All language subtitles for Les bonnes causes (SDH) SRT.en

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Original subtitles

Engine roars

——

Clap

The door opens.

Footsteps sound.

——

The door closes.

Footsteps sound.

——

——

Key ringing

We unlock the door.

Intriguing music

——

Distressing music

——

——

——

——

——

——

——

A clock strikes.

- It's time for the shot!

- Monsieur doesn't need me anymore? - No, Robert, you can go upstairs.

- Good night. Miss.

-Robert! Did you take the suitcases down?

- No, tomorrow morning. Madam told me

to take them down at the last moment.

- At the last moment !

Mais nous partons jeudi à la première heure !

- Il faut pas 2 jours pour faire les valises.

- La voiture, a-t-on fait la vidange ?

- Oui, Monsieur, Marcel s'en est occupé.

- Parfait. Bonsoir, Robert.

Ah ! À nous deux !

…

Il respire avec difficultés.

——

- Qu'y a-t-il ? - Monsieur !

- Mais quoi, "Monsieur" ?

Elle compose un numéro.

——

Respirations haletantes - Allô ?

Le docteur Mermet ?

Venez tout de suite. M. Dupré a une crise.

Oui, monsieur. Au moment où je lui faisais sa piqûre.

Merci, monsieur.

Elle raccroche le téléphone.

Laissez cette ampoule !

M. Dupré respire mal.

La portière claque.

- Alors ? - C'est fini.

- Quoi ? - À l'instant.

- Ça, par exemple !

Mme Dupré souffle. - C'est affreux, Docteur.

Quand je l'ai quitté à 8 h, il se sentait bien.

- C'est un cardiaque.

- Vous trouvez ça normal ?

- Il a eu 3 crises en un an.

- Moi, je ne trouve pas ça normal du tout !

Musique intrigante

——

- Vous avez fait la piqûre comme d'habitude ?

- Oui, comme d'habitude. La boîte est là.

- L'héparine est un bon produit,

il y a peut-être eu malfaçon au laboratoire mais ça m'étonnerait.

J'ai jamais eu d'accident avec ce médicament.

- C'est pas un accident, Docteur. C'est un meurtre.

Parfaitement. Un meurtre.

Cette femme a assassiné mon mari.

- Quoi ? Vous êtes complètement folle !

- Elle était sa maîtresse, il allait la quitter.

- Sa maîtresse ?

- La preuve !

Ce bracelet, qui vous l'a offert ? C'était un cadeau de rupture.

- Je vous jure que c'est faux !

- Elle savait que c'était fini, c'est pour ça qu'elle l'a tué.

- Vous qui me connaissez !

- Professionnellement, je n'ai aucun reproche à faire.

Enfin, jusqu'à nouvel ordre.

Je pense que vous n'avez plus besoin de moi.

Je vous demande la permission de me retirer.

Madame, encore toutes mes condoléances.

Mon cher Maître.

- Je vous raccompagne, Docteur.

- Maintenant que nous sommes seuls, je vous écoute.

Vous pouvez me parler franchement, je ne suis ni policier, ni juge.

Je ne suis que l'avocat de M. et Mme Dupré.

Mon rôle n'est pas de vous charger, au contraire.

Alors, profitez-en.

- J'ai rien fait de mal.

- C'est possible.

Pour le moment, je n'ai pas d'opinion.

Je ne demande qu'à croire à une mort naturelle.

Il prend une grande inspiration. Mais aidez-moi.

Aidez-moi à voir clair.

Vous ne voulez pas m'aider ?

On vous accuse d'avoir assassiner un homme

et vous ne cherchez pas à vous justifier ?

Curieuse attitude…

- Je n'ai pas à vous répondre.

- À moi, non,

mais demain, quand on vous interrogera, vous devrez parler.

Ou alors, on interprètera votre silence.

Soit.

Dans ces conditions, je suis obligé de saisir la justice.

Soyez demain matin à 10 h au Palais.

Vous demanderez le cabinet du procureur de la République, compris ?

- J'y serai.

Je peux m'en aller ? - Vous êtes libre.

Comme il est beau, ce bracelet. Il ricane.

Vous croyez vraiment que…

- J'en suis sûre.

- Je l'ai convoquée demain au Palais de justice.

Je vous demande d'y être aussi.

Si vous maintenez votre plainte, on désignera un juge.

L'infirmière arrive. Et alors…

- Et alors ?

Une porte se ferme.

- Il faut que ton mari meure pour qu'on se revoit ?

On peut au moins fermer la porte, non ?

- Qu'est-ce qu'on risque ?

Ses pas résonnent.

——

Le bureau du procureur Magnin.

- 1re galerie à droite, 1re porte à gauche.

- Merci.

J'ai rendez-vous avec Me Cassidi.

Il doit être chez le procureur Magnin.

- Bien, madame.

Tenez, portez cette fiche.

- Veuillez me suivre, madame.

Asseyez-vous.

- Je vais ordonner une expertise et l'autopsie.

On frappe à la porte. Entrez !

- Maître, une dame pour vous.

- C'est ma cliente. Qu'elle attende.

Je les ai convoquées toutes les deux car si vous ouvrez une information…

Le procureur acquiesce.

10 h 20… L'autre devrait être là.

- Ne soyons pas plus pressés qu'elle.

- Entre nous, moi, je ne crois pas au meurtre.

Je croirais plutôt à un accident.

- L'infirmière… Comment l'appelez-vous ?

- Gina Bianchi.

- Vous croyez qu'elle a été sa maîtresse ?

- Dupré n'était pas un enfant de chœur mais…

Une infirmière… Il avait d'autres possibilités.

- Quand on est pris de court ! Rires

Et elle, Mme Dupré ? - Oh !

Elle était une épouse exemplaire. Ça, je peux vous l'affirmer.

- Oui. Elle est votre cliente.

Le téléphone sonne.

Allô ? Oui, c'est moi, j'écoute.

Oui, dans mon cabinet.

Il acquiesce.

Grave ?

Merci, Docteur.

L'infirmière ne viendra pas. Elle a été renversée par une voiture.

- Elle est pas morte ?

- Non, elle a eu la présence d'esprit de vous faire prévenir.

Elle est à l'Hôtel-Dieu.

- Accident…

Accident ou suicide.

——

- Si c'était un suicide…

- Ce serait un aveu de culpabilité.

- Vous avez été brutal avec elle ? - Brutal ?

Il rit. Non.

Si on se suicide avant d'être inculpé maintenant…

- N'écartons pas l'hypothèse de l'accident.

Je vais toujours ouvrir une information.

Nous allons demander au doyen de désigner un juge d'instruction.

Voulez-vous prier M. le doyen de descendre.

- M. le Procureur, vous avez une minute ?

L'affaire Bellart. - Encore ?

- Une signature pour la chambre des mises.

- Ce n'est pas encore transmis ?

- Vous permettez, M. le Procureur ? - Faites.

- Tu vois, elle n'est pas venue. Elle a pris la fuite.

- Non, elle est à l'Hôtel-Dieu.

Elle a roulé sous une voiture hier soir. C'est un accident.

Elle s'exclame. - Ou un suicide. C'est l'aveu.

- Elle a peut-être pas supporté d'être injustement soupçonnée.

- Je t'en prie, plaide pour elle ! - Du calme.

Bonjour, M. le doyen ! - Bonjour, mon cher Maître.

- Injustement soupçonnée. Je m'en souviendrai.

- Tu te portes partie civile ? - Bien sûr !

- Réfléchis bien. Dans 2 minutes, il sera trop tard.

On va désigner un juge d'instruction.

Tu es sûre de ton fait ? - Oui.

- Attention !

Une accusation d'assassinat, c'est grave. Ça peut nous mener loin.

Surtout avec la presse actuelle.

- Je n'ai rien à cacher. - Chérie…

- Ça n'a aucun rapport.

- Alors on fonce ? - On fonce.

- Allez, on fonce.

- Comment vous sentez-vous ?

- Je me sens un peu…

- Un peu quoi ?

C'est normal, après un choc pareil.

Donnez-lui un calmant léger.

Vos radios sont excellentes.

Dans 3 jours, vous courrez comme un lapin.

Il frappe à la porte.

- Mlle Gina Bianchi ?

- Oui.

- Albert Gaudet, juge d'instruction.

J'enquête sur les causes de la mort de M. Dupré.

…

Voix mêlées

——

- Excusez-moi. Excusez-moi.

(- Bonne journée pour nous.)

Si j'ose dire. Viens.

On m'a communiqué le résultat de l'expertise. Mauvais pour la fille.

On a pas trouvé d'héparine dans la seringue mais de l'homérane.

Substitution d'ampoules, crime presque parfait.

(- Quelle petite salope !)

- En ce moment, Gaudet l'interroge à l'Hôtel-Dieu.

- Je paierai cher pour être là

quand ils lui mettront le nez dans son mensonge.

C'est trop drôle !

- Tu as de ces mots !

Elle souffle. - C'est pas ce que je voulais dire.

—— Pauvre Paul… Un homme si bon.

- Ne tombons pas d'un excès dans l'autre.

- Je peux avoir du chagrin, non ?

- Surtout aujourd'hui, c'est la moindre des choses.

Donne-moi ta main.

Donne-moi l'autre.

Gémissement satisfait Regarde-moi.

Ça te va bien, tu sais ?

- Quoi ? Les larmes ?

- Non.

Le noir.

Paul aussi t'aimait bien en noir.

- Ces messieurs de la famille, ces dames de la famille.

Messieurs les invités et mesdames,

vous êtes invités à la suite des messieurs.

- Le dernier soir, vous lui avez fait une piqûre comme d'habitude ?

- Oui.

- D'héparine ? - Oui.

- Vous êtes sûre que c'était de l'héparine ?

- Certaine.

- L'héparine est un produit toxique ?

- Non, c'est un anticoagulant.

- La fumée ne vous dérange pas ? - Non, pas du tout.

- En quittant le domicile de Mme Dupré,

cette nuit-là, pourquoi avez-vous tenté de vous suicider ?

- C'est un accident ! Je n'ai jamais voulu me suicider.

Il rit.

- Le chauffeur prétend

que vous vous êtes jetée sous sa voiture, comme une folle.

- Il se trompe. Pourquoi aurais-je fait ça ?

—— - Je vous le demande !

Elle rit. - Me tuer…

Votre lacet ! Exclamation interrogative

- Merci.

Il réfléchit.

Vous étiez très attachée à M. Dupré ?

- Il était très gentil.

- Oui.

Une question délicate que je suis obligé de vous poser :

étiez-vous sa maîtresse ?

- Non, M. le Juge, je n'étais pas sa maîtresse.

- Pas si vite ! Ne répondez pas si vite !

Prenez tout votre temps.

Réfléchissez bien. C'est très important.

Allez, je vous donne 10 secondes comme à Quitte ou double.

- Non. Je n'étais pas sa maîtresse.

Il inspire profondément.

- Réponse enregistrée.

- Vous me croyez ?

Il se râcle la gorge.

- M. Dupré s'entendait-il avec sa femme ?

- Il ne me faisait pas de confidences.

- Il y a longtemps que vous exercez ce métier ?

- 3 ans. Il acquiesce.

- Vous n'avez jamais commis d'erreur ?

- Jamais. Demandez au docteur Mermet.

- Tiens, vous n'avez plus votre bracelet ?

- Si, il est là.

Il s'exclame. - Belle pièce ! Un cadeau ?

- Ce n'est pas M. Dupré qui me l'a offert.

- Qui alors ? Hein ?

Elle souffle. Qui ?

- J'ai plus d'encre dans mon stylo.

Le juge se râcle la gorge.

- Tenez. Ne forcez pas la plume.

Quel âge avez-vous ? - 23 ans.

- Vous vivez seule ? - Oui.

- Pas de fiancé, de petit-ami ?

- Ça ne regarde que moi.

- Oh ! Nous avons mille moyens de la connaître.

Tiens !

Vous aimez Stendhal ? - Non, il m'a toujours ennuyée.

- Je suis pas le seul ! - C'est un livre de l'hôpital.

Rire - Insensé !

Vous avouez que vous n'aimez pas Stendhal

et quand on vous demande si vous avez une liaison…

Où la pudeur va-t-elle se nicher ?

Raclements de gorge

——

- Ah !

