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- Valorgue Bouches-du-Rh�ne, 323 habitants, altitude 170 m,
.. 80 km de Marseille, 53 km de Tarascon, gendarmerie..
.. et recettes de 5e classe. Industrie, distillerie...
C'est ainsi..
.. que le guide de Provence d�crit Valorgue. Si vous �tiez I�,
.. vous verriez Valorgue autrement. Je ne peux pas I'expliquer. C'est..
.. le monde de la lavande, le blanc des maisons, le bleu du ciel.
Aujourd'hui on a envie de se promener dans cette forteresse,
.. qui semble avoir enferm� la joie de vivre.
Mais la ville est d�serte.
Car tout le monde est descendu sur la route, pour assister..
.. � I'arriv�e du 19e prix r�gional. Les coureurs vont arriver.
Tout le monde est I�. La municipalit� est au complet.
M. le maire est venu pr�s de notre micro. Nous lui demandons..
.. ses impressions sur cette journ�e inoubliable.
- Oui... Moi...
Il est �vident... - C'est I'�vidence m�me.
Et d'ailleurs, tout le monde a compris que I'organisation..
.. est parfaite. Tout le monde est I�. Vous �tes �mu, sans doute?
Je crois que la r�ussite sans faire de publicit�,
.. nous la devons au directeur de la marque qui a fait la fortune..
.. du pays. C'est M... - Courtecuisse.
- No��I Courtade dit Courtecuisse. - Dites-moi M. le maire,
.. la municipalit� est au complet? - Oo� est F�licien?
- F�licien! - Vous ne I'avez pas vu?
- F�licien!
Arr�te de tourner comme un ours en cage.
Allons voir I'arriv�e. Ne sois pas nerveux.
- Je ne le suis pas! Allons voir I'arriv�e...
�a m'a fait la m�me chose pour son certificat d'�tudes.
- C'est pas la 1re fois qu'il court?
- Pour moi, si. Si je vois les 10 premiers et qu'il n'y a pas Justin,
.. de quoi j'aurais I'air? Ils me diront: qu'est-il arriv�..
.. au petit, il �tait dernier? - Pourquoi...
- Oui, il devrait gagner. Il est jeune, fort, mais quand m�me...
Il faut compter avec les impond�rables.
- C'est quoi les impond�rables? - C'est les crevaisons.
Les erreurs de parcours, la cha�ne qui saute.
- Et surtout les accidents! - Les accidents?
- Tu crains qu'on te dise qu'il est tomb�.
Tu ne penses pas que les autres peuvent �tre plus forts.
Il n'est pas seul. - Je le sais, sinon il n'y aurait..
.. pas de course. Je te le dis, j'ai peur.
Je ne veux pas le montrer. Un p�re qui se fait du mauvais sang,
.. �a ne va pas int�resser. - Ici, tu ne t'inqui�tes pas?
- Si! Beaucoup plus, mais personne ne me voit.
Je voudrais �tre sa m�re, on se foutrait pas de moi.
- Je ne voulais pas qu'il soit coureur. Personne ne m'�coute.
Pourvu qu'il n'attrape pas une insolation.
- Tu es folle! Au contraire le soleil, �a I'aide.
*- Voici I'arriv�e! Je reconnais Justin H�brard. Un enfant du pays..
.. qui gagne avec 6 longueurs.
Ovation.
- A ce soir.
- M. F�licien! - Oh!
Qu'est-ce qu'il y a? - Votre fils!
- Il a gagn�? - Oui. Il leur a mis 6 longueurs.
- Je te I'avais dit, c'est le plus fort.
Attends!
Prends un croissant et un pain au chocolat. Tu es pr�te?
Applaudissements.
- Alors F�licien, tu as manqu� �a. - Je ne suis pas arriv� � temps,
.. car ma femme n'�tait pas pr�te. - Oh!
- Bravo. - Tu I'emm�nerais courir � la ville,
.. il deviendrait un champion. - Je veux en faire un champion..
.. dans la boulangerie. Si je I'envoie � la ville, ce sera..
.. pour apprendre la p�tisserie. - Mes chers amis.
- Enl�ve le chapeau. - Ah!
Et ta casquette? - Oui.
- La casquette!
- Justin, viens ici. Laissez-moi vous dire toute la joie que j'ai,
.. de remettre la coupe � un enfant de Valorgue.
Applaudissements.
- M. le receveur qui lit les journaux, aurait..
.. s��rement trouv� des mots plus forts pour marquer..
.. d'une pierre blanche, le souvenir de cette journ�e.
Je me contente de laisser parler mon coeur et je joins..
.. dans mes f�licitations, le vainqueur de cette rude �preuve..
.. et son heureux p�re, mon ami F�licien.
Applaudissements.
- Mes chers amis. Nous avons fait notre devoir en faisant triompher..
.. les couleurs de Valorgue. Mais nous ne dirons pas..
.. comme certains "nous ferons mieux la prochaine fois. " Car il n'y..
.. aura pas de prochaine fois. Nous avons fait notre devoir,
.. mais un devoir plus grand appelle mon fils.
Le service de la patrie.
Applaudissements.
- Du fond de I'Afrique... �mile, arr�te de boire..
.. dans tous les verres. �variste, surveille ton fils.
Si tu ne veux pas qu'on sache de qui il tient.
Du fond de I'Afrique, au pays des d�serts et de la soif,
.. il sera le digne repr�sentant de notre petit village.
- Oo� va-t-il? - A Alger.
Devant vos marques de sympathie, je ne vous dirai qu'un mot:
.. un seul... - Atchoum!
- Merci.
Applaudissements.
- Maintenant, va mon fils et ne t'endors pas sur tes lauriers.
Et prends une bonne douche dans la lessiveuse.
Et maintenant, � la v�tre!
Acclamation.
Il siffle.
- Je t'ai attendu toute..
.. la soir�e. - Je n'ai pas pu sortir.
Je voudrais..
.. te parler. - Quoi?
- Je voudrais te parler. - Voil� quelqu'un!
Il chante.
- Fran�oise!
Ouvre-moi.
- Ne reste pas I�, on va nous voir.
- Comme �a, on ne nous verra plus.
Tu ne veux pas me laisser entrer? - T'es pas fou? Si ma m�re..
.. t'entendait. - Elle dort.
- C'est pas bien. - Laisse-moi entrer. 1 mn.
C'est le dernier soir. Je voudrais tellement...
- Tais-toi.
Il heurte quelque chose. - Merde!
- Jamais de lampe dans cette rue et ils foutent tout au milieu.
- C'est toi Justin?
- Ouais, c'est moi.
Bonsoir. - Bonsoir.
Tu rentres tard. - J'ai blagu� avec Auguste.
- Ah oui? Avec Auguste? - Ouais.
- La discussion devait �tre anim�e. Tu es encore rouge.
- Parce que j'ai couru. - Oui, t'as couru.
Va vite te coucher. Car depuis une semaine, tu passes une vie...
Heureusement que pendant 18 mois, I'adjudant te couchera � 21 h.
- Des fois, j'aurai la permission. - Oui, des fois. Mais si..
.. tu continues comme �a, tu coucheras en taule.
C'est dr�le. Je le sais depuis longtemps que tu t'en vas.
Il me semble que ce soir je viens de I'apprendre pour la 1re fois.
Tu vois, c'est au moment de se s�parer qu'on s'aper�oit..
.. que c'est bon d'�tre ensemble. Je sens que pendant 1 an 1/2,
.. il va me manquer quelque chose. Ta m�re et moi, on va r�der..
.. dans cette maison, comme 2 �mes en peine.
C'est b�te.
Allez, bonne nuit petit.
C'est la derni�re fois que je te dis petit.
