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TROIS VISAGES
Bonjour, Maedeh.
Désolée de te traßner ici.
Tu es vraiment
ma meilleure amie.
La seule en qui j'ai confiance.
Je te demande de transmettre
ce message Ă Behnaz Jafari.
S'il te plaĂźt.
C'est trĂšs urgent.
Bonjour, madame Jafari.
Je suis Marziyeh Rezaei.
Du village de Saran.
Dans les environs de Mianeh.
Je ne sais pas...
Je ne sais pas comment vous le dire.
J'ai comme un blanc.
J'adore le cinéma depuis toute petite.
J'ai toujours rĂȘvĂ© d'ĂȘtre actrice.
Je me suis battue pour ça.
J'ai étudié de toutes mes forces.
J'ai réussi le concours du conservatoire.
En trÚs bonne position, à Téhéran.
Mais tout a basculé.
Ma famille et celle de mon fiancé m'ont lùchée.
Ma mĂšre m'avait dit que si je me mariais,
je pourrais faire tout ce que je voulais.
J'ai accepté.
Mais ils m'ont trahie.
Ils m'ont tous trahie.
J'ai décidé de vous contacter.
J'ai voulu vous appeler
pour vous prier de venir ici
et d'essayer de les convaincre.
Ma famille connaßt vos films et vos séries.
Ils vous voient tous les soirs à la télé.
Ils rient et ils pleurent avec vous.
Ils vous auraient écoutée.
Je vous ai appelée.
Plusieurs fois.
Ăa n'a servi Ă rien.
Vous ne décrochiez pas.
Vous n'avez pas répondu à mes SMS.
Je ne vois plus d'issue.
Je vous demande pardon.
Pardon.
Merci de m'avoir
écoutée jusqu'au bout.
Je n'ai jamais rien reçu d'elle.
Ni sur Instagram ni sur Telegram.
Rien du tout.
J'ai passé la nuit à disséquer ce fichu téléphone.
J'aurais une trace, si elle avait essayé de me joindre.
Si elle est morte, comment elle a pu m'envoyer ça ?
Elle parle de sa copine au début.
Elles devaient se retrouver dans la grotte.
Elle a fait ça avant que l'autre arrive.
Et sa copine te l'a envoyé.
Il faut tenir jusque lĂ -bas. On saura.
Puisqu'elle dit avoir mon numéro,
pourquoi elle me l'a pas envoyé directement ?
OĂč est-ce qu'elle a eu votre numĂ©ro ?
J'en sais rien.
Si tu avais décroché, tout ça ne serait pas arrivé.
Je suis azéri comme elle,
elle a dĂ» vouloir m'utiliser pour te joindre.
Elle aurait pu s'adresser à vous dÚs le départ.
Pourquoi elle me mĂȘle à ça ?
Comme elle voulait devenir actrice,
elle a dĂ» compter sur ton empathie.
Et puis, sa famille doit mieux connaĂźtre les acteurs
que ceux qui sont derriÚre la caméra.
Je peux vous demander de rappeler
la fille dont elle parle au début, Maedeh ?
J'ai essayé plusieurs fois.
Son téléphone est éteint.
Tu vois ?
Et si c'était un canular, M. Panahi ?
Hier soir,
quand je l'ai reçu,
ça m'a fait un choc.
Je t'ai cherchée.
J'ai appris que tu tournais.
J'ai appelé la réalisatrice.
Elle a téléphoné partout,
mĂȘme Ă la morgue de Mianeh.
Sans résultat.
La morgue, quelle idée ?
Dans ce genre de cas, mĂȘme Ă TĂ©hĂ©ran,
les autorités prennent ça en main et tout se fait en catimini.
Ils bĂąclent le dossier pour pas faire de vagues.
Alors, dans un bled comme ça,
qui sait ce qui a pu se passer ?
Elle t'a peut-ĂȘtre appelĂ©e sur un autre numĂ©ro.
Je change souvent de numéro parce qu'on me harcÚle.
Je donne les anciens Ă des amis.
On me l'aurait dit, s'il y avait eu un appel de ce genre.
C'est étrange, tout a l'air vrai.
Rien qui fasse douter.
Mais d'oĂč elle sort cette corde et cette branche ?
Elle les a portées toute seule ?
Quand on veut se suicider,
on se débrouille.
C'est pas compliqué de trouver une corde et une branche.
Elle a tout prévu.
La branche a l'air trop fine pour supporter son poids.
Apparemment pas.
Vous voulez bien revoir la fin ?
J'ai l'impression
que le plan de la chute à la fin est monté.
Vous pouvez vous arrĂȘter pour regarder attentivement ?
Ce passage, s'il vous plaĂźt.
Il faut que je trouve un endroit oĂč je puisse m'arrĂȘter.
D'accord.
Tout m'a l'air vrai.
Et au moment de la chute,
je ne vois pas de coupe.
Il faudrait que ce soit une vraie pro pour réussir un tel montage.
Je la vois pas faire ça dans son bled paumé.
C'est pas un travail d'amateur.
Bonsoir, Jafar.
- Bonsoir. Ăa va ? - Et toi ?
Cette folle est avec toi ?
Moi, ça va pas du tout.
J'ai une seule journée sur ce décor avec 50 personnes en attente.
Elle nous a plantés et elle répond pas au téléphone.
J'en reviens pas, mon tournage est bloqué.
Je comprends, mais elle va trĂšs mal.
Je ne voulais pas l'embarquer avec moi.
Mais dÚs qu'elle a su que je partais, elle a sauté dans ma voiture.
J'ai pas eu le choix.
Mais dans l'Ă©tat oĂč elle est,
elle ne t'aurait pas été trÚs utile.
J'ai menĂ© l'enquĂȘte sur cette fille.
Je sais.
Il n'y a aucune trace de tout ça.
Et elle, elle veut rien savoir...
Tu sais ce que c'est, un tournage...
C'est la morgue qui t'a dit ça ?
Oui, je les ai appelés.
Rien qui corresponde à son signalement dans la région.
Je sais pas...
On a tous été trÚs inquiets.
Mais par-dessus le marché,
cette foldingue s'est barrée et nous a laissés dans la mouise...
On arrive dans une zone montagneuse,
je ne sais pas s'il y aura du réseau.
S'il y en a,
je te tiens au courant dĂšs qu'on en sait plus.
J'appellerai ton assistant.
Elle est descendue.
Elle va mal. Elle fait les cent pas dehors.