Vous ne faisiez pas uniquement des piqûres d'héparine ?

- Bien sûr que non.

- Vous faisiez aussi des piqûres de morphine ?

- Oui, aussi.

- De sérum ? - Je faisais toutes sortes de piqûres.

- Des piqûres d'homérane ? - Oui, quelquefois.

- À M. Dupré, vous en avez fait ?

- Oui, une série il y a 6 mois.

- Et depuis ? - Jamais.

Il acquiesce.

- La piqûre d'héparine… - Et bien ?

- Ce sont des piqûres intraveineuses ? - Oui.

- Et l'homérane ? - Intramusculaire.

- Toujours ? - Toujours.

- Si l'on injecte dans la veine

un produit destiné à être injecté dans le muscle ?

- On risque un accident.

- Grave ? - Oui.

- Mortel ? - Oui.

- C'est ce qui est arrivé l'autre soir à M. Dupré.

Vous lui avez injecté de l'homérane dans la veine.

Et il est mort.

Respirations haletantes

- De l'homérane ?

- L'expertise est formelle.

- Mais… Mais ce n'est pas possible !

C'était la dernière ampoule, je l'ai prise

dans une boîte d'héparine.

J'en suis sûre !

- Alors, cette ampoule,

pourquoi l'avoir écrasée ?

- Ce n'est pas moi !

- Nous aurons le temps d'en reparler.

- C'est pas possible, je me vois…

- Il y a pas de question, c'était de l'homérane !

Dites quelque chose !

- Qu'est-ce que vous voulez que je dise ?

- Vous reconnaissez les faits ? - Oh ! Les faits…

- Je ne sais qu'une chose.

Il est mort par votre main. Ça…

Qui désignez-vous comme avocat ?

- Vous m'arrêtez ?

Il souffle.

- Je vous inculpe d'homicide par imprudence,

coups et blessures ayant provoqués la mort sans intention de la donner.

C'est le moins que je puisse faire.

Vous ne m'avez pas dit qui vous désignez comme avocat.

Elle gémit.

- N'importe qui.

Il rit.

- Surtout pas n'importe qui !

Vous avez devant vous un drôle d'adversaire.

Cassidi vous fera pas de cadeau.

- Je connais personne.

- Je demanderai au bâtonnier de désigner un avocat d'office.

Quelqu'un de possible.

Si vous voulez signer votre déposition.

Vous voulez la relire ? - Non.

- Ne forcez pas ma plume.

Merci.

Tenez.

Il souffle.

À bientôt.

La porte s'ouvre.

La porte claque.

- Votre lacet ! Exclamation interrogative

- Ah ! Oui.

Alors, qu'en pensez-vous ?

- C'est un crime d'infirmière, non ?

- Il y a quelque chose qui tourne pas rond, un décalage.

Écoulement d'un liquide

- Je le retiens ton Gaudet. - Prends celui-là.

- On peut parler sérieusement ?

- Tu me rappelles ma mère quand j'avais 6 ans.

Elle rit. - 5 minutes, sérieusement.

- Soit.

Avez-vous éprouver de la satisfaction avec moi cet après-midi ?

—— - Inoubliable.

- C'est un essai.

- Écoute… - J'espère faire mieux.

- Dis-moi ce que tu comptes faire avec Gaudet.

Si tu ne réagis pas, elle va s'en tirer avec 16 francs d'amende.

Elle souffle. Homicide par imprudence :

C'est pas un homicide, c'est un meurtre !

- Très rigolo ! - Très rigolo ?

- Oui, très rigolo.

Il y a 4 mois, je te rencontre chez des amis un soir d'acquittement.

On bavarde, on sympathise et je te reconduis chez moi.

Et allez donc !

On se quitte.

On se promet de se revoir, de se téléphoner, et rien.

T'aurais pu me rappeler ou m'écrire, non ?

Les Françaises ont la mémoire courte.

- C'est moi qui t'ai appelé.

- Au dernier moment, si j'ose dire.

Même après le dernier moment.

Bref, on refait connaissance,

je me dis que ça va recommencer comme la 1re fois, une étincelle,

une histoire sans lendemain.

Erreur, il y a eu une suite.

Chérie !

Je crois que je pense trop à toi.

Qu'as-tu d'extraordinaire ?

La peau, peut-être, la peau !

Dire que j'ai pu aider tant de crimes passionnels sans y croire.

C'est écœurant.

- Si je te disais pourquoi j'ai pas téléphoné…

- Pourquoi ?

- Je ne t'ai pas téléphoné… car j'aimais trop mon mari.

- Oh ! C'est flatteur.

- Si je t'avais revu, Dieu sait quelle folie je n'aurais pas commise.

D'ailleurs, dès que je t'ai revu… - Ça, aussitôt !

- Toi et moi, maintenant… - Chut ! Merci pour ce bon mot.

- C'est pas seulement pour moi que tu dois te battre,

mais pour nous deux, tu comprends ?

Tu as assez d'autorité sur Gaudet…

- Il ne se fie qu'à sa conviction intime.

On peut pas l'influencer, c'est un flic.

La culpabilité de Gina est loin d'être établie.

- Elle saute aux yeux !

- Elle n'avait aucune raison de tuer ton mari !

- Si… - Laisse-moi parler. Aucun mobile.

Ou il était son amant, ce qui reste à démontrer,

et elle avait intérêt à le conserver, Le téléphone sonne.

Ou il l'était pas et elle n'avait aucun intérêt à le tuer.

- De quoi est-il mort ?

- Oui ?

Tiens, justement.

J'étais en train de parler de vous avec mon collaborateur.

Ah ?

Bonne nouvelle, tu es ruinée.

Alors, ça change tout !

Je veux dire, ça ne change rien.

C'est ce que nous avons toujours prétendu.

Bien. Je vous remercie, M. le Juge.

Voilà.

Paul, 3 jours avant sa mort, a refait son testament.

Il a institué Gina Bianchi sa légataire universelle.

Le voilà, le mobile.

Elle l'a tué pour hériter.

- Oh ! C'est affreux !

- Pleure pas. Nous le ferons annuler ce testament.

Elle pleure. - Ça m'est bien égal.

C'est comme si elle l'avait tué 2 fois. - Allons, allons.

- Je croyais qu'il m'aimait encore. Je méritais pas ça.

- Il a eu un moment de faiblesse, il serait revenu.

- Tu crois ?

- C'est pour ça qu'elle l'a tué.

- Tu dis ça pour me faire plaisir. - Mais non.

- Heureusement que je t'ai. - Mais oui.

Musique intrigante

——

Vrombissements de moteur

——

- Voyons, messieurs ! Je vous en prie.

- Asseyez-vous là.

Il frappe à la porte.

- Entrez.

- La prévenue est là.

- Un instant.

Cliquetis de machine à écrire

——

L'avocat souffle.

- Vous la croyez coupable ?

- Momentanément, oui.

- Vous n'en êtes pas sûr ? - Je respire mal dans cette affaire.

Il y a un malaise.

Des charges et pas de conviction, c'est drôle, non ?

Pourquoi me regardez-vous comme ça ? - Pour un juge d'instruction…

- Il faut en prendre votre parti.

Je ne suis pas un magistrat standard, je n'ai pas d'idée préconçues.

Je ne requiers pas, j'instruis.

Je n'ai pas de conseil à vous donner

mais vous devriez faire comprendre à votre cliente

qu'elle a tout intérêt à avouer.

Pour le moment, elle nie tout

et tout, c'est trop.

Si elle s'obstine à mentir, on finira par la confondre.

Quand elle arrivera devant les assises,

pour des circonstances atténuantes, vous serez chocolat.

- Ça va être à nous.

Comment vous sentez-vous ? Pas trop le trac ?

- Il va pas m'envoyer en prison ?

- Il est bien disposé. C'est le moment de dire la vérité.

- J'ai pas l'intention de mentir. - Bon.

- M. le Juge.

- Je vous en prie.

Alors, vous voilà riche ?

Légataire universelle.

Compliment !

On fait vite fortune dans votre métier.

On soigne un malade, il meurt et on passe chez le notaire.

En somme, le bracelet constitue un à-valoir, non ?

Vous n'allez pas prétendre qu'un monsieur qui vous lègue sa fortune

n'est pas capable de vous offrir un bracelet ?

M. Dupré vous l'a offert,

ce bracelet ?

- Oui.

- Je le savais. On a enquêté chez Cartier.

Naturellement, vous étiez la maîtresse de M. Dupré ?

- Je n'ai jamais été sa maîtresse.

- Il vous a pas fait la cour ?

- Si.

- Ah ! Tout de même.

C'est pour vous inciter à lui céder qu'il vous a donné ce bijou ?

- C'est possible.

Il acquiesce. - Sans succès ?

- Oui.

- Mais alors, pourquoi ce testament ?

Pour vous récompenser ?

C'était un prix de vertu ?

- Il m'en a jamais parlé.

- Allons donc ! - Jamais !

- Étrange.

Il refait son testament le mercredi

et 3 jours après, il meurt.

À ma place, qu'est-ce que vous penseriez de ça ?

- J'interrogerais Mme Dupré.

- Mme Dupré ?

- Oui. C'est elle qui a changé les ampoules.

- C'est absurde.

- Puisque ce n'est pas moi, ça ne peut être qu'elle.

- Vous n'étiez pas la maîtresse de son mari ?

- Non.

- Alors, elle n'avait aucun intérêt à le supprimer.

L'avez-vous vu substituer l'ampoule ?

Sur quoi vous basez-vous ? Quelles preuves ?

- Vous ne trouvez pas extraordinaire

qu'elle soit arrivée quand je venais de faire la piqûre ?

Qu'elle se soit précipitée sur l'ampoule

au lieu de s'occuper de son mari mourant ?

Elle savait que c'était de l'homérane.

Si elle le savait…

- Vous avait-elle fait part de son intention d'accuser Mme Dupré ?

- Non.

- Elle voulait sans doute me réserver la surprise.

Bon… Il se râcle la gorge.

Vous prenez la responsabilité de vos déclarations ?

- Oui.

- Très bien. Nous allons les enregistrer.

Vous y êtes ?

J'accuse

Mme Dupré…

Coups de feu

- T'es pas un peu folle ?

Attends qu'il débouche avant de tirer, les autres vont fuir.

- C'est pas la 1re fois que je chasse le sanglier.

- Ça se dirait pas. Une pièce superbe.

- Tu l'as pas vu ! - C'est foutu, maintenant.

- Mais non. - Qu'est-ce qu'il fabrique ?

- Quelle tête de tueur tu as !

- Et toi, tu imagines que tu n'as pas une tête de tueuse ?

Si Gaudet te voyait en ce moment, il flanquerait un non-lieu à Gina.

Toi, il t'inculperait d'assassinat.

- Si tu te crois drôle.

- Après l'accusation qu'elle a porté contre toi !

- Je risque quoi avec un avocat de ta trempe ?

Il s'exclame. - On ne sait jamais !

- Un homme qui a fait acquitter Reine Sabatier.

- Quoi, Reine Sabatier ?

- Elle n'avait pas assassiné son mari ?

- Elle était coupable, elle !

C'est plus facile de faire acquitter un coupable qu'un innocent.

Pourquoi parles-tu de ça ?

Oh !

Coups de feu

Musique enjouée

——

- Dis donc ! Tu n'es pas bien causant.

- Reine Sabatier…

- Et bien ?

- Qu'est-ce qui t'as pris, ce matin, de me parler d'elle ?

- Ingrat ! C'est un souvenir d'amour pour moi.

- Quoi ?

- Rappelle-toi, nous deux, la 1re fois.

C'était le soir de son acquittement. - Maintenant, j'y suis.

- On avait soupé chez des amis. - Oui, Gabriel.

- Exact. Toute la soirée, tu m'as fait la cour.

Une cour à ta manière.

Tu m'as eue en me parlant exclusivement de toi.

Il s'exclame.

Tu voulais m'épater.

Tu m'as épatée en me racontant tes performances.

- Je raconte jamais ces histoires-là, moi.

- Tes performances judiciaires ! - Ah bon ?

- Avoir fait acquitter la Sabatier alors qu'elle t'avait fait des aveux…

C'est un tour de force, non ? - Parbleu !

C'est ce qui m'avait excité. Sans quoi…

- Ce qui m'excitait, c'est ton cynisme.

