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Bonjour, je suis Stan Lee,

rédacteur des comics de super-héros chez Marvel Comics.

Les comics sont devenus une industrie importante ces 25 dernières années,

et d'autant plus de nos jours.

Sachant cela, vous serez intéressés d'apprendre que le groupe Marvel Comics

est reconnu comme le leader

en ventes mensuelles de comics publiés aujourd'hui.

Nos super-héros sont comme vous et moi

si nous avions des superpouvoirs,

ce qui les différencie des autres super-héros publiés de nos jours

et semble être la raison pour laquelle ils sont plus populaires que les autres.

Chacun de nous est un produit des choses qu'il a vécues,

vues, lues et entendues dans sa vie.

Donc quand j'écris, je me souviens d'événements qui se sont produits.

Ils deviennent une partie de l'histoire.

Un jour, j'essayais de penser à un nouveau super-héros

et j'ai vu une mouche marcher sur le mur.

J'ai pensé : "Ce serait fou qu'un héros puisse coller aux murs

et se déplacer comme un insecte."

J'ai décidé que je voulais quelqu'un à qui les lecteurs pourraient s'identifier.

Si j'avais des pouvoirs surhumains, devrais-je toujours m'inquiéter

de gagner ma vie ou que mes rencards soient réussis ?

J'ai essayé d'écrire le genre d'histoire que je voudrais lire.

Un super-héros à problèmes ?

Ça signifiait parfois d'aller à contre-courant.

Les vieux comics font peau neuve

La persévérance joue un rôle primordial.

Si vous pensez tenir quelque chose, il ne faut pas renoncer.

Il faut continuer de travailler et espérer que tôt ou tard,

quelqu'un reconnaisse ce que vous avez fait.

THE AVENGERS PREMIÈRE MONDIALE

Le 28 décembre 1922 a été une date très importante pour moi.

C'est le jour où je suis né.

Dans le West Side, à Manhattan, sur la 98e et West End Avenue.

Je m'appelais Stanley Martin Lieber.

Mes parents ont immigré à New York d'Europe de l'Est

et aimaient prendre des photos de moi.

Il y avait des photographes dans le voisinage.

On les payait dix cents, à l'époque.

Ils avaient un petit poney sur lequel ils faisaient monter les enfants.

Donc on me prenait surtout en photo sur des poneys.

J'ai eu un frère qui est né quand j'avais neuf ans.

Il s'appelle Larry, c'est un type formidable,

mais malheureusement, j'avais neuf ans de plus,

donc c'était compliqué de jouer avec lui.

J'adorais lire.

Je devais lire quand je suis né,

je ne me souviens pas ne pas avoir lu.

J'adorais Sherlock Holmes, Tarzan, Les Frères Hardy,

Le Roi Arthur et les chevaliers de la table ronde, L'Odyssée, etc.

Ma mère disait que j'aurais lu l'étiquette du ketchup

s'il n'y avait rien eu d'autre.

On n'avait pas d'argent. C'était pendant la Grande Dépression.

Je voulais vraiment un vélo.

Mes parents ont fini par réussir à réunir assez d'argent

pour m'acheter un vélo à deux roues.

J'avais le sentiment de pouvoir aller n'importe où avec ce vélo.

J'avais été libéré.

J'allais au cinéma et je voyais Errol Flynn à l'écran.

Il jouait Robin des Bois, le Capitaine Blood.

Il était toujours un héros.

Je voulais être Errol Flynn.

Je quittais le cinéma

et traversais le pont George Washington à vélo,

qui relie Manhattan au New Jersey.

Traverser ce pont était un sentiment si triomphal.

Je savais que je deviendrais quelqu'un d'important.

Voici un nouveau chapitre de l'incroyable histoire d'Edgar Rice Burrough,

Tarzan seigneur de la jungle.

Le récit épatant d'un surhomme qui est devenu le...

Mon père était un type extra, mais il avait du mal à trouver du travail.

Il était coupeur-tailleur,

mais apparemment, il n'y avait pas de travail.

Donc la plupart du temps, il était au chômage.

Mes premiers souvenirs sont de lui, assis à la maison,

lisant les annonces dans le journal.

Je ressentais toujours une immense peine pour lui.

Ça doit être un sentiment terrible, de ne pas pouvoir rapporter l'argent

dont votre famille a besoin.

Pour moi, avoir un emploi stable

était le plus grand succès qu'une personne puisse connaître,

seulement parce que mon père n'en avait jamais eu un.

Et de ce fait, j'ai commencé à travailler à un jeune âge.

J'ai décroché un emploi comme garçon de bureau

chez le deuxième plus grand fabricant de pantalons.

Ils avaient des millions de vendeurs, et lorsqu'ils voulaient un verre d'eau,

ou qu'on taille leur crayon,

ils criaient : "Garçon !",

et celui qui était le plus près devait accourir,

et j'étais contrarié

qu'ils n'aient jamais pris la peine d'apprendre mon nom.

Une semaine avant Noël, ils m'ont dit que je devais partir.

J'étais en colère,

mais s'ils ne m'avaient pas viré, je serais resté là

et j'aurais fait carrière dans l'industrie du pantalon. J'ai eu de la chance.

Il y a eu une ruée générale. Les dépôts bancaires...

Owens gagne à nouveau...

Ô, l'humanité...

Écrire a toujours été amusant. J'étais très cucul.

J'avais une petite mallette que j'adorais transporter

quand je marchais dans la rue pour qu'on me prenne pour un écrivain.

Le genre de petite mallette fine.

Une fois le lycée terminé, j'avais un oncle

qui travaillait pour un éditeur,

il m'a dit qu'ils cherchaient un assistant.

J'ai décidé de postuler. J'y suis allé

et j'ai découvert qu'ils publiaient aussi des comics.

L'une de ces éditions s'appelait Timely Comics.

Ils m'ont embauché pour faire les commissions,

la relecture, pour remplir l'encrier, etc.

STAN LEE 3E ASSISTANT

Je ne comptais pas travailler dans les comics,

mais c'était un boulot.

Il y avait deux gars, Joe Simon et Jack Kirby,

qui dirigeaient les choses.

Joe Simon était le patron, il se promenait en fumant un gros cigare

et parlait d'une voix grave. Il était super. Je l'aimais bien.

Il avait une forte personnalité.

Jack était penché sur la planche à dessin

pour faire la majorité du travail artistique.

J'ai demandé son âge à Stan. "17 ans."

Voix de Joe Simon

On lui a donné un travail. Il était garçon à tout faire.

Il allait chercher les cafés.

Je demandais : "Ça va, Jack ? Tu veux plus d'encre ?

Ton pinceau, ça va ? Le crayon aussi ?"

Il me criait dessus pendant un moment.

Nos journées se passaient comme ça.

Il rendait Jack Kirby dingue.

Il avait un petit instrument, un piccolo.

Il en jouait toute la journée. Kirby lui disait de la boucler.

Et Stan continuait de jouer.

On avait La Torche humaine, Le Sous-marinier, Le Patriote,

L'Ange et Le Destructeur.

Mais notre personnage principal était Captain America.

Dès le départ, on a été très affectés

par ce qui se passait dans le monde.

Joe Simon et Jack Kirby créaient des histoires sur Captain America

affrontant Hitler et les nazis

avant même que l'Amérique n'entre en guerre.

Captain America découlait du besoin d'avoir un personnage patriotique...

Voix de Jack Kirby

...car à l'époque, il y avait un tumulte patriotique.

La guerre arrivait, les nuages de la guerre s'amoncelaient,

et Captain America devait naître.

Je suis arrivé en 1939,

les locaux étaient si petits,

Jack Kirby et Joe n'arrivaient pas à suivre les histoires.

Ils ont dit : "Peux-tu nous aider à en écrire ?"

À 16 ans, on ne sait pas grand-chose. J'ai dit : "Oui, bien sûr."

Quand j'ai commencé les comics,

je pensais en faire un moment et engranger de l'expérience,

en me disant que je serais un jour un grand écrivain

qui écrirait un grand roman américain.

Au fond de moi, j'ai toujours aimé les comics,

mais pour moi, ce n'était pas de l'écriture.

J'ai dit : "Je ne vais pas utiliser mon nom pour ces comics."

J'ai pensé : "Il me faut un nom de plume."

Par Stan Lee

J'ai donc pris mon prénom et l'ai scindé en deux

en signant "Stan Lee".

Ma première histoire s'appelait

Captain America et la revanche du traître.

Et là, tout le monde a commencé à me connaître sous le nom de Stan Lee,

et plus personne ne m'appelait Stanley Lieber.

C'était comme mon alter ego.

Par Stan Lee

Et les Yankees rugissent !

Après un certain temps, Joe et Jack ont quitté Timely Comics.

