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- Magnifique.
j'aime beaucoup, mais on n'a pas les moyens de le nourrir.
T'as été voir chez Rancy? -Non.
- Va les voir de ma part. Désolé, mon gars.
Georges?
Je te regarde.
- Autre chose?
- Oui.
j'ai de la jonglerie, de l'acrobatie.
Tout ce que...
- Bon... Je laisse tomber.
On va pas se mentir.
T'as eu ton heure, je dis pas... mais lĂ ...
Ça marchera pas. Personne a envie de voir ça.
C'est terne. Ça ferait peut-être rire les enfants,
et encore.
On est bientôt au XXe siècle.
Les gens veulent du moderne. -Du spectaculaire.
- Ils veulent en avoir pour leurs sous.
Sinon,
ils vont ailleurs.
- Je suis fini, alors. -Continue de chercher.
Allez.
- Presque fini.
Merci pour le dépannage. -C'est bon?
Delvaux t'a engagé? - il tergiverse.
Ça m'agace, je crois que je vais dire non.
- Je comprends. Avec un parcours comme le tien...
- Je peux rester
dormir cette nuit? On m'attend demain Ă Paris.
- Bien sûr, vieux.
T'es chez toi, ici.
C'est un con, ce Delvaux.
Il sait plus ce qui est bon.
Fanfare joyeuse Applaudissements en rythme
//
- Allez. Hop.
//
- Applaudissez la merveilleuse...
- Bravo.
-...la délicieuse Camille Pantoni!
Roulements de tambour
À présent, mesdames et messieurs,
un étrange représentant. Que dis-je, étrange,
stupéfiant
représentant de notre espèce,
rapporté d'un voyage, ô combien périlleux,
au pays des 1 O00 collines et des grands singes,
véritable chaînon manquant entre ces primates et nous.
Tenez bien la main de vos enfants.
Voici le Roi Nègre Kananga!
Dialecte africain
Cri rauque
Musique inquiétante
Ah!
- Kananga est accompagné...
- Maman, j'ai peur. -...de Pacha.
Son singe!
C'est peut-être un chimpanzé. On sait pas.
Kananga crie. -Maman!
- il vient d'Afrique. Celui qui parle le mieux
n'est pas celui qu'on croit.
C'est le singe!
- Danse, Bamboula!
Cri rauque
- Qu'il est laid!
- C'est sa vraie peau?
- Non, c'est du maquillage. - Les dents du collier
sont authentiques, des véritables dents de ses ennemis.
Cri rauque
Pacha pousse des petits cris.
- C'est un garçon?
Une fille?
Tu comprends ce que je te dis?
Cri rauque
- C'est une femelle.
On dit pas "fille" pour les singes.
Hein, Pacha?
Bonne nuit, bon boulot.
- Ça te plaît de faire le cannibale?
- On vend plus de places et moi, je mange Ă ma faim.
- C'est la moindre des choses, tu fais le spectacle.
On te propose jamais rien de différent?
- Pourquoi? Je suis bien, ici.
- Je m'appelle Georges Footit.
Peut-ĂŞtre que tu me connais, je suis clown.
Je cherche quelqu'un pour renouveler mon numéro.
- Un nègre? Si tu paies, on peut en parler.
- Je cherche un cascadeur.
Un clown pour m'assister.
- T'es clown et tu cherches un clown?
Pacha, t'entends?
Ça t'intéresse? -Kananga!
Viens. C'est la parade.
- Faire peur aux enfants, n'importe qui peut le faire.
- Prends ma place.
- Tu vas te choper une amende.
Fanfare joyeuse
- Nous sommes parmi vous tous les soirs Ă 21h,
et en matinée le dimanche!
Il reste des places Ă vendre, qu'on se le dise!
Revenez-nous voir. Les artistes vous attendent.
Air joyeux a l'accordéon
- Allez, mon gars.
- Oh, bah tu as bien fait.
Il râle.
Tu mises pas?
Accent chinois -A mon tour.
Il a des oursins dans les poches.
- J'aime pas jouer.
- T'es pingre. Dans aucun cirque
tu n'as payé de tournée!
C'est pas vrai?
- C'est pas faux.
- Faites vos prières, les blancs-becs.
- Perdu! -C'est pas pour celle-lĂ .
- Tu ferais mieux d'arrĂŞter.
- Il sait ce qu'il fait.
Mise, négro.
- Tu vas finir Ă poil. - Comme en Afrique.
Rires
- On joue pas avec des dés.
On joue avec les os des Blancs. -Oh lĂ lĂ !
Oh, oh, oh!
- C'est Ă toi. -Joue.
- Allez-y sans moi.
- La prochaine fois, laisse Pacha jouer Ă ta place.
- C'est pas un bon soir.
- C'est pas les bons partenaires.
- T'es tĂŞtu, comme gars.
- Je fais rire les gens. Ces temps-ci, c'est moins facile.
Avec toi, ça peut peut-être changer.
- Ça rapporte, Clown?
- Toujours plus que cannibale.
Kananga, c'est pas ton nom?
- On m'appelle comme ça.
Air d'accordéon mélancolique
- Fais-moi rire. -Là , comme ça?
- Oui, comme ça, vas-y.
Stop, SĂŽOP-
Stop, arrĂŞte!
j'ai jamais vu cette façon de bouger. Tu sais pas t'en servir.
C'est n'importe quoi. -Les copains, ils rient.
- C'est marrant, mais ça suffit pas.
Y a pas de situation.
Du coup, moi,
en tant que spectateur,
je reste à l'écart.
Je m'ennuie.
Tu comprends?
LĂ .
Ça, c'est drôle. Je te parle en professionnel,
Kananga. Viens.
Toujours créer
un effet de surprise.
Il faut un contraste entre ce que le public attend,
et ce qu'il se passe vraiment. Hein?
- Georges?
Ça va? -Bien.
Bien.
- T'es le clown blanc? -Oui, toi, t'es l'auguste.
Le pitre, l'idiot. On fait jamais les deux.
- C'est chacun son tour? -Mon idée est de les associer.
Pour la 1re fois, on les ferait jouer en duo.
On serait les deux faces d'une pièce.
Totalement différents, mais indissociables.
-Indissociables?
- Unis. Comme ça.
T'as pas de papiers, c'est ça?
- Non.
- Bouge pas, je m'en occupe.
Bonjour, messieurs.
Musique dramatique
- Rafael?
- Rafael.
- Rafael ?
Musique douce
- M. Kananga, s'il vous plaît.
Cri rauque
Hop!
Les équilibristes.
- Hop lĂ . - Hop lĂ .
- Les équilibristes.
- Je suis désolé, Georges, arrête.
ArrĂŞte!
Je suis pas convaincu.
Ça manque de...
De rythme, de maîtrise. De...
- De tout. Ça manque de tout.
- Tu reprends la piste avec Pacha.
- Delvaux, fais pas ça.
T'as vu comment il bouge?
