment.
Maman, je peux avoir des pâtes ?
Ton assiette.
On peut pas te payer de cours,
mais tu peux étudier seule.
Si tu réussis l'examen, tu seras reçue.
Ma fille n'est pas plus bête que Gigliola.
Rien ne dit qu'elle n'y arrivera pas.
Tu y arriveras.
Maman.
J'ai fini, je peux me lever ?
Mets ton pyjama.
Demain, on achètera
un soutien-gorge, t'es pas regardable.
T'es plus une gamine.
C'est quoi, ce bruit ?
Va voir.
Lenu !
Salut !
Salut !
Tu me donnes mon livre ?
La grammaire latine de M. Ferraro.
J'arrive !
Je suis là.
Merci.
Tu t'es mise au latin ?
Pourquoi ?
C'est une belle langue.
Moi, je n'y comprends rien.
J'ai de mauvaises notes.
- Tu n'étudies pas ? - Si, je bûche.
Mais je suis nulle.
Fais voir comment tu bûches.
Maman veut que je rentre.
Une seconde.
Viens ici.
- Lis ça. - Non, je...
Lis.
Traduis.
J'ai pas envie.
- J'ai pas de dictionnaire. - Pas besoin.
Montre-moi ta méthode.
Je cherche le sujet.
Herculem.
Herculem, c'est le sujet ?
Non.
Tu as raison.
C'est le complément d'objet.
C'est ta prof qui t'a appris ça ?
Non.
Elle ne dit jamais rien.
On fait juste des exercices.
C'est ma méthode à moi.
Bon.
Cherche le verbe.
La personne du verbe
t'indique le sujet.
Quand tu connais le sujet,
tu cherches le complément d'objet, si le verbe est transitif,
ou les autres compléments.
Tu as compris ?
C'est quoi, le sujet, ici ?
Germani ?
Très bien.
Tu vois que t'as compris ?
Je redoublerai l'année.
Je me sens perdue.
J'oublie ce que j'étudie.
Ne dis pas de bêtises.
Lila...
C'est dur.
Pas pour toi.
Je dois y aller.
Lila !
On est toujours amies ?
Oui.
On étudie ensemble ?
Etudie pour moi.
Je dois faire une chose importante avec Rino.
Quoi ?
Je te montrerai.
Salut, Lenu.
Bonne nuit.
A partir de ce jour, je ne la vis plus.
Je bûchai ferme,
et je finis par être la meilleure du collège.
Meilleure qu'Alfonso, qui eut 8 sur 10 de moyenne,
et de loin meilleure que Gigliola.
Pourtant, tout me semblait terne.
Je ne sortais plus, même après avoir été reçue.
Je me trouvais laide.
Plus rien n'existait, en dehors de mes livres.
- Où est Lenuccia ? - Aux toilettes.
Lenu, il y a du courrier pour toi.
Quel genre de courrier ?
J'en sais rien.
C'est quoi ?
L'école primaire.
Ouvre-la.
Ils veulent quoi ?
C'est une invitation de la bibliothèque.
Signée "M. Ferraro".
Tu te fous de moi ? Lis-la.
"Nous sommes ravis d'inviter Elena Greco
"à la remise des prix des lecteurs les plus assidus..."
Si on nous payait
pour les livres que tu as lus, on serait riches.
Demandons à la papetière
de l'embaucher, cet été.
Avec son brevet, elle saurait vendre des cahiers et des crayons.
Je peux lui trouver un job au Palais de Justice.
Parfois, j'avais besoin de voir Lila,
mais je laissais tomber.
J'aurais trouvé futiles les romans que je lisais,
ma vie, sordide,
ainsi que le futur, ce que j'allais devenir :
une employée municipale,
vieille fille, miro, et claudicante.
T'es prête ? Ouvre.
C'est ouvert.
T'es pas prête ?
J'y vais pas.
Tu dois y aller.
Tu lis jour et nuit, on t'invite, tu y vas.
Ecoute...
Tiens.
Si ça te fait plaisir,
le dimanche, ou pour les grandes occasions,
tu pourras le mettre.
Pourquoi ?
Tu as été la meilleure, non ?
Merci, asseyez-vous.
Bonjour.
Je vous souhaite la bienvenue.
Merci d'être venus
dans notre bibliothèque de quartier.
Nous vous avons invités
pour vous faire connaître notre activité.
Outre les très nombreux ouvrages littéraires,
romans, nouvelles, essais...
- Lenu. - Salut, Carmela.
Quelle surprise ! Ca fait un bail. Que deviens-tu ?
- Je ne sors plus. - Pourquoi ?
J'aide ma mère à la maison.
- Tu as été reçue ? - Oui.
Vous la fermez un peu ?
Nous avons voulu
récompenser les lecteurs les plus assidus de la bibliothèque.
Procédons à la remise des prix, si vous voulez bien.
A la 5e place,
qui gagne un livre de Jerome Klapka Jerome,
Trois hommes dans un bateau
(sans parler du chien) pour citer le titre complet,
la gagnante est Elena Greco.
Elle est ici ?