Essaye de m'aider.
D'accord.
Tiens-moi au courant.
C'est promis.
T'as pas autre chose...
T'as pas d'autres plans Ă tourner, en attendant ?
J'ai qu'une journée ici et elle est dedans.
Mets-toi Ă ma place.
J'ai pas d'autres plans Ă tourner.
Elle se barre, c'est une chose. Mais qu'elle réponde au téléphone !
Tu sais, Ă quelque chose malheur est bon.
Tu vas trouver une solution.
J'espĂšre mĂȘme que tu y gagneras.
Désolé, mais là , j'ai ma mÚre qui essaye de m'appeler.
Je dois la rappeler pour la rassurer.
Je suis désolé, elle s'inquiÚte.
Salue l'équipe de ma part. A bientÎt.
AllĂŽ, maman ?
Bonsoir, j'étais en ligne quand tu as appelé.
Tu vas bien ?
OĂč est-ce que tu es parti ?
Moi ? Nulle part. Pourquoi ?
Je me fais du souci pour toi.
Il faut prévenir ta mÚre quand tu pars.
Tu pourrais venir me voir, quand mĂȘme.
Je peux pas. Je suis en voyage avec une amie.
Avec une amie ?
Il paraĂźt que tu es parti faire un film.
Mais non, maman. C'est pas vrai.
C'est des rumeurs.
Tu me racontes des bobards, Ă moi aussi, maintenant ?
Mais quels bobards, enfin ?
Quand mĂȘme, tu peux dire Ă ta mĂšre ce que tu fabriques.
Je suis ta mĂšre, oui ou non ?
J'appelle chez toi, on me baratine gentiment.
Il faut pas t'inquiéter comme ça.
J'ai besoin que tu me donnes des nouvelles,
que tu viennes me voir.
Je suis seule.
Mais moi, je viens toujours te voir, maman.
LĂ , j'ai dĂ» partir en voyage. Je ne fais pas de film.
Sois tranquille.
Si un jour, je décidais d'en faire,
tu serais la premiÚre prévenue, promis.
Il faut que tu me tiennes au courant.
Quand tu viens pas, je suis pas bien.
Je me demande ce que tu fais.
Entendu, maman. Maintenant, je dois vraiment y aller.
Ăa ira ?
Tu veux raccrocher ? Bon, au revoir.
Je t'embrasse. Au revoir.
Au revoir.
Je peux avoir votre portable ?
Merci.
Je vous ai appelée. Plusieurs fois.
Merci d'avoir écouté ce message...
J'ai beaucoup dormi ?
Bonjour. Pas mal, oui.
Tu peux ouvrir le capot ?
C'est le dernier bouton.
Merci.
C'est encore loin ?
DerriĂšre cette montagne, je crois.
Je propose qu'on commence par le cimetiĂšre du village.
Si elle est morte, on y trouvera bien un proche.
Ou alors, si elle est enterrée,
il y aura une tombe récente.
Pourquoi aller au cimetiĂšre ?
On interroge le premier qu'on croise.
Mais si elle a menti
ou si sa famille a étouffé l'affaire pour sauver son honneur,
on aura bien du mal.
Ils peuvent tout dissimuler,
sauf le corps.
Quoi qu'ils fassent,
ça se saura.
Je préfÚre qu'on aille voir si elle est au cimetiÚre.
Sinon, elle aura affaire Ă moi, cette petite conne.
Si ça se trouve, vous aussi...
Moi aussi, quoi ?
Il y a pas longtemps, vous ĂȘtes venu chez moi avec Tahereh.
Vous m'avez dit que vous prépariez un scénario sur le suicide.
- Et alors ? - Et qu'il y aurait un rĂŽle pour moi.
Et alors ?
Rien.
Rien du tout.
- Bonjour. - Que puis-je pour vous ?
Le village de Saran, c'est par oĂč ?
Je ne parle pas persan. Dis-le-moi en turc.
Désolé, je ne parle pas bien turc. C'est pour ça...
Mais si, tu parles trĂšs bien.
On n'oublie pas sa langue maternelle.
D'accord, j'essaie.
Dites-moi, il n'y a pas eu un drame ici, récemment ?
Chut !
- Pourquoi ? - Klaxonne.
- Comment ? - Donne un coup de klaxon.
Un coup de klaxon ?
Deux, maintenant.
Deux coups ?
Deux coups de klaxon ?
Plus long.
- Comment ? - Klaxonne plus longtemps.
Pourquoi ?
Tu peux y aller.
OĂč ça ?
C'est par oĂč...
pour aller au village ?
Tu montes en haut de la colline,
tu redescends de l'autre cÎté,
jusqu'Ă arriver tout en bas.
LĂ , tu tournes Ă droite, Ce sera lĂ .
Merci beaucoup, au revoir.
Vous lui avez demandé ?
Oui, mais...
Vous avez vu ?
Quoi ?
Il y a un mariage.
Ils peuvent bien se marier.
Ils l'auraient pas fait, s'il y avait eu un décÚs.
Ils viennent peut-ĂȘtre d'un autre village.
Ici, chaque vallée
est parsemée de villages.
Dans ce genre d'endroit, Ă mon avis,
s'il y a un deuil,
il est respecté dans toute la zone.
Doucement.
Vous roulez au bord du ravin.
ArrĂȘtez-vous, il se passe quelque chose, lĂ .
Bonjour.
Soyez les bienvenus.
Merci beaucoup.
Venez prendre un thé.
Merci, on doit y aller.
Vous ne parlez pas trĂšs bien le turc. Vous pouvez me parler en persan.
Merci. On doit y aller.
Un jour ou l'autre, on doit tous y aller.
Mais prenez le temps de boire un thé.
C'est gentil, merci.
Je l'ai dĂ©jĂ vue quelque part, cette dame. Je ne sais pas oĂč.
Mais pas ce monsieur, je ne le connais pas.
A part ici, il y a un autre village plus loin ?
Bien sûr. Partout dans ces montagnes et ces vallées,
il y a plein de villages.
Dites-moi lequel vous cherchez, je vous guiderai.
On se promĂšne, on photographie les paysages.
Tout va bien chez vous ?
Bien sûr, tout va bien.
"Ce monde est injuste
Il a connu Noé comme Soliman
Il donne des enfants comme il les prend
Tout est douleur dans ce monde".
Tout va bien, pourtant.
C'est nous qui causons le mal.