Si tu le vois pas, change de métier!
- Je te dis pas le contraire. Je t'ai pas attendu.
Tous les deux, ça colle pas.
- T'as besoin de nouveauté.
Un duo de clowns, tu serais le premier.
Si ça marche, le cirque se refait.
- On a perdu assez de temps.
- Une chance.
Tu nous laisses une chance. -Théodore!
- On va travailler, on va trouver le rythme,
les bonnes acrobaties.
Le public décidera.
- Sous vos applaudissements,
le géant Landon!
Fanfare joyeuse
Le lilliputien Marval!
M. et Mme Serpent
et leur progéniture.
Hercule, le Chaldéen de 150 kilos,
mesdames, messieurs!
Et Esméralda, la plus grosse
femme du monde!
Et maintenant,
exceptionnellement pour vous ce soir,
2 clowns pour le prix d'1.
- Tu me lâches pas du regard, je donne le rythme.
- Le duo Footit et Kananga!
Roulements de tambour
Rumeur de surprise
Roulements de tambour
- S'il vous plaît!
Roulements de tambour
- M. Kananga.
M. Kananga!
S'il vous plaît.
M. Kananga!
On vous appelle!
On vous attend.
M. Kananga!
On y va.
Musique dramatique
Réveille-toi. Bouge-toi.
Rires
- Ah. Ah!
Ah, bah oui!
Rires
S'il vous plaît. S'il vous plaît...
S'il vous plaît.
- J'avais entendu la première fois.
Rires
Fanfare joyeuse
- Applaudissez
notre exclusivité mondiale
Footit et Kananga!
- Georges, on se parle ce soir.
- Bravo, Kananga.
- Tu m'as fait rire. - Vous étiez fantastiques.
- Si tu me suis,
c'est tous les soirs que t'entendras ça.
- Et alors?
- Bah... On attend.
- Georges! Tu partageras ta roulotte avec Kananga!
- Je vais oĂą ?
- Avec Marval.
Trouvez un autre nom. C'est pas bon pour un clown.
Georges!
T'y réfléchis.
- Ça veut dire qu'on est pris ?
- Et que le plus dur commence.
- Je suis clown!
Je suis clown!
- T'es un artiste!
- J'ai ri. Vous étiez à croquer.
- Merci, Camille.
T'entends ça, Footit? À croquer.
- Merci, mademoiselle.
- Camille?
- Non,non!
La tĂŞte ne marche pas. Donne plus de corps.
Faut que tu prennes la baffe pour de vrai.
Ouh lĂ ... D'accord?
Musique joyeuse
- À droite.
- BRAVO !
- Un triomphe,
pour les désormais très fameux,
les explosifs, les fantastiques et fabuleux
FooĂĽt
et Chocolat!
Musique douce
- Qu'est-ce que c'est?
- Roméo et Juliette.
- Shakespeare?
- C'est Camille qui me l'a offert.
- Et alors, ça te plaît ?
- Je viens de commencer.
C'est difficile.
- Comment tu t'appelles? - Gustave.
- Comment ça s'écrit?
Comme une betterave?
- Merci.
- Un petit trait pour le
Et un petit tiret ici.
VoilĂ . Cho-co-lat.
C'est bien.
C'est quoi, ton vrai nom?
- Ça te plaît pas, Chocolat? -Si, mais...
Et lui, pourquoi il s'appelle pas Farine ou "Pot de Chambre"?
- Chut.
- Farine et Chocolat,
ça se mélange pas.
- Je dois partir.
S'ils me voient pas rentrer, ils vont débarquer.
- Je joue au dé avec ton frère, il m'aime bien.
- Tu le connais pas, il est pire que mon père.
- Me laisse pas, j'ai froid. -Je dois partir.
- J'ai froid.
- Le succès, c'est fragile. Comme tous les cirques,
on a des dettes jusque-lĂ . Patiente encore.
C'est l'affaire de quelques semaines.
Et si vous faites le plein encore au printemps, on en parle.
- Tu m'as dit pareil le mois dernier. Et celui d'avant.
Depuis qu'on est là , tu as doublé tes recettes.
- On vit mieux, c'est tout. -Surtout vous.
- Tu insinues quoi? On a tout réinvesti.
La publicité, les affiches, le confort.
Le moindre centime.
- Laisse tomber, Yvonne, il peut pas comprendre.
Je ne peux pas vous augmenter.
Je le voudrais, je pourrais pas.
Ou alors... -Ou alors?
-2-3 billets pour toi.
Tiens,
tant que tu es lĂ ...
On va l'accrocher demain. Attrape ça, toi.
La vieille, à la décharge. Ça a de la gueule, non?
- Vous auriez pu changer de nom. Cirque Mange-Merde.
- Quoi? -Mange-Merde.
- Ne parle pas comme un nègre.
On peut s'exprimer convenablement.
- On veut 7 francs par jour. -Pardon?
-Il plaisante. -Sinon, demain, on n'est plus lĂ .
- Yvonne, Théodore...
T'es sûr de ton coup, avec les Delvaux?
- Je sais ce que je fais.
Par contre, tu gardes ça pour toi, sinon, c'est cuit.
- On n'est pas mal, ici.
- Dis pas de bĂŞtises. J'ai d'autres ambitions.
- Le cirque Mange-Merde.
On toque.
- T'as pu venir? -Oui.
(J'ai pas beaucoup de temps.)
- Comment t'as fait? -J'ai dit que j'étais fatiguée.
Le public s'esclaffe.
- VoilĂ .
Tout doux.
Droit.
Parfait. Donc...
Le public hurle de rire.
VoilĂ !
S'il vous plaît!
Chocolat grogne.
Un petit nœud. Comme ça, c'est bien fermé.
VoilĂ .
Voilà . S'il vous plaît.
Roulements de tambour
Il grogne.
Il hurle.
S'il vous plaît. S'il vous plaît. Monsieur Chocolat!
Monsieur Chocolat!
Le public s'esclaffe.
- Je vais pouvoir me refaire.
- T'étais pas dedans, ce soir.
Depuis que tu fais le joli-cœur, t'es plus dedans.
- Elle me plaît. J'aime faire l'amour avec elle.
- On s'en fout.
Elle nous fera pas vivre.
Le public se gagne soir après soir.
Si on n'est pas Ă fond, les gens le sentent. Tu comprends?
- Non, je comprends pas.
Moi, je suis celui qui fait l'idiot.
On toque.
- Pas ce soir, elle est en famille. Demain, oui.
- Entrez.
- Messieurs...
Je peux?
- Oui, oui, bien sûr.
- Quand on m'a dit qu'un clown blanc
et un nègre faisaient un duo, j'ai cru à une blague.
Surtout le célèbre Footit.
Vous ne nous aviez pas habitués à de telles extrémités.
Eh bien, vous m'avez épaté.
- VoilĂ Joseph Oller. Il dirige le Nouveau Cirque Ă Paris.
- Vous avez de la folie.