L'éditeur a contemplé son vaste empire,

il a vu ce gringalet avec un balai

et une machine à écrire

et a dit : "Où est le reste de mon équipe ?"

"Il n'y a que moi."

Il a dit : "Il faut publier ces comics.

Stan, peux-tu t'en charger le temps que je trouve quelqu'un ?"

Et j'ai accepté.

Il est parti à la recherche d'un autre rédacteur,

et je me retrouvais rédacteur par intérim.

C'est ainsi que je suis devenu rédacteur, et il a dû oublier d'engager quelqu'un,

car je suis resté à ce poste.

À 17 ans, je dirigeais vraiment les lieux.

Comme j'étais mon propre auteur et rédacteur,

je n'avais pas grand-chose à changer,

donc ces histoires ont pu évoluer très vite.

LES VAINQUEURS

LA GUERRE POUR LA VICTOIRE POUR L'AMÉRIQUE

Depuis l'attaque

gratuite et lâche

du Japon

dimanche 7 décembre 1941,

un état de guerre

est déclaré

entre les États-Unis

et l'Empire du Japon.

Tel un idiot, je me suis porté volontaire.

C'était mon devoir, et une grande guerre. Je voulais être comme Errol Flynn.

Je voulais être un héros.

Mais avant qu'on ne m'envoie à l'étranger,

ils ont su que j'avais travaillé pour une entreprise de comics.

De ce fait, j'ai été transféré

à Astoria, dans le Queens, à New York,

où une unité cinématographique

créait des films d'entraînement et des manuels pour les troupes.

LIBÉRATION HONORABLE

C'est drôle. Je ne l'ai su qu'à la fin de la guerre.

J'ai regardé ma fiche, et le métier indiqué était "dramaturge".

Ils avaient du mal à former des officiers des finances assez vite.

Les hommes sur le terrain n'étaient pas payés à temps,

car il n'y avait pas assez d'officiers comptables pour les payer.

On m'a demandé de réécrire les manuels de finance

pour que la formation soit écourtée.

Je l'ai fait en utilisant la bande dessinée.

On a pu réduire la durée de la formation des officiers des finances

de six mois à six semaines.

C'est là que j'ai compris

que les comics pouvaient avoir un énorme impact.

On peut transmettre une histoire ou une information

plus rapidement, plus clairement et de façon plus amusante,

sauf par rapport aux films.

Après l'armée, je suis retourné à l'entreprise de comics.

J'ai recommencé à faire ce que j'avais toujours fait.

J'avais un cousin dans l'industrie du chapeau.

Un jour, il a dit qu'il y avait une mannequin chapeau

nommée Betty.

Il pensait qu'elle me plairait et que je pourrais lui plaire.

Je m'y suis donc rendu,

et quelqu'un a ouvert la porte.

Je m'en souviens bien.

Il est venu à la porte et il avait...

Il avait son imperméable

par-dessus l'épaule.

Joan a ouvert la porte.

Ce n'était pas la fille que j'étais censé rencontrer.

Mais elle était mannequin aussi.

Elle a ouvert la porte et a dit...

Bonjour !

Et il a dit :

"Bonjour, je pense que je vais tomber amoureux de vous."

Je n'y croyais pas.

Elle avait un bel accent anglais. Je suis un véritable anglophile.

Un accent anglais, ça me fait craquer.

Elle était très belle.

J'ai pensé :

"Je ne peux pas le laisser filer."

C'était un vrai coup de foudre.

À l'époque, on était connus sous le nom d'Atlas Comics

et on publiait la même chose que tous les autres.

Si les westerns étaient à la mode, on en publiait un millier.

Si c'était les romances,

on en publiait un million, et ainsi de suite.

On suivait le courant.

Des histoires de guerre, des romances, des récits humoristiques,

des histoires de petits animaux animés.

On sortait des magazines comme on balance des confettis,

et ce pendant des années.

À un moment donné, on sortait près de cent magazines par mois.

Gamin, je voulais juste un boulot stable.

WRITER'S DIGEST NOVEMBRE 1947

Voilà que j'en avais un.

J'écrivais avec beaucoup de facilité.

Et à l'époque, c'était un moyen amusant de gagner de l'argent.

J'étais payé en tant que rédacteur, directeur artistique, scénariste en chef,

et pour les histoires que j'écrivais, j'étais payé à la pige.

Donc en tant que rédacteur, j'achetais mes histoires.

Ma femme et moi étions un peu extravagants.

On vivait selon ce que je gagnais,

et je l'aimais et l'aime énormément.

Quoi que Joan ait voulu, je répondais :

"D'accord, chérie, je vais écrire une histoire ce soir pour payer."

Pas seulement elle, mais moi aussi.

Si je voulais une nouvelle voiture,

j'écrivais deux ou trois histoires pour couvrir l'acompte,

et je continuais d'écrire à l'approche de chaque échéance.

J'écrivais toujours pour suivre ce qu'on faisait.

C'était comme tenir un tigre par la queue. On adorait vivre ainsi.

À l'époque, les comics n'étaient pas très bien vus.

Quand on allait à des fêtes et qu'on me demandait

ce que je faisais,

je le cachais et répondais : "Je suis écrivain",

puis je partais, mais la personne me suivait.

"Qu'écrivez-vous ?"

Je répondais : "Des histoires pour les jeunes."

Je m'éloignais, la personne suivait. "Quel genre d'histoires ?"

"Pour magazines." "Quels magazines ?"

Je finissais par dire que c'était des comics,

et la personne qui m'interrogeait disait : "Je vois",

avant de tourner les talons.

Lire. Ce serait merveilleux, si seulement

ils lisaient quelque chose qui en vaut la peine.

Mais ils ne lisent rien de constructif,

ils lisent des histoires d'adultère, de perversion sexuelle,

d'horreur et de crimes méprisables.

À l'époque, on devait soumettre les comics

à un comité de censure

mis en place par les éditeurs.

Il s'appelait le "Comics Code Authority".

Tous les comics publiés devaient leur être présentés

pour s'assurer qu'ils ne contenaient rien

pouvant pervertir la jeunesse américaine.

Les gens considéraient que les comics étaient pour les enfants.

Et ils étaient écrits et dessinés avec cela en tête.

À l'époque, si vous lisiez un comics,

n'importe quel super-héros

pouvait marcher dans la rue

dans sa longue tenue colorée

et voir un monstre aux yeux globuleux s'avancer vers lui

et s'exclamer quelque chose comme :

"Une créature d'une autre planète.

Je dois la capturer avant qu'elle ne détruise la Terre."

Mon éditeur, Martin Goodman, avait pour habitude de me dire :

"Souviens-toi, Stan, n'utilise pas de mots de plus de deux syllabes.

N'écris pas trop de dialogue. Privilégie l'action.

Ne t'inquiète pas pour les personnages."

J'ai fini par avoir envie de démissionner.

LES HOMMES MÉCANIQUES !

Pour le meilleur film, La Garçonnière, Billy Wilder.

Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous...

J'ai toujours eu le sentiment de perdre du temps.

Je me disais : "Bon, je vis de la vente de comics,

mais des gens construisent des ponts, font avancer la recherche médicale

et d'autres choses qui comptent.

Et moi, j'écris ces petites histoires fantaisistes et stupides."

À L'AIDE !

QUI SUIS-JE ?

Je me suis toujours demandé

comment un adulte pouvait écrire des comics.

Il avait le sentiment de ne pas pouvoir continuer à faire ça.

Il trouvait que c'était enfantin.

Alors, je lui ai dit :

"Et si tu créais des personnages que tu aimes ?"

"Dans le pire des cas, tu te feras virer,

et tu veux démissionner.

Sors-toi ça de la tête."

MARTIN GOODMAN, LE JEUNE ET REMARQUABLE ROI DES MAGAZINES

À l'époque, Martin Goodman avait découvert que notre concurrent, DC Comics,

avait publié La Ligue de justice d'Amérique.

Un groupe de super-héros, et ça se vendait très bien.

Il m'a dit : "Stan, si tu faisais un comic

sur un groupe de super-héros ?"

J'y ai vu ma chance de le faire à ma façon.

Je suis rentré et j'ai écrit.

J'ai pensé que ce serait sympa de publier le genre d'histoires

que j'aimerais lire,

plutôt que d'écrire pour des enfants de huit ou neuf ans.

À l'époque, Jack Kirby était revenu.

J'ai dit : "Jack, ne serait-ce pas drôle s'il arrivait parfois à nos protagonistes

de se planter, de faire des erreurs,

de trébucher à la dernière minute et que le méchant s'enfuie ?

Ne serait-ce pas sympa qu'on puisse presque s'identifier aux méchants

et se dire : 'J'aurais peut-être fait la même chose

à sa place' ?"

Cinq, quatre, trois, deux, un, zéro.