OĂč est le cimetiĂšre ?
Vous cherchez donc un trésor ?
On a des tĂȘtes à ça ?
Vous n'avez pas des tĂȘtes Ă frĂ©quenter les cimetiĂšres.
Il est oĂč, ce cimetiĂšre ?
Vous ĂȘtes passĂ©s devant, en descendant la cĂŽte.
Faites demi-tour.
Au prochain croisement, tournez Ă gauche.
Le cimetiĂšre est un peu plus loin.
Sinon, derriĂšre la colline,
il y en a un autre.
C'est l'ancien cimetiĂšre.
Mais le trésor s'est envolé.
Merci. On fait demi-tour, alors.
Portez-vous bien. Au revoir.
Au revoir.
Pourquoi vous lui avez rien demandé ?
On aurait pu lui parler des heures, on n'en aurait rien tiré.
Il se passait un truc chez eux,
mais ça sentait pas la mort.
Madame...
Pourquoi vous vous ĂȘtes allongĂ©e lĂ ?
Bonjour. Bienvenue dans ma derniĂšre demeure.
C'est lĂ que je finirai.
Que Dieu vous garde.
Elle dit quoi ?
Que c'est sa derniĂšre demeure.
Je me donne du mal.
Elle se l'est fait creuser.
J'ai pris une lanterne avec moi.
Cette lampe, je la pose lĂ ,
pour avoir de la lumiĂšre,
pour que la tombe soit éclairée quelques heures chaque nuit.
Sinon, les serpents viendront me faire payer le mal que j'ai pu faire.
S'il y a de la lumiĂšre,
ça les fait fuir.
J'en serai débarrassée.
Pourquoi avoir peur des serpents ? Vous n'avez rien fait de mal.
Je n'ai pas fait de bien non plus.
Qu'est-ce que j'ai fait de bien ?
Dieu saura.
Je vous souhaite une longue vie.
J'espĂšre que tout ira bien.
Portez-vous bien.
Au revoir.
C'est un coup monté, tout ça.
Cette gamine se fiche de nous.
Aucune trace d'elle au village.
Ici, on dirait que personne n'a été enterré depuis des années.
Ăa me rend dingue.
C'est quoi, ce cirque depuis hier soir ?
Vous disiez bien
que la vidéo avait été faite par un pro.
Tu as dit qu'au moment de la chute, il y avait une coupe.
Oui.
J'ai regardé.
Tout paraĂźt vrai. Je n'ai pas vu de coupe.
Je t'ai dit que s'il y en avait une,
ce ne serait pas un montage d'amateur.
Seul un pro aurait pu le faire.
Et dans ce bled paumé, il n'y en a pas.
Donc, tout est vrai !
D'accord. Vous pouvez le jurer ?
Jurer quoi ?
J'en peux plus.
Je veux ĂȘtre rassurĂ©e, au moins sur votre compte.
Si tu veux ĂȘtre rassurĂ©e,
prends cette clé, je te laisse la voiture.
Je vais essayer de trouver un endroit oĂč prĂȘter serment.
M. Panahi, je plaisantais.
J'ai rien dit de mal !
Pardonnez-moi, s'il vous plaĂźt.
Je regrette ce que j'ai dit. Je vous demande pardon.
J'ai rien dit de si grave, quand mĂȘme...
Je vous en supplie, M. Panahi.
Faites un effort, pour l'amour de votre fille, Solmaz.
Attention.
Poussez-vous, les enfants.
Bonjour.
Ne l'embĂȘtez pas.
Allez-y, descendez, Mme Jafari.
Je ne parle pas turc.
Soyez la bienvenue.
Applaudissez en l'honneur de Mme Jafari.
Zut.
- Ne l'embĂȘtez pas, les enfants. - Merci.
Vous allez bien ?
Bonjour. Ăa va ?
Qu'est-ce que vous voulez que j'écrive ?
Attendez, je vais écrire. Comment tu t'appelles ?
Attends...
"Fereshteh. Bonne chance."
Je suis désolée...
Vous pouvez signer ?
"Bonne chance."
Bonjour.
Bonjour.
Monsieur, ici, on a des coupures d'eau et d'électricité.
Le gaz, n'en parlons pas.
Désolé, mais on n'a rien à voir avec tout ça.
On a cru que vous étiez venus nous aider.
Je suis vraiment désolé.
On vous a pas vue dans une série ?
Vous faisiez à manger pour votre invitée.
Je ne sais plus quel plat c'était.
On peut leur demander.
Vous connaĂźtriez une Marziyeh ?
Marziyeh... Vous la connaissez ?
Oui, c'est ma sĆur.
Elle est malade.
Non, c'est pas ça.
Elle dit que Marziyeh, c'est sa sĆur et qu'elle est malade.
C'est pas elle qu'on cherche.
C'est une fille...
qui a été reçue au conservatoire.
D'accord, vous ĂȘtes venus lĂ , pas pour nous,
mais pour une petite écervelée.
On a cru que vous alliez résoudre nos problÚmes.
Venez, on s'en va.
Chacun rentre chez soi.
On nous laisse dans le pétrin.
C'est quoi, ça ?
Incroyable.
Marziyeh n'est pas trÚs appréciée au village.
Sa petite sĆur va vous conduire chez elle.
Vous savez de quelle Marziyeh il s'agit ?
On y va. Passe-moi la clé.
Bonjour.
Entrez, je vous prie.
C'est chez Marziyeh, ici ?
Maman, tu vas oĂč ?
Hors d'ici !
Vous mettrez pas les pieds ici ! Allez-vous-en !
- Ne me fais pas honte. - Allez !
D'oĂč ils sortent, ceux-lĂ ?
Elle fera pas d'études !
On a que ça à foutre, nous ?
Tirez-vous d'ici !
Des études, et puis quoi encore ?
Soyez les bienvenus.
Passez devant.
- Elle fera pas d'études ! - Tu me fais honte. Va-t'en.
Je m'en irai pas !
Qu'est-ce qu'ils viennent foutre ici ?
Des études pour quoi faire ?
Sale garce !
Laisse-moi ! Je la laisserai pas faire d'études !
Elle nous déshonore !
EspÚce de mal élevé.
On y va.
Je vous en prie, venez.
Je suis désolée. Entrez.
Merci, madame. Ici, c'est trĂšs bien.
Vous ĂȘtes sĂ»r ? Asseyez-vous, alors.
On ne veut pas déranger.
Merci.
