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�a va?
- �a va?
- Oh, mon Dieu.
Jeanne venait d'�tre mise � la porte par son fianc�.
- Oui? - C'est moi, papa.
�a va? - Et toi?
- �a va.
- Qu'est-ce qui se passe? - �a va.
- Rien de grave? - Non.
- Entre.
Je te fais une tisane.
- Oui, merci.
Merci.
Il m'a dit que...
Je pouvais rester chez lui
jusqu'� ce que je trouve un endroit.
Mais j'ai fait mavalise etje suis partie.
- T'as bien fait.
- Il �tait compl�tement indiff�rent.
Il m'a regard�e faire mavalise.
�a lui faisait rien du out.
Comment on peut devenir aussi indiff�rent?
- Il doit pas �tre indiff�rent...
- Si, je te jure.
Je veux plus jamais avoir d'histoire si �afinit comme �a.
- S'il n'arrive plus � t'aimer,
tu dois pas lui en vouloir, tu perdras trop de temps.
- Papa...
Je sais pas comment je vais faire.
C'est la premi�re fois que j'aimais quelqu'un comme �a.
- Tiens...
Tiens, bois un peu.
T'es maigre comme un coucou. Tu dois manger et dormir.
- Pourquoi tu dis que je suis un coucou?
Il y a quelqu'un?
- Oui.
- Et elle va partir?
- Non, elle est l� pour un moment.
- D'accord.
Je peux rester quand m�me?
- Bien s�r.
Installe-oi sur le canap�, je t'apporte une couverture.
- Mais... Papa...
Je peux partir si je d�range.
- Tu irais o�?
Tiens.
Essaie de dormir.
- Bonne nuit.
- Je suis juste l�.
En essayant de s'endormir, Jeanne pensa � sa vie
et � son p�re qui dormait � c�t� avec cette femme.
Elle pensa � celui qu'elle aimait, qui ne l'aimait plus.
Et c'�tait comme si on l'avait �corch�e vivante.
- Attention les mains.
- Merci.
- Tu vas t'en remettre.
On s'en remet toujours.
- Tu parles pour toi?
- Je parle pour outes les femmes. M�me pour toi.
- T'es pas si g�niale que �a, en fait.
- J'ai jamais...
J'ai pas pr�tendu �tre g�niale. Je sais pas.
- T'es moins belle que ma m�re.
- Ah bon?
- Tant mieux, d'ailleurs.
- Pourquoi, tant mieux?
- Parce que...
Pardon.
Je dis n'importe quoi. Excuse-moi.
- C'est pas grave.
- Pardon. Pardon.
- Je vais te faire de la place.
- Elles sont belles, tes fringues. - Tu trouves?
Tu peux m'en prendre.
- C'estvrai? - N'h�site pas.
- Toi aussi, tu peux m'en prendre. - C'est gentil.
Hop l�.
- Au d�but, je ne voulais pas.
Il m'a tellement dit qu'il m'aimait.
- T'as fini par le croire.
- Ouais.
C'estfou, parce que...
Je le savais tr�s bien.
D�s le d�but.
Je me suis retenue longtemps avant de tomber dans ses bras.
Je sentais que �a allait mal se passer.
Qu'est-ce que j'ai �t� conne!
- T'�tais amoureuse, c'est out.
- N'emp�che, c'est insupportable.
C'est lui qui estvenu me chercher.
Et tout � coup, il n'y a plus rien?
On n'est plus ensemble.
Non...
Je me suis fait avoir.
- Tu t'es pas fait avoir, c'�tait important pour lui.
- Je veux dire...
Je me suis fait avoir par l'amour.
Pas par lui.
- Si t'es triste, c'est parce que c'�tait bien avec lui.
- Ouais.
Mais pour que �a finisse comme �a...
�a fait combien de temps, toi et mon p�re?
- �a fait trois mois.
C'est tout nouveau.
�a te g�ne?
- De quoi?
- Qu'on ait le m�me �ge.
- Non.
Je sais pas.
Tu l'as rencontr� o�?
- En cours.
- C'estvrai? T'es une �l�ve?
- Non, mais c'est moi qui l'ai...
Je lui ai couru apr�s jusqu'� ce qu'il craque.
Au d�but, il �tait tellement embarrass�.
- Tu l'as dragu�?
- Oui. Il m'a r�sist� pendant un trimestre entier.
- J'imagine sa t�te.
Il me fait rire.