C'est là que ça a vraiment décollé.

J'ai inventé quatre super-héros que j'ai nommés les Quatre Fantastiques.

Ils sont tous montés dans une fusée

et ont été affectés par des rayons cosmiques.

Ces rayons cosmiques leur ont donné des capacités surhumaines.

Mais j'essayais d'être réaliste.

Le héros n'était pas un type parfait,

c'était un type comme moi, qui parlait trop.

Il ennuyait toujours les autres.

Un autre personnage lui disait toujours : "Tu veux bien la fermer ?"

Et plutôt que d'avoir une femme qui ignore qui le héros est vraiment,

elle était sa fiancée

et avait aussi des superpouvoirs aussi bons que les autres.

L'ado du groupe ne voulait pas être un super-héros.

J'aurais été pareil à son âge.

Il voulait sortir avec des filles et conduire sa voiture de sport.

Le quatrième était un monstre. Ce qui lui était arrivé

l'avait rendu très moche et incroyablement fort.

Je l'ai utilisé pour l'empathie et pour l'humour.

Il se bagarrait toujours avec les autres

et s'en prenait à la Torche humaine, un adolescent,

qui s'en prenait à lui aussi. Ça a créé beaucoup de situations comiques.

Au lieu de les faire évoluer dans un endroit fictif

comme Metropolis ou Gotham City,

je les ai situés en plein New York.

Je connaissais la ville, je pouvais y raconter des histoires

et j'ai pensé : "Pourquoi pas un endroit réel ?"

Un jour, je me suis dit

que ce serait amusant de les montrer fauchés.

Je ne pense pas que ce soit déjà arrivé dans un autre comic,

qu'un groupe de super-héros se fasse virer de leur QG,

car ils ne pouvaient pas payer le loyer.

J'ai essayé de rendre cela aussi réaliste que possible,

même si c'était juste un comic de super-héros.

Les Quatre Fantastiques

Au cours des vingt premières années, on ne recevait jamais

de lettres de fans. J'étais persuadé que ces comics étaient publiés

puis détruits quelque part, et c'est tout.

J'exagère.

Une fois par an, on recevait une lettre de quelqu'un qui disait :

"J'ai acheté un de vos comics, il manque une agrafe.

Remboursez-moi."

Mais tout à coup, avec Les Quatre Fantastiques,

on a reçu plein de lettres de lecteurs qui avaient des choses à dire.

Le bien triomphe

Les journaux publiaient des articles sur nous,

les gens sollicitaient des interviews.

J'ai alors compris que l'on avait un tout nouveau public.

À l'époque, l'entreprise s'appelait Atlas.

J'ai dit qu'il fallait un nouveau nom,

car on ne faisait plus les mêmes choses qu'avant.

Martin et moi avons trouvé le nom Marvel.

CHERCHEZ LE PLUS GRAND SYMBOLE DES COMICS

C'était le nom

du tout premier comic qu'il avait fait,

et je trouvais que c'était un mot super.

On peut faire tant de choses avec le mot "Marvel".

J'utilisais plein d'expressions comme : "Soyons émerveillés",

"Bienvenue dans l'âge merveilleux des comics !"

Ou "Marvel va de l'avant."

On peut faire plein de choses avec ce nom.

C'est là que tout a changé pour nous.

J'ai compris que pour la plupart des gens, le plus important

est d'être divertis et de ressentir du plaisir.

Et j'ai compris que ça s'appliquait à moi aussi.

Je me suis dit que ce que je faisais n'était peut-être pas sans importance.

C'était peut-être l'une des choses les plus importantes,

car il y a tant de choses négatives dans le monde,

que si l'on peut divertir quelqu'un l'espace d'un instant, c'est positif.

Au lieu de démissionner comme je comptais le faire,

j'ai décidé que je ferais une différence en créant des comics de super-héros.

Je pensais que je pourrais m'amuser

tout en écrivant sérieusement.

J'ai conservé cette approche de me demander

ce que j'aimerais lire, si c'était moi.

Enfant, je lisais L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde.

Je voulais m'inspirer de ce comic

où cette personne ordinaire se transformait en monstre.

J'ai toujours aimé le film Frankenstein, l'ancien avec Karloff.

Pour moi, le monstre était le gentil de l'histoire.

Il ne voulait blesser personne.

Je pensais que ce serait drôle d'avoir un monstre

qui soit gentil, mais que personne ne le saurait.

Je me souviens d'une conversation avec Jack Kirby.

J'ai dit : "Jack, on va créer un monstre,

mais je veux que tu en dessines un sympathique

pour qu'il ait un air que le lecteur pourra aimer."

Et en le disant, ça m'a semblé stupide, mais Jack a répondu présent.

Hulk est en nous tous.

Les monstres ne se concentrent sur personne en particulier.

C'est pour ça qu'ils suscitent généralement plus de peine que de peur.

Pour moi, les monstres ont des problèmes, en quelque sorte.

Qu'ils aient forme humaine ou non, ils sont inévitablement impliqués

dans des conflits où n'importe qui peut être blessé.

Lorsque l'on lit des nouvelles dramatiques,

on se rend compte que ce qui les rend dramatiques,

c'est que dans l'être humain,

il y a des problèmes que l'on essaie constamment de résoudre.

Une des plus grandes leçons que j'aie apprise de la vie,

c'est de ne pas essayer de plaire à une certaine partie du public,

car on ne les connaît pas vraiment. Nul ne les connaît,

mais vous vous connaissez vous-même.

Essayez de vous satisfaire.

C'est ce qu'on a fait chez Marvel.

On a commencé à écrire des histoires qui nous amusaient.

On a commencé à dire : "Ne serait-ce pas amusant

si on créait un monstre à la peau verte et qu'on l'appelait Hulk ?"

Et on a oublié les lecteurs.

On a oublié le public.

Et tout à coup, on a commencé à s'amuser, les artistes et moi.

Je suis venue à New York en 1963.

Voix de Flo Steinberg

Je passais des entretiens, et l'un d'eux était avec Stan,

car il cherchait une nouvelle secrétaire polyvalente.

On ne pouvait ni taper à la machine ni prendre de notes.

Stan était toujours positif, même quand les ventes allaient mal.

Si quelqu'un avait des ennuis, il l'aidait.

Que ce soit pour les échéances, ou en prêtant de l'argent.

Je ne l'ai jamais vu en colère.

Il n'était pas du genre à se plaindre.

En cas de souci, il disait : "Trouvons une solution."

La Fabuleuse FLO !

Le travail consistait à ouvrir les lettres des fans,

à créer et envoyer de petites cartes aux enfants.

Ensuite,

les super-héros ont pris de l'ampleur, donc il y avait plus de courrier.

Les gens prenaient le temps d'écrire ces lettres.

C'est un mouvement qui s'est développé progressivement.

Les enfants étaient tellement intéressés.

LA TRIBUNE DE STAN

On recevait tellement de lettres.

Stan a dit : "On devrait créer un petit fan-club."

On a créé la Merry Marvel Marching Society.

Vous receviez une petite carte, un petit badge,

des autocollants et un petit disque.

Il y avait le disque de la Merry Marvel Marching Society.

Votre attention, habitants de Marvel-land, ici Stan Lee.

Vous n'avez sans doute jamais entendu un tel disque,

car personne ne serait assez fou pour en faire un

avec un groupe d'artistes décalés,

donc tout est possible.

Qui t'a nommé disc-jockey, Lee ?

Tiens, voici Jack Kirby. Dis quelques mots aux fans, Jackson.

D'accord. Quelques mots.

Écoute, c'est moi qui m'occupe de l'humour, ici.

Toi ? Tu te sers des mêmes gags depuis des années.

Stan ? Tu as quelques minutes ?

Pour notre fabuleuse assistante ? Oui. Dis bonjour aux fans, Flo Steinberg.

Bonjour, les fans. Ravie de vous rencontrer.

C'est quoi, toute cette agitation ?

C'est le timide Steve Ditko.

Il a su que tu enregistrais et il a peur des micros.

Encore par la fenêtre ?

Je commence à me dire que c'est lui, Spider-Man.

Vous faites partie Vous faites partie

CRIEZ AVEC MARVEL

De la Merry Marvel Marching Society

Marchez en rythme Avec la chanson de la Merry...

Puis-je vous parler un peu, un tout petit peu, sinon c'est barbant,

encore plus qu'on a pu vous le dire,

de la façon dont on écrit et dessine les scénarios ?

Au départ, j'écrivais pour toutes les histoires,

et comic après comic, je n'arrivais pas à suivre avec tous les artistes.

Alors mettons que j'écrive un scénario pour Jack Kirby.

Tout à coup, Steve Ditko entre et dit :

"Stan, j'ai fini mon dernier boulot, il m'en faut un autre."