Quand tu reviendras, tu seras un homme. Dans le village,
.. on ne dira plus: Justin, c'est le petit du boulanger. On dira:
.. le boulanger, c'est le p�re de Justin.
Tu vois quand m�me, �a me fera plaisir.
Allez va. Va retrouver ta m�re. - Elle ne dort pas?
- Non. Elle t'attend.
- Bonsoir.
- Surveille-toi. Dans ces villes, il y a des mauvaises femmes.
- Je ne suis pas un b�b�. - D'autres se sont faits prendre.
Si on ne te fait pas assez manger, va � la cantine.
Tiens, ne le dis pas � ton p�re. - Sois tranquille.
- Clotilde! Va voir si la fougasse est cuite.
- Maintenant? - Oui. Ton fils peut attendre 2 mn.
La fougasse elle, elle n'attend pas.
Tiens, prends-�a. - Merci papa.
- Pas un mot � ta m�re. - �a ne risque pas.
- Si un jour tu sors avec le g�n�ral, paye-lui I'ap�ritif.
Allez mon petit... - Au revoir.
Au revoir maman.
- Surtout donne-nous des nouvelles. - Oui.
- Bon voyage.
- Je suis venue te dire au revoir. - �a me fait plaisir.
- Tu ne m'oublieras pas? - Je t'�crirai souvent.
- Justin, d�p�che-toi. - Ouais.
- Bonjour Clotilde! - Bonjour M. Arnaud.
- Et F�licien? - Il s'habille.
- On va �tre en retard. - C'est ce bouton I�! �a y est.
�a me fait quelque chose qu'il soit mort Soulace.
- A 89 ans! - Oui, c'�tait � lui.
Combien �a te fait � toi? -70.
-70? T'en as encore pour... un moment.
- Ah.
Tu I'as trouv� le truc pour ne pas vieillir. Tu ne le mets pas..
.. souvent � jour ton calendrier. - C'est de la n�gligence.
Avec le travail que j'ai...
Clotilde! Oo� est mon parapluie? - Dans I'armoire!
Il I'a bloqu� le jour du d�part de Justin.
Depuis 10 mois, on n'a pas le droit d'y toucher.
- D�j� 10 mois? - Presque 11.
- Sale temps.
J'y crois pas. - Ah oui.
- Bonjour. - Qui aurait dit �a. A la derni�re..
.. s�ance du conseil municipal, il �tait assis avec nous..
.. et maintenant... allong�. - S'il n'�tait pas tomb�,
.. il serait encore I�. - �a provient de I'�clairage.
- Non, il avait 89 ans. C'est une rupture de...
- De quoi? - Enfin, il aurait pu tomber..
.. aussi en plein soleil.
- Il est tomb� en pleine nuit. Il faudrait finir par faire..
.. quelque chose. - Cet �clairage est provisoire.
- Il ne faudrait pas qu'il le reste. - Je propose le m�me..
.. que I'ann�e derni�re...
- Pauvre Soulace.
Je disais que je proposerai le m�me �clairage que I'ann�e derni�re,
.. avec une lampe en plus au pont des cannisses.
Et une autre � la rue du Pr�sident Doumergue.
- Et une, rue du Calvaire. - Tr�s important. Et une autre,
.. rue du cimeti�re. Ce sera plus gai. Ah! Ah! Ah!
Je la paierai. - Tu pourrais les payer..
.. toutes. - Pourquoi pas une usine? Hein?
- Si j'ai bien compris, vous voudriez 4 lampes.
Nous sommes en d�ficit de 300000 frs. J'ai le souci..
.. d'�quilibrer le budget. - Alors on s'en fout que les gens..
.. se cassent la gueule? - Non!
- Si. - Je n'ai pas dit �a!
Chut. - Il n'entend pas.
- Pour combler votre d�ficit, augmentez le tarif de la bascule..
.. publique. - Mais les habitu�s iront ailleurs.
- Il y n'a que la bascule de la distillerie. Elle n'est juste,
.. qu'au-dessus de 1000 kg.
- Le mois dernier, le cheval de Soulace pesait 704 kg..
.. � la bascule publique et 681 � celle de la distillerie.
En 450 m, il a perdu 23 kg. - C'est pas vrai?
- Demande-lui. Oh pardon.
- Alphonse! - Oh Mme Zanetti!
- Tu n'as pas vu Fran�oise? - Non.
- Elle a d�� rater son train. - Sans doute.
- Tu es I�?
Comment es-tu venue?
- Je vous laisse. - Merci Mlle N�gret.
Pourquoi tu n'as pas pris le car? - J'ai pris le camion..
.. de la distillerie. - �a m'�tonnait de ne pas te voir.
Je sais que tu devais arriver aujourd'hui.
Qu'est-ce qu'elle veut dire I�? Elle parle italien.
Pourquoi elle me demande de ne pas �tre s�v�re avec toi?
Tu n'as pas fait une b�tise?
Un b�b� pleure.
- N'aie pas peur, je ne vais pas crier.
Je ne suis m�me pas en col�re.
C'est un gar�on?
Combien il a? -2 mois depuis hier.
- C'est toi qui le nourris? - A moiti�.
Je me suis fait tellement de mauvais sang que j'ai presque..
.. plus de lait. - Ma pauvre petite.
Pourquoi tu ne me I'as pas dit plus t�t?
- C'�tait pas possible.
Je ne peux pas me marier tout de suite.
- Pourquoi?
Son p�re t'a laiss�e? - Il est parti, mais il ne m'a pas..
.. laiss�e. Il reviendra. Ne t'inqui�te pas. Il m'�pousera.
- Quand? - Dans quelques mois.
- Qui c'est? Un gar�on du pays? - Ne me le demande pas.
Je ne peux pas le dire.
- Alors, il est mari�. - Non! Il ne I'est pas.
Il est soldat.
- Je comprends pourquoi tu ne mangeais plus..
.. et que tu avais les traits tir�s. Dire que je t'ai laiss�e partir..
.. chez ta tante, car je croyais que tu faisais de I'an�mie.
Tu m'as bien tromp�e.
Elle parle italien.
Tu m�riterais que je t'�trangle. Donne-moi ses lettres!
- Je ne les ai plus. - Tu mens.
- Je les ai br��I�es. - Tu les as br��I�es?
Qu'est-ce que tu as dit? Qu'il �tait soldat!
Et son p�re ne serait pas boulanger, par hasard?
- Maman!
Elle rousp�te en italien.
- Eh Mme Zanetti!
Oh... qu'il est beau.
Je le p�se?
- Vous aurez tout le temps!
Je vous le laisse. Il est de votre fils.
- De mon fils? Qu'est-ce que �a veut dire?
- C'est un d�bauch�, il a s�duit ma fille!
- Ne nous emballons pas. Votre fille �tait en Italie, mon fils..
.. � Alger. Comment ils ont fait?
- Je ne sais pas. Voil� ce qu'elle m'a rapport�.
- Vous osez dire que... Mon fils est un brave petit. Il n'est pas..
.. capable de �a! - Et ma fille, elle ment?
- Je ne sais pas si votre fille ment...
- Mais... - Mais Justin est soldat depuis..
.. septembre. Et costaud comme il est, il n'aurait pas fait..
.. un enfant ch�tif! - Ch�tif?
- Oui! - Il vous ressemble.
Depuis qu'il est arriv�, il crie! Le b�b� pleure.
- Quoi? Il me ressemble? Il ne ressemble � personne de la famille.
M�me pas � mon p�re!
Regardez!
Il ne lui ressemble pas, ni � moi! Ni � Justin!
Alors?
Il a les cheveux rouges. Il n'y a pas de rouquins chez nous.
- Il n'est pas rouquin, il est chauve.
- Il est chauve? Raison de plus.
Reprenez-le votre enfant.
Je ne marche pas! - La justice vous fera courir!