- �a va mieux?
- Oui.
Le jour suivant,
Jeanne avait cru reconna�tre
Ie visage de celui qu'elle aimait.
- �a va aller, je lui ai donn� un truc pour dormir.
Tu trouves que je suis joufflue?
- Viens te coucher, Narcisse.
- Une femme qui n'aime pas son corps peut pas �tre un bon coup.
- Tu m'apprends des choses.
Pas maintenant.
- Pourquoi? - Jeanne pourrait entendre.
- Je sais.
Je ferai attention, je te promets.
J'en ai tellement envie, je crois que je vais jouir vite.
A l'universit�,
on ignorait qu'Ariane �tait la ma�tresse de Gilles.
Ils �taient tr�s discrets.
- La premi�re fois que tu m'as regard�e?
- Non.
- Tu faisais ton cours de philo.
Je m'en rappelle tellement bien.
Quand t'as dit...
"La philosophie n'est pas un divorce avec lavie."
Tu te souviens?
Tu m'as regard�e,
tu t'es arr�t� juste en face de moi.
Je sais pas, je me suis sentie toute nue.
Etje suis tomb�e amoureuse de toi.
Comme il avait peur de la perdre,
Gilles dit � Ariane
que malgr� les infid�lit�s qu'ils pourraient commettre,
ils resteraient ensemble.
- Je reviens, papa!
- A ce soir!
Ariane pensa que peut-�tre un jour, elle partirait.
Qu'elle ne pourrait pas faire autrement.
- Oh l� l�...
- Quoi? Je fais n'importe quoi.
- Tu devrais les couper encore plus petits.
Pas comme �a.
- Coucou. - �a va, papa?
- �a va.
- On a fait les courses.
- Bonjour, ma fiille. - �a va?
On a m�me pr�par� � manger.
- Tu m'embrasses pas?
- Ma fille d'abord, tu permets?
Une porte claque.
- Qu'est-ce qu'elle a? Elle est folle.
- Je crois qu'elle a un grain.
- Tu dis �a s�rieusement?
- Oui, je le pense vraiment.
- Tu t'en es pas rendu compte?
- Si, mais trop tard.
- Ah bon?
Pourquoi, trop tard?
Parce que tu l'aimes?
- Je crois que je l'aime.
- Et tu l'aimes pour �a?
Parce qu'elle a un grain.
- Qui sait?
Tiens, c'est pour toi.
- Je veux rien.
- T'es malade?
- Je t'en supplie, juste, laisse.moi.
- Si tu changes d'avis, je le laisse dans le four.
Ce soir-l�,
Gilles sortit seul avec sa fille.
- Papa... - Oui?
- Selon toi, c'est quoi, lafid�lit�?
- Personne l'ajamais su.
C'est un mot comme un autre.
Certains sontfid�les � des choses qui importent peu aux autres.
- Par exemple?
- Des souvenirs, des d�tails.
- C'est �a.
Il y a plus important que la fid�lit� physique.
- Pour certains, non.
- Et pour toi? - Pour moi?
Pour moi, je ne sais pas.
Je sais pas � quoi je suis fid�le. Ni � qui.
Qu'est-ce que tu vas faire de ta vie?
- Pourquoi tu me demandes �a?
- Parce que je te l'ai donn�e.
- Tu le regrettes?
- Pas du tout.
Toi non plus, j'esp�re.
- Je sais pas, papa.
T'inqui�te pas, �a va. Toutva bien.
T'en fais pas pour moi.
- J'ai horreur des gens qui font couler l'eau des fleurs.
Pour moi, c'est oute la bourgeoisie.
- O� vous �tiez?
- Rien, on �tait ensemble.
J'ai faim!
- T'as eu peur qu'on rentre pas?
- T'as pas faim, papa?
- Non.
On boit un dernier verre?
J'ouvre une bonne bouteille.
- Pourf�ter quoi?
- Je sais pas.
Allez...
- Merci.
- Je vous demande pardon � ous les deux.
- Pardon pour quoi?
- C'est bon, c'est oubli�. T'inqui�te pas.
- Je vous aime.
Une nuit, Gilles est sorti car il commen�ait � se disputer avec Ariane.
Il a crois� une fille de l'universit�.
Il ne sait plus comment.
Il marche sur la place.
Bien s�r, elle sait qu'il enseigne � l'universit�.
Il est quand m�me une sommit�.
La fille a l'�ge d'Ariane.