Donc, par pur désespoir, je lui dis :

"Laisse-moi te donner une intrigue, rentre chez toi et dessine-la

comme tu veux. Apporte-moi les dessins

et j'ajouterai les dialogues et les légendes."

Ça a commencé comme une mesure d'urgence,

mais je me suis rendu compte que c'était une super façon de faire.

Très souvent, au bureau, quand je décris une scène,

je fais les cent pas dans la pièce,

et quiconque verrait une réunion

dans nos locaux aurait l'impression de regarder un film muet.

Quand un artiste venait,

et qu'ils collaboraient sur une histoire,

ils jouaient les scènes, Stan sautait sur le bureau

et courait autour en jouant le rôle du super-héros.

Ils échangeaient des idées et faisaient du raffut.

Parfois, si j'étais au téléphone,

je devais leur crier de se calmer.

Jack et moi travaillions si bien ensemble

que nos sessions d'écriture, c'était souvent :

"Dans le prochain Les Quatre Fantastiques, et si c'était Fatalis, le méchant ?"

"D'où vient-il ? Où l'avons-nous laissé ?"

Je répondais : "Oui, il disparaissait dans un autre univers.

Trouvons un moyen de le ramener, Jack,

pour qu'il attaque les Quatre Fantastiques, et ensuite,

à la fin de l'histoire, il pourrait s'enfuir

en emportant Sue Storm, par exemple."

Jack disait "d'accord" et il s'y mettait,

et le temps de rapporter les dessins,

ça pouvait être ce récit

ou alors il avait changé 50 millions de choses.

Il ne sait pas exactement ce que je vais écrire,

quels mots je vais mettre dans leur bouche.

J'ignore ce qu'il va dessiner. Tout ce processus est un quasi-chaos.

Mais quand tout s'assemble, ça fonctionne plutôt bien,

et on aime travailler de cette façon.

Ce n'est pas l'artiste, ce n'est pas l'auteur.

Ce sont les deux.

Ce sont les images et les histoires,

et quand elles s'assemblent parfaitement, on obtient un super comic.

Travailler ainsi en équipe est devenu la méthode Marvel.

Joan et moi avions un petit appartement à New York, sur la 94e.

On y est restés un an ou deux.

Puis Joan est tombée enceinte.

On a décidé de s'installer dans une maison pour le bébé

et on a déménagé à Long Island.

On a acheté une petite maison que l'on pouvait à peine se permettre.

Nouvelle maman et sa fille Joan.

On a eu une fille, Joan C. Lee.

On était si vaniteux qu'on a nommé notre fille Joan,

comme si on avait eu un fils et qu'on l'avait appelé Stan.

On a eu un autre enfant, une fille, qu'on a appelée Jan.

Malheureusement, elle est décédée quelques heures après être née,

et Joan n'a plus pu avoir d'enfants,

donc on a gâté Joan.

C'est un mélange de nous deux.

Elle est très talentueuse.

Voix de Joan Lee

C'est dur d'être la fille de deux parents si forts.

C'est toujours difficile, et c'est notre cas.

On a fini par l'appeler J.C.,

car le nom de notre fille était Joan C. Lee.

Le C, c'est pour Celia, le nom de ma mère.

Et Joanie s'appelait Joan B. Lee.

Ma femme et moi sommes très proches.

C'est la meilleure. C'est une femme incroyable.

Je la trouve incroyablement belle, intelligente, charmante et drôle.

Lorsqu'on dansait, je la laissais mener. Elle était si douée.

J'essayais de suivre.

Et j'essayais de mettre ces qualités dans mes personnages féminins.

Mary Jane, par exemple, était pétillante, effervescente, branchée et cool.

Comme ma femme.

C'est la femme parfaite pour moi,

car je passe tant de temps à écrire quand je suis à la maison,

et Joanie réussit toujours à s'occuper, ce qui est merveilleux.

Je ne me sens pas coupable quand je suis en train d'écrire.

C'est une espèce devenue rare. Il n'y en a plus des comme lui.

C'est une espèce en voie de disparition à protéger.

Il a une énorme énergie.

C'est quelqu'un de droit.

Il ne boit pas. Il ne fume pas.

Chaque jour, il se lève et dit :

"Dieu merci, mes bras et mes jambes fonctionnent,

la vie est belle."

Il a été un très bon mari.

Quel est votre secret pour un mariage réussi ?

Il est mon meilleur ami, je suis sa meilleure amie,

- on s'aime. - D'accord.

Ce n'est pas un beau-parleur.

Les enfants tombent amoureux et s'imaginent rester au lit.

Ce n'est pas ça, le mariage. C'est comme une ferme.

Il faut se lever et travailler tous les jours.

C'est la personne la plus incroyable que j'aie rencontrée.

Les premières années de l'adolescence sont un bouleversement.

Pensez-vous que les ados

sont différents par rapport à avant ?

Oui.

GAGNEZ UNE RDV AVEC FABIAN !

Sont-ils mieux ou pire qu'avant ?

Pire, je pense.

À ce stade de l'histoire, il y a un véritable fossé générationnel.

Il y a un monde pour les ados. Si ça ne plaît pas aux adultes,

c'est parce qu'ils ne veulent pas en faire partie.

Tout ce qui peut être fait

pour aider à présenter le point de vue de ces jeunes gens

sans hostilité, avec respect,

serait très bénéfique.

À 17 ans,

j'étais rédacteur, directeur artistique et scénariste en chef,

mais à l'époque, l'adolescent n'était pas respecté.

Je me suis dit que je changerais les choses.

Pourquoi ne pas créer un héros adolescent ?

Pourquoi ne pourrait-il pas avoir de super-pouvoirs ?

J'ai adoré l'idée.

Pour une fois, j'avais envie

d'écrire l'histoire d'un ado qui serait le héros, et pas juste un acolyte.

Je voulais qu'il soit un vrai ado.

Pas un jeune qui peut faire n'importe quoi sans être inquiété.

Mais je devais trouver un nom.

Enfant, je lisais un magazine intitulé The Spider.

Et je me souviens que sur la couverture, il était écrit :

"L'Araignée, maître des hommes."

Et à l'âge de neuf ans, je me disais :

"J'adorerais être un maître des hommes."

Qui n'en rêverait pas ?

Il avait une bague

avec une petite araignée dessus, et quand il frappait un méchant,

ça laissait une petite marque en forme d'araignée.

Ce nom m'est resté.

J'ai pensé : "Pourquoi pas Spider-Man ?"

Je suis allé voir l'éditeur Martin Goodman

et j'ai dit : "J'ai une idée, Spider-Man,

l'histoire d'un adolescent qui a plein de problèmes."

Cette fois, Martin n'était pas partant. Il m'a dit : "Stan,

je suis surpris.

Un héros ne peut pas être un ado. Un ado ne peut être qu'un acolyte.

Et en plus, tu veux qu'il ait des problèmes ?

Tu ne sais pas ce qu'est un super-héros ?"

Il était le patron, et je n'ai pas pu sortir Spider-Man.

Mais je devais le sortir de ma tête.

Des mois plus tard, on allait terminer une série

intitulée Amazing Fantasy.

Quand on abandonne une série,

tout le monde se fiche de ce qu'il y a dans le dernier numéro.

Alors, pour me l'ôter de la tête,

j'ai mis Spider-Man en couverture.

J'ai eu de la chance que Martin ne me vire pas.

Mais dans cette histoire,

j'ai affublé Peter Parker d'autant de problèmes que possible.

Je pense que la plupart des gens, même heureux, ont des problèmes.

Spider-Man a la force de 25 hommes,

il peut marcher sur les murs et se balancer d'immeuble en immeuble,

mais il ne peut sortir affronter les méchants,

car sa tante May lui dit : "Il pleut dehors,

tu pourrais prendre froid. Reste à la maison, ce soir."

Je n'avais jamais lu d'autre histoire de super-héros

qui espérait pouvoir arrêter d'être un super-héros.

J'en ai fait un ado très introspectif.

Il se demande pourquoi il fait ça.

D'UN GRAND POUVOIR DÉCOULE DE GRANDES RESPONSABILITÉS !

Le comic a été mis en vente.

Quand les chiffres des ventes sont tombés,

Martin a accouru dans mon bureau. Il a dit : "Stan !

Tu te souviens de ton personnage, Spider-Man, qu'on aimait tant ?

Si tu en faisais une série ?"

Après ça, j'avais le sentiment de pouvoir tout faire.

Il y avait toujours de bons artistes.

Jack et Steve étaient vraiment uniques.

Visuellement, le style de Jack évoque un film captivant.

Il arrive à marquer le point culminant dans chaque situation qu'il dessine.

Il dessine l'extrême de la situation.

Quel que soit l'élément le plus palpitant, il le dessine.

De ce fait, son travail est toujours fascinant à regarder.