- La justice! Vous avez une preuve?
- �a, c'est quoi? - Si Fran�oise �tait s�rieuse,
.. elle saurait de qui il est.
Elle rousp�te en italien.
- Que dites-vous? - Vous en profitez,
.. car je suis veuve. - Heureusement.
- Que je sois veuve? - Oui, �a se r�gle entre hommes �a.
Elle parle italien.
- D'accord.
Elle parle italien.
- Si je m'attendais � �a... - Avec cette femme, il faut..
.. s'attendre � tout. - F�licien, � ton �ge!
Tu devrais avoir honte! - Quoi?
- De mon temps... - Vous auriez d�� vous faire..
.. d�boucher les oreilles. Foutez le camp!
- Je t'en supplie. - Je ne lui ferai rien.
Viens.
- Il y a une fa�on de dire les choses.
- Elle �tait affol�e. Elle a dit ce qui lui passait par la t�te.
- Alors M. Aussel? On la fait cette partie?
- Si vous voulez.
- C'est calme ce soir.
Pardon.
- Ah non!
�a suffit! Si vous avez quelque chose � dire, dites-le.
Mais ne m'emp�chez pas de jouer. Si Fran�oise a eu un enfant,
.. c'est malheureux. Mais qu'elle ne mette pas �a sur le dos de Justin.
- J'estime Fran�oise. Elle est honn�te. Si elle a parl� de Justin,
.. ce n'est pas pour vous cr�er des ennuis.
- Vous les avez vus? - Moi, oui.
- Oo�? - Rue du Puits.
L'an dernier, avant qu'il s'en aille.
- Rue du Puits? Il y fait noir et toi tu les as reconnus.
- Je I'ai vu na�tre Justin. Pas besoin de soleil pour savoir..
.. que c'est lui. - Tu avais ton litre de ros�..
.. I�-dedans. Tu devais y voir clair, comme la semaine derni�re.
- Quelle semaine derni�re? - Quand tu as cru ouvrir la porte..
.. des W.C et que tu as piss� sur les g�raniums.
- Je te remercie de le dire � mon chef et devant tout le monde,
.. que je bois. - Je n'ai pas besoin de le dire.
Il le sait. Ton chef. - �a prouve qu'il �tait saoul,
.. mais �a ne prouve pas que Justin soit innocent.
Il para�t que Fran�oise a des lettres de Justin.
Ils parlent de ce qu'ils ont fait. C'est une preuve, non?
- Si elle I'avait fait avec un autre qui n'�crivait pas?
Fran�oise est pouss�e par sa m�re. Comme il faut un responsable,
.. elle en a trouv� un qui a une situation. Ou Justin I'�pouse,
.. ou c'est la justice. C'est du chantage!
- Du chantage? - Oui!
- Ne d�raisonnons pas. - Qu'est-ce que vous croyez..
.. que c'est Alger? 400000 habitants. Il y a au moins 50000..
.. filles de 20 ans, sans compter les fatmas. Il n'avait pas besoin..
.. de faire un enfant par correspondance.
- Les filles du village, valent bien les autres.
- Tu as �pous� une fille..
.. de village, toi! - Je savais d'oo� elle venait.
- Fran�oise vaut bien ta femme. - Un ami de 40 ans, ose comparer..
.. Clotilde � cette tra�n�e? Vieux saligaud, faux t�moin!
- Vous perdez la t�te. - Taisez-vous! Tous ceux qui..
.. soutiendront cette sainte-nitouche et sa m�re,
.. ne viendront plus dans mon magasin.
Ils iront ailleurs. A Cugnans. - A Cugnans?
Il y a 9 km. - �a te fera les pieds.
- Vous ne ferez pas �a?
- Oui, je vais le faire. Et pas plus tard que demain.
- Mme H�brard. Voudriez-vous me vendre ce pain?
- Laisse-�a!
- Dis-lui que je n'ai pas besoin de son argent.
- R�pondez qu'il n'aura pas besoin non plus de mon facteur..
.. pour avoir son courrier, en dehors des heures de distribution.
- Mais c'est les lettres du petit que nous attendons.
- Peut-�tre. Mais pour les porter, mon facteur doit manger.
- Qu'il dise � son facteur d'aller boire. On attendra.
- Parfait.
Quand il nous a dit d'aller � Cugnans, je pensais que c'�tait..
.. un mouvement de col�re. Je suis venu voir s'il mettait sa menace..
.. � ex�cution ou s'il avait r�fl�chi. La nuit porte conseil.
- Il y a 30 ans que je travaille la nuit et que je dors le jour.
- Enfin, quand m�me.
- Quand on a un mari sans coeur, il ne peut pas en demander aux autres.
- Mon coeur est �norme. Mais j'ai aussi un pied.
Sortez! Sinon ce pied se flanquera quelque part.
- Je ne r�ponds plus de rien. - Ils vont piller la boulangerie!
- N'aie pas peur!
Je ne suis pas comme tout le monde. Dans un repas de famille, si on..
.. m'en met trop dans I'assiette, �a me d�courage et je ne mange plus.
Au lieu de venir ensemble, il fallait venir seul. Vous auriez..
.. eu du pain. Vous avez pr�f�r� �couter les divagations..
.. d'un fonctionnaire, abruti par 30 ans d'administration,
.. de 2 imb�ciles en uniforme et d'une vieille chouette.
C'est votre droit. Mais les m�thodes d'intimidation,
.. je ne les aime pas. Je sais pourquoi on vous a mont� la t�te.
Mon fils est un pr�texte. �variste, tu as toujours regrett�..
.. de ne pas �tre le mari de ma femme.
Vous, vous en voudrez toujours aux hommes, de vous avoir laiss�e..
.. moisir comme une figue s�che.
Quant � toi, tu ne m'as jamais pardonn� d'avoir demand�..
.. ton renvoi au conseil. - Moi?
- Je ne parle pas dans le dos des gens.
Quand les romanichels ont vol� les poules, tu as eu peur!
- Le coup de couteau, c'est toi qui I'aurais re�u?
- On t'aurait fait de belles fun�railles.
- Son attitude �tant inadmissible, nous allons...
- Quoi?
- Calme-toi. - Tu sais comment il est.
- C'est pas parce qu'il est..
.. receveur des postes!
- Mme Zanetti,
.. la guerre est d�clar�e. - Que dites-vous?
- H�brard a refus� son pain.
- Je n'aurais pas cru �a.
- Faites comme lui. Vous �tes..
.. dans votre droit. - Quoi faire?
- Pas de caf�, pas de sucre, pas d'huile.
- Ils se d�brouilleront.
- On nous veut assez de mal.
- Il faut nous d�fendre, avec les m�mes armes.
Je n'ai pas capitul� en 40. Je ne capitulerai pas maintenant.
- Bravo chef.
- F�licien a refus�... Brouhaha.
- C'est fini!
- Il a raison! - Pourquoi?
Qu'est-ce que tu en sais?
- Silence MM.!
Qu'est-ce que �a veut dire?
Prenez "La pri�re d'une vierge". Attention, il y a �crit largo.
Allons bien ensemble.
3, 4...
- C'est �a, aller ensemble?
- Nous refusons de jouer "La pri�re d'une vierge".
- Pourquoi? - Jouer �a quand une fille du pays..
.. prom�ne I'enfant qu'on sait pas d'oo� il vient...
- De Justin. - Tu y �tais?
- Je ne jouerai pas.
- Bon, bon!
Silence! Alors, prenez "La marche des zouaves".
Je ne veux plus vous entendre. Attention.
A mon commandement! 1! 2!
- Et alors? - Et alors?
Puisqu'ils ne veulent pas jouer "La pri�re... ", on ne jouera pas..
.. "La marche... ". - Justin n'y est pour rien.