Une originalité. Je vois des numéros tous les jours.
Le clown blanc et l'auguste partageant la scène,
c'est vraiment bien.
- Asseyez-vous. -Ecoutez,
j'ai une proposition Ă vous faire.
Que diriez-vous de venir jouer chez moi, Ă Paris?
Un Blanc et un Noir, ça ne s'est encore jamais vu.
Vous allez faire sensation.
Vous avez d'autres numéros?
Quelque chose de plus étoffé? De plus audacieux?
Notre public veut du grand spectacle.
- Oui, bien sûr.
On a un numéro d'avance.
- Y a encore quelques petits réglages.
- Parfait.
Je veux la primeur. Je ne fais que de l'exclusivité.
Qu'en dites-vous?
Ne me dites pas que je suis venu pour rien.
- Hein?
Qu'en dites-vous?
Ne me dites pas qu'il est venu pour rien.
Ça gagne combien, un clown?
- Je peux? -Oui.
- VoilĂ ce que je propose. Par mois.
Et nourri, logé, bien sûr.
Messieurs...
Paris vous attend.
- Au revoir.
Ils hurlent.
- Combien? -Bien.
- Bien? -Bien.
- Bien, bien?
- Ah! Ah! Paris!
Ils rient.
Musique douce
Dès que je suis installé, je te fais venir.
- On verra.
- Je te le promets.
Je t'achèterai des belles robes. -Camille?
- Fais gaffe Ă toi. Tu leur dis rien et un jour, ciao bambino.
- Fais gaffe, toi aussi.
T'es pas sa chose, Ă M. Footit.
- On est indissociables, Farine et moi.
Les deux faces d'une même pièce.
- Tu nous écriras? -Oui, bien sûr.
- Salut, l'artiste.
- Au revoir. -Au revoir.
- Bonne route. -Fais-nous venir Ă Paris.
- Oui.
- Tu nous oublies pas.
- Jamais. -Y a tout Paris qui t'attend.
- Crois-moi, tu la regretteras pas.
Musique douce
Air d'accordéon joyeux
Brouhaha joyeux
//
- Qui veut du charbon?
- Je sens que je vais adorer cette ville.
Musique douce
- Bonjour, M. Oller.
- Et ces répétitions?
- Bien. -Très bien.
- Vous me suivez?
Je suis très à cheval sur la ponctualité.
Le spectacle débute à 20h30 et à 14h30 en matinée.
Étant donné votre ordre de passage,
vous serez dans votre loge à 20h. Et 14h en matinée.
Ne bougez pas jusqu'Ă ce que M. Fergus
vienne vous chercher.
S'il vous manque un accessoire, un maquillage négligé,
la moindre chose, c'est soit l'amende, soit la porte.
Ah.
Je connais les cirques de province.
Ici, Ă la fin, je veux que tout le monde vienne saluer.
Tout de suite après, vous rencontrez votre public.
Ce n'est pas négociable.
- Bonsoir, M. Oller.
- Je préviens la Costumière que vous passerez.
Pour ce soir, on n'a pas le choix.
Vos costumes, c'est plus possible.
Bien.
j'espère que vous êtes au point, parce qu'ici,
ça passe ou ça casse.
Vous passez après l'avaleur de sabre.
1500 places, ça fait du bruit. J'ai confiance.
Je vous laisse avec M. Fergus.
C'est Ă vous dans 3 mn.
Applaudissements
- Fais pas ça.
Musique orientale
- Viens voir ça, c'est magnifique.
C'est le grand monde. -Le bon public,
c'est celui qui applaudit.
- Salut, Georges.
Alors? T'es de retour Ă Paname?
- Salut, Ortis. Bah oui.
- Tu nous présentes pas?
- Chocolat, mon partenaire.
Ortis et Green,
le plus célèbre duo d'excentriques.
Accent anglais -Pour vous servir.
-2 fois merde.
Le dimanche, c'est pas une bonne salle.
Oh!
Il se calme, ton gorille?
- Messieurs?
C'est Ă vous.
Fanfare solennelle
- Atchiktchiboum!
Atchiktchiboum!
Atchiktchiboum!
Atchiktchiboum!
Atchiktchiboum!
Atchiktchiboum!
Atchiktchiboum!
Atchiktchiboum!
Atchiktchiboum!
Atchiktchi...
Y a quelqu'un?
Y a quelqu'un?
Monsieur Chocolat?
Il fait grand noir, ce soir.
Rires
- ATCHIKTCHIBOUM!
- Atchiktchiboum!
Atchiktchiboum!
Atchiktchiboum!
Atchiktchiboum!
- Y a quelqu'un?
Y a quelqu'un, vous ĂŞtes lĂ ?
Je sais qu'il y a quelqu'un.
Monsieur Chocolat!
Vous ĂŞtes lĂ .
Si, si, y a quelqu'un.
Si. Si.
Je le sais bien.
- Atchiktchiboum!
Atchiktchiboum! Atchiktchiboum!
- Atchoum.
- À vos souhaits. -Merci.
Hurlements
-il est passé où?
- Footit! -Ah!
Ah!
Rumeur de surprise
Il hurle.
Rires
- Footit!
- Ah...Ah...
Rires
- Footit! -J'ai eu peur.
- Ah oui?
Rires
Atchiktchiboum!
Atchiktchiboum!
Atchiktchiboum!
Atchiktchiboum! Atchiktchiboum!
Atchiktchiboum!
Atchiktchiboum! Atchiktchiboum!
Atchiktchiboum!
Atchiktchiboum...
Atchiktchiboum... Atchiktchiboum...
Atchi...
Cri
Cri aigu étouffé
- Non.Non.
- Ah. Ah.
Ah!
Musique joyeuse
Il hurle.
Rires
Applaudissements
Musique jaZZY
- Footit!
- Non.
Cri rauque
- Après vous. -Avec plaisir.
- Restez poli. -Bien Ă vous.
- Cordialement.
- Condoléances. -Absolument.
- S'il vous plaît!
- Chocolat!
Vous ĂŞtes beau.
- Ah oui?
- Je vous dessine. -Merci.
- M. Footit! Je vais tomber!
- Attendez.
- Ah! Je vais tomber!
- Ah!
- Regardez pas en bas!
- C'est trop tard!
Musique joyeuse
- Plus bouger.
- Vous bougez. -Non.
- Si! Ne bougez plus!
Applaudissements
Rires
Regardez, alors lĂ , c'est...
C'est...
Hein?
LĂ !
C'est plus ressemblant.
- Ah!
- Oh!
Musique joyeuse
Atchitchiboum! -ATCHIKIBOUM!
ATCHIKIBOUM!
ATCHIKIBOUM!
- Ah.
Cette scène représente Louis Pasteur.
Il découvrit, en 1885, le vaccin contre la rage.
Il a débuté ses recherches en 1880.
- Oh, c'est Chocolat!
- Paul, Paul!
Paul, reviens!