Oui, bien sûr. Vas-y.
Viens, Greco. On l'applaudit.
A la 4e place,
le gagnant du livre de Rodenbach,
Bruges-la-Morte,
est Rino Cerullo.
Rino Cerullo est là ?
Rino Cerullo n'est pas là.
A la 3e place,
qui gagne un livre de Curwood,
Un gentleman courageux...
Nunzia Cerullo.
Nunzia Cerullo est là ?
Nunzia n'est pas là non plus. On continue quand même.
A la 2e place, qui gagne le livre
Le Long Voyage du capitaine Fanning...
Fernando Cerullo.
Fernando est là ?
Fernando n'est pas là non plus.
A ce stade, il est facile de deviner
que le premier prix va à...
Raffaella Cerullo.
Je ne la vois pas.
La récompense étant Crime et Châtiment
de Dostoïevski, donc, une belle récompense.
Lenu !
- Carmela ? - Elle est rentrée.
C'est quoi, la récompense de Rino ?
Bruges-la-Morte.
C'est une histoire de fantômes ?
J'en sais rien.
J'étais à l'école primaire avec Rino.
Après 6 ou 7 ans,
on lisait à peine "bar-tabac", "bureau de poste".
Je peux venir avec toi ?
Je ne sais pas.
Je voudrais lui donner moi-même à cette andouille.
D'accord.
Rinuccio a gagné un prix, j'y crois pas !
Lila est géniale, c'est elle qui a tout lu.
Greco !
Excuse-moi.
Ce que tu as grandi !
Et comme tu es belle !
- C'est pas vrai, maîtresse. - Si, tu respires la santé.
Et tu es bonne élève. Parmi les meilleures, j'ai su.
Oui.
- Que vas-tu faire ? - Travailler.
Il n'en est pas question. Tu dois aller au lycée.
Mes parents ne veulent pas.
Tu as eu combien en latin ?
8 sur 10.
Huit ?
Oui.
Oublie-le, celui-là, il est maçon.
Et il le restera.
Il vient d'une mauvaise famille.
Père communiste
et meurtrier.
Il a tué Don Achille.
Son fils doit être communiste aussi.
Ne le fréquente plus.
Je m'occupe de tes études.
Lenu !
On y va ensemble demain ?
Donner la récompense à Rino.
On se voit à 16 h, au square ?
Tu es communiste ?
Oui.
Tu vas voir ton père en prison ?
Quand je peux.
On se voit demain.
C'était le premier rendez-vous de ma vie.
Aucun garçon ne m'avait demandé de sortir avec lui.
Entre.
- Bon, j'y vais. - Je vous accompagne.
Non.
C'est décidé, tu iras au lycée.
Tu continueras tes études,
mais tu dois être la meilleure, sinon, gare à toi.
Oui.
Elle nous donnera beaucoup de satisfaction.
Et ne parle plus
à Pasquale Peluso.
Accompagne-moi à la porte.
Au revoir.
Au revoir.
Que fait Cerullo ? Elle travaille ?
Oui.
Elle aide à la cordonnerie.
- Elle répare des chaussures ? - Non.
Elle balaie, nettoie, je n'en sais pas plus.
Je la vois rarement.
Elle balaie et nettoie ?
Elle sait que tu as été reçue avec mention bien ?
Dis-le-lui.
Et dis-lui que tu iras au lycée et que tu apprendras le grec.
D'accord.
Maudite sois-tu et ton école de merde !
Si on refuse, par représailles, elle fera redoubler Elisa.
Cette Oliviero m'énerve !
Elle cause bien, mais qui se sacrifie ?
Nous ! Elle ne fait rien.
Je te casserai les jambes si tu parles à ce gars !
- On a juste parlé. - Je m'en fous !
Je te casserai les jambes, une à une.
Fais gaffe.
Ca me rend folle, encore une autre école !
Tu veux ma mort ?
Au secours !
Que se passe-t-il ?
Maman, tu n'as pas honte ?
Qu'y a-t-il ?
- Je le savais. - Tais-toi !
Tais-toi, remonte ! Aide-moi.
Melina, calme-toi.
Qu'est-ce qu'elle a ?
Elle a reçu un livre.
Elle n'a jamais ouvert un livre de sa vie.
C'est un livre de Donato Sarratore.
Il le lui a dédicacé
et, à l'encre rouge, il a coché les poèmes
qu'il a écrits pour elle.
Quel con, ce cheminot !
L'amour de Melina était vrai.
Partagé.
On pensait qu'elle avait tout inventé.
Ouais...
Ca change tout.
Lila était douée à l'école ?
- Quoi ? - Elle était bonne élève ?
Oui.
C'était la meilleure.
Même si à la fin, j'étais meilleure qu'elle.
Vous êtes des amies proches ?
Oui.
- Je ne l'ai pas vue dernièrement. - Ah bon ?
C'est un beau brin de fille.
Que penses-tu d'elle ?
Je ne sais pas.
- Comment est-elle ? - Lila ?
C'est ma meilleure amie.
Qu'est-ce que tu regardes ?