- Tu faisais quoi? - Quoi?
- Tu faisais quoi?
- Je montrais maz�zette.
- Pour un chewing.gum?
- Pas oi? - Non.
- Pourquoi? Tu montrais pas ton...
�a pourrait.
- C'est ton tour.
Non, c'est ton tour.
Il pense � Ariane, d'ailleurs.
Et qu'il devrait rentrer car la nuit avance.
Mais il est bien avec elle et retarde le moment de se s�parer.
- On y va?
- Oui, je vais y aller.
- Je croyais que tu...
- C'est quoi, ton nom?
- Yentel.
- Moi, c'est Gilles.
- Oui, je sais.
- Je t'appelle un taxi? - Non, j'habite au.dessus.
- Bon, salut, � bient�t.
- OK.
A lundi.
- Putain!
Cette nuit-l�, Jeanne r�va de Mateo,
son fianc� envol�.
*- All�?
All�?
Jeanne?
Jeanne, c'est toi?
Jeanne?
- Ariane?
Il a appel�.
- Qui �a?
- Mateo.
Il osait pas parler, mais c'�tait lui.
- T'es s�re? - Ouais.
J'ai reconnu son souffle.
Tu me crois pas?
- Si, je te crois. Mais pourquoi il ferait �a?
- J'en sais rien.
Le t�l�phone sonne.
- All�?
All�?
* All�?
Mateo, c'est oi?
- Mateo a rappel� Jeanne.
- Ah? - Oui.
Il appelle, tu dis "all�" et il r�pond pas.
- Comment �a?
- Je te jure. Il a appel� d�j� 2 fois.
Ce matin, c'est moi qui ai r�pondu.
J'ai entendu son souffle, comme s'il avait du mal � respirer.
Puis il a raccroch�.
- S'il continue, j'irai le trouver.
- Coucou, c'est moi!
Jeanne!
- Va-t'en! Laisse-moi.
- Jeanne, je t'en supplie, descends.
- �a te regarde pas. Va.t'en!
- Ta vie d�pend pas d'un mec qui t'a quitt�. C'est trop con.
Il a �t� �go�ste, mais �a arrive � tout le monde.
Un jour, tu feras du mal � quelqu'un malgr� toi.
Arr�te. - Je peux pas.
Je peux plus vivre �a.
L�che-moi! - Arr�te. Jeanne!
Je comprends que t'aies mal, mais �a va passer.
Je te jure, �a va passer.
- Je veux qu'il se rende compte.
Qu'il sache le mal qu'il m'a fait.
- Jeanne, arr�te!
Si tu sautes, tu le verras pas. T'as mieux � faire.
Jeanne.
Putain...
Viens, Jeanne.
Viens l�.
Elle sanglote.
- Tu le dis pas � papa.
Jure.moi que tu le diras pas.
- Tu veux que je garde �a pour moi?
C'est pas anecdotique, ce que j'ai vu.
- Je te promets que je recommencerai plus.
- Je veux que tu fasses tout pour reprendre go�t � la vie.
Tu vas recommencer � voir des gens, des amis, des gar�ons.
Tu vas �couter mes conseils, d'accord?
Tu vas sortir avec moi. Tu le jures?
- Oui.
- Coucou.
�a va, vous deux? - Oui, et toi?
- �a va.
C'est quoi, cette histoire de Mateo qui appelle?
- C'est rien. �a se trouve, c'est pas lui.
"Lorsqu'il faudra" (ean-LouisAubert)
- Il fait quoi, on p�re?
- Des divorces.
- ll est avocat?
- C'est lui qui divorce.
Pour la troisi�me fois.
Je crois qu'il adore divorcer. �a l'occupe.
C'est une fausse blonde.
- Non. - Elle a les cheveux gris, aujourd'hui.
- Elle a une perruque.
- Pas s�re. Je crois que je l'ai jamais vue.
- Si, tu l'as d�j� vue.
- A la fac.
A lafac, t'as d� la voir.
- Mon p�re m'a racont�
que mes grands.parents avaient une boutique dans le quartier de Bouzareah.
Une fois que la guerre a �t� d�clar�e,
ils ont �crit : "Lavalise ou le cercueil."
C'est l� que mon p�re est parti.
Toute sa famille. A Marseille, d'Alger.
Ils �taient pieds.noirs.
- Quand on pense que l'ennemi a raison
et que c'est lui lavictime,
la pens�e bascule
et on se range au c�t� de l'ennemi, jusqu'� mourir pour lui.