- OĂą est Footit? Vous ĂŞtes en froid?
- Non, il a d'autres obligations.
Il s'en excuse.
- Il a horreur des journalistes.
Bonjour.
Comment tu t'appelles?
- PauL - Paul ?
Comme le pĂ´le Nord?
- Comment se nomme
votre prochain numéro?
L'est Guillaume Tell.
Un lointain cousin suisse.
Mais nettement moins beau que moi.
- Qui l'a écrit?
Vous ou Footit ?
- Vous seriez incapable d'écrire.
- Il paraît que je ne fais pas rire.
C'est ce que pensait mon ancien employeur,
le cirque Delvaux. Vous connaissez ? - NON.
- Madame?
Forcément. Depuis que je suis parti, ils ont fait faillite.
- On dit que vous ĂŞtes l'objet de brimades.
- Ce sont des plaisanteries bon enfant.
C'est presque un jeu. -Paul?
- N'est-ce pas Chocolat? -VoilĂ . Comme il dit.
- Pourquoi vous l'empêchez? -il n'est pas là pour ça.
Il a un programme pédagogique.
- Ah oui? -Vous ĂŞtes joueur.
Vous perdez beaucoup.
N'avez-vous pas peur
de ne plus rien avoir?
- Quand on vient d'en bas, on ne tombe jamais de haut.
N'est-ce pas, mademoiselle?
Mademoiselle pédagogique.
Klaxon
- Tu crois pas que t'en fais un peu trop?
- Ça gêne qui?
- T'étonne pas qu'il y ait des réactions.
- Ils ont pas attendu que j'aie une voiture.
- Allez, au boulot.
On a une semaine. Tu dois travailler tes cascades.
- Je veux pas me casser les os.
- Tu as tort. Le public suivrait.
- Mon public me suit déjà .
Allez, viens, on boit un coup.
Pourquoi tu ris jamais?
- Je ris dans ma tĂŞte.
- T'aimes rien. -On n'aime pas les mĂŞmes choses.
- T'aimes quoi?
Vas-y, je t'écoute.
T'aimes ni les cartes, ni les dés,
ni manger. Boire, ça va,
mais pas sortir.
Quoi? si?
T'as une amie? Tant mieux, je suis content pour toi.
Et ton argent, Georges? -T'as fini?
- T'es toujours
sapé pareil. T'en fais quoi?
T'as une famille cachée?
j'ai trouvé. Tu entretiens des clowns à la retraite.
C'est ça?
Musique joyeuse
- Bravo, Chocolat!
- C'est arrangé. Suis-moi.
- Bravo. -Bravo!
- Bravo!
- Encore, Chocolat!
j'en ai pour une minute.
- Les jeux sont faits.
- Ah, la vedette.
Le Corse dit qu'on peut vous faire confiance.
- Ça te suffit?
Tout ce que veut monsieur, c'est pour moi.
- Bien, monsieur.
- Passe, impair et manque.
- On mise?
- J'insère la pellicule dans cette boîte.
Et ensuite...
Et nous sommes prĂŞts. -Ah, le voilĂ .
- Et dans moins d'1h, vos clowns
seront sur la pellicule. Dans 10 ans, vous les verrez encore.
- Vous allez bientôt me dire que ça va remplacer le music-hall.
- C'est une attraction, qui peut, Ă terme,
intéresser un public friand d'innovation.
- On le fait devant la toile. Il faut pas déborder.
Beaucoupjoué?
- Beaucoup perdu.
- Saloperie de poignée!
Si on manque
de lumière, ce sera tout noir.
- On te verra plus!
- On peut y aller? -Parfait.
- J'envoie.
- Vous pouvez vous mettre en place.
-Il faut regarder? -Non.
Faites comme si le public était là . Oubliez-nous.
La caméra fait un boucan du diable.
- Vous allez voir. -Mais pas Ă la projection.
- Donne. Donne-moi le...
Messieurs, cela tourne.
Agissez.
- Non,non,non!
- C'est un vrai numéro.
Oui, oui, oui.
Mais, mais, mais!
- Vous sortez de la bâche. -Revenez par ici.
- Dépêche-toi! -Oui, j'arrive.
Musique dramatique
- Je vais lui régler
son compte. -Non. À qui?
Ortis,
Green, Manetti?
On aura tout perdu! -Tant pis.
- C'est ce qu'ils veulent.
On dérange. -Qui est-ce qui dérange?
- Je t'ai écrit que je venais.
Pourquoi t'as pas répondu?
Musique mélancolique
Tu les as pas ouvertes?
j'ai fait 2 jours de train.
j'ai dit Ă tout le monde que je reviendrais pas.
j'ai l'air de quoi?
- C'est pas facile, pour lui.
Camille...
Rires
- Mais...
Qu'est-ce que c'est que ça?
C'est quoi, Ça?
C'est quoi, Ça?
- Hmmm... -Quoi, "hmmm"?
Mais non, ma pomme!
OĂą elle est, ma pomme?
Quoi?
- Hmmm! -Ne fais pas "hmmm".
- Hmmm!
- Quoi?
OĂą est ma pomme? Je la veux, maintenant.
Maintenant!
Maintenant.
Le public hurle de rire.
Musique joyeuse
- Un autographe!
- Merci!
- OĂą est le clown blanc? -il est lĂ . Va le voir.
- C'est toi, Footit?
- Bonjour. On s'est vus au musée.
- Mlle pédagogie.
Vous ĂŞtes venue avec d'autres enfants?
- Oui, c'est deux-lĂ sont en forme.
- Où est ma pomme? -Eugène.
Et Susanne.
Les miens.
- Bonjour. -Marie Grimaldi.
- Enchanté. -Enchantée.
- Leur Papa
n'aime pas le cirque? -Si, beaucoup.
Il est décédé.
Vous accepteriez de jouer dans un hĂ´pital?
- Pourquoi?
- Je suis infirmière.
Vous pourriez apporter un peu de joie aux enfants malades.
Ça bousculerait leur quotidien. C'est difficile de les déplacer.
- Vous avez notre accord, mademoiselle.
On viendra. Hein, Georges?
- Oui, pourquoi pas.
- Vous ĂŞtes Chocolat?
- Oui, pourquoi?
Vous voulez un autographe?
- Contrôle d'identité. -Excusez-moi.
Allez voir le directeur.
-Il me faut une pièce d'identité.
- J'ai mon autorisation pour jouer ici.
- C'est pas ce qu'on veut.
- C'est mon partenaire. Je réponds de lui.
- Vous avez des papiers? -Oui. Dans ma loge.
- Lui, il les a pas.
Alors on va vérifier ça.
Boucle-le.
- Chocolat... -Fais pas le malin.
- Chocolat, non!
Protestation des enfants
- Ouille, ouille, il me fait mal!
- Allez, grimpe.
- Vous l'emmenez oĂą?
- Je m'en occupe.
- S'il te plaît, me lâche pas.
- Je m'en occupe.