- Je ne jouerai pas en I'honneur, d'un fain�ant, pendant..
.. que son p�re nous enl�ve le pain de la bouche.
- Il a raison!
Applaudissements.
- De grandes circonstances nous r�unissent aujourd'hui.
Il convient de donner � cette assembl�e, le caract�re..
.. et la tenue qu'exigent les �v�nements. Mon attitude..
.. provoqua la r�action sanitaire de I'�I�ment sain de ce village.
- Bravo!
- Cette attitude... - Bravo!
- Cette attitude me d�signait comme antagoniste principal.
Et me conf�rait le redoutable honneur de marcher � votre t�te.
Certains de nos concitoyens donnant le pas � I'amiti� sur la justice,
.. ont cru devoir se joindre au boulanger.
Nous ne nous laisserons pas faire!
Nous avons des moyens d'actions.
Il chantonne.
- �coute
F�licien... - Tu sais lire?
- Non mais... - Je te demande si tu sais lire?
- C'est pas � cause de toi, c'est pour la collectivit�.
- La collectivit�? - Oui, on a faim.
- Ah! Tiens, mange. La prochaine fois, ce sera avec la colle!
- Avec la colle? - Oui, car c'est fait..
.. aussi avec de la farine.
- Ah! - Vous �tiez I�?
- Ignoble individu. Vous vous cachez pour surprendre les femmes?
- Pour qui vous me prenez? - Pour ce que vous �tes.
Vous �tes bien le p�re de votre fils. Satyre!
- Le c�libat vous p�se! Allez vous faire soigner!
- Je saurai me d�fendre! - Taisez-vous!
- Ne me touchez pas! Satyre! Assassin!
- Le beugle de porc!
- Et alors? Vous �tes sourds?
Vous voulez que j'en �crase un? - On ne passe pas.
- C'est la farine pour F�licien.
- M. H�brard nous refuse son pain.
Nous lui refusons sa farine. - Vous en avez de bonnes, vous.
Cette farine ne vous appartient pas.
Je dois livrer. Mon patron n'entre pas dans ces d�tails.
- Le mieux pour toi, c'est de faire demi-tour.
- Oo�? Je ne vais pas descendre en marche arri�re.
- Qu'est-ce qu'il y a? Vous �tes en panne?
- Ils refusent de me laisser passer.
- Quoi? - Ne vous en m�lez pas.
Quand le peuple est affam�, I'autorit� ne peut plus rien.
Le roi et les empereurs en savent quelque chose.
- C'est pas s�rieux.
Circulez!
- C'est s�rieux. Nous ne discuterons pas.
- Vous ne discuterez pas?
Faites circuler. - Allez, circulez.
- C'est de la r�bellion! Je vous pr�viens..
.. une derni�re fois. Si vous refusez de circuler,
.. je dresse des P.V.
Attention, je compte jusqu'� 5.
1!
2!
3!
4!
Allons?
Circulez, soyez raisonnables.
Mettez-vous � ma place.
- M. F�licien! Ils ont arr�t� votre camion de farine.
- Comment ils I'ont arr�t�? - Ils barrent la route.
Je vais chercher du monde. - Non!
- Ma patience est � bout. Je n'h�siterai pas � me servir..
.. de mon arme. Derni�re sommation!
Circulez ou je tire!
Allons, circulez.
Je vous le demande gentiment.
- Ne me touchez pas! - Pourquoi je vous toucherais?
Oo� est ta 1re? - A gauche!
- Monte! - H�brard! F�licien! Descendez!
- Ceux qui ont les pieds fragiles, je les pr�viens, �a p�se 5 tonnes.
- Il est I� M. le maire? - En bas!
- M. le maire!
M. le maire!
Propos inaudibles.
- Hein? - Il y a...
- J'entends rien. Viens ici.
Qu'y a-t-il? Il est arriv� un malheur?
- Il y en a 2 ou 3 d'�cras�s. Je n'ai pas pu voir �a.
Je suis pass� devant pour vous pr�venir...
- Parle moins vite. Explique-toi. �cras�s par qui?
- F�licien! - F�licien? Coquin de sort!
Dis, tu ne crois pas que tu d�passes les bornes?
S'ils avaient tenu 3 s de plus, tu serais joli.
A I'heure qu'il est, le village compterait des morts..
.. et un assassin. - S'ils avaient tenu 3 s de plus,
.. c'est moi qui me d�gonflais lamentablement.
Pour "les affameurs au poteau", comme ils ont �crit, dis � ton..
.. receveur qu'il le fasse solide, le poteau.
Car les bras bougent plus qu'un paquet recommand�.
- Au nom de notre amiti�, vends ton pain � tout le monde.
L'heure est grave. Aux prochaines �lections, nous risquons d'�tre..
.. blackboul�s. - Je I'attendais! Il y a que �a..
.. qui compte! Pour gagner des voix, tu pi�tinerais I'honneur..
.. d'un p�re. - N'exag�re pas comme �a!
- Tiens celle-I�. Elle raconte que je me suis sauvagement pr�cipit�..
.. sur elle. La folie des grandeurs. - Tu sais qu'elle est jobastre.
- Non, c'est eux qui la poussent. Ils ont d�truit la r�putation..
.. de mon fils, de ma femme et la mienne. Et je leur vendrais..
.. mon pain?
- J'ai eu du pain, maman. - A la boulangerie?
- Non. M. Courtecuisse est all� � Cugnans. Il le vend.
- Oo�? - Dans son magasin.
- A tout � I'heure.
- Tout le monde sera servi!
Brouhaha.
- Que veux-tu, toi? Allez, 400 g.
3 pains? - Combien tu vends tes oeufs?
-40 frs.
- Il n'est pas net Courtecuisse. Avec sa neutralit� comme il dit,
.. il vend � tout le monde! Et il fait du b�n�fice!
�a s'appelle du march� noir. - Je vous rends service..
.. et vous n'�tes pas contents! - Tu exag�res!
- J'exag�re? Qui me rembourse I'essence, mes pneus...
- Je refuse de payer 20 frs de plus par kg!
- Adresse-toi au boulanger.
Si vous n'en voulez pas � ce prix, laissez-le. Vous reviendrez.
Ce sera plus cher.
- Profiteur! - Voleur!
- �a me rappelle les plus mauvais jours de la commune.
Et ceux de I'occupation ennemie. Gr�ce � qui?
A M. F�licien. Et aux amis..
.. de M. F�licien. - Les amis de M. F�licien,
.. ils vous em... Rires.
- Les amis de M. F�licien vous...
Coup de sifflet.
- C'est le soleil qui vous rend nerveux?
- On discutait sur les prix. - A coups de ma marchandise!
Je porte plainte! - Contre qui?
- Tout le monde. - Contre inconnus.
�variste, le maire te demande.
- Bien M. le sous-chef de cabinet. Oui, M. le sous-chef de cabinet.
Oui certainement, M. le sous-chef de cabinet.
Merci M. le sous-chef du cabinet. - C'�tait le sous-chef du cabinet?
- Oui, le sous-pr�fet �tait occup�. - Qu'est-ce qu'il dit?
- Que s'il fallait d�clencher I'appareil administratif..
.. quand un gar�on et une fille font... On manquerait..
.. de sous-chefs de cabinet. On frappe.
- Entrez!
- Vous m'avez fait demander? - Oui, viens ici.
En attendant de trouver une solution, nous avons d�cid�..
.. de rallumer le four communal. Rends-nous service.
- Moi? - Tu as travaill� comme mitron..
.. avec F�licien, dans le temps? - Oui, il y a 30 ans.
- Nous n'avons pas le choix. Si nous ne voulons pas que le village..
.. soit � feu et � sang, Nous devons faire le pain. Et tu peux le faire.
- M. le maire!
M. le maire!
- Qu'est-ce qu'il y a? - Il y a le feu, au four communal!