Quand je t'ai dit qu'elle avait commis un crime parfait, tu m'as répondu :

"Le crime parfait, c'est moi qui l'ai commis,

"en arrachant l'acquittement."

Là-dessus, tu m'as dit qu'avant, dans une autre affaire,

tu avais fait condamner au maximum

un innocent.

- Moi, au maximum ?

- Tu plaidais partie civile. - C'est différent.

C'était l'affaire…

- L'affaire Desprat. - Oui !

Une affaire amusante, d'ailleurs. - Oui, pour toi.

Desprat condamné, ton client rentrait dans son argent

et touchait des dommages et intérêts.

Tu t'es acharné sur Desprat car il était solvable.

Le véritable coupable, que tu connaissais bien,

n'avait pas le sou.

Un certain Fournet… qui court encore d'ailleurs.

- Quelle mémoire !

- Oui ! D'éléphant.

10 ans de réclusion, Desprat s'est pendu dans sa cellule.

- Je pouvais pas prévoir.

Pourquoi me parles-tu de tout ça ?

- Pour rien.

Entre nous, tenir de pareils propos devant des dames,

c'est tenter le diable. C'est de l'incitation au meurtre.

Impunité assurée…

Et tout ça parce que tu avais envie de moi. Pas vrai ?

- C'est vrai, j'avais envie de toi mais de là à… Tout de même.

- Tu savais bien ce que tu faisais, crapule !

Si tu avais fait acquitter un innocent et condamner un coupable,

quel intérêt ? J'aurais même pas fait attention à toi.

- Écoute, je suis pas un monstre. - Mais si !

D'ailleurs, j'adore les monstres. La preuve !

C'est quoi pour toi la justice ?

Du sport, du catch, de théâtre ! On fait semblant.

- Non, j'ai jamais plaidé contre ma conviction.

Ce Desprat dont tu parles avait dans son dossier des choses troublantes.

Il a choisi de se suicider, ça… - Merveilleux !

Tu es merveilleux et je t'adore !

Voilà qu'à présent, parce que ça t'arrange,

tu te persuades qu'il était coupable.

Dans 3 ans, tu imagineras sans doute aussi que…

Gina Bianchi est une criminelle.

Musique intrigante

——

- Quoi ? Quoi ?

Répète ce que tu viens de dire.

- Qu'est-ce que j'ai dit ?

- Alors…

Tu m'as pris pour un imbécile ?

- Chéri, tu ramènes toujours tout à toi.

- À toi…

Tu as tué ton mari.

- Enfin, réfléchis !

Ai-je fait la piqûre ?

- Tu as tué ton mari par personne interposée.

- Chéri, intelligent et perspicace comme tu es,

si j'avais tué Paul, tu t'en serais aperçu.

——

- Salope ! - Pour une fois que je dis la vérité !

- Petite salope ! Petite garce !

Il l'insulte.

Il souffle.

- Tu peux pas dormir ? - Non.

- Pourquoi ?

- Je me demande pourquoi ton mari…

- Oh ! Chéri !

- Pas quand je te parle de Paul, un peu de tenue.

- Oh ! De la tenue…

- Je te l'aurais passé. Elle souffle.

- Alors, mon mari… Qu'est-ce que tu voulais savoir ?

- Pourquoi l'as-tu tué ?

Il souffle.

T'as agi comme une idiote, t'avais qu'à divorcer.

- C'est ce qu'il voulait.

On allait partir sur la Côte d'Azur pour régler les formalités.

- Alors ?

- Et j'aurais laissé ma place à l'autre ?

Cette fille qui m'a volé mon mari.

Avec Gina, c'était sérieux, il en était fou.

- T'avais qu'à t'adresser à un détective privé.

T'aurais su où ils se retrouvaient, tu les surprenais,

crime passionnel, on t'acquittait.

- Tu te rends pas compte ?

Tuer un homme à bout portant, j'aurais jamais pu.

- Gina prétend qu'il n'y a jamais rien eu entre eux.

- Elle ment. - Elle ment… Ça reste à prouver !

- Et le testament ?

Légataire universelle, c'est pas une preuve, ça ?

- Comment ? T'en connaissais l'existence ?

- Faut croire, sans quoi…

- Sans quoi… Quoi ?

- Paul serait encore vivant. Enfin, peut-être…

- Il t'avait dit qu'il avait refait son testament ?

- Non. Et pour cause, il n'en savait rien.

- Comment ça ?

- Forcément. - Comment le savais-tu, toi ?

- Je le savais parce que… - Parce que quoi ?

Elle souffle.

- C'est moi qui l'ai rédigé, c'est un faux.

- Quoi ?

- Mais… Parole d'honneur.

- T'es foutue !

Philliet va demander une expertise, on va identifier ton écriture

et tu seras confondue !

- Non, on ne reconnaîtra pas mon écriture.

On reconnaîtra l'écriture de Gina.

- Alors, là, je comprends pas.

- Tu comprends pas ? - Non.

- Je l'ai imitée aussi, l'écriture de Gina.

- Quoi ?

- J'ai mêlé l'écriture de Gina à celle de Paul.

Tu saisis ? - Ça !

- J'ai imité Gina imitant Paul. Le faux est signé.

L'expertise, c'est toi qui va la demander.

- C'est fou ! Mais qui t'a donné cette idée ?

- Toi, mon chéri. - Comment ?

- Rappelle-toi l'article que tu as publié il y a 1 an.

Le fameux article…

- C'était pour ridiculiser les experts.

- Je l'ai appris par cœur, ou presque.

"Pour duper les graphologues,

"il faut mêler à l'écriture imitée des éléments d'une autre écriture.

"Les experts attribueront le faux à celui que dénonce la 2e écriture

"car c'est une science inexacte."

J'ai bien appris ma leçon, je suis une bonne élève.

C'est toi qui m'a tout appris.

- De là à être l'instigateur de ton crime !

- Qui dit ça ? J'ai pas l'intention de te charger.

Je suis une honnête femme.

- Ça, c'est merveilleux ! Elle le croit, en plus !

- T'énerve pas.

- J'ai besoin de marcher.

Besoin de marcher pour réfléchir.

Besoin de marcher pour me dégourdir la tête.

Infernale !

Tu es une créature infernale !

Je peux pas plaider dans ces conditions.

- Chéri, apporte-moi un petit whisky.

Juste un baby. - Un baby, un baby…

Salope !

- Et la glace ? Il râle.

(- De la glace !)

En voilà de la glace.

Là. - Merci, mon chéri.

- Non, non. T'as voulu trop bien faire, t'as tout gâché.

Compte pas sur moi pour faire condamner un innocent.

J'ai plus la foi.

- Et le testament ?

- On essaiera de transiger avec Gina.

- Après ce qu'elle a fait ? Jamais, tu entends ?

C'est elle ou moi. On peut plus reculer, mon chéri.

- Ma chérie, tu joueras sans moi !

Je serai pas ton complice.

- Mais… Tu vas pas m'abandonner ?

Tu n'as pas le droit. - J'en ai le droit et le devoir.

- Mon chéri, tu ne peux pas faire ça.

Si j'étais une cliente ordinaire,

je te raconterais mon histoire, je te paierais et tu ferais ton métier.

Je demande pas plus.

- Maintenant, tu veux m'acheter ?

- Tu sais de combien sera ma fortune si j'hérite ?

- Oui, je sais !

Pour toi, ce sont des circonstances atténuantes.

- Et l'amour ? C'est pas une circonstance atténuante ?

- L'amour de l'argent !

- Sais-tu quand et comment m'est venu l'idée de…

Le matin de notre 1re nuit.

Tu vois, j'avoue la préméditation.

J'ai pensé à ce que tu m'avais suggéré.

- Quoi, moi ? - Oui, à tout ce que tu m'avais suggéré.

Je savais qu'on se plaisait, qu'on s'entendait bien.

J'ai pensé que peut-être, tous les deux…

Mais le bonheur, ça se mérite !

Pour être heureux, il fallait que je retrouve ma liberté

et que je ne perde pas ma fortune.

Si tu crois que j'ai tué pour mon plaisir !

Écoute, il faut me croire ! Ai-je l'air de mentir ?

J'ai jamais été aussi sincère. Je le jure sur la tombe de…

- Dis, je t'en prie ! Tu dis n'importe quoi, c'est effarant !

- J'ai rien à te cacher, je laisse parler mon cœur.

- Oh !

- Écoute, regarde-moi !

Ose me dire que je ne suis pas la femme de ta vie.

Ose me dire qu'on est pas fait l'un pour l'autre.

Mon amour ! Ma seule chose qui compte !

La seule !

Musique classique

——

Il parle.

Qu'est-ce que tu dis ?

- Du béton ! - Quoi ?

- Du béton. Je te disais de faire un dossier en béton.

Il faut trouver des petits faits qui se retournent contre elle.

Un petit détail, il en faut pas plus

pour impressionner ces messieurs.

- Quels messieurs ? - Les jurés.

Elle rit. Tiens, regarde le salaud !

Je le double et il accélère.

- Assassin !

- Je t'en prie, pas ce mot-là.

En somme, l'affaire se présente bien.

Elle a fait la piqûre, c'est incontestable. Il en est mort.

Le cadavre est là. On a une longueur d'avance.

On peut respirer.

Tiens !

Un type en panne ! - Tu vas pas prendre n'importe qui !

- Attends, regarde, tu vas voir. Tu vas voir !

Et hop ! Il rit.

J'adore donner de faux espoirs.

Rires

C'est bien que la fille s'obstine à nier ses relations avec ton mari.

Si je prouve que ces relations étaient réelles,

c'est fini, tout ce qu'elle dira sera suspecté.

Un petit détail qui peut indisposer les jurés,

la poussière qui enraye la machine. Ça tourne plus rond.

C'est formidable.

Une porte s'ouvre.

- Monsieur, que puis-je faire pour vous ?

Ah…

Qu'y a-t-il pour votre service ?

- Je suis chargé d'enquêter sur l'affaire Dupré.

Vous êtes au courant ? - Je lis les journaux.

- Vous connaissiez la victime ?

- Vous savez, je connais énormément de monde.

Il rit. - Moi aussi.

Je connais personnellement M. Gaudet,

juge d'instruction. C'est lui qui m'envoie en commission rogatoire.

Alors, M. Dupré ?

- C'était un vieil ami.

Tous mes clients sont mes amis, forcément.

- Il venait seul ou accompagné ?

- Accompagné, toujours.

- Vous ne recevez que les couples ?

- En principe, oui, mais si un client est momentanément démuni,

on essaie de le dépanner.

Dans le 16e arrondissement, on peut toujours se ravitailler.

- Et sa femme, Mme Dupré, vous la connaissiez ?

- Il est jamais venu avec elle, même avant son mariage.

- Vous lui avez connu beaucoup de maîtresses ?

- Il s'était assagi. Ces derniers temps, il venait avec la même personne.

Très bien, d'ailleurs. Très réservée.

Beaucoup plus jeune que lui, naturellement.

- Beaucoup plus jeune ? - 20 ans.

Autrement, où serait le plaisir ?

- Laquelle est-ce ?

Elle s'exclame. - J'aime pas ça du tout !

Mais pas du tout !

- Je vous demande laquelle est-ce ?

- Tout ceci restera entre nous ? - Voyons !

- Me Cassidi me l'a promis.

- Vous le connaissez ? - C'est mon avocat.

- Il n'a rien à vous promettre, c'est M. Gaudet qui décide.

Alors… Laquelle ?

- Je n'ai rien dit !

- Me Cassidi ne vous a pas montré cette photo avant ?

- Pour qui me prenez-vous ?

- Parfait. Je ferai en sorte que votre nom ne soit pas mentionné.

- Hein, M. le Juge ?

Mon information était bonne.

Le témoignage de Marjorie est formel.

- Vous vous êtes bien débrouillé.

Votre tuyau était bon. Exclamation modeste

Si, si, si. Compliment. Un indicateur ?

- Non, l'expérience, tout simplement.

Je connais les femmes et je connais les bonnes adresses.

J'ai jamais douté de la culpabilité de l'accusée.

- Forcément, vous plaidez contre elle.

Imaginez la situation inverse.

- Non, c'est impensable.

J'ai accepté ce dossier qu'en connaissance de cause.