- Non!
Hurlements déchirants
- Je suis le clown.
Le clown Chocolat.
- Déshabille-toi.
- Blanchissez-le!
- Bouge pas!
- Oh!
ArrĂŞtez! AĂŻe!
- HĂ©, regarde!
T'as vu? Il aime ça!
Plus fort. Chocolat hurle.
Plus fort!
Chocolat geint.
- Tu vois? On a tout essayé.
Un nègre, ça reste toujours un nègre.
Te prends pas pour ce que t'es pas.
- Rendez-lui
ses fringues. -Toi, le Tahitien, la ferme.
Il geint. La lourde porte se ferme.
- HaĂŻtien, connard. -Oh!
- Ah Oui.
C'est toi l'artiste qui se fait botter le cul par un Blanc?
Tu fais rire
les beaux quartiers?
Ici, tu ne feras rire personne.
Chocolat geint.
Dors.
Y a que ça qui soulage.
Musique mélancolique
Une porte s'ouvre.
- Personne est venu pour moi?
On m'attend, je joue tous les soirs.
Je joue au Nouveau Cirque.
- Un autre, s'il vous plaît.
Merci.
- Tu pars déjà ?
On n'a pas pu faire connaissance.
- Je dois y aller. Le travail.
- Tu dis ça avec un air...
Tu fais quoi dans la vie?
- Clown.
- Moi, je fais
de la lutte gréco-romaine.
Tu veux que je t'empoigne?
- Qu'est-ce qu'un type comme toi fait ici?
- Propos subversifs.
Mes idées ne plaisent pas.
- On va en prison pour ça?
- On en meurt.
Tu sais pourquoi tu es lĂ ?
- J'ai pas de papiers.
Pas d'identité.
- Tu te permets de vivre.
Ta réussite est une insulte.
Un négro doit rester à sa place et courber l'échine.
Un négro, ça se dresse.
- C'était une autre époque.
924
On n'était pas libres.
- Ici, ils te font croire qu'on est tous libres et égaux.
Paris, la Ville Lumière, c'est du vent.
N'attends jamais rien d'eux.
On doit se défendre seuls.
Avec nos poings et nos dents, leur faire la guerre.
Jusqu'au dernier.
- Je suis pas un soldat, je fais pas la guerre.
- Tu rassures les Blancs.
Ils peuvent ricaner d'un nègre qui se prend un coup de pied...
en souriant.
- Je fais pas que ça. Je fais de la pantomime.
Je joue des personnages.
Je bouge, je danse. Je suis un artiste.
- C'est pas ça, être un artiste.
Être un artiste, c'est ouvrir la brèche.
C'est montrer l'exemple.
- Embarquez-moi ça.
- Lâchez-le! -Lâchez-moi!
Victor! Victor! Lâchez-moi!
Victor!
Lâchez-moi!
Musique mélancolique
- Elle est oĂą, ma pomme, M. Chocolat?
- Je me sens sale, Georges.
- Tiens. Oller t'a fait une attestation. Il se porte garant.
T'as plus rien Ă craindre, maintenant.
Il s'est démené.
Une semaine sans nous, c'est 1/3 de moins dans la jauge.
C'est la mère Delvaux qui t'a balancé.
Musique mélancolique
Rires
- Rafael, c'est ton papa?
Il parle italien.
Rires
Éclats de rire
Musique inquiétante
Le public s'esclaffe. -C'est dur. C'est dur.
Oh, bah oui!
- AĂŻe !
- À la une!
Ă€ la deux!
EtĂ la 3!
Éclats de rire
Musique triomphale
- Tiens.
Goûte ça. C'est meilleur que de l'alcool.
C'est plus cher.
- C'est quoi?
- Du laudanum.
- Combien?
-50.
Vas-y mollo.
Tu veux une fille?
- Pas aujourd'hui.
- Reste.
On a deux nouvelles qui sont arrivées. Profite, fils.
- Si t'es Ă sec,
vide la place.
- Ça te suffit, ça, mon vieux?
- HĂ©.
Ça fait beaucoup, là .
- Je te laisse l'automobile en gage.
- Elle est déjà en gage.
- PrĂŞte-moi de l'argent.
- Nous espérons développer la marque "Félix Potin".
C'était le souhait de mon père.
Voilà ce que mon équipe vous a concocté.
- Formidable.
Magnifique.
Astucieux, le jeu de mots. Vous avez vu?
- C'est le 1er contrat avec des artistes de cirque.
D'habitude, c'est du théâtre.
- Avec nous, votre argent est bien placé.
- J'allais le dire. Nous allons la placarder.
Partout. Ce sera difficile
de passer à côté.
- Bien.
Georges?
- Bien. Très bien.
- Bon, on est tous d'accord.
- Ce brave nègre qui se fait battre? -Les gens adorent.
- Vous faites de moi un animal de foire.
- Non.
- Pourquoi me dessiner ainsi?
C'est ressemblant? C'est moi?
C'est mon visage?
Lui, est ressemblant. On le reconnaît. Pas moi.
- C'est inspiré de Toulouse-Lautrec.
Ce sont des stéréotypes.
L'image que les gens
se font des gens comme vous, de couleur.
- M. Potin a raison. Le député Légitimus a sa caricature.
C'est la vie publique.
Vous êtes célèbre, Chocolat.
- Si je peux pas utiliser votre image,
je vois pas l'intérêt de vous avoir. Surtout à ce prix-là .
- Un contrat comme ça ne se refuse pas.
Pour des artistes, c'est sans précédent.
- Je te botte le cul tous les soirs sur scène.
Tu t'es jamais plaint.
- Vous permettez? -Je vous en prie.
- Et si on faisait comme ça?
Chocolat aurait l'air de sauter de joie.
- Oui, c'est bien.
- Et pour le contrat de Georges?
- Ça reste inchangé, évidemment.
- Très bien. Georges?
- C'est pas moi qui décide aujourd'hui.
- Chocolat?
- Redonnez une forme humaine Ă mon visage.
Les enfants rient.
- Avec moi.
Avec moi!
VoilĂ .
Je peux voir ton dessin?
- C'est pas pour toi. C'est pour lui.
- J'avais peur des réactions.
- Des enfants ou de vos confrères?
- Un peu des deux.
- On y va? J'ai pensé à des choses.
- Je suis bien, fous-moi la paix.
- En tout cas, merci. Ce qui serait formidable,
c'est qu'ils puissent revenir.
La thérapeutique par le rire.
Je suis sûr qu'on tient quelque chose.
- Rire, ça peut pas faire de mal.
- Comment vous donner tort?
Musique douce
- Je vais arriver premier. -Attendez-nous!
- C'est celle-lĂ , de voiture? -Oui, celle-lĂ .
Klaxon
- Suzanne!
- Voici, jeune demoiselle.
Rires
Musique romantique
Musique orientale
- Vous avez un talent fou.
On ne jure que par vous.
Je n'ai jamais vu le professeur rire autant.