- Tu peux pas dire que c'est l'ennemi.
On peut pas appeler �a l'ennemi.
- Ne confondez pas avec le djihadisme. C'est autre chose.
A l'�poque...
On leur piquait leurs terres.
- Il fallait du courage.
- Il fallait du courage. Il fallait m�me �tre inconscient.
- Fallait �tre en accord avec ses convictions.
- J'�tais contre cette guerre.
- Ariane. - Ariane.
Je ne voulais pas tuer. Mais j'�tais oblig�, comme tout le monde.
M�me si j'avais de la sympathie
pour la cause alg�rienne,
jamais j'aurais pu trahir mon pays.
- M�me en sachant qu'il n'avait rien � faire l�.bas?
- Oui, m�me en le sachant. Oui.
- lls �taient combien?
- A l'�poque, plus d'un million d'appel�s.
Parmi les �l�ves, � part Jeanne, personne ne savait qu'Ariane �tait avec Gilles.
- Une guerre qui n'�tait pas appel�e une guerre.
Qui suscitait plus de...
Qui n'�tait pas voulue.
- T'as du feu?
- Tiens.
La conversation se poursuit.
C'est ton truc?
�a marche pas avec moi.
- Il est pas mal, ce mec.
- Quel mec?
- Tu me prends pour un con?
Il t'a tenu on manteau. Il t'a fr�l� les cheveux. La nuque...
�a n'avait pas l'air de te d�plaire.
- T'es compl�tement fou.
C'est toi qui fantasmes.
- Je connais bien ce genre de mecs.
Pas tr�s causant, mais �a enveloppe les femmes du regard.
Il te plaisait bien. Y a qu'� voir tes yeux.
- Ah oui?
- Oui.
Il te regardait, il �coutait rien. Il te regardait.
- Ah bon?
- Tu le sais bien. Les femmes remarquent �a.
- Je vois que tu l'as beaucoup regard�.
Ce serait pas � toi qu'il plairait?
C'est ce que tu souhaites, avoue.Ie.
Que j'allume les autres et que je couche avec toi.
- Tu vas o�?
- Chez ma m�re.
- Tu lui as dit pour toi et moi? - Oui.
- Tu m'embrasses pas?
- A tout � l'heure.
- Ta m�re, elle a dit quoi?
- Ma m�re, elle s'en fout.
Salut.
Ce jour.I�, Jeanne tomba sur la couverture d'un journal porno
sur laquelle figurait Ariane, nue.
- Tu dors pas?
- C'�tait bien?
- Oui.
- Non, j'y arrive pas.
- T'es out seul?
- Tu vois.
Et toi?
- �a va.
- T'as fait quoi?
- Rien.
Je me suis balad�e.
J'ai vu des copains.
- Vous parlez de quoi avec tes copains?
- De la guerre.
- De quelle guerre?
- La prochaine.
Et des profs.
Les petites histoires.
Bon...
Pardon, je me couche. Je suis fatigu�e.
- Bonne nuit, ma fille.
- Bonne nuit, papa.
- A demain.
- Ouais, � demain.
Jeanne ne va d'abord rien dire.
Pas plus � Ariane qu'� son p�re.
Elle va garder �a pour elle et ne le dire � personne.
- Oh mon Dieu...
Oh mon Dieu!
Excuse.moi, je me suis endormie.
- Chez ta m�re?
- Tu dors pas?
- Je m'inqui�tais.
- D�sol�e. Quand j'ai vu l'heure, j'ai pas appel� pour pas te r�veiller.
- Elle va bien, ta m�re?
- Ecoute, c'�tait pas pr�vu comme �a.
- Tu peux r�p�ter? J'ai pas bien compris.
N'exag�re pas.
- Tu veux vraiment savoir?
- Je crois que j'ai pas �t� assez clair.
Je veux pas savoir et j'aurais voulu tout ignorer.
Si tu veux qu'on soit heureux longtemps,
on va apprendre � pas se blesser.
T'es �go�ste, je le sais.
Je t'aime comme t'es, sans marchander.
Mais je veux pas souffrir.
Les conflits, les engueulades, les r�conciliations sur l'oreiller,
j'ai horreur de �a. �a m'int�resse pas.
Je veux vivre en harmonie avec toi.
Tu comprends �a? - Oui, je comprends.
Moi, je ne pensais pas que �a pouvait exister,
I'accord qu'on a toi et moi.