Steve Ditko dessinait ses personnages très différemment de Jack.

Pour moi, le travail de Steve était toujours discret

et il racontait les histoires de façon réaliste.

On finissait par oublier qu'on lisait un comic

et on avait l'impression que c'était réel.

Jack Kirby était probablement le meilleur artiste,

et je voulais que ce soit Jack qui dessine Spider-Man,

mais sans qu'il ait l'air héroïque.

Je voulais qu'il soit du genre introverti,

ce que j'ai dit à Jack,

mais Jack avait l'habitude de dessiner Captain America et ce type de personnages.

Quand il m'a remis les premières pages, j'ai dit : "Non, c'est...

Il a l'air bien trop héroïque."

J'ai confié la tâche à Steve. Jack s'en moquait.

On ignorait l'ampleur que ça prendrait,

et Jack travaillait sur d'autres séries.

Steve était parfait pour ça.

Il cerne bien l'idée d'un personnage ordinaire

qui devient un héros mais qui a encore des ennuis.

Et ainsi, une légende est née.

Voici notre invité spécial, Stan Lee.

Et Spider-Man, vous le connaissez ?

Oui.

- Et Hulk ? Vous le connaissez ? - Oui.

Lequel vous préférez ?

C'est comme demander à un parent lequel de ses enfants il préfère.

Je les aime tous.

Mais je crois que je préfère un peu Spider-Man,

peut-être parce qu'il est si populaire.

Dans les comics,

ce sont les grands, forts et moches qui ont le plus de succès ?

Non. Ce sont ceux qui sont les plus intéressants

et ceux auxquels les lecteurs s'identifient le plus.

Peu importe s'ils sont moches ou beaux,

faibles ou forts.

Si vous aimez un personnage pour une certaine raison

et que vous tenez à lui,

le mot, c'est que vous avez de "l'empathie".

Pourquoi faut-il des super-héros, et qu'est-ce qui les rend bons ?

Quel ingrédient faut-il pour créer un Spider-Man ou un Superman ?

Avant tout, de l'empathie.

Il faut que le lecteur s'intéresse au super-héros.

Ce qu'on a essayé de faire, chez Marvel,

c'est de créer des super-héros plus réalistes,

de chair et de sang,

et ça prépare le jeune lecteur,

- face au monde... - À grimper aux murs.

...à ne pas s'attendre à ce que ses héros soient parfaits.

Une fois, Spider-Man a reçu un chèque

en récompense pour ce qu'il avait fait, à l'ordre de Spider-Man,

et il est allé l'encaisser à la banque en costume...

J'AIMERAIS ENCAISSER CE CHÈQUE !

...et le banquier lui a répondu : "Je ne peux pas,

il me faut une pièce d'identité."

Et il dit : "Je porte un costume de Spider-Man."

Il répond : "N'importe qui pourrait en porter un."

Il n'est jamais parvenu à encaisser son chèque.

Je tenais avant tout à ce que ces comics soient divertissants.

Je voulais que tout attire l'attention des lecteurs

et que les lecteurs en discutent.

Je voulais tout faire

pour que nos comics se démarquent du reste.

Je m'éclatais.

Dès que j'avais une idée, je me disais : "Super.

Je vais écrire 'Le meilleur comic du monde'. Pourquoi pas ?"

Vous décrivez ce que vous appelez le monde merveilleux de Marvel Comics.

De quel type de monde s'agit-il ?

On voit Marvel Comics comme des contes de fées pour adultes.

Je pense surtout qu'on améliore les vieilles légendes.

On prend le meilleur et on ajoute une petite touche Marvel

pour en faire quelque chose d'indescriptible.

Jack et moi avions déjà créé Hulk et Les Quatre Fantastiques.

Je me demandais ce qu'on pourrait faire pour surpasser ces personnages.

Et j'ai pensé qu'on n'avait pas représenté un dieu.

La plupart des gens connaissaient les dieux grecs et romains,

mais les dieux nordiques étaient méconnus. Alors, je me suis dit :

"Pourquoi pas un dieu nordique ?"

Pour moi, Thor était le plus théâtral de tous,

avec son marteau magique, et c'était le plus puissant.

C'était le dieu du tonnerre.

LE PUISSANT THOR !

Ça devait être un comic parmi d'autres,

mais je crois que Jack en a fait l'un des plus grands

personnages de fiction qui soient.

Voix de Jack Kirby

Toutes ces années, j'affectionnais clairement

les personnages de type mythologique.

Stan m'a donné l'opportunité d'en dessiner un,

et je n'allais pas me retenir, j'allais donner le meilleur de moi.

C'est ce que j'ai fait. Le monde est devenu une scène pour moi.

J'ai ajouté le côté personnage nordique

avec lequel les gens n'étaient pas familiers,

et ça s'est avéré très amusant,

j'ai vraiment aimé le faire.

JE DOIS RETOURNER FAIRE FACE À MON PÈRE !

QUOI QU'IL EN COÛTE, JE DOIS M'ACQUITTER AVEC HONNEUR !

On s'est rendu compte que l'on créait notre propre mythologie

et nos propres univers.

Une de nos innovations qui a eu du succès

a été le fait de mélanger les personnages et les comics.

C'est comme un répertoire de théâtre où vous avez vos comédiens,

vous savez ce qu'ils peuvent faire et pouvez vous en servir à votre guise.

Une fois que l'on a eu notre ensemble de personnages, héros comme antagonistes,

cette base a facilité la création d'histoires,

mais on le faisait aussi, car il me semble

que l'on préfère les choses que l'on connaît,

et les lecteurs finissent par connaître ces personnages,

ils s'intéressent à eux, alors pourquoi s'en débarrasser ?

Si un antagoniste affrontait les Quatre Fantastiques,

pourquoi ne pouvait-il pas rencontrer un autre de nos héros ?

Ou pourquoi nos héros ne se croiseraient-ils pas, comme souvent,

pour apparaître dans d'autres comics ?

Parce que d'après ce que prêche Marvel,

ils vivent tous dans le même monde.

Les États-Unis ont ajouté trois milliards et 14 000 hommes...

L'implication des États-Unis grandit, comme le danger.

On était très affectés, chez Marvel,

par ce qui se passait dans le monde autour de nous

et au Vietnam à l'époque.

C'est pas juste une guerre indéfendable, c'est une guerre absurde.

Je suis d'accord, pour moi, c'est une guerre obscène.

RAPATRIER LES SOLDATS - LA JEUNESSE CONTRE LA GUERRE ET LE FASCISME

Tout le monde était contre cette guerre. Les gamins la détestaient.

AINSI, LE NOUVEL IRON MAN, CHAMPION DES CHAMPIONS, EST NÉ !

On a un personnage nommé Iron Man.

C'est un type dans une armure en acier, il est très puissant

et il a de petits propulseurs sous ses bottes

qui lui permettent de voler.

Il fournissait des armes à l'armée américaine

pour la guerre au Vietnam, etc.

Alors, comment faire en sorte que les gens tiennent à lui ?

On l'a rendu aimable.

Son cœur est faible, et il a été blessé au combat.

C'est vraiment quelqu'un de bien.

Nos héros connaissent toutes sortes d'échecs et d'erreurs.

Ils perdent aussi souvent qu'ils gagnent, s'ils affrontent un ennemi.

Et nos antagonistes sont adorables. Ils touchent directement notre cœur.

Les antagonistes sont généralement au moins aussi populaires que les héros.

Ils parlent aux lecteurs.

On essaie de leur donner des qualités compréhensibles

et des raisons d'être comme ils sont.

Certains antagonistes ont même fini par devenir des héros.

On finit par ne plus savoir qui sont les héros et les ennemis.

La frontière est mince.

Et c'est le monde réel.

Ce n'est pas tout blanc ou tout noir.

SPIDER-MAN... UNE FORCE DU BIEN OU DU MAL ?

Aujourd'hui, les comics ont trouvé un lectorat plus âgé.

- Oui ! - Chez Marvel, autant d'étudiants

lisent nos comics que d'enfants de sept ans.

Je montre rarement des comics, mais celui-ci est intéressant.

- Oui. - Laissons-le en parler.

C'est un collectionneur impartial.

Je pense que n'importe qui

peut lire ce comic et en tirer quelque chose,

apprendre quelque chose. C'est un roman,

un film de Cecil B. DeMille ou autre,

mais avec des images figées.

Pourquoi doit-on apprendre ? Ne peut-on pas juste être divertis ?

Faut-il le lire comme un manuel scolaire ?

Ne peut-on pas s'instruire et être diverti en même temps ?

La plupart des lecteurs veulent être divertis.

Ils veulent se changer les idées et non pas être éduqués.

Ils ne veulent rien de sérieux.

Je ne conseillerais pas Superman ou Batman à quelqu'un de plus de 12 ans.