Allons-y.
Salut, Rino.
- Salut, Lila. - Salut, Pasquale.
- Salut, Lenu. - Salut.
Ca, c'est pour vous.
De la part de M. Ferraro.
- Vous faites quoi ? - On bosse.
- Vous en faites des têtes ! - Des têtes de travailleurs.
Tu fais quoi, ici ?
Je fais une pause. Je bosse sur le nouveau chantier.
C'est les livres de la bibliothèque. Tu as gagné celui-ci.
Quel prix ? Quelle bibliothèque ?
Un truc à moi.
J'ai eu Bruges-la-Morte ?
Quand il l'aura lu, tu me diras
s'il l'a aimé, et s'il l'a aimé, je le lirai aussi.
Depuis quand tu lis des livres ?
Pardon, "professeur".
C'est elle qui a tout lu, c'est pour ça qu'elle a gagné.
Tu es géniale, Lila.
Si je la tenais, cette Bruges !
Tu lui ferais quoi ?
- Pas devant les filles. - Dis-moi.
- Sortons. - On est bien, ici.
Sortons.
Pasquale !
Bruges, c'est une ville, pas une femme.
C'est écrit qu'elle est morte.
Elle en sait des choses, ta soeur !
Viens avec moi.
Tu es très belle.
Toi aussi.
Non, pas moi.
J'ai des boutons.
Tu as su, pour Melina ?
Oui.
Tu te rends compte ?
On connaît quelqu'un qui a écrit un livre.
Il habitait ici, on le voyait tous les jours.
Sarratore sera riche comme l'auteur des Quatre Filles du Dr March.
Avec ça ?
Qui te l'a donné ?
Antonio.
Pour le cacher à sa mère.
"A Melina,
"qui a nourri mon chant.
"Naples, 12 juin 1958."
Ces poèmes ont fait du mal.
Pourquoi ?
Sarratore n'a pas eu le courage d'aller voir Melina,
et il lui a envoyé le livre.
C'est pas bien ?
Va savoir !
Et si le livre ne suffit pas ?
Si Sarratore ne vient pas, Melina souffrira davantage.
C'est vrai.
Lila !
Je suis ravie de te voir, Lenu.
Moi aussi.
Pasquale ?
Il est allé travailler.
On fait quoi ?
Elle ne parlera pas.
De quoi ?
Mets-toi ici.
On crée une chaussure pour homme.
Jure de ne rien dire à personne.
Je le jure.
Regarde.
Tu aimes ?
Elles sont élégantes.
Et celle-ci ?
C'est toi qui les as inventées ?
Elles ne ressemblent ni à celles du quartier
ni à celles des romans-photos.
On y travaille quand papa fait la sieste,
un peu tous les jours.
On veut qu'elles soient belles et confortables.
S'il aime, on pourra les fabriquer.
Une paire aujourd'hui, quatre demain,
trente dans un mois,
400 dans un an.
On aura une usine de chaussures.
Avec 50 ouvriers.
Les Chaussures Cerullo.
Tu as vu la voiture des Solara ?
Tu as vu le succès de l'épicerie des Carracci ?
Les gens ont du fric, ils veulent le dépenser.
Elles sont très belles.
On s'y met, avant que papa rentre.
J'accompagne Lenu et je reviens.
Moi, je continue.
Lenu, s'il te plaît,
n'en parle à personne.
Tu as été reçue, hein ?
Oui.
Tu iras travailler ?
Non.
Mme Oliviero a poussé mes parents à m'inscrire au lycée.
C'est quoi ?
- C'est l'école après le collège. - Pourquoi tu y vas ?
- Pour étudier. - Quoi ?
Le latin.
Et le grec.
Le grec ?
Oui.
Lenu...
La semaine dernière, j'ai eu mes coquelicots.
Pourquoi restez-vous dans ce quartier de merde ?
A faire des allers et retours du matin au soir.
Tout Naples doit voir votre beauté.
Naples, c'est grand.
C'est la plus belle ville du monde.
Aussi belle que vous.
Montez.
- On va faire un tour en ville. - Merci, mais on peut pas.
Michele, freine !
Elle a un beau bracelet, la fille du portier.
Sainte Vierge !
Regarde !
On peut le réparer.
Laisse, je le ferai réparer.
Ne t'inquiète pas.
Lila, non !
Touche-la encore une fois
et tu le regretteras.
Elle n'osera pas, Marcello.
Cette pute n'a pas de cran.
Amène-toi.
On va voir si j'ai du cran.
Bouge pas, Michele.
Monte dans la voiture.
On s'en va.
Bien.
Très bien.
Pardon pour le bracelet.
On s'en va.
Jure-moi que tu ne diras rien à Rino.
Je vois encore clairement la scène.
Lila fixait Marcello comme s'il avait un vilain insecte sur le visage
et elle voulait le chasser.
J'ai à l'esprit l'absolue certitude d'alors :
Lila n'aurait pas hésité à lui trancher la gorge.
Adaptation Giacinto Pizzuti
Sous-titrage Nice Fellow
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