- J'adore votre sourire.
Il illumine vos yeux.
- OĂą sont les enfants?
- Vous êtes en présence de sauvages les plus primitifs
découverts à ce jour. Observez-les,
mais ne les approchez pas.
- Papa, une pièce!
Une autre, une autre.
Tiens, il a attrapé la pièce.
- Descends de lĂ .
- Pourquoi?
- Je vous ai dit de rester près de moi.
- Donne-moi une pièce. -Mais non.
Non, certainement pas.
-Il a fallu des mois
pour les approcher.
Notre mission civilisatrice n'en est qu'Ă ses balbutiements.
Musique orientale
Dialecte africain
- Ne restons pas lĂ .
Allez, les enfants, venez.
Musique dramatique
- Tu as signé un contrat. Tu dois être là à l'heure.
C'est quoi, ton excuse aujourd'hui?
Oh, je te parle!
On est deux.
Tu entends? Quand tu arrives en retard, je suis en retard.
Quand tu fais une erreur, tu me mets en danger.
- Quand la paie arrive, c'est toi qui empoches le double.
Sur chaque réclame, chaque représentation.
Le double du négro.
Combien tu as pris? T'es mĂŞme pas sur l'affiche.
- Parce que monsieur trouvait ça dégradant.
Tu veux tout pour toi. T'as la mémoire courte.
Les Delvaux, Kananga, tu étais encore un...
- sauvage!
Je reste un nègre. Même avec des papiers!
Un nègre à qui tu bottes le cul.
Elle est oĂą,
elle est où, la différence?
- Elle est lĂ ! Elle est lĂ , lĂ , lĂ .
Tu la vois?
- Je te dois tout?
- Bien sûr, regarde-toi!
Regarde-moi!
Je suis le seul clown, toi, tu es un cascadeur.
Que sais-tu faire d'autre?
Tu travailles pas tes numéros, t'es feignant.
Je m'en sortirais toujours.
Toi, sans moi,
t'es rien, t'es foutu.
Le public s'esclaffe.
- Oh, ne faites pas patienter une geisha.
Reviens ici!
Arigato,
Chocolat!
Monsieur Chocolat!
Rires
- On va y aller.
Et VoilĂ .
Reviens ici!
LĂ , lĂ , lĂ , lĂ , lĂ , lĂ !
LĂ , lĂ , lĂ , lĂ !
Arigato.
Rires
- Eh non!
Rumeur de surprise
- Vous n'êtes qu'un imbécile.
Je vous l'ai pas assez répété.
Assez! Je comprendrais plus vite que lui.
Éclats de rire Musique mélancolique
- Maintenant, on se baisse! Et je lui botte l'arrière-train.
//
Plus bas!
Roulements de tambour
- Tu termines pas?
Tu veux que je te dise?
Il a peur de te perdre, ton Footit.
Sans son faire-valoir, sa victime préférée,
il redevient banal. Banal Ă pleurer.
- Tu peux pas comprendre.
C'était déjà un grand clown.
C'est lui qui a eu l'idée du duo.
Il s'est battu pour moi.
- De quoi tu te plains?
Respecte ton maître.
T'es devenu une expression.
Tu l'as dans l'os.
C'est chocolat.
- J'ai pas de maître, Victor.
Mon père avait un maître, pas moi.
Roméo et Juliette?
Je l'ai lu 3 fois.
Je pourrais le jouer.
T'en penses quoi?
- Roméo et Juliette, c'est pas pour les négros.
C'est une bluette. Le romantisme bourgeois.
- Ils meurent Ă la fin. -Ils meurent tous.
Lis ça.
Othello.
Gros bouc Noir ou Prince maure de Venise.
Il s'est battu pour les Blancs.
Il a épousé une de leur fille.
Il croit avoir mérité leur estime sur le champ de bataille.
Le destin le punit de son insondable naïveté.
En France, il n'a jamais été joué par un Noir.
Sois le premier, mon frère.
Alors tu seras un artiste.
Alors tu seras respecté.
Tiens, prends une bouffée.
Ça va te... -Ouvrir des brèches?
- VoilĂ .
Musique douce
Musique asiatique
- Y en a plus que pour eux.
Les bridés, c'est la trouvaille.
Ça fait exotique. Demain, ce sera les métèques.
Toi, au moins, tu as fait tes preuves.
T'es un bon nègre.
Ça fait 4 ans que tu prends ta branlée tous les soirs.
Et t'en redemandes.
Au fond, je t'avais mal jugé.
T'es bien brave.
- Chocolat!
- Chocolat!
ArrĂŞte!
ArrĂŞtez! Ortis!
Séparez-les!
- Chocolat!
- Chocolat! ArrĂŞte!
Gémissements
ArrĂŞte, Chocolat!
Ortis hurle.
- Tu lui as cassé le nez. Je m'inquiète pas pour lui.
Tu t'es mis la troupe Ă dos.
- Ça m'est égal.
Je veux plus jouer la victime.
Le nègre stupide, c'est terminé.
Je veux plus ĂŞtre un faire-valoir.
- Personne ne minimise tes talents.
- Comment je m'appelle?
- Comment ça?
- Mon vrai nom de naissance.
Vous voyez...
Je veux faire du théâtre. Je veux qu'on me prenne au sérieux.
- Quoi?
Tu te plains qu'on ne te prenne pas au sérieux?
Comment oses-tu?
OĂą je suis venu te chercher?
Dans quelle crasse je t'ai récupéré?
Qui te respectait là -bas? Qui te prenait au sérieux?
Personne! On t'exploitait!
Comme tes parents avaient été exploités.
Souviens-toi de ça avant de me faire un sermon.
Aujourd'hui, ton nom, c'est Chocolat.
Écoute.
Jamais un Noir n'a été aussi célèbre que toi.
Avec Footit,
vous avez révolutionné le monde du cirque.
On ne fait plus rire de la même façon.
La comédie clownesque est présente partout.
Le cinéma, la pub, les jouets.
j'ai des propositions pour vous.
De Michelin, même un jeu de société.
Tu te rends compte?
N'abandonne pas tout sur un coup de tĂŞte.
Les gens t'acceptent comme clown,
parce qu'un Blanc te botte le coccyx.
Je ne sais pas s'ils t'accepteront autrement.
Comme comédien, ils ne sont pas prêts.
- Alors?
- Rien. Il m'a collé une amende.
-Il a eu ce qu'il méritait.
T'es un vrai clown,
tout le monde le sait. -Merci.
- Oh... Qu'est-ce qu'il vous est arrivé?
- Pardon, il est tard,
je savais pas...
- Venez. Pas de bruit. Les enfants dorment.
ArrĂŞtez de bouger, j'ai presque fini.
- Et si je me retrouvais seul? -Seul?
Sur scène, vous voulez dire?
Sans Footit?
Vous n'avez pas de compte Ă lui rendre.
Vous ĂŞtes libre de vos choix.