C'est pas de ma faute, je vais vous expliquer.
- �a va, fous le camp! Je vous rejoins.
- Bon.
- Il y a le feu!
- M. le cur�! Je vais vous expliquer.
La... - Je sais.
- Je vais vous expliquer. La chemin�e...
- Il y a le feu au four! - La chemin�e...
- �a va!
- F�licien, viens vite! - Quoi?
- Il y a le feu au four. - Qu'est-ce qui est arriv�?
- Oh I� I�!
- C'est terrible! La chemin�e, c'est pas moi...
- �a va! �a va!
- Vite! D�p�chez-vous!
- Faites vite quelque chose!
- Tes pompiers, ils arrivent? - C'est I'inauguration de la pompe.
Pour �teindre le feu, il n'y a plus personne.
- Vous ne pouvez pas pousser derri�re?
- Prends notre place! - Dis qu'on s'amuse.
- Je n'ai pas dit �a. - Si, tu as I'air de le dire.
- Quand vous aurez fini de discuter, j'ai la pompe sur le bras.
- Allez plus vite! - Je n'ai que 2 mains.
- Faites quelque chose!
- Vous �tes I�? - Je suis oo� le devoir m'appelle.
- C'est pas possible! Vous retenez derri�re!
- Mais c'est accroch�! - Oo�?
- Jamais j'ai vu �a!
- Je me demande comment le feu a pris.
- Quand on prend un facteur qui a fait mitron il y a 30 ans,
.. voil� ce qui arrive. - Je connais un bon boulanger.
Mais je ne pouvais pas lui demander.
- Attention!
- Vous m'avez mis dans une situation d�licate.
- Elle serait plus d�licate, si vous �tiez en dessous.
- Je dois vous dire merci. - Je ne changerai pas d'avis.
Un seau!
- Oh I� I�!
- Allez, allons-y! - Oh hisse!
- M. le cur�! Si on pouvait �teindre I'enfer si facilement...
- Je serais ch�meur!
- Alors, voil�. - Eh oui.
- �a s'est pas si mal pass�. - �a s'est m�me tr�s bien pass�.
Pourquoi? Tu veux remettre �a? - Ah...
- Oh...
Non mais �coute ce... Klaxon.
Tiens, les voil�. Te presse pas!
On a le temps. Et c'est dans les pompiers, �a.
Avant que tu te remues, on aurait tu� un �ne � coups de figues.
- Je vais t'expliquer. - Alors?
- Quand on a voulu sortir la pompe, j'ai pris le truc, mais..
.. il y avait la chose qui tenait au...
- Au machin. Allez, va-t-en.
- Que fais-tu I� � cette heure-ci? - Rien M. le cur�.
Avant, ici tout le monde s'entendait. Maintenant...
Ce matin la bagarre, les gendarmes, ce soir I'incendie. Les gens vont..
.. dire que c'est de ma faute. - Tu n'y es pour rien.
Les granges br��laient avant toi et elles br��leront apr�s.
- Oui, mais tout le monde est contre moi, m�me ma m�re.
- Tu te fais des id�es. Laisse-lui le temps de s'habituer.
- Peut-�tre, mais je ne sais plus quoi faire.
Je voudrais �chapper � ces regards pleins de sous-entendus.
Je n'en peux plus.
- �coute Fran�oise. Si j'�tais un de ces bons cur�s de campagne,
.. je te dirais de te r�fugier dans le pri�re. Mais je ne le dis pas.
Parce qu'il ne faut pas m�langer le bon Dieu avec ces histoires..
.. de clocher. �a s'arrangera avec le temps. Allez rentre.
- Bonsoir M. le cur�.
Mme Zanetti crie. - Qu'est-ce qu'elle a Mme Zanetti?
Elle parle italien. - Que dites-vous?
Qu'est-ce qu'il y a? - Je viens vous dire...
.. que ma petite... - Quoi?
Attendez une seconde.
Que voulez-vous?
�a ne vous regarde pas!
- Avis � la population!
Toutes personnes qui auraient vu Mlle Fran�oise Zanetti et son fils,
.. dont on nous signale la disparition, doivent..
.. se pr�senter � la gendarmerie. Qu'on se le dise!
- Avec le petit?
- Vous voyez, un drame. Elle est all�e se noyer avec I'enfant.
A cause de cet assassin de boulanger!
- Voil� ce qui arrive quand on est born�.
- On ne peut pas te reprocher �a. Toi, tu as I'esprit large.
- Parce que une fille fr�quente 7 ou 8 hommes, on dit tout de suite..
.. que c'est une tra�n�e. - Je n'ai pas dit �a!
C'est une coop�rative. D'abord toi, je ne t'ai pas parl�.
Je parle � Mme.
- Mlle.
Mlle F�licie Blanc. - Blanc?
- Blanc! Vous savez ce que �a veut dire?
- Non. - C'�tait le nom de jeune fille..
.. de ma m�re. Mon p�re avait oubli� de lui donner le sien.
Il a oubli� de revenir, sachant que j'arrivais. Si je suis..
.. contre vous, c'est parce que le petit de Fran�oise s'appellera..
.. Zanetti.
- Qu'est-ce qu'il a � voir? Et que faites-vous plant�s..
.. comme des santons! Commencez les recherches. Je sais,
.. vous allez dire que je m'occupe de choses qui ne me regardent pas.
- Exactement. - J'aurais d�� vous laisser..
.. sous la poutre. Et cette affaire ne m'int�resse pas.
Je suis �tonn� de voir que vous attendez que �a tombe tout cuit.
Tout cuit!
- Qu'est-ce qui lui prend?
- C'est trop cuit!
Trop cuit!
- Bonjour Mme H�brard! - Bonjour M. le cur�.
- Ma bonne est venue ce matin pour chercher le pain et...
Il me faudrait 6 fl��tes de plus.
- Prenez-les. - Merci.
Marquez �a sur mon compte. - Entendu.
- Au revoir Mme. - Au revoir.
- Oh coquin de sort! C'est pour vous tout seul �a?
Depuis quelque temps, vous avez un dr�le d'app�tit.
- C'est bizarre. - Oui.
- Ce doit �tre le grand air. - Oui, c'est �a.
Je vous accompagne un bout de chemin.
- Vous �tes inquiet? Vous n'avez pas re�u de mauvaises nouvelles?
- Non, Justin nous a �crit hier. Ils ont fini les grandes..
.. manoeuvres et dimanche, avec des camarades ils ont mang� le mouton.
Le m�choui, ils appellent �a. Ils y mettent de la menthe.
Vous croyez que c'est bon? - C'est tout ce qu'il a dit?
- Non, apr�s ils sont all�s... Je ne peux pas vous le dire.
- Vous ne lui avez pas parl� des �v�nements de...
- Si vous croyez que je vais I'emb�ter avec �a?
Surtout avec la responsabilit� qu'il a. Il est au pointage.
Une erreur de 2 mm peut avoir des cons�quences catastrophiques.
- Vous avez bien fait. D'autant plus que, honn�te comme je vous connais,
.. vous avez d�� vous poser la question.
Pas pendant une dispute quand les esprits sont �chauff�s,
.. mais en face de vous-m�me.
En votre �me et conscience, vous avez d�� vous demander:
.. est-ce que I'enfant ne serait pas de Justin?
Si vous avez r�pondu non, apr�s avoir pes� le pour et le contre,
.. vous avez acquis la certitude que votre fils n'y �tait pour rien.
Vous avez bien fait de ne pas I'ennuyer avec �a.
Car vous vous �tes pos� la question?
- On ne m'en a pas laiss� le temps. - C'est tr�s grave.
Les recherches n'ont donn� aucun r�sultat.
- Je sais, puisque j'y �tais. On ne dispara�t pas comme �a.