Il disait quoi ?
Rien. Il insultait tout le monde.
Il parlait d'elle ?
On ne comprenait rien Ă ce qu'il disait.
Il n'était pas clair.
C'était incompréhensible.
Il n'y a aucun signe de...
Ne vous embĂȘtez pas.
Vous ĂȘtes les bienvenus.
Je me doutais que vous viendriez.
Dommage que ça tombe maintenant.
On va perdre la face au village.
- Pourquoi vous dites ça ? - Comment vous dire ?
Ăa fait trois jours
que Marziyeh est partie.
On l'a cherchée partout. On ne l'a pas retrouvée.
Avant, quand elle se fĂąchait,
elle allait chez sa tante.
Elle n'y est pas non plus.
Son pÚre est allé à Téhéran,
au cas oĂč elle serait lĂ -bas pour le conservatoire.
La famille de son fiancé n'est pas au courant.
J'espĂšre qu'il va vite revenir.
Sinon, Mehdi va faire un scandale.
Si la famille du fiancé l'apprend,
ça finira trÚs mal pour ma fille.
- C'est son frĂšre ? - Oui, son petit frĂšre.
Pourquoi vous ne l'appelez pas ?
On l'a fait. Son portable est éteint.
- Demandez Ă ses copines. - Elle n'a pas de copine.
Les villageois ne laissent pas leurs filles traĂźner avec Marziyeh.
Ils ont peur qu'elles deviennent écervelées.
"On veut pas de saltimbanques", ils disent.
Saltimbanque...
J'avais oublié ce mot.
Roghieh.
Tu vas voir qui sonne ?
Ma fille était la plus douée, la plus intelligente de tous.
Son seul problĂšme, c'est qu'elle sait pas se taire.
Elle dit tout ce qu'elle pense.
Ăa ne plaĂźt pas Ă tout le monde.
DĂšs qu'elle s'est mise en tĂȘte de faire des Ă©tudes,
j'ai su que ça allait mal se terminer.
J'ai pensé que si on la mariait, ça lui passerait.
Mais elle a posé ses conditions.
On a dĂ» les accepter.
Son pÚre a dit que la sélection était tellement dure
qu'elle ne serait jamais prise.
Je l'ai emmenée en cachette passer le concours.
Manque de chance, elle l'a eu. Je ne sais pas quoi faire.
Maedeh ne sait pas oĂč elle est ?
Comment vous connaissez Maedeh ?
Pour l'inscription au conservatoire, il faut une personne de référence,
Marziyeh a mis le nom de Maedeh.
- C'est sa cousine. - Elle habite ici ?
Oui, tout prĂšs. Vous ĂȘtes mal assis.
C'est pas grave.
On peut aller voir Maedeh ?
Non, restez lĂ . J'envoie Roghieh la chercher.
Va chercher Maedeh.
On va dans la voiture.
On va attendre dans la voiture.
Merci. Quand elle sera lĂ , elle viendra nous voir.
Merci beaucoup, madame.
C'est trĂšs gentil.
- Je vous apporte un thé. - Non, merci.
Ne vous donnez pas tant de mal, madame.
Vous devriez rester. Maedeh arrive.
On va l'attendre dans la voiture.
N'en parlez Ă personne.
Bien sûr. Merci beaucoup, au revoir.
Ne vous inquiétez pas.
Merci, au revoir.
Inutile de nous raccompagner.
Au revoir.
Trois jours... Vous croyez qu'elle est morte ?
Je ne sais pas.
Mme Jafari, j'en crois pas mes yeux !
Rentre chez toi, petite. Ta mÚre va s'inquiéter.
Vous allez bien ?
Qu'est-ce que vous faites lĂ ?
- Maedeh, dis-moi oĂč elle est. - Qui ça ?
Ecoute, je suis pas d'humeur Ă plaisanter.
Vous allez arrĂȘter votre comĂ©die. J'en ai assez !
Je comprends pas.
- OĂč est Marziyeh ? - Elle est pas chez elle ?
Viens voir.
Tu m'as envoyé une vidéo sur Telegram, oui ou non ?
J'ai pas de portable.
M. Panahi...
passez-moi votre portable.
Déverrouillez-le.
Il est à qui, ce numéro ?
C'est le numéro de Marziyeh.
Qu'est-ce qui se passe ? Vous m'inquiétez.
Je ne comprends plus.
Mme Jafari...
M. Panahi, il s'est passé quelque chose ?
M. Panahi...
Mais non. C'est rien.
Tu n'as pas vu Marziyeh depuis quand ?
Ăa fait deux ou trois jours.
Elle t'a rien dit ?
Qu'est-ce qu'elle aurait dĂ» me dire ?
Je sais pas... Sur les cours, par exemple.
Elle en parle tout le temps, des cours.
Elle t'a pas dit quand elle partirait ?
Comment elle aurait pu, la pauvre ?
Elle est dĂ©sespĂ©rĂ©e qu'on l'en empĂȘche.
Vous savez quelque chose, M. Panahi ?
Elle ne sait rien, apparemment.
M. Panahi...
- Il y a une grotte, par ici ? - Pourquoi ?
Pour savoir.
Oui, par lĂ .
On la voit en allant vers la montagne.
M. Panahi...
Pardon.
Il s'est passé quelque chose ? Répondez-moi, s'il vous plaßt.
Non, il ne s'est rien passé.
Seulement, n'en parle Ă personne. D'accord ?
Ne dis rien Ă personne.
- Promis ? - Oui.
- Portez-vous bien. - Merci, au revoir.
M. Panahi, c'est lĂ !
LĂ , la branche.
Mais la corde ?
Le cadavre, le portable et tout le reste, ils sont oĂč ?
Je vous avais dit que c'était truqué.
Tu t'attendais Ă ce que tout soit encore lĂ ?
- Ils l'ont peut-ĂȘtre emmenĂ©e. - Qui ça ?
Sa famille.
Tu disais qu'ils cacheraient tout pour sauver leur honneur.
Mais ils disent qu'ils sont sans nouvelles depuis trois jours !
S'ils veulent la cacher, ils ne vont pas nous dire le contraire.
Donc ils nous jouent la comédie ?
Non, ils jouent leur honneur.
Bonjour.
Asseyez-vous.
Merci beaucoup. Ne vous dérangez pas.
Comment allez-vous ?
- Vous désirez ? - Qu'est-ce qu'on peut avoir ?
Des Ćufs frais, ils sont trĂšs bons.