Je me sens libre avec toi.
Je dois me corriger, parfois, c'est vrai...
Mais avec toi, je me sens libre d'�tre moi.
Je me sens bien.
Tu me connais, je ne peux rien te cacher.
J'y pense m�me pas.
C'est fou comme tu me devines.
Tu sais des choses sur moi que moi, je ne sais pas.
- Je te connais parce que je t'aime.
- Va falloir que je fasse gaffe.
- Je te le conseille.
Gilles allait marcher le soir, dans la rue
o� il montait avec des putains quand il �tait jeune.
Puis il se mettait au lit.
Et la nuit passait sans Ariane, qui la passait dehors.
Et l'�ternit� ne s'arr�tait jamais.
Le bonheur r�gnait sur leur contr�e.
- Qu'est-ce que tu fais?
- Je vais chez Mateo.
Il travaille, il n'est pas chez lui.
- Attention, tu devrais appeler.
- Il y a personne, s�re. Je prends mes affaires.
J'ai encore la cl�.
- C'est moi qui vais y aller.
- Pourquoi?
- C'est mieux.
- Ariane a raison, c'est le mieux.
- OK, �a marche.
Tiens.
- Fais-moi une liste.
Dis.moi ce que tu veux.
Et tu me donnes les cl�s.
- Tenez.
Voil�. J'ai mis ses bouquins, l�.
Et les v�tements � c�t�.
- Super.
On peut se tuoyer.
- Comment elle va, Jeanne?
- A ton avis?
- J'ai pas voulu que �a se passe comme �a.
C'est elle qui est partie en pleine nuit.
- Tu lui as jamais dit de partir?
- Si, une fois.
Mais pas cette fois-l�. Une autre dispute.
- Fautjamais dire � une femme de partir.
Parce qu'elle le fait, apr�s.
Tu sais, on n'est pas foutus pareil.
T'es avec quelqu'un?
- Non.
Rien qui compte.
- Tu peux me le dire.
- Je ne suis pas tomb� amoureux ailleurs.
- C'est quoi, alors?
- J'ai ma part de responsabilit�s, mais elle est possessive.
�a a out g�ch�.
- Elle est enti�re.
- Oui, voil�.
OK.
- Tu sais que t'es son premier amour? - Oui.
- Tu le sais? - �a me fait peur.
- Peur de quoi?
- Je me sens pas assez m�r pour lui donner ce qu'elle veut.
Elle est hyperfragile.
- C'est dommage.
Quand on est jeune et fragile comme �a...
�a peut te marquer pour toute lavie.
- C'est long, la vie.
- Ouais, c'est long.
Salut. - Salut.
Ariane apprit � Jeanne
que Mateo ne vivait pas avec une autre.
Ce qui soulagea le coeur de Jeanne.
- J'ai crois� Mateo dans la rue.
- Ah bon?
Raconte.
- Il n'y a rien � raconter.
Non, mais... Je l'ai envoy� aller se faire foutre.
- �a t'afait quoi de le revoir?
- Je sais pas.
J'avais un peu le ventre serr�.
J'avais la gorge compl�tement coinc�e.
C'est pour �a, j'arrivais pas � parler.
C'est trop t�t, en fait.
Je peux pas le revoir encore.
C'est impossible.
- Lui, il t'a dit quoi?
- Ne dis rien � mon p�re. OK?
Jeanne et Ariane �taient li�es par leurs secrets.
Ariane n'avait pas r�v�l� � Gilles
que sa fille avait tent� de mettre fin � ses jours.
- Vous n'avez pas vu une enveloppe? - Quoi?
- La voil�.
Ariane avait pris ce risque.
Je ressors.
Jeanne lui rendait la pareille avec les photos,
dont elle ne parla jamais � Gilles.
- Faut que je te montre un truc.
Regarde.
- T'as trouv� �a o�?
- Dans la rue, sur un kiosque.
- Tiens.
L'an dernier, j'avais besoin de tune. J'ai fait des photos.
- Attends, t'inqui�te pas.
Vraiment, je ne vais pas le dire.
Je te promets.
Je le dirai pas � papa. Je te jure.
Je m'en fous, je l'efface.
- Je veux bien.
- Regarde.
C'est bon.
- Tu sais...
Les hommes
trompent sans pr�avis et �a les d�range pas.
Mais ils ne supportent pas
que les femmes fassent pareil.