Dans la garrigue on trouve plus facilement une femme qu'un lapin.
Mais le petit? - Oui.
- Vous ne croyez pas qu'il est en danger?
- Les Italiennes disent: "In caso di pericolo tirare la maniglia. "
- Ah oui? �a veut dire quoi?
- En cas de danger, tirez la sonnette d'alarme.
C'est dans les trains italiens. Ceux qui vont � Bella Vista.
Ceux qui en reviennent aussi. - Que voulez-vous que �a me fasse?
"Ils disent: In caso di pericolo... Comme vous dites.
Ils ne sont pas b�tes ces Italiens. - Je vous laisse.
- Au revoir M. le cur�.
"In caso di pericolo tirare la maniglia. "
- Vous �tes bien brave, M. le cur�. - Et encore merci.
Sans vous...
Ils parlent italien.
- Ah! Ah! Ah!
- M. le maire! Il est parti! Il est rong� par le remord.
- Vous ne savez pas ce que vous dites.
- Oo� il est all�?
- Ne commen�ons pas � nous �nerver. Je vais voir ce qu'on va faire.
- In vettura!
- Pardon M., pourriez-vous me renseigner?
Je cherche une jeune fille avec un b�b�.
Il r�pond en italien.
- Vous ne parlez pas fran�ais? Je n'y pensais pas.
Scusi.
Scusi.
Il essaie de parler italien.
- Excusez-moi, je ne comprends pas I'italien.
Et je suis de passage. Scusi.
- Scusi.
Passage? Il ne pouvait pas le dire plus t�t?
- Scusi!
- Taverni�re!
- Buongiorno.
Il parle italien.
- Yes, euh no.
Gracia.
- Si, si, si.
Dans le pays, il y a une famille Zanetti?
- Zanetti, Zanetti, Zanetti...
- Tous des Zanetti.
�a arrange tout. Vous, pas vu jeune fille avec enfant?
Jeune fille. Maman avec guili guili...
Bambino. - Bambino.
Pietro! Julia! Francesca!
Maria! P�pino!
- Non, c'est pas �a.
Tu es sage, oui. �a va.
- Tout � I'heure.
Spaghettis, non... oui, oui.
Fran�oise, Francesca!
- Si, Francesca.
No capito?
P�pito! Accompagne le signore.
- Des bonbons pour bambino.
Au revoir!
Basta! Basta!
Scusi. Mme Zanetti?
- Tante � Francesca?
- Je ne suis pas de la police. Je suis boulanger.
Parla � Francesca.
Francesca! - Francesca!
- Francesca!
Guili, guili.
- Que venez-vous faire? - Ce que je viens faire?
Je viens te chercher. - De quel droit?
Je fais partie de votre famille? Non, alors?
- Si tu en faisais partie, je ne discuterais pas.
- Je connais vos m�thodes. Vous n'aimez pas les discussions.
- Nous en reparlerons. - Non. Pas avec vous.
On m'a enlev� � Valorgue une r�putation d'honn�tet�..
.. que je ne m�rite plus. Mais il me reste de la fiert�.
Je n'ai pas � me justifier. Surtout vis-�-vis de vous.
J'�I�verai mon enfant seule et bien pour qu'il ne s'aper�oive..
.. pas que son p�re lui manque. �a, �a ne vous concerne pas.
Voil�, nous n'avons plus rien � nous dire.
- Comme tu voudras. - Pour une fois, �a ne sera pas..
.. comme vous voudrez. Adieu M. H�brard.
- Il faut que tu m'�coutes. - �a, c'est du culot.
Ma m�re, vous I'avez �cout�e? - Oui, je I'ai �cout�e.
Elle ne m'a pas convaincu. C'est un peu pour elle que je suis I�.
Pourquoi tu ne I'as pas pr�venue?
Tu dois savoir ce qu'on �prouve quand un enfant dispara�t.
Mets-toi � sa place. Elle ne vit plus depuis ton d�part.
Si en te levant, le berceau �tait vide, que dirais-tu?
R�ponds! - Je deviendrais folle.
- Ta m�re le devient.
- Elle �tait la seule sur qui je pouvais m'appuyer et elle m'a..
.. trait�e comme une fille des rues. - Les paroles, c'est que..
.. des paroles. Ce qui compte c'est les intentions. A ton �ge,
.. on attend les mots. Ta m�re a des principes. Quand elle te disait:
.. tu es une fille perdue, il fallait entendre: pauvre petite,
.. comme je te plains. C'est pas � 80 ans qu'on est sourd, c'est � 20.
- Il n'y avait pas que les vieux, les jeunes me traitaient aussi..
.. de tra�n�e. - Celle qui avait �t� si adroite,
.. ne peut pas se faire faire un enfant. Toi, tu as vu que ceux..
.. qui �taient contre toi. On a organis� une battue..
.. pour te retrouver. A part le p�re Auguste qui a 84 ans,
.. tout le monde y �tait. Auguste voulait venir. Sa fille n'a pas..
.. voulu, elle a eu peur qu'il tombe dans la mare.
- Pourquoi me dire tout �a? - Pour que tu reviennes.
Reviens pour les remercier de t'avoir cherch�e.
- Vous saviez oo� j'�tais? - J'ai la t�te solide..
.. et les pieds par terre. J'ai pens� que tu �tais ici.
- Si je reviens, �a recommencera. - Non. Si tu penses � ta m�re,
.. elle ne te dira rien. Et depuis que tu es all�e te noyer,
.. c'est moi le responsable de ta mort. Maintenant, je suis seul.
- C'est pour �a que vous �tes I�. - Un peu.
Nous sommes les 2 habitants du village qu'on a le plus engueul�s.
- Vous devez y tenir � votre prestige, pour me retrouver.
- Je voulais te retrouver. Je te I'avoue, le cur� m'a aid�.
Et je peux te dire la v�rit�. Si j'ai fait ce voyage,
.. c'est ni pour moi, ni pour toi, ni pour ta m�re, ni pour les gens.
C'est pour le petit.
- M. H�brard,
.. vous arriverez � me faire regretter d'�tre partie, mais..
.. j'ignore ce que je vais faire.
- R�fl�chis. Nous avons tout notre temps. Je me suis renseign�,
.. il n'y a pas de train avant 5 h. Si on t�I�graphiait � ta m�re?
�a la rassurerait. J'exp�die le t�I�gramme.
Surtout que maintenant, je me fais comprendre en italien.
Avec les mains.
- Je vous en prie. Que vous vous ennuyiez ici oo� il ne se passe..
.. rien et que pour cr�er des distractions, vous vous dressiez..
.. les uns contre les autres, c'est votre droit.
Mais que les journaux s'emparent de I'affaire, non.
On parle d'une gal�jade et nous sommes de plus en plus ridicules.
Lisez. "Le pain de la discorde. " L�, "Un village dans le p�trin".
Celui-ci,
.. "Suite et faim, FAIM".
- De quoi ils s'occupent? Pourquoi ils mettent leur nez..
.. dans les affaires de famille? - Cette affaire a d�pass� le cadre..
.. de la famille.
J'attends vos propositions. - Tout �a, c'est � cause..
.. du mauvais �clairage. Si on... - Non, non, non!
Je vous ram�ne aux faits. Je suis I� pour que nous cherchions..
.. une solution rapide en toute objectivit�.
- Objectivit�! S'il commence � nous embrouiller avec des mots..
.. qu'on ne comprend pas, je fous le camp.
- Qu'est-ce que tu veux faire? - Rien.
- On ne peut pas obliger F�licien � vendre son pain � tout le monde.
- Vous en avez les moyens. - Quels moyens? Vous �tes rigolo.
Pardon! - Je ne sais pas si je suis rigolo,
.. mais je commencerai par vous donner un ordre de r�quisition..