Juste deux thés, merci.
Nous sommes honorés de votre présence.
Soyez les bienvenus.
Désolé, je ne vous ai pas reconnue sur la route. On me l'a dit aprÚs.
Je suis navré.
Il nous souhaite la bienvenue.
Il s'excuse de ne pas t'avoir reconnue.
Je vous en prie.
Le coup de klaxon, tout à l'heure, c'était quoi ?
Je croyais que vous m'aviez compris.
J'ai compris... mais de quoi il s'agissait, au juste ?
Tu permets que je lui explique ?
En fait, dans notre village,
la seule route, que vous avez vue,
est toute cahoteuse et trÚs étroite.
Une seule voiture passe Ă la fois. On klaxonne dans le virage
pour savoir si la voie est libre.
Si elle est libre, on peut y aller.
Sinon, la voiture de l'autre cÎté
klaxonne pour prévenir de sa présence.
On sait qu'elle est lĂ .
Si vous ne klaxonnez pas en retour, ça veut dire que l'autre peut passer.
S'il est pressé, il klaxonne deux fois.
C'est un signal d'urgence.
Qu'est-ce qu'on fait, dans ce cas ? On attend.
On attend que l'autre passe.
Si vous ĂȘtes pressĂ© aussi, vous klaxonnez en continu.
Pour dire que vous avez une vraie urgence,
comme un passager malade.
LĂ , il vous laisse passer.
Nous avons décidé ensemble de cette rÚgle.
Vous inventez vos propres rĂšgles.
Bien sûr, monsieur.
Sans rĂšgle, rien ne tient debout.
Il suffit d'un peu de bon sens.
Par exemple, dans ce village,
nous avons de beaux jardins,
de beaux vergers, un sol généreux.
Mais si un jour quelqu'un tombe malade,
est-ce que le jardin, le verger, le sol vont le guérir ?
Bien sûr que non.
C'est de médecins qu'on a besoin.
Pour pouvoir nous soigner quand on est malade.
Dans ce village,
il y a plus de paraboles que d'habitants.
Demain, s'ils sont malades, qui va les soigner ?
Les paraboles
ou les apprentis saltimbanques ?
Lesquels vont pouvoir les soigner ?
Cette fille ne veut pas entendre raison.
Elle n'en fait qu'Ă sa tĂȘte.
Une vraie écervelée.
Vous ĂȘtes venus jusqu'ici pour quoi faire ?
Elle ne veut rien entendre...
Et si quelqu'un a envie d'ĂȘtre saltimbanque,
qu'est-ce qu'il doit faire ?
Là , ça ne va pas du tout.
On a un dicton au village :
un cadavre, si tu le laisses faire,
il se chie dessus.
Vous savez le mal qu'on se donne
pour nos bĂȘtes ?
Nos vies en dépendent.
Il faut tout faire pour ne pas en perdre.
Sans elles, on ne peut pas vivre.
Il faudrait que cette petite comprenne
que si la vie de saltimbanque était enviable,
cette madame Shahrzad, qui a eu son heure de gloire,
ne se retrouverait pas Ă vivre toute seule,
comme une misérable, dans un trou perdu.
C'est qui, Shahrzad ?
C'est une dame qui, avant la Révolution,
dansait et chantait dans des films.
M. Panahi !
Pas par lĂ , par ici !
DĂ©pĂȘchez-vous.
Tu te rends compte dans quel état tu m'as mise ?
Depuis hier, je remue ciel et terre
pour essayer de te retrouver, sale gosse.
- Et toi, tu joues Ă cache-cache ? - Ecoutez-moi !
- T'as pas honte ? - Pardonnez-moi.
Qu'est-ce que je dois pardonner ?
Tu te fous de ma gueule ?
Ecoutez, Behnaz !
Ne m'appelle pas par mon prénom !
Ferme ta gueule !
Tu joues avec mes nerfs !
- J'ai été manipulée par une gosse ! - Permettez-moi...
Je te permets pas !
Qu'est-ce que tu veux de plus ?
ArrĂȘtez de la frapper.
Pousse-toi.
Ferme-la, toi !
Tu n'avais pas de ses nouvelles ?
EspĂšce de salope, pourquoi tu mens ?
Pourquoi tu me mens ?
Pourquoi je vous mentirais ?
Pourquoi je vous mentirais ?
Vous seule, vous pouviez me sauver !
Sinon, j'aurais pas fait ça.
Vous voulez pas comprendre ?
Vous voulez pas comprendre ?
Je vous en prie, Mme Jafari.
Je vous en supplie, comprenez-moi.
Je vous en prie.
Je n'avais pas le choix.
Vous étiez mon seul recours pour aller au conservatoire.
EspÚce de petite écervelée.
Vous aussi me traitez d'écervelée !
Vous parlez comme les autres !
Je vous en supplie, comprenez-moi.
Il y a que vous qui pouvez m'aider.
J'ai tout essayé, tout !
Je n'avais que ce moyen.
Je te suis redevable, en plus ?
Qu'est-ce que tu attends de moi ?
T'aurais pas pu me le demander simplement ?
Si je vous l'avais demandé, si j'avais dit la vérité,
vous seriez venue ?
Vous seriez vraiment venue ?
Je vous en prie, Mme Jafari.
Je vous en supplie.
Je me mets Ă genoux s'il le faut.
Ne partez pas ! Cette fois, mon frĂšre va me tuer.
Parce que j'ai disparu trois jours.
Il va mettre le feu chez Shahrzad.
S'il apprend que j'étais chez elle, il détruira tout.
Je vous en supplie.
Et vous, ne partez pas !
Pourquoi ils veulent pas comprendre ?
- Bonjour, vous allez bien ? - Merci.
Vous avez un portable ? Il a du réseau ?
Attendez, je vais voir.
Non, pas de réseau. Que se passe-t-il ?
Rien. On emmenait le taureau et il est tombé.
Qu'est-ce que vous allez faire ?
Qu'est-ce que je vais faire ?
Je ne peux rien faire du tout.
Mon collÚgue est allé voir en haut de la colline s'il y a du réseau.
S'il y en a, il va essayer d'appeler un vétérinaire.
S'il n'y en a pas,
il va aller au village pour appeler d'un téléphone fixe.
Cette pauvre bĂȘte va crever d'ici lĂ .
Qu'est-ce que je peux faire d'autre ? Dites-le-moi.