C'est bien pour les enfants.

Les adultes pensent qu'il n'y a rien pour eux dans les comics,

et pourtant c'est le cas.

On ne peut pas les condamner à cause de leur format.

Plus j'ai compris que ces comics avaient de l'influence,

plus j'ai essayé d'incorporer des leçons de morale aux histoires.

Je ne prétends pas être l'homme le plus droit au monde,

mais j'ai toujours considéré que certains problèmes devaient être abordés.

Ce qui est terrible, c'est le fait

que tant de gens n'aiment pas

et détestent les autres

parce qu'ils sont différents.

J'ai écrit une histoire, The Hate Monger, le marchand de haine,

pour évoquer le Ku Klux Klan.

Ça parlait d'un antagoniste qui répandait la haine

d'un groupe de personnes envers un autre.

J'espérais donner aux lecteurs

l'idée que tout le monde devrait être traité de façon égale.

On a essayé de l'évoquer dans tous les comics Marvel.

JUSQU'À CE QUE LES HOMMES S'AIMENT QUELLE QUE SOIT LEUR RACE OU COULEUR,

LE MARCHAND DE HAINE SERA INVAINCU ! NE L'OUBLIONS JAMAIS !

Je voulais créer un autre groupe de super-héros

et j'ai abordé le thème de l'anti-bigoterie.

Je me demandais comment leur donner des pouvoirs de façon différente.

Puis j'ai trouvé. On sait que les mutations existent.

Il y a des grenouilles à cinq pattes et des choses comme ça.

Alors, je leur donnerais des pouvoirs en les justifiant par la mutation.

Je les ai appelés les X-Men.

Nos héros des X-Men sont tous différents des humains ordinaires,

et à cause de leurs différences, le grand public les déteste,

les chasse, les harcèle, les craint.

Dans tous nos comics, on essaie de trouver une morale,

en plus de l'action et des combats.

On a un personnage appelé le Surfer d'argent.

Originaire d'une autre planète, il vient sur Terre.

C'est Jack qui l'a dessiné le premier.

Le Surfeur d'argent était très philosophe

et évoquait les humains en disant, par exemple :

"Ne se rendent-ils pas compte que leur planète est un Jardin d'Éden ?

Pourquoi se battent-ils ? Pourquoi sont-ils si cupides ?

Pourquoi cette bigoterie ?

Pourquoi ne peuvent-ils pas s'aimer

et profiter du paradis dont ils ont hérité ?"

Le monde pourrait être un bien meilleur endroit

si on se traitait les uns les autres

avec plus de considération et de respect.

Si vous voulez changer les choses et les améliorer,

il faut vous lancer. Il faut faire partie du changement.

"De grands pouvoirs découle une grande responsabilité."

J'ai créé Black Panther avec Jack Kirby.

DÉCOUVREZ LA SENSATIONNELLE PANTHÈRE NOIRE !

On s'est dit qu'il était temps d'intégrer un super-héros noir.

Après tout, il y a beaucoup de citoyens américains noirs.

J'adorais l'idée d'un super-héros vivant en Afrique

et étant l'égal intellectuel de Reed Richards.

J'ai appelé pour féliciter Marvel Comics,

car ils sont les seuls comics à faire preuve d'intégration.

Ils reconnaissent le fait qu'il y ait plus d'une race.

Comment raconter des histoires censées se dérouler dans le monde actuel

sans inclure tous les types de personnes

- et de situations ? - Oui, tout à fait.

Il y a une mixité raciale.

C'est inhabituel pour des comics, et on ne voit ça

que chez Marvel Comics.

On a voulu fournir des histoires aux lecteurs plus âgés

mais qui puissent aussi être lues par les plus jeunes.

Quand on y pense objectivement, c'est une tâche impossible,

et j'ignore comment on a réussi.

Le Bureau de la santé, de l'éducation et du bien-être de Washington m'a écrit :

"M. Lee, reconnaissant l'influence de vos comics, la drogue

est un gros problème. Pourriez-vous créer une histoire anti-drogue ?"

J'ai fait trois numéros.

J'ai montré un ami de Spider-Man prenant trop de substances,

et Spider-Man le sauve et dit : "Tu es nul de faire ça."

C'était dans le cadre d'une intrigue plus large.

Donc on n'aurait pas dit qu'on faisait la morale. C'était juste un incident.

La Comic Code Administration a renvoyé le comic et a dit :

"Vous ne pouvez pas publier ça. Nous ne l'approuvons pas."

Moi : "Pourquoi ?"

Ils ont dit : "Selon les règles de la Code Authority,

on ne peut pas parler de drogues."

J'ai dit : "Nous n'incitons pas les jeunes à en prendre.

C'est tout le contraire."

"Non, peu importe. Vous évoquez la drogue."

J'ai dit : "Le Bureau de la santé, de l'éducation et du bien-être,

une agence gouvernementale, nous l'a demandé."

"Peu importe. Vous ne pouvez pas parler de drogue."

Comme on essayait de montrer les choses telles qu'elles étaient,

je me disputais souvent avec le Comics Code.

Je pense que ce que les gens lisent doit les préparer

et les initier au monde réel.

Moralement, on rend service aux lecteurs les plus jeunes

en leur montrant qu'il vaut mieux faire de son mieux et être bon.

Je suis allé trouver mon éditeur, Martin Goodman, et j'ai dit :

"Martin, voici l'histoire. Voici pourquoi on l'a écrite.

J'aimerais la publier sans l'approbation du Code."

J'étais très fier de notre éditeur, car il a répondu :

"Tout à fait, Stan. Vas-y, fais-le."

Ces trois numéros sont donc parus sans approbation.

Ça n'a pas été la fin du monde.

Stan, Je suis fier de vous.

On a reçu des lettres de groupes paroissiaux...

VOUS AVEZ TENU BON

...de parents-enseignants ayant adoré.

L'esprit d'un jeune est comme une éponge.

Je pense qu'il n'y a rien

de trop dur

ou de trop mature qu'un jeune ne puisse comprendre.

Je pense qu'ils comprennent bien plus de choses que l'on ne croit,

et ils sont capables d'apprendre rapidement.

La plupart d'entre eux n'en a pas l'opportunité. On ne la leur donne pas.

Quand on a fondé Marvel Comics,

j'ai dit : "Utilisons un vocabulaire de niveau universitaire",

et tout le monde m'a traité de fou.

"Vraiment "? Je pensais que les enfants comprendraient

les mots employés grâce à leur contexte

ou qu'ils utiliseraient un dictionnaire,

et que ce n'était pas le pire qui puisse arriver.

Peut-être que les autres lecteurs apprécieraient.

Donc, étrangement, chez Marvel Comics,

les enfants ont plus de choses à apprendre que n'importe où ailleurs.

J'ai déjà fait des détours de plusieurs kilomètres pour acheter

un comic un jour plus tôt, ce qui peut paraître bête,

mais nous, les fans, sommes parfois bizarres.

On y est. La deuxième convention annuelle Mighty Marvel.

Ici Stan Lee qui vous parle, et vous y êtes.

Je vais me taire et vous laisser découvrir ce qui se passe.

Je commence par signer des autographes après mon discours. C'est parti.

Partout, les gens avaient l'impression de me connaître,

car ils lisaient les comics.

Tout le monde disait : "Salut, Stan." C'était chaleureux et amical.

J'ai eu quelques votes aux présidentielles dans certaines facultés.

C'était drôle. Des gamins votaient pour moi.

Je crois que j'ai eu 32 voix.

Ce n'était pas assez pour porter une nation.

Quel est ton personnage préféré ?

Ben Grimm. La Chose.

- Oui ! - Et pourquoi ?

Je ne sais pas. À cause de sa personnalité et de ce qui lui est arrivé.

Il est devenu un monstre sans le vouloir.

Le Faucon, les Avengers.

- Le Faucon ? - Oui.

- Iron Man. - Pourquoi ?

Parce que j'aime bien ce qu'il fait. C'est un super personnage.

J'aime les histoires qu'ils écrivent sur lui et toutes ses inventions.

Qui est ton auteur préféré ?

Stan Lee.

Bienvenue sur K100, je suis avec une personne déjantée

du nom de Stan Lee.

Tout lecteur de comics connaît ce nom,

car vous êtes le créateur de Marvel Comics, n'est-ce pas ?

Eh bien, au bout d'un moment quand on devient une légende,

on connaît votre nom. J'ai créé Marvel Comics avec l'aide

de plusieurs autres artistes, bien sûr.

C'est drôle que chaque artiste ait une sorte de petit blocage

qu'il a du mal à régler.

Jack a tendance à dessiner des chevilles particulièrement fines

pour les hommes et les femmes.