Vous ĂŞtes libre de devenir absolument sinistre,
si vous voulez.
- Vous vous moquez de moi.
- On dit que vous aimez embrasser les femmes.
- Ça n'a rien à voir.
Vous êtes infirmière.
Vous êtes la veuve d'un médecin.
Et vous ĂŞtes belle.
Belle comme le jour.
- Merci.
- Et les enfants?
- On dort bien à leur âge.
Musique romantique
- Tu avais quel âge?
-8 ans.
j'ai fait la traversée avec un Espagnol.
Il m'avait acheté pour la ferme de sa mère à Bilbao.
- Seul ? Sans tes parents ?
- Ils étaient contents.
C'était juste avant la guerre.
Ça me donnait une chance de quitter le pays.
Ă€ la ferme,
ses enfants étaient violents avec moi.
Des malades.
Je me suis enfui.
j'ai fait groom, mineur,
docker...
Un type m'a repéré dans la rue.
Pendant une bagarre.
j'étais déjà costaud.
Il m'a présenté à Delvaux.
Quand j'ai découvert le cirque,
tout m'allait.
MĂŞme faire le cannibale.
C'était facile.
- Madeleine est arrivée hier.
Tuberculose. On va la placer en isolement.
- Bonjour, Madeleine.
- Je vais te présenter quelqu'un.
- C'est pour toi.
- M. et Mme Gémier.
Ils sont les parents de Jeanne qui sort après-demain.
Ils veulent te remercier.
- Bonjour, Jeanne. -Bonjour.
- Madame. -Monsieur.
- Bonjour.
- Bonjour. -J'admire votre dévouement.
Les artistes ne sont pas si altruistes.
- M. Gémier dirige le Théâtre Antoine près de la porte St-Martin.
Depuis 2 ans? -BientĂ´t 3.
- Je lui ai dit que tu n'étais plus très heureux.
- Si vous partez, Oller va manger son chapeau.
Marie m'a dit que
vous voulez faire du théâtre?
- Elle a dit ça?
- Oui. Elle a eu tort?
- Non.
Non.
- Quel genre de théâtre?
- Shakespeare.
- Dis donc, vous n'y allez pas de main morte.
Et quelle pièce?
- La seule écrite pour un Noir.
- Ça, c'est gonflé.
C'est sacrément gonflé.
Le rôle n'a jamais été tenu par un acteur de couleur, en France.
C'est toujours des Blancs.
- Vous rétabliriez la vérité.
- Ce serait un sacré coup de projecteur pour nous.
- Shakespeare et moi, on se connaît par cœur.
On s'apprécie bien.
On fait chambre commune depuis des années.
Pour Othello, c'est encore plus simple.
Qui d'autre aujourd'hui, peut le jouer avec autant de réalisme?
Applaudissements en rythme
- Monsieur Chocolat!
Venez prendre votre gifle!
Je vais vous la donner.
Rumeur de surprise
- Eh oui, M. Footit.
Vous ne rĂŞvez pas.
Éclats de rire
Applaudissements
Tu vois?
Ça marche aussi dans ce sens.
C'est fini, Georges.
Musique dramatique Applaudissements
//
//
- Othello tient à Desdémone.
Il l'aime passionnément, mais il la tue.
Ils sont condamnés dès le départ.
Ils ne peuvent pas vivre ensemble.
Toute la pièce, c'est l'échec d'Othello
Ă devenir un homme comme les autres. -Absolument.
Je vois les choses comme vous.
- Dites...
Ne me présentez pas
par mon nom de clown.
Chocolat, c'est pour le cirque.
j'aimerais mieux Rafael Padilla.
- C'est votre vrai nom? -Celui d'avant.
- Bien. Oui.
Pour les affiches, Chocolat est vendeur.
- Pour les affiches aussi.
Je veux laisser Chocolat derrière.
Essayer d'ĂŞtre moi-mĂŞme.
- ĂŠtre soi-mĂŞme... y a pas plus ambitieux.
On verra.
- Et...
Financièrement,
ça se passe comment?
- Mon cher, ici...
Personne n'est payé au fixe.
Tout le monde est au pourcentage.
Si le public vient nombreux, vous gagnerez beaucoup. Sinon...
Le théâtre ou l'art de prendre des risques.
Surtout dans l'avant-garde. Mais bon...
je compte sur vous pour remplir le théâtre.
En face de nous, c'est Desdémone. Régina Badet.
Régina?
- Firmin...
- Voici Rafael Padilla.
- Je vous ai vu au Musée Grévin.
Et maintenant vous voilĂ en chair et en os devant moi.
C'est étrange.
- Je vais essayer d'ĂŞtre plus expressif que ma statue.
-Il est drĂ´le, non?
Petits rires
- Ah. Jules.
Où étiez-vous caché?
- J'ai été retenu par les journalistes.
- Merci. Le désistement d'Auriol nous avait mis dans la panade.
Sans vous, j'annulais.
- Je ne peux rien vous refuser, Firmin.
- Je vais vous présenter
notre Othello plus vrai que nature. Rafael?
Voici notre semeur de trouble. Le terrifiant Iago.
- Ravi de vous rencontrer.
- Très Othello, en effet.
Avec vous, au moins, les spectateurs ne seront pas chocolat.
Regina, ma chère, quel plaisir de vous retrouver.
- Le clown Chocolat au Théâtre Antoine!
L'aviateur Léo Delagrange vole pendant 40 secondes.
La tête d'un train s'abîme dans la Loire!
Musique dramatique
- À bas, prostituée.
- Tuez-moi demain.
Laissez-moi vivre cette nuit.
- Non.
Si vous vous débattez... -Une demi-heure!
- Non, tu tournes le dos au public.
On n'est pas au cirque, la scène est pas ronde.
Tu dois nous regarder. Nous regarder, nous.
Ôte tes mains de tes poches.
Bon, on reprend. Regina, c'était très bien.
VoilĂ . Allez.
On reprend oĂą?
- Mais qui a aimé...
sans sagesse.
D'un homme...
- Merde!
Y a rien lĂ -dedans. -Calme-toi.
On va y arriver. -Non.
Footit avait raison, je sais rien faire.
Je suis un cascadeur. -Othello, c'est ton idée.
Y a que toi qui pouvais le jouer
avec réalisme, alors cesse de te lamenter comme une fillette.
- Me parle pas comme ça.
- Alors ne sois pas comme ça.
Allez, recommence.
Ă”, bannissez-moi, monseigneur, mais ne me tuez pas.
Ă€ toi.
Musique dramatique
- T'as eu les yeux plus gros que le ventre.
11 000, c'est trop. Je laisse pas passer.
Tu dois avoir une réserve.
Les garçons vont t'accompagner.
- Je t'emmerde.
Musique dramatique
Musique joyeuse
- Viens avec moi!
Oh!
ArrĂŞte-toi!
- Amène-toi!
Négro? T'es où, négro?
Négro?
- Sors de lĂ !