Je peux vous aider à le pousser sur le cÎté, pour qu'on passe.
Vous vous rendez pas compte !
Il est tout ballonné, regardez son ventre.
Si on le touche, il meurt.
On va pas rester lĂ Ă attendre. Vous pouvez l'achever.
Parlez pas de malheur !
J'ai klaxonné, pourtant.
Vous auriez pu vous manifester pour que je ne vienne pas.
J'ai entendu, mais j'ai cru que c'était mon collÚgue avec le vétérinaire.
Un vétérinaire au village ? Quelle idée !
Moi, je pense que vous avez intĂ©rĂȘt
à réduire votre perte.
MĂȘme les ĂȘtres humains, on abrĂšge leur souffrance.
Faites-le pour lui.
C'est un péché. En plus, je n'ai qu'un petit couteau.
Je peux pas faire ça, il souffrirait.
Il souffre déjà .
Oui, mais c'est différent.
Il souffre, mais c'est ni moi ni vous qui devrons en répondre.
C'est Dieu qui l'a voulu.
Alors que si je l'attaque au couteau,
on sera tous les deux responsables.
C'est pas n'importe quel taureau.
C'est l'Ă©talon aux Ćufs d'or.
- Quoi ? - C'est un étalon.
- Vous voyez ce que je veux dire ? - Non.
Excusez-moi, mais la dame comprend le turc ?
Non, elle comprend pas.
Je vais vous expliquer.
C'est un taureau étalon.
C'est pas n'importe quel taureau, il est trĂšs particulier.
On l'utilise pour la reproduction.
Vous, vous le voyez affalé devant votre voiture.
Mais tenez-vous bien, nulle part en AzerbaĂŻdjan
ni mĂȘme dans tout l'Iran, vous en trouverez un autre comme ça.
C'est une race à part, d'une souche spéciale,
une bĂȘte unique.
Je l'ai vu de mes propres yeux.
En une nuit, il a engrossé dix vaches.
Je touche 300 000 tomans par accouplement.
Demain, il y a une grande fĂȘte ici.
Ils vont arriver de toute la région,
avec des camions pleins de génisses.
Je vous laisse imaginer l'ambiance.
Je vois déjà les camions alignés devant lui à attendre.
Le pire, c'est les vaches du village.
DÚs qu'elles le sentent, elles se mettent à gémir.
Si vous dormez lĂ , vous verrez de quoi je parle.
Quand elles s'y mettent toutes, on dirait un orchestre symphonique.
Un phénomÚne.
Et il a fallu qu'il fasse une chute...
Demain, quand les génisses arriveront, qu'est-ce que je vais leur dire ?
S'il lui arrivait quelque chose, je ne pourrais pas le remplacer.
- Vous savez pourquoi ? - Pourquoi ?
Ses testicules font des miracles.
Donnez-en une brochette Ă un vieillard de 80 ans,
vous en faites une bĂȘte.
On fait demi-tour, M. Panahi.
On doit y aller, au revoir.
Je vous laisse ma carte. On sait jamais.
Si vous avez besoin d'un remontant,
on fait des livraisons express de brochettes.
Je vous remercie. Au revoir.
Ecoute, c'est toi qui vois,
mais je trouve que tu as été trÚs dure avec elle.
Les gens ici n'ont pas l'habitude de ça.
Ils se vexent vite
et oublient encore plus vite.
Puisqu'on y retourne,
essaye de te faire pardonner.
Mais Ă toi de voir.
Bonjour.
- Ăa va ? - Ăa va.
On m'a dit que Shahrzad habitait par ici.
Un peu plus loin, Ă gauche.
Merci.
Bonjour.
Merci d'ĂȘtre revenue.
S'il vous plaĂźt, M. Panahi.
Attendez, s'il vous plaĂźt.
Une minute.
Pardon, M. Panahi.
Il se passe un truc, je vais voir.
- Quoi ? - Je vous dirai.
Attendez-moi lĂ . Vous n'avez besoin de rien ?
Vous avez bien fait de pas venir, c'est minuscule.
Elle aurait Ă©tĂ© gĂȘnĂ©e.
Qu'est-ce qui s'est passé ?
Rien. Elle en veut Ă la terre entiĂšre.
Surtout à ceux avec qui elle a travaillé.
Elle dit qu'ils lui ont fait beaucoup de mal.
Je lui ai dit que vous ne faisiez pas de films à cette époque.
Elle m'a rĂ©pondu : "Tous les mĂȘmes !
Il n'y en a pas un pour rattraper l'autre."
Elle doit nous en vouloir
de ne pas l'avoir soutenue.
Mais elle n'était pas seule.
Tous les acteurs de l'époque ont fini pareil.
Elle n'a rien chez elle. Juste ses peintures
et des affiches de ses films.
C'est comme ça.
J'ai proposé à Marziyeh
qu'on la ramĂšne avant de repartir.
Mais elle préfÚre attendre le retour de son pÚre de Téhéran demain matin.
Il a l'air moins borné que le frÚre.
Mais c'est comme vous préférez.
On a le choix ?
Pas vraiment. Mais vous allez faire quoi ?
Rien.
Je suis bien. Je vais rester lĂ .
Mais non.
Si les villageois l'apprennent, ils vont pas vous laisser dehors.
J'ai envie de rester lĂ .
Je vais dormir dans la voiture.
Je suis fatigué.
Je suis plus en sécurité ici qu'ailleurs.
Je vous laisse ça. Ils sont d'ici, c'est délicieux.
Il y a du thé, je vais vous en apporter.
Elle m'a aussi laissé un CD de ses poÚmes.
Elle les a lus ?
Oui, elle les a enregistrés à Kerman.
Elle vient de les recevoir et m'en a offert un. Je vous le laisse.
Merci beaucoup.
Vous n'avez besoin de rien ?
Bonsoir.
J'avais atteint le comble de l'incertitude
Désireuse de connaßtre les noms
La main de la surveillante
fit danser le marteau dans les airs
et rompit le souffle de l'aube immaculée
Contre le bout de métal rouge
accroché au pin de l'école
Sonne, sonne, sonne
Le silence torturait l'innocence
La premiĂšre priĂšre
était pour moi une évidente malédiction
Debout
Assise
Je n'ai pas dit : présente.
Dans ce cas, tu es absente.
M. Panahi...
Désolée, je vous réveille ?
Non, je somnolais.
Vous voulez bien qu'on aille marcher un peu, jusqu'au village ?