Je fais attention à ce que je dis,

car nos artistes sont les plus talentueux,

mais aussi les plus caractériels au monde,

et on serait perdus sans eux.

Mais je suis sûr que je déclencherais leur colère si je les vexais.

Parlez-nous un peu plus de Steve, car j'ai remarqué

que c'est une des rares personnes dont vous n'avez pas inclus la photo

dans votre premier Annuaire Marvel,

et il n'est pas sur le disque que vous avez envoyé.

- Vous voulez savoir pourquoi ? - Oui.

C'est personnel. Steve ne veut pas de publicité.

Je ne sais pas pourquoi.

Il dit : "Je veux que mon travail parle pour moi."

Je ne le cite pas exactement,

mais je pense qu'il ne considère pas

qu'il devrait recevoir trop d'attention. Il veut juste que son travail

soit reconnu, et on respecte son point de vue.

Steve s'était plaint plusieurs fois

d'articles écrits au sujet de Spider-Man

où j'étais cité comme étant son créateur,

et j'ai toujours cru que c'était le cas, car c'est moi qui ai dit :

"J'ai une idée de comic intitulé Spider-Man", et ainsi de suite.

COMMENT STAN LEE ET STEVE DITKO ONT CRÉÉ SPIDER-MAN !

Steve disait qu'avoir une idée, ce n'est rien,

car tant qu'elle n'est pas concrétisée, ça reste une idée,

et il disait qu'il fallait qu'il dessine pour lui donner vie, pour ainsi dire,

ou pour la rendre tangible.

Sinon, tout cela ne restait qu'une idée.

Alors, je lui ai dit :

"Je pense que celui qui a l'idée est celui qui la crée."

Et il a répondu : "Non, car je l'ai dessiné."

QUE DIS-TU DE ÇA, MON PETIT STEVE ? ON FERA DOUZE CASES PAR PAGE !

JE DESSINE PENDANT QUE TU T'ENTRAÎNES À SIGNER TON NOM.

Au tout début, j'inventais des histoires détaillées.

J'en parlais à Steve.

Il dessinait comme il voulait. Je ne lui donnais pas le scénario complet.

Il ajoutait plein de choses auxquelles je n'avais même pas pensé.

Puis je recevais les pages de dessins

et j'ajoutais les dialogues pour donner à chaque chose

et à chacun la personnalité que je voulais.

Steve est quelqu'un de très créatif. Tous les deux,

quand on discute d'une histoire, on se dispute toujours,

car je veux procéder d'une façon, et lui, d'une autre.

Même si je ne suis pas d'accord,

je pense que le fait qu'il l'ait faite différemment la rendra bonne,

car ce ne sera pas le genre d'histoire que l'on propose habituellement.

Il la raconte à sa façon, ce qui me complique la tâche.

Mais j'aime ça. Il me rapporte un histoire,

et je n'ai aucune idée de ce dont il s'agit,

car je ne lui ai même pas donné le germe d'une idée.

Il est rentré chez lui et a fait ce qu'il voulait.

J'ai dit : "D'accord, je dirai que tu es le cocréateur."

Stan Lee et Steve Ditko

Ça ne lui a pas suffi.

LABORIEUSEMENT IMAGINÉ ET DESSINÉ PAR... STEVE DITKO

Je considère que celui qui rêve d'une chose est celui qui l'a créée.

On en rêve, puis on la donne à quelqu'un pour qu'il la dessine.

On a perdu l'artiste Steve Ditko.

C'est horrible.

Un jour, il a appelé et a dit : "Je pars."

C'était fini.

C'était un artiste si populaire.

On a réussi à trouver des gens pour le remplacer,

et ces hués devraient se transformer en acclamations.

Avec Steve, notre collaboration a été merveilleuse.

En ce qui me concerne, c'était le collaborateur parfait.

Ses dessins étaient superbes.

Son sens du récit était remarquable.

Ça m'a brisé le cœur que Steve arrête de travailler avec nous.

Vous avez sortis plus de comics que quiconque.

Oui, on en a le plus.

N'y a-t-il pas un problème de contrôle ?

C'est un des plus gros problèmes, en effet.

J'adorerais ne faire qu'un seul comic,

que je pourrais écrire et publier,

mais malheureusement, on est plutôt dans la production de masse.

Je pense qu'on est tous frustrés.

On aimerait pouvoir passer une semaine sur une histoire.

Malheureusement, à cause de l'économie de cette industrie, c'est impossible.

On produit deux comics complets par jour. C'est comme une chaîne de production.

Si vous avez vu Les Temps modernes, de Charlie Chaplin,

il y a une scène où Charlie Chaplin travaille à la chaîne,

et son rôle est de resserrer les boulons

avec deux clés tandis que les éléments arrivent,

et quand il rentre le soir, il fait encore le geste.

C'est ce qu'on ressent parfois. On ne sait même pas sur quoi on travaille.

Les pages arrivent et...

"Relis ça. Change le titre,

termine le lettrage et boucle."

Et voilà. Deux comics par jour.

À l'époque, tout le monde était occupé à faire son travail.

Il y avait beaucoup de pression pour livrer à temps.

Comme on ne gagnait pas grand-chose par page

et qu'il fallait en faire plein pour en tirer de quoi en vivre,

les artistes disaient qu'ils n'avaient pas l'occasion

de montrer l'étendue de leur talent.

C'est à cette époque que Kirby est parti.

C'est de façon inattendue que Jack Kirby a annoncé sa démission

de notre petite équipe surprise mais vigoureuse.

En 1970, Jack Kirby quitta Marvel Comics.

Nous sommes en direct avec Jack Kirby.

Nous pouvons désormais annoncer notre invité surprise très spécial,

votre collègue, Stan Lee.

Je souhaite un joyeux anniversaire à Jack.

Stanley, merci d'avoir appelé, et j'espère

que tu es en bonne santé et que tu le resteras.

Je fais de mon mieux, et de même pour toi. Quoi qu'on ait accompli ensemble,

et peu importe qui a fait quoi,

ça, on en débattra toujours,

mais ce qu'on a créé ensemble

était vraiment plus que la somme de toutes ses parties.

Je pense qu'il y a eu de la magie,

quand on travaillait ensemble.

Je n'ai aucun regret, Stanley. Ça a été une expérience formidable.

Si le produit était bon, j'étais satisfait.

Au bout du compte, peu importe qui a fait quoi.

Je dirais ceci. Chaque mot des dialogues de ces histoires était de moi.

- Je ne veux pas... - Chaque histoire.

Je ne veux pas créer de controverse à ce sujet. Ce que je veux...

Je peux dire que j'ai écrit quelques lignes

- au-dessus de chaque case que j'ai... - Oui, j'ai vu.

- Elles n'ont pas été publiées. - Écoute.

- Jack, réponds sincèrement. - Je n'étais pas...

As-tu jamais lu une des histoires après sa parution ?

Moi, je ne pense pas.

Je pense que tu n'as jamais lu une de mes histoires.

Tu étais toujours occupé à dessiner la suivante.

Tu ne lisais jamais quand c'était fini.

Quoi qui ait été écrit n'était pas...

C'est l'action qui m'intéressait.

Je sais, et je pense que tu te disais : "Peu importe.

N'importe qui peut écrire les dialogues. Seuls mes dessins comptent."

Tu as peut-être raison, mais je ne suis pas d'accord.

Non. J'essaie simplement de dire que les textes, les dessins

et la création d'un comic devraient venir d'un seul individu.

Je pense qu'on devrait avoir l'opportunité

de tout faire soi-même.

Le succès de Marvel est dû au fait

de privilégier l'attention aux personnages

plutôt que les ego de ceux qui les créent.

C'est drôle que vous parliez de problèmes d'ego,

car on dirait qu'ils ne font surface que maintenant.

Quand Jack et moi faisions les comics, il n'y avait pas de problèmes d'ego.

On faisait juste de notre mieux.

Écoute, désormais tu peux comprendre

comment les choses étaient vraiment.

En 1972, Stan fut nommé éditeur,

quittant des fonctions quotidiennes

et l'obligeant à nommer un successeur en tant que rédacteur en chef.

Mon invité est quelqu'un qui est non seulement un vieil ami et associé,

mais aussi un des talents les plus purs de l'industrie.

Roy Thomas, rédacteur émérite de Marvel Comics,

et le meilleur auteur que l'on puisse trouver

dans l'industrie des comics et peut-être en général.

Tu étais comme la réponse à une prière.

Tu as supervisé Les Quatre Fantastiques, Les Avengers, Les X-Men...

- Tu as bossé sur presque tout. - Sur la plupart.

Et de fort belle manière. Tu t'es créé tes propres fans.

J'ai commencé à te détester plus les fans t'aimaient.

Quand je suis devenu éditeur, j'ai arrêté d'écrire.

Quand j'écrivais, j'avais un contrôle total.