Il n'y a qu'une solution. Faire pareil.
Et tu leur dis pas.
- Ah oui? Sans pr�avis?
Si je trompais...
Si je couchais avec un autre mec,
�a voudrait dire que mon histoire est foutue.
- T'as jamais fait l'amour pour le plaisir?
- Non.
- Allez. - Non, mais si...
Une fois, au d�but. Par curiosit�.
- Et?
- C'�tait nul.
Pas nul, mais c'�tait pas une bonne id�e.
- Faut savoir choisir ses amants. Tout est l�.
- Ah? Toi, tu sais? - Oui.
- Tu te trompes jamais?
- De moins en moins.
- J'ai un copain, � la fac,
un mec, qui a 25 ans- Et...
Il n'a jamais aim� personne.
Il n'arrive pas � rester avec quelqu'un.
Il raconte qu'en fait,
quand on tombe amoureux,
on se met � tout aimer. A voir...
A trouver que la vie est vraiment incroyable.
Se balader dans la rue, c'est g�nial.
On devient d�bile.
Mais c'est triste, de jamais tomber amoureux.
Tu trouves pas?
- Peut-�tre qu'il a pas trouv� la femme qui peut le dominer.
Tu crois pas?
- Je ne sais pas.
Il saute outes les filles.
- Ah oui?
- On a tout fait � deux avec Mateo.
J'ai toujours �t� confortable, � ce moment-l�.
C'est comme si on se laissait aller � un truc...
tr�s tranquille, en fait.
C'est confortable, c'est �a.
- C'est pour �a qu'il faut faire attention.
- C'est un truc de personnalit�. C'est pas ce mec.I� forc�ment.
C'est peut.�tre nous.
On se laisse aller � �a.
C'est en �a que �a me d�range d'�tre en couple.
J'adore �a
et en m�me temps, je trouve �a chiant parce que
c'est confortable et du coup,
c'est moins radical � l'int�rieur de toi.
Tes choix, tes trucs...
T'es peut-�tre ravie de rentrer, de retrouver ton mec.
C'est vrai.
Enfin...
C'est tr�s bien, mais en m�me temps,
c'est pas hyper fou.
- �a te fait te sentir moins seule,
mais peut-�tre que notre solitude nous fait agir et penser.
- C'est �a. Tu te mets � plus penser.
T'as juste � �tre bien,
� te mettre dans un gros manteau.
Pour pas avoir froid.
Alors que seule, triste...
�a peut �tre une souffrance d'�tre seule quand on aime quelqu'un,
mais au moins, dans la solitude, on affronte le froid.
- Oui.
- Jeanne!
- �a va? - T'es en promenade?
- Tu perds ton �charpe.
- Merci.
Tu fais quoi?
- Tout de suite?
Je vais chercher une amie.
- On se fait plus la bise? - Pardon.
Arr�te, St�phane.
Jeanne rencontra ce copain, le ombeur dont elle avait parl� � Ariane.
- Toujours aussi farouche.
- T'es vraiment lourd, tu sais.
Excuse-moi, je...
J'ai rendez-vous.
Jeanne, qui n'avaitjamais os� coucher avec lui
allait le faire par procuration.
- Tu viens avec moi? - Oui.
- Salut.
�a va? - Oui, et toi?
- St�phane...
Ariane.
On s'est crois�s dans la rue.
�a va si on d�jeune tous les trois?
Je lui ai parl� de toi, elle me parle de toi.
- Ah bon? - Oui.
- L�, �a va?
- C'�tait o�, �a?
- Dans le Tyrol. - Le quoi?
- Le Tyrol, en Autriche.
Je faisais un reportage. - Je pensais � un g�teau.
- Le Tyrol? - C'est quoi?
- Une r�gion que j'aime.
- C'est beau. - En Europe.
- �a!
- �a, c'est aux Etats.Unis.
Un truc sur l'environnement.
- Le cadre est dingue.
- J'aime bien.
- T'as vraiment le regard.
- T'as vu comme les filles sont belles?
Si je reste, je vais partir avec une �tudiante.
T'es mari�?
- Je l'ai �t�.
- La fid�lit�, t'y arrivais?
- Bof...
Je vais pisser.
Bon, ben salut.
- �a va?
- Salut.
- T'oublies ton sac.
- Pardon.
Jeanne, boulevers�e par le chagrin de son p�re,
et se sentant coupable, aurait voulu aider Ariane
et les r�concilier.