Je pourrai passer un coup de fil.
Je vais appeler l'assistant. Ils s'inquiĂštent depuis hier.
J'ai vraiment pas le courage.
Mais si tu y tiens, je viens.
Non.
Reposez-vous. Je reviens vite.
Amuse-toi bien.
AllĂŽ ?
Bonsoir, M. Ahmadi. Je suis vraiment désolée.
Je sais bien. Je vous comprends.
C'était vraiment une situation...
Je sais pas...
MĂȘme si j'Ă©tais venue, j'aurais Ă©tĂ© bonne Ă rien.
Je lui ai parlé.
Oui.
Je comprends. Vous avez tout Ă fait raison.
Mais vous pouvez me dire pour demain.
On peut tourner de nuit, Ă partir de 18h.
- Prévoyez-moi. Je serai à Téhéran. - Je peux vous interrompre ?
Merci. Je vous expliquerai quand on se verra.
Pas du tout. Ăa n'a rien Ă voir.
Aucun problĂšme de ce type.
Je vous expliquerai.
Merci de votre compréhension.
Je vous remercie beaucoup.
Bonne soirée. Au revoir.
Puisque vous ĂȘtes lĂ , racontez-nous la fin de la sĂ©rie.
Comme d'habitude, ça finira par un deuil !
Il y en a un qui va mourir.
Merci beaucoup, monsieur.
Excusez-moi.
- Combien je vous dois ? - Ăa ira.
Non, je vous en prie.
J'ai bu un thé, j'ai pu faire ce que je voulais...
Je vous en prie. Je suis gĂȘnĂ©e.
Ce n'est vraiment rien.
C'est un honneur de vous recevoir.
Merci beaucoup. Au revoir.
Monsieur n'est plus lĂ ?
Si, mais il est fatigué. Il dort dans la voiture.
Je voulais lui dire quelque chose.
Dites-le-moi, je lui transmettrai.
Je n'ose pas vous le dire.
Mais si, je suis comme votre fille.
Pas ici, comme ça, au café.
On peut aller chez moi quelques minutes ?
Vous vous souvenez de ma maison ?
- Celle avec la cour ? - C'est ça.
- Mais je devrai rentrer tĂŽt. - D'accord.
J'ai ce petit souvenir
pour vous et monsieur.
Ăa vient de la fĂȘte de circoncision.
Merci, c'était pour votre petit-fils ?
Mais non, enfin !
C'est mon fils, pas mon petit-fils.
Bravo, un garçon à votre ùge ?
J'aurais voulu que vous soyez lĂ .
Vous l'auriez vu de vos propres yeux.
On n'aurait pas cru qu'on le coupait.
Il n'a pas versé une seule larme.
Quand on a circoncis mon fils aßné, j'ai pris le bout de peau
et je suis allé à Téhéran.
J'ai voulu l'enterrer prĂšs d'un palais.
Pour qu'un jour, mon fils travaille lĂ -bas,
ne serait-ce que comme gardien,
et qu'il puisse m'aider.
Les vigiles sont venus m'arrĂȘter.
Ils m'ont frappé à mort.
Ils me frappaient tous les jours.
Puis, ils m'ont relùché.
Je suis allé au cinéma.
LĂ , j'ai vu le film.
Puis, je me suis levé
et je suis rentré chez moi.
Ensuite, Dieu m'a donné 4 filles.
Félicitations.
MĂȘme ma seconde Ă©pouse
n'a pas pu avoir de garçon.
Elle n'a pas eu de garçon.
Il y a 12 ans, Dieu m'a donné
un deuxiĂšme fils.
Bonsoir, madame.
Pardon de vous déranger.
Merci beaucoup.
Merci.
Combien coûte la viande, à Téhéran ?
Je n'achÚte pas de viande. Je suis végétarienne.
Donc, vous disiez ?
J'attends que ma femme parte.
Et il fait quel temps, à Téhéran ?
Il fait chaud et c'est pollué.
Ici, il fait frais.
Tenez.
Merci beaucoup, il fallait pas.
Merci.
Ne vous embĂȘtez pas.
C'est trĂšs bien, merci.
Je me demandais...
cette histoire que vous me racontez sur votre fils,
quelle influence ça peut avoir sur son avenir, son travail ?
Parce que chez vous,
on ne circoncit pas les garçons ?
Ils font quoi du bout de peau ?
Ils le jettent, je suppose.
Mais c'est sacré. Pas étonnant qu'il vous arrive des malheurs.
Le destin de l'enfant en dépend.
Il faut le donner Ă son parrain,
pour qu'il le cache dans un endroit choisi.
S'il le fait dans la cour d'une prison,
l'enfant deviendra un délinquant.
Dans la cour d'une université,
il sera médecin ou ingénieur.
- C'est amusant. - Ăa n'a rien de drĂŽle.
Je ne me moque pas.
Si on veut qu'il soit médecin,
il suffit d'enterrer ce machin
au bon endroit, c'est ça ?
Bien sûr que non !
Il doit faire des études !
Mais grùce à ça, Dieu l'incite à travailler
bien sérieusement
pour entrer à l'université.
Ce sont nos coutumes.
Vous connaissez ZaĂŻl ?
Qui ça ?
Shir Mammad.
Tout le monde le connaĂźt, mais pas vous ?
Quel est son nom complet ?
Vossoughi.
Behrouz Vossoughi.
Behrouz Vossoughi ?
Oui, regardez.
Tenez.
Ăa, c'est un homme, un vrai.
Il est viril.
Il est courageux.
On voit dans son regard que c'est un homme.
C'est sûr.
- Il est vivant ? - Oui.
Tant mieux.
Je remercie Dieu.
Tant qu'il est vivant,
le destin d'Ayoub est entre ses mains.
J'ai gardé ça depuis 38 ans
pour pouvoir lui assurer un avenir, grĂące Ă Dieu.
Vous pourriez...
lui donner ça ?
C'est quoi ?
Ne le prenez pas mal.
Il faut pas que ça vous rebute.
Je l'ai gardé dans le sel,
enveloppé dans du coton
et mis dans ce tissu.
C'est le bout de peau de mon fils.
J'en fais quoi ?
Soyez gentille,
donnez-le Ă monsieur
pour qu'il le donne Ă l'homme viril.
Il ne pourra pas.
M. Vossoughi est à l'étranger.
Faites-nous une faveur.
Quand monsieur part à l'étranger, qu'il l'emporte avec lui.