Les histoires murissaient, pour ainsi dire,

comme je l'entendais.

Mais dès que j'ai arrêté d'écrire, je me suis rendu compte

que les autres auteurs pouvaient travailler à leur façon.

Les comics ont commencé à se focaliser sur des héros masculins,

car à l'époque, il y a des années,

personne ne pensait à avoir trop d'héroïnes féminines.

Mais maintenant, en tant qu'éditeur,

j'ai appris que 10 % de nos lecteurs sont des lectrices.

Donc nous essayons d'augmenter cette part du lectorat.

Ces derniers mois et ces dernières années,

on a ajouté de plus en plus de personnages féminins.

L'un de nos personnages est une barbare du nom de Red Sonja,

au temps de la préhistoire.

Elle manie l'épée et elle est géniale.

On a la Méduse, on a la Veuve noire.

On en a une nouvelle, Miss Marvel. Elle va cartonner.

C'était la première fois depuis toutes ces années à y travailler

que j'avais donné la liberté aux artistes de faire les comics

comme ils l'entendaient.

PIÈGE À TERRORISTE !

Maintenant, c'est plus difficile. Ce que je regrette,

bien sûr, c'est qu'on ne soit pas ensemble 24 heures sur 24.

Roy écrit de chez lui,

et on a perdu un peu de ce contrôle parfait que l'on avait

sur tous les personnages.

Je voulais parfois utiliser tel antagoniste, je disais à Roy :

"Je vais faire revenir le Dr Octopus", et il répondait :

"Tu ne peux pas. Je viens de le faire avec les Avengers."

Ça complique un peu les choses.

Parfois les choses ne fonctionnent plus

de manière aussi parfaite.

Mais c'est un des aspects que l'on doit accepter,

vu l'ampleur que l'on a pris.

L'ARBRE OÙ SPIDER-MAN EST NÉ

J'ai atteint le paroxysme de l'oisiveté, je suis l'éditeur.

Ils m'ont fait monter.

Je dois m'assurer que les autres écrivent,

mais ça me manque d'écrire.

Merci de l'arroser en mon absence - Stan

Quand ils m'ont nommé éditeur, je suis devenu un grand homme d'affaires.

J'ai toujours voulu devenir quelqu'un d'important,

mais pas un homme d'affaires.

Je n'avais aucune envie de travailler dans les chiffres.

Le conseil d'administration voulait que j'établisse un plan sur cinq ans.

Où serons-nous dans cinq ans ? Quel budget nous faut-il ?

Pour moi, tout ce qui touche aux affaires est ennuyeux.

Alors, j'ai gardé le titre d'éditeur,

mais au lieu d'être un homme d'affaires,

j'ai parcouru le pays pour parler de Marvel Comics.

Merci, amateurs de la culture.

Comics Les merveilleux discours de Lee

J'allais dans les universités, les émissions de télévision

et de radio pour présenter Marvel.

Le super-héros de l'industrie du comics, Stan Lee.

J'ai toujours considéré que les comics étaient un outil culturel plus puissant

qu'on n'avait pu le prouver.

J'espère leur donner cette chance maintenant.

Je veux rendre les comics plus importants qu'ils ne l'ont jamais été.

J'aime à penser que c'est vraiment une croisade religieuse.

En effet.

À l'époque, j'étais chez Marvel depuis de nombreuses années.

J'avais travaillé toute ma vie et je m'étais montré à la hauteur.

Voilà ce qu'on devrait faire.

J'ai tout noté.

Mais l'entreprise a été vendue.

Un des nouveaux propriétaires a dit :

"Ne t'en fais pas, Stan. Tu seras mieux loti que jamais."

Il allait établir de nouveaux contrats pour tous.

Mon nouveau contrat

était de deux ans, au lieu d'être à vie,

ce qui m'a fortement contrarié.

J'ai toujours détesté le fait d'écrire ces histoires

sans me dire : "Je devrais créer quelque chose pour les droits d'auteur."

Tout appartenait à l'entreprise.

Du point de vue des affaires, ce fut une erreur.

J'avais le cœur brisé. Je ne pouvais pas faire grand-chose.

Au cours d'une série d'actes terroristes délibérés et meurtriers...

Il est temps de changer.

Bien, allumons la caméra. Ne faisons pas attendre ce jeune homme.

Marvel a fini par régler les choses.

Tout le monde s'écarte, s'il vous plaît.

On m'a donné le titre honorifique de directeur émérite.

J'étais ravi.

Et action ! Caméra ! Voiture !

Stan !

Ça a marché ?

Stan, merci beaucoup d'être là. C'est un plaisir immense.

Désolé pour les demandes d'autographes et de poignées de main

avant de partir,

mais merci beaucoup. On est honorés.

- Merci beaucoup ! - Merci.

Tant de gens disent :

"Merci pour tout le divertissement que vous avez apporté."

Et je fais ça depuis les années 40.

Les gens qui lisaient ces comics à l'époque

s'en souviennent encore.

Maintenant, ils ont des enfants. Parfois des petits-enfants.

Je repense aux années 60, aux locaux de Marvel,

aux personnages sortis de l'imagination de Stan Lee,

Jack Kirby, Steve Ditko et tous les cocréateurs. C'est incroyable.

Quand on est assis à nos tables de conférence

lors des sessions pour développer ces films, je me dis :

"Si seulement on pouvait avoir accès à 5 % de ce creuset d'imagination."

On essaie de reproduire ce que les comics font si bien

depuis tant de décennies.

À l'époque où j'écrivais ces comics,

j'espérais qu'ils se vendraient

pour ne pas perdre mon travail et pouvoir payer le loyer.

Tout à coup, ces personnages sont devenus mondialement connus.

Ils sont au centre de films à gros budget,

et j'ai la chance de pouvoir y faire des apparitions.

Coupez. Mesdames et messieurs, c'est dans la boîte

pour le créateur d'Iron Man, M. Stan Lee.

Le fait de travailler avec les personnages que j'ai créés...

Action.

Des super héros à New York ? Je vous en prie...

Et le fait qu'ils soient si brillamment mis en scène...

Ça a marché ?

C'est Captain America ? Je le voyais plus grand.

De travailler avec de tels professionnels...

C'est mort, je suis viré...

...qui ont tous de l'amour pour leur personnage.

Vous êtes Tony... Trash ?

Je n'aurais jamais pensé que ça en arriverait là.

Donc, comme je le disais avant d'être interrompu...

Travailler avec des gens créatifs,

surtout dans l'industrie du film,

c'est palpitant.

C'est bouleversant, quand on y pense.

Les années 60, c'était bath, mais ça m'a laissé des séquelles.

Et coupez !

Je vais prendre ces jetons

et les mettre par là, en lieu sûr.

Vous n'avez jamais vu de vaisseau spatial ?

Action.

"Faites-moi confiance".

Je serais fou de ne pas me sentir comblé.

C'est bon de voir le monde découvrir tout ce que Stan a fait.

Voix de Roy Thomas

Même s'il a fallu des films et des séries.

Le monde est forcé d'admettre

qu'il y a quelque chose, dans ce qu'il a créé.

Ça alors, comment ça va ?

Toutes ces graines viennent de ce que Stan a fait

avec Jack et Steve.

On peut remonter aux origines de tout ce qui se fait maintenant.

Tout découle de cette fontaine qui est née

quand Stan, Jack et Ditko se sont réunis

et sont devenus ce merveilleux triumvirat,

créant un univers entier.

Aucun d'entre eux n'aurait pu y arriver sans les autres.

Joignez-vous à moi pour accueillir chaleureusement M. Stan Lee.

Cérémonie de remise des diplômes UCLA 2017

Merci.

J'ai passé un certain temps

à écrire un discours de 25 pages pour vous,

et en le relisant, j'ai pensé : "Qui voudra écouter ça ?"

Alors, je l'ai déchiré.

Me voici donc sans défense,

et n'ayant rien d'autre à vous dire

que si vous avez une idée

que vous considérez comme bonne,

ne laissez pas un idiot vous dissuader.

Ça ne signifie pas que chacune de vos idées sera géniale,

mais si quelque chose vous semble bon,

quelque chose que vous voulez faire, quelque chose qui compte pour vous,

essayez de le faire. Car vous ne pouvez faire de votre mieux

que si vous faites ce que vous voulez,

et si vous le faites de la manière que vous jugez appropriée.

Si vous pouvez être fiers de ce que vous avez accompli,

peu importe ce que c'est,

vous pourrez dire : "J'ai fait ça, et c'est vraiment pas mal."

C'est un sentiment merveilleux.

Je vous souhaite tous bonne chance.

Faites ce que vous voulez faire. Faites de votre mieux.

Vous ne le regretterez pas.

Excelsior !

Sous-titres : Michael Puleo

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