.. de la boulangerie. - Vous ne le connaissez pas.
Qui fera le pain?
- Mon facteur.
- Oh I� I�! - Alors sortons la pompe � incendie.
- Ce sera parfait. Nous n'avons pas � faire intervenir les querelles..
.. personnelles dans I'exercice d'une profession vitale.
- Bravo! - Et Zanetti aussi ne veut rien..
.. nous vendre. - Dites Mme Zanetti. �a ne vous..
.. �corcherait pas la langue. Elle a suivi I'exemple d'H�brard.
- M. H�brard. - Si vous voulez.
Mettez-vous � sa place. Cette m�re de famille a �t� bafou�e,
.. sa fille a �t� s�duite. Il existe une cons�quence vivante de I'acte.
Et I'auteur refuse de prendre ses responsabilit�s.
- Si c'est pas Justin? On ne peut I'obliger � reconna�tre un enfant..
.. qu'il n'a pas fait.
- Qu'est-ce qu'il dit lui? Ce Justin.
- Eh oui, c'est vrai. J'avoue qu'on n'y avait pas pens�.
- C'�tait le 1er � consulter. - Si on �crivait � son colonel?
- Vous croyez que le colonel reconna�tra le petit?
- Peut-�tre qu'il lui accordera une permission?
C'est bien long. - Il n'est peut-�tre pas I�.
- Ou il ne veut pas venir. Non, tiens le voil�.
- Tu es requis! - Requis?
- Oui! - On n'est plus libre de faire..
.. ce qu'on veut. Vous auriez pu en choisir un autre. Je n'aime pas �a.
- C'est pas difficile d'ouvrir une serrure?
- C'est mon m�tier, mais ouvrir le magasin d'un ami absent,
.. c'est un abus de confiance. - Tu crois que �a me fait plaisir?
- Il est mon ami comme toi. Mais I�, c'est le maire qui parle.
Le sous-pr�fet n'entre pas dans ces consid�rations.
- Je suis forgeron, pas un cambrioleur!
- Il y en a qu'un qui peut parler, moi. Vous croyez que �a m'amuse..
.. de faire le pain apr�s mon service?
- Surtout si tu le fais comme la derni�re fois.
Tu as un vrai four, tu vas pouvoir mettre le feu au village.
- On t'appellera pour I'�teindre. - Prenez ma place, je ne suis pas..
.. jaloux.
- Bon �variste, c'est ouvert.
- Oui, c'est ouvert.
- Qu'est-ce que tu attends?
- Il faut y aller.
- Et alors?
- Si, si.
- Doucement. Tu devrais le couvrir, il y a un peu d'air.
Va Fran�oise et ne recommence plus. - Merci M. H�brard.
- F�licien! - T'es d�j� I�?
- Tu aurais d�� me laisser ici. Si tu savais ce qu'ils ont fait.
- Quoi? - Ils ont r�quisitionn�..
.. la boulangerie. - Qui "ont"?
- Les autorit�s. - Qui fait le pain?
- Je te le donne en mille. Le facteur.
- �variste? - Ouais.
- Oh! Oh...
- F�licien! Sois calme. - Mais je suis calme.
Bruit de casse et dispute.
- Laissez-le!
C'est pas ouvert compl�tement.
D�p�che-toi. Qu'est-ce qu'il y a?
C'est fini.
Il chante.
- F�licien! - Oui.
- Le maire veut te voir. - Je suis occup�!
- Mon cher F�licien, connaissant ton grand coeur et ta grande gueule,
.. je suis venu te f�liciter pour ton geste.
- Laisse-moi te dire que je ne vous f�licite pas pour le v�tre, geste!
- F�licien.
- Comment? Vous osez venir avec des sourires de distribution..
.. de prix? Vous �tes venus ici, comme des malfaiteurs.
Par effraction! - �a ne vient pas de nous.
C'est le sous-pr�fet. - Je m'en fous de lui!
Qu'est-ce qu'il a � voir? La boulangerie m'appartient!
C'est de la dictature! Le sous-pr�fet... Ah!
Le sous-pr�fet...
- Nous n'avions plus de pain. La population se plaignait.
C'est pas fini. On verra qui commande ici.
- Tu ne vas pas recommencer? - Je continue!
- Vous manquez de tol�rance.
- Et si le boucher disait la messe � votre place?
- Je remercierais le boucher. - Vous n'�tes pas rancunier.
Votre r�le, c'est de pardonner. - C'est notre r��lle � tous.
- Moi aussi, je pardonne. Je pardonne tout.
Mais ils iront chercher leur pain � Cugnans.
- Bon!
J'oubliais. Nous avons demand� officiellement une permission..
.. pour le soldat Justin H�brard. Son colonel a t�I�graphi�..
.. qu'il �tait d'accord. Je te dis �a, au cas oo� �a t'int�resserait.
- Personnellement, �a ne m'int�resse pas.
Mais � part ton joli travail de cambrioleur,
.. tu sais aussi organiser des guets-apens. Voil�!
- Clotilde, viens voir.
- Retiens-toi.
- Il n'a pas pu venir directement ici, il fallait qu'il embrasse..
.. Fran�oise d'abord. - Il a grandi.
- C'est le costume qui fait �a.
- Mon petit!
Que je suis contente! Tu as grandi. Que tu es beau.
Tu n'as pas maigri. Tu penses si �a me fait plaisir.
Mange, tu dois avoir faim.
- Tu es I�, militaire? - Oui, je suis I�.
Bonjour papa.
Tu n'as pas re�u le t�I�gramme du colonel?
- Le maire I'a re�u. - C'est pareil.
- Ton p�re et le maire, ce n'est pas pareil. Assieds-toi.
Ils n'ont pas chang� dans I'arm�e. Gr�ce � moi, ton r�giment..
.. a un homme de plus. Et c'est le maire qu'on avertit quand tu viens.
- Car c'est lui qui a demand� la permission.
- C'est plus facile de demander une permission, que de te mettre..
.. au monde, non? Tu aurais pu �crire. Tu as eu peur d'en dire..
.. trop. Tu es I�, c'est I'essentiel.
- Laisse-le arriver et manger. - Ah oui.
Je ne te demande pas si �a va, je le vois.
Non, �a va tr�s bien, merci. - �a me fait plaisir.
- C'est heureux.
Tu sais pourquoi on t'a fait venir?
- Oui. - Ah...
On va savoir ce qu'a fait M. Justin H�brard.
On va conna�tre la position de Justin, I'africain.
Du moins, je le suppose. J'attends tes explications.
- Tu ne me laisses pas parler. - Parles, tu es I� pour �a!
- J'aurai � peine commenc�, que tu te mettras dans une col�re..
.. sanglante. Je ne pourrai pas continuer.
- Ayez des enfants.
- Justin... Tu sais que tu as toujours �t� pour ta m�re..
.. et moi, un brave petit. Tu as grandi sans qu'on s'en aper�oive.
Il me semble que tu portes encore des pantalons courts.
Mais aujourd'hui, je veux te parler comme � un homme.
Justin... - Je sais ce que tu vas me dire.
Si c'est pour me parler de I'enfant...
Il est � moi.
- Il est � toi?
Tu en es s��r?
- C'est arriv� la veille de mon d�part.
- Tu m'as fait �a, � moi. Sans m'avertir, ni me pr�venir.
Sans te demander ce que j'en penserais. Moi, qui me suis battu..
.. pour toi. Tu arrives pour me dire: cet enfant est � moi.
Pourquoi ne pas en avoir parl�?
- Je voulais m'expliquer. Je savais que tu ne serais pas content.
- C'est le bouquet.
Tu aurais voulu que je te f�licite?
- Je croyais avoir une permission de d�tente.
- M. voulait se d�tendre! Alors que le village �tait en r�volution..