C'est que monsieur...
ne peut pas aller à l'étranger.
Et M. Vossoughi ne peut pas venir ici.
Pourquoi ?
Parce que...
Dans ce cas, prenez-le, remettez-le Ă monsieur
et qu'il le donne Ă votre patron.
Qu'il lui raconte l'histoire de mon Ayoub.
Peut-ĂȘtre que Dieu nous aidera.
MĂȘme le problĂšme de monsieur et de l'homme viril
peut ĂȘtre rĂ©solu par ce bout de peau.
- D'accord. - Elle a des vertus, je vous le dis.
Bonne nuit. Merci.
S'il vous plaĂźt ?
Je voulais vous dire autre chose.
J'ai vu dans la série que vous étiez célibataire.
Nous avons de la place ici. Restez, il fait beau.
Merci.
Donnez au moins cette lettre Ă monsieur.
S'il a un problÚme, ça l'aidera.
Qu'est-ce que c'est ?
L'histoire de la vie d'Ayoub.
- Merci. - Au revoir.
Bonsoir, madame. Qu'est-ce que vous faites lĂ ?
- J'ai appris que vous étiez de retour. - J'allais chez vous.
- Des nouvelles de ma fille ? - Elle va bien, rassurez-vous.
Vous l'avez vue de vos yeux ?
Merci. Laissez-moi vous baiser la main.
Vous l'avez beaucoup aidée.
C'est votre fille qui m'a fait venir jusqu'ici.
Bonsoir. Vous venez Ă la maison ?
Merci, une autre fois.
Ne restez pas dans le noir.
Bonne nuit.
Merci bien.
Dormez tranquille.
Votre fille va trĂšs bien, elle est chez Shahrzad.
Qu'est-ce qui se passe ?
Son pĂšre arrive.
Si son frĂšre apprend qu'elle est lĂ -bas, il mettra le feu.
Il mettra le feu chez Shahrzad ?
Pourquoi ?
On est dans un village.
Les gens jasent.
On est déshonorés.
Je croyais qu'elle était à Kerman.
Qu'est-ce qu'elle fait lĂ ?
Elle est arrivée il y a deux ans.
Au dĂ©but, on l'embĂȘtait beaucoup.
Quand le maire a su qu'elle avait joué dans des films,
qu'elle y dansait,
il a décidé de la chasser.
Il a envoyé des gens
pour la...
pour aller jeter ses affaires dehors.
Ăa ne la dĂ©rangeait pas.
Elle peignait à longueur de journée.
Elle disait qu'ĂȘtre dehors ne la gĂȘnait pas.
Les gens ont fini par la laisser tranquille.
Le maire nous a interdit d'aller chez elle
et elle n'allait chez personne.
Mais on ne parlait que d'elle.
Ma mĂšre me rĂ©pĂšte : "Tu veux ĂȘtre une saltimbanque comme Shahrzad ?"
Vous préparez un coup pour une nouvelle victime ?
Tu as pu appeler ?
Oui, je dois ĂȘtre Ă TĂ©hĂ©ran, demain Ă 18h.
- On y sera. - J'espĂšre.
Un vieil homme au village a donné ça pour vous.
- C'est quoi ? - Une lettre.
Le reste, je vous l'expliquerai plus tard.
J'y vais, j'ai trĂšs faim.
J'ai vu la maman de Marziyeh.
Bonne nuit.
Vous pourriez l'ouvrir plus tard ?
Quoi ?
Ouvrez-la plus tard.
Tu sais ce qu'il y a dedans ?
Ils sont tous de mĂšche.
Et ton fiancé ?
Il a disparu de la circulation ?
Il est déserteur depuis 5 ans.
De temps en temps, il craque
et il revient au village.
Il reste quelque temps
et il décide de repartir.
A chaque fois, il promet de ne plus déserter,
mais il n'en fait qu'Ă sa tĂȘte.
Il pourrait débarquer, là .
Comment tu ferais ?
Lui, je peux le convaincre.
Pour sa famille, je ne sais pas.
Il n'y a aucune logique, aucune rĂšgle ici. Sauf pour la route.
Ils en ont inventé une, mais elle change chaque jour.
Un jour, j'ai pris une pelle et une pioche
pour aller élargir un bout de la route,
pour que les voitures puissent se croiser.
On m'a retiré la pelle. "Ce n'est pas pour les femmes.
Ces outils représentent l'honneur de l'agriculteur."
Vous pouvez éteindre ? Désolée.
Prends ça.
Bonsoir.
Quel bon vent vous amĂšne ?
Vous allez bien ?
Merci beaucoup.
Vous, ça va ?
On va Ă la maison ?
Le maire a demandé qu'on vous emmÚne vous reposer.
Merci beaucoup. On va partir Ă l'aube.
C'est pour ça que je suis resté là . Sinon, je serai venu, merci.
Il ne vous manque rien ?
Non, j'ai tout. Sinon, je vous aurais dérangés...
Un vĂȘtement, une couverture...
C'est gentil, rien, merci.
Merci beaucoup.
Saluez tout le monde pour moi.
On ne vous dérange plus.
Merci beaucoup, bonsoir.
Bonsoir, portez-vous bien.
Ils nous écoutent pas, les citadins.
S'il tombe une bonne grĂȘle, il verra.
Parle pas de malheur.
On a plus Ă y perdre que lui.
On perdrait toutes nos récoltes.
N'empĂȘche, ça lui ferait les pieds.
Bonjour.
Vous avez bien dormi ?
Vous voulez vous laver la figure pour vous réveiller ?
Bonjour.
A l'aube, elle a pris son matériel de peinture et elle est partie.
Vous avez reçu un cadeau.
Elle ne m'en veut pas tant que ça.
Non, elle vit sa vie.
Et alors ça, c'est quoi ?
Je suis devenu parrain.
Je vais le laisser lĂ .
On y va ?
M. Panahi...
Les femmes savent mieux s'y prendre dans ces situations.
Qui est lĂ ?
Bonjour.
Qui est lĂ ?
C'est nous.
Je vous ramĂšne Marziyeh.
- Entrez. - Merci.
Promettez-moi qu'il n'y aura pas de problĂšme.
Entrez.
Sors d'ici.
OĂč veux-tu que j'aille ?
Ouvre la porte.
Je vais continuer un peu Ă pied.
Mme Jafari !
Mme Jafari, attendez-moi !
Adaptation : Massoumeh Lahidji
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