- T'�tais au courant?
- Non, je te promets.
- C'est vrai, elle savait pas.
Elle pouvait pas savoir.
- Pourquoi?
- Parce que c'�tait la premi�re fois.
- Tu l'as connu comment, ce type?
- Papa, c'est...
C'est moi qui lui ai pr�sent�.
- Tu peux nous laisser seuls, s'il te pla�t?
- Ouais.
- Je t'ai vue.
Si perdue, si sensuelle avec un autre.
Je suis un imb�cile.
- Je te demande tellement pardon.
Je te demande pardon.
- Je me suis cru tellement plus fort que tout le monde.
J'ai pas peur de la mort, mais je veux vieillir avec celle que j'aime.
�a peut plus �tre toi.
- C'est rien, ces types, pour moi.
C'estjuste un d�sir.
�a n'a pas de lendemain. �a passe.
Moi, je t'ai cru quand tu m'as dit
que si j'avais envie d'un homme plus jeune,
sans te le dire...
Moi, j'y ai cru quand tu l'as dit!
- �a changerait quoi, franchement?
- Je ne sais pas.
- T'es faite comme �a. T'es un Don Juan.
Tu veux t'amuser avec ta chose.
- C'est pas vrai! C'est pas vrai!
T'es horrible!
- H�...
Je sais trop ce que tu ressens quand tu baises pour le plaisir.
J'ai �t� comme oi longtemps.
J'ai fait souffrir des femmes qui m�ritaient pas �a.
- Alors, c'est fini?
Tu veux que je m'en aille?
- Je vais faire un tour.
- Viens...
Pourquoi t'as fait comme �a?
On �tait si bien!
- Je sais pas.
Si on p�re me quitte, je crois que je me tue.
- Arr�te...
Voil�...
Viens...
- Tu ferais mieux de te mettre au caf�.
C'est l'heure.
- Oui.
Ariane quitta la maison.
Et Jeanne resta seule avec son p�re.
- Regarde comme elle est belle.
Qu'est-ce que tu fais?
- J'ai fini mon travail, je rentre.
- Regarde comme elle me va bien.
- C'est vrai qu'elle te va bien.
Fais un tour.
Prends-la, si tu veux. - Oui?
Je peux l'�changer si je change d'avis.
Merci.
- On se retrouve � la maison? - Oui.
- Tu vas mieux, oi.
- Pourquoi? J'�tais malade?
Avant de se s�parer, Ariane avait dit � Gilles
que Jeanne avait tent� de se jeter par la fen�tre.
Trois mois plus tard, le soir de son anniversaire,
Jeanne demanda � son p�re de la rejoindre dans un restaurant.
- �a va, papa?
- Bonsoir, ma fille.
Bonjour, Mateo.
- �a va? - Tu vas bien?
- Oui, �ava.
- Attends, je reviens.
- Tu lui dis.
- Non, tu lui dis.
- Je veux que tu lui dises.
OK. OK, je lui dis.
- Bon...
Joyeux anniversaire, mafille. - Merci.
- Jeanne et moi, on s'est remis ensemble.
- C'est bien. Bonne nouvelle.
- Et je me suis rendu compte
que j'ai toujours attir� les fous et les folles.
Tu vois,
y avait la fille, dans la rue,
elle �tait l�,
sur le trottoir d'en face, elle me regardait.
Je voyais qu'elle me regardait.
D'un coup, elle a travers� et elle m'a fonc� dessus.
Elle me disait plein de trucs, je comprenais rien.
Elle me l�chait plus, tu vois.
Franchement, j'avais rien fait de sp�cial.
Pourquoi moi?
- T'es pas, comme souvent les gens, le regard fuyant.
- Oui, je sais pas.
Et du coup,
cette semaine...
Je retourne chez Mateo. - Tu reprends tes affaires?
- Tr�s bien.
Tu veux passer quand?
- Je passerai...
La semaine prochaine?
- L�, tu vas avoir besoin de trucs, non?
- Ouais, mais �a va.
J'ai encore des trucs chez toi, non?
- Oui, j'ai d� garder quelques trucs.
- Tr�s bien, ma petite fille.
Bon...
- Au revoir, Gilles. - Au revoir, Mateo.
- Au revoir, papa. - Au revoir, ma fille.
- Je passerai.
- Oui, quand tu veux.
Bonne nuit.
- Ciao! - Bonne nuit.
Sous-titrage TlTRAFlLM
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