Dans une affaire comme celle-ci, je n'aimerais pas trahir la vérité.

La vérité, c'est mon seul moyen d'existence.

- Vous devez souvent tirer le diable par la queue.

Il rit. Faites pas attention, je…

Je plaisante. Il se râcle la gorge.

Avez-vous passé un bon week-end ?

Exclamation interrogative - Excellent.

- Ça doit être très agréable, la chasse.

- Oui, pourquoi ? - C'est le secret de votre forme.

Il acquiesce. - Oui.

À propos, j'ai ici 2 lettres de M. Dupré.

J'aimerais que l'on fasse l'expertise de son testament.

Vous trouvez pas ça bizarre,

ce testament rédigé quelque temps avant le crime ?

- Vous le croyez faux ?

- Je n'en sais rien, je présume.

Je demande officiellement qu'on compare l'écriture de M. Dupré

avec celle de Gina Bianchi.

- Ah ! - Comprenez-moi,

je voudrais un verdict clair et sans équivoque.

- Ah ! Moi aussi !

- Nous sommes d'accord.

- Ne craignez-vous pas

que Me Philliet n'exige la même chose ?

- C'est-à-dire ?

- Que l'écriture de Mme Dupré

soit elle aussi soumise à l'expertise ?

Alors, coupons-lui l'herbe sous le pied.

Apportez-moi le plus vite possible un autographe de Mme Dupré.

- Un autographe ? - Pour la bonne règle.

- Oui, si vous pensez que…

- Disons demain, en accompagnant votre cliente.

- Demain ?

- Je l'entends à 10 h, vous n'êtes pas au courant ?

- En effet. La convocation est arrivée quand vous plaidiez à Lille.

Il râle. - Vous me prenez de court.

- Je veux pas que vous puissiez vous plaindre

des lenteurs de l'instruction. Il ricane.

Tambours battants,

nous allons mener cette affaire tambours battants !

- Bon.

Au revoir, M. le Juge.

Cliquetis de machine à écrire

——

Oui. Excusez-moi.

Un coup de téléphone important à donner. Je vous rejoins.

…

Vite, votre cliente vous attend.

- Merci.

- Hé ! Cassidi !

L'affaire Dupré se présente bien ? - Très bien.

N'en parle pas encore dans ton journal. - D'accord.

- Ah…

Bon…

Ah… Celui-là !

"Les lenteurs de l'instruction… Tambours battants…"

Je t'en foutrais du "tambours battants" !

Allô !

Ici Maître Cassidi.

Passez-moi Madame.

Elle est sortie ?

Mais à quelle heure ?

Elle ne rentre pas dîner ?

Où peut-on la joindre ?

Vous ne savez rien !

Moi non plus.

Je regrette, merci.

- Vous n'étiez pas la maîtresse de M. Dupré ?

Vous n'étiez pas la maîtresse de M. Dupré ?

Vous persistez à nier.

Mon cher Maître,

je prédis à votre ami Cassidi un grand succès

quand il évoquera devant les assises

les nuits édifiantes passées par votre cliente

dans le distingué bobinard de Mme Marjorie.

- Le témoignage d'une maquerelle !

Je vous garantis… - Non !

Respirations haletantes

J'avoue, c'est vrai.

J'étais la maîtresse de Paul.

- Vous voyez, c'était pas plus difficile que ça.

Me direz-vous pourquoi vous avez mis tant d'obstination

à nier l'évidence ?

- J'ai pas l'habitude qu'on me pose de pareilles questions.

- Vous n'avez pas l'habitude d'être accusée de meurtre.

- Je n'ai pas tué M. Dupré !

- Et vous n'étiez pas sa maîtresse ? Comment peut-on vous croire ?

Quand mentez-vous ? Quand dites-vous la vérité ?

- Elle a menti stupidement.

- Oh ! - Si elle était coupable,

elle aurait été plus adroite.

- Trop fin pour les jurés !

C'est pas avec ces arguments que vous ferez acquitter votre cliente.

Voyons. Pendant combien de temps M. Dupré vous a-t-il fait la cour ?

- Un mois, un mois et demi.

- Ce bracelet, après combien de temps vous l'a-t-il offert ?

- Deux mois.

- 15 jours après, quoi.

- Vous aimiez cet homme qui avait 20 ans de plus que vous ?

Elle pleure.

——

(- Calmez-vous.)

——

- Excusez-moi.

——

Il se râcle la gorge.

- Reprenons ce voyage dans le midi avec sa femme.

- Il voulait rompre, mettre au point les conditions de leur divorce.

- Oui…

Jusqu'ici, j'avais entendu parler de voyage de noces mais…

de voyage de divorces…

Quand on se quitte, on ne part pas ensemble…

- Vous oubliez le testament.

- J'allais vous en parler !

- Instituer légataire universelle une femme qui ne vous est rien,

c'est une preuve d'amour, et irréfutable, celle-là !

- Irréfutable ?

Cassidi m'a demandé l'expertise en écriture.

Parfaitement ! L'expertise ! Ah !

Cette preuve d'amour, irréfutable, celle-là,

qui dit qu'elle est pas truquée ?

Qui dit que ce testament est pas un faux ?

Irréfutable, celui-là !

- Oui… Faux testament, fausse ampoule…

Tout se tient ! L'assassin a de la suite dans les idées.

- Je ne savais même pas que ce testament existait.

- Je vous raconte votre crime ? - Je ne l'ai pas assassiné !

- Ne nous emballons pas.

J'aime mieux vous voir comme ça que comme tout à l'heure.

Suivez-moi bien. Il se râcle la gorge.

Quand vous avez compris que M. Dupré vous échappait,

qu'il partait en voyage de réconciliation,

de "renoces", quoi,

et que sa fortune vous passait sous le nez,

vous n'avez pas perdu de temps.

Parce que ça va vite là-dedans !

Vous vous êtes empressée de faire un faux testament,

et d'expédier votre amant ad patres

par un moyen original

que seuls une infirmière ou un médecin pouvaient inventer.

Vous avez frôlé le crime parfait.

Vous aviez tout prévu. Tout, sauf un détail.

C'est que, par le plus singulier des hasards,

Mme Dupré, ce soir-là, rentrerait à 11 h,

au moment précis où vous veniez de faire la piqûre,

et qu'avec une présence d'esprit admirable,

elle s'emparerait de la seringue…

De la seringue accusatrice !

Car la seringue, mon cher Maître, est une preuve irréfutable, celle-là !

- Je proteste ! C'est une thèse arbitraire.

- Laissez-moi finir !

Voilà.

Voilà ce que je vous aurais dit si j'étais Me Cassidy.

Et ce qu'il vous dira, d'ailleurs !

Au lieu de m'infliger des interruptions saugrenues,

vous devriez contre-attaquer !

L'expertise, quelles qu'en soient les conclusions,

un homme comme Cassidi en tire toujours avantage,

mon jeune ami.

Quant à vous, votre état de santé ne justifie pas

votre maintien à l'hôpital.

Je suis obligé de signer votre ordre de transfert

à la Petite Roquette.

- Mais… - M. le Juge, j'avais cru comprendre…

- La liberté provisoire. Dans l'état actuel du dossier ?

Pour que Cassidi fasse appel devant la Chambre

et que je sois dessaisi de l'affaire ?

C'est ça que vous voulez ?

Il se râcle la gorge.

Fracas

- Merci.

Voilà, je suis prête. - Allez, venez.

- Alors, courage ! - Merci.

Vrombissements de moteur

Musique intrigante

Vrombissements de moteur ——

—— ——

——

Une porte se ferme.

Une horloge sonne.

- D'où viens-tu ? - Que fais-tu là ?

- 11 h, décidément. Où as-tu passé la journée ?

Je t'ai téléphoné 3 fois. Où ?

- Où, où ? Tu es nerveux, toi !

- Il y a de quoi. D'où viens-tu ?

- Du cinéma ! - Encore ? C'est une manie !

- Continue, j'adore les scènes de jalousie.

C'est quoi cet étalage ?

- Pendant que tu te baguenaudes, je travaille pour toi.

Tu sais pas que tu es convoquée demain ?

- Et alors ? - Un interrogatoire se prépare !

Ta présentation est importante.

Elle doit pas avoir l'air préméditée.

Un homme comme Gaudet, faut de l'élégance

mais pas de coquetterie.

- Du noir ? - Non, n'exagérons rien.

Je préfère le gris.

- Un peu cavalier pour une veuve, non ? - Au contraire.

Gaudet sait à quoi s'en tenir quant à ton chagrin.

Habille-toi avec franchise.

De la sobriété, de la dignité mais de la dignité souriante.

Enfin, soit telle que tu es mais avec naturelle !

- O.K. !

- Tu es bien ? Tu es pas fatiguée, pas sommeil ?

- Je me suis jamais sentie si bien.

- Bon. Allons par ici. On sera mieux pour répéter.

Où peut-on se mettre ? Ici, nous serons très bien.

Tiens, prends la chaise qu'il y a là-bas.

Gémissement satisfait

Elle souffle.

- Celui-là, toujours à l'affût !

- Quoi ? Il est encore là ?

- Oui. Depuis 2 ans.

Un jour, il m'a vue nue, il attend un bis.

- Ça prouve qu'il a du goût.

Alors… Toi, là. Gaudet, là.

Et moi… Non. Tu verras. Je vais t'expliquer.

Gaudet n'aime pas que le défenseur influence son client.

Tu vois, sois face à lui et… Bon.

Alors, tu remarqueras, je m'assieds pas tout de suite,

je reste debout.

Je fais semblant de boire un verre au bout d'un moment, hein ?

Hop ! Tu comprends ?

C'est des petits trucs du métier !

Alors, fais attention…

Gaudet va essayer de te coincer.

- Me coincer, moi ? De quel droit ? Est-ce elle ou moi, la coupable ?

- Chérie… Exclamation moqueuse

- Enfin, officiellement ! - T'énerve pas, veux-tu ?

- En voilà des pensées !

- Écoute, nous sommes là pour ça. Fais-moi confiance.

Il y a dans notre version des points obscures.

Gaudet essaiera de savoir exactement ce qu'il s'est passé le soir du meurtre.

- C'est pourtant clair !

- Attends ! Je suis Gaudet.

Le 22 octobre,

vous êtes entrée dans cette pièce

à 11 h du soir.

L'électricité était éteinte.

- Oui et j'ai allumé.

- Et qu'avez-vous vu ?

- J'ai vu Gina sortir de la chambre, affolée.

- Non, dis surtout pas qu'elle était affolée !

- Je dis qu'elle était calme ? - Attends qu'on te le demande.

Attends toujours qu'on te pose la question.

On recommence.

Comment était-elle ? - Je réponds quoi ?

- Réfléchis. Si Gina a accompli son crime de sang-froid,

elle était pas affolée.

Imagine ce qui aurait pu se passer.

Là, bon. Alors, je recommence.

Comment était-elle ?

- Elle m'a paru calme, une seconde, en possession de ses moyens.

- Très bien.

Et quand elle vous a vue ?

- Elle a pris peur, naturellement !

- Oui. Pas mal.

Pas mal mais évite les intonations partisanes.

Par exemple, supprime le "naturellement".

Sois simple, quoi.

Comme si les choses s'étaient passées, sans passion.

"Quand elle m'a vue, elle a pris peur."

Allez, on recommence. Comment était-elle ?

- D'abord, elle m'a paru calme, une fraction de seconde,

en possession de ses moyens.

- Vous aimiez M. Dupré.

Mais lui, vous aimait-il ?

- Au début, oui.

- Non, pas de restrictions. Il t'a aimé jusqu'à la fin.

- Il est établi qu'il me trompait.

- On peut tromper sans cesser d'aimer ! Allons !

T'es une femme intelligente, non ?

Tu prends un temps, tu sautes la question,

et tout gentiment, tu dis : "Il m'est toujours revenu."

Tu fais quoi ? - Mes chaussures me font mal.

- Enlève-les ! Faisons ça sérieusement ou ne le faisons pas du tout.

Allez, bon, on reprend. Alors… Il tousse.

Vous aimiez M. Dupré. Mais lui…

Vous aimait-il ? - Il m'est toujours revenu.

- Non, pas agressive, pas agressive.

Tu es une épouse indulgente et compréhensive,

alors, "il m'est toujours revenu"… Il marmonne.

Sous-entendu : "c'était son habitude,

"je lui pardonnais comme à un enfant",

en dodelinant de la tête, par exemple.

"Il m'est toujours revenu…"

- Il m'est toujours revenu.

- "Il m'est toujours revenu." Tu dis faux. C'est pas possible.

- Il m'est toujours revenu ! Zut ! Qu'il s'en aille !

- Ça suffit !

Il est minuit, nous avons rendez-vous à 9 h.

Elle souffle.

Alors…

Il tousse. Et vous lui pardonniez ?

- Nous partions en voyage dans le midi. Toujours dans le midi !

- Non, ne triomphe pas.

Vous partiez dans le midi, c'est tout.

Autre chose… Vous le trompiez ?

- Moi ? Non, jamais, pensez-vous ! Un homme pareil !

- Menteuse ! Sale menteuse !

- Quoi ? C'est à toi que je réponds ou à Gaudet ?

- Aux deux !

Tout Paris sait que tu le trompais, c'est de notoriété publique.

Elle rit.

- Et tu l'as cru ? - Oui, je l'ai cru.

Baiser

Oui, je l'ai cru. Rire

- Ce que les hommes sont naïfs.

- Encore une fois ! Vous le trompiez ?

Elle souffle.

- Oui mais il n'en savait rien. Je voulais pas lui faire de peine.

- Non, non, non. Tu ne réponds pas.

Tu le regardes dans la candeur, dans la conscience…

Tu le trompais, c'est l'évidence !

Gaudet est un galant homme, il n'insistera pas.

Alors… Vous le trompiez ?

- On va pas encore parler de ces histoires de seringues !

- Mais si ! Parce qu'il t'en parlera, lui.

Nous sommes dans un dilemme insoluble.

Pourquoi as-tu pris cette ampoule avant d'aider ton mari ?

- Pourquoi aider mon mari ? C'était pas mon intérêt.

Il acquiesce.

- Évidemment, la piqûre était faite.

- Évidemment.

- Alors, maintenant, c'est Gaudet qui parle.

Donc vous saviez que cette piqûre était mortelle.

Si vous le saviez, comment le saviez-vous ?

- Ça, c'est embêtant.

Il va pas s'attarder sur une scène qui a duré 2 minutes.

- Mais… Détrompe-toi ! Il va la disséquer pendant des heures.

Tout mélanger, tout embrouiller ! Personne ne s'y reconnaîtra.

- J'aurais pas dû m'occuper de cette ampoule.

J'ai voulu trop bien faire. La prochaine fois…

Il bégaye. - Comment, "la prochaine fois" ?

- Je me comprends.

- Enfin…

Quand on attaquera ce morceau,

qui, de toi à moi, est difficile à avaler,

laisse-moi faire.

J'interviendrai.

Je dirai à Gaudet…

- Non, Maître, ne dites rien. Vous plaiderez plus tard.

Restons dans le domaine des faits.

Les pieds sur la terre et la terre sous les pieds.

Hein ? - Parfait, parfait.

- Si ce voyage dans le midi était bien un voyage de réconciliation,

évidemment, Gina Bianchi perdait tout.

On peut imaginer… Mais ce n'est pas établi.

- Ce n'est pas la 1re fois que mes clients se réconciliaient ainsi.

Il y a eu des précédents.

- Chaque fois qu'il voulait se faire pardonner.

- Enfin, votre ménage bringuebalait quelque peu.

- Bringuebalait, bringuebalait…

- Disons qu'il prenait l'eau.

Et vous, le trompiez-vous ?

Exclamation interrogative

- Oh ! Ouais…

- Voyons…

Mme Dupré aimait profondément son mari

puisqu'elle supportait ses infidélités. - Ouais…

Et lui, l'aimait-il ?

- Vous avez compris la question ?

Et lui, vous aimait-il ?

- Il m'est toujours revenu. - Je ne lui fais pas dire !

Cette affaire est extrêmement claire.

- Oui. Pour vous et pour Me Philliet, oui.

Vous pourriez permuter, changer de camp.

Je serais toujours entre vous deux,

à essayer de démasquer qui ?

La vérité.

Grande dissimulatrice, la vérité.

Une petite cachottière.

- Accuser n'est pas mon fort mais honnêtement…

Elle saute aux yeux, la vérité.

- Pour nous aveugler. - Pour nous éclairer.

Le juge souffle.

- Cette fille a agi comme une idiote !

- Ça… - N'est-ce-pas ?

Supposons… Je dis supposons…

que vous vous décidiez à tuer votre mari.

Ça arrive tous les jours.

- Tout de même. - Vous y prendriez-vous ainsi ?

- Vous me prenez au dépourvu.

- Vous n'êtes pas frappée du nombre de hasards

qui ont joués contre Mlle Bianchi ?

Tout d'abord, 1er hasard : cette ampoule.

Comment se fait-il qu'il n'en soit rester qu'une ?

- J'étais pas dans la boîte. - Ça…

On aurait voulu lui forcer la main…

- Ce soir-là, en sortant du cinéma,

j'étais passée à la pharmacie pour acheter des ampoules.

- Bonne précaution. Ce léger détour ne vous a pas retardé

et vous êtes arrivée chez vous à 11 h pile,

au moment où la piqûre venait d'être faite.

Pas de chance, vous seriez arrivée 10 secondes plus tôt…

- Comment prévoir ? C'est un hasard.

- C'est ce que je dis, un hasard. Le second !

Presque un fait exprès.

Maintenant, dernier hasard.

Que se passe-t-il ? Elle hésite.

Avec une perspicacité miraculeuse,

vous devinez instantanément qu'il y a eu crime.

Formidable !

Vous auriez pu, comme tout le monde, comme le docteur Mermet,

penser à une crise cardiaque !

Non seulement vous devinez le crime

mais la manière dont il a été exécuté !

Prodigieux ! - Le pressentiment, ça existe !

- Voyons ! - D'ailleurs, l'attitude de l'accusée…

- Je vous en prie, vous !

Alors…

Quelle attitude avait Mlle Bianchi ?

- Elle m'a paru calme une fraction de seconde,

en possession de ses moyens. Quand elle m'a vue, elle a pris peur.

- Et aussitôt, une illumination ? Vous avez tout compris ?

Vous avez su qu'elle avait substitué une ampoule à une autre

pour provoquer un arrêt du cœur.

Avec une foudroyante présence d'esprit,

vous avez voulu vous emparer de la pièce à conviction.

- J'ai pas songé à ce que je faisais.

- Autrement, vous vous seriez occupée de votre mari ?

- On a appelé le docteur Mermet. - Et Me Cassidi ?

- J'étais l'ami et le conseil de Dupré, c'est naturel.

- Ah ! Tout naturel…

Quand un homme agonise, on fait toujours appel à son avocat.

C'est bien connu.

Mme Dupré pressentait qu'elle aurait besoin de vos services.

- Besoin de mes services ? - Pour être défendue.

- Elle a besoin d'être défendue ?

Je vous en prie, faites votre devoir !

Prenez vos responsabilités !

Inculpez ma cliente et libérez Gina Bianchi. Allez-y !

- On n'en est pas là.

- Si, on en est là. Depuis le 1er jour !

Depuis le 1er jour, vous considérez Mlle Bianchi

comme une innocente persécutée

et ma cliente comme une empoisonneuse.

Ayez du courage et faites ce que vous avez envie de faire !

Inculpez-nous, et moi, je redeviens la défense.

Inculpez Mme Dupré, allez-y !

Vous inquiétez pas, M. Gaudet n'en fera rien.

- Je n'accuse personne, je cherche.

- Vous avez une coupable, il vous faut quoi de plus ?

- J'ai une coupable, oui, mais laquelle ?

Musique inquiétante

——

Musique rythmée

——

Vrombissements de moteur

——

La portière claque.

Sonnette

Respirations haletantes

Sonnette

- Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

Tu peux entrer, je suis seul.

Respirations haletantes

Qu'est-ce qu'il se passe ?

Elle souffle. - J'en peux plus.

—— J'en peux plus !

- Qu'est-ce qui ne va pas ? Ma Catherine !

Ma petite Catherine, allons ! Mon petit Cat !

- Gaudet… - Quoi, Gaudet ?

- Il va m'arrêter, n'est-ce-pas ? - Pourquoi ?

- Est-ce que je sais, moi ? - Je suis là !

Tu n'as pas confiance en moi ?

Regarde-moi. Tu n'as pas confiance en moi ?

—— - Si, mais…

Cette scène de ce matin…

Cette impression de parler sans être crue, c'est affreux.

Mon chéri, j'ai peur. - Peur de quoi ?

- Je me sens traquée, je…

Gaudet, sa conviction est faite. Il me tient au bout de sa ligne.

- Voyons, il n'a aucune preuve. - Le ton sur lequel il m'a parlé !

Il ne doit pas aimer les femmes. Je plains la sienne.

- Il est célibataire. - Tu vois, il est pas normal.

- C'est un juge, il se prend au sérieux.

- Non, il me déteste.

- Il te déteste pas. - Pourquoi n'est-il pas impartial ?

Qu'est-ce que je lui ai fait ?

- Rien mais il est dévoré de scrupules.

Il se méfie de lui-même, des autres.

Il est honnête, quoi.

- Il n'y a plus rien à espérer ? Il faut faire machine arrière.

- C'est trop tard, il faut que t'ailles au bout.

Nous gagnerons car on est les plus forts.

- On dit toujours ça et puis…

Être traitée comme une criminelle, c'est humiliant.

- Tu vas pas flanchée car il a fait du zèle ?

C'est quoi, Gaudet ? C'est pas une puissance !

C'est l'idée que tu t'en fais. Change d'idée.

La prochaine fois, imagine-le quand il va au Palais,

en métro et en 2e classe.

En plus, il habite rue Marcadet.

T'as peur d'un homme qui habite rue Marcadet.

C'est aberrant !

- J'ai un ami au Conseil d'État, il pourrait intervenir ?

- Dis pas de bêtises. Il faut te changer les idées.

On va finir l'année dans la neige.

Quand on reviendra, Gaudet pèsera pas lourd.

Quoi qu'il en pense, il travaille pour nous.

Son dossier sera celui que nous lui ferons.

- Ne lisez pas tout ce charabia, c'est sans intérêt.

Lisez plutôt les conclusions.

Vous verrez, les 3 experts sont d'accord.

Selon eux, le testament serait un faux.

Ce faux serait de la main de votre cliente.

- Cassidi connaît ce rapport ? - J'ai pas pu le joindre.

Absent de Paris pour cause de sports d'hiver.

Il se cassera même pas une jambe.

Il rit. Tenez, joignez cette pièce au dossier.

- C'était une intrigante.

Vous pensez ! Une infirmière…

Elle n'a jamais éprouvé pour mon fils le moindre sentiment sincère.

Elle ne l'aimait pas. Elle aimait son argent.

- Une intrigante ? Non. Ma mère exagère un peu.

Gina était une chic fille.

- Ah ! Qu'entendez-vous par là ?

- Incapable d'un sentiment moche, d'un calcul vaseux.

C'était quelqu'un d'assez secret, d'assez pudique.

- Pourquoi vous a-t-elle quitté ? - Elle m'a pas quitté.

- Votre mère… - Ma mère arrange un peu les choses.

- Non. Quand je lui ai annoncé mon intention de…

de faire ma vie avec Gina,

ma mère a mis les holà, comme elle dit.

On a alerté la famille. L'éternelle histoire…

- Elle vous avait parlé de sa liaison avec M. Dupré ?

- Comme ça… Ces trucs-là, elle les gardait plutôt pour elle.

Elle avait laissé entendre qu'elle travaillerai plus,

qu'elle allait avoir de l'argent.

Elle rit. Vous savez, on dit toutes ça.

- Et le soir du 22 octobre ?

- Et bien ? - Que s'est-il passé ?

- Monsieur m'a dit d'aller me coucher. Je suis monté.

Je l'ai laissé avec l'infirmière.

Plus tard, je ne dormais pas encore,

j'ai entendu des voitures, des coups de sonnette, des va-et-vient.

Je me demandais ce qu'il se passait.

Je suis descendu à tout hasard et j'ai vu Madame.

Madame et M. Cassidi… dans les bras l'un de l'autre.

Et même davantage.

- Même davantage ? - Alors, je suis remonté.

Tout ça… Il souffle.

- Quelle heure était-il ?

- Monsieur était encore chaud.

- Le soir du 22 octobre, le soir de l'affaire Dupré,

vous avez rien remarqué ? - Non, rien.

Vous savez, le 22 octobre… Rire

- J'ai rien vu, autrement, je vous le dirais.

- Non, j'ai fait ma ronde, comme d'habitude.

En tout cas, je n'ai rien signalé.

- Alors, M. le Juge, qu'est-ce que vous en dites ?

- Vous me le laissez ? - Naturellement.

Ça corrobore la déposition du maître d'hôtel, non ?

- Incontestablement. Tenez. À mettre dans le dossier.

Et ça, c'est quoi ?

- Lisez, M. le Juge. Très important ! Un article que j'ai retrouvé

et que Cassidi avait écrit il y a un peu plus un an

sur les faux en écriture.

Si je peux démontrer qu'elle était sa maîtresse avant la mort du mari…

- Ça ne prouvera rien. - Mais c'est tout le dossier !

Dupré meurt dans les conditions qu'on sait.

Que fait-elle ? Elle appelle son amant.

Cassidi n'attendait que ça car il savait.

Oui, il savait que ce soir-là… Il souffle.

Il accourt, ils attendent que tout le monde soit parti.

Ils ont toute la nuit pour monter leur affaire.

On se pose en victime, on alerte le procureur

et on oriente les soupçons sur une innocente.

Alors, M. le Juge ?

Il hésite.

- Le mécanisme du faux au 2e degré est très bien expliqué.

- Mme Dupré a imité l'écriture de son mari

en contrefaisant celle de ma cliente.

- Vous demandez la contre-expertise ?

L'avocat acquiesce. Moi aussi !

- Je démontrerai… Vous entendez ?

Je démontrerai que Cassidi était le complice.

Il s'exclame. - Soyez prudent !

Le terrain est glissant.

Pour soutenir une telle accusation devant un jury d'assises,

faut avoir les reins solides.

C'est un gros morceau, Cassidi.

Vrombissements de moteur

- Je prendrai un taxi, je te laisse la voiture.

- Pourquoi ? - Je tiens pas à ce qu'on nous voit.

Ça suffit, après l'article du journal.

Tiens ! Voilà.

Il tousse. Bonjour.

- Ça s'est bien passé ? - Pas mal.

- Vous êtes aphone ? - Ça s'entend ?

- Oui.

Vous ne pourrez pas plaider pour l'affaire Boudet.

- L'affaire Boudet ? Ah ! Oui !

Qui est le président ? - Castard.

- Je pourrai plaider, il est sourd.

Alors, l'affaire Dupré ?

- J'ai consulté le dossier hier soir.

Philliet a changé sa défense. Il attaque.

- Il attaque ? C'est très intéressant, mon vieux.

Je vous retrouve chez le procureur Magnin.

Bonjour ! - Bonjour !

Alors, ça s'est bien passé ? - Oui.

- La neige était bonne ? - Merveilleuse.

- Qu'est-ce que t'as ? - Je suis aphone.

- Sans blague ? - T'en doutes ?

- Avec toi, on ne sait jamais.

Rire

- Bonjour ! - Bonjour !

- Oui…

- Bonjour. - Bonjour !

Alors, il paraît que vous avez changé votre système de défense ?

Vous attaquez ? - J'ai demandé la contre-expertise.

- Oui, je suis au courant.

Il tousse. Morin m'a expliqué l'état du dossier.

Petit rire

Entre nous, je vous vois mal parti.

- Rendez-vous au verdict.

- J'ai pas de conseils à vous donner, quoique je sois plus âgé,

mais j'aime tellement mon métier

que quand je vois des confrères qui l'exercent mal,

ça me fait souffrir.

Il souffle.

Mon petit Philliet, je vous envie.

Votre dossier est meilleur que le mien mais vous savez pas le lire.

- Je ne sais pas le lire ? - Non.

Un dossier se lit entre les lignes, en transparence, à l'envers.

C'est un instrument, on lui fait jouer l'air qu'on veut.

Philliet acquiesce. - C'est une conception à vous.

- Je vais vous raconter quelque chose qui vous intéressera plus.

Quelque chose que vous ne savez pas.

C'est que je suis l'amant de Mme Dupré depuis 2 ans.

C'est moi qui lui ai suggéré ce crime.

Vous pensez bien que l'histoire de substitution d'ampoules,

elle aurait pas trouvé ça seule.

Si vous aviez lu un article de moi, il y a quelques mois, dans le Figaro,

vous auriez compris le secret de fabrication de ce testament.

Il tousse. Bien sûr, on avait bien pensé

à d'autres moyens pour le supprimer.

La noyade, l'accident de chasse, l'arsenic…

Vous savez comme moi

que la justice exige toujours un coupable, fût-il innocent.

Alors, on lui offre Gina Bianchi.

C'est ça la vérité judiciaire.

Il s'exclame. - Vous alors, vous êtes gonflé !

- Quel langage sacrilège dans la maison de la chaux et de la borie !

J'ai pas de conseils à vous donner.

Si j'avais votre âge, je prendrais mes risques.

C'est ce banco que je jouerais.

Si vous gagnez, dans 10 ans, vous êtes membre du Conseil de l'Ordre.

Mais… Si vous perdez, je vous préviens,

je saisirais le bâtonnier.

Alors, choisissez, mon jeune ami.

- Cassidi ! Votre légion d'honneur est tombée.

- Gardez-la si ça vous amuse.

Elle a fait son temps, j'attends la rosette.

- Je vous remercie, monsieur. - M. le Juge.

- Au revoir. On frappe à la porte.

Entrez !

- Oh ! Pardon ! - Non, entrez.

- Pardon, Maître.

- Je viens de rencontrer Cassidi. - Ah ! Il est rentré ?

Il s'est pas cassé la jambe ? - Non, la voix.

- Dommage, il va en avoir besoin.

- Savez-vous ce qu'il m'a dit ?

- Tout ce qu'il peut dire n'a plus aucune importance.

Aucune, aucune !

Vous allez assister à un de ces coups de théâtre !

C'est pas à moi de le dire, mais il y a une justice.

Peut-être…

Ne vous troublez pas.

- Je vous demande pardon.

- Continuez, continuez.

Bon… Ne bougez plus !

À quel moment M. Dupré a-t-il commencé à râler ?

- Pendant la piqûre.

- Après, qu'avez-vous fait ?

- J'ai posé la seringue et j'ai couru vers le téléphone.

- Faites le mouvement.

Arrêtez-vous ! Un instant.

Quand vous êtes entrée, comment était la porte ?

- Presque fermée. Il s'exclame.

- Ce soir-là, les stores n'étaient pas fermés ?

- Non, on les ferme rarement.

- Les rideaux étaient-ils tirés ? - Non.

- Sûre ? - Certaine.

- D'accord ? - Oui.

- Vous avez entendu ? Très important.

Vous n'étiez pas là pendant la piqûre ? - Non.

- Vous n'êtes entrée qu'après ? - Oui.

- Sortez, je vous prie. Vous rentrerez quand je vous appellerai.

Cette pièce était obscure ? - Non, elle était éclairée.

- Par conséquent, c'est Mme Dupré qui a allumé en entrant.

- Oui, sans doute.

- Bon… Nous allons éteindre.

Mme Dupré, à vous !

Mme Dupré !

À vous !

Refaites l'obscurité ! Vite !

Recommençons.

- À partir de quand ?

- À partir du moment où Mlle Bianchi a fait la piqûre.

Mme Dupré !

Halte !

Vous êtes sûre d'avoir allumé directement ?

- Oui.

- Vos réponses sont enregistrées.

Vous êtes sûre d'avoir allumer à ce moment-là ?

- Oui.

- Vous vous êtes servie de ce commutateur ?

- Oui.

- De ce commutateur qui commande le grand éclairage ?

- Mais oui !

- Vous mentez.

Maître Cassidi, Mme Dupré ment.

Oui, elle ment !

Elle est entrée dans le hall

un long moment avant que Mlle Bianchi fasse la piqûre.

Elle a attendu là-bas, dans l'obscurité, pendant 10 minutes.

Pourquoi attendre si elle n'avait pas su que son mari allait mourir ?

Comment l'aurait-elle su

si elle n'avait pas substitué les ampoules ?

Ce n'est que lorsqu'elle a entendu sa victime gémir qu'elle a allumé.

Une seconde avant que Mlle Bianchi sorte de la chambre.

- C'est faux ! Complètement faux !

Si j'avais organisé cet assassinat, pourquoi serais-je revenue ?

- Vous êtes revenue pour prendre Mlle Bianchi sur le fait,

pour vous emparer de l'ampoule. C'était du fignolage.

Cassidi se râcle la gorge.

Vous avez voulu trop bien faire. - C'est du roman-feuilleton.

Vous pouvez pas porter une accusation basée sur des hypothèses.

- Pas des hypothèses, hélas… Une certitude !

Quelqu'un, ce soir-là, a vu Mme Dupré.

Allez me chercher le témoin. - Tiens, tiens.

- Je suis heureux de voir que vous avez retrouvé la voix.

Cassidi acquiesce.

- Et vous, votre lacet, là.

- Merci. Le juge se râcle la gorge.

Remontez les stores.

Grincements

Ah ! Approchez, approchez.

Vous pouvez vous assoir.

Pas de photographes ! Qu'est-ce que c'est ?

Faites-moi partir tous ces gens.

Voulez-vous décliner votre identité.

- Georges Boisset, 40 ans, maroquinier.

- Vous travaillez à domicile ?

- Oui, pour l'extérieur, des grandes maisons.

- Vous habitez en face ? - Juste en face.

- Le 22 octobre, le soir du drame,

vous étiez chez vous ? - Oui.

- Et vous regardiez dans la rue ? - Oui, machinalement.

- C'est ainsi que vous avez vu arriver Mme Dupré ?

- Oui, aux environs de 11 h, 11 h moins le quart.

Elle a rangé sa voiture plus loin.

- Il n'y avait pas de place devant l'hôtel ?

- Si, ce soir-là, je ne sais pas pourquoi… D'habitude…

- Vous êtes au courant des habitudes de Mme Dupré ?

- Les habitudes, c'est beaucoup dire.

- Et ensuite ?

- Elle est rentrée chez elle.

Ordinairement, elle allume tout de suite.

Je la vois aller et venir.

J'essaie souvent de deviner, d'après sa robe, où elle était.

- Et alors ?

- Ce soir-là, les fenêtres sont restées noires.

- Longtemps ?

- Oh… 10 bonnes minutes.

- Ah ! - Je me demandais ce qu'elle fabriquait.

Enfin, elle s'est décidée à allumer,

juste comme l'infirmière rentrait dans la pièce.

- Vous êtes sûr que c'était ce soir-là ?

- Le surlendemain, j'ai lu l'histoire dans les journaux.

- Sûr aussi que 10 minutes se sont écoulées

entre le moment où Mme Dupré est rentrée chez elle

et celui où elle a allumé ?

- 10 bonnes minutes.

- Je vous écoute, Mme Dupré.

- Je n'ai rien à dire.

Cet homme se trompe, c'est tout.

- Réponse enregistrée. - Pardon !

Puis-je interroger le témoin ?

- Questionnez, mon cher Maître. La loi vous en donne le droit.

- Vous vous rendez compte que c'est une affaire très grave ?

- Oui.

- Et de la portée de vos accusations ?

- J'accuse personne, je dis ce que j'ai vu.

- Je vous le souhaite.

Si par la suite, vous étiez convaincu de faux témoignage,

ça pourrait vous coûter très, très cher.

- Pas d'intimidation, on est pas aux assises.

- Je le mets en garde, je suis honnête.

S'il a menti ou s'il n'est pas sûr de sa mémoire,

il peut encore se rétracter, n'est-ce-pas ?

- Mais… Je dis la vérité.

- Oui, mais à retardement !

Vous trouvez pas que vous avez été long à libérer votre conscience ?

- Ma conscience n'a rien à voir.

- Rien à voir ?

Pourquoi apporter aujourd'hui ce témoignage,

paraît-il aussi capital ?

- Capital… - Oui, capital !

Vous accusez Mme Dupré d'avoir assassiner son mari.

- Je n'accuse personne. Je dis ce que j'ai vu, encore une fois.

- Un matin, vous vous êtes levé en vous disant :

"Je vais faire quoi aujourd'hui ?

" Voilà, ça y est, j'y suis !

"Je vais aller raconter mon histoire à la police."

- Pas du tout. Je n'ai rien demandé, on est venu me chercher.

- Tiens, tiens, tiens.

- Oui, c'est moi.

C'est l'inspecteur Véricel qui, sur mes instigations,

a découvert ce témoin en faisant du porte à porte.

Il y a mis du temps et de la patience,

ce qui explique le côté tardif de cette déposition.

- Alors, 1er point : témoignage provoqué.

On attache à ce mot aucun sens péjoratif, M. le Juge.

Dans quel journal avez-vous lu le récit du drame ?

- France-Soir.

- Vous vous souvenez du titre ? - Non.

- "La femme d'un industriel arrive

"au moment où son mari est empoisonné par une infirmière."

Ça ne vous a pas fait bondir, ça ?

- Moi, les titres…

La preuve, c'est que c'est l'inspecteur…

- Qui est venu vous trouver et qui vous a dit :

"Vous voyez rien qui pourrait faire condamner Mme Dupré ?"

- Vous lui avez répondu : "Si, vous tombez bien."

- Non, ça s'est pas passé comme ça. On a bavardé et de fil en aiguille…

- Il a émis des hypothèses.

Par exemple, que Mme Dupré était restée dans le noir.

Vous avez cherché dans vos souvenirs, il vous a aidé.

D'un coup, le brouillard s'est dissipé.

Vous avez eu une éclaircie : "Ça y est, je me souviens !

"Elle a attendu 10 minutes avant d'allumer."

Témoignage suggéré, mon cher.

- Non, cher Maître, non ! - Attendez…

J'émets aussi des hypothèses. Pourquoi pas ? Chacun son tour.

Je ne vous accuse pas de mauvaise foi.

Mais entre deux vérités,

l'ancienne et la nouvelle,

on est tenté de choisir la seconde, c'est bien naturel.

Une cloche sonne.

- Mais… Il me semble pourtant bien…

- C'est ce que je dis. Il vous semble.

Il vous semble qu'il y a eu 10 minutes.

Il hésite.

- Peut-être moins, peut-être plus…

- Voyons ! Voulez-vous faire une expérience avec moi ?

Je vais continuer à vous interroger.

Quand vous jugerez que ça fait une minute, vous m'arrêterez.

- Une minute à une fenêtre et une minute ici…

- Ça fait 60 secondes. - C'est une démonstration gratuite.

- Comme le piège que vous avez tendu à Mme Dupré, n'est-ce-pas ?

- Un témoin appartient à tout le monde.

- Oui… Bon, nous y allons, M. Boisset ?

——

- Si vous voulez.

- Alors, 1, 2, 3 !

Vous vous intéressiez beaucoup à Mme Dupré ?

Je dirais pas que vous l'espionniez

mais vous étiez à l'affût, avec une certaine insistance.

À l'affût de quoi ? Qu'est-ce que vous espériez ?

La voir dans le plus simple appareil. Vous espériez la voir se déshabiller.

- Oh ! J'en ai vu d'autres !

- Admettons que vous y preniez goût.

Un petit striptease comme ça, le soir,

avant de se coucher, ça aide !

Vous trouvez pas que cette curiosité était indécente,

même un peu obscène ?

- Vous avez de ces idées ! C'est idiot !

- Se repaître du spectacle d'une femme qui ne se sait pas observée,

ce n'est pas un passe-temps très sain, M. Boisset.

C'est un délit qui, en Amérique, vous mènerait en prison.

Vous devriez consulter un psychiatre.

Il vous corrigerait de ces penchants inavouables.

La preuve, c'est que vous ne les avouez pas.

- Je suis un honnête homme.

- Oui, jusqu'à ce que vous soyez condamné.

Vous n'avez jamais été condamné ?

- Non ! Je vous en prie, respectez le témoin !

- Prouvez-moi qu'il est respectable.

- Je vous rappelle le Code pénal.

Vous ne pouvez l'interroger que par mon intermédiaire.

- Bon. Vous n'avez jamais été condamné ?

Je vous interroge par l'intermédiaire de M. le Juge.

- Si… Il y a longtemps.

Cassidi acquiesce. - Une fois, 8 jours pour ivresse.

- Tiens ! Sur la voie publique ?

- Oui, j'étais jeune. - Oui, oui.

- Le soir du crime, qu'est-ce que vous aviez bu ?

- Du vin, comme toujours. - Comme toujours.

- Beaucoup ? 1 verre, 2 verres, 3 verres ?

- J'ai pas compté. - Il a pas compté.

Vous avez compté les secondes ?

Il y a combien de temps que je vous interroge ?

- Ça fait au moins 5 minutes ! - Non, monsieur.

Ça fait 1 minute 16 exactement.

Oui, on peut se tromper. C'est long une minute.

- Surtout quand on vous interroge.

- Alors, si je calcule bien,

suivant l'estimation du témoin,

1 minute 15 représente 5 minutes,

c'est-à-dire que 2 minutes 30

correspondent à 10 minute.

J'en conclus donc

qu'il s'est passé 2 minutes 30,

et non 10,

entre le moment où Mme Dupré est entrée

et celui où elle a allumé,

temps on ne peut plus normal, n'est-ce-pas ?

Alors, il ne s'agit pas encore d'un faux témoignage

mais d'une erreur involontaire.

Est-ce que vous maintenez votre déposition ?

- Honnêtement, je sais plus, moi.

- Vous étiez pourtant très affirmatif tout à l'heure !

M. Boisset souffle. - Affirmatif, affirmatif…

Je ne suis pas un chronomètre.

J'ai dit 10 minutes comme ça, au jugé.

- M. le Juge, le temps à vue d'œil.

- On peut se tromper. - Voyons !

Je ne demande qu'une chose,

c'est qu'on rajoute à la déposition de monsieur…

- Boisset. - Voilà, M. Boisset.

Qu'on rajoute ceci… Inscrivez, greffier.

"Je reconnais ne pas pouvoir préciser le temps

"pendant lequel le salon est resté dans l'obscurité."

- Faites signer la déposition.

…

Vous pouvez vous retirer.

- Bien, M. le Juge. Messieurs dames.

Monsieur.

Madame.

- Maintenant, quelques questions à Mlle Bianchi,

toujours par l'intermédiaire de M. le Juge.

- Je suis innocente, vous le savez.

Vous savez aussi que Mme Dupré a tout combiné.

Faites ce que vous voulez, je ne répondrai plus.

- À votre aise. L'enquête a répondu pour vous.

Qui êtes-vous ?

Une infirmière avide de luxe,

qu'on appelle une coureuse de dotes.

Après un essai auprès d'un puceau

qui a échoué à cause d'une mère attentive…

Pardon ! C'est dans le dossier.

Vous êtes tombée sur M. Dupré.

Vous avez dû avoir d'autres échecs.

- Supposition gratuite, c'est pas dans le dossier.

Poursuivez votre… réquisitoire.

- Je disais donc…

Vous êtes tombée sur M. Dupré,

un homme malade et sans résistance.

Alors, là, vous teniez le magot convoité !

Mais, malheureusement,

M. Dupré a vu clair dans votre jeu.

Vous croyiez le tenir mais il vous a eu,

avec un bracelet.

C'était d'ailleurs bien payé.

Naturellement, comme il le faisait

après chacune de ses aventures sans importance,

il est revenu

à celle que, dans le fond, il n'avait jamais cessé d'aimer,

sa femme admirable.

Le juge se râcle la gorge. Oui, admirable !

À la fois lucide et indulgente.

Alors, vous, avec une rage froide,

vous avez décidé de vous emparer coûte que coûte,

fût-ce au prix d'un crime, de cette fortune qui vous échappait.

Et ce crime,

vous l'avez exécuté dans ses détails les plus affreux et sordides.

Mais un autre malheur…

Mme Dupré vous a confondue.

Alors, prise sur le fait, vous sentant perdue,

vous avez tenté de vous suicider.

Hélas, c'était un faux suicide.

Voyez-vous, c'est lumineux.

Entre cette thèse à la fois simple et convaincante,

et la vôtre si confuse,

les jurés sauront choisir.

Alors simplifiez-moi la tâche.

Aidez-moi à obtenir l'indulgence.

Je serai le 1er à demander des circonstances atténuantes.

Avouez !

Allez, un bon mouvement !

Avouez donc.

- C'est trop ignoble !

- J'ai assisté à beaucoup de scènes répugnantes

mais celle-ci les dépasse toutes.

Entre nous, êtes-vous fier de vous ?

- Je vous permets pas de me juger.

- Si j'en avais le pouvoir… - Allez au bout de votre pensée.

- Les noms des coupables sont au bout de ma pensée.

- Quels sont ces noms ?

- Vous vous foutez de moi ? Fracas

Qu'est-ce que c'est ?

Elle s'est empoisonnée.

- Digitaline ! Il faut aller vite. Aidez-moi à la transporter sur le lit.

Il faut appeler une ambulance !

- Véricel, téléphonez à Police-Secours, vite !

- Docteur, si vous avez besoin… - Laissez le docteur tranquille.

Vous avez fait tout ce que vous pouviez faire pour elle.

Jolie victoire, Maître.

- La faute à qui ?

Si vous n'aviez pas organisé cette confrontation…

Vous étiez tellement sûr de vous.

Elle a cru qu'elle serait libérée. Voilà le résultat.

Quelle honte !

- Vous êtes de loin le personnage le plus méprisable

que j'ai rencontré.

Le plus infâme, le plus abominable, le plus monstrueux.

Je ne sais pas si je me fais comprendre.

- Vous n'avez pas l'impression de sortir de votre rôle, M. le Juge ?

Sirènes des secours - Si.

J'en sors même plus que vous ne pensez.

- Je ne vous comprends pas. Vous avez un dossier.

C'est un répondant, un dossier. Basez-vous dessus.

Il inspire profondément.

- Je ne suis pas d'accord avec le dossier.

- Il y a des faits !

- Ah ! Je suis pas d'accord avec les faits.

- Avec quoi êtes-vous d'accord, alors ?

Pour une fois que Cassidi est partie civile.

- Je ne suis pas d'accord avec Cassidi.

Les faits mentent, cher doyen, les faits sont complices.

Je joue avec de fausses cartes. - C'est pas sérieux.

- Si, croyez-moi. Nommez un autre juge, moi…

- Vous n'achevez pas cette affaire ?

- Non, je demande même à en être déchargé.

- C'est fâcheux.

Fâcheux pour vous. - Vous savez…

Je n'ai jamais couru après l'avancement.

Et je n'ai plus rien à attendre de la justice.

- Cassidi !

Tu es en forme ?

Brouhaha

——

- Bonjour ! - Ça va ?

Alors, vous êtes toujours là ?

- Ça se présente bien ? - Pas mal. On sait jamais.

- Ça dure combien de temps ? - 2 jours.

- Verdict à minuit ? - Non, en fin d'après-midi.

Je veux la publicité de la télé.

- Tu sais pas ce que je dirai !

- Non, ça… S'il avait insisté, je lui donnais le verdict.

- Non ? - 8 ans fermes.

- T'as l'air sûr de toi.

- 8 ans, je suis pas méchant.

- Tu dis 8 et tu penses 20 ? - Non, parole d'honneur.

- Parions un dîner. - Je veux pas me compromettre.

- Tu veux pas parier sur ta parole ?

- Non, jamais.

——

Asseyez-vous, madame.

T'inquiète pas, je suis là.

- La Cour !

——

- L'audience est ouverte, asseyez-vous.

Faites entrer l'accusée.

Murmures

——

…

Accusée, levez-vous.

Donnez votre état civil : nom, prénom, âge, profession, adresse.

- Je m'appelle Gina Bianchi,

23 ans, infirmière.

J'habite 6 rue Vernet.

*- Cette 1re journée du procès de Gina Bianchi

* a été difficile pour l'accusée.

* Elle a même été très difficile, le mot n'est pas trop fort.

* Gina Bianchi est une jeune femme jolie, intelligente,

* certainement pas bête,

* mais qui donne l'impression de ne pas croire à sa cause.

* On dirait qu'elle joue perdante.

* Elle a tenté de se suicider, il est évident

* que cela donne des arguments nouveaux à l'accusation.

* Elle est représentée par le procureur Bollard

et aussi par Me Cassidi, avocat de la partie civile.

* Un Cassidi en pleine forme

* et pour qui, semble-t-il, le verdict est déjà acquis.

* À la défense, un jeune avocat, Me Philliet,

* dont c'est la 1re affaire importante.

* Me Philliet a cru bon

* de se faire assister du bâtonnier Lampin,

* dont l'autorité sera très utile à l'accusée.

* Ainsi qu'il fallait s'y attendre, au cours de son contre-interrogatoire,

* Me Philliet a mis en cause la veuve de la victime,

* Mme Dupré. Et que nous dit-il ?

* Il nous dit que Mme Dupré,

* qu'il nous présente comme une personne machiavélique,

* aurait elle-même armé la main de la meurtrière, à l'insu de celle-ci.

* Sur quoi, Me Philliet se lance dans des explications

* que le jury n'a pas suivi avec beaucoup d'intérêt.

* Et que dit Gina Bianchi ?

* Gina Bianchi ne peut apporter aucune précision,

* aucune preuve, rien de déterminant !

* Me Cassidi de s'écrier :

* "Est-ce vous qui avez fait la piqûre ?"

* "Oui !", reconnaît l'accusée.

* " Par amour ?", raille alors Me Cassidi.

* "Attendez ! Dites-nous donc en face

* "si vous étiez la maîtresse désintéressée,

* "vous, avec vos 23 ans,

* "de ce quadragénaire milliardaire ?"

* L'audience reprend demain…" Il éteint la télévision.

- Votre mari est en train de mourir. Que faites-vous ?

Vous appelez votre avocat ? Vous avez la tête froide !

- Me Cassidi est un ami.

- Comment l'entendez-vous ? - Et vous ?

- Observation ! - Je vous en prie.

- Mon confrère m'a déjà mis en cause lors de l'instruction.

Une seule question, je vous prie.

Existe-t-il des faits précis

prouvant que si Mme Dupré est coupable, je l'ai su ?

- Permettez… - Oui ou non ?

- Enfin… - Oui ou non ?

Pour moi, l'incident est clos.

- Plus de questions ? - Non.

- Plus de questions. - Madame, merci.

Introduisez le témoin.

- Monsieur ! - Une seconde.

Nous avons encore un témoin.

Un magistrat qui veut être entendu en vertu de mon pouvoir discrétionnaire.

- Témoin Albert Gaudet !

Avancez-vous à la barre.

- Vos nom, prénom, qualité. - Albert Gaudet, juge d'instruction.

- Vous n'êtes pas allié de l'accusée. Vous n'êtes pas à son service.

Vous jurez de dire la vérité. Levez la main, dites "Je le jure."

- Je le jure. - Nous vous écoutons.

- Messieurs les jurés,

je m'excuse de venir aussi tardivement

devant vous, mais je vous devais une explication.

Dans cette affaire, je me suis tout de suite trouvé

devant 2 thèses contraires.

L'une accusait

Gina Bianchi,

l'autre qui accusait Catherine Dupré.

Il me fallait choisir.

Choisir, c'est grave.

Si l'on se trompe, on compromets, on détruit,

on gâche la vie, la liberté, le bonheur d'un innocent.

N'est-ce-pas ?

L'erreur est humaine.

Peut-être…

sauf en matière de justice.

En matière de justice, l'erreur est inhumaine.

Mais comment choisir ?

À 1re vue, tous les faits

accablaient Gina Bianchi.

Voyez-vous, messieurs les jurés,

il faut se méfier des mots et des faits

car ils changent de signification

suivant l'éclairage qu'on leur donne.

Un exemple entre 10, entre 20 :

on vous a dit que l'accusée, et c'est vrai,

n'avait avoué que contrainte et forcée

sa liaison avec la victime.

Pourquoi ?

"Parce qu'elle se savait coupable", dit l'accusation.

Eh bien, soit. Épousons cette thèse.

Elle est coupable, elle a empoisonné son amant

et a fait un faux testament

qui l'institut légataire universelle.

Mais ce testament, comment le justifiera-t-elle ?

En proclamant, en claironnant, sa liaison avec M. Dupré.

"C'est parce que j'étais sa maîtresse qu'il m'a légué sa fortune."

Ça se tient !

Hors, que fait-elle ?

Le contraire, exactement.

Elle se donne un mal fou pour nier cet amour.

Il se râcle la gorge.

Alors ?

Pourquoi n'ai-je pas tout mis en œuvre pour faire éclater la vérité ?

Pourquoi ai-je jeté l'éponge ?

Parce que je n'étais pas de taille.

J'avais en face de moi un adversaire extrêmement efficace,

et pour qui seul le résultat compte.

Il avait la force pour lui.

Je n'avais que le droit.

"Pourquoi faites-vous ce métier si vous êtes incapable de l'exercer ?"

Ah ! Voilà !

J'avais des illusions.

Je m'imaginais que la justice

était plus forte que l'imposture

et que la vérité était à son service.

Tout ce qu'on vous apprend à l'école

pour faire de vous des citoyens désarmés…

Heureusement, Me Cassidi était un mauvais élève.

Il n'a rien retenu de ce qu'il n'a pas appris.

J'ai l'air un peu idiot du monsieur qui enfonce des portes ouvertes

et qui découvre que le monde est mal fichu.

C'est possible.

Mais j'aime mieux passer pour un imbécile aux yeux des autres

que pour un type pas très bien à mes propres yeux.

Alors, qu'est-ce que je fais là ?

Messieurs les jurés,

je vous demande…

Je vous supplie…

d'être aussi juste que moi.

Puis, je vous pose cette question…

J'en demande pardon à Me Philliet.

En votre âme et conscience,

si Me Cassidi avait été l'avocat de Gina Bianchi,

ne croyez-vous pas qu'en ce moment,

Catherine Dupré serait dans le box des accusés ?

Clameurs - T'en fais pas.

- Vous avez terminé ?

- Oui. - Une question, M. le Président !

Vous connaissez le juge Réniaud,

qui a repris votre dossier ? - Oui.

- C'est un honnête homme ? - Oui.

- Oui. Il est juge depuis 15 ans ? - C'est possible.

- Vous connaissez les 3 magistrats qui composent la chambre des mises ?

- Oui.

- À votre avis, ce sont des magistrats intègres ?

Excusez-moi ce pléonasme.

Messieurs les jurés,

ces 4 magistrats ont estimé

qu'il n'y avait qu'une accusée possible !

Mlle Gina Bianchi !

Voilà pourquoi ils l'ont déférée devant vous.

Seul de son espèce,

M. Gaudet est un homme de bonne volonté

qui voit faux.

Espèce extrêmement dangereuse !

Pour le reste, je répondrai dans ma plaidoirie.

- M. l'avocat général, pas de questions ?

Pas de questions, Maître ? - Non.

- Merci. La parole est à la partie civile.

- Messieurs de la Cour,

j'ai l'honneur de me présenter devant vous

au nom de Mme Catherine Dupré.

Tout d'abord, mes paroles exprimeront un témoignage d'amitié

car j'étais pour Paul Dupré non seulement un conseiller

mais aussi et surtout un ami.

Vous comprendrez ainsi mon émotion.

Dans cette affaire,

où tout ce qui n'est pas constatation matérielle irréfutable

a été contesté par l'accusée…

Dans cette affaire où les constatations les plus évidentes

ont été diversement interprétées par elle,

et défigurées bien souvent au cours de l'information et du débat !

Dans cette affaire où les témoignages…

Musique triste

——

- L'audience est reprise. Vous pouvez vous assoir.

La cour d'assises a répondu aux questions suivantes.

1re question :

Gina Bianchi a-t-elle volontairement fait des blessures à Paul Dupré ?

Oui, à la majorité.

2e question : les blessures ont-elles entraîné la mort ?

Oui, à la majorité. 3e question :

Gina Bianchi avait-elle l'intention de donner la mort ?

Oui, à la majorité.

4e question : a-t-elle agi avec préméditation ?

Non.

À la majorité, il y a des circonstances atténuantes.

En conséquence, faisant application de la loi, la condamne à 8 ans

de réclusion criminelle. Clameurs de la foule

Condamnée, vous avez 5 jours francs

pour vous pourvoir en cassation contre cet arrêt.

Après, vous n'y seriez plus recevable.

Gardes, emmenez la condamnée. L'audience est levée !

Brouhaha

——

- Vous êtes très gentil.

Très gentil…

Merci.

- T'as été formidable.

——

- 8 ans pile, on peut dire que tu as fait mouche !

- Je l'avais dit. - Je te consulterai pour le tiercé.

- Tu me feras un bon papier, j'espère ? - Moi aussi.

- On dîne ensemble ? - Faut que j'aille au canard.

Où se retrouve-t-on ? - Au Berkeley.

- O.K. Au revoir !

- Extraordinaire !

- Vous êtes trop aimable. Merci.

Téléphonez au Berkeley, retenez une table.

Vers 8 h…

Où est Catherine ? - Elle est partie.

- Comment ? - Elle a filé après le verdict.

Elle a laissé cette lettre sur la table. - Quoi, une lettre ?

Il marmonne.

"Merci pour tout.

"Bon pour 8 ans de reconnaissance. Catherine."

Et un chèque ?

Qu'est-ce qu'il lui prend ? C'est une blague ?

Je vous rejoins au vestiaire.

…

Il compose un numéro.

Allô ? Allô ?

Je suis bien chez Mme Dupré ?

Ici Maître Cassidi, voulez-vous me passer Mme Dupré ?

*- Elle n'est pas là. - Comment ?

- Non, elle n'est pas là.

*- Vous attendez ! - Non, je n'attends pas.

Mme Dupré est partie pour la Côte d'Azur.

*- La Côte d'Azur ?

- Oui, Maître, en voiture.

- C'est une plaisanterie ? Qui êtes-vous ?

- Vous ne vous souvenez pas ?

On s'est rencontré devant le cercueil de M. Dupré.

Vous avez un message pour elle ?

Je lui ferai part de votre coup de téléphone

puisque je vais la rejoindre demain.

- Compris.

- Très bien ! - Merci.

- Bravo ! - Oui.

- Je vais téléphoner au Berkeley. - C'est pas pressé.

- Qu'est-ce que vous avez ?

- Oh ! Rien. Voyez-vous, mon cher Morin,

dans le fond, on devrait pas plaider partie civile.

C'est pas notre rôle.

Puis, après tout, téléphonez pas au Berkeley.

À l'idée de manger du caviar

pendant que cette petite sera seule enfermée dans sa cellule,

avec ses 8 ans… Exclamation dégoûtée

- Au revoir. - Au revoir.

- Mon petit Philliet, vous êtes déçu. Moi aussi.

J'ai pas voulu ça. Vous êtes tombé sur un mauvais jury.

- Il vous a suivi. De quoi vous plaigniez-vous ?

- Je devrais pas dire ça mais j'ai mauvaise conscience.

- L'idée que vous pouviez avoir une conscience, fût-elle mauvaise…

- Gaudet a dit des choses qui m'ont bouleversé et éclairé.

- Vous avez caché votre émotion. - C'est le métier.

On cache l'émotion qu'on a, on montre celle qu'on a pas.

À l'idée d'avoir une part, même minime,

dans une erreur judiciaire, je le supporte pas.

Promettez-moi d'aller en cassation.

- Ça dure 6 mois. - Pas avec moi !

J'ai déjà relevé 2 cassations. Il y a un fait nouveau.

- Un fait nouveau ? - Oui, on la sortira de là.

Vous verrez qu'il y a une justice.

Vous venez, Morin ?

C'est curieux, je suis presque sûr

que Gina Bianchi est innocente.

- Si elle est innocente…

- Quoi ? - Mme Dupré !

- Oui, Mme Dupré, Mme Dupré…

8 ans, faut que quelqu'un les fasse.

Et c'est pas cher.

Mon cher Morin, la justice n'a pas d'amis.

Sa pendule retarde quelques fois mais son heure finit par sonner.

L'horloge sonne.

Musique intrigante

——

Sous-titrage TITRAFILM

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