- M. Constantine veut juste récupérer son fric.
- Je l'ai pas trouvé. Il a dû sortir de l'autre côté.
On le retrouvera plus tard.
- Victor! Victor!
Victor!
-Il est rentré chez lui.
- C'est ici, chez lui.
- Non. LĂ -bas. En HaĂŻti.
Il valait mieux pour lui.
Musique dramatique
- Mes frères, aimez votre prochain.
Si vous vous souvenez en ayant vidé votre esprit,
sortez, ne venez vous remettre Ă genoux,
qu'ayant la paix conclue.
Embrassez votre frère. D'ailleurs, aimez son père.
Le public hue.
Brouhaha moqueur
Des mots nouveaux parmi lesquels "amour" revient.
Toujours le mĂŞme amour.
- Santé, Sarah Bernhardt!
- Personne ne sait oĂą il est.
La première est dans 2 jours.
- Ne vous en faites pas, il sera lĂ .
Il revient toujours.
- C'est au-dessus de mes forces.
Mes amis, ma mère...
Ils ne comprennent pas.
Tous me rendent la vie impossible.
C'est pire qu'un meurtre. -Vous vous attendiez Ă quoi?
Moi aussi, je l'ai aimé,
nourri, choyé.
On m'a regardé comme si j'avais perdu la raison.
Tout ça pour quoi?
Pour qu'il me lâche en pleine course.
Pour vous plaire. Pour faire le beau théâtre.
-Il avait déjà l'idée en tête.
Il voulait changer. -Changer quoi?
On avait de l'or dans les mains. On faisait ce qu'on voulait.
j'étais prêt à tout, pour lui. Il pouvait grandir, devenir artiste.
- C'est pas ce qu'il ressentait. -Je sais ce que vous allez dire.
Il a souffert. Mais moi aussi, j'ai souffert.
Vous croyez que c'est facile de faire rire?
Parfois, je me sens tellement seul que j'ai envie de crever.
Je pleure un bon coup,
et le soir, je suis lĂ , dans mon costume de clown.
PrĂŞt pour le public.
- Traînée!
Elle claque la porte.
- Viens, lève-toi.
Lève-toi.
Je veux pas que les enfants te voient.
- Je suis le fils d'un chien.
- Tu as surtout trop bu.
- Je suis né esclave.
- Allez, remue-toi.
Allez, aide-moi, Rafael.
- La décision t'appartient.
On peut tout annuler.
On dira que tu es malade, que tu as eu un accident.
On trouvera.
Alors, qu'est-ce qu'on fait?
- Bien que j'aie tué des hommes,
je regarde comme l'étoffe même de la conscience
de ne pas commettre de meurtre prémédité.
Je ne sais pas être méchant pour rendre service.
- Les choses sont mieux ainsi.
- Ne crains pas cela.
Ici, en présence d'Émilia,
je te garantis ta place.
Quand je fais vœu d'amitié,
je l'accomplis au bout.
Musique dramatique Propos inaudibles
//
- À bas, prostituée. -Tuez-moi demain.
Laissez-moi vivre cette nuit.
- Si vous vous débattez... -Une demi-heure!
- À l'exécution, pas de sursis. -Rien qu'une prière.
-Il est trop tard!
- Oh lĂ , monseigneur. -Qui est lĂ ?
- Monseigneur.
- J'ai rendu à L'État quelques services, on le sait.
N'en parlons plus.
Je vous demande seulement...
lorsque vous rendrez compte de ces évènements malheureux,
de me dépeindre tel que je suis.
Sans rien atténuer.
Mais sans haine.
Alors, vous aurez Ă parler d'un homme
qui a aimé passionnément,
mais qui a aimé sans sagesse.
Un homme peu accessible Ă la jalousie.
Et qui, une fois,
excité par elle,
a été entraîné jusqu'aux derniers excès.
D'un homme dont la main...
a détruit une perle.
Plus précieuse que toute sa tribu.
Musique dramatique
Le rideau tombe.
Musique douce
Applaudissements
- C'est une imposture! Huée
- Imposteur!
- Rentre chez toi!
- Retourne au cirque!
- Retourne au cirque!
- Rentre chez toi!
Huées
- C'est un scandale! Un scandale! Bouh!
Le public hue.
Musique dramatique
Musique inquiétante
- Tu nous as fait courir.
- Je vais vous rembourser.
-11000 balles, c'est pas rien.
- Je vais vous rembourser.
Musique dramatique
- Tiens-lui le bras.
- Tiens-lui les bras.
Il hurle.
- Tu as 3 jours pour payer tes dettes. 3 jours.
Rafael geint.
Il hurle.
Il hurle.
-il manque 1 franc. -Je sais.
- C'est la femme au nègre.
- Tu sais ce qu'elle te dit?
- Ne vous embĂŞtez pas.
Je note pour la semaine prochaine. -Non.Tenez.
- Merci.
Musique joyeuse
- Merci les artistes et bravo!
Il tousse.
Applaudissez bien fort toute la troupe du cirque de France.
- BRAVO!
- Le spectacle se produit toute la semaine.
Applaudissements
- Bravo!
- Bravo.
- Merci et gloire Ă nos valeureuses troupes.
- Vive la France! Vive la France!
Il tousse.
- Papa? C'est pas le clown Chocolat?
- Chocolat?
C'est vieux, ça.
Non, il est mort y a longtemps.
Allez, viens, ta mère nous attend.
Musique mélancolique
- Les lésions du poumon, je peux pas faire grand-chose.
Et puis une tuberculose à ce stade, sans la volonté de se soigner,
le combat est perdu d'avance. -Je sais.
Merci, docteur.
- Bois un peu.
Des pas se rapprochent.
- T'as grandi, toi. -Entrez.
- T'as fini?
Tu t'en es sorti? -Non, je suis en perm'.
Je repars demain.
Au retour, je veux ĂŞtre votre assistant.
- Je te présenterai à Grock.
Ou Fratellini, c'est eux, l'avenir.
- Merci d'ĂŞtre venu.
Merci pour l'argent, pour tout.
- Excuse-moi, ces derniers temps,
j'ai eu du mal, j'ai investi dans un bistrot, c'est un gouffre.
- Ne le fais pas attendre.
Rafael tousse.
L'air siffle Ă chaque inspiration.
- Mais alors?
Qu'est-ce qui t'arrive, mon ami?
- Georges...
Il geint.
Ça y est...
Je suis...
chocolat.
j'ai...
voulu...
changer...
de peau.
Stupide...
négro...
j'étais...
pas mauvais.
- T'étais mieux que ça.
Rafael...
T'étais un prince.
C'est moi...
j'ai pas...
j'ai pas trop su...
aller plus loin.
Ensemble, on...
On était les rois.
Ensemble, on n'avait pas de limite.
- Regarde.
C'est nous.
- Oh...
Footit rit.
Musique mélancolique
Musique douce
Musique rythmée joyeuse
Musique douce
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