.. et que sa m�re passait ses nuits � g�mir! Et qu'on me crachait..
.. dessus! Par ta faute, la moiti� du village ne mange plus de pain.
- Ce n'est pas moi qui refuse de leur vendre.
- C'est � cause de toi! - Si tu veux.
J'aurais d�� t'en parler.
Mais... - Quoi?
- De I� � les priver de pain... Tu y es all� un peu fort.
- Reproche-moi de t'avoir d�fendu! D'abord, le pain fait grossir.
- C'est � lui de venir.
D'ailleurs, je crois que tu te fais des illusions.
T�tu comme je le connais, il ne viendra pas et il emp�chera..
.. son fils de te voir.
- Papa.
Je sais que je t'ai caus� assez d'ennuis, pour avoir le droit..
.. de te demander quelque chose. Mais... je voudrais...
- Tu voudrais que je sorte de I'armoire mon costume..
.. et que nous allions ensemble avec ta m�re voir Mme Zanetti.
Tu voudrais que je traverse le village, pendant que derri�re..
.. chaque fen�tre, on se foutrait de moi en disant: regarde-le,
.. comme il se d�gonfle. Et le facteur avec son oeil au beurre..
.. noir, il dirait: c'�tait pas la peine qu'il fasse tant d'histoires,
.. pour � la fin, �tre d'accord.
Quand je passerai devant la poste, je n'oserai pas relever la t�te,
.. de peur de rencontrer M. le receveur.
- F�licien.
Je n'ai jamais �lev� la voix. Depuis 20 ans, tu as cri�..
.. le plus fort. Je ne pourrais pas t'imaginer autrement.
D'ailleurs, je t'ai toujours aim� comme tu es. Car derri�re chaque..
.. coup de col�re, il y a le brave gar�on que j'avais choisi.
Mais aujourd'hui, je le cherche ce brave gar�on.
- Je n'ai pas dit que j'irai pas. J'irai.
Mais quand il fera nuit.
- Tu vois, je te I'avais dit. Elles sont couch�es.
Comment on va faire maintenant? - Demande � ton fils, il sait..
.. comment on rentre.
Il siffle.
- T'as vu? Il siffle aussi.
- Fran�oise! Ouvre-nous.
- Nous descendons! Tout de suite.
Mamma!
- Qu'est-ce que tu regardes? - Je me disais qu'un crochet..
.. plant� dans le mur, �a peut faire des r�volutions.
- Quel crochet? - Celui-I�. S'il n'existait pas,
.. Justin n'aurait pas grimp� et comme il partait...
Tu veux les points sur les "I"?
- Quelle surprise! Entrez.
- Pardon.
Et alors?
- Asseyez-vous.
Donnez-moi le chapeau. - Bonsoir Mme Zanetti.
- Bonsoir. Asseyez-vous.
- Excusez-nous de venir si tard, mais on a tellement de travail..
.. dans un commerce. Vous savez ce que c'est.
Ma femme n'en finissait plus de se pr�parer et Justin s'est ras�.
10 h est arriv�, on ne s'en est pas aper�u. Ce n'est pas une heure..
.. pour venir chez les gens. On vous a fait lever?
- Non, on se couche tr�s tard. - Oui.
- Bonsoir. - Bonsoir.
- Fran�oise, va chercher les cerises � I'eau-de-vie.
- Reste ici, Justin.
"Lavez votre linge en famille, gr�ce � toutblanc. "
Vous me mettrez des bo�tes de c�t�, nous en aurons besoin.
Oh! Des cerises.
Merci.
Oh I� I�!
Excusez-moi.
Tiens, tu mangeras celles-I�.
Le voil�.
Enfin, il est arriv�.
Il est arriv� parce que... Il aurait pu arriver avant.
2 mois avant, s'il avait eu la permission. Seulement, la mer...
La mer... ou prendre le bateau.
Et des bateaux, il n'y en a pas tous les jours, hein?
La base... L'Alg�rie...
Il parle � demi-mot.
Il aurait pu venir avec le bateau. Mais M. a un caract�re...
Il a engueul� ses sup�rieurs. Alors, il a eu 15 jours.
15 jours de prison.
De taule!
De taule, oui.
Alors... - Nous sommes venus vous demander..
.. la main de Fran�oise. - Voil�.
On frappe.
- Ne vous d�rangez pas, je vais voir... Elles sont bonnes.
Tiens, M. Aussel! Vous d�sirez quelque chose?
- Non, je passais. Comme j'ai vu de la lumi�re et que I'heure..
.. est tardive... Comme j'ai vu de la lumi�re, disais-je...
- Il est interdit d'avoir de la lumi�re � partir d'une certaine..
.. heure? Je savais que vous �tiez dans les PTT, mais j'ignorais..
.. que vous repr�sentiez la compagnie de I'�lectricit�.
- Je m'inqui�tais pour ces dames. - Ne vous inqui�tez plus pour elles.
A bient�t M. Aussel.
A tr�s bient�t.
C'�tait un client qui croyait que c'�tait encore ouvert.
Comme disait ma femme, nous vous demandons la main de Fran�oise.
Je sais que ce qui est arriv� entre Justin et la petite, �a ne vous a..
.. pas fait plaisir. Ils ne nous ont pas demand� notre avis.
Il aurait mieux valu les marier d'abord.
C'est comme �a que �a se fait. - J'aurais..
.. voulu la voir sortir de I'�glise en blanc, avec le tapis rouge.
- �a, �a peut s'arranger. Mais pour la robe blanche...
Elles sont bonnes ces cerises. Et ce qui est fait est fait!
- Crie pas, tu vas r�veiller..
.. mon fils.
- Vous I'avez entendu? "Mon fils!"
Tu ne sais m�me pas le dire.
Tu crois qu'il suffit de faire I'acrobate et d'arriver 10 mois..
.. apr�s pour avoir le droit de dire "mon fils"?
- Comment veux-tu que je I'appelle? - Appelle-le... On ne I'appelle pas,
.. il dort. - Vous voulez le voir?
- Oui, je vais le voir. Ton fils!
- Une soupe au lait. Il crie et � la fin il est de I'avis..
.. de tout le monde. - Ne touche pas sa figure..
.. avec tes mains sales! - �a recommence.
Le b�b� pleure.
- Il a suffi qu'il rentre dans la chambre, pour le r�veiller.
Quand m�me!
Applaudissements.
- Avant de commencer ce repas, je vais vous dire quelques mots.
M. le maire, M. le cur�, Mmes, MM. Comme I'a dit La Rochefoucauld,
.. les hommes ne sont jamais aussi bons, ni aussi mauvais..
.. qu'ils le paraissent. Et M. le cur� ne me contredira pas.
Nous voici � nouveau r�unis. J'esp�re que M. H�brard..
.. nous dira sa joie d'�tre grand-p�re.
Applaudissements.
- Ma place de grand-p�re, je ne la donnerais pas pour tout I'or..
.. du monde. Dans la balance, j'ai vu au poids qu'il ferait parler..
.. de lui. - Tu ne t'es pas tromp�.
- C'est le portrait vivant de son arri�re-grand-p�re.
Plus tard, si sa m�re le veut, il sera boulanger comme tous..
.. les hommes de la famille. A moins qu'il pr�f�re �tudier pour �tre..
.. notaire ou pharmacien. �a n'a pas d'importance, pourvu..
.. qu'il le fasse bien et avec son coeur.
- Tr�s bien! Applaudissements.
- Tu vois, c'est simple. Tu es dans un pays oo� on parle fort..
.. et si on s'�chauffe la t�te, c'est � cause du soleil.
Tu vois ce soleil, �a fait tout grandir. Les melons,
.. les enfants et les histoires d'hommes.
Et maintenant, bon app